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Commentaires sur le livre de Job

Jérôme de Stridon · 1879 · Free in the US

22,687 words · about 1 h 35 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jérôme de Stridon
Language
French
Published
1879
Length
22,687 words · about 1 h 35 min
Sections
16 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (16)
  1. Front matter under 1 min
  2. Chapitre I. about 9 min
  3. Chapitre II. about 2 min
  4. Chapitre III. about 9 min
  5. Chapitre IV. about 4 min
  6. Chapitre V. about 6 min
  7. Chapitre VI. about 7 min
  8. Chapitre VII. about 4 min
  9. Chapitre VIII. about 8 min
  10. Chapitre IX. about 9 min
  11. Chapitre X. about 4 min
  12. Chapitre XI. about 5 min
  13. Chapitre XII. about 9 min
  14. Chapitre XIII. about 3 min
  15. Chapitre XIV. about 7 min
  16. Chapitre XV. about 9 min

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Commentaires sur le Livre de Job

Chapitre I.

Nous croyons utile de placer ici un fragment assez considérable de ce travail, bien qu’il ne soit pas de Saint Jérôme, pour compléter sa pensée par celle d’un de ses plus heureux imitateurs. Les éditions antérieures nous ont ouvert cette voie.

Job, dont le nom signifie affligé ou grand, fut une figure de Jésus-Christ, et ses amis, qui blasphèment le Christ et le combattent, sont la figure des hérétiques ; quant à Héliu et Balaam (ailleurs, Baldad), ils nous offrent un type de philosophes, puisque c’est du dehors, c’est-à-dire étant étrangers à la foi, qu’ils tendent des pièges à l’Église de Dieu. Tous ces gens en effet s’affublent de noms magnifiques, comme s’ils étaient bien l’or de Dieu ou ses sentinelles au poste d’honneur. Eliphaz répond en latin à « or de mon Dieu ; » Baldad signifie « qui tient le premier rang, » ou « anciens secrets ; » Sophar, « sentinelles » ou « trompette. » Orgueilleux de ce qui n’est qu’un don naturel, ils font grand bruit autour de quelques lambeaux de sagesse, s’arrogeant le monopole du jugement, eux qui sont les artisans de la liberté du mensonge, puisqu’ils parlent de Jésus-Christ, non comme il convient à sa divinité, mais comme leur impiété le demande.

« Il y avait au pays de Hus un homme fort appelé Job, sincère, droit, craignant Dieu et fuyant le mal. Sept fils et trois filles lui étaient nés. Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et des serviteurs en très-grand nombre. Cet homme était puissant entre tous les Orientaux. Ses fils allaient manger les uns chez les autres, se traitant chacun à leur tour ; et ils mandaient leurs sœurs par des messagers, pour qu’elles vinssent manger et boire avec eux. Lorsque le cercle des jours de festin était achevé, Job les faisait prévenir, et il les purifiait, se levant dès l’aube. » Job. , 1, 5, etc.. Hus et Bus étaient fils de Nachor frère d’Abraham et de Melcha sœur de Sara, et c’est de cette souche que Job descendait ; il n’était donc pas de la race d’Esaü, comme l’ont dit à tort certains commentateurs. (Hier. Quest. in Gen.). En effet, Eliphaz, du sang d’Ada sœur d’Esaü, fut roi de Théman, d’où son surnom de Thémanite ; et Théman, Idumée, Seir Daroma, Zébora, tout cela fut la région d’Esaü. Or le puissant Job demeurait dans la terre de Hus qui se traduit par « conseillère. » C’est ainsi que le père du très-saint Prophète Samuel, Elchana, dont le nom veut dire « possession de Dieu, » est appelé homme plein de force et d’unité, et c’est parce que la mobilité et l’instabilité ne l’emportaient en sens divers, qu’il était, à cause de sa fermeté inébranlable et de sa persévérance, un homme plein de force et d’unité ; aussi demeurait-il sur la montagne d’Ephraïm, « féconde en fruits. » C’est-à-dire sur les hauteurs de la contemplation des vertus, en sorte que son esprit ne s’abaissât jamais de ces hauteurs sublimes et ne vît pas son unité rompue par les agitations de la meute des vices hurlant bien au-dessous de lui. Pareillement il est dit ici que le grand et glorieux Job, homme fort, a sa demeure dans la terre de Hus, qui se traduit par « conseillère. » C’est qu’en lui la terre de la chair ne dominait pas l’esprit, mais qu’il faisait toutes choses d’après le conseil et sur l’ordre de son esprit ; aussi dit-il lui-même : « J’ai fait un pacte avec mes yeux, afin de n’avoir jamais même une pensée contraire à la virginité. » Job. , 1. Un jour donc en lui l’homme intérieur et l’homme extérieur discutèrent et conclurent le contrat synallagmatique en vertu duquel la terre, c’est-à-dire la chair par son obéissance devint en lui la conseillère de l’esprit, afin que celui-ci empêchât l’iniquité de dominer en elle ; et comme, d’après le témoignage divin, c’était un homme simple, qui ne quittait pas sa demeure, ces quatre vertus, la prudence, la justice, la force et la tempérance florissaient en lui.

« Il offrait des holocaustes pour chacun d’eux. Car il disait en lui-même : Peut-être que mes enfants auront commis quelque péché, et qu’ils auront offensé Dieu dans leur cœur. C’est ainsi que Job se conduisait tous les jours. Or les enfants de Dieu s’étant un jour présentés devant le Seigneur, Satan se trouva aussi parmi eux. Le Seigneur lui dit : D’où viens-tu ? Il lui répondit : J’ai fait le tour de la terre, et je l’ai parcourue toute entière. Le Seigneur reprit : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit, qui craint Dieu et fuit le mal ? Satan lui répondit : Est-ce en vain que Job craint Dieu ? N’avez-vous fortifié de toutes parts et sa personne, et sa maison, et tous ses biens ? Vous avez béni les œuvres de ses mains et donné l’accroissement à ses biens sur la terre. Mais étendez un peu votre main, frappez tout ce qui est à lui, et il cessera de vous bénir en face. Le Seigneur dit donc à Satan : Va, tout ce qu’il a est en ton pouvoir ; je te défends seulement d’étendre ta main sur lui. Et Satan sortit aussitôt de devant le Seigneur. Un jour donc que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné, un messager vint dire à Job : Lorsque vos bœufs labouraient et que vos ânesses paissaient auprès, les Sabéens, fondant sur eux, ont tout enlevé et passé vos gens au fil de l’épée, je me suis sauvé seul, pour vous en porter la nouvelle. Celui-ci parlait encore, lorsqu’un second vint dire à Job : Le feu est tombé du ciel sur vos brebis et sur leurs gardiens et a tout consumé ; j’ai seul échappé, et je viens vous en dire la nouvelle. Il parlait encore, qu’un troisième vint et dit : Les Chaldéens ont formé trois bandes, se sont jetés sur vos chameaux et les ont enlevés ; ils ont frappé du glaive tous vos gens, et je me suis sauvé, seul, pour vous porter cette nouvelle. Il parlait encore, quand un quatrième entra et dit : Pendant que vos fils et vos filles mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné, un vent impétueux, soufflant du désert, a fait tout-à-coup irruption, et a ébranlé les quatre coins de la maison, qui, dans sa chute, a couvert vos enfants de ruines ; ils sont tous morts, et moi, qui me suis échappé seul, je vous en porte la nouvelle. » Job. , 5-19. Pour bien diriger ses enfants, il implorait sur eux par des sacrifices assidus la clémence divine, non pas tant pour leurs fautes ostensibles, que pour les péchés cachés au fond du cœur et souvent ignorés de l’homme même qui les commet. Quant au privilège d’offrir les sacrifices, il était réservé aux premiers-nés, et surtout aux rois, sans doute à cause de la supériorité en sagesse ou de la noblesse de la race. Nous avons dit que Job a été une figure de Jésus-Christ ; voyons donc maintenant quelle est en Jésus-Christ la signification de la terre de Hus. Par cette terre, nous entendons l’homme réel pris dans le sein de Marie ; c’est parce que le fils de Dieu la prend, qu’elle est appelée « conseillère, » parce que, grâce à la divinité de celui qui la prend, les trésors cachés de la sagesse et de la science divine habitent en elle. Il se l’est unie par une connexion indissoluble, en sorte qu’il est le fils unique de Dieu dans la Trinité. Les sept fils nous paraissent signifier la grâce septiforme de l’Esprit-Saint ; les trois filles, la loi, la prophétie et l’Évangile. L’Écriture appelle brebis le peuple de Jésus-Christ, à cause de leur innocence, puisqu’elles ont lavé dans le baptême les souillures du péché. Dans les chameaux, elle montre la dépravation des Gentils venant à Jésus-Christ avec leurs fardeaux de crimes et de pensées tortueuses. Les bœufs, qui sont des animaux purs, représentent le peuple Juif ; les ânesses, troupeau immonde, figurent la Gentilité. De là le mot d’Isaïe : « Le bœuf connaît celui qui le possède, et l’âne, la crèche de son maître, » Isa. , 3, c’est-à-dire qu’une partie des Juifs et les Gentils ont connu l’incarnation du Christ, et par le baptême se sont approchés, comme des animaux purs, de la crèche de l’autel du Seigneur. Peut-être notre texte se réfère-t-il à cette parole de l’Évangile : « Mon joug est doux, et mon fardeau léger, » Matth. , 30. Le joug symbolise les Juifs, et l’âne, plus spécialement destiné à porter les fardeaux désigne les Gentils, comme nous l’avons dit déjà. Jésus-Christ est appelé grand entre tous les Orientaux, selon cette parole : « Votre Dieu vous a oint de l’huile de la joie au-dessus de tous vos cohéritiers. » Psaum. , 8. Quant au nombre des animaux en sept et trois mille, et en cinq cents il est sacré. Sept, d’après les Écritures, indique une certaine plénitude du mystère sacré : comme quand elles disent les sept Anges, les sept candélabres, les sept Églises. Par les trois mille nous pouvons entendre, ou l’âme et le corps et la grâce, ou les trois formes de la science dans les saintes Écritures, ou le mystère de la sainte Trinité, en ce que toute la multitude des fidèles, marchant dans la voie des trois jours, désire parvenir à la perfection de la vie éternelle. Quant au nombre cinq cents, qui sort de cinq en quintuplant les nombres successifs et qui passe par cinquante, il signifie que l’homme est passé à l’état d’homme fait après avoir traversé les faiblesses de l’âge des passions, de même qu’on parvient à cinquante par dix fois cinq, de même par dix fois cinquante on monte jusqu’à cinq cents. Ainsi s’est développée l’Église universelle, qui est la colonne et le fondement de la vérité de Jésus-Christ, et où nos sens reçoivent ou la purification ou la rémission des péchés ; dans ce nombre, en effet, est signifié, outre la rémission des péchés, l’avénement du Saint-Esprit. Enfin par enfants de Dieu il faut entendre ou les Anges ou les Saints, que le don de la grâce du Saint-Esprit rend dignes du nom d’enfants de Dieu. L’Écriture dit que le diable se trouve parmi eux, parce que par la permission de Dieu il ose souvent tenter les saints eux-mêmes. Et combien la fraternelle concorde des enfants de Job est admirable ! Mais comme nous avons montré dans Job la figure de Jésus-Christ, nous avons dit ensuite que les fils de Job symbolisent les sept grâces de l’Église en ceux qui s’assoient au banquet spirituel des sacrements, et qui, ayant avec eux la Loi, la Prophétie et l’Évangile comme leurs trois sœurs, rassasient leur intelligence des mets savoureux de la parole divine. Dans la ruine de la maison qui écrasa les enfants de Job, l’Écriture montre les cruelles persécutions des anciens princes et rois contre l’Église. Celui qui s’échappe seul pour porter la nouvelle, indique la rareté des persécuteurs. Sabéens signifie « captifs, » et Chaldéens, « comme les démons » : c’est qu’en effet ils combattent l’Église étant eux-mêmes captifs des démons, et non-seulement ils emmènent où ils peuvent les troupeaux du Seigneur, mais encore ils les consument avec leur feu, qu’ils disent faussement être celui du ciel, c’est-à-dire avec les hérésies et les superstitions corruptrices. Les vents impétueux sont semblables aux violentes attaques des rois, qui ébranlent la maison de Jésus-Christ affermie sur les quatre Évangiles qui en sont les quatre angles, afin que les sept fils et les trois filles dont nous avons parlé périssent en même temps que la maison.

« Alors Job se leva, déchira ses vêtements, et s’étant rasé la tête, il se jeta par terre, adora Dieu et dit : Je suis sorti nu du sein de ma mère, et je retournerai nu dans la terre. Le Seigneur m’a tout ôté ; il est arrivé ce qu’il a plu au Seigneur ; que le nom du Seigneur soit béni ! » Job. , 20, 21. Il se leva pour souffrir sa passion. Car Job, c’est-à-dire Jésus-Christ, pour donner la paix à l’Église, a montré en se levant qu’il mettait un terme à la vindicte divine. Il déchira ses vêtements, c’est-à-dire, il sépara les fidèles des infidèles. Il se prosterna contre terre, lorsqu’ayant la forme et la nature de Dieu, il s’anéantit jusqu’à prendre la forme et la nature de serviteur. Il est sorti nu du sein de sa mère, en ce qu’il était exempt de toute souillure du péché originel. C’est comme homme qu’il dit : « Le Seigneur avait donné, et le Seigneur a enlevé. » Le Père lui a donné les bons en héritage, et a exclu les méchants du royaume de son Fils.

« Dans tout cela Job ne pécha point par ses lèvres, et il ne dit rien contre Dieu qui fût indiscret. » Job. , 22.

Chapitre II.

« Or les enfants de Dieu s’étant un jour assemblés en la présence du Seigneur, et Satan étant venu aussi parmi eux se présenter devant lui : D’où viens-tu ? Il répondit : J’ai fait le tour de la terre et je l’ai parcourue toute entière. Et le Seigneur dit à Satan : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre ; homme simple et droit, qui craint Dieu et fuit le mal, et qui conserve encore son innocence, quoique je t’aie accordé de m’élever contre lui pour l’affliger sans qu’il l’ait mérité ? Satan lui répondit : L’homme donnera toujours peau pour peau, et il abandonnera tout ce qu’il possède pour sauver sa vie ; mais étendez votre main, frappez ses os et sa chair, et vous verrez alors s’il vous bénira en face. Le Seigneur dit donc à Satan : Va, il est en ta main ; mais ne touche point à sa vie. Satan étant donc sorti de devant le Seigneur, frappa Job d’une effroyable plaie depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête. Et Job, s’étant assis sur son fumier, ôtait avec un morceau de pot de terre la sanie de ses ulcères. Alors sa femme lui dit : Quoi ! vous demeurerez encore dans votre simplicité ? Maudissez Dieu, et mourez. Job lui répondit : Vous parlez comme une femme qui n’a point de sens. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi ne supporterions-nous pas les maux ? Ainsi Job dans toutes ces choses ne pécha point par ses lèvres. Cependant trois amis de Job ayant appris tous les maux qui lui étaient arrivés, vinrent chacun de leur pays, Eliphaz de Théman, Baldad de Suhé et Sophar de Naamath, car ils avaient pris jour pour venir le visiter ensemble et le consoler. Lors donc que de loin ils eurent levé les yeux sur lui, ils ne le reconnurent point. » Job. , 1-12. Dieu n’ignore rien de ce qui s’est fait ou se fera ; mais l’Écriture veut nous instruire des objections que lui fait Satan, mot qui veut dire « adversaire. »

« Ayant jeté un grand cri, ils pleurèrent, et déchirant leurs vêtements, ils jetèrent de la poussière en l’air au-dessus de leur tête, ils demeurèrent avec lui assis sur la terre durant sept jours et durant sept nuits, et nul d’eux ne lui disait aucune parole, car ils voyaient que sa douleur était excessive. » Job. , 12, 13. C’est qu’en effet tous les hérétiques se disent amis de Jésus-Christ et se glorifient d’avoir été rachetés de son sang. Mais ensuite ils deviennent ses ennemis en combattant son Église. Ces amis, qui en voyant ses plaies, déchirent leurs vêtements et couvrent leur tête de poussière, sont l’image de ces hérétiques qui, croyant à la divinité de Jésus-Christ dans la céleste gloire, mais ne croyant pas à son incarnation et à sa passion, et s’offensant de ses opprobres et de ses humiliations, tombent dans le blasphème, divisent la foi, et se séparent de l’unité du corps catholique. Cette poussière qu’ils lancent au-dessus de leur tête, c’est le sens terrestre qui ouvre et ensevelit leurs cœurs morts à la vraie foi. En outre, durant toute leur vie, figurée par les sept jours et les sept nuits, ils condamnent leur bouche, indigne de confesser Dieu, au mutisme d’une coupable infidélité, parce que la bouche de ceux qui disent l’iniquité doit être réduite au silence.

Chapitre III.

« Après cela Job ouvrit la bouche, et maudit le jour de sa naissance en ces mots : Périsse le jour auquel je suis né, et la nuit en laquelle il a été dit : Un homme a été conçu ! Que ce jour se change en ténèbres. » Job. , 1-3. Après cela, comme le dit l’auteur de cette histoire, que la tradition attribue à Moïse, Job ouvrit la bouche pour maudire le jour de sa naissance en disant : « Périsse le jour auquel je suis né, et la nuit en laquelle il a été dit : Un homme a été conçu ! » Job, qui fut la figure du Sauveur, pleura sur la loi de la mort infligée à tout le genre humain par une juste sentence de Dieu, à cause du péché. « Périsse le jour auquel je suis né, » et que par Jésus-Christ revienne l’immortalité qu’Adam perdit par le crime de sa prévarication, et que s’éloigne de moi la mort, que je me suis attirée dans la faute d’un autre. De même Jérémie : « Maudit soit le jour auquel je suis né. » Jerem. , 14. Nul doute pour personne, ce sont là des paroles de réprobation contre la désobéissance d’Adam. Au sens mystique, par le jour uni à sa nuit, on peut entendre le diable et la mortalité ; non pas que le diable soit jour, mais parce qu’il l’a été quand il demeurait avec Dieu, et qu’il est devenu nuit en s’éloignant de lui, ou parce qu’il paraît être le jour aux yeux des impies et des pécheurs s’enivrant de la prospérité et du bonheur d’ici-bas. De là cette parole : « La lumière des impies leur sera ôtée. » Job. , 15.

« Que Dieu ne regarde pas ce jour du haut du ciel ; » Job. , 4 ; c’est-à-dire, qu’il ne soit point parlé en bien de lui devant Dieu. « Et qu’il ne soit point éclairé de la lumière, » Ibid. 4, de l’examen de Dieu, ou du repentir.

« Qu’il soit couvert des ténèbres et de l’ombre de la mort. » Ibid. 5. Ces ténèbres sont les péchés et l’envie. « Qu’une noire obscurité l’environne, et qu’il soit plongé dans l’amertume, » Ibid. 5. Cela signifie l’aveuglement du cœur.

« Qu’un tourbillon ténébreux règne sur cette nuit ; » Ibid. 6 ; parce qu’elle plonge dans l’amertume Dieu tout comme ses autres défenseurs ; que saisi par la fureur de la colère divine, il soit entouré, enveloppé de tous les maux. « Qu’un tourbillon ténébreux règne sur cette nuit, » c’est-à-dire, sur le diable qui a ravi à l’homme le jour de la félicité, et dont l’inimitié a étendu sur lui la nuit d’une vie inquiète. « Qu’elle ne soit point comptée parmi les jours de l’année. » Ibid. 6. Par l’année, il faut entendre Jésus-Christ, qui embrasse et contient en lui-même. Que le diable ne soit donc pas compté dans les jours de cette année, c’est-à-dire, qu’il ne soit pas joint au nombre des saints. « Ni mise au nombre des mois. » Ibid. 6. Les mois en cet endroit désignent bien les saints Apôtres, qui, comme les arbres du paradis, portent les fruits spirituels de l’Église.

« Que cette nuit soit dans une affreuse solitude, et qu’elle ne soit jamais jugée digne de louange, » Ibid. 7, c’est-à-dire de la prédication des Apôtres, où l’on connaît le jour du salut, qui fit la joie d’Abraham, qui le vit.

« Que ceux qui maudissent le jour la maudissent, ceux qui sont prêts à susciter Léviathan. » Ibid. 8. Les saints assurément maudissent et détestent le jour de la prévarication qui a causé la loi de la mort ; eux qui, en se refusant à l’esclavage des vices, suscitent contre eux le dragon, le plus terrible des ennemis.

« Que les étoiles soient obscurcies par sa noirceur. » Ibid. 9. Que les pécheurs qui croient briller dans la nuit grâce aux richesses et aux honneurs du siècle, soient enveloppés du voile de leur aveuglement, et puisqu’ils en sont indignes, ne voient pas la lumière de l’Évangile. « Qu’elle attende la lumière et qu’elle ne la voie point. » Ibid. 9. La nuit de la prévarication et de la mort, dans laquelle règne le diable, ne peut connaître la lumière de Jésus-Christ Rédempteur ; ni ceux qui naissent dans cette nuit ne le peuvent à moins qu’ils ne la chassent en renaissant dans le baptême. « Ni les premiers rayons de l’aurore. » Ibid. 9. L’Écriture fait allusion à la résurrection de Jésus-Christ, et c’est en ce sens que le psaume parle de veille matinale.

« Parce qu’elle n’a point fermé le sein qui m’a porté, et n’a point détourné les maux des yeux de l’homme. Pourquoi ne suis-je point mort dans le sein de ma mère ? pourquoi n’ai-je point péri aussitôt que j’en suis sorti ? pourquoi m’a-t-on reçu sur les genoux ? pourquoi ai-je été nourri du lait de la mamelle ? » Ibid. 10-12. En sa personne, il déplore les misères du genre humain : Pourquoi, devant rentrer dans la mort, souffre-t-il les maux de cette vie ? pourquoi, mortel, n’a-t-il pas été surpris par la mort dans le sein maternel ?

« Car je dormirais maintenant dans mon silence, et je me reposerais dans mon sommeil avec les rois et les consuls de la terre, qui se bâtissent des tombeaux dans les solitudes, ou avec les princes qui possèdent l’or et qui remplissent d’argent leurs maisons. » Ibid. 13-15. Les princes, les rois et les consuls, bien qu’ils endurent en enfer d’horribles tortures, ici-bas cependant ils n’ont pas les tourments de la vie. J’aurais accepté de mourir comme eux à cette condition.

« Je n’aurais point existé, non plus qu’un fruit avorté dans le sein de sa mère, ou que ceux qui ayant été conçus n’ont point vu le jour. » Ibid. 16. Il montre de différentes manières et par des exemples divers, qu’il n’aurait point dû souffrir les peines dans lesquelles il se trouvait. Pourquoi ne suis-je point mort dans le sein maternel ? Et il ajoute ensuite : Je dormirais maintenant en silence et je me reposerais dans mon sommeil avec les rois et les consuls. Peut-être est-ce un exemple contre ceux qui prétendent que la résurrection n’aura lieu que pour ceux qui seront nés à terme. En effet, ceux qui meurent dans le sein maternel après y avoir été conçus, ont nécessairement vécu ; et il n’y a pas de doute que tout ce qui meurt, ressuscitera. Par conséquent, ce qui a eu des membres et une vie, bien que la nature lui ait donné moins, la résurrection le rétablira en entier ; c’est ainsi que la restauration du genre humain améliorera et rendra en entier ce que la nature avait fait incomplet. Il dit aussi que les fruits avortés, dégénérés de la nature humaine, sont étrangers à ses peines, eux qui se bâtissent des solitudes plutôt que des maisons désertes. N’ayant pas Dieu pour hôte, elles possèdent l’or ; tels les philosophes et les autres sages de ce monde, qui ont l’éclat du génie et la splendeur de l’éloquence.

« C’est là, » évidemment dans la mort, « que les impies cessent d’exciter des tumultes ; » Ibid. 17 ; et selon la version des Septante, là « les impies ont déposé leur fureur, » c’est-à-dire la vanité et l’orgueil, puisque l’insolence de ceux qui se glorifient en ce monde, est humiliée dans la mort.

« C’est là que se reposent ceux dont les forces sont épuisées. » Ibid. 17. Selon une autre version : « Là se reposent ceux qui étaient las du corps, » délivrés de l’oppression, des misères et du travail de cette vie.

« De même ceux qui étaient autrefois enchaînés n’y sont plus molestés. » Ibid. 18. Ceux qui enchaînaient et ceux qui étaient autrefois enchaînés habitent ensemble dans la mort, et ceux-ci sans outrages et sans persécution de la part des autres ; non pas comme en cette vie, où les hommes, outre leurs peines, leur dure captivité et l’esclavage dans le corps, et les autres calamités diverses, sont assujettis à la domination et à l’injustice des méchants. « Ils n’entendent plus la voix de l’exacteur. » Ibid. 18.

« Là les grands et les petits sont égaux, et l’esclave est affranchi de son maître. Pourquoi la lumière a-t-elle été donnée à un misérable, et la vie à ceux qui sont dans l’amertume du cœur ? qui attendent la mort, et elle ne vient pas, bien qu’ils la cherchent comme un trésor, et qui sont ravis de joie lorsqu’ils ont enfin trouvé le tombeau ? » Ibid. 20-22 ? Puisque, comme je le vois, il y a égalité de tous dans la mort, et que nul n’y redoute la domination d’autrui, pourquoi moi misérable, ai-je reçu la lumière et une vie semblable à celle de ceux qui sont dans l’amertume du cœur, quand la prison du sépulcre vaut mieux que la misérable vie de ce monde, pleine de tourments, et où à cause de leurs angoisses, les hommes cherchent la mort, et soupirent ardemment après sa venue ? L’Écriture en donne un bel exemple : Ils fouillent, dit-elle, comme pour découvrir un trésor, parce qu’ils regardent comme le plus grand succès d’avoir trouvé le tombeau qu’ils désiraient.

« À un homme qui marche dans une voie cachée, et que Dieu a environné de ténèbres ? » Ibid. 23. Il dit de lui-même : Je m’avançais dans les commandements de Dieu, croyant que le fruit répondrait à ma justice ; mais le mérite de ma vie est demeuré caché, et à cause de cela j’ai été environné des ténèbres des peines, en sorte que mon bien m’a été enlevé et remplacé par ce mal ; sur ce qu’il qualifie les peines du nom de ténèbres, écoutons ce qui suit :

« Je soupire avant de manger, et mes cris sont comme le débordement de grandes eaux. » Ibid. 24. Entre autres tortures, le diable lui avait infligé l’infirmité que les médecins nomment _bolimiades_, et qui cause, dit-on, de tels tourments, que le malade se tord avant de manger et souffre des douleurs continuelles après le repas. De là : Je rugis comme les grandes eaux débordées.

« Parce que ce que je craignais m’est arrivé. » Ibid. 25. Je craignais de blesser Dieu par le péché, et que, l’ayant offensé, il n’exerçât contre moi sa colère et sa justice. Mais à quoi bon m’être mis en garde contre le péché, puisque je suis tourmenté comme si j’étais coupable de tous les péchés ? Vient ensuite : « Ce que j’appréhendais est tombé sur moi. » Ibid. 25. C’est, en d’autres termes, ce qu’il vient de dire. Ces répétitions sont fréquentes dans les Écritures pour peser sur une affirmation. Il n’y a pas dans ces paroles une arrogance injurieuse à Dieu, mais il a conscience de son mérite et il en parle sans contrainte.

« N’ai-je point dissimulé ma peine ? » Ibid. 26, en ne rendant pas le mal pour le mal. « N’ai-je pas gardé le silence ? » Afin de ne pas pécher par la langue, j’ai mis une garde à ma bouche. « N’ai-je pas gardé le repos ? » sachant que lorsque Dieu s’est levé pour juger, il doit sauver tous les pacifiques de la terre. « Et cependant le courroux de Dieu est tombé sur moi. » Ibid. 26. Le courroux représente ici les fardeaux des plaies, qui, dit-il, sont tombées sur lui, dont il est couvert et sous le poids desquelles il se plaint d’être accablé de douleurs, lui qui était, comme il l’a dit, châtié par d’autres maladies. Ces peines, plus loin il les appelle des flèches : « Le Seigneur m’a mis en butte à ses flèches, et leur indignation épuise mes esprits ; » Job. , 4 ; ou, suivant une autre version : « épuise mon sang. » Par flèches on peut particulièrement entendre les vers, dont les morsures le perçaient sans cesse de leurs aiguillons, comme il le rapporte lui-même : Ceux qui me dévorent ne dorment pas. Le diable les rendait plus acharnés à le ronger et les vers, comme poussés par l’indignation et la colère, fouillaient sa chair de leurs morsures à tel point, qu’ils pénétraient comme des flèches jusqu’à ses entrailles. C’est ce que Job explique en maudissant le jour de sa naissance.

Chapitre IV.

« Alors Eliphaz de Théman répondit : Vous trouverez peut-être mauvais que nous vous parlions ; mais qui pourrait s’empêcher d’exprimer ici ce qu’il a pensé ? » Job. , 1, 2. Il exprime donc ce qu’il a pensé, qui est injurieux pour Job, et il le fait ainsi :

« Vous en avez autrefois instruit beaucoup. » Ibid. 3. C’est-à-dire : Votre vigilance et votre vertu ont détourné bien des âmes de l’erreur.

« Et vous avez soutenu les mains lasses. Vos paroles ont affermi ceux qui étaient ébranlés, et vous avez fortifié les genoux tremblants. Et maintenant à peine la plaie est-elle venue sur vous que vous défaillez ; elle vous a touché, et vous êtes dans le trouble. Où est votre crainte de Dieu, votre force, votre patience, cette perfection de vos voies ? » Ibid. 3-6. Paroles ironiques contre la sainteté de Job, et dont voici le sens : Si vous aviez pratiqué ces vertus, vous ne seriez jamais tombé dans cet abîme de maux réservés à d’autres hommes, parce que nous connaissons la bonté et la justice de Dieu, créateur de toutes choses.

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