Read here

Commentaires sur l’Évangile de saint Matthieu

Jérôme de Stridon · 1881 · Free in the US

108,911 words · about 7 h 38 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1881 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Commentaires_sur_l’Évangile_de_saint_Matthieu&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Jérôme de Stridon
Language
French
Published
1881
Length
108,911 words · about 7 h 38 min
Sections
6 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (6)
  1. Front matter under 1 min
  2. Préface about 13 min
  3. Livre I about 1 h 48 min
  4. Livre II about 1 h 42 min
  5. Livre III about 1 h 53 min
  6. Livre IV about 2 h 1 min

Continue:

Front matter

par St Jérôme

Préface

Nous voici maintenant en présence de la partie des écrits de saint Jérôme où ce savant commentateur des saintes Écritures me semble se surpasser lui-même. Serai-je victime de mon admiration pour ce grand docteur, si j’affirme qu’il résulte, pour moi, de ma longue étude de ses œuvres, la conviction profonde que jamais homme n’a porté plus loin la connaissance des saintes Lettres, ne les a mieux pénétrées et n’en a exposé les sens élevés avec plus de méthode et de clarté. Si déjà ses Commentaires sur l’Ancien Testament lui ont valu tant de gloire, qu’en sera-t-il de ses travaux sur le Nouveau, quand il est manifeste qu’il s’est donné, pour chacune des parties qu’il en a parcourues, quelques jours à peine ; quand il déclare lui-même, dans son Prologue de la Lettre aux Éphésiens, qu’il lui arrivait parfois d’en expliquer jusqu’à mille versets dans la même journée ? Un copiste eût à peine suffi à cette tâche, et le saint Docteur a su de plus être élégant, judicieux, plein d’onction et de profondeur. Si dans ce nouveau travail, le grand commentateur n’embrasse pas le Nouveau Testament en entier, il en parcourt au moins des parties remarquables ; ce sont l’Évangile selon saint Matthieu, quelques chapitres choisis de saint Luc, trente-neuf homélies traduites en latin du grec d’Origène, et quatre Épîtres de saint Paul, aux Galates, aux Éphésiens, à Tite et à Philémon.

C’est à la prière d’Eusèbe, de Crémone, partant pour Rome, et en quinze jours, que le saint Docteur a écrit les quatre livres de ses Commentaires sur saint Matthieu. Ces circonstances, que saint Jérôme lui-même nous fait remarquer dans le Prologue du premier livre sur saint Matthieu, nous permettent de préciser l’année et l’époque même de l’année qui lui vit composer ce travail. « C’est, dit-il à Eusèbe, en deux semaines, quand les fêtes de Pâques sont là, quand déjà le vent enfle vos voiles, que vous voulez que je prenne la plume ? Où trouverons-nous le temps nécessaire pour les copistes, pour les transcriptions, pour les corrections, pour mettre le tout au net, surtout quand vous n’ignorez pas que j’ai été si souffrant pendant trois mois et que je commence à me remettre à peine. » D’autre part, écrit-il à Lucinius : « Après avoir été aux prises avec une longue indisposition, c’est à l’époque de la Quadragésime que j’ai commencé à respirer ; » et à Évangélius : « Après une longue maladie, c’est à peine pendant la Quadragésime que j’ai pu être débarrassé de la fièvre, et quoique je me préparasse à un autre travail, j’ai consacré à expliquer saint Matthieu le peu de jours qui me restaient encore. » En rapprochant les dates de ces lettres, on peut conclure, avec certitude, que ces trois mois de maladie commencent avec l’année trois cent quatre-vingt-dix-huit, ou, tout au plus, au mois de décembre précédent, et que ce fut en mars que la convalescence lui permit de retrouver ces chères études interrompues. Or, si la fête de Pâques, qui dit-il le menaçait, s’est rencontrée cette année-là le dix-huitième jour d’avril, cela ressort manifestement de plusieurs de ses lettres et de circonstances diverses indiquées dans ses écrits, qu’il n’est point dans notre but de relater ici, pour ne pas donner à un court aperçu les proportions d’une dissertation savante, nous connaissons l’année, le mois, et pour ainsi dire le jour et l’heure où furent produits les Commentaires sur S. Matthieu.

Viennent à la suite de saint Matthieu, trente-neuf homélies sur l’Évangile de saint Luc, traduites en latin par notre saint Docteur du texte grec d’Origène. Nous les joignons à la collection complète de ses œuvres. Quant à l’original grec, on avait cru longtemps qu’il n’avait point résisté à l’action destructrice du temps, quand, tout à coup, fut signalée la découverte de ce manuscrit par le dernier éditeur des œuvres d’Origène. Ces homélies, dites pour les jours du dimanche, sont regardées par notre interprète comme l’amusement d’un esprit jeune encore, et ne semblent point de la même facture. Les six dernières paraissent même avoir été extraites d’un autre recueil des œuvres d’Origène. N’en a-t-il pas existé beaucoup d’autres ? Cela est plus que probable ; seulement elles n’ont pas survécu aux ravages du temps. Ruffin, qui souvent dans le cours de son travail est qualifié d’hydre, de Sardanapale, et qui, à coup sûr, n’était point le panégyriste de saint Jérôme, ose lui reprocher d’avoir, dans la traduction de ces homélies, retranché, ajouté ou changé à son gré dans le texte. Il cite à cet égard le premier verset du Magnificat. Il est difficile d’en juger, attendu que le texte grec nous manque complètement et que, d’autre part, nous ne voyons rien dans saint Jérôme qui soit une réponse directe aux perfides allégations de son détracteur. Nous croirions à une calomnie insigne de la part de ce dernier, si nous n’aimions mieux charitablement supposer dans l’original une erreur de copiste.

En quelle année le saint Docteur a-t-il élaboré cette traduction ? Toutes les conjectures les plus probables semblent indiquer que c’est en trois cent quatre-vingt-neuf. L’auteur lui-même l’insinue dans le Prologue de cette même traduction.

Nous passons ensuite aux Commentaires sur les Épîtres déjà nommées du Docteur des Nations, et les seules sur lesquelles il ait écrit. On n’a pas été sans croire que c’était toutes les Épîtres de saint Paul qu’il avait exposées. C’était une erreur, et les recherches les plus minutieuses n’ont amené aucune découverte qui confirmât cette opinion. Ce qui avait donné lieu à cette persuasion, c’est le mot de saint Jérôme même dans le Prologue de la Lettre aux Éphésiens : « Nous nous efforçons, dit-il, d’expliquer les Épîtres de Paul. » On crut qu’il parlait de toutes, tandis que le commentateur n’avait en vue que celle qu’il expliquait dans le moment ; de là l’erreur. Sans doute, il a paru, comme attribué à saint Jérôme, un Commentaire sur toutes les Épîtres de saint Paul, celle aux Hébreux exceptée. Mais cette œuvre est si peu de saint Jérôme qu’elle est, au contraire, de son contradicteur le plus acharné, le néfaste hérésiarque Pélage ; et si elle fut attribuée à saint Jérôme, ce ne fut que mensongèrement et dans une pensée toute mercantile d’exploitation. La fraude est depuis longtemps découverte, et cet écrit est mis aujourd’hui au rang des ouvrages supposés. Les déclarations du saint Docteur lui-même établissent qu’il n’a expliqué que les quatre Épîtres mentionnées plus haut. Sa Lettre à Philémon, quoique placée la dernière, est celle dont il s’est d’abord occupé, mais il paraît qu’elles sont toutes le travail d’une même année, et que cette année serait celle qui aurait précédé son étude sur les Questions hébraïques, c’est-à-dire trois cent quatre-vingt-sept. Puisse ce travail trouver auprès du lecteur toute la faveur qu’il mérite, et développer en nous le goût pour l’étude de ces livres sacrés, qui ne devraient jamais s’éloigner de nos mains.

Ils sont nombreux ceux qui ont écrit des évangiles, comme l’atteste saint Luc quand il dit : « Comme beaucoup, à la vérité, ont entrepris de mettre par ordre le récit des choses accomplies parmi nous, sur le témoignage de ceux-là même qui ont tous vu dès le commencement et qui ont été les ministres de la parole, » Luc 1,1-2, et comme le déclarent les monuments qui se sont perpétués jusqu’au temps présent, qui édités par divers auteurs ont été le principe de diverses hérésies ; tels sont des évangiles selon les Égyptiens, et Thomas, et Matthias et Barthélemy et les douze apôtres, et Basilide et Appelle et tous les autres qu’il serait trop long d’énumérer. Il suffit, pour le présent, de dire qu’il s’en est trouvé quelques-uns qui, dépourvus de l’esprit et de la grâce divine, se sont efforcés plutôt d’en arranger le récit que d’en présenter la véridique histoire. C’est à eux qu’on peut, à bon droit, appliquer cette parole du prophète : « Malheur à ceux qui prophétisent de leur propre cœur, qui marchent après leur esprit, qui disent : voici ce que dit le Seigneur, et le Seigneur ne les a nullement envoyés. » Eze. 13,3. C’est d’eux aussi que parle le Sauveur dans l’évangile de saint Jean : « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des larrons. » Jn. 10,8. Ceux qui sont venus, non ceux qui ont été envoyés. Le Seigneur dit lui-même : « Ils venaient et je ne les envoyais point. » Jer. 14, 14 et 23, 21. Dans ceux qui viennent, c’est la présomption de la témérité ; dans ceux qui sont envoyés, le dévouement de l’obéissance. Mais l’Église qui, par la voix du Seigneur, a été fondée sur la pierre, l’Église que le Roi céleste a introduite dans son tabernacle, Can. 1 et 2, et vers laquelle il est descendu par la voie du plus mystérieux chemin, semblable au daim et au faon de la biche, » Can. 2,9, cette Église, où coulent comme les quatre fleuves du paradis, qui a quatre angles et quatre anneaux, pareille à l’arche du Testament, gardienne aussi de la loi du Seigneur, n’est portée que sur des bâtons immobiles. Exo. 25, 10 et seqq.

Le premier de tous est Matthieu, le publicain, surnommé Lévi. Il écrivit l’évangile, dans la Judée, en langue hébraïque, en faveur surtout de ceux d’entre les Juifs qui avaient cru en Jésus, et qui ne s’inquiétaient plus de l’ombre de cette loi à laquelle succédait la vérité de l’évangile. Le second est Marc, interprète de l’apôtre Pierre et premier évangéliste de l’Église d’Alexandrie, qui, à la vérité, n’avait pas vu lui-même le Sauveur, mais qui a raconté, dans toute la vérité des faits plutôt que dans leur ordre, ce qu’il avait entendu prêcher par son maître. Le troisième est Luc, médecin syrien de nation et de la ville d’Antioche ; l’évangile en fait l’éloge. Il fut aussi lui-même disciple de l’apôtre Paul. C’est en Achaïe et en Béotie, 2 Corin. 8, qu’il écrivit son livre, reprenant de plus haut certains faits, et, comme il le confesse lui-même dans sa préface, rapportant moins ce qu’il a vu que ce qu’il a appris. Le dernier c’est Jean, apôtre et évangéliste, que Jésus aima beaucoup, qui, reposant sur la poitrine du Seigneur, s’abreuva au courant des plus pures doctrines et qui seul mérita d’entendre tomber de la croix cette parole : « Voilà votre mère. » Jn. 19,27. C’est pendant qu’il était en Asie et que déjà, à cette époque, pullulaient les semences hérétiques de Cérinthe, d’Ébion et de tous ces autres qui nient que le Christ soit venu dans la chair, audacieux qu’il traite d’antéchrists dans sa lettre, 1Jn. 2,18, et que l’apôtre Paul anathématise à chaque instant ; il fut pressé, par presque tous les évêques, en Asie alors, et des députations d’un grand nombre d’Églises, d’écrire d’une façon élevée sur la divinité du Sauveur et de s’élancer, pour ainsi dire, jusqu’au Verbe de Dieu lui-même, d’un vol plus heureux que téméraire. L’histoire ecclésiastique raconte qu’en réponse à leurs instances, il dit qu’il écrirait, si unissant le jeûne à la prière, l’Église entière invoquait le Seigneur. C’est alors que, l’âme inondée d’inspiration divine, il laisse échapper de sa plume ce préambule venu du ciel : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu : c’est lui qui au commencement était en Dieu. » Jn. 1. Ce sont donc ces quatre évangiles annoncés longtemps à l’avance que désigne le volume d’Ézéchiel, où il expose ainsi la première vision : « Et au milieu, il y avait comme la ressemblance de quatre animaux, et leur visage était la face d’un homme et la face d’un lion, et la face d’un taureau et la face d’un aigle. » Eze. 1, 5 et 10. La première face, celle de l’homme désigne S. Matthieu, qui a commencé à écrire comme d’un homme : « Livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. » Mat. 1. La seconde représente Marc, qui fait entendre la voix du lion rugissant dans le désert : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Mrc. 1,3. La troisième, du taureau, figure l’avance que l’évangéliste Luc commence son évangile au sacerdoce de Zacharie. La quatrième, c’est Jean l’évangéliste qui, empruntant les ailes de l’aigle, et s’élevant aux plus sublimes hauteurs, traite du Verbe de Dieu. Ce qui suit abonde dans le même sens. Leurs jambes étaient droites et leurs pieds ailés ; et partout où allait l’esprit, ils y allaient et ne revenaient point. Leurs dos étaient pleins d’yeux, des étincelles et des lampes couraient au milieu, c’était une roue dans une roue et chacun d’eux avait quatre faces. C’est pourquoi l’Apocalypse de Jean, après avoir représenté vingt-quatre vieillards qui tiennent, dans leurs mains, des harpes et des fioles et adorent l’agneau de Dieu, fait paraître des éclairs et des tonnerres et sept esprits qui courent et une mer de verre et quatre animaux pleins d’yeux, et dit : « Le premier animal est semblable à un lion, le second est semblable à un taureau, le troisième à un homme, et le quatrième à un aigle qui vole, » et peu après, il ajoute : « Ils étaient pleins d’yeux et ne cessaient ni jour ni nuit de dire : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir. » Apo. 4,7-8. Par tout cela, il est démontré clairement qu’on ne doit recevoir que quatre évangiles, et que tous les apocryphes ne sont que des chants de mort à laisser aux hérétiques et non point aux fils vivants de l’Église.

Je suis assez étonné, cher Eusèbe, que devant promptement faire voile vers Rome, vous m’ayez demandé de vous servir, comme une provision de voyage, une brève exposition de saint Matthieu, et qu’avec peu de paroles, je vous en donne les sens profonds. Si vous vous souveniez de ma réponse, vous ne me demanderiez point de vous donner en peu de jours ce qui demanderait des années. D’abord, s’il est difficile de lire tous ceux qui ont écrit sur l’Évangile, il l’est encore beaucoup plus de faire un judicieux discernement de ce qui a été écrit de mieux. J’ai lu, je l’avoue, il y a plusieurs années, les vingt-cinq volumes d’Origène sur saint Matthieu, et tout autant de ses homélies, et une interprétation pressée et concise. J’ai lu aussi les commentaires de Théophile, évêque de la ville d’Antioche, d’Hippolyte le martyr, de Théodore d’Héraclée, d’Apollinaire de Laodicée et de Didyme d’Alexandrie ; ajoutez-y encore les opuscules des latins Hilaire, Victorin, Fortunatien ; en ne glanant même que peu dans tout cela, on pourrait produire quelque chose de remarquable. Mais c’est en deux semaines, quand les fêtes de Pâques sont là, quand déjà le vent enfle vos voiles, que vous voulez que je prenne la plume. Où trouverons-nous le temps pour les copistes, pour les transcriptions, pour les corrections, pour mettre le tout au net, surtout quand vous n’ignorez pas que j’ai été si souffrant pendant trois mois et que je commence à me relever à peine ? Puis-je accomplir en peu de temps un si grand ouvrage ? Aussi, négligeant l’autorité des anciens que je n’ai le loisir ni de lire ni de suivre, j’ai rédigé brièvement l’interprétation historique que vous m’aviez principalement demandée. J’y ai mêlé de temps à autre, pour l’âme, quelques fleurs spirituelles, me réservant de perfectionner ce travail plus tard. Si la vie m’est prolongée encore, et qu’en nous revenant vous réalisiez votre promesse, je m’efforcerai d’ajouter ce qui manque ; bien plus, après avoir jeté les fondements, et construit en partie les murailles, je couronnerai magnifiquement l’édifice, afin que vous voyiez quelle différence il y a entre une téméraire improvisation et un écrit soigneusement élaboré. Vous le savez assurément, et je rougirais de vous rendre témoin de mon mensonge, j’ai dicté le présent opuscule avec tant de célérité que je vous eusse paru plutôt lire le travail d’autrui que composer de moi-même. Ne pensez pas que je le dise par arrogance ou par trop de confiance en moi, c’est en vue de vous montrer combien je vous considère, aimant mieux m’exposer à la mésestime des savants que de refuser quelque chose à votre pressante prière. De grâce donc, si ma parole manque d’art, si mon style n’est ni harmonieux ni cadencé, ne l’imputez qu’à la précipitation et non à l’ignorance. Quand vous serez à Rome, donnez-en un exemplaire à la vierge du Christ, Principia, qui m’a prié d’écrire sur le Cantique des cantiques ; mais une longue maladie m’en ayant empêché, je lui laisse l’espoir de l’écrire plus tard. Je vous en fais une condition, car si vous lui dérobez ce que j’ai écrit pour vous, elle, à son tour, pourra serrer dans sa bibliothèque ce qui aura été composé pour elle.

« Livre de la Généalogie de Jésus-Christ. » Mat. 1, 1. Nous lisons dans Isaïe : « Qui racontera sa génération ? » Isa. 53,8. N’allons pas croire que l’évangéliste soit en opposition avec le prophète, en sorte que l’un entreprenne de raconter ce que l’autre déclare impossible à dire. Là il est question de la génération divine et ici il s’agit de l’incarnation. Il a commencé par la chair, afin que par l’homme nous commencions à parler de Dieu.

« Fils de David, fils d’Abraham. Abraham engendra Isaac. Isaac engendra Jacob. Jacob engendra Juda et ses frères. » Mat. 1, 2. L’ordre est renversé, mais il était nécessaire de le changer. S’il eût mentionné d’abord Abraham et ensuite David, il aurait dû reprendre à Abraham pour indiquer toute la suite des ancêtres. Voilà pourquoi il omet tous les autres pour l’appeler fils de ceux-là seuls à qui en fut faite la promesse. À Abraham il fut dit : « Toutes les nations seront bénies dans votre race, » Gen. 22,18, c’est-à-dire dans le Christ ; et à David : « J’établirai sur votre trône un fils issu de vous. » Psa. 131,11.

« Juda engendra, de Thamar, Pharès et Zara. Pharès engendra Esron. Esron engendra Aram. Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naasson. » Mat. 1, 3. Il est à remarquer que, dans la généalogie du Sauveur, il n’est fait mention d’aucune sainte femme, mais de celles-là seulement que blâme l’Écriture, afin que celui qui était venu pour les pécheurs, en naissant de pécheurs, effaçât tous les péchés. Aussi, dans les versets suivants, cite-t-on Ruth la moabite, et Bethsabée, épouse d’Urie.

« Naasson engendra Salmon. Salmon engendra Booz de Rahab. Booz

Livre I

« Livre de la Généalogie de Jésus-Christ. » Mat. 1, 1. Nous lisons dans Isaïe : « Qui racontera sa génération ? » Isa. 53,8. N’allons pas croire que l’évangéliste soit en opposition avec le prophète, en sorte que l’un entreprenne de raconter ce que l’autre déclare impossible à dire. Là il est question de la génération divine et ici il s’agit de l’incarnation. Il a commencé par la chair, afin que par l’homme nous commencions à parler de Dieu.

« Fils de David, fils d’Abraham. Abraham engendra Isaac. Isaac engendra Jacob. Jacob engendra Juda et ses frères. » Mat. 1, 2. L’ordre est renversé, mais il était nécessaire de le changer. S’il eût mentionné d’abord Abraham et ensuite David, il aurait dû reprendre à Abraham pour indiquer toute la suite des ancêtres. Voilà pourquoi il omet tous les autres pour l’appeler fils de ceux-là seuls à qui en fut faite la promesse. À Abraham il fut dit : « Toutes les nations seront bénies dans votre race, » Gen. 22,18, c’est-à-dire dans le Christ ; et à David : « J’établirai sur votre trône un fils issu de vous. » Psa. 131,11.

« Juda engendra, de Thamar, Pharès et Zara. Pharès engendra Esron. Esron engendra Aram. Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naasson. » Mat. 1, 3. Il est à remarquer que, dans la généalogie du Sauveur, il n’est fait mention d’aucune sainte femme, mais de celles-là seulement que blâme l’Écriture, afin que celui qui était venu pour les pécheurs, en naissant de pécheurs, effaçât tous les péchés. Aussi, dans les versets suivants, cite-t-on Ruth la moabite, et Bethsabée, épouse d’Urie.

« Naasson engendra Salmon. Salmon engendra Booz de Rahab. Booz engendra Obed de Ruth. Obed engendra Jessé. Jessé engendra David qui fut roi. Le roi David engendra Salomon de celle qui avait été l’épouse d’Urie. Salomon engendra Roboam. Roboam engendra Abias. Abias engendra Asa. Asa engendra Josaphat. Josaphat engendra Joram. » Mat. 1, 4 et seqq. Ce Naasson est ce prince de la tribu de Juda dont il est question dans les Nombres. Nom. 1 et 2.

« Joram engendra Ozias. Ozias engendra Joathan. Joathan engendra Achaz. Achaz engendra Ézéchias. Ézéchias engendra Manassès. Manassès engendra Amon. Amon engendra Josias. Josias engendra Jéchonias et ses frères, vers la transmigration à Babylone. » Mat. 1, 8 et seqq. Dans le quatrième livre des Rois, 2Ro. 3, 8 et seqq, nous lisons que Joram engendra Ochozias, après la mort duquel Josabeth, fille du roi Joram et sœur d’Ochozias, enleva Joas, fils de son frère, et le déroba au massacre commandé par Athalie. Il eut pour successeur au trône son fils Amasias, après lequel régna son fils Azarias, qui est appelé aussi Ozias. À ce dernier succéda Joathan, son fils. Vous voyez donc qu’au témoignage de l’histoire, il y a eu, dans l’intervalle, trois rois dont notre évangéliste ne fait point mention ; car Joram n’engendra pas Ozias, mais Ochozias, et ainsi des autres que nous avons énumérés. C’est parce que l’évangéliste ne se proposait d’établir que trois séries de quatorze générations dans les divers états des temps, et parce que, au sang de Joram était venu se mêler celui de l’impie Jézabel, qu’il en ôte tout souvenir jusqu’à la troisième génération, pour ne la point comprendre dans les ancêtres du Messie.

« Et après la transmigration de Babylone, Jéchonias engendra Salathiel. Salathiel engendra Zorobabel. Zorobabel engendra Abiud. Abiud engendra Eliacim. Eliacim engendra Azor. Azor engendra Sadoc. Sadoc engendra Mathan. Mathan engendra Jacob. » Mat. 1, 12 et seqq. Si nous voulons placer Jéchonias à la fin des quatorze premières générations, la série suivante ne sera pas de quatorze, mais seulement de treize. Sachons donc que le premier Jéchonias est le même que Joacim et que le second est le fils et non le père. Le premier des deux s’écrit par c’et m, et le second par ch et n. C’est la faute des copistes et le temps qui ont fait tomber les Grecs et les Latins dans cette confusion.

« Jacob engendra Joseph. » Mat. 1, 16. À cette occasion, l’empereur Julien nous a objecté une dissonance dans les évangélistes, en ce que Matthieu appelle Joseph fils de Jacob, tandis que Luc le dit fils d’Héli. Il ne comprenait pas que, d’après la coutume des Écritures, l’un était père selon la nature, et l’autre selon la loi. Nous savons, en effet, que, selon l’ordre de Dieu, il a été prescrit par Moïse, que lorsqu’un frère ou un parent mourait sans enfants, un autre prenait son épouse pour donner des descendants à son frère ou à son parent. Deu. 25. C’est sur ce sujet aussi qu’ont plus sérieusement discuté Africain, écrivain chronologiste, et Eusèbe de Césarée, dans ses livres de la prédication de l’Évangile.

« Époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé le Christ. » Mat. 1, 17. En entendant le mot de mari, écartez toute idée de noces, mais rappelez-vous que c’est l’habitude des Écritures d’appeler les fiancés mari et épouse.

« Et depuis la transmigration de Babylone jusqu’à Jésus-Christ, il y a quatorze générations. » Mat. 1, 18. Comptez depuis Jéchonias jusqu’à Joseph et vous trouverez treize générations. La génération du Christ est donc regardée comme la quatorzième.

« Or, telle fut la naissance du Christ. » Mat. 1, 18. Un lecteur attentif interrogera et dira : Puisque Joseph n’est point le père du Sauveur, que fait au Seigneur cette énumération d’ancêtres jusqu’à Joseph ? Nous lui répondrons, d’abord, qu’il n’est pas d’usage dans l’Écriture d’indiquer la généalogie des femmes, et ensuite, que Joseph et Marie étaient de la même tribu. De par la loi donc, il devait l’épouser comme étant sa parente, et s’inscrire avec elle à Bethléem comme issus tous deux du même sang.

« Joseph, son époux, étant un homme juste... » Pourquoi n’est-ce pas simplement par une vierge, mais par une épouse qu’il est conçu ? D’abord, afin que par la généalogie de Joseph fût connue celle de Marie ; en second lieu, de peur qu’elle ne fût lapidée par les Juifs comme adultère ; en troisième lieu, pour que, fugitive en Égypte, elle eût un soutien dans son mari. Le martyr Ignace apporte une quatrième raison : s’il est conçu par une épouse, c’est, dit-il, pour cacher cet enfantement au démon, qui le croira le fruit non d’une vierge, mais d’une épouse.

« Avant de s’unir, il fut découvert qu’elle avait conçu du Saint-Esprit. » Par qui fut-ce découvert, non par un autre que Joseph, aux regards duquel ne pouvait rien échapper de ce qui touchait à sa future épouse. Quand il dit : « Avant qu’ils s’unissent, » il ne s’ensuit pas qu’ils se soient unis plus tard ; l’Écriture constate ce qui n’avait point eu lieu.

« Mais Joseph, qui était un homme juste et ne voulait point la dénoncer, songea à la renvoyer sans éclat. Il était dans ces pensées, quand l’ange du Seigneur apparut à Joseph dans le sommeil, en disant. » Mat. 1, 19. Si quelqu’un s’unit à une prostituée, il devient un même corps avec elle, 1Co. 6,16, et il est marqué dans la Loi que non seulement les coupables, mais les témoins eux-mêmes du crime étaient responsables du péché. Lev. 5. Comment donc Joseph, quand il cache le crime de son épouse, est-il appelé juste ? C’est un témoignage en faveur de Marie, car Joseph, connaissant sa chasteté et stupéfait de ce qui arrive, cache par le silence ce dont il ne comprend point le mystère.

« Joseph, fils de David, ne crains point de prendre Marie ton épouse, car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils. » Mat. 1, 20. Nous avons déjà dit plus haut que les fiancées étaient appelées épouses ; c’est ce qu’apprend d’une manière plus complète le livre contre Helvidius. Si l’ange lui parle pendant le sommeil avec une affection caressante, c’est pour approuver la sagesse de son silence. Remarquez encore que Joseph est dit fils de David, pour marquer que Marie aussi descend de David.

« Vous lui donnerez le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. » Mat. 1, 21. Jésus, en langue hébraïque, veut dire Sauveur. L’évangéliste fixe donc l’étymologie de son nom, en disant : « Vous lui donnerez le nom de Jésus ; » parce qu’il doit sauver son peuple.

« Or, tout cela se fit pour que fût accomplie cette parole que le Seigneur a dite par le prophète : « Voilà que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on le nommera Emmanuel ; » ce que l’on interprète par Dieu avec nous. « Ainsi réveillé de son sommeil, Joseph fit comme l’ange du Seigneur lui avait ordonné. » Mat. 1, 22 et seqq.

Au lieu que l’évangéliste Matthieu dit : « Elle aura dans son sein, » le prophète écrit : « Recevra dans son sein ; » c’est que le prophète, prédisant l’avenir, indique ce qui doit arriver et écrit : « elle recevra, » tandis que l’évangéliste faisant le récit non de ce qui doit venir, mais de ce qui est arrivé, dit, « elle aura » à la place de « elle recevra. » Celui, en effet qui possède n’a nullement à recevoir. Nous lisons quelque chose de semblable dans les psaumes : « En s’élevant dans le ciel, il a emmené captive la captivité ; il a reçu des dons pour les hommes. » Psa. 67,19. L’apôtre, en lisant ce témoignage, n’a point dit, « il a reçu » mais, « il a donné, » parce que dans le prophète on indique ce qu’il doit recevoir dans l’avenir, tandis que l’apôtre, en historien, raconte qu’il a donné ce qu’il avait déjà reçu.

« Il prit sa femme avec lui, et il ne l’avait point connue quand elle enfanta son fils premier-né, et il lui donna le nom de Jésus. » Mat. 1, 25. De ce passage, quelques esprits pervers osent soupçonner que Marie a eu d’autres enfants ; » n’est appelé premier-né, disent-ils, que celui qui a des frères. » Or, les divines Écritures ont pour habitude d’appeler premier-né, non celui qui a des frères, mais celui qui est né le premier. Lisez l’ouvrage déjà cité contre Helvidius.

« Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l’adorer. Ayant appris cela, le roi Hérode se troubla et tout Jérusalem avec lui ; et assemblant tous les princes des prêtres et les scribes du peuple, il s’enquit d’eux où naîtrait le Christ. » Mat. 2, 2 et seqq. Afin que, pour la confusion des Juifs, ils apprissent des païens eux-mêmes la naissance du Christ, c’est en Orient que se montre l’étoile dont ils connaissaient la future apparition par l’oracle de Balaam, leur ancêtre. Lisez le livre des Nombres, Nom. 24. Sur l’indication de l’étoile, les mages se rendent en Judée, afin que l’interrogation même qu’ils adressent aux prêtres sur le lieu de la naissance du Christ laisse ces derniers sans excuse touchant sa venue.

« Or, eux lui dirent : à Bethléem de Judée, car il a été ainsi écrit par le prophète : Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car c’est de toi que sortira le chef qui doit régir Israël, mon peuple. » Mat. 2, 5. Il y a ici erreur de copiste. Nous croyons qu’il fut d’abord écrit par l’évangéliste, comme le porte le texte hébreu lui-même, « de Juda » et non « de Judée. » Où est, en effet, cet autre Bethléem étranger, pour qu’il faille le distinguer en disant « de Judée. » On ne spécifie ici « de Juda » que parce qu’il y a un autre Bethléem dans la Galilée. Lisez le livre de Jesu, fils de Navé. Jos. 19. Dans le passage même de Michée qu’on emprunte, il est dit : « Et toi Bethléem, terre de Juda. » Mic. 2.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…