Read here

Commentaires sur le prophète Jonas

Jérôme de Stridon · 1879 · Free in the US

19,430 words · about 1 h 22 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1879 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Jérôme_de_Stridon/Commentaires_sur_le_prophète_Jonas&action=history). · Wikisource contributors

Text from Wikisource and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Jérôme de Stridon
Language
French
Published
1879
Length
19,430 words · about 1 h 22 min
Sections
2 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (2)
  1. PROLOGUE. about 4 min
  2. LE LIVRE COMMENCE. about 1 h 17 min

Continue:

PROLOGUE.

Trois ans environ se sont écoulés depuis l’époque où j’avais fini d’expliquer les cinq prophètes Michée, Nahum, Abacuc, Sophonie et Aggée, et retenu par un autre travail, je n’ai pu depuis continuer celui-là. J’ai écrit dans cet intervalle le livre des Hommes illustres, deux volumes contre Jovinien, une apologétique, un traité sur la meilleure manière de commenter (à Pammachius), deux livres à Népotianus ou sur Népotianus, et d’autres productions qu’il serait long d’énumérer. Après tant de temps, en entrant dans ces commentaires par Jonas, comme par une seconde porte, je prie ce Prophète, figure du Sauveur, lui dont le séjour de trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine fut l’image prophétique de la résurrection de Notre-Seigneur, de m’obtenir la faveur de la primitive Église, afin que je mérite la venue de l’Esprit saint vers moi. Puisque Jonas veut dire colombe, et que la colombe est l’emblème du Saint-Esprit, commentons donc la colombe prophétique au moyen de la venue de la vraie colombe vers nous. Je n’ignore pas que les anciens interprètes ecclésiastiques, tant grecs que latins, ont dit bien des choses sur ce livre, et en ont obscurci plutôt qu’éclairci le sens en soulevant tant de questions, au point que leur interprétation même a besoin d’être interprétée, et que le lecteur, quand il s’en sépare, est plongé dans une incertitude plus profonde qu’avant d’en aborder la lecture. Ce n’est pas, en parlant ainsi, que je veuille jeter quelque ombre sur la gloire de grands génies, et diminuer les autres pour me grandir ; mais je rappelle simplement que la tache du commentateur consiste à éclairer à fond, et en peu de mots, les points obscurs, et moins à faire preuve d’élégante diction qu’à mettre en évidence le sens du livre qu’il explique. Je me demande en quel autre endroit des Écritures, à l’exception de son livre même et des Évangiles, où Notre-Seigneur lui rend témoignage, il a été question du prophète Jonas. Si je ne me trompe, c’est de lui qu’il est écrit au livre des Rois : « La quinzième année d’Amasias, fils de Joas, roi de Juda, Jéroboam, fils de Joas, roi d’Israël, commença à Samarie son règne de quarante-et-un ans. Il fit le mal devant le Seigneur, Il ne se retira point de tous les péchés de Jéroboam, fils de Nabath, qui avait fait pécher Israël. Il l’établit les limites d’Israël, depuis l’entrée d’Emath jusqu’à la mer du désert, selon la parole que le Seigneur Dieu d’Israël avait prononcée par son serviteur Jonas, fils d’Amathi, prophète, qui était de Geth qui est en Opher. » 2Ro. 14, 23 et seqq. La tradition des Hébreux veut qu’il ait été ce fils de la veuve de Sarepta que ressuscita, le prophète Élie, à qui la mère disait ensuite : « Maintenant, j’ai reconnu que vous êtes un homme de Dieu, et que la parole de Dieu et la vérité sont dans votre bouche ; » c’est de cette cause que l’enfant aurait reçu son nom, Amathi en notre langue voulant dire vérité : la parole d’Elie ayant été vraie, celni qu’elle ressuscita est appelé fils de la vérité. Geth, au second mille de Saphorim, aujourd’hui appelée Diocésarée, sur la route de Tibériade, est un petit bourg où l’on montre le tombeau de Jonas, bien que certains prétendent qu’il naquit et fui enseveli près de Diospolis ou Lidda, ne comprenant"pas qu’Opher est dit pour distinguer Ce Geth des villes de même nom qu’on trouve aujourd’hui encore aux environs d’Eleuthéropolis ou de Diospolis. À son tour, le livre de Tobie – je le cite quoiqu’il ne soit pas dans le Canon, parce que les auteurs ecclésiastiques le revendiquent, l’apporte quelque chose de semblable, quand Tobie dit à son fils : « Mon fils, j’ai vieilli, et mon heure est proche où je dois quitter la vie ; prenez vos enfants et allez en Médie, mon fils, car je sais que la ruine de Ninive, prédite par le prophète Jonas, est proche. » Tob. 14, 5-6. Au reste, en tant que les histoires tant des Hébreux que des Grecs l’attestent, et surtout Hérodote, nous y lisons que Ninive fut détruite sous le règne de Josias chez les Hébreux et d’Astyage chez les Mèdes ; d’où nous comprenons qu’en premier lieu les Ninivites, ayant fait pénitence après la prédication de Jonas, obtinrent leur grâce ; mais que plus tard, s’étant de nouveau endurcis dans leurs crimes d’autrefois, ils attirèrent sur eux la vengeance divine. La tradition des Hébreux rapporte qu’Osée, Amos, Isaïe et Jonas prophétisèrent à la même époque. Voilà pour ce qui a trait aux fondements de l’histoire. D’autre part, ô Chromatius, père vénérable, je n’ignore pas quelle lourde tâche c’est que de rapporter à la figure du Sauveur tout ce qu’a fait ce Prophète : lorsqu’il prit la fuite, qu’il s’endormit, qu’il fut précipité dans la mer, qu’il fut recueilli dans le ventre de la baleine, qu’après avoir été rejeté sur le rivage il prêcha la pénitence, qu’il fut contristé à cause du salut d’une ville immense, qu’il trouva bon l’ombrage du lierre, qu’il fut réprimandé par Dieu pour avoir eu plus de souci d’une plante verdoyante soudainement séchée que d’une si grande multitude d’hommes, et le reste, que je m’efforcerai d’expliquer au courant du texte lui-même ; toutefois, afin d’embrasser tout le sens de la prophétie dans une courte préface, je ne saurais trouver un meilleur interprète la figure du Sauveur que le Sauveur lui-même, qui inspira les Prophètes, et mit en relief dans ses serviteurs les lignes de la vérité future. Voici ce qu’il dit aux Juifs, incrédules à sa parole et qui ne veulent pas savoir qu’il est le Christ Fils de Dieu : « Les Ninivites s’élèveront au jour du jugement contre cette race, et la condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas, et cependant il y a ici plus que Jonas. » Mat. 12, 41. La race des Juifs est condamnée, le monde embrassant la foi, et Niniviie faisant pénitence, Israël incrédule périt. Les Juifs ont les livres et nous avons le Seigneur des livres ; à eux les Prophètes, à nous l’intelligence des prophéties ; la lettre les tue, et l’esprit nous vivifie ; 2Co. 3, 1 ; seqq. chez eux, Barabbas, le larron, est mis en liberté, Jn. 18, 18, et c’est pour nous qu’est délié le Christ Fils de Dieu.

LE LIVRE COMMENCE.

« Le Seigneur adressa sa parole à Jonas, fils d’Amathi, et lui dit : Levez-vous, allez en la grande 6 Île de Ninive, et y prêchez, parce que sa malice s’est élevée jusqu’à moi. » Jon. 1, 1. La traduction des Septante est la même, à cette différence près : « La clameur de sa malice est montée jusqu’à moi », Jonas est envoyé vers les Gentils pour la condamnation d’Israël, en ce que, Ninive faisant pénitence, les Israélites persévèrent dans leur iniquité. Ce qui est dit ici : « Sa malice s’est élevée en ma présence », ou « le cri de sa malice est monté jusqu’à moi », est la même chose que ce qui est dit dans la Genèse : « Le cri de Sodome et de Gomorrhe s’est multiplié ; » Gen. 4, 20 ; et à Caïn : « La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi. » Gen. 4, 10. Au figuré, Notre-Seigneur, Jonas, c’est-à-dire, « la colombe », ou « qui gémit » − car Jonas répond à ces deux interprétations, soit parce que le Saint-Esprit descendit en forme de colombe et s’arrêta sur lui, Luc. 3, 1, seqq. soit parce qu’il gémit sur nos blessures et pleura sur Jérusalem, et que nous avons été guéris par ses meurtrissures, Isa. 53, 1, seqq. − vrai fils de la vérité, puisque Dieu est vérité, Jn. 14, 1, seqq. est envoyé à Ninive la belle, c’est-à-dire au monde, parce que nous ne voyons rien de plus beau que le monde par les yeux de la chair ; aussi les Grecs lui ont-ils donné le nom de cosmos, ornement, et l’Écriture, après avoir l’apporté les œuvres, de la création, dit-elle de lui : « Dieu vit qu’il était bon ; » – il est envoyé vers Ninive, la grande cité, afin que le monde entier des Gentils l’entende, puisqu’Israël refuse de l’écouter. Il lui est envoyé, parce que sa malice est montée jusqu’à Dieu. C’est qu’après que Dieu avait construit comme un magnifique palais à l’homme qui devait le servir, l’homme s’est corrompu volontairement, que son cœur a été porté au mal dès sa jeunesse, Gen. 8, 1, seqq. qu’il a levé son front contre le ciel, et qu’ayant bâti la tour de l’orgueil, Gen. 11, 1, seqq. il a fallu que le Fils de Dieu descendit sur la terre, afin que l’homme, qui n’a pu monter jusqu’au ciel en s’enflant d’orgueil, s’y élève en s’abaissant dans la pénitence.

« Mais Jonas se leva avec le dessein de fuir à Tharsis de devant la face du Seigneur. » Jon. 1, 3. même traduction dan s les Septante. Le Prophète sait – le Saint-Esprit le lui suggère — que la pénitence des Gentils doit être la ruine des Juifs. C’est pourquoi, aimant sa patrie, il ne porte pas envie au salut de Ninive, mais il ne voudrait pas que son peuple périt. Au reste, il avait lu que Moïse, priant pour le peuple, avait dit : « Si vous leur pardonnez leur faute, épargnez-moi, ou, si vous ne le faites pas, effacez-moi de votre livre de vie que vous avez écrit », Exo. 33, 31-32, qu’Israël avait été sauvé à sa prière, que Moise ne fut pas effacé du livre, et que le Seigneur, au contraire, à l’occasion de son serviteur, fit miséricorde à tout le peuple. En disant « épargnez-moi », Moise atteste qu’il peut être frappé. L’Apôtre tient le même langage : « J’aurais désiré devenir victime soumise à l’anathème pour mes frères selon la chair, qui sont les Israélites. » Rom. 9, 3. Ce n’est pas qu’il désire de périr, lui dont la vie est Jésus-Christ et pour qui la mort est un gain ; Phi. 1, 1 ; seqq. mais il mérite d’autant plus la vie, qu’il a une volonté plus arrêtée de sauver les autres. En outre, Jonas, qui voit que ses devanciers ou ses contemporains en prophétie ont été envoyés aux brebis égarées de la maison d’Israël pour provoquer le peuple a la pénitence, et que le devin Balaam lui-même prophétisa sur le salut du peuple israélite, Nom. 22, 1, seqq. se plaint d’avoir été seul choisi pour être envoyé aux Assyriens, ennemis d’Israël, et à la plus grande ville de ces ennemis, où règne l’idolâtrie, où Dieu est ignoré. Enfin, motif plus grave que tout cela, il craignait que les Ninivites s’étant rangés à la pénitence à l’occasion de sa prédication, Israël ne fût entièrement abandonné. Le même Esprit qui lui confiait la mission de héraut chez les Gentils, lui faisait connaître que, lorsque les Gentils auraient embrassé la foi, la maison d’Israël périrait, et il tremblait que cet événement n’eut lieu en son temps même. De là vient qu’à l’exemple de Caïn, Gen. 4, 1, seqq. s’éloignant de la face du Seigneur, Jonas voulut fuir à Tharsis, dans laquelle Josèphe voit la ville de Tarse, en Cilicie, en changeant toutefois la première lettre, et qui est le nom d’un lieu de l’Inde, autant qu’on peut l’entendre d’après les Paralipomènes. Les Hébreux pensent que Tharsis veut dire la mer en général, d’après ce texte : « Vous briserez sous un vent impétueux les vaisseaux de Tharsis », Psa. 47, 8, c’est-à-dire de la mer ; et dans Isaïe : « Poussez les hauts cris, navires de Tharsis. » Isa. 20, 14. Sur ce point, il y a déjà plusieurs années, dans une lettre a Marcella, il me souvient d’avoir dit : Le Prophète n’avait donc pas le désir de fuir vers un lieu déterminé ; il prend la voie de la mer, pour aller où que ce soit en toute hâte ; dans la timidité du fugitif, il y a moins de place pour le choix oiseux d’une destination que pour la précipitation a saisir la première occasion de se mettre en mer. Nous pouvons ajouter qu’il croyait que Dieu était connu seulement en Judée, Psa. 75, 1, seqq. et que son nom n’était grand qu’en Israël ; mais après qu’il a éprouvé son action dans les flots, il le confesse et s’écrie : « Je suis Hébreu, et je crains Je Seigneur du ciel, qui a fait la mer et la terre. » Puisqu’il a fait la mer et la terre ferme, pourquoi pensez-vous, en quittant la terre, pouvoir échapper sur mer aux regards du créateur de la mer ? En même temps, il est instruit par la conversion des nautonniers, que la multitude des Ninivites, pour grande qu’elle soit, peut être sauvée par une semblable confession, Touchant Notre-Seigneur et Sauveur, nous pouvons dire qu’il quitta sa demeure et sa patrie, et que, se revêtant de la chair, il s’enfuit en quelque sorte du ciel et vint à Tharsis, c’est-à-dire sur la mer de ce monde, selon ce qui est dit ailleurs : « Dans cette mer si grande et d’une si vaste étendue, se trouve un nombre infini de poissons, de grands et de petits animaux. C’est là que les navires passeront, et que se promènera ce dragon que vous avez formé pour s’y jouer. » Psa. 103, 25 et seqq. C’est pourquoi, dans la Passion, il disait : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice passe loin de moi », Luc. 22, 42, de peur que, Je peuple criant à envi : « Crucifiez, crucifiez-le ! » Jn. 19, 6 ;… « nous n’avons autre roi que César », Ibid. 48, la plénitude des Gentils n’entrât et ne fussent brisés les rameaux de l’olivier franc, à la place desquels croîtraient les rejetons entés de l’olivier sauvage. Rom. 11, 1. seqq. Son amour pour ce peuple était si grand et si généreux, à cause de l’élection des ancêtres et des promesses faites Abraham, qu’attaché à la croix il disait : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ; » Luc. 22, 34 ; ou assurément, puisque Tharsis signifie « contemplation de la joie », le Prophète, en venant à Joppé, dont le nom veut dire « belle », se hâte d’aller à la joie pour jouir de la béatitude du repos, pour se livrer tout entier à la théorie, pensant qu’il vaut mieux jouir pleinement de la beauté et de la variété de la science, que de voir, à l’occasion du salut des autres nations, périr le peuple parmi lequel le Christ doit être engendré selon la chair.

« Il descendit à Joppé et trouva un vaisseau qui allait à Tharsis ; il paya son passage et il y entra avec les autres, pour aller à Tharsis et fuir de devant la face du Seigneur. » Jon. 1, 3. Les Septante : « Il monta a Joppé, et trouva un navire allant à Tharsis ; il paya son passage, et il y monta, pour naviguer avec les autres jusqu’à Tharsis et fuir de devant la face du Seigneur. Joppé est un port de la Judée, le livre des Rois et des Paralipomènes attestent ; 2Sa. 5, 1 ; seqq. 1Ch. 2, 1 ; seqq. c’est là qu’Hiram, roi de Tyr, envoyait par ses vaisseaux les bois du Liban qui devaient être transportés par terre à Jérusalem ; c’est la encore le lieu où l’on montre de nos jours, sur le rivage, les rochers où fut jadis liée Andromède, qui dut sa délivrance au secours de Persée. Les lecteurs érudits connaissent cette histoire. C’est à bon droit que le texte dit : « Le Prophète descendit », d’après la configuration de la contrée, puisque d’un pays accidenté et montagneux il venait dans les plaines de Joppé. Il y trouva un navire dont les marins détachaient le câble qui le retenait au rivage et qui allait entrer en mer ; il paya le prix de la traversée qu’allait faire le navire, ou, d’après les Septante, le prix de son passage, et il y descendit, continue l’hébreu, – car tel est le sens de Iered, – s’inquiétant en fugitif d’y trouver une cachette, ou bien « il y monta », dit la Vulgate, pour se rendre au lieu, quel qu’il fût, où allait le navire, pensant avoir échappé, pourvu qu’il quittât la Judée. Notre-Seigneur lui aussi, sur le littoral extrême de la Judée — qui était appelé très-beau, parce qu’il était en Judée, – ne veut pas enlever le pain aux enfants et le donner aux chiens ; Mat. 15, 1 ; seqq. et parce qu’il était venu vers les brebis égarées de la maison d’Israël, il donne aux nautonniers le prix du passage, en sorte que, voulant guérir d’abord son peuple, il sauve les habitants de la mer, et, au milieu des orages et des tempêtes, c’est-à-dire de sa passion et des ignominies de la croix, submergé dans l’enfer, il sauve ceux que, comme endormi dans le vaisseau, il négligeait. Mat. 8, 1. seqq. Je prie Je lecteur prudent de ne pas s’attacher au même ordre dans le sens figuré que dans histoire. C’est ainsi que l’Apôtre voit dans Agar et Sara la figure des deux Testaments, et pourtant nous ne pouvons interpréter en ce sens figuré tout ce que l’histoire raconte d’elles. Discutant au sujet d’Adam et d’Eve, il écrit aussi aux Éphésiens : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à son épouse, et ils seront deux en une même chair. Ce sacrement est grand ; il est grand, dis-je, en Jésus-Christ et en Église. » Eph. 5, 31-32, Pouvons-nous appliquer à Jésus-Christ et a l’Église tout le commencement de la Genèse, la création du monde et de l’homme, parce que l’Apôtre a invoqué ce témoignage en ce sens ? Ces paroles : « C’est pourquoi homme quittera son père », admettez qu’on les rapporte à Jésus-Christ, et qu’on dise qu’il quitta dans le ciel le Père-Dieu, afin que le peuple des Gentils fut joint à l’Église ; ce qui suit, « et sa mère », comment pourrons-nous l’interpréter, à moins de dire peut-être qu’il quitta la céleste Jérusalem, qui est la mère des saints ? et bien d’autres points plus difficiles encore. Ce passage encore qui est écrit dans le même Apôtre : « Ils buvaient de l’eau de la pierre spirituelle qui les suivait, et Jésus-Christ était cette pierre », 1Co. 10, 4, ne nous impose pas l’étroite obligation d’appliquer a Jésus-Christ tout le livre de l’Exode. Que pouvons-nous dire, en effet ? que colle pierre fut frappée par Moise, non pas une fois, mais deux, que les eaux en jaillirent et que les torrents furent remplis, Ferons-nous violence en cette occasion A tout ce que dit l’histoire en cet endroit, pour le plier au joug de la même allégorie ? et chaque endroit ne doit-il pas plutôt, selon la diversité de l’histoire, recevoir un sens spirituel différent ? De même donc que ces témoignages ont leurs interprétations, et que ni ceux qui les suivent ni ceux qui les précèdent ne demandent la même explication allégorique, de même la prophétie de Jonas ne saurait, sans grand péril pour l’interprète, être appliquée tout entière à la figure du Seigneur, se baserait-on sur ce qui est dit dans l’Évangile : « Cette race méchante et adultère demande un prodige, et, on ne lui en donnera point d’autre que celui du prophète Jonas : comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. » Mat. 12, 39-40.

« Mais le Seigneur envoya sur la mer un vent furieux, et une grande tempête s’étant élevée, le vaisseau était en danger d’être brisé. » Jon. 1, 4. Les Septante : « Le Seigneur suscita un grand vent sur la mer, et une grande tempête s’étant élevée, le vaisseau était en danger d’être brisé. » La fuite du Prophète peut aussi s’appliquer à l’homme en général, qui, méprisant les préceptes de Dieu, s’est éloigné de sa face, et s’est livré au monde, où plus tard la tempête du mal et le naufrage du monde entier sévissant contre lui, il a été obligé de reconnaître le doigt de Dieu et de revenir à celui qu’il avait fui. D’où nous comprenons que les choses que les hommes pensent leur être un moyen de salut, si la volonté divine n’y souscrit, se tournent en instruments de leur perte, et que, outre que leur secours est vain pour ceux à qui il est offert, ceux-là même qui l’offrent sont brisés pareillement. C’est ainsi que l’Égypte fut vaincue par les Assyriens, parce qu’elle était venue en aide il Israël contre la volonté du Seigneur. Le vaisseau qui a reçu celui qui était en danger est en danger lui-même ; le vent soulève les flots, la tempête naît au milieu du calme, et à cause de l’opposition de Dieu, rien n’est en sécurité.

« La peur saisit les mariniers, chacun invoque son dieu à grands cris, et ils jetèrent dans la mer toute la charge du vaisseau pour le soulager. » Jon. 1, 5. Les Septante : « La peur saisit ceux qui étaient sur le vaisseau, chacun cria vers son dieu, et ils jetèrent toute la charge du navire à la mer pour l’alléger. » Ils croient que le vaisseau s’enfonce sous sa charge ordinaire, et ils ne comprennent pas que tout le poids provient de ce qu’il porte le Prophète fugitif. Les mariniers craignent, chacun crie vers son dieu ; ils ignorent la vérité, ils n'ignorent pas la providence, et, dans l’erreur de leur superstition, ils savent qu’il y a quelque chose qu’il faut vénérer. Ils jettent la charge dans la mer, afin que le vaisseau plus léger franchisse les flots soulevés. Israël, au contraire, ni par les bienfaits ni par les maux ne comprend Dieu ; quand Jésus-Christ pleure sur lui, il a les yeux secs.

« Cependant, Jonas étant descendu au fond du navire, dormait d’un profond sommeil » Jon. 1, 5. Les Septante : « Or, Jonas descendit dans les flancs du navire, et il dormait du plus lourd sommeil. » Au sens historique, on nous montre l’esprit plein de sécurité du Prophète : il n’est troublé ni par la tempête, ni par les dangers, ayant la même égalité d’lime et pendant le calme et lorsque le naufrage est imminent. Lorsque les autres crient vers leurs dieux, jettent leurs marchandises, et que chacun fait tout ce dont il est capable, il est si en repos, en sécurité, en tranquillité d’âme, que, descendant dans le fond du vaisseau, il jouit d’un sommeil profond. Voici encore ce que l’on peut dire : Il avait conscience de sa fuite, du péché d’avoir négligé les préceptes du Seigneur, et quand les autres l’ignorent, il sait que la tempête sévit contre lui ; c’est pour cela qu’il descend dans l’intérieur du navire, et, dans sa tristesse, il se cache, pour ne point voir les flots s’enfler contre lui comme des vengeurs divins. S’il dort, c’est l’effet, non de la sécurité, mais du chagrin. L’Évangile l’apporte qu’au moment de la Passion du Seigneur, les Apôtres furent plongés dans un lourd sommeil, à cause de l’excès de leur tristesse. Mat. 26, 1. seqq. Si nous interprétons au figuré, le sommeil du Prophète, sa léthargie profonde est l’image de l’engourdissement dans l’erreur de l’homme, à qui il ne suffit pas d’avoir voulu fuir de devant la face de Dieu, et dont l’âme, écrasée par une sorte de folie, ignore la colère divine et ressemble à un donneur plein de sécurité dont la respiration égale trahit bruyamment le sommeil profond.

« Le pilote s’approcha de lui et lui dit : Comment pouvez-vous ainsi dormir ? Levez-vous, invoquez votre Dieu, et peut-être que Dieu se souviendra de nous, et ne permettra pas que nous périssions. » Jon. 1, 6. Les Septante : « Le timonier s’approcha de lui et lui dit : Comment pouvez-vous être ainsi couché ? Levez-vous, invoquez votre Dieu, et peut-être que Dieu nous sauvant do quelque manière, nous ne périrons pas. » Il est naturel que chacun, dans son propre danger, espère plus d’autrui que de lui-même ; aussi le pilote ou le timonier, qui avait à consoler les matelots timides, voyant la grandeur du péril, gourmande le dormeur, lui reproche son imprévoyante sécurité, et l’exhorte à prier Dieu lui-même pour sa part, en sorte que le danger étant commun, il y eut une commune prière. Au figuré, il y a un grand nombre d’âmes qui, naviguant avec Jonas et ayant leurs dieux particuliers, vont avec empressement vers la contemplation de la joie. Mais après que Jonas aura été la proie du sort, et que, par sa mort, aura été apaisée la tempête du monde et la tranquillité rendue il la mer, le vrai Dieu sera seul adoré et on lui immolera les victimes spirituelles qu’on n’avait pas certainement au milieu des flots de la mer du monde.

« Ils se dirent ensuite l’un à l’autre : Allons, jetons le sort pour savoir d’où ce malheur a pu nous venir ; et ayant jeté le sort, il tomba sur Jonas. » Jon. 1, 7. Les Septante : « Ils se dirent ensuite l’un à l’autre : Allons, jetons le sort pour connaître d’où cette calamité a pu fondre sur nous ; et ayant jeté le sort, il tomba sur Jonas ; » La nature de la m er leur est connue ; ils naviguent depuis longtemps et ils savent la mesure des vents et des tempêtes ; assurément, s’ils avaient vu seulement les flots comme de coutume et comme ils les avaient surmontés tant de fois, ils ne rechercheraient pas qui p eut être la cause du naufrage, et ne tenteraient pas, au moyen d’une chose incertaine, d’éviter un péril certain. On ne doit pas se hâter, sur cet exemple, d’ajouter foi aux sorts, ou de joindre ce témoignage avec celui des Actes des Apôtres, où il est· rapporté que Matthias fut désigné par le sort pour l’apostolat, Act. 1, 1, seqq. alors que les privilèges de quelques-uns ne peuvent devenir la loi commune. De même que l’ânesse parle pour la condamnation de Balaam, Nom. 22; 1 ss, que Pharaon, Gen. 41, 1, seqq. et Nabuchodonosor, Dan. 2, 1, seqq. pour leur condamnation aussi, connaissent l’avenir par des songes, et toutefois ne comprennent pas le Dieu qui le leur révèle, et que Caïphe prophétise sans entendre le sens de sa prédiction, qu’il faut qu’il y en ait un qui périsse pour tous, Jn. 11 et 18, de même le sort tombe sur notre fugitif, non parla force des sorts et surtout de sorts des idolâtres, mais par la volonté de celui qui dirigeait ces sorts incertains. Ce qui suit : « Connaissons à cause de qui ce mal est suspendu sur nos têtes », ici nous devons entendre mal sans le sens d’affliction et de calamité, selon cette parole : « À chaque jour suffit son mal ; » Mat. 6, 34 ; et dans le prophète Amos : «. Il n’arrivera aucun mal dans la ville que Dieu ne l’ait fait ; » Amo. 3, 6 ; et dans Isaïe : « C’est moi, le Seigneur, qui fais la paix et qui crée les maux. » Isa. 45, 7. Ailleurs, mal s’entend con11ue le contraire de vertu, selon ce que nous avons déjà lu dans ce même Prophète : « Le cri du mal qu’elle a fait est monté jusqu’à moi. »

« Ils lui dirent donc : Indiquez-nous quelle est la cause de ce péril où nous sommes. À quoi vous occupez-vous ? quelle est votre patrie ? où allez-vous ? quel est votre peuple ? » Jon. 1, 8. Les Septante : « Ils lui dirent donc : Apprenez-nous à cause de qui ce mal est suspendu sur nous. À quoi vous occupez-vous ? d’où venez-vous ? où allez-vous ? de quelle contrée êtes-vous et de quel peuple ? » Celui que le sort a désigné, ils l’obligent à proclamer lui-même quelle est la cause de cette terrible tempête, ou pour qui la colère divine sévit contre eux : « Indiquez-nous qui est la cause que ce mal est près de fondre sur nous. » Quelle est votre profession ? de quel pays et de chez quel peuple êtes-vous parti ? où allez-vous ? Il faut remarquer cette rapidité du discours, que nous admirons dans Virgile : « Jeunes gens, quel motif vous a poussés à entreprendre un voyage inconnu ? Où allez-vous ? dit-il. Votre race votre patrie ? En apportez-vous la paix ou la guerre ? Eneid. 5, 1. seqq. L’interrogatoire porte sur sa personne, son pays, le but de son voyage, sa ville natale, afin que de là sorte aussi la cause de leur calamité.

« Il leur répondit : Je suis Hébreu, et je crains le Seigneur Dieu du ciel qui a fait la mer et les continents. » Jon. 1, 9. Les Septante : « Il leur répondit : Je sais le Seigneur, et j’adore le Dieu du ciel, qui a fait la mer et les continents. » Il ne dit pas : Je suis Juif, le schisme des dix tribus ayant fait donner, ce nom au peuple à cause des deux autres ; il dit : Je suis Hébreu, c’est-à-dire passant, comme Abraham, — qui pouvait à bon droit s’exprimer ainsi : « Je suis étranger et voyageur comme tous mes, pères ; » Psa. 38, 12 ; et dans le psaume : « Ils sont passés d’une nation à l’autre, et d’un royaume à un autre peuple ; » et Moïse : « Je passerai et je verrai cette grande vision. » Exo. 3, 3. Je crains le Seigneur Dieu du ciel ; non les dieux que vous invoquez et qui ne peuvent sauver, mais le Dieu du ciel, qui a fait la mer et les continents ; la mer sur laquelle je fuis, et le continent que je fuis. Le texte oppose élégamment au nom de mer celui de continent, et non celui de terre ; et un trait suffit à nous montrer le Créateur de toutes choses dans celui qui est le Seigneur du ciel et de la terre et de la mer. On se demande comment il peut dire avec vérité : « Je crains le Seigneur Dieu du ciel », quand il ne fait pas ce qu’il ordonne. On peut répondre, puisque les pécheurs eux-mêmes craignent Dieu, le propre des serviteurs est, non d’aimer, mais de craindre. Ici toutefois crainte peut s’entendre pour culte, selon le sens de ceux qui entendaient Dieu, qu’ils ignoraient encore.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…