Prologue
Nous avons expliqué les douze Prophètes, Isaïe, Daniel et Ézéchiel ; en dernier lieu, nous mettons la main sur Jérémie, et c’est à vous, mon frère Eusèbe, que je dédie ces commentaires rapides pour que vous réunissiez cet homme évangélique à l’évangéliste Matthieu, dont il y a plusieurs années je fis, à votre instigation, une étude concise. Le volume est fort long par lui-même, et dans beaucoup d’endroits Jérémie y écrit simplement de l’histoire ; ainsi, votre sagesse vous fait assez prévoir qu’il n’y aura pas ici de longues explications ; notamment sur les points qui ont déjà trouvé des éclaircissements chez les autres Prophètes et qui sont pleinement intelligibles par eux-mêmes. Je m’attacherai à dicter mes remarques à mes secrétaires, de manière qu’avec le moins de mots possible tous les éclaircissements soient indiqués. Je vous préparerai les fils, la trame et la chaîne, à vous de faire le plus beau tissu ; en sorte qu’après m’avoir entendu pour vous-même, vous contribuiez ensuite à l’instruction des autres. J’ai mis de côté le petit livre de Baruch, qui est joint d’ordinaire à l’édition des Septante, et qui n’est pas chez les Hébreux, et aussi l’Épître faussement attribuée à Jérémie, pour puiser aux sources hébraïques l’ordre vrai des écrits du Prophète bouleversé par la négligence des éditeurs, et les moyens de combler plusieurs lacunes. Ce sera ainsi une œuvre neuve, et vous aurez le véritable Jérémie, non un Jérémie plein d’altérations et de faussetés. Du reste, je ne m’arrête pas aux aboiements des détracteurs qui ont de la bave, non pas pour nos paroles, mais pour chaque syllabe de nos paroles. Ils peuvent avoir quelque science parce qu’ils déchirent les œuvres d’autrui. Tel naguère surgit un ignorant critique, qui voue au blâme mes Commentaires sur l’Épître de Paul aux Éphésiens. Il ne sait pas, tant il est incrusté dans son extravagance sans nom, reconnaître les privilèges des Commentaires, qui consistent à exposer les nombreuses opinions de divers interprètes, dont on tait ou donne les noms, afin que le lecteur soit libre d’adopter celle qui lui semble la meilleure. Pourtant, au premier livre du même ouvrage, dans la préface, j’avais prévenu que j’allais donner des remarques, quelques-unes de moi, la plupart empruntées à d’autres, et que ces Commentaires étaient autant ceux des anciens Auteurs que les nôtres. Ce que n’ayant pas vu son précurseur Grunnius, il voulut aussi jadis me reprendre. Je lui ai répondu dans deux livres où sont apurés les griefs que celui-ci produit comme siens, alors qu’ils ont déjà défrayé les calomnies d’un autre ; je ne parle pas des écrits contre Jovinien, dans lesquels il se plaint que j’aie donné la préférence à la virginité sur le mariage, au mariage sur la bigamie, à la bigamie sur la polygamie.
L’étourdi qu’il est, l’esprit alourdi par la bouillie des Scots, il oublie que j’ai dit dans ce même ouvrage : « Je ne condamne pas les bigames, bien plus ni les trigames, et qui plus est ni les octogames, s’il y en a ; je vais même plus loin, je reçois le plus grand débauché dès qu’il se repent. Tout ce qui est licite au même titre, doit être pesé dans la même balance. » Qu’il lise l’Apologie du même ouvrage, contre son maître, que Rome accueillit avec joie, il y a déjà plusieurs années. Alors il reconnaîtra qu’il ne fait que répéter les calomnies des autres, et que telle est sa maladresse que même les médisances qu’il dit ne lui appartiennent pas. Il fait revivre contre moi les fureurs d’ennemis depuis longtemps descendus dans la tombe… Mais il est temps d’aborder l’œuvre que nous entreprenons.
Livre premier.
« Paroles de Jérémie, fils d’Helcias, l’un des prêtres qui demeuraient à Anathoth dans la terre de Benjamin. Le Seigneur lui adressa sa parole au temps de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, la treizième année de son règne. Il lui parle encore au temps de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la fin de la onzième année de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’au temps de la transmigration de Jérusalem au cinquième mois. » Jerem. , 1-3. Des Prophètes, les uns, comme Isaïe, Osée, Joël, précédèrent la captivité des dix tribus d’Israël, ou des deux tribus de Juda et Benjamin ; d’autres vinrent après la captivité, comme Daniel, Aggée et Zacharie. Jérémie et Ézéchiel prophétisèrent au moment même de la captivité, mais l’un dans la terre de Juda, et l’autre à Babylone. Jérémie, alors qu’il était encore enfant, commença à prophétiser la treizième année de Josias, fils d’Amon, roi de Juda. Il prophétisa pendant dix-neuf ans sous ce règne ; plus tard, onze ans sous Joakim son fils ; et sous Sédécias, qui fut le dernier des rois de Juda, onze ans, jusqu’au cinquième mois, à l’époque où Jérusalem fut prise par les Babyloniens. Dans ces années sont comptés les trois mois de Joachaz et de Jéchonias, dont l’un fut emmené en Égypte, et l’autre à Babylone avec sa mère. En somme, du commencement de sa prophétie jusqu’à la captivité de Jérusalem, dans laquelle il fut pris lui-même, Jérémie prophétisa quarante et un ans, sans compter le temps pendant lequel il fut emmené en Égypte. Là il prophétisa à Taphnis, et ce volume même contient cette prophétie Jerem. , 8. Au lieu de « Paroles de Jérémie, » les Septante ont dit : « Parole de Dieu adressée à Jérémie ; » dans ce sens probablement que les paroles de Jérémie sont la parole du Seigneur. Il était de la famille des prêtres qui habitaient à trois milles vers le nord de Jérusalem dans la bourgade d’Anathoth. Il fut le vivant témoignage de l’admirable clémence du Seigneur qui, à la veille de la captivité et quand déjà l’armée babylonienne assiège Jérusalem, provoque néanmoins le peuple à la pénitence, aimant mieux sauver des convertis que perdre des coupables. Au lieu de « transmigration, » qui est la traduction unanimement adoptée par tous, les Septante ont mis « captivité. » Il y avait déjà trente-cinq ans que Jérémie avait fait entendre sa première prophétie, lorsque Ézéchiel commença de prophétiser à Babylone pour ceux qui y étaient captifs avec lui.
« Le Seigneur m’adressa donc la parole, et me dit : Je vous ai connu avant que je vous eusse formé dans les entrailles de votre mère, je vous ai sanctifié avant que vous fussiez sorti de son sein ; et je vous ai établi prophète parmi les nations. » Jerem. , 4-5. Ce n’est pas, comme l’insinue l’hérésie, que Jérémie ait existé avant d’être conçu ; mais son existence future était connue de la prescience du Seigneur, pour qui ce qui n’est pas fait encore est déjà fait, selon la parole de l’Apôtre : « Il appelle ce qui n’est point comme ce qui est » Rom. , 17. Il est sanctifié dans le sein de sa mère ; nous devons l’entendre conformément à ce que dit l’Apôtre : « Il a plu à Dieu, qui m’a choisi particulièrement dès le ventre de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce, de me révéler son Fils, afin que je le prêchasse parmi les nations » Gal. , 15. Pareillement, Jean-Baptiste est sanctifié dans le sein de sa mère, il y reçoit l’Esprit-Saint, il y tressaille de joie, il parle par la bouche de sa mère Luc. , 15-17. Par ces mots : « Je vous ai établi prophète parmi les nations, » il faut entendre, comme nous l’apprend ensuite la lecture de Jérémie lui-même, que ses prophéties regardent non seulement Jérusalem, mais encore la plupart des nations voisines. Certains rapportent ce passage au Sauveur, qui fut à vrai dire le Prophète des nations, et qui appela toutes les nations par la voix des Apôtres. Celui-ci en effet a été véritablement sanctifié dans le sein virginal de sa mère avant d’y être formé et avant de le quitter ; il était du reste connu du Père puisqu’il est dans le Père et que le Père est en lui de toute éternité.
« Je lui dis : Ah, ah, ah ! Seigneur Dieu, vous voyez que je ne sais pas parler, parce que je ne suis qu’un enfant. » Jerem. , 6 ; LXX. « Je lui dis : Ô Seigneur Dieu, je ne sais pas parler parce que je suis jeune. » Il récuse la charge qu’il ne peut soutenir à cause de son âge ; une crainte semblable fait dire à Moïse que sa voix est faible et ses lèvres incirconcises Exod. , 10 et , 12. Mais Dieu réprimande Moïse, parce qu’il est dans la force de l’âge ; il est plein d’indulgence pour la jeunesse de Jérémie, à qui la crainte et la timidité sied bien.
« Le Seigneur me dit : Ne dites point : Je suis un enfant, car vous irez partout où je vous enverrai et vous porterez toutes les paroles que je vous commanderai de dire. Ne craignez point de paraître devant ceux à qui je vous enverrai, parce que je suis avec vous pour vous délivrer, dit le Seigneur. » Jerem. , 7-8. Ne considérez point votre âge, lui dit-il ; un autre prophète vous a appris que la sagesse de l’homme lui tient lieu de cheveux blancs Sap. , 9. Que votre volonté se borne à marcher en avant ; je serai votre compagnon, et avec mon aide vous accomplirez toutes choses. Ouvrez votre bouche et je la remplirai Psal. , 10. Ne considérez pas non plus la multitude de ceux devant qui et contre qui vous devez parler ; n’ayez égard qu’à moi, qui suis avec vous pour vous délivrer, dit le Seigneur. Or le Seigneur le délivre, non pas en ce que le Prophète est exempt de persécutions et d’angoisses, puisque l’Écriture nous apprend qu’il en souffrit beaucoup ; mais en ce sens que sa patience surmonte tout et ne fléchit devant aucun obstacle.
« Alors le Seigneur étendit sa main, toucha ma bouche et me dit : Je mets présentement mes paroles dans votre bouche. » Jerem. , 9. Il est à remarquer qu’ici c’est Dieu lui-même qui étend sa main, qui touche la bouche, et qui dit : « Je mets présentement mes paroles dans votre bouche ; » tandis qu’il est écrit dans Isaïe : « En même temps l’un des Séraphins fut envoyé vers moi, tenant en sa main un charbon de feu qu’il avait pris avec des pincettes de dessus l’autel, et m’en ayant touché la bouche il me dit : Ce charbon ayant touché vos lèvres, votre iniquité sera effacée et vous serez purifié de votre péché » Isai. , 6-7. À celui-ci en effet, parce qu’il a toute la force de l’âge mûr, qu’il a, comme il le confesse lui-même avec simplicité, les lèvres impures et qu’il habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont souillées, un Séraphin est envoyé qui, non pas avec la main, mais avec des pincettes et un charbon touche sa bouche pour effacer son iniquité et le purifier de son péché. Vers Jérémie au contraire Dieu lui-même étend sa main, avec laquelle il a créé toutes choses et qui est appelée ailleurs son bras ; non pas pour effacer des péchés qui n’avaient dû être que légers et en petit nombre chez cet enfant, mais pour lui accorder le don de la parole. Tandis qu’Ézéchiel dévore le livre écrit sur les deux faces qui contient des secrets divins et de la simple histoire, Jérémie voit toucher sa bouche, et les paroles du Seigneur lui sont accordées, afin qu’il ose prêcher avec confiance. Et c’est à la lettre que la main s’étend vers lui, afin qu’à la vue de cette ressemblance avec un membre humain, il redoute moins le contact de cette main divine.
« Je vous établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et pour détruire, pour perdre et pour dissiper, pour édifier et pour planter. » Jerem. , 10. Nous ajoutons d’après l’Hébreu « pour dissiper, » ou « pour abaisser, » qui n’est pas dans les Septante. Il est à remarquer que deux idées joyeuses succèdent à quatre idées tristes. Mais le bien ne pouvait être édifié qu’après la destruction du mal, et c’est seulement quand les pires herbes ont été déracinées qu’on peut planter les meilleures. Toute plantation en effet qui n’aura pas été faite par le Père céleste, sera arrachée ; et l’édifice bâti sur le sable au lieu d’avoir son fondement sur la pierre, est affouillé par la parole de Dieu et il est détruit. Or l’édifice que Jésus consumera avec le souffle de sa bouche et que détruira l’effet de sa présence, c’est toute doctrine sacrilège et perverse dont il amènera la perte éternelle. Par conséquent, ces systèmes qu’on élève à l’encontre de la science de Dieu, avec une aveugle confiance en la sagesse de leurs auteurs, laquelle est folie aux yeux de Dieu, il les renversera, il en dispersera les débris, pour bâtir à leur place l’édifice de l’humilité, afin que sur le sol d’où ont été arrachées les erreurs détruites, s’élèvent les plantations des vérités de l’Église, et que soit accompli le mot de l’Apôtre : « Vous êtes l’édifice que Dieu bâtit, le champ que Dieu cultive » Corinth. , 9. Beaucoup rapportent ce passage à la personne de Jésus-Christ. Jérémie en effet s’interprète par « élevé du Seigneur. » Or Jésus détruisit les royaumes du diable, que celui-ci lui avait montrés du haut de la montagne ; il perdit les puissances adverses, en détruisant sur la croix le chirographe que l’homme leur avait souscrit. De ces puissances le Psalmiste, après avoir ouvertement parlé des méchants, parle ensuite ainsi par figure : « Pourquoi les nations ont-elles frémi et pourquoi les peuples ont-ils formé de vains desseins ? Les rois de la terre se sont élevés, et les princes ont conspiré ensemble contre le Seigneur » Psal. , 1-2. C’est à la place de ces puissances et des erreurs arrachées, détruites, perdues et précipitées dans les enfers, qu’est édifiée et plantée l’Église de Dieu. Quant au rôle de Jérémie, aucun doute n’est possible. Nous lisons en effet dans la suite Jerem. , 15 qu’il reçoit de la main de Dieu une coupe pleine de la fureur divine pour en faire boire à tous les peuples vers lesquels il sera envoyé.
« Le Seigneur me parla encore et me dit : Que voyez-vous, Jérémie ? Je lui répondis : Je vois une verge qui veille. Le Seigneur ajouta : Vous avez bien vu, car je veillerai aussi pour accomplir ma parole. » Jerem. , 11-12. Au lieu de « verge qui veille, » les Septante ont traduit par « branche de noyer. » Il faut donc essayer de faire comprendre en peu de mots à notre lecteur l’étymologie hébraïque. SECED est le nom de la noix ; veille, ou vigilant, ou veiller s’exprime par SOCED. De là vient que dans la suite le léopard vigilant est désigné sous ce nom. Or la ressemblance de ce mot avec celui qui veut dire « noix » a fait attribuer à ce dernier le sens de vigilance. De même en Daniel d’après Théodotion la scission et le retranchement du prêtre adultère sont marqués par deux arbres, πρίνος et σχίνος, c’est-à-dire l’ilex et le lentisque. Au reste au commencement de la Genèse, de l’homme qui se dit IS la femme est appelée ISSA, comme si l’on disait en bonne part « hommasse, » parce qu’elle a été tirée de l’homme. Au lieu de « branche de noyer » Aquila et Symmaque ont mis « verge qui veille ; » mais Théodotion a traduit « branche d’amandier. » Cette verge qui veille considère les péchés des hommes, pour frapper et corriger ceux qui sont en faute. De là vient que l’Apôtre écrit aux pécheurs : « Que voulez-vous ? aimez-vous mieux que j’aille vous voir la verge à la main, ou avec charité et dans un esprit de douceur ? » Corinth. , 21. C’est de cette verge ou de ce bâton que parle David : « Votre verge et votre bâton ont été le sujet de ma consolation » Psal. , 5. « Ils m’ont consolé, » l’expression est admirable de justesse, parce que le Seigneur nous reprend pour nous rendre meilleurs. Et comme la noix ou l’amande a une écorce très-amère et s’entoure d’une coque des plus dures qu’il faut casser avec effort pour découvrir un fruit délicieux ; de même toute correction et tout travail de la continence paraît amer sur l’heure, mais produit les fruits les plus doux. De là le vieux dicton : Les racines des lettres sont amères, mais leurs fruits sont doux. Quelques-uns par cette verge qui veille ou cette branche de noyer entendent le Seigneur, dont Isaïe a dit : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé » Isai. , 1. Et c’est ainsi que la verge d’Aaron, qu’on croyait morte, fleurit dans la résurrection du Seigneur.
« Le Seigneur me parla une seconde fois, et me dit : Que voyez-vous ? Je vois une chaudière bouillante, et sa face regarde l’Aquilon. Le Seigneur me dit alors : C’est de l’Aquilon que les maux viendront fondre sur tous les habitants de cette terre. » Jerem. , 13-14. C’est dans des mesures diverses que les corrections sont envoyées aux pécheurs, afin qu’ils viennent peu à peu au salut. Ceux qui ne veulent pas s’amender sous le coup de la verge, sont jetés dans la chaudière d’airain, bouillante, dont il est fait plus ample mention dans Ézéchiel Ezech. , et qui se chauffe du côté de l’Aquilon. L’Aquilon marque le roi de Babylone, et la chaudière, c’est la ville de Jérusalem. C’est avec raison du reste qu’il est dit : « C’est de l’Aquilon que les maux viendront fondre sur tous les habitants de cette terre ; » soit de la terre de Juda, soit assurément de toute la terre, selon la menace de l’Apocalypse : « Malheur sur tous les habitants de la terre ! » Apoc. , 13. Les saints en effet ne sont pas habitants de la terre ; ils y sont étrangers et de passage, et l’un d’eux a dit : « Je suis sur terre un étranger et un voyageur, de même que tous mes pères l’ont été » Psal. , 13 ; et un autre : « Le nombre des années depuis que je suis voyageur sur terre est petit et a été traversé de beaucoup de maux » Gen. , 9. De là vient que Pierre adresse son épître catholique aux fidèles qui sont étrangers et dispersés, du Pont, de la Galatie et de la Cappadoce Petr. , 1. C’est dans le sens mystique que Salomon a dit : « Le vent dur d’Aquilon » Prov. , 23 ; il n’est considéré comme favorable que par ceux que son froid a engourdis et qui ont perdu la chaleur de la foi.
« Car je vais appeler tous les peuples des royaumes de l’Aquilon, dit le Seigneur, et ils viendront chacun établir leur trône à l’entrée des portes de Jérusalem, tout autour de ses murailles, et dans toutes les villes de Juda ; et je ferai connaître mes jugements aux habitants de cette terre à cause de leur malice, parce qu’ils m’ont abandonné, qu’ils ont sacrifié aux dieux étrangers, et qu’ils ont adoré les ouvrages de leurs mains. » Jerem. , 15-16. Chacun sait que beaucoup de nations et les rois de chacune d’elles étaient sujets du roi de Babylone ; ces rois et ces peuples, quand Jérusalem fut assiégée, posèrent autour de ses murs et surtout à l’entrée de ses portes, leurs trônes et leurs tentes, afin qu’aucun des assiégés ne pût échapper ; ce ne fut pas seulement Jérusalem, ce furent aussi toutes les villes de Juda qui furent assiégées de la même manière. Lorsque, est-il dit, la ville aura été prise, je ferai voir à ses habitants que mes jugements sont justes, et que chacun a reçu selon ses œuvres ; non tant à cause des vices ordinaires auxquels est sujette l’humaine nature qu’à cause de l’idolâtrie, par laquelle ils m’ont abandonné pour adorer les ouvrages de leurs mains. Quelques-uns interprètent ce passage en bonne part : Ceux, disent-ils, qui ont été éprouvés dans la chaudière d’airain, après avoir été purifiés par les souffrances, deviennent ensuite les princes de Jérusalem ; et c’est après avoir eu pitié d’eux que le Seigneur leur a reproché de l’avoir autrefois abandonné pour vénérer des idoles. Mais cette interprétation est forcée et mauvaise.
« Vous donc, ceignez vos reins, levez-vous et, dites-leur tout ce que je vous ai commandé. » Jerem. , 17. À Job également il fut prescrit de ceindre ses reins Job. ; et aux Apôtres, il est ordonné que, après avoir ceint leurs reins Luc. , 35, qu’Élie Reg. , 8 et Jean-Baptiste Matth. , 4 mortifièrent avec des ceintures de peau, ils aient dans leurs mains des lampes ardentes, celles sans doute de la prédication évangélique. Par conséquent, quiconque va dire la parole de Dieu, doit ceindre ses reins, sachant que toute la force du diable est dans ses reins Job. , 11, et que le Juste dit dans les Psaumes : « Mes reins ont été remplis d’illusions » Psal. , 8. Et lorsqu’il aura ceint ses reins, qu’il entende ce mot de l’Écriture : « Levez-vous, vous qui dormez, sortez d’entre les morts, et Jésus-Christ vous éclairera » Ephes. , 14 ; en sorte qu’il soit toujours vigilant, et que sortant du sommeil, il proclame ce que Dieu lui aura ordonné.
« N’appréhendez point de paraître devant eux, parce que je ferai que vous n’en aurez aucune crainte. » Jerem. , 17. Ou d’après les Septante et les autres interprètes : « N’appréhendez point que je vous fasse craindre en leur présence. » Voici le sens de notre version : N’appréhendez point de paraître en leur présence parce qu’avec mon aide, vous ne sauriez les craindre. D’après les Septante : Ne craignez point en leur présence, ayez confiance en mon ordre. En effet, si vous ne faites trêve à votre timidité habituelle, je vous livrerai à vos craintes, je semblerai, en quelque sorte, vous rendre craintif, en vous abandonnant ainsi à l’effroi. Au reste cela veut dire qu’il faut toujours aimer la vérité, et ne pas craindre la multitude des hommes, qui ne tiennent pas tête à une correction courageuse, mais qui tendent des pièges à celui qui les reprend. Quant à ce qui suit d’après les Septante : « Parce que je suis avec vous pour vous délivrer, dit le Seigneur ; » le texte hébreu ne le porte pas. Voici le sens : Je vous délivrerai, non en ce que nul ne vous tendra des pièges, mais en ce que vous traverserez ces pièges sans y tomber.
« Car je vous établis aujourd’hui comme une ville forte, une colonne de fer et un mur d’airain sur toute la terre, à l’égard des rois de Juda, de ses princes, de ses prêtres et de son peuple. Ils combattront contre vous, et ils n’auront point l’avantage, parce que je suis avec vous pour vous délivrer, dit le Seigneur. » Jerem. , 18-19. Le discours de Dieu montre pourquoi le Prophète ne doit pas craindre. Je vous ai établi, dit-il, ou je vous ai suscité aujourd’hui, c’est-à-dire, dans la vie présente, tant qu’elle s’appelle aujourd’hui, comme une ville forte ; non comme une maison, ou une tour, ou un peu de rempart Matth. , 14 ; mais comme une ville entière qui, assise sur la montagne, ne peut se dérober aux yeux. De cette ville il est écrit : « On a dit de vous des choses glorieuses, ô cité de Dieu » Psal. , 2 ; et encore : « Je suis la ville inexpugnable » Isai. , 3. « Une colonne de fer, » est-il dit ; et de même l’Apôtre : « La colonne et la base de la vérité » Tim. , 15. De là vient que Pierre et Jean, qui étaient réputés les colonnes de l’Église, donnèrent la main à Paul et à Barnabé pour marque de l’union qu’ils avaient avec eux. Ce n’est point assez, il ajoute : « Comme un mur d’airain, » qu’aucune rouille n’atteint, que la chute des pluies ne saurait entamer, mais que la vieillesse rend plus fort. Tel vous serez contre les rois et les princes et le peuple, non pas d’un lieu ou d’un autre, mais de la terre ; contre ceux qui n’ont de goût que pour les choses terrestres et ne connaissent pas celles du ciel, qui se mirent dans le temps et non dans l’éternité. Ceux-là, est-il dit, « combattront contre vous, et ils ne prévaudront pas. » Pourquoi donc ? Quelle est la cause de cette force si grande que ni les rois, ni les princes, ni les prêtres, ni les peuples ne peuvent prévaloir contre un seul ? La voici : « Parce que je suis avec vous pour vous délivrer, dit le Seigneur. » S’il arrivait que les rois de Juda, mot qui répond à « confession, » ses princes, ses prêtres et son peuple, c’est-à-dire les évêques, les prêtres et les diacres et le vulgaire obscur et sans gloire, voulussent s’élever contre un saint homme, qu’il soit inébranlable dans la foi et qu’il cesse de craindre, parce qu’avec le secours divin, il l’emportera sur tous.
« Le Seigneur me parla un jour et me dit : Allez, et criez aux oreilles de Jérusalem ; dites-lui. » Jerem. , 1-2. Les Septante n’ont pas ceci ; on l’a noté d’un astérisque et ajouté d’après l’édition de Théodotion, qui a rendu par « lisez » le mot hébreu CARATH, que nous traduisons par « criez » ou « prêchez. » Il est en effet assez ambigu pour répondre et à lecture, et à cri et à prédiction. Quant aux oreilles de Jérusalem, ce sont, on le comprend, celles de ses habitants.
« Voici ce que dit le Seigneur : Je me suis souvenu de vous, de la compassion que j’ai eue de votre jeunesse, de l’amour que j’eus pour vous lorsque je vous pris pour mon épouse, quand vous me suivîtes dans le désert, dans une terre qu’on ne sème pas. » Jerem. , 2. LXX : « Voici ce que dit le Seigneur : Je me suis souvenu de la compassion que j’ai eue pour votre jeunesse et de l’amour que j’ai eu pour votre âge parfait. » Tout cela est dit plus amplement dans Ézéchiel Ezech. , quand le Seigneur s’unit Jérusalem en mariage, et sous la figure de l’épouse, la comble de caresses. Ou bien c’est pour montrer la grandeur de son affection qu’il lui donne le titre de jeune et tendre fille sa fiancée, car on désire d’autant plus un bien qu’on ne le possède pas encore. Lorsque, dit-il, vous m’avez suivi dans le désert, et que, comme présents dotaux des fiançailles, je vous ai donné les ornements de la loi et les colliers de mes paroles. Et tout cela, Dieu ne le rapporte pas aux mérites de Jérusalem, mais à sa propre miséricorde avec laquelle il lui a également donné son affection. Les mots : « Dans le désert, dans une terre qu’on ne sème pas, » qui sont ici, ne se trouvent pas dans les Septante.
« Israël fut alors consacré au Seigneur et fut les prémices de ses fruits. Tous ceux qui le dévorent font un crime ; les maux viendront fondre sur eux, dit le Seigneur. » Jerem. , 3. En disant qu’Israël fut les prémices des fruits du Seigneur, l’Écriture montre qu’outre ces prémices, un peuple a été rassemblé d’entre les Gentils, conformément à ce qui est écrit ailleurs : « Souvenez-vous de ceux que vous avez assemblés, et que vous avez possédés dès le commencement » Psal. , 2. Or ces prémices sont toujours dues aux prêtres, non aux ennemis. Ce qui suit : « Ceux qui le dévorent font un crime ; les maux viendront fondre sur eux, dit le Seigneur, » a ce sens : Comme ceux qui dévorent les prémices sans être de race sacerdotale sont criminels ; ainsi ceux qui souillent Israël seront frappés de maux, conformément à ce que dit David dans le vingt-cinquième psaume : « Lorsque ceux qui veulent me perdre ont été près de fondre sur moi comme pour dévorer ma chair, ces mêmes ennemis qui me persécutent ont été affaiblis et sont tombés » Psal. , 2. Et en effet, bien qu’ils soient les instruments des desseins de Dieu, ils n’échapperont pas au supplice et les maux fondront sur eux. Il faut qu’il arrive des scandales ; mais malheur à celui par qui le scandale arrive Matth. , 7.
« Écoutez la parole du Seigneur, maison de Jacob, et toutes les familles de la maison d’Israël. Voici ce que dit le Seigneur : Quelle injustice vos pères avaient-ils trouvée en moi, lorsqu’ils se sont éloignés de moi ; lorsqu’ils ont suivi la vanité, et qu’ils sont devenus vains eux-mêmes. » Jerem. , 4-5. Dans ce même sens un autre prophète a dit : « Mon peuple, que vous ai-je fait ? en quoi vous ai-je donné sujet de vous plaindre ? Répondez-moi. Est-ce à cause que je vous ai tiré de l’Égypte, que je vous ai délivré d’une maison d’esclavage » Mich. , 3-4 ? L’un et l’autre nom, Jacob et Israël, sont énoncés, non pas pour marquer les deux et les dix tribus, mais dans le sens de tout le peuple, puisque Jacob lui-même fut appelé plus tard Israël Gen. , 28. S’il s’offense de la conduite des pères, ce n’est pas qu’il impute aux fils les fautes des pères, mais parce que les fils qui ressemblent à leurs pères sont punis et pour leur propre crime et pour celui de leurs aïeux. L’Écriture nous dit souvent que Dieu a compassion des fils à cause de la sainteté des pères. Or ici les pères de ce peuple pécheur ont au contraire abandonné Dieu, non pendant peu, mais pendant beaucoup de temps, et à la place de Dieu ils ont suivi la vanité, c’est-à-dire les idoles, qui ne servent de rien à ceux qui les adorent ; et ils leur sont devenus semblables, selon la parole de l’Écriture : « Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance » Psal. , 16.
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