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Exploration dans l'intérieuŕ de l'Afrique Australe. Ouvrage traduit de l'Anglais par Mme. H. Loreau

David Livingstone · 1859 · Scanned text

305,688 words · about 21 h 24 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

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About this book

Author
David Livingstone
Language
French
Published
1859
Length
305,688 words · about 21 h 24 min
Sections
64 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (64)
  1. Front matter about 1 min
  2. Introduction about 54 min
  3. Chapitre II about 46 min
  4. Chapitre III about 39 min
  5. Chapitre IV about 39 min
  6. Chapitre V about 29 min
  7. Chapitre VI about 44 min
  8. Chapitre VII about 47 min
  9. Chapitre VIII about 40 min
  10. Chapitre IX about 32 min
  11. Chapitre X about 15 min
  12. Chapitre XI about 14 min
  13. Chapitre XII about 31 min
  14. Chapitre XIII about 28 min
  15. Chapitre XIV about 33 min
  16. Chapitre XV about 34 min
  17. Chapitre XVI about 40 min
  18. Chapitre XVII about 51 min
  19. Chapitre XVIII about 48 min
  20. Chapitre XIX about 1 h 1 min
  21. Chapitre XX about 34 min
  22. Chapitre XXI about 32 min
  23. Chapitre XXII about 41 min
  24. Chapitre XXIII about 36 min
  25. Chapitre XXIV about 43 min
  26. Chapitre XXV about 38 min
  27. Chapitre XXVI about 38 min
  28. Chapitre XXVII about 44 min
  29. Chapitre XXVIII about 45 min
  30. Chapitre XXIX about 42 min
  31. Chapitre XXX about 39 min
  32. Chapitre XXXI about 47 min
  33. Chapitre XXXII about 1 h 4 min
  34. Chapitre I under 1 min
  35. Chapitre II under 1 min
  36. Chapitre III under 1 min
  37. Chapitre IV under 1 min
  38. Chapitre V under 1 min
  39. Chapitre VI about 1 min
  40. Chapitre VIII under 1 min
  41. Chapitre IX under 1 min
  42. Chapitre X under 1 min
  43. Chapitre XI under 1 min
  44. Chapitre XII under 1 min
  45. Chapitre XIII under 1 min
  46. Chapitre XIV under 1 min
  47. Chapitre XV under 1 min
  48. Chapitre XVI under 1 min
  49. Chapitre XVII under 1 min
  50. Chapitre XVIII under 1 min
  51. Chapitre XIX about 1 min
  52. Chapitre XX under 1 min
  53. Chapitre XXI under 1 min
  54. Chapitre XXII under 1 min
  55. Chapitre XXIII under 1 min
  56. Chapitre XXIV under 1 min
  57. Chapitre XXV under 1 min
  58. Chapitre XXVI under 1 min
  59. Chapitre XXVII under 1 min
  60. Chapitre XXVIII about 1 min
  61. Chapitre XXIX about 1 min
  62. Chapitre XXX under 1 min
  63. Chapitre XXXI under 1 min
  64. Chapitre XXXII about 1 min

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Front matter

®7& ì; EXPLORATIONS DANS LTNTÉRIEUR DE L'AFRIQUE AUSTRALE ET VOYAGES A TRAVERS LE CONTINENT DE SAHT-PAOL DE LOANDA A L'EMBODCEDRE DU ZAMBÈSE DE 1840 A 18 U G PAR LE RD DR DAVID L1YINGST0NE OUVRAGE TRADUIT DE L* ANGLAIS AVEC L'AUTORIS ATI ON DE l'aUTEOR PAR Mme H. LOREAU PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET G,e rue pierre-sarrazin , N° 14 EXPLORATIONS DANS L'INTÉèlEUR m L'AFBIQUE AUSTRALE TYPOGRAPHIE DE CH. LAHURE ET O Imprimeurs du Sénat et de la Cour de Cassation rue de Vaugirard, CHUTE DU appelée chute de Victoria par le Dr Livingstone, et désignée par les iiù. ZAMBÊSE, udigènes sous le nom de Mosioatounya , qui veut dire fumée tonnante. EXPLORATIONS HANS I/lNTÉRimilì D LAFRIQUE AUSTRALE ET VOYAGES A TRAVERS LE CONTINENT DE SAINT-PAUL DE MANDA A L'EMBOIMDRE DU ZAMBÈSE de 1840 A 1836 PAR LE RD DR DAVID Ll\l>GSTO\E OUVRAGE TRADUIT DR l'aNGLAIS AVEC L'AUTORISATION D F. L ' AUTEUR PAR Mmr H. LOREAU PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET G" RUE P1EKRE-SARRAZ1N, N" 14 Â SIR RODERICK IMPEY MURCHISON PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE GÉOGRAPHIE MEMBRE CORRESPONDANT DE L'iNSTITUT DE FRANCE , MEMBRE DES ACADÉMIES DE SAINT-PÉTERSBOURG, BERLIN, STOCKHOLM, BRUXELLES COPENHAGUE, ETC., Ce livre est affectueusement dédié en reconnaissance du bien veillant intérêt qu'il a toujours pris aux travaux de l'auteur, et comme témoignage d'admiration pour son savoir éminent, dont l'étendue ne s'est jamais révélée d'une manière plus frappante que par la théorie de la structure du continent africain , exposée, en 1 852 , dans son discours présidentiel à la Société royale de Géographie , et confirmée trois ans plus tard , par l'auteur de ces voyages.

David Livingstone. Londres, octobre 18.S7 LE Rd D' DAVID LIVINGSTONE d'après une photographie de M. Mayall de Londres. EXPLORATIONS FAITES dans L AFRIQUE AUSTRALE.

Introduction

. Quelques mots sur ma personne. — Ancêtres highlandais. — Traditions de famille. — Mon grand-père vient habiter les Lowlands. — Mes parents. — Premiers travaux, premiers efforls. — École du soir. — Amour de la lecture. — Impressions religieuses. — Études médicales. — Premières excursions. — Géologie. — Discipline mentale. — Études a Glascow. — Société des missions de Londres. — Mon village natal. — Diplôme de médecin. — Études théologiques. — Départ pour 1 Afrique. — L'auteur n'a aucune prétention littéraire. Je serais, par nature, peu disposé à parler de moi ; mais plu sieurs de mes amis, dont le jugement m'inspire la plus grande confiance , m'ont fait entendre que le public aime à savoir quel que chose de l'auteur dont il lit les ouvrages, et qu'un récit abrégé des premières années de ma vie , joint à quelques lignes sur ma famille, donnerait à ce volume un peu plus d'intérêt: telle est mon excuse à la personnalité des pages suivantes; et, si l'on a tort d'écrire sa généalogie, je me disculpe en disant que la mienne n'est pas longue et ne renferme qu'un seul trait dont je puisse m'enorgueillir.

Mon arrière -grand-père fut tué à la bataille de Culloden en 1 r EXPLORATIONS combattant pour les Stuarts. Mon grand-père était fermier dans l'île d'Ulva, où naquit mon père; cette île fait partie des Hé brides, auxquelles Walter Scott a fait allusion dans le passage suivant : « La sombre Ulva, Colonsay, et tout ce groupe d'îles riantes qui entourent et qui gardent la célèbre Staffa. *> Mon grand-père connaissait parfaitement toutes les légendes traditionnelles dont cet illustre écrivain s'est servi pour com poser la plupart de ses ouvrages. Tout enfant, je me rappelle que je l'écoutais avec délices ; il possédait un fonds inépuisable d'aventures dont un grand nombre ressemblaient d'une manière surprenante à celles que, plus tard, j'ai entendu raconter en Afrique autour des feux du soir. Ma grand'mère , à son tour, chantait des vers gaéliques dont quelques-uns avaient été com posés, disait-elle, par des insulaires captifs chez les Turcs, où ils languissaient dans rabattement et la douleur.

Mon grand -père pouvait fournir sur sa famille des détails précis en remontant jusqu'à la sixième génération. A l'époque où, suivant Macaulay, les Highlanders ressemblaient aux Cafres , et où celui qui avait volé du bétail pouvait, en donnant à son chef une part du butin , éluder le châtiment qu'il avait encouru, l'un de mes aïeux jouissait dans le pays d'une grande réputation de sagesse et de probité; on raconte que, lorsqu'il fut à sa dernière heure, il rassembla tous ses enfants et leur dit ces paroles : -< J'ai pendant ma vie recherché avec le plus grand soin toutes les traditions qui se rattachaient à notre famille, et je n'ai jamais découvert que, parmi nos ancêtres, il y ait eu un malhonnête homme. Si donc un jour quelqu'un d'entre vous ou l'un de vos descendants venait à faire quelque mauvaise action, cela ne serait pas parce que le germe en était dans son sang , et ses torts n'appartiendraient point à la famille.

Soyez honnêtes, c'est le précepte que je vous lègue. » C'est pourquoi, si, dans les pages suivantes, il m'est arrivé de commettre quelques mé prises, j'espère que l'on voudra bien les considérer comme une erreur involontaire , et non pas comme une preuve que j'ai ou blié la recommandation de mon aieul. Ma famille était autrefois catholique ; elle fut convertie au pro testantisme par le laird qui vint un jour avec un homme portant un bâton jaune; probablement que cet insigne captiva beaucoup' DANS L'AFRIQUE AUSTRALE. 3 plus l'attention des néophytes que ne lé faisait la parole du prêtre , car la nouvelle religion fut connue pendant longtemps (peut-être l'est-elle encore aujourd'hui) sous la rubrique de religion du bâton jaune. Trouvant sa ferme d'Ulva insuffisante pour élever une nombreuse famille , mon grand - père vint se fixer à Blantyre- VVorks, importante filature de coton, située sur les belles rives de la Clyde , un peu au-dessus de Glascow ; ses fils , ayant eu la meilleure éducation qu'on pût recevoir aux Hébrides , entrèrent en qualité de commis chez les propriétaires de la filature Mon teith et Gie, qui les prirent avec joie.

Mon grand-père lui même, dont la probité inflexible était vivement appréciée, fut employé au transport des sommes considérables que l'on en voyait de Glascow à Blantyre, et reçut dans sa vieillesse , d'après la coutume de la société Monteith, une pension qui lui permit de terminer ses jours dans l'aisance. Pendant la guerre continentale, mes oncles prirent tous du service, les uns dans l'armée, les autres dans la marine; mais mon père resta au pays, où il faisait un petit commerce de thé; et, bien qu'il eût trop de conscience pour pouvoir s'enrichir, ses enfants ont eu pour lui autant d'amour que s'il avait eu à leur léguer tous les avantages de ce monde. II nous éleva dans les principes du kirk d'Écosse, établissement religieux qui a fait dans le pays un bien incalculable ; plus tard il se sépara de cette communion, et remplit, pendant les vingt dernières années de son existence, l'office de diacre à l'Église indépendante d'Hamil ton.

Mon éternelle gratitude et mon respect lui sont acquis pour m'avoir donné depuis mon enfance l'exemple constant de cette piété ferme, dont Burns a tracé l'idéal dans Cottar's saturday nighi. Mon père mourut au mois de février 1856, comptant avec sérénité sur cette miséricorde dont nous pouvons tous espérer les effets par les mérites de la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ. A cette époque je descendais le Zambèse, ne me promettant pas de plus grand plaisir que de m'asseoir au coin du feu de notre maisonnette et de lui raconter mes voyages. II n'est plus ; mais je révère sa mémoire. Les premiers souvenirs que j'aie gardés de ma mère me retracent un tableau qu'on voit bien souvent, en Écosse, dans l'intérieur des pauvres, celui d'une ménagère remplie de sollici- EXPLORATIONS tude , s'efforçant de mettre les deux bouts ensemble.

A l'âge de dix ans, je fus envoyé à la manufacture en qualité de rattacheur, afin d'aider par mon salaire à l'entretien de la famille, et de diminuer d'autant les soucis de ma pauvre mère. J'achetai un rudiment avec une partie de ce que je gagnai dans la première semaine; et pendant plusieurs années je poursuivis l'étude du latin avec une ardeur constante, me rendant, pour cela, tous les jours, à une école du soir, qui se tenait de huit à dix heures; je travaillais ensuite avec mon dictionnaire jusqu'à minuit, plus tard encore , si ma mère ne l'empêchait pas en venant m'ôter mes livres. II fallait que je fusse à la manufacture le lendemain matin à six heures, et j'y restais jusqu'à huit heures du soir, sans autre interruption que le temps nécessaire pour le déjeuner et le dîner. J'étudiai de cette façon la plupart des auteurs classiques , et à seize ans je possédais mieux qu'aujourd'hui mon Virgile et mon Horace.

Notre professeur, qui heureusement vit toujours, recevait une partie de son traitement des propriétaires de la fabrique. C'était un homme attentif, plein de douceur et de bienveillance, et qui se faisait si peu payer, que tous ceux qui désiraient s'instruire le pouvaient aisément. Un grand nombre d'enfants profitaient de ce privilège; et quelques-uns de mes camarades de classe occupent aujour d'hui une position bien supérieure à celle qu'ils paraissaient devoir atteindre lorsqu'ils venaient àl'école. Si un pareil système était établi en Angleterre , ce serait pour le pauvre un bienfait inappréciable. En fait de lecture , je dévorais tout ce qui me tombait sous la main , excepté les romans ; je n'aimais pas les fictions ; mais les livres de science, et surtout les voyages, faisaient mes délices.

Mon père, qui pensait, avec beaucoup de ses contemporains, que les ouvrages scientifiques étaient contraires à la religion , aurait voulu me voir préférer la Nuée de témoignages ou le Quadruple état, de Boston ; notre dissidence en pareille matière alla, de mon côté, jusqu'à la révolte, et la dernière fois que je reçus des coups de verge, ce fut pour avoir nettement refusé de lire la Pratique chrétienne, de Wilberforce. Le dégoût que m'inspirait la lecture des ouvrages religieux de toute espèce dura plusieurs années ; mais, un jour, étant tombé sur la Philosophie de la religion et de la vie future, par Thomas Dick, je fus heureux de voir confirmer DANS L'AFP.IQUE AUSTRALE. par cette œuvre admirable l'idée que j'avais toujours eue que la religion et la science, loin d'être hostiles l'une à l'autre, se sou tiennent mutuellement.

Mon père et ma mère n'avaient rien négligé pour faire péné trer la doctrine chrétienne dans mon esprit, et je comprenais sans difficulté la théorie de la rédemption par la mort de notre Sauveur; mais ce n'est qu'après avoir lu les ouvrages dont je viens de parler, que je sentis la nécessité de me faire à moi même l'application des mérites expiatoires de cette mort ré demptrice. Le changement, qui en résulta dans mes idées fut analogue à celui qui s'opérerait chez un aveugle à qui l'on ren drait la lumière. La parfaite liberté avec laquelle le pardon de nos offenses nous est offert, tel que nous le présente le livre di vin, fit surgir dans mon cœur un sincère amour pour celui qui nous a rachetés de son sang ; et depuis lors un profond sentiment de reconnaissance pour tant de miséricorde n'a pas cessé d'influer sur ma conduite.

Je ne parlerai plus néan moins de la vie spirituelle qui commençait dès cette époque à s'éveiller en moi ; je ne ferai pas davantage ressortir les labeurs religieux auxquels j'ai été poussé par l'amour du Christ; il sera bien moins question dans ce volume de ce qui a été fait, que de tout ce qui reste à faire avant qu'on puisse dire que l'Évangile a été prêché à tous les peuples. Dans la ferveur de cette ardente charité qu'inspire le christianisme, je résolus bientôt de vouer mon existence au soulagement des misères humaines; à force d'y penser, il me vint à l'esprit que, si je me faisais pionnier de la foi chrétienne et si j'en allais répandre les principes en Chine, cela pourrait avoir des résultats féconds pour quelques parties de cet immense empire ; et je m'appliquai à étudier la médecine, afin de me mettre en état de réaliser cette entreprise.

La flore du Lanarkshire de Patrick me servit à reconnaître les plantes désignées dans le traité de botanique de Culpeper, ce vieux livre où l'astrologie a tant de part, et qui fut mon premier ouvrage de médecine. Quelque borné que fût le temps dont je pouvais disposer, je n'en trouvai pas moins l'occasion de parcourir toute la frontière pour recueillir des simples. Je n'étudiai pas avec moins de zèle, et surtout de perplexité, les mystères de l'astrologie , et je crois que je pénétrai aussi avant dans cet EXPLORATIONS abîme que mon auteur, suivant son expression, avait l'audace de me conduire. II me semblait périlleux d'aller au delà : car cette science, qui m' attirait dans l'ombre, paraissait à mon jeune esprit devoir mener l'adepte à vendre son corps et son âme au démon. Les herborisations que je faisais avec mes frères, dont l'un est aujourd'hui au Canada, l'autre aux États-Unis, où il professe l'état ecclésiastique, développaient encore mon ardent amour pour la nature, et, bien que nous revinssions tellement accablés de fatigue et de faim, que le futur pasteur en versait des larmes, nous découvrions tant de choses intéressantes, qu'il n'en était pas moins ardent à nous accompagner la première fois que nous retournions herboriser.

Dans l'une de ces tournées d'exploration, nous entrâmes dans une carrière de pierre à chaux, longtemps avant que l'étude de la géologie se fût vulgarisée comme elle Fa été depuis lors ; il est impossible d'exprimer avec quelle joie et quel étonne ment je me mis à ramasser les coquilles que l'on trouve dans la chaux carbonifère de High Blantyre et de Cambuslang., Un carrier me regardait avec cet air de compassion que prend un homme bienveillant à la vue d'un insensé. « Comment ces coquilles sont-elles venues dans ces rochers? lui demandai-je. — Quand Dieu a créé les roches, il a fait les coquilles et les y a placées, » me répondit l'ouvrier. Que de peine les géologues se seraient épargnées en adoptant la philosophie ottomane de cet Écossais ! Je continuais mes études pendant les heures que je passais à la filature, en plaçant mon livre sur le métier, de manière à saisir les phrases les unes après les autres, tout en marchant pour faire ma besogne; j'étudiais ainsi constamment sans être troublé par le bruit des machines ; c'est à cela que je dois la faculté de m'abstraire complètement du bruit que l'on fait à côté de moi , et de pouvoir lire et écrire tout à mon aise au milieu d'enfants qui jouent, ou bien dans une réunion de sauvages qui dansent et qui hurlent.

A dix-neuf ans je devins fileur et j'eus un métier à conduire ; c'est un travail excessivement pénible pour un jeune homme élancé , dont les membres sont grêles , les articulations pleines de mollesse ; mais j'étais payé en conséquence de la peine que j'avais, et cela me mit à même de passer l'hiver à Glascow, de m'y suffire et d'y poursuivre mes études médicales, d'y apprendre le grec et d'assister au cours de théologie du docteur Wardlaw. Je n'ai jamais reçu un denier de personne ; et j'aurais, avec le temps et par mes seuls efforts , accompli mon projet d'aller en Chine comme médecin missionnaire, si l'on ne m'avait conseillé de faire partie de la société des missions de Londres, qui m'était recommandée à ce point de vue qu'elle est complètement dé gagée de tout esprit de secte. « La société n'envoie aux idolâtres, me disait-on, ni Épiscopaux, ni Presbytériens, ni Indépendants, mais l'Évangile du Christ. » Cela répondait parfaitement à ce que "devait être, suivant moi, une pareille institution ; mais ce ne fut pas sans un effort douloureux que je me présentai comme aspirant à faire partie de la société : il est toujours désagréable, lorsqu'on est habitué à ne suivre que son propre mouvement, de se mettre en quelque sorte sous la dépendance des autres ; et je n'aurais pas été fâché d'éprouver un échec.

Lorsque je jette un regard en arrière sur cette époque de pénible labeur, j'éprouve un sentiment de gratitude et je me réjouis de ce qu'elle a constitué une partie importante de ma première éducation ; me fût-il permis de recommencer l'existence , que je voudrais partir d'aussi bas et me former de nouveau à cette rude école. Le temps et les voyages n'ont pas effacé le respect dont j'étais pénétré pour les humbles habitants de mon village ; ils offraient en général d'heureux types de l'intelligence et de la moralité qu'on trouve ordinairement chez les pauvres écossais. Dans une population de plus de deux mille âmes, il y avait certainement des personnes de valeur diverse ; mais au-dessus du commun des martyrs, nous avions quelques individualités d'une élévation, d'une pureté de caractère et d'une capacité qui exerçaient la plus heureuse influence sur la jeunesse du pays, en étant pour elle une source d'instruction constante et gratuite1.

Ces villageois suivaient avec infiniment d'intelligence les questions d'intérêt 1. Que le lecteur me permette de citer les noms de deux de ces hommes, excellents entre tous, a Fais-toi de la religion une préoccupation de tous les jours, me disait David Hogg à son lit de mort, et non pas une pensée qui t'arrive par accès ; lorsqu'on n'y songé que par intervalles, la tentation est la plus forte et finit par vous dominer. » Et Thomas Burke, un vieux soldat qui, pendant quarante ans, ne s'est pas lassé de faire continuellement de bonnes œuvres, j'ai été bien heureux de le retrouver ; de pareils hommes honorent leur pays et la profession à laquelle ils appartiennent. EXPLORATIONS 8 général, et prouvaient ainsi que la faculté qu'ils avaient eue de s'instruire n'en avait pas fait des hommes dangereux pour la sûreté publique.

Ils étaient bons les uns pour les autres, et res pectaient les gentlemen du voisinage qui, ainsi que le dernier lord Douglas, avaient confiance dans leur bon sens et dans leur honneur. Grâce à la bienveillance de ce gentilhomme, le plus pauvre d'entre nous pouvait parcourir, lorsque bon lui sem blait, tous les anciens domaines de Bothwell et autres lieux con sacrés par les souvenirs que la tradition locale et nos livres de classe nous avaient fait connaître; et ces précieux monuments du passé, que l'on conservait avec soin, nous paraissaient une pro priété commune à tous. En Écosse, les ouvriers ont lu l'histoire de leur pays et n'en sont pas pour cela des niveleurs révolution naires; ils chérissent la mémoire de Wallace, de Bruce et de tant d'autres, qu'ils révèrent comme les premiers champions de la liberté, et ce n'est pas, comme les étrangers se l'imaginent, parce que nous manquons de force et de courage , que nous ne détruisons point l'aristocratie et le capital; c'est parce que nous respectons nos lois jusqu'à ce que nous puissions les changer, et que nous avons horreur de ces révolutions aveugles qui balayent indistinctement toutes les institutions que le temps a consacrées.

Ayant fini mes études médicales et choisi pour sujet de ma thèse une maladie dont le diagnostic exigeait remploi du sté thoscope, je m'attirai, sans le vouloir, un examen plus sévère et plus prolongé qu'il n'arrive ordinairement en pareil cas. Nous n'étions point d'accord, mes examinateurs et moi, sur la réalité des services qu'on attribue au stéthoscope, dont ces messieurs discutaient la valeur ; il aurait été beaucoup plus sage de ma part de taire une opinion qui m'était personnelle. Toutefois je n'en reçus pas moins le diplôme de docteur en médecine et en chirurgie ; et ce fut avec une joie non déguisée que je me sentis appar tenir à une profession qui est vouée entre toutes à la pratique de la bienfaisance, et qui, avec une énergie infatigable, continue de siècle en siècle à faire de nouveaux efforts pour amoindrir les souffrances qui affligent l'humanité.

J'étais maintenant en mesure d'exécuter mes projets ; cependant la guerre à propos de l'opium était dans toute sa fureur, et l'on pensa que le moment n'était pas favorable pour que j'allasse en Chine. J'avais caressé l'espoir de me frayer, au moyen de l'art de guérir, l'entrée de ce vaste pays fermé aux Européens ; mais, comme on ne prévoyait pas que la paix dût être prochaine , et qu'un autre champ m'était ouvert par les travaux de M. Moffat, mes pensées se dirigèrent vers l'Afrique; je complétai donc mes études théologiques en Angleterre; je m'embarquai en 1840, et, après un voyage qui dura trois mois , j'abordai à la ville du Cap , où je restai fort peu de temps ; du Cap je me rendis à la baie d'Algoa, et je m'avançai dans l'intérieur de l'Afrique, où j'ai passé les seize années qui s'écoulèrent de 1840 à 1856, exerçant la médecine et prêchant la foi chrétienne, sans avoir rien coûté aux indigènes.

Quant aux qualités littéraires, que l'on ne peut acquérir que par le travail et qui sont si importantes pour un auteur, la vie que j'ai menée en Afrique s'est complètement opposée à ce que je puisse jamais y prétendre ; loin de là, elle m'a rendu l'obligation d'écrire fastidieuse et pénible; je crois que j'aimerais mieux traverser de nouveau le continent africain que de publier un se cond volume : il est bien plus facile de faire un voyage que d'en écrire les détails. En partant pour l'Afrique, j'avais bien l'intention de continuer mes études; mais, comme je n'aurais pas pu me résoudre à profiter du labeur des autres sans y avoir contribué de tous mes efforts , j'ajoutai aux fatigues de renseignement les travaux manuels de toute espèce; et, quand arrivait le soir, j'étais beaucoup moins propre à l'étude qu'à l'époque où je passais mes jours à la filature de Blantyre.

J'aurais épargné beaucoup de temps et le style de l'ouvrage aurait été bien meilleur, si j'avais pu faire faire ce volume par un autre; mais personne n'aurait compris mes notes, que j'avais écrites pour moi seul : d'ailleurs il était impossible à un Européen de saisir toutes les nuances des diverses positions où je me suis trouvé en Afrique. Néanmoins , ceux qui n'ont jamais fait imprimer un livre ne peuvent pas s'imaginer toute la somme de travail qu'exige une pareille œuvre ; et la peine que m'a donnée celui-ci a rendu mille fois plus grand le respect que j'ai toujours eu pour les écrivains des deux sexes. L'impossibilité où le manque de loisirs me mettait de culti ver mon esprit est Tunique regret que j'aie éprouvé pendant mon séjour en Afrique; le lecteur, en se rappelant ce regret sin- EXPLORATIONS cère, voudra bien accueillir avec indulgence les tâtonnements d'un homme qui cherche la lumière et qui a la vanité de croire qu'il n'est pas trop vieux pour apprendre.

II était impossible, dans un ouvrage écrit pour tout le monde comme l'a été celui-ci, de donner des détails plus positifs sur diffé rents objets ; mais j'espère les fournir ailleurs au savant qui peut les désirer. CHAPITRE PREMIER, Pays des Bakouains. — Étude de la langue. — Idées des naturels sur les ' comètes. — Station de Mabotsa. — Rencontre d'un lion. — Virus de la dent des lions. — Noms des différentes tribus de Béchuanas. — Séchélé, ses ancêtres , son mariage et son gouvernement. — La kotla. — Service divin. — Questions de Séchélé. — Séchélé apprend à lire. — Nouveau système pour convertir la tribu. — Indifférence des naturels pour la Bible. — Polygamie. — Baptême de Séchélé. — Opposition des indigènes. — Achat de terrain à Chonuané. — Relations avec les habitants. — Leur intelligence. — Sécheresse prolongée. — Souffrances qui en résultent. — Médication de la pluie. — Raisonnement des naturels. — Discussion entre le docteur ès pluie et le docteur en médecine. — Chasse au Hopo.

Nécessité du sel ou d'une nourriture animale. — Devoirs d'un missionnaire. D'après les instructions que m'avaient données les directeurs de la société des missions de Londres, je devais tourner mon attention vers le nord, dès que je serais arrivé à Ruruman ou Latta kou, qui était à cette époque, ainsi qu'il l'est encore aujourd'hui, leur station la plus éloignée du Cap en s' avançant dans Tinté rieur. Je ne passai à Kuruman que le temps nécessaire pour reposer mes bœufs, très-fatigués par le voyage d'Algoa; puis, accompagné d'un autre missionnaire, je me dirigeai vers le pays des Bakouénas ou Bakouains , et je trouvai Séchélé et sa tribu installés à Shokuané. Peu de temps après, nous revînmes à Kuruman; toutefois, comme dans une excursion aussi rapide nous n'avions pas pu atteindre le but que nous nous proposions , je résolus de repartir pour Tintérieur aussitôt que ce serait possible.

Après trois mois de séjour à Kuruman, qui est une espèce de chef-lieu des missions du pays, j'allai donc m'installer dans un endroit situé à quinze milles environ de Shokuané , et qui s'appelait alors Lépélolé (aujourd'hui Litoubarouba). Une fois arrivé là, je me retranchai complètement de la société des Européens pendant six mois; j'acquis de cette façon la connaissance des EXPLORATIONS habitudes, de la manière de voir, des lois et du langage de cette partie des Béchuanas qui forme la tribu des Bakouains, connaissance qui m'a été d'un avantage incalculable dans les relations que depuis lors j'eus avec ces peuplades. Dans ce second voyage à Lépélolé , qui tire son nom d'une ca verne que Ton appelle ainsi , je commençai les préparatifs d'un établissement, et je fis, pour arroser les jardins, un canal que de vait alimenter un cours d'eau alors très-abondant, et qui aujour d'hui est complètement à sec.

Lorsque ces préparatifs surentassez avancés, je me dirigeai vers le nord pour aller chez les Bakaas, les Bamangouatos et les Bakalakas , dont le pays est situé entre le 22° et le 23° de latitude méridionale. Les montagnes des Bakaas avaient déjà été visitées par un marchand; mais il y était mort de la lièvre, ainsi que tous les gens de son escorte. En parcourant la partie septentrionale de ces monts basaltiques, dans les environs de Letloché, je n'étais qu'à dix jours de marche du cours inférieur de la Zouga , appelée Ngami ' par les naturels de cette contrée, et j'aurais pu découvrir le lac du même nom dès 1842, si les découvertes avaient été le seul objet de mon voyage. Tous mes bœufs étant malades, je fis à pied la plus grande partie de la route au delà de Shokuané ; quelques-uns des naturels, qui s'étaient joints récemment à nous, ignorant que je comprenais leur langage, discutèrent ma force physique sans se douter que j'entendais leurs paroles : « II est mince et faible, se disaient-ils ; ce qui le fait paraître assez gros , c'est parce qu'il se met dans des sacs (désignant ainsi mon large pantalon), mais il sera bientôt rendu. *> Ce langage fit bouillir mon sang high landais ; et , au mépris de la fatigue , je les contraignis pendant plusieurs jours à forcer le pas pour me suivre, jusqu'à ce qu'ils fussent obligés de reconnaître et d'avouer que j'étais un bon marcheur.

A mon arrivée à Kuruman, où j'étais allé prendre mes bagages afin de revenir m'installer à Tendroit que j'avais choisi pour 1. Plusieurs mots, dans les différents langages de ces peuplades, commencent par une vibration qui se rapproche du son terminal de guigne ; pour prononcer correctement le nom du lac Ngami, par exemple, il faut supposer qu'il y a un i avant \'n (Ignami) et appuyer le moins possible sur cet i. L'n espagnol est employé pour indiquer cette prononciation, et l'on écrit ngami. Nakaveut dire une défense d'éléphant, iiaka un docteur. Chaque voyelle se prononce dans ces différents idio mes; et l'accent tombe sur la pénultième. résidence, j'appris que la tribu des Bakouains, qui s'étaient montrés si affectueux pour moi , avait été chassée de Lépélolé par les Barolongs; ainsi, mes projets d'établissement se trouvaient anéantis.

Une de ces guerres qui, de temps immémorial, semblent éclater périodiquement à propos de la possession du bétail , venait de se déclarer dans le pays , et avait tellement changé les relations entre les diverses tribus, que je fus obligé de repartir pour chercher de nouveau une localité qui convînt à Tétablissement d'une mission. Comme je retournais au nord, une comète vint à paraître et causa une vive inquiétude aux tribus que je visitais. Celle de 1816 avait été suivie de Tinvasion des Matébélès, les plus cruels ennemis des Béchuanas; et, suivant ces derniers, celle-ci devait présager un affreux malheur, annoncer tout au moins la mort de quelque chef puissant. Je n'en savais pas beaucoup plus long que les Béchuanas au sujet des comètes ; mais j'avais en une Providence infiniment bonne et sage, cette foi profonde qui établit une si grande différence entre les chrétiens et les païens de tous les siècles.

Étant venu à Kuruman avec plusieurs Bamangouatos , j'étais obligé de les ramener avec leurs marchandises à leur chef Sé komi ; je partis afin de me rendre avec eux à la résidence de ce dernier, et, pour la première fois, je fis à dos de bœuf un voyage de plusieurs centaines de milles. En venant à Kuruman, j'avais choisi la belle vallée de Mabotsa1 pour y établir le siège d'une mission, et je m'y rendis en 1843. C'est là que m'est arrivé un accident sur lequel j'ai été souvent questionné depuis mon retour en Angleterre, et dont, sans les importunités de mes amis, j'avais Tintention de conserver les détails pour les raconter à mes enfants lorsque la vieillesse m'au rait fait radoter. Des lions inquiétaient vivement la population de Mabotsa ; ils pénétraient la nuit dans Tendroit où les bestiaux étaient enfermés, et dévoraient les vaches.

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