Front matter
EXPLORATIONS DU ZAMBÈSE ET DE SES AFFLUENTS ET DÉCOUVERTE DES LACS CHIROUA ET NYASSA PAR DAVID ET CHARLES LIVINGSTONE 1858-1864 OUVRAGE TRADUIT DE L'ANGLAIS AVEC L'AUTORISATION DE L'AUTEUR PAR Mmc H. LOREAU CONTENANT 47 GRAVURES ET 4 CARTES PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET GIE BOULEVARD SAINT- GERMAIN, N" 77 EXPLORATIONS DU ZAMBÈSE ET DE SES AFFLUENTS IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE Rue do Fleurus, 9, à Paris EXPLORATIONS DU ZAMBÈSE ET DE SES AFFLUENTS ET DÉCOUVERTE DES LACS CHIROUA ET NYASSA PAR DAVID ET CHARLES LIVINGSTONE 1858-1864 OUVRAGE TRADUIT DE L'ANGI.AIS AVEC L'AUTORISATION DE L 'AUTEUR PAR M™ H. LOREAU CONTENANT 47 GRAVURES ET 4 CARTES PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET.G,e BOULEVARD SAINT-GERMAIN, N° 77 AU TRÈS-HONORABLE LORD PALMERSTON. Mylord, Je demande à Votre Seigneurie quelle me permette de lui dédier ce volume, comme tribut offert, en toute justice, au grand homme d'État qui a toujours eu à cœur le sort de la race africaine; et comme témoignage d'admiration pour la politique bienfaisante, qu'au prix de tant d'efforts Votre Seigneurie a fait prévaloir sur la côte de Guinée : politique dont les résultats démontrent puissamment combien il serait heureux que le même système fût appliqué sur l'autre rive du continent africain.
David Livingstone. PRÉFACE. Le but que je me suis proposé dans ce volume a été de décrire aussi nettement qu'il m'était possible des territoires jusqu'à présent inexplorés, d'en faire connaître le système fluvial , de montrer les ressources qu'ils peuvent offrir, et de mettre sous les yeux de tous ceux qu'intéresse la cause de l'humanité les maux qui résultent du commerce d'esclaves dans le pays où il s'alimente, effroyables mi sères, dont personne jusqu'ici n'avait eu l'occasion de mesurer Té tendue. Les huit années qui ont passé depuis la publication de mon der nier ouvrage, n'ont pas amélioré mon style; mais j'espère que la nouveauté des scènes, et les détails que l'on trouvera dans ces pages sur le trafic maudit, qui fait le malheur de TAfrique, et la honte d'une nation européenne, compenseront jusqu'à un certain point le manque de clarté de mes descriptions et mon incapacité littéraire .
Lord Russell a bien voulu me confier les dessins de Tartiste, qui, dans Torigine, accompagnait l'expédition, et a mis à me les prêter un empressement que je cite avec gratitude. C'est d'après ces esquisses et les photographies du Dr Kirk et de Charles Livingstone que les illustrations de ce volume ont été gravées. Je remercie également le professeur Owen et M. Oswell, mes amis, dont Tassistance et les notes précieuses mont aidé à préparer ce volume. ET SES AFFLUENTS.
Introduction
. But de l'expédition. — Les Portugais à la recherche de l'Ophir de Salomon. — Expédition portugaise à la recherche des mines d'or. — Missions catholiques. — Idées erronées sur Tintérieur du continent africain. — Décroissance de la traite des Noirs. — Opinion du révérend Wilson sur le commerce d'esclaves. — Opérations des croisières. — Fâcheux effets de la fermeture de la côte orientale. — Instructions données à l'expédition. Lorsqu'il y a huit ans je publiais la relation de mes voyages dans Tintérieur de TAfrique australe1, je me demandais avec une vive inquiétude si cette publication serait accueillie d'une ma nière bienveillante. J'étais d'autant moins rassuré à cet égard que mon nom était complètement étranger au public. Mais cette fois je suis encouragé par la certitude que de nombreux lecteurs, bien qu'ils me soient personnellement inconnus, recevront ces nouvelles pages avec Tindulgence de vieux amis ; et qu'un plus 1.
Explorations dans l'intérieur de l 'Afrique australe, et Voyage à travers le continent : de Saint-Paul de Loanda à l'cmbouchure du Zambèse, 1840-56. Paris, librairie Hachette, 1839. grand nombre encore, pénétrés de Tamour de la liberté, animés du désir de voir les principes religieux et sociaux dont ils jouissent se répandre dans le monde, seront sympathiques aux efforts que nous avons faits pour élever le caractère et améliorer la po sition d'une partie de nos semblables. Cette pensée me fait désirer doublement de rendre ce volume digne d'être présenté au lecteur. En Tabsence des qualités litté raires que la nature même de mes travaux m'a empêché d'acquérir, je donnerai le simple récit d'une mission qui, à Tégard du but qu'elle s'est proposé, contraste noblement avec quelques unes de celles qui ont eu lieu dans TAfrique orientale.
Je crois que les renseignements que je vais fournir sur la région que nous avons parcourue, et sur les peuplades qui Tha bitent, ne seront matériellement contredits par aucun voyageur qui sera doué d'une santé robuste, et qui aura comme moi un rayon de soleil dans Tâme. J'écris cette relation avec Tardent désir de contribuer à l'ou verture du territoire africain, si follement interdit à Tactivité européenne, de désigner ce champ si fécond et si vaste à Tesprit d'entreprise, d'aider les peuplades qui s'y trouvent à prendre rang parmi les nations de la terre, de concourir à la prospérité de ces tribus, plongées actuellement dans la barbarie, et dégra dées par Tesclavage; enfin je caresse Tespérance qu'elle pourra être un encouragement à la propagation de TÉvangile dans ces contrées naguère inconnues.
La première expédition qui fut envoyée dans Test de TAfrique, après la découverte du cap de Bonne-Espérance, fut organisée sous les auspices du gouvernement portugais. Elle avait, dit-on, pour but de rechercher la province d'Ophir , citée dans TÉcri ture sainte comme étant le pays d'où Salomon tirait de Tor, de l'ivoire, du bois de santal, des singes et des paons. Les termes employés par les Juifs pour désigner ces quatre derniers articles n'existaient pas en hébreu, suivant Millier, et y furent importés du sanscrit. II est dès lors assez étonnant que ces recherches n'aient pas été faites dans l'Inde ; d'autant plus que le sanscrit était connu sur la côte de Malabar, où les paons et le bois de santal abondent. Mais les Portugais, ainsi que d'au tres voyageurs d'une époque plus moderne, crurent que TOphir de la lîible devait être Sofalla, parce que les Arabes appelaient quelquefois cette ville Zophar; en ce sens que, de tous les ports qu'ils fréquentaient, celui-ci était le plus bas, ou le plus méri dional.
Des négociants venus de la mer Rouge et des côtes de l'Inde ont occupé TAfrique orientale dès une époque très-reculée. Vasco de Gama (1498) les trouva solidement établis à Mozam bique. II gagna THindjstan; et de Calicut ses regards avides se tournaient vers Sofalla, où il se rendit en 1502. Représentant pour eux TOphir des livres saints, ce point du rivage était considéré parles Portugais comme la plus riche de toutes leurs possessions. Ils crurent pouvoir y former un établissement considérable, et sacrifièrent beaucoup d'hommes et d'ar gent pour conquérir le district où étaient situées les mines d'or. Mais n'ayant pas Toutillage nécessaire, ils obtinrent de si minces bénéfices, en retour d'un si rude (travail, qu'ils abandonnèrent Tentreprise. L'expédition qui vint ensuite fut composée de trois navires portant un millier d'hommes, presque tous volontaires et de fa milles honorables.
Partie de Lisbonne en 1 509, elle se proposait la conquête des mines d'or du Monomotapa, situées à Touest de Tété, et celles du Manica au sud-ouest de ces dernières. Enfin elle voulait gagner TAtlantique en traversant le continent de Test à Touest. Mais elle échoua dans ses projets, dont la dernière partie ne fut réalisée que de nos jours, et par un seul Européen, qui est originaire d'Écosse '. Cette seconde expédition, commandée par Francisco Barreto. était munie de provisions abondantes, et avait une quantité con sidérable de chameaux, de chevaux et d'ânes. Elle remonta lc Zambèse jusqu'à Senna, y rencontra beaucoup d'Arabes, ainsi que d,'autres négociants, qui s'y trouvaient établis, et qui la reçu reiat d'une façon extrêmement hospitalière. Mais les chevaux ayant traversé un endroit où abondait la tsétsé2, et le pays étant des plus insalubres, la maladie fit de tels ravages parmi les hommes et les bêtes, que Barreto supposa qu'on les avait em poisonnés; d'où il résulta que la plupart des habitants furent passés par les armes. 1.
Le docteur Livingstone; voir Explorations dans l' Afrique australe. Pari?, Hachette, 1859. 2. Idem, pages 92 et 620. Paris, Hachette, 1859. Réduite à cinq cent-soixante hommes, l'expédition se remit en marche. Elle souffrit de la faim et de la soif d'une manière effroyable; et après avoir été, à diverses reprises, attaquée par des corps nombreux d'indigènes, elle fut contrainte de revenir sur ses pas, sans même avoir atteint les mines d'or qu'elle cherchait si avidement. A cette époque, des missionnaires de TÉglise romaine avaient été plus loin que Tarmée de Barreto n'avait pu le faire. Déjà, d'après ce que rapporte le senor Bordalo, dans ses Essais histo riques, le P. Gonçalo da Silveira avait subi le martyre au Mono motapa. II y avait même alors un nombre considérable de mission naires catholiques dans cette partie du continent; on le voit de nos jours par les ruines des missions.
J'aurais voulu faire tomber les calomnies dont les écrivains portugais ont flétri la mémoire de ces hommes courageux. Mais il m'a été impossible de me procurer une histoire sérieuse des travaux de ces hommes de bien; c'est pour moi un vif regret. D'après le souvenir qu'en ont gardé les natifs, on doit penser qu'ils étaient pleins de piété et de zèle. Les écrivains, dont je parlais tout à Theure, assurent qu'ils faisaient le commerce d'esclaves; c'est probablement aussi faux que les accusations plus modernes qui, de temps à autre, se débitent contre leurs collègues des églises protestantes. Les philanthropes ont tort, parfois, de prêter Toreille à de simples commérages des établissements de la côte, et de croire à toutes les atrocités que les cancans attribuent à nos compa triotes. II est, d'autre part, certains individus qui, pratiquant la plus niaise de toutes les hypocrisies, s'efforcent de paraître plus mauvais qu'ils ne le sont réellement, taxent la philanthropie de faiblesse, et publient les propos que des traitants d'une immo ralité reconnue tiennent contre des hommes qui sont Thonneur du genre humain.
Aujourd'hui les travaux des missionnaires, consignés dans des publications largement répandues, survivront aux rapports malveillants ou calomnieux. II est à regretter que les missions catholiques d'autrefois n'aient pasjoui du même avantage et que les traductions de leurs archives, qui ont été faites dans l'idiome des indigènes, ne puissent pas être consultées. Nous ne pouvons admettre que ces hommes pieux aient risqué leur vie pour acquérir, même par des moyens légitimes, des richesses dont la jouissance leur était défendue par la règle à laquelle ils étaient soumis1. Mais il serait du plus haut intérêt pour leurs successeurs de savoir ce qui les a fait échouer dans la propagation de la foi. Pour que les pages suivantes puissent être facilement com prises, il est nécessaire de rappeler certains faits antérieurs à l'expédition du Zambèse.
On sait qu'avant la découverte du lac 'Ngami, et de la région fertile qu'habitent les Makololos, on croyait généralement que Tintérieur de TAfrique était composé de déserts sabieux, où les rivières allaient s'engloutir. Lors du voyage que je fis d'une mer à l'autre (1852-56), traversant ainsi la portion intertropicale du continent africain, au sud de Téquateur, il se trouva qu'au lieu d'une contrée déserte où Teau se perdait dans les sables, c'était un pays bien arrosé, d'un sol fécond, présentant de vastes forêts, de belles vallées her beuses, habitées par une population considérable, et renfer mant Tune des cataractes les plus surprenantes qui soient au monde. On eut a'ors la certitude que cette partie de TAfrique est un plateau élevé, déprimé au centre en forme d'auge, et présentant des fissures latérales par où les fleuves se précipitent vers la mer.
II est impossible de parler de cette découverte sans rappeler la remarquable hypothèse de sir Roderick Murchison, président de la Société géographique de Londres, qui indiqua nettement ce trait du continent africain avant qu'il eùt été vérifié par le me surage des différents niveaux du sol, et par Tobservation du cours des eaux2. Pendant ce temps-là, de nouvelles clartés étaient répandues sur d'autres points de TAfrique par le célèbre voyage du docteur Barth, les explorations de MM. Krapf, Rebman, Erkhardt, membres des missions de TÉglise d'Angleterre ; les efforts persévé rants du docteur Baikie, dernier martyr du climat africain ; par le voyage de François Galton, et Téminente découverte des lacs 1. II est impossible de ne pas rendre hommage à la tolérance du docteur Li vingstone. Quelle droiture, et quelle simplicité d'âme! {Note du traducteur.) 2.
Voir Explorations dans V Afrique australe, page 549. Tanganyika et Victoria Nyanza, due au capitaine Burton et au capitaine Speke, dont nous déplorons tous la fin prématurée. Vinrent ensuite les recherches de Van der Decken , de Thornton et d'autres voyageurs. Enfin la glorieuse découverte de la prin cipale source du Nil, découverte dont tout bon Anglais doit res sentir un juste orgueil, puisqu'elle a été faite par nos braves compatriotes Speke et Grant. II est donc prouvé maintenant que ce désert brûlé, ce sable aride, cette zone fabuleuse de TAfrique tropicale est une région féconde, ressemblant à TAmérique du Nord par ses grands lacs, àl'Hindoustan par ses jongles, ses ghattes, ses basses terres hu mides et chaudes, et ses plateaux élevés, où Ton respire un air frais et salubre. Le but de notre expédition n'a pas été de produire un'étonne ment d'un jour, de regarder des sauvages et de s'en faire con templer ; mais d'étudier le climat, les maladies locales, les pro ductions du sol, le caractère des indigènes, et leurs rapports avec le reste des hommes.
Tous ces détails ont été observés avec le vif intérêt que doit éveiller un continent dont Thistoire ne date que d'aujourd'hui, mais qui offre de brillantes perspectives. En 1853, quand je me rendis h la côte occidentale afin d'cu vrir un sentier au commerce, et de faciliter les travaux des missionnaires, je fus frappé de Tinfluence décisive des mesures qui ont pris le nom de politique de lord Palmerston, influence déjà sensible à plusieurs centaines de milles du rivage. La pira terie avait disparu ; et la traite avait diminué au point que , parmi les Portugais, ceux même qui avaient fait le trafic des noirs en parlaient comme d'une chose des temps passés. Le chiffre annuel du commerce licite, ivoire et poudre d'or, s'était élevé d'une somme de vingt mille livres à deux ou trois millions, dans lesquels Thuile de palme, exportée en Angle terre, figurait pour un million de livres (vingt-cinq millions de francs).
Plus de vingt missions avaient été fondées, et recevaient dans leurs écoles au-dessus de douze mille élèves. Sur la côte, la vie et la fortune des individus étaient en sûreté; et, dans Tintérieur, des millions d'habitants jouissaient d'une paix relative. Cepen dant, à la même époque, des discours prononcés en Angleterre et par des voix influentes, donnaient à entendre que les croiseurs anglais n'avaient fait qu'aggraver les maux causés par la traite. II est si naturel de supposer que le trafiquant d'esclaves est poussé par l'intérèt même à soigner sa marchandise, que cette théorie paraît plausible, et qu'on lui accorde toute créance. Mais Tatroce gaspillage de vie humaine, fait par les négriers. n'était pas moins grand à l'époque où leur trafic était légal. Cela devait être, en raison de Timprévoyance qui caractérise Tassassin.
Tout le monde s'étonne en voyant celui qui vient de commettre un crime ne pas prendre telle ou telle précaution qui le mettrait à Tabri des poursuites. On peut se de mander, avec autant de surprise, comment les trafiquants d'esclaves ont toujours entassé leur bétail sur des navires où il était décimé ; agissant ainsi en opposition directe avec leurs intérêts; c'est Teffet de la fatalité qui est inhérente au meurtre, et qui poursuit son auteur. L'encombrement de ces navires ho micides a toujours existé, et le nombre des morts, dont il a été cause, défie toute exagération. M. "Wilson, missionnaire américain de la plus haute intelligence, auquel on doit le meilleur ouvrage qui ait encore paru sur la côte occidentale d'Afrique, déclare que les efforts du gou vernement anglais pour la répression de la traite sont dignes de tout éloge.
Sans les croisières, dit-il, TAfrique serait restée inac cessible aux propagateurs de la foi ; et il est à désirer que cette noble mesure continue d'être prise jusqu'au jour où Tesclavage aura entièrement disparu. Pas de plus grand obstacle au progrès de la civilisation et du commerce que cet odieux trafic; et les Anglais, étant non-seu lement les plus philanthropes des hommes, mais prenant la plus large part au commerce africain, ils ne peuvent manquer de res ter fidèles à un système qui est à la fois généreux et prévoyant. Lorsqu'avec ìa même intention qui m'avait fait prendre la route de Loanda, je gagnai la côte orientale, je la trouvai com plètement fermée. En dépit des efforts qu'avaient faits les croi seurs de Sa Majesté britannique , les étrangers ne pouvant pas s'établir dans le pays, on n'y voyait ni commerçants, ni mission naires.
Un peu d'ivoire, de poudre d'or et des esclaves étaient les seuls objets du trafic local ; bref, le même état de choses que sur la côte de TOuest avant la répression de la traite. g LE ZAMBÈSE Néanmoins le gouvernement portugais ne demandait pas mieux, je dirai plus, désirait vivement que le pays fût ouvert au commerce, et aux influences civilisatrices. II est facile de le comprendre; car il ne retirait aucun profit de la fermeture de ces provinces. D'autre part, le Zambèse offrait une large voie pour pénétrer dans Tintérieur ; les populations indigènes étaient agricoles, et passionnées pour le commerce; le sol était fertile : le coton, Tindigo, le tabac, la canne à sucre, et d'autres plantes précieuses étaient déjà cultivées, ou croissaient à Tétat sauvage. II semblait donc que si cette région pouvait être accessible aux négociants et aux missionnaires, on y obtiendrait les mêmes résultats que sur la côte occidentale, et qu'on rendrait ainsi un immense service, non-seulement à TAfrique, mais encore á TEurope.
C'était pour atteindre ce but que notre expédition fut décidée. Elle avait pour objet, ainsi que le lui recommandaient des in structions explicites, d'étendre les connaissances que Ton avait déjà sur cette partie de TAfrique; d'en étudier les ressources agricoles et minérales; de nouer des relations avec les habitants; de les engager à se livrer à Tindustrie, à la culture du sol, afin d'obtenir des matières premières qu'ils pussent échanger contre les produits des fabriques anglaises. II y avait tout lieu d'espérer qu'en encourageant les indigènes à profiter des sources de richesse que leur offrait le pays, on avancerait de beaucoup Textinction de la traite des hommes; car ils découvri raient bientôt qu'il y avait plus de bénéfice à exploiter le sol, qu'à vendre les ouvriers dont le travail leur deviendrait nécessaire.
D'accord avec la politique du gouvernement anglais, l'expédition fut organisée parles soins personnels du comte de Claren don, qui à cette époque était ministre des affaires étrangères. Plus tard, le ministère ayant changé, nous reçûmes la même assistance du comte de Malmesbury, puis de lord Russell qui lui succéda. Ce n'était donc pas seulement la réalisation du projet de quelques individus ; mais une œuvre qui répondait aux principes que nos hommes d'État avaient le plus à cœur, et au vif désir de la majorité du peuple anglais. L'expédition doit une profonde reconnaissance aux lords de TAmirauté pour Tempressement qu'ils ont mis à lui rendre tous les services qui étaient en leur pouvoir. Elle conserve un souvenir plein de gratitude de Tobligeance infatigable dont feu Tami ral Washington, hydographe de ce corps éminent, lui a donné tant de preuves.
Elle remercie sincèrement les amiraux sir Frederick Grey, sir Baldwin Walker, tous les officiers de Tes cadre de la côte orientale d'Afrique, et se plaît à reconnaître qu'elle leur doit la plupart des résultats qu'elle a obtenus. Enti n elle a de grandes obligations à M. Skead, officier de la marine royale, qui opéra les sondages et le relèvement du Louabo et du bas Zambèse avec un zèle et une habileté dignes des plus grands éloges. Dans le récit qui va suivre, toutes les fois qu'il sera question du corps expéditionnaire, on devra se rappeler qu'il se com pose du docteur Kirk, de MM. Charles Livingstone, Thornton, et de quelques autres. En me servant du pluriel, c'est à eux que je fais allusion ; et je suis heureux de pouvoir rendre témoignage à leur zèle infatigable, à leur énergie, à leur persévérance que les difficultés, les périls et les privations n'ont pas affaiblies un seul instant.
Si le nom du docteur Kirk ne paraît pas sur la première page de ce volume, c'est dans Tespérance qu'il rendra compte perr sonnellement de toutes les observations qu'il a faites sur la faune et la flore de la région que nous avons parcourue. II a rapporté plus de quatre mille espèces de plantes, des échan tillons de bois précieux, des spécimens de Tindustrie des indi gènes, et des différentes espèces de coton qui croissent dans le pays ; enfin, une grande quantité d'oiseaux et d'insectes. 11 a fait, en outre, des observations météorologiques, et donné les secours de la médecine aux indigènes, toutes les fois qu'ils ont pu leur être utiles. Charles Livingstone a également concouru de tous ses efforts à Taccomplissement de noire mission ; il a fait aussi de nom breuses observations météorologiques et magnétiques, a encou ragé la culture du coton, fait de la photographie tant que les matériaux qui lui étaient nécessaires pour cela ont pu servir; et a recueilli un grand nombre d'oiseaux, d'insectes et d'autres objets intéressants.
Toutes ces collections, appartenant à TÉtat, ont été déposées au British muséum, et aux jardins botaniques de Kew; le doctenrKirk a entrepris de les décrire; mais celte entreprise ne demandera pas moins de trois ou quatre ans. Malgré Timportance géographique et scientifique de pareils voyages, il a toujours été bien entendu que le gouvernement de Sa Majesté, ainsi que le portaient nos instructions, attachait en core plus de prix à Tinfluence morale que pourrait avoir sur les indigènes Texemple d'une famille européenne d'une conduite régulière, vivant avec ordre dans une maison bien tenue, traitant les naturels avec bonté, les secourant dans leurs besoins, les soulageant dans leurs maux, leur apprenant à faire des expé riences agricoles, leur expliquant les arts les plus simples, leur donnant Tinstruction religieuse qu'ils seraient capables de recevoir, leur inculquant Tamour de la paix et le désir de s'aider les uns les autres.
II serait fastidieux d'entrer dans tous les détails des menus faits quotidiens que nous avons dû accdmplir pour exécuter nos instructions. Règle générale, lorsque le bateau à vapeur s'arrê tait pour prendre du bois, le docteur Kirk, ou Charles Livingstone mettait pied à terre afin de se livrer à leurs recherches. Celui d'entre nous qui devait conduire le bateau et prendre les posi tions géographiques, n'ayant pas répondu à ce qu'on attendait de lui, ces fonctions retombèrent principalement sur moi. Elles m'obligèrent à un travail de nuit considérable, dans lequel je fus toujours aidé de bon cœur par l'un ou l'autre de mes com pagnons. Les relevés astronomiques ont été régulièrement communi niqués à mon excellent ami, sir Thomas Maclear, directeur de TObservatoire du Cap. Depuis que cet ouvrage est sous presse, nous avons reçu les longitudes de plusieurs points, déterminées d'après des occultations d'étoiles par la lune, ainsi que par les éclipses et les réapparitions des satellites de Jupiter; les calculs en ont été faits par M. Mann, Taide habile et complaisant de Tastronome du Cap.
Les observations lunaires sont toujours entre les mains de M. Maclear. Les différents niveaux du sol, les variations de Taiguille, les latitudes et les longitudes, calculées sur le terrain, sont indiqués sur la carte de M. Arrowsmith. J'espère qu'ils ne différeront pas essentiellement des résultats qu'obtiendront ceux qui viendront après nous. La direction de notre petit navire n'exigeait pas une grande capacité, et pouvait être acceptée par un homme qui n'est pas trop vieux pour apprendre. J'eus ainsi Tavantage d'épargner à l'expédition les frais d'un capitaine ; et surtout de la mettre à Tabri des exigences d'un individu qui se croyait indispensable. Mais obligé d'être à mon poste, et de veiller sur le bâtiment, alors même qu'on n'était pas en marche, il me fallut renoncer aux rapports que je m'étais promis d'avoir avec les indigènes, et à la formation des vocabulaires que j'espérais composer.
Pour faire jouir le lecteur de la vivacité des premières im pressions, nous avons intercalé dans notre récit le journal de Charles Livingstone, où Ton trouvera de nombreuses remarques faites par les indigènes, et transcrites immédiatement. II en est de triviales, sans aucun doute ; mais c'est par les actes et les menus propos de la vie quotidienne que le caractère se révèle sous son véritable jour ; et chacun aimera mieux tirer soi-même ses conclusions que de les recevoir toutes faites. CHAPITRE PREMIER. Arrivée à la côte. — Le Louawé. — Bouches du Zambèse. — Le Kongoné. Fertilité du Delta. — Colonos. — Chenal profond. — État de guerre. — Libres émigrants. — Atrocités de Mariano. — Rencontre des rebelles. — Combat entre les Portugais et les indigènes. — Animaux rencontrés sur la rivière. — Mazaro. — Choupanga. — Landines. — Tribut payé par les Portugais. — Senna et le senhor Ferrâo. — Présent- — Chasseurs d'hippopotames. — Baobab. — Gorge de Lupata.
L'expédition partit d'Angleterre le Ier mars 1858, sur le steamer colonial, the Pearl, vaisseau de TÉtat, commandé par le ca pitaine Duncan. Après avoir reçu au Cap Thospitalité la plus généreuse, été Tobjet des attentions bienveillantes de sir Georges Grey,etpris à bord, M. Skead, officier de la marine royale, nous arrivâmes au mois de mai suivant sur la côte de Mozambique. La première chose à faire était d'explorer le Zambèse, ses embouchures et ses affluents, destinés à servir de grandes routes aux missionnaires et au commerce pour pénétrer dans Tintérieur de TAfrique. A cinq ou six milles de la plage le vert -jaunâtre de la mer fut remplacé tout à coup par une eau bourbeuse, chargée de débris végétaux, comme celle d'une rivière débordée. Les deux couleurs ne se mêlaient pas; et la ligne "qui les séparait n'était pas moins tranchée qu'à Tendroit où TOcéan rencontre la terre.
Sous les débris charriés par cette onde limoneuse, feuillage, roseaux, bâtons, — même sous les os de seiches flottants, et les physalies, — nombre de petits poissons cherchaient un refuge contre Tœil des oiseaux de proie, et les rayons ardents du soleil. La côte est marécageuse et couverte de mangliers, parmi les quels sont des terrains sableux, tapissés d'herbe, où Ton voit des plantes grimpantes et des palmiers rabougris. Elle se dirige à peu près de Test à Touest, et ne présente aucun trait notable qui puisse guiderlenavigateur.il est très-difficile de découvrir Tem- Au bord du Zambèse. — Dessin de A. de Bar, d'après le D' Livingstone Es SES AFFLUENTS. 13 bouchure de la rivière ; mais la profondeur de Teau diminue gra duellement, et chaque brasse de moins, indique environ un mille. C'est dans le Louawé que nous nous engageons d'abord; Ten trée en est si calme et si profonde que la Perle, dont le tirant d'eau est de neuf pieds sept pouces, s'y introduit sans être pré cédée d'un bateau de sondage.
Un petit vapeur que nous avons apporté d'Angleterre, divisé en trois parties, est débarqué à Tendroit où Ton jette Tancre; on le remonte, et Texploration commence. Notre navire s'appelle le Ma-Robcrt, en Thonneur de mistress Livingstone, que les indigènes, dont c'est Tusage, ont baptisée ainsi, du nom de son fils aîné. • Le havre est profond; mais enfermé dans des marécages cou verts de mangliers ; et bien que Teau en soit douce à quelques milles de la côte, le Louawé n'est qu'une lidal rìveri ; car après Tavoir remonté sur un espace d'environ soixante-dix milles, nous avons abouti à un marais encombré de roseaux et d'autres plantes aquatiques. Le Louawé, ayant reçu le nom de Louabo occidental, nous avions supposé que c'était un bras du Zambèse, dont la branche la plus importante s'appelle Louabo oriental, ou simplement Louabo.
En sortant du Louawé, le Ma -Robert et la Perle se rendirent à une embouchure, qui est bien réellement Tune des issues du fleuve. Le Zambèse se jette dans TOcéan par quatre bouches diffé rentes, à savoir : le Milambé, qui en est le bras le plus occiden tal, le Kongoné, le Louabo, et le Timboué ou Mousélo. A l'époque où le fleuve déborde, un canal, de formation natu- 1. De tide, qui veut dire saison, temps, marée. Tidul river, cours d'eau remonté par la mer au moment du flux, et dont ce trait forme le caractère le plus impor t.int. Nous ne comprenons pas la déduction de l'auteur, et le commentaire qui raccompagne. Qu'une rivière sorte d'un marais, et s'alimente du drainage de ces terrains délrempés, rien de plus simple ; mais comment cela prouverait-U qu'elle dépend de la marée? II est possible que ce soit tout bonnement un de ces canaux nùs'égoultentles terres inondées par les pluies, ou par le débordement du Zambèse; en pareil cas le Louawé serait soumis à l'influence des saisons, ce qui expliquerait la qualification de tidal; mais alors il serait naturel que Teau n'en fût pas sau mâtre; et pourquoi cette remarque : « Bien que Veau en soit douce à quelques inities de la côte.... » ce qui évidemment a rapport au flux maritime?
Nous soumettons cette difficulté à qui pourra la résoudie. (JVoíe du traducteur.) relie, court parallèlement au rivage, décrit de nombreux détours dans les marais, et fournit une voie secrète dont' profitent les négriers pour transporter les esclaves de Quilimané aux baies de Massangano et de Naméara, ou même au Zambèse. Pendant longtemps on a représenté le Kouakoua, ou rivière de Quilimané, comme étant la branche principale du Zambèse, dont il se trouve à quelque soixante milles. Ceci avait pour but de tromper la vigilance des croiseurs, de leur faire surveiller cette fausse embouchure; et pendant ce temps-là d'embarquer les noirs que Ton expédiait tranquillement par la véritable issue du fleuve. Les Portugais le reconnaissent; ils le disent, le main tiennent; et chose étrange, cette erreur n'en a pas moins élé propagée dernièrement par une carte émanée de leur ministère des colonies1. 1.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Explorations du Zambèse et de ses affluents ... Ouvrage traduit de l'Anglais ... par Mme H. Loreau, contenant 47 gravures et 4 cartes.
