Read here

Histoire de la Révolution d'Angleterre ... Nouvelle édition

François Pierre Guillaume Guizot · 1861 · Scanned text

131,076 words · about 9 h 11 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
François Pierre Guillaume Guizot
Language
French
Published
1861
Length
131,076 words · about 9 h 11 min
Sections
9 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (9)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 2 h 26 min
  3. Livre I about 54 min
  4. Livre II about 1 h 30 min
  5. Livre III about 2 h 14 min
  6. Livre IV about 2 h 3 min
  7. Livre I under 1 min
  8. Livre II under 1 min
  9. Livre III about 2 min

Continue:

Front matter

HISTOIKE DE LA RÉVOLUTION D'ANGLETERRE i PREMIÈRE PARTIE CHARLES 1er ET LA RÉVOLUTION (1625—1649) HISTOIRE DE CHARLES L DEPUIS SON AVÈNEMENT JUSQU'A SA MORT (1625—1649) PAR M. GUIZOT I NOUVELLE ÉDITION PARIS A la Librairie Académique DIDIER ET O, LIBRAIRES-ÉDITEURS 35, QUAI DES AUGUSTINS 1861 Tous droits réservés. AVERTISSEMENT DE L' AUTEUR PiJLlì LA DEUXIÈME ÉDITION. L'histoire de la Révolution d' Angleterre com prend trois grandes périodes. Dans la première, sous Charles Ier (1625-1649), la Révolution se pré pare, éclate et s'accomplit. Dans la seconde, sous le Long Parlement et Cromwell (1649-1660), elle essaye de fonder son propre gouvernement, qu'elle appelle la République, et elle succombe dans ce travail. La troisième période est celle de la réaction monarchique, exploitée par la prudence sceptique de Charles II, qui ne lui demande que de satisfaire son égoïsme , et épuisée par la passion aveugle de 1" r.— r. i. a AVERTISSEMENT.

II Jacques II, qui veut en tirer le pouvoir absolu. En 1688, l'Angleterre touche au but qu'elle se proposait en 1640, et ferme la carrière des révolutions pour entrer dans celle de la liberté. Je publie, sans aucun changement, une nouvelle édition de l'histoire de la première période. J'ai recueilli, pour l'histoire des deux autres périodes, beaucoup de matériaux qui ne sont, je crois, ni sans importance ni sans nouveauté. Certainement, un jour viendra où je pourrai les mettre en œuvre ; et j 'apprends à comprendre ce grand événement en attendant le loisir de le raconter. F. Ct. ihurWer, ìvU.

Preface

DE LA PREMIÈRE ÉDITION. J'ai publié les Mémoires originaux de la révolution d'Angleterre; j'en publie aujourd'hui LHistoire. Avant la révolution française, celle-ci était le plus grand événement que l'Europe eût à raconter. Je ne crains point qu'on en méconnaisse la grandeur : en la surpassant, la nôtre ne La point rabaissée; ce sont deux victoires dans la même guerre et au profit de la même cause; la gloire leur est commune; elles se relèvent mu tuellement au lieu de s'éclipser. Je crains plutôt qu'on ne s'abuse sur leur vrai caractère , et qu'on ne leur assigne pas, dans l'histoire du monde, la place qui leur convient.

PREFACE.

. IV A cn croire une opinion aujourd'hui fort répandue, il semble que ces deux révolutions aient été des événements étranges, émanés de principes et conçus dans des desseins inouïs, qui ont jeté la société hors de ses voies anciennes et naturelles ; des ouragans, des tremblements de terre, un de ces phénomènes mystérieux enfin qui ne se rattachent point aux lois connues des hommes, et éclatent subite ment, comme un coup d'État de la Providence, peut-être pour détruire, peut-être pour rajeunir. Amis et ennemis, panégyristes et détracteurs, tiennent en ceci le même lan gage : au gré des uns, ces crises glorieuses ont mis au jour, pour la première fois, la vérité, la liberté, la justice; avant elles, tout était absurdité, iniquité, tyrannie; à elles seules le genre humain doit son salut : selon les autres , ces catastrophes déplorables ont interrompu un long âge de sagesse, de vertu, de bonheur; leurs auteurs ont pro clamé des maximes, élevé des prétentions, commis des attentats jusque-là sans exemple; les peuples, dans un accès de folie, se sont écartés de leur route accoutumée ; un abîme s'est ouvert sous leurs pas.

Ainsi, soit qu'on les célèbre ou qu'on les déplore, pour les bénir ou pour les maudire, tous s'accordent à tout ou blier en présence de ces révolutions, à les isoler absolumenl du passé, à les rendre responsables de la destinée du monde, à les charger seules de l'anathème ou de la gloire. II est temps d'échapper à ces mensongères et puériles déclamations. Loin d'avoir rompu le cours naturel dés événements en Europe, ni la révolution d'Angleterre ni la nôtre n'ont rien dit, rien voulu, rien fait qui n'eût été dit, souhaite. fait ou tente cent fois avant leur explosion. Elles ont pro- PRÉFACE. V damé Lillégitimìté du pouvoir absolu : le libre consente ment en matière de lois ou d'impôts et le droit de résis tance à main armée étaient au nombre des principes con stitutifs du régime féodal, et l'Eglise a souvent répété ces paroles de saint Isidore, qu'on lit dans les canons du qua trième concile de Tolède : « Celui-là est Roi qui régit son « peuple justement; s'il fait autrement, il ne sera plus « Roi. » Elles ont attaqué le privilège et travaillé à introduire plus d'égalité dans l'ordre social : autant en ont fait les rois dans l'Europe entière, et jusqu'à nos jours lespro grès de Légalité civile se sont fondés sur les lois et mesurés par les progrès de la royauté.

Elles ont demandé que les fonctions publiques fussent ouvertes à tous les citoyens, distribuées selon le mérite seul, et que le pouvoir se don nât au concours : c'est le principe fondamental de la con stitution intérieure de l'Église, et elle l'a non-seulement mis en vigueur, mais hautement professé. Soit qu'on regarde aux doctrines générales des deux révolutions ou aux applications qu'elles en ont faites, qu'il s'agisse du gouvernement de l'État ou de la législation civile, des pro priétés ou des personnes, de la liberté ou du pouvoir, on ne trouvera rien dont l'invention leur appartienne, rien qui ne se rencontre également, qui n'ait au moins pris naissance dans les temps qu'on appelle réguliers. Ce n'est pas tout : ces principes, ces desseins, ces efforts qu'on attribue exclusivement à la révolution d'Angleterre et à la nôtre, non-seulement les ont devancées de plusieurs siècles , mais ce sont les mêmes principes, les mêmes efforts auxquels la société doit en Europe tous ses progrès. Est-ce par ses désordres et ses privilèges, par la brutalité de sa force et rabaissement des hommes sous son joug.

PREFACE.

. VI que l'aristocratie féodale a pris part au développement des nations? Non ; mais elle a lutté contre la tyrannie royale ; elle a usé du droit de résistance, et maintenu les maximes de la liberté. De quoi les peuples ont-ils béni les Rois ? Est-ce de leurs prétentions au droit divin , au pouvoir ab solu , de leurs prodigalités , de leur cour ? Non ; mais les Rois ont attaqué le régime féodal, le privilège aristocrati que ; ils ont porté l'unité dans la législation, dans l'administration; ils ont secondé les progrès de Légalité. Et le clergé, d'où est venu sa force? Comment a-t-il concouru à la civilisation ? Est-ce en se séparant du peuple, en s'é pouvantant de la raison humaine, en sanctionnant au nom du ciel la tyrannie? Non; mais il a réuni pêle-mêle dans les églises, et sous la loi de Dieu, les petits et les grands, les pauvres et les riches , les faibles et les forts ; il a ho noré et cultivé la science, institué des écoles, favorisé la propagation des lumières et Lactivité des esprits.

Qu'on interroge l'histoire des maîtres du monde , qu'on examine rinfluence des diverses classes qui ont décidé de son sort ; partout où quelque bien se laissera voir, dès que la longue reconnaissance des hommes attestera un grand service rendu à l'humanité, c'est qu'un pas a été fait vers le but qu'ont poursuivi la révolution d'Angleterre et la nôtre; on se sentira en présence de quelqu'un des principes qu'elles ont voulu faire prévaloir. Qu'on cesse donc de les peindre comme des apparitions monstrueuses dans l'histoire de l'Europe ; qu'on ne nous parle plus de leurs prétentions inouïes, de leurs infernales inventions : elles ont poussé la civilisation dans la route qu'elle suit depuis quatorze siècles; elles ont professé les maximes, avanré les travaux auxquels l'homme a dû, de

PREFACE.

. VII tout temps, le développement de sa nature et l'amélíora tion de son sort ; elles ont fait ce qui a fait tour à tour le mérite et la gloire du clergé, de la noblesse et des Rois. Je ne pense pas qu'on s'obstine longtemps à les con damner absolument parce qu'elles sont chargées d'erreurs, de malheurs et de crimes : il faut en ceci tout accorder à leurs adversaires , les surpasser même en sévérité, ne re garder à leurs accusations que pour y ajouter, s'ils en ou blient, et puis les sommer de dresser à leur tour le compte des erreurs, des crimes et des maux de ces temps et de ces pouvoirs qu'ils ont pris sous leur garde. Je doute qu'ils acceptent le marché. Veut-on savoir par où les deux révolutions se distinguent de toute autre époque, ce qui fait que, tout en continuant l'œuvre commune des siècles, elles ont mérité leur nom et changé en eflèt la face du monde?

Le voici. Des puissances diverses ont successivement dominé dans la société européenne et marché tour à tour à la tête de la civilisation. Après la chute de l'empire romain et l'invasion des barbares, au milieu de la dissolution de tous les liens, de la ruine de tous lés pouvoirs, la domination échut par tout à la force brutale et hardie ; l'aristocratie conquérante prit possession de toutes choses, personnes et terres, peuple et pays. En vain quelques grands hommes , Charlemagne en France, Alfred en Angleterre, essayèrent de soumettre ce chaos à l'unité du régime monarchique. Toute unité était impossible. La hiérarchie féodale fut la seule forme que voulût accepter la société. Elle envahit tout, l'Église comme l'État; les évêques, les abbés, devinrent des barons ; le Roi fut le premier seigneur. Quelque grossière et chancelante que fût cette organisation, l'Europe lui a dû

PREFACE.

. VIII ses premiers pas hors de la barbarie. C'est entre les pro priétaires des fiefs, par leurs relations, leurs lois, leurs usages, leurs sentiments, leurs idées, que la civilisation européenne a commencé. Ils pesaient horriblement sur les peuples. Le clergé seul essayait de réclamer, en faveur de tous, un peu de raison, de justice, d'humanité. Quiconque ne tenait pas une place dans la hiérarchie féodale n'avait que les églises pour asile et les prêtres pour protecteurs. Bien insuffisante, celte protection était immense pourtant, car elle était seule. Les prêtres d'ailleurs offraient seuls quelque aliment à la nature morale de l'homme, à ce besoin de penser, de savoir, d'es pérer et de croire, besoin invincible qui surmonte tous les obstacles et survit à tous les malheurs. L'Église acquit bientôt dans l'Europe entière un pouvoir prodigieux.

La royauté naissante lui prêta une nouvelle force en empruntant son appui. La prépondérance passa des mains de l'aristocratie conquérante aux mains du clergé. Avec l'alliance de l'Église et par sa propre vertu, la royauté grandit et s'éleva au-dessus de ses rivaux; mais à peine le clergé l'eut secourue qu'il voulut l'asservir. Dans ce nouveau péril, la royauté appela à son aide, quelquefois les barons devenus moins redoutables , plus souvent les bourgeois, le peuple, déjà assez forts pour bien servir, pas assez pour exiger de leurs services un haut prix. Par eux la royauté triompha dans sa seconde lutte, et devint à son tour le pouvoir dominant, investi de la confiance des nations. Telle est l'histoire de l'ancienne Europe : l'aristocratie féodale, le clergé, la royauté, l'ont tour à tour possédée, ont successivement présidé à sa destinée et à ses progrès.

C'est à leur coexistence et à leur lutte qu'elle a dû long- PREFACR, IX temps lout ce qu'elle a conquis de liberté, de prospérité, de lumières, en un mot, le développement de sa civilisation. Au xvne siècle en Angleterre, au xvme en France, toute lutte entre ces trois pouvoirs avait cessé; ils vivaient en semble dans une molle paix. On peut même dire qu'ils avaient perdu leur caractère historique et jusqu'au souvenir des travaux qui avaient fait jadis leur force et leur éclat. L'aristocratie ne défendait plus les libertés publiques, pas même les sieunes propres; la royauté ne travaillait plus à l'abolition du privilège aristocratique; il semblait même qu'elle devînt favorable aux possesseurs de ce privilège , en retour de leur servilité; le clergé , pouvoir spirituel, avait peur de l'esprit humain, et ne sachant plus le cou duire, le sommait avec menace de s'arrêter.

Cependant la civilisation suivait son cours, chaque jour plus générale et plus active. Abandonné de ses anciens chefs, surpris de leur apathie, de leur humeur, et de voir qu'on faisait moins pour lui à mesure que croissaient ses forces et ses désirs, le public en vint à penser qu'il lui appartenait de faire ses affaires lui-même, et se chargeant seul de tous les rôles dont personne ne s'acquittait plus, il réclama à la fois la liberté contre la couronne, Légalité contre l'aristocratie, les droits de l'intelligence humaine contre le clergé. Alors éclatèrent les révolutions. Elles firent, au profit d'une puissance nouvelle, ce qu'avait déjà vu plusieurs fois l'Europe; elles donnèrent à la société les chefs qui voulaient et pouvaient la diri ger dans ses progrès. A ce titre seul , l'aristocratie , l'Église, la royauté avaient tour à tour possédé la prépon dérance. Le public s'en empara en vertu du même droit. x

PREFACE.

. par les mêmes moyens , au nom des mêmes nécessités. Telle est l'œuvre véritable, le caractère dominant de la révolution d'Angleterre comme de la nôtre. Après les avoir considérées comme absolument semblables, on a prétendu que les apparences seules leur étaient communes. La première, a-t-on dit, a été politique plutôt que so ciale ; la seconde a voulu changer tout ensemble la société et le gouvernement. L'une a recherché la liberté, l'autre légalité ; l'une, religieuse encore plus que politique, n'a fait que substituer un dogme à un dogme, une Église à une Église; l'autre, philosophique surtout, a réclamé la pleine indépendance de la raison. Comparaison ingénieuse et qui n'est pas sans vérité, mais presque aussi superficielle, aussi légère que l'opinion qu'elle prétend réformer. De même que, sous la ressemblance extérieure des deux révolutions, de grandes différences se laissent entrevoir; de même , sous leurs différences se cache une ressemblance encore plus profonde.

La révolution d'Angleterre, il est vrai, par les mêmes causes qui la firent éclater plus d'un siècle avant la nôtre, garda, de l'ancien état social, une plus forte empreinte : là des institutions libres, nées du sein de la barbarie, avaient survécu même au despotisme qu'elles n'avaient pu prévenir ; l'aristocratie féodale, une portion du moins, avait uni sa cause à celle du peuple ; la royauté, même aux jours de sa prépondérance, n'avait ja mais été pleinement ni paisiblement absolue ; l'Église nationale avait commencé elle-même la réforme religieuse et provoqué les hardiesses de l'esprit humain. Partout, dans les lois, les croyances, les mœurs, la révolution trouvait son œuvre à moitié accomplie; et de ce régime qu'elle vou lait changer lui venaient en même temps des secours et des

PREFACE.

. XI obstacles, d'utiles alliés et des adversaires encore puissants. Aussi offrit-elle un bizarre mélange des éléments en appa rence les plus contraires, à la fois aristocratique et populaire , religieuse et philosophique , invoquant tour à tour des lois et des théories, proclamant tantôt un nouveau joug pour les consciences, tantôt leur pleine liberté, quelquefois étroitement retenue dans les liens des faits, quelquefois livrée aux plus audacieuses tentatives, placée enfin entre l'ancien et le nouvel état social plutôt comme un pont pour passer de l'un à l'autre que comme un abîme pour les séparer. La plus terrible unité, au contraire, a régné dans la ré volution française ; l'esprit nouveau y a dominé seul ; l'an cien régime, loin de prendre dans le mouvement sa place et sa part, n'a songé qu'à s'en défendre, et s'est à peine défendu un moment; il était sans force comme sans vertu.

Au jour de l'explosion, un seul fait restait réel et puissant, la civilisation générale du pays : dans ce grand, mais uni que résultat, étaient venus se perdre les vieilles institutions, les vieilles mœurs, les croyances, les souvenirs, la vie nationale tout entière. Tant de siècles actifs et glorieux n'avaient rien produit que la France. De là l'immensité des résultats de la révolution , et aussi de ses égarements ; elle a possédé le pouvoir absolu. Certes la différence est grande et mérite qu'on en tienne compte; elle frappe surtout quand on considère les deux révolutions en elles-mêmes, comme des événements isolés, en les détachant de l'histoire générale, et pour démêler, si je puis ainsi parler, leur physionomie propre, leur carac tère individuel. Mais qu'elles reprennent leur place dans le cours des siècles, qu'on examine ce qu'elles ont fait pour

PREFACE.

. XII le développement de la civilisation européenne, on verra la ressemblance reparaître et s'élever au-dessus de Ioules les diversités. Suscitées par les mêmes causes, par la déca dence de l'aristocratie féodale, de l'Église et de la royauté, elles ont travaillé à la même œuvre , à la domination du public dans les affaires publiques; elles ont lutté pour la liberté contre le pouvoir absolu, pour Légalité contre le privilège , pour les intérêts progressifs et généraux contre les intérêts stationnaires et individuels. Leurs situations ont été diverses, leurs forces inégales : ce que l'une a conçu clairement, l'autre n'a fait que s'entrevoir ; dans la carrière que l'une a parcourue, l'autre s'est bientôt arrêtée; sur le même champ de bataille, l'une a trouvé la victoire, l'autre des revers ; l'une a péché par le cynisme, l'autre par l'hy pocrisie; celle-ci a été plus sage, celle-là plus puissante.

Mais les moyens et les succès ont varié seuls; la tendance était la même comme l'origine ; les désirs, les efforts, les progrès se sont dirigés vers le même but; ce que l'une a tenté ou accompli, l'autre l'a accompli ou tenté. Quoique coupable de persécutions religieuses , la révolution d'An gleterre a vu s'élever dans ses rangs la bannière de la liberté de conscience; malgré ses alliances aristocratiques, elle a fondé la prépondérance des communes ; plus occu pée de Tordre civil , elle a cependant réclamé une législa tion plus simple, la réforme parlementaire, l'abolition des substitutions, du droit d'aînesse ; et, bien que déçue dans des espérances prématurées, elle a fait faire à la société anglaise un pas immense hors de la monstrueuse inégalité du régime féodal. Telle est enfin l'analogie des deux révo lutions, que la première n'eût jamais été bien comprise si la seconde n'eût éclaté.

PREFACE.

. XIII De nos jours, en effet, l'histoire de la révolution d'An gleterre a changé de face : Hume ' était en possession de former sur son compte l'opinion de l'Europe ; et malgré Tappui de Mirabeau , les déclamations de mistriss Macau lay s n'avaient pu ébranler son autorité. Tout à coup les esprits ont retrouvé leur indépendance ; une foule d'ou vrages ont attesté, non-seulement que cette époque rede venait l'objet d'une vive sympathie, mais que les récits et les jugements de Hume avaient cessé de satisfaire l'imagination et la raison du public. Un grand orateur, M. Fox3, des écri vains distingués, MM. Malcolm Laing *, Mac-Diarmid 5, Hrodie ', Lingard '. Godvvin8, etc., se sont empressés de 1 Le premier volume de vHistoWe des Stuart de Hume parut en Angleterre en 175-1, et le second en 1756. 1 L'ouvrage de mistriss Macaulay devait être une Histoire d'Angleterre depuis l avènement de Jacques Ier jusqu'à V élévation de la maison de Hanovre; mais il s'arrête à la chute de Jacques II.

II a été publié en Angleterre de 1763 à 1783. II n'a paru en France que deux volumes de la traduction, publié en 1791, sous le nom dp Mirabeau. 3 Histoire des deu.v derniers rois de lamaison de Stuart Londres, 1804, in-4. La traduction française publiée à Paris, 1809, 2 vol. in-8, est très-incomplète. 4 History os Scotland from the union os the crouns to the union os the hingdoms. i vol. in-8. La première édition est de 1800. ■ï Lires os British statesmen. 2 vol. in-8, IIe édit. Londres, 1820. Le second volume contient les vies de Strafford et de Clarendon. c Hiitory os the British empire from the accession os Charles I to the restoralion os Charles II. 4 vol. in-8. Edimbourg, 1822. ' History os England. Les tomes IX et X (Londres, in-8, 1825) contiennent les règnes de Jacques Ier et de Charles Ier. 8 History os the commonwealth os England. Londres, t. T. 1824. l.es trois autres volumes ont pnru depuis.

PREFACE.

. XIV répondre à cette curiosité nouvelle. Né en France, ce mouvement ne pouvait manquer de s'y faire sentir : YHistoire de Cromwell par M. Villemain, ì'Hisloire de la révolution de 1688 par M. Mazure, prouvent évidemment que, chez nous aussi, Hume ne suffit plus à personne; et j'ai pu moi-même publier la volumineuse collection des Mémoires originaux de cette époque sans lasser l'attention ni épuiser la curiosité des lecteurs '. II me siérait peu d'entrer ici dans un examen détaillé de ces ouvrages; mais je ne crains pas d'affirmer que sans la révolution française, sans les vives lumières qu'elle a répandues sur la lutte des Stuart et du peuple anglais, ils ne posséderaient point les mérites nouveaux qui les distin guent. Je n'en veux pour preuve que la différence qui se fait remarquer entre ceux que la Grande-Bretagne a pro duits et ceux qu'a vus naître la France.

Quelque patriotique intérêt qu'inspire aux auteurs des premiers la révolution de 16Ì0, même quand ils se rangent sous la bannière de quelqu'un des partis qu'elle a enfantés, la critique histo rique domine dans leur travail ; ils s'appliquent surtout à rechercher exactement les faits, à comparer et débattre les témoignages; ce qu'ils racontent est pour eux une an cienne histoire qu'ils savent bien, non un drame auquel ils assistent; un siècle passé, déjà lointain, qu'ils mettent du prix à bien connaître, mais au sein duquel ils ne vivent point. M. Brodie partage contre Charles I" et les Cavaliers toutes les préventions, toutes les méfiances, toutes les colères des plus amers puritains, et aucune des fautes, aucun 1 Cette collection, complètement terminée, forme 25 vol. in-8. Paris, chez Didier.

PREFACE.

. XV des torts de ces derniers ne frappe ses regards. II semble que tant de passion doive produire un récit très-animé, oìi le parti qui excite dans l'âme de l'écrivain une telle sym pathie sera peint avec vérité et chaleur. II n'en est rien : malgré L ardeur de ses préoccupations, M. Brodie étudie et ne voit point, discute et ne peint point; il admire le parti populaire sans le mettre en scène, et son ouvrage est une savante et utile dissertation, non une histoire morale et vivante. M. Lingard ne partage aucune des opinions, au cune des affections de M. Brodie ; il demeure impartial entre le Roi et le Parlement ; il ne plaide aucune cause, et ne s'attache point à réfuter les erreurs de ses devanciers ; il se vante même de n'avoir pas ouvert l'ouvrage de Hume depuis qu'il a entrepris le sien.

II a écrit, dit-il, à Laide des seuls monuments originaux , toujours en présence des temps qu'il voulait raconter, et avec une ferme résolution d'écarter toute vue systématique. A la suite de cette impar tialité la vie est-elle rentrée dans l'histoire ? Nullement : l'impartialité de M. Lingard n'est ici que de l'indifférence; prêtre catholique, peu lui importe que les anglicans ou les presbytériens triomphent. Or l'indifférence ne lui a pas mieux réussi que la passion à M. Rrodie pour pénétrer au delà de la forme extérieure, et pour ainsi dire matérielle des événements; et le principal méfite de son travail est encore d'avoir soigneusement examiné, assez complète ment recueilli et bien disposé les faits. M. Malcolm Laing a démêlé avec plus de sagacité le caractère politique de la révolution ; il montre fort bien que, sans se rendre nette ment compte de son but, elle a voulu, dès l'originej dé placer le pouvoir, le faire descendre dans la Chambre des Communes, substitues ainsi le gouvernement parlementaire

PREFACE.

. XVI au gouvernement royal, et qu'elle n'a pu se reposer que dans ce résultat. Mais le côté moral de l 'époque, ('enthousiasme religieux , les passions populaires, les intrigues de parti , les rivalités personnelles, tomes ces scènes où se déploie la nature humaine affranchie des habitudes et des lois, ne se retrouvent point dans son livre : c'est le rapport d'un juge clairvoyant, mais qui ne connaît que écrite, et n'a fait comparaître en personne devant lui ni les acteurs ni les témoins. Je pourrais passer en revue tous les ouvrages dont l'Angleterre s'est récemment enrichie à ce sujet. Ils m'offriraient tous le même caractère, un retour marqué d'intérêt pour cette grande crise de la vie nationale, une étude plus attentive des faits qui s'y rapportent, un sentiment plus vif de ses mérites, une plus juste ap préciation de ses causes, de ses conséquences; mais ce n'est encore que de la méditation et de la science, un travail d'érudit ou de philosophe : j'y chercherais en vain cette sympathie naturelle de l'écrivain pour son sujet, qui porte dans l'histoire la lumière et la vie; et si Hampden ou Cla rendon venaient à renaître, j'ai peine à croire qu'ils y reconnussent leur temps.

J'ouvre ['Histoire de Cronuvell par M. Villemain, et je nie sens en présence d'un autre spectacle. Elle est moins complète , moins savante , moins exacte que plusieurs de celles dont je viens de parler ; mais partout se révèle une prompte et vive intelligence des opinions, des passions, des vicissitudes révolutionnaires, des dispositions publiques, des caractères individuels, de la nature indomptable et des formes si changeantes des partis. La raison de l'his lorién sait comprendre toutes les situations, toutes les idées ; son imagination s'émeut de toutes les impressions

PREFACE.

. XVII réelles et sincères; son impartialité, un peu trop sceptique peut-être, est cependant plus animée que ne La été sou vent la passion même des avocats exclusifs d'une cause ; et quoique la révolution n'apparaisse dans son livre que resserrée dans le cadre trop étroit d'une biographie, elle y est plus claire, plus vivante que partout ailleurs. C'est que, sans parler des avantages du talent , M. Ville main a eu ceux de la situation : il a regardé et jugé la révolution d'Angleterre du sein de la révolution française; il a trouvé, dans les événements et les hommes qui se son! déployés sous ses yeux, la clef de ceux qu'il avait à peindre ; il a puisé la vie dans son propre temps, et La portée dans le temps qu'il voulait ressusciter. Je n'ai garde de pousser plus loin ces observations ; je ne les ai hasardées que pour faire mieux sentir combien est profonde l'analogie des deux époques, et aussi pour expli quer comment un Français peut croire que l'histoire de la révolution anglaise n'a pas été écrite d'une façon pleine ment satisfaisante, et qu'il lui est permis de la tenter.

J'ai étudié avec soin presque tous les ouvrages anciens et mo dernes dont elle a été l'objet; je n'ai point redouté que cette lecture altérât la sincérité de mes impressions ou l'indépendance de mon jugement; il y a, ce me semble, trop de timidité à craindre si aisément qu'un auxiliaire ne devienne un maître, ou trop d'orgueil à refuser si absolument tout secours. Cependant, et si je ne m'abuse, on le reconnaîtra sans peine, les monuments originaux m 'ont surtout servi de guides. Je n'ai rien à dire des Mémoires; j'ai essayé , dans les Notices que j'y ai ajoutées en les pu bliant, d'en bien expliquer le caractère et le mérite ; et cçux qui n'ont pas pris place dans ma Collection, bien que

PREFACE.

. XVIII j'en aie' fait usage pour mon Histoire, me semblent trop peu importants pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. Quant aux Recueils d'actes et documents officiels, ils sont très-nombreux, et quoique souvent exploités, ils abondent encore en richesses inconnues. J'ai eu sous les yeux ceux de Rushworth, de Thurloe, les journaux des deux Chambres, Y Histoire parlementaire , tant l'ancienne que celle de M. Cobbett, la Collection des procès politiques, etun grand nombre d'autres ouvrages du même genre qu'il serait sans intérêt d'énumérer. J'ai aussi trouvé dans les pamphlets du temps, non-seulement de l'Angleterre, mais de la France, quelques renseignements curieux; car le public français fut plus occupé qu'on ne pense de la révolution anglaise ; beaucoup de brochures furent publiées pour et contre, et les Frondeurs se prévalurent plus d'une fois de son exemple contre Mazarin et la cour.

Je dois dire aussi, pour rendre justice à un homme et à un travail aujourd'hui trop oubliés, que j'ai très-souvent consulté avec fruit Y Histoire d'Angleterre de Rapin-Thoiras, et que, malgré l'infériorité du talent de Lécrivain, la révolution d'Angleterre y est peut-être mieux comprise et plus complètement exposée que dans les ouvrages de la plupart de ses successeurs. Qu'il me soit permis enfin de déposer ici l' expression de ma reconnaissance pour toutes les personnesqui, en France et en Angleterre, ont bien voulu accorder à mon travail une faveur anticipée et me prêter le plus utile secours. J'ai dû, entre autres, à l'obligeance de sir James Mackintosh, aussi inépuisable que son esprit et son savoir, des indica tions et des conseils que nul autre n'eût pu me donner ; et l'un des hommes qui parmi nous connaissent le mieux l'ancienne histoire aussi bien que l'état présent de L Angle-

PREFACE.

. XIX terre, M. Gallois, ma prodigué, avec une bienveillance que j'ai quelque droit de prendre pour de l' amitié , les trésors de sa bibliothèque et de sa conversation. F. G. Paris, avril 182(3. DISCOURS St'R L'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION D'ANGLETERRE La révolution d'Angleterre a réussi. Elle a réussi deux fois. Ses auteurs ont fondé en Angleterre la mo narchie constitutionnelle; ses descendants ont fondé, en Amérique, la république des États-Unis. Ces grands événements n'ont maintenant plus d'obscurités ; avec la sanction du temps, ils ont reçu ses lumières. La France est entrée, il y a soixante ans, et l'Europe se précipitait hier dans les voies que l'Angleterre a ou vertes. Je voudrais dire quelles causes ont donné en Angleterre à la monarchie constitutionnelle, et dans LAmérique anglaise à la république, le solide succès que la France et l'Europe poursuivent jusqu'ici vaine ment, à travers ces mystérieuses épreuves des révolu tions qui , bien ou mal subies, grandissent ou égarent pour des siècles les nations.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…