XXIV. L’ŒUVRE DE CANNING
AMÉRIQUE ET ORIENT (1824-1827)
CANNING: L’ANGLETERRE, LES ÉTATS-UNIS ET L’ATLANTIQUE
Le jour où Canning se résolut à régler pacifiquement le différend qui risquait de mettre aux prises l’Europe et l’Amérique, il eut aussitôt l’idée d’employer la méthode qui avait permis à Metternich de prévenir la crise orientale. Plus de ces Congrès européens, que l’Autriche eût limités à des affaires continentales et exploités à son profit. Un Congrès encore, mais entre les puissances coloniales et maritimes, réservé à l’examen de la question américaine et que l’Angleterre dirigerait à son gré (24 juin 1824).
Il s’agissait donc d’établir une entente préalable entre l’Angleterre et les deux puissances maritimes disposées à intervenir dans l’Amérique du Sud: les États-Unis qui invoquaient le principe de non-intervention, la France armée par la Sainte-Alliance. Du moment que Canning se ralliait au principe proclamé par Monroë, il ne lui fut pas difficile d’obtenir de l’Union américaine les délais et l’accord nécessaires. Une motion violente contre l’Europe apportée à la tribune du Congrès au mois de mars 1824 fut écartée par l’influence du Président. Jusqu’à la fin de l’année, il suffit à Monroë de déclarer aux représentants que l’Angleterre adhérait à la politique des États-Unis pour retarder tout éclat. D’autre part, à défaut de l’intervention armée qu’il était résolu à refuser à la France, Canning lui laissa espérer le succès d’une intervention diplomatique dont elle aurait l’honneur. Comme garantie de sa promesse, l’Angleterre recula d’un an la reconnaissance qu’elle semblait d’abord prête à accorder aux colonies espagnoles. N’était-ce pas la preuve qu’elle voulait permettre à Louis XVIII de pratiquer entre Ferdinand VII et ses sujets une médiation honorable et utile?
Le succès de ce plan habilement concerté était subordonné à l’attitude du cabinet français. Et Canning avait le droit d’espérer qu’elle serait favorable à ses projets. Si le tsar Alexandre, et Metternich pour le satisfaire poussaient la France à une guerre en Amérique, la France ne s’en souciait guère, même les royalistes qui avaient applaudi à l’expédition de 1823. «L’opinion générale, même l’opinion royaliste est fort tiède, écrivait Chateaubriand, sur la question des colonies espagnoles. Il n’y a point de ministère qui ne fût écrasé s’il s’engageait dans une pareille affaire.»
Villèle, qui aurait empêché la guerre d’Espagne s’il l’avait pu, se trouvait ainsi fort à son aise pour limiter du moins cette guerre à la Péninsule. La question des colonies espagnoles le préoccupait: comme Canning, il désirait la régler pacifiquement. Il n’était pas éloigné de reconnaître les gouvernements nouveaux de l’Amérique du Sud, parlait même de donner l’exemple en émancipant Saint-Domingue; il conseillait à Ferdinand VII d’établir au delà de l’Amérique des infants et des royautés indépendantes, quoique le projet heurtât l’intransigeance des Espagnols et leur idée enracinée de ne rien modifier à l’état de leur empire colonial. Peu importait d’ailleurs à Villèle: dans tous les cas il avait le ferme dessein, aussi arrêté que pouvait l’être celui des Espagnols encouragés par la Sainte-Alliance, de «s’entendre avec l’Angleterre sur la question américaine». Il l’avait dit à Montmorency, dès le 6 novembre 1822. Il le répéta à Polignac qu’il envoya en octobre 1823 remplacer le comte de Marcellus à Londres. Et Polignac, accueilli d’une façon particulièrement aimable par le roi et la société anglaise, s’employa tout de suite à rapprocher la France et l’Angleterre sur cette affaire qui avait menacé de les diviser. Un mémorandum qu’il échangea avec Canning le 9 octobre 1823, publié au mois de mars 1824, fit connaître à l’Europe l’entente des deux puissances sur deux points essentiels: l’impossibilité de ramener l’Amérique à son ancien état; la volonté de ne point agir contre les colonies par la force des armes.
Ainsi la France, le ministère Villèle, son ambassadeur à Londres adhéraient au principe de non-intervention. Les puissances maritimes se groupaient autour de l’Angleterre pour le faire triompher. Canning avait établi son système sur des bases solides.
La Russie et l’Autriche firent tous leurs efforts pour les ébranler. Après Vérone, Alexandre Ier avait compté disposer de la France au moins par Chateaubriand. Dans son parti, dans la nation le grand écrivain avait de l’autorité. La guerre d’Espagne l’avait fait ministre des affaires étrangères. Pour l’encourager et donner un avertissement à Villèle et au roi, le tsar lui envoya à la fin de décembre 1823 une décoration de ses ordres, sans rien donner au Président du conseil. «Toute la situation reposait sur lui seul», disait-il à la Ferronays. Et son intention était de le faire savoir aux Français. L’effet ne répondit pas à la menace. Louis XVIII fut piqué au vif. «C’est un soufflet que l’empereur Alexandre vient de me donner sur votre joue, dit-il à Villèle. Je vous fais chevalier de mes ordres. Ils valent bien les siens.» Le résultat fut que l’autorité de Villèle s’accrut, que celle de Chateaubriand diminua en proportion, et que l’on vit Polignac traiter en dehors de lui avec le Président du conseil.
En vain, Chateaubriand, plus avisé que le tsar, engageait-il ce souverain à la prudence. S’il se déclarait impuissant à faire accepter à la France une guerre, dans laquelle l’Europe ne la soutiendrait pas, ses objections augmentaient le dépit d’Alexandre. Ses avis n’étaient pas écoutés. Et pourtant, ils étaient singulièrement éloquents et justes: «Si l’on veut tout précipiter, si l’on nous pousse, en comptant pour rien les obstacles que présentent nos intérêts nationaux et les formes de notre gouvernement, mal à propos, on brisera mon système, on m’obligera à me retirer et tout changera avec ma retraite.»
Une manœuvre de l’Autriche, calculée pour plaire au tsar quand la France se montrait indocile et pour obliger Louis XVIII à se soumettre, justifia sa prévision. A la fin de 1823, sur les conseils de Metternich, le ministre des affaires étrangères d’Espagne, Ofalia, demandait aux puissances signataires de la Sainte-Alliance la réunion à Paris d’un Congrès européen, analogue aux conférences de Vérone. Canning ne se trompait pas en disant qu’il reconnaissait dans cette note jusqu’à la main de Metternich. Le chancelier autrichien mettait ainsi la France en demeure de choisir entre les conférences de non-intervention, et celles où la Sainte-Alliance pourrait décider une coopération armée, entre les puissances maritimes et continentales, entre Canning et lui.
La situation de Chateaubriand devenait chaque jour plus difficile. Rompre avec la Sainte-Alliance, c’était perdre le profit des victoires qu’il attendait de son entente avec le tsar. Et la suivre jusqu’en Amérique, c’était se perdre en France. Le 5 juin 1824, les instances de l’ambassadeur d’Autriche, Vincent, décidèrent Chateaubriand à tenter une démarche au nom de la Sainte-Alliance auprès de Canning. Il se fit à Londres l’avocat du Congrès que réclamait l’Espagne. Canning, deux fois à huit jours d’intervalle, refusa de l’entendre (11-18 juin). N’était-il pas en droit de se plaindre des contradictions du gouvernement français qui six mois auparavant approuvait ses plans, et les désapprouvait ensuite? «Démarche intempestive», disait Polignac lui-même qui avait quitté son poste le 28 mai pour n’y être pas associé. «Il aurait fallu, écrivait Villèle, apporter plus de réserve et n’avoir pas l’air de dicter à l’Angleterre un ultimatum de la Sainte-Alliance.» Ce n’était ni le rôle, ni l’intérêt de la France.
Décidés plus que jamais à s’entendre avec le cabinet de Londres, Villèle et Polignac, incapables d’ailleurs de désavouer leur collègue ou leur chef, prirent le parti de l’obliger à la retraite. Ils saisirent la première occasion, une discussion d’affaires et de finances. Chateaubriand, aigri par l’opposition que Villèle lui faisait dans son propre ministère, lui rendait la pareille en désavouant sa politique financière, et ses faveurs aux émigrés. Sa réserve dans les discussions que le cabinet eut à soutenir contre les Chambres pour ses projets de conversion ou de septennalité des assemblées parut d’autant plus une rupture avec Villèle qu’il avait dans le conseil approuvé ces mesures. Le prétexte fut saisi par les adversaires de sa politique étrangère qui voulaient se débarrasser de lui: on le représenta au roi comme un ministre indocile, un mauvais serviteur. Le 6 juin 1824, Louis XVIII lui donnait assez durement son congé, et chargeait par intérim Villèle de la politique extérieure. La conclusion de cette lutte intestine dans le Cabinet en marqua le caractère et la portée. Ce n’était pas un désaccord sur la direction des affaires intérieures qui rejetait Chateaubriand dans l’opposition: il était en réalité vaincu par Canning, renvoyé pour son refus d’adhérer à la politique de non-intervention, adoptée déjà par Villèle.
Metternich crut avoir lieu d’abord de se féliciter de son départ: n’était-ce pas lui qui prêchait la guerre aux Français, à la Restauration, calculant avec Pozzo di Borgo les chances d’une revanche sur le Rhin? Sa chute parut à l’Autriche comme une nouvelle victoire sur la fièvre révolutionnaire que l’écrivain avait réussi à inoculer aux royalistes. «Elle ne fera sensation, disait-il, qu’à Saint-Pétersbourg.» Elle devait faire à Londres une sensation au moins égale et réjouir Canning singulièrement. Metternich avait pensé que le ministère tory, avec Liverpool et Wellesley, obligerait ensuite Canning comme Chateaubriand à la retraite. «Il est au fond en lutte avec ses collègues», écrivait-il avec confiance, s’imaginant avoir fait coup double.
Metternich fut vite désabusé: l’opinion publique soutenait Canning. Le ministère à qui il avait rendu la popularité ne se fût pas privé de ses services. Torys, whigs et radicaux se réconciliaient à sa voix; son système emprunté à l’Amérique produisait en Angleterre comme au delà de l’Atlantique une ère de bonne entente qui lui assurait une autorité incontestée. Lorsque le 18 juin 1824, Villèle lui adressa un désaveu des démarches de Chateaubriand, et de la Sainte-Alliance, quand il déclara renoncer à l’action combinée des puissances contre les colonies espagnoles, le chancelier autrichien sentit l’étendue de sa défaite. «Villèle, disait-il avec amertume, pose pour être de l’alliance.» C’en était fait des Congrès où la politique autrichienne s’affirmait victorieusement: «Personne ne veut m’entendre. Je suis en plein chaos, comme un homme qui à l’approche du déluge se trouverait seul dans une île déserte.» Tandis que Metternich se désolait ainsi de son impuissance, et que le tsar maudissait une fois de plus la légèreté des Français, le système de Canning, la nouvelle forme de Congrès qu’il avait conçue pour satisfaire les États-Unis, et régler en paix au profit de l’Angleterre les affaires d’Amérique, acceptée par la France, ne rencontrait plus d’obstacles.
Tout à coup cependant des nuages passèrent au mois de juillet 1824 sur les relations excellentes de Villèle et de Canning. Un orage qui s’était formé depuis 1820 au Brésil menaça d’éclater à Lisbonne, et de bouleverser la diplomatie anglaise.
Le souverain portugais qui avait fui, en 1808, à Rio de Janeiro l’invasion française, avait été à la fin de novembre 1820 rappelé à Lisbonne par l’émeute libérale et nationale qui mit fin à la régence anglaise de Beresford, et au gouvernement absolu. Jean VI, réinstallé dans son royaume, à la condition d’accepter une constitution promulguée le 23 septembre et le 3 novembre 1821, avait eu soin de donner les mêmes droits au Brésil qu’il avait dû quitter, le laissant à un régent, son fils Don Pedro (22 avril, 3 juillet 1821). Les Bragance étaient plus souples décidément, plus avisés que les Bourbons d’Espagne. Ils avaient rencontré les mêmes difficultés, et s’en tiraient avec prudence.
Malheureusement leurs sujets, les Portugais, ne les aidèrent pas dans cette tâche. Le Brésil, s’il était traité sur le même pied que la métropole, ne leur paraissait plus une colonie. A la fin de l’année 1821, les Cortès de Lisbonne entreprirent de le recoloniser. Déjà au mois d’avril, ils avaient invité des Brésiliens à venir siéger dans leur assemblée; mais l’invitation formulée comme un ordre «de se placer sous la direction du gouvernement de Lisbonne» valait une menace. C’était le point de départ d’un système qui devait en octobre resserrer et rétablir le joug du Portugal: rappel du régent, suppression de tout pouvoir central à Rio de Janeiro, nomination de gouverneurs et de juntes dans les provinces.
Détaché de la métropole pendant douze ans, le Brésil avait pris conscience de son unité: on la détruisait. Au contact ensuite des colons espagnols qui s’émancipaient, les Brésiliens avaient appris la liberté: un parti républicain déjà très fort dans les provinces du nord et de l’intérieur, à Pernambuc surtout, songeait et travaillait à l’indépendance. Maladroitement, le Portugal lui fournissait une occasion, qu’il ne laissa pas échapper, de s’affranchir et de rallier les Brésiliens.
Il est probable que sans la présence de Don Pedro à Rio, le lien se fût rompu immédiatement entre le Brésil et le Portugal. Mais ce prince à la tête d’un parti que dirigeait un homme politique de valeur, José Bonifacio d’Andrada, parti composé des propriétaires et des Portenos les plus riches, hostiles à une république dont ils voyaient les excès et les dangers à Buenos-Ayres, offrit aux Portugais un compromis: la constitution du Brésil en un État relié au Portugal par l’union personnelle, sous le sceptre des Bragance, une association, au lieu du despotisme ou de l’indépendance. Les Cortès de Lisbonne repoussèrent l’offre de don Pedro avec indignation, accusèrent de trahison le parti qui le soutenait dans la province de San Paulo (juillet–décembre 1822). La rupture désormais fut fatale: sollicité par les modérés de ne pas abandonner la colonie à une république démocratique, le régent, après s’être débarrassé d’une escadre envoyée pour le ramener en Europe (mars 1823), prit l’initiative de convoquer une Constituante (juin 1823). «Un État de premier ordre ne pouvait pas, écrivit-il à son père, accepter l’esclavage d’un État de quatrième ordre, des despotes Lusitano-Espagnols.» Dans cette déclaration de principe, il y avait une grande part de vérité. Les prétentions des Portugais étaient insoutenables: leur entêtement égalait celui de leurs voisins de Madrid. Il eut les mêmes effets. Le 13 août 1823, dans la province de San Paulo, l’indépendance du Brésil était proclamée, confirmée à Rio de Janeiro le 12 octobre. Empereur constitutionnel, couronné le 1er octobre 1823, Don Pedro Ier arrachait le Brésil à la Révolution, le conservait à sa famille et déclarait la guerre aux Portugais, exclus du nouvel Empire. Sa flotte, confiée à l’amiral Cochrane, occupait Bahia, Maranhao, Para. Comme l’Espagne, à son tour le Portugal avait perdu l’Amérique du Sud: sa situation intérieure lui laissait peu de ressources pour réparer cette perte.
Le second fils du roi, Don Miguel, la femme de Jean VI, sœur de Ferdinand VII, s’étaient mis à conspirer contre les Cortès avec l’espoir d’être soutenus par les Français entrés en Espagne et par le peuple à qui la Révolution de 1820 avait paru faire perdre le Brésil. Le comte d’Amarante, qui avait combattu en 1820 les libéraux, reprit les armes en province, fit acclamer Don Miguel par son armée (29 mai 1823). Si Jean VI ne s’était pas déclaré contre les Cortès, il risquait de perdre la couronne de Portugal, au moment où son fils aîné prenait celle du Brésil. Il n’hésita point, se mit à la tête des rebelles, renvoya les Cortès, avec l’intention d’ailleurs très arrêtée de ne pas pousser la réaction jusqu’au bout, de la modérer en feignant de la servir. Les ministres dont il fit choix, Palmella aux affaires étrangères, le général Pamplona à la guerre, lui répondaient que ses intentions seraient suivies: il annonçait une charte. Mais le parti extrême avec qui il a dû faire alliance, appuyé sur Don Miguel et la reine, encouragé par ce qui se passait à Madrid, ne lui rendait pas la tâche facile. Il s’était gardé une place avec Oliveira dans le ministère. Le résultat de toutes ces intrigues fut, en 1824, un gouvernement incohérent, impuissant, l’anarchie dans la famille royale, dans le ministère et la nation misérable, livrée par ses malheurs à toutes les excitations, à tous les complots.
La querelle du Brésil et du Portugal, dès la première heure, avait été pour l’Angleterre un grave embarras. Les partisans de l’indépendance brésilienne, un an avant de la proclamer, avaient sollicité de Canning (30 novembre 1822) une déclaration en faveur de Don Pedro. Une réponse favorable exposait les Anglais à la perte de l’influence séculaire qu’ils avaient acquise à Lisbonne; un refus pouvait compromettre les profits qu’ils faisaient au Brésil. Canning disait vrai lorsqu’il déclarait à l’envoyé brésilien «professer un égal intérêt pour la prospérité des deux royaumes, commun quand ils étaient unis, égal depuis leur séparation». Mais l’envoyé du Brésil avait espéré mieux que la stricte neutralité entre le Portugal et le Brésil, une amitié moins prudente, plus active. La déception des Brésiliens n’échappa point à Canning; elle accrut son embarras.
Alors il avait imaginé une solution, à coup sûr ingénieuse. L’Angleterre, au moment où l’Empire brésilien fut proclamé, s’offrit à le reconnaître, si le nouvel Empereur inaugurait son règne par l’abolition de la traite des nègres. Un pareil service rendu à la cause de l’humanité ferait éclater le désintéressement de l’Angleterre: il lui fournirait surtout une belle excuse auprès de l’Europe et du Portugal. Lord Amherst, qui partait en février 1824 pour son gouvernement de l’Inde, prit la route de Rio de Janeiro pour négocier à cette condition la reconnaissance de Don Pedro: «qu’à ce prix, le Brésil choisît de rester une colonie ou de devenir un État.» Peu importait à Canning que cette mesure humanitaire parût aux Brésiliens prématurée, qu’elle fut capable de produire dans le nouvel Empire un bouleversement des conditions sociales et économiques. Ce serait de leur faute, après cela, si l’Angleterre ne leur venait pas en aide: si elle les aidait, le Portugal aurait mauvaise grâce à se plaindre.
La diplomatie de Canning ne se dépensait pas moins d’ailleurs à Lisbonne qu’à Rio de Janeiro. Il voulait convaincre les Portugais (4 décembre 1823) de renoncer à la souveraineté du Brésil. Les raisons qu’il donnait à Palmella étaient celles qui inspiraient alors toute sa politique en Amérique, le besoin surtout où l’Angleterre se trouvait de favoriser l’indépendance des colonies espagnoles pour paralyser les ambitions des États-Unis. «Il ne pouvait risquer tout son système sur un seul point.» Ses menaces, ses conseils, l’offre d’ouvrir une conférence à Londres, ne persuadaient pas des hommes qui se voyaient d’avance, s’ils cédaient, condamnés par tous les Portugais sans distinction de parti. Canning rédigea, cependant, un projet de médiation et l’envoya à Lisbonne: «Ce serait un déshonneur national.» Cette réponse, digne des Castillans, ne le découragea pas: tout ce qu’il espérait, c’était gagner du temps, ne pas déplaire au Brésil qui répétait «indépendance», au Portugal qui répliquait «soumission». Arbitre entre ces deux puissances maritimes, comme il l’était entre la France, les Républiques de l’Amérique et les États-Unis, sur tous les rivages de l’Atlantique, il s’appliquait avec patience et souplesse à dissiper des orages, dangereux seulement s’ils éclataient.
Or, il arriva qu’à Lisbonne la trame délicate de ses négociations faillit être brutalement déchirée par un diplomate français, ennemi juré de l’Angleterre, un royaliste de l’école de Chateaubriand, Hyde de Neuville. Quand il était encore ministre, et tout fier d’avoir réduit les Anglais à subir notre intervention en Espagne, Chateaubriand avait choisi ce député, dont les discours à la Chambre contre Canning avaient fait sensation, estimé d’ailleurs de Louis XVIII. «Il le chargea de disputer à Lisbonne le Portugal à l’Angleterre» (août 1823).
L’occasion paraissait bonne d’exploiter les colères des Portugais contre la diplomatie anglaise trop favorable aux Brésiliens. «Cela va donner, disait Chateaubriand, un bel accès d’humeur à Canning.» Dès le premier jour, les insinuations qu’Hyde de Neuville fit au ministre de la guerre, au duc de Subserra devenu tout de suite son ami, étaient venus détruire l’effet de la politique anglaise. Plus Canning prêchait la modération, plus l’ambassadeur de France prêchait la résistance, l’intransigeance. «Il excitait les bons Portugais»: il annonçait avec joie que le Brésil à la fois cesserait d’être une colonie du Portugal, et le Portugal une colonie de l’Angleterre. Son zèle bientôt l’emporta plus loin encore.
Il dépassa ses instructions, pour offrir à Jean VI l’appui des troupes françaises qui venaient de terminer l’expédition d’Espagne: en les amenant à Lisbonne, le roi pourrait expédier sa propre armée au Brésil contre les insurgés. Un Congrès réuni à Paris au nom de la Sainte-Alliance, le même que le ministre Ofalia sollicitait alors pour le roi d’Espagne, légitimerait cette entreprise de la France sur le Portugal, et sur le Brésil à la fois (17 décembre 1823). Des mariages enfin entre les Bourbons et les Bragance, celui de don Miguel avec la duchesse de Berry, du prince de Condé avec la fille du roi scelleraient cette entente.
Ce plan, qui se développa vers la fin de l’année 1823, renversait tous les desseins de Canning. A la faveur de son abstention, la France menaçait de lui dérober le Portugal et le Brésil. Seul le ministre des affaires étrangères Palmella restait fidèle aux Anglais: il rejetait les offres faites par Hyde de Neuville au nom de la Sainte-Alliance. Canning, en retour, consentit à proposer aux Brésiliens la médiation de l’empereur d’Autriche, beau-père de Don Pedro Ier. Mais le crédit de l’envoyé de France augmentait chaque jour, avec son zèle; rien ne le diminuait, ni l’assassinat du chef du parti français, le marquis de Loulé (29 février 1824), ni l’émeute militaire dirigée contre le duc de Subserra par Don Miguel. Ce prince, royaliste intransigeant, aurait dû favoriser de Neuville, mais il se laissait circonvenir par les intrigues anglaises et les rancunes de l’ancien régent Beresford. Le dessein des conjurés de déposer le roi, l’énergie de Hyde de Neuville qui sauva les ministres, protégea Jean VI et lui donna asile sur un vaisseau anglais, perdirent Don Miguel qui fut exilé (13 mai): la France eut plus de crédit que jamais.
Le gouvernement français applaudit à la décision et au succès de son envoyé. L’un des derniers actes de Chateaubriand au ministère fut de féliciter son ami et pour sa peine de lui donner carte blanche (24 mai 1824). Ce fut un motif de plus pour Villèle de forcer l’écrivain à la retraite. Mais il était trop tard pour retenir Hyde de Neuville. «Nous sommes trop timides avec les Anglais», écrivait-il de Lisbonne le 30 mai. Et, joignant l’acte au précepte, l’envoyé de France régla tout pour faire entrer des Français à Badajoz. Il s’y prit fort adroitement: il avait conseillé à Jean VI de solliciter le concours de troupes anglaises, espérant que cette demande ne serait pas suivie d’effet et justifierait l’exécution de son plan. Canning reçut cette proposition, au moment où il se croyait assuré de la France: Hyde de Neuville avait engagé le cabinet malgré lui. Il était maître de Lisbonne, si les Anglais n’y venaient point. Et s’ils y venaient, ce pouvait être avec Villèle une rupture qui déconcertait tout le système de la non-intervention. Canning essaya de faire accepter une demi-mesure, l’envoi de troupes hanovriennes. Elle fut à Paris très mal accueillie: pendant quelques jours les deux cours furent à deux doigts d’une rupture (3-10 juillet 1824). Toute l’habileté de Canning ne l’aurait pas empêchée, si la France et Polignac à Londres n’avaient pas désavoué Hyde de Neuville, blâmé ses audaces, et laissé la place libre à l’Angleterre. Au mois de septembre, A’Court, l’adversaire toujours résolu de la France dans la péninsule, passa en Portugal, exigea de Jean VI le renvoi de ses ministres, le duc de Subserra «de cœur tout français». Hyde de Neuville livra auprès du roi une dernière bataille: mais Villèle le rappela d’autorité (décembre 1824). La crise se terminait à l’avantage des Anglais par la démission de Subserra (15 janvier 1825).
Elle avait cependant duré six mois, pendant lesquels l’entente des deux cours fut soumise à une rude épreuve. Hyde de Neuville avait ainsi prolongé la résistance et la politique de Chateaubriand après sa retraite. Dans l’ensemble, pour Canning, depuis le jour où Polignac lui avait apporté l’adhésion de Villèle à son système, c’était une année perdue. Louis XVIII était mort le 16 septembre 1824: le changement de règne avait encore apporté de nouveaux retards. Le Congrès que Canning aurait rêvé de réunir à Londres, retardé de mois en mois, risquait, au train dont les choses allèrent en Amérique en 1824, de n’avoir plus ni autorité, ni effet.
Un autre Congrès, d’un caractère tout différent, et d’une portée considérable, était annoncé à la fin de 1824 pour le milieu de 1825; un Congrès exclusivement américain. L’idée en était venue à Bolivar, après ses dernières victoires dans le Pérou et le Haut Pérou (Ayacucho, 1824). Le Libérateur de l’Amérique du Sud devait songer à en être l’organisateur: constituer des États-Unis, au Sud comme au Nord, devint alors son rêve et son objet. Il disposait d’une partie considérable de ces États: il s’adressa à la République Argentine, au Brésil, au Mexique, les invitant à envoyer des délégués à Panama. Le lieu avait été choisi à dessein, à la jonction des deux Amériques, pour que les députés de l’Union du Nord pussent y venir affirmer la doctrine de Monroë, et contribuer de leur autorité, de leur exemple à l’établissement de l’Union du Sud. Des négociations engagées entre Bolivar et le nouveau Président des États-Unis, Quincy Adams, laissaient prévoir le succès de ce grand Congrès américain, l’exclusion définitive de l’Espagne, de l’Europe elle-même du Nouveau Monde. Le danger que Canning avait voulu prévenir, par une entente des nations maritimes, devenait menaçant. Aux Congrès de la Sainte-Alliance européenne allait s’opposer le Congrès américain de la non-intervention: l’Angleterre n’aurait pas le temps de former à Londres, aux limites de l’Europe et du Nouveau Monde, le Congrès maritime, destiné à empêcher cette rupture irrémédiable.
Alors Canning résolut de renoncer à ces conférences, pour réaliser sans tarder son système. Il annonça au Parlement l’intention de reconnaître le Mexique, la Colombie, la République Argentine (janvier 1825); cette initiative pourrait déplaire à l’Europe, mais elle était nécessaire à l’Angleterre: «Nous froisserons bien des intérêts, nous causerons bien des colères, mais nous aurons gagné la partie: le repos de l’Europe ne sera pas troublé!» C’était une partie scabreuse que jouait en effet l’homme d’État anglais: elle pouvait le perdre ou le consacrer.
A Londres même, Metternich avait d’abord excité contre lui tous ses collègues du cabinet, Wellington, Peel, Westmoreland, lord Eldon, les torys alarmés de ce qu’ils considéraient comme une rupture décidée avec leur politique et leurs alliances antérieures. Le roi lui-même, Georges IV, servait leur résistance et s’efforçait d’arrêter Canning (9 janvier 1825). L’autorité de lord Liverpool, satisfait et certain de la popularité que Canning avait rendue au cabinet tory, le soutint à cette heure décisive. Le ministère passa outre aux menaces de l’Autriche; il approuva les traités de commerce négociés ou déjà conclus avec les États américains, préfaces d’une reconnaissance officielle (février 1825).
Contre ces colères et ces intrigues, la grande ressource de Canning fut surtout son adresse à escompter, à ménager le consentement du cabinet français. Qu’avait-il à craindre des puissances continentales, si la France n’appuyait pas leurs réclamations? Nul besoin d’un Congrès, si elle lui donnait carte blanche. L’attitude de Villèle dans les affaires du Portugal l’encourageait à espérer la même condescendance. Après quelques regrets «qui s’évaporèrent en paroles», Villèle, le 1er février 1825, chargeait en effet Polignac de la déclaration suivante: «L’Angleterre a plus d’intérêts que nous à l’émancipation des Américains du Sud.» Il la laissait libre de les sauvegarder à sa guise.
De la politique étrangère, Villèle se faisait une tout autre idée que Chateaubriand. «La France, disait-il, n’est pas dans une situation simple; elle a un pied sur terre, et l’autre sur mer, pas assez forte pour résister à l’Angleterre sur mer, ni pour lutter sur le continent avec l’alliance formidable qui y existe. Que doit-elle faire? défendre son honneur et sa sûreté, renoncer à la prétention d’imposer aux autres des lois que nous ne sommes pas en mesure de faire exécuter, et attendre.» Rien ne ressemblait moins à l’initiative hardie, presque révolutionnaire, conseillée et pratiquée par Chateaubriand, que ces calculs et cette réserve conformes peut-être à la prudence et à la sagesse. Rien ne pouvait mieux servir Canning que ce recul des ambitions et des exigences françaises. C’était l’adhésion volontaire, ou contrainte, de toute l’Europe à ses desseins. Il avait le champ libre en Amérique.
Au mois de mars 1825, assuré de la cour de Portugal, il envoyait à Lisbonne sir Ch. Stuart, qui arrachait le consentement du roi à la reconnaissance du Brésil (13 mai 1825). Pour ménager l’amour-propre portugais, Jean VI aurait voulu rester du moins le premier empereur en titre des Brésiliens. Cette concession que deux ans plus tôt il eût obtenue lui fut refusée: l’Angleterre, pour se créer des droits sans réserve à la gratitude du Brésil, obtint même que son agent sir Ch. Stuart eût l’honneur de porter à Rio de Janeiro la bonne nouvelle de la capitulation de la Métropole. Il y arriva en juillet 1825, accueilli triomphalement, chargé par le roi de Portugal de proclamer l’indépendance du Brésil (29 août 1825). Deux mois après le nouvel Empire, reconnu par l’Angleterre, lui accordait des avantages commerciaux de premier ordre et promettait d’abolir la traite des nègres (10 octobre 1825).
Le commerce, le crédit de la Grande-Bretagne auprès de tous ces États nouveaux se ressentirent aussitôt de l’initiative que Canning avait su prendre, de son art et de son audace tout ensemble. Bientôt les Anglais se virent en possession des mines du Mexique et de la Colombie. Le Pérou qui n’exportait pas 30 000 francs de marchandises en Espagne, en fit passer pour plus de 30 millions à l’Angleterre. En peu de temps, 3 000 Anglais s’installèrent à Valparaiso. Le port de la Plata, Buenos-Ayres, celui de l’Uruguay, Montevideo expédièrent à Londres pour plus de vingt millions de dollars en laines. Et dans tous les ports du Sud, le chiffre total des opérations commerciales s’éleva jusqu’à 220 millions de francs, un chiffre qui avant représentait les transactions de l’Espagne avec l’Amérique en général. Lorsque un an après, le 12 décembre 1826, Canning vint triomphalement annoncer au Parlement le succès de sa politique, il parla de la liberté procurée à des peuples nouveaux: «Je les ai appelés à la vie.» Il parla surtout de ce monde colonial ouvert à l’Angleterre: «Mes paroles, dit-il, auront pour les oreilles et les cœurs anglais un son dix mille fois plus agréable que la nouvelle de n’importe quel succès politique.» Il y a en effet des victoires pacifiques, qui valent pour des Anglais largement les plus nobles causes, les plus beaux faits d’armes: c’était une de ces victoires que le système de Canning leur avait procurée. Après les profits de l’Autriche, ceux de l’Angleterre, plus solides, plus lucratifs.
Le ministre anglais ajoutait: «J’ai réglé la balance entre l’ancien monde et le nouveau.» Par là il marquait la portée plus haute, plus large, véritablement européenne de sa politique. «La reconnaissance des colonies espagnoles, a dit l’annaliste Lesur à cette époque même, est un des actes les plus mémorables des temps modernes.» Elle a réglé en effet le rapport des deux mondes et apporté à l’Europe trop attachée à ses querelles intérieures la solution d’un problème redoutable pour son avenir.
Le Congrès européen à qui Canning avait voulu soumettre ce problème s’était trouvé retardé, tandis que s’annonçait celui de Panama. Mais à son tour le Congrès de Panama fut renvoyé jusqu’au 22 juin 1826. Quand il s’ouvrit, par l’enthousiasme des Américains du Nord et du Sud on put voir que la doctrine de Monroë s’était propagée du Saint-Laurent à la Plata: c’était l’intervention effective des États-Unis dans le continent du Sud, préparée, réglée par le système américain de la non-intervention, le recul de l’Europe en deçà de l’Atlantique. Celle-ci s’en apercevait, un peu tard. «Quel sera le Congrès européen qu’on opposera à celui de Panama?» demandaient les journaux en France (juillet 1826). «Mon sang se fige à la pensée que la République des païens de l’Amérique va devenir l’idéal suprême», écrivait Gentz à Adolphe Muller. D’une côte à l’autre de l’Atlantique des cris de guerre s’échangeaient entre «la Sainte-Alliance de la liberté et la Sainte-Alliance des despotes».
En n’attendant pas ces extrémités, l’Angleterre avait pris pied depuis 1825 dans l’Amérique du Sud. Son influence à Rio de Janeiro, à Buenos-Ayres, empêcha le Brésil et la République Argentine de se faire représenter au Congrès de Panama, comme ils l’avaient promis. Les riches commerçants de ces villes avaient tout intérêt à ne pas provoquer l’Europe: ils en vivaient. La Colombie, le Guatemala, le Mexique et le Pérou se trouvèrent ainsi réduits à un Congrès incomplet que les fièvres dispersèrent dès le mois de septembre.
Même aux États-Unis, un grand parti d’opposition, excité par l’Angleterre, se forma contre le gouvernement et blâma son adhésion au Congrès de Panama. L’un des principaux motifs de cette résistance fut la crainte que ce Congrès ne favorisât les entreprises communes de la Colombie et du Mexique sur les îles de Cuba et de Porto-Rico. L’esprit de conquête amenait déjà les deux Amériques à se séparer avant de s’être unies. Le 4 mars 1826, après cinq mois de débats, l’Union affirma son intention formelle «de ne contracter avec aucune nation aucune alliance ni offensive, ni défensive». C’était la guerre avec l’Europe désormais éloignée, les ambitions de l’Amérique du Sud neutralisées par celles des États-Unis. En se déclarant pour la politique de non-intervention, Canning l’avait mieux enchaînée que l’Europe et la Sainte-Alliance par une hostilité trop déclarée. La paix était assurée; le vieux monde préservé de l’orage qui l’avait menacé si rudement dans ses intérêts, dans sa vie même.
Le grand mérite de l’homme d’État anglais avait été de voir, avant tout autre, l’étendue de cet orage, sa puissance presque fatale, ses limites aussi. Les victoires de Bolivar ne l’avaient pas aveuglé sur la fragilité de son œuvre. Le Libérateur avait dû recourir, comme tous les généraux qui détruisirent la domination espagnole à la force, à l’alliance brutale avec les indigènes, les gens de couleur. Dans la guerre et par sa volonté, l’union des races s’était imposée. Dans la paix, elle redevint aussi malaisée qu’elle l’avait été aux premiers temps de la révolte. Les indigènes réclamaient leur salaire et l’obtinrent: la Colombie, le Vénézuéla firent d’eux des citoyens, des propriétaires (juillet 1821); le Pérou leur distribua des terres et des droits. Outre que l’embarras était grand de gouverner avec ces hommes tenus si longtemps à l’écart de la civilisation, livrés d’avance à toutes les dictatures, les Européens réclamaient une part d’influence égale à leur supériorité. En Colombie même, où Bolivar était si puissant, les bourgeois de Bogota, le vice-président Santander organisaient contre lui et son œuvre trop favorable aux indigènes la résistance. Pendant le Congrès de Panama même, le général Paez sépara le Vénézuéla de la Colombie pour le rendre aux Espagnols de Caracas et de Valencia (novembre 1826). Bolivar fut réduit, pour défendre son autorité, à des coups d’État perpétuels.
En faisant son pouvoir instable et violent, cette lutte des races momentanément unies contre l’Espagne condamnait aussi ses projets de fédération américaine.
Si le Brésil et la Plata refusèrent leur concours au moment décisif, ce fut surtout parce que les colons, les blancs, cultivés et riches de ces provinces, menacés par la poussée des races indigènes, ne voulaient pas de la politique pratiquée au Pérou et en Colombie. «Pour consolider la puissance de la bourgeoisie des blancs, ils avaient, au contraire, escompté l’émigration européenne.» «Dites adieu à la domination de vos ancêtres, misérables débris de la race primitive», disait un Argentin qui appelait d’autre part les colons d’Europe. Il est remarquable encore que l’opposition de l’Union américaine au Congrès de Panama se recruta surtout parmi les propriétaires, les orateurs de la Virginie, les politiques des États du Sud. Un accord avec Bolivar leur parut une menace de l’émancipation des nègres dans les Antilles, bientôt dans leurs domaines. Intérêts et préjugés de race, à Washington comme à Buenos-Ayres, déterminèrent la résistance de la moitié au moins des États-Unis. «Je voudrais voir les députés que nous recevrons de ces pays-là, dit le sénateur de la Virginie, M. John Randolph, quel sera leur caractère, quelle est leur couleur.»
Ainsi, le grand problème qui devait quarante ans plus tard compromettre l’Union du Nord, se posait déjà pour rendre impossible l’Union des deux continents. On ne s’entendait pas sur le sens à donner à la formule de Monroë: «L’Amérique aux Américains.» Qu’était-ce que les Américains, Européens établis dans le Nouveau-Monde, ou habitants de l’Amérique en général? Plus d’une guerre civile au nord et au sud des Antilles devait encore surgir de ce débat, avant que l’Europe eût à redouter une déclaration de guerre générale de toutes les Républiques échappées à son joug. C’étaient ces germes de discorde que Canning avait su reconnaître et développer. Sa diplomatie avait ruiné le Congrès de Panama: écoutée à Washington, à Rio-de-Janeiro, à Montevideo, parce qu’elle flattait les aspirations des peuples et des gouvernements, elle précisa les rivalités et les haines qui les divisaient. Intervention pacifique et adroite qui valait mieux que l’intervention brutale recommandée par la Sainte-Alliance de 1818 à 1826. L’exemple de l’Espagne aurait pu instruire l’Europe: là où elle avait opposé aux blancs les gens de couleur, exploité les haines de races, sa domination n’avait pas été détruite. Elle disparut pour jamais, quand ses violences eurent réuni tous ses sujets dans les camps de Saint-Martin et de Bolivar. Si la Sainte-Alliance avait réussi à déterminer une croisade européenne contre l’Amérique, Bolivar fût devenu à Panama le champion accepté par tous d’une croisade contre l’Europe. Les violences, que Canning réussit à prévenir, auraient certainement causé la ruine de toutes les puissances coloniales au delà de l’Atlantique. C’est en ce sens que peu de temps avant sa mort celui-ci pouvait s’applaudir avec raison d’avoir rétabli l’équilibre entre l’ancien monde et le nouveau. Le triomphe de sa politique était une belle victoire, non seulement pour l’Angleterre, mais pour l’Europe.
CANNING: L’ANGLETERRE ET LA QUESTION DE LA MÉDITERRANÉE
Dans une conversation qu’il eut peu de temps après son arrivée à Londres avec Canning, Polignac rapporte que le ministre eut dès cette époque «l’idée de jouer un nouveau rôle en Orient». L’Angleterre repoussait les moyens proposés par Metternich pour détourner sur l’Amérique la fièvre de guerre et de conquêtes encouragée par les ministres de France et de Russie: il fallait qu’elle en trouvât d’autres pour préserver les Balkans. Elle ne tenait pas moins que l’Autriche à la durée de l’empire ottoman; elle préférait son intégrité à l’établissement des Français dans la Méditerranée ou des Russes à Constantinople.
Or, jamais l’opinion française ne s’était plus fortement prononcée qu’en 1823 en faveur des Grecs. Le réveil militaire de la nation, les succès de la royauté, la politique de Chateaubriand encourageaient ces manifestations philhellènes. De toutes parts, des comités s’organisaient pour envoyer aux insurgés de l’argent, des armes, des munitions. Des volontaires s’enrôlaient. Un Français négociait un emprunt à Paris pour la république grecque. Le marquis de Noailles, à la Chambre, sollicitait Louis XVIII de lui venir en aide, réclamait la croisade contre les musulmans. Le parti libéral exigeait l’intervention au nom du droit.
Au même moment les puissances européennes étaient convoquées à Saint-Pétersbourg par le tsar Alexandre Ier pour donner leur adhésion au plan qu’il avait formé de constituer trois nouvelles provinces sous son protectorat sur les rivages de la mer Égée.
Cette double conquête, par mer et par terre, semblait enfin préparée, fatalement amenée par l’action intérieure et extérieure de la nation hellène. La dispute personnelle qui s’était élevée entre le représentant des Klephtes, Kolokotronis et le chef des constitutionnels, Mavrocordato, divisait tous les Grecs. A l’heure du péril, les hommes et les partis s’étaient unis. Le péril passé, ils ne s’entendaient plus sur la forme du gouvernement: les uns, incapables de se plier aux habitudes légales, à demi sauvages, favorisaient les dictatures militaires; les autres, plus civilisés, invoquaient les libertés de la Grèce antique. Kolokotronis chassait de Nauplie l’assemblée qui, réfugiée à Astro (mars 1823), le condamnait solennellement. Le vieux général espérait avec le concours du pouvoir exécutif triompher du Sénat. Il tenta contre lui un coup d’État le 15 décembre. Les constitutionnels échappèrent, s’enfuirent à Kranidi; appuyés sur les îles d’Hydra, de Spezzia, dont la richesse et la marine étaient considérables, ils reprirent la lutte. Kolokotronis et ses lieutenants gardèrent les places fortes de terre ferme, Nauplie, l’Acrocorinthe, Tripolitza, Athènes. La guerre civile déchirait la Grèce. Et c’était l’heure, où les flottes de Méhémet-Ali, occupant la Crète (septembre 1893), se disposaient à débarquer en Morée une armée de vingt mille hommes, une artillerie puissante. En cet état, les patriotes hellènes, dans les deux camps, plus que jamais recouraient à l’Europe, lui demandaient son arbitrage et son appui. Une négociation s’ébaucha entre Mavrocordato et la famille d’Orléans pour transformer la République en une monarchie protégée par la France, appuyée sur ses finances et sur ses armées.
L’intervention de la France dans la mer Égée n’était pas moins fâcheuse pour l’Angleterre que celle des Russes dans les Balkans pour l’Autriche. Et cependant Canning, en rejetant la note espagnole d’Ofalia (décembre 1823), imaginée par Metternich comme une dernière tentative de diversion au delà de l’Atlantique, s’était lui-même obligé à trouver d’autres remèdes. «La politique anglaise ne représente plus rien du tout, écrivait Metternich le 23 janvier 1824. L’incertitude et le néant ne constituent pas la politique.» Il ne suffisait pas, en effet, que l’Angleterre refusât de prendre part aux conférences de Saint-Pétersbourg et blâmât les projets de la Russie, pour les empêcher. Metternich avait du moins trouvé une diversion: puisqu’elle n’était pas du goût de Canning, à lui, d’après son langage même, «de prendre la queue de la poële» et de faire mieux.
L’histoire a dit de lui qu’il avait été un opportuniste de génie. Elle ne l’a jugé que par son rôle dans les affaires d’Orient, où les intérêts généraux de l’Angleterre et sa façon de les servir ne comportaient pas d’autre méthode.
Les Anglais, dans les conflits qui pouvaient ruiner l’empire ottoman, ou détruire les espérances de la Grèce, n’avaient point à prendre parti. «Cette guerre ne nous regarde pas», disait, le 1er décembre 1824 encore, Canning au gouvernement de Nauplie, qui sollicitait son appui. Liée à la Porte par des relations amicales et des traités, intéressée à sa durée, la Grande-Bretagne lui devait, comme l’Autriche, au moins la neutralité, si elle ne souhaitait pas sa victoire. Cela eût été, de la part de Canning, conforme à ses déclarations de non-intervention.
Mais alors c’était laisser le champ libre à l’intervention, aux ambitions de la Russie et de la France, leur livrer la Turquie abattue, la Grèce reconnaissante. Les événements pendant l’année 1824 se précipitèrent en ce sens: après d’épouvantables massacres dans l’île d’Ypsara et une attaque inutile contre Samos, la flotte turque du Capitan-Pacha joignit l’escadre égyptienne (septembre 1824). Il semblait que devant ce nouvel ennemi les Grecs eux-mêmes perdissent courage. Leur désespoir, leurs misères et les cruautés de leurs adversaires appelaient les sympathies de l’Europe. Déjà au mois de juin 1824 la Russie faisait accepter à l’Europe, comme une nécessité, l’intervention des puissances en faveur des Grecs. La forme de la coopération n’était pas encore fixée: mais pour que Metternich en admît le principe, il fallait que l’opinion publique se fût fortement prononcée en Russie surtout et en France contre les Ottomans. D’un jour à l’autre le duc de Nemours pouvait être appelé au trône de Grèce.
Canning dut alors chercher le moyen de prévenir cette intervention, en intervenant lui-même, mais le moins possible. Il laissa les comités philhellènes se développer à Londres, envoyer de l’argent et des volontaires en Grèce. Au mois d’octobre 1824 enfin, il formula son plan. «Le moment était venu, déclara-t-il, d’imposer aux belligérants des conditions de paix acceptables pour tous deux; le maintien de la souveraineté ottomane, modifiée de façon à procurer aux Grecs une indépendance relative.» Limiter à la fois le pouvoir des Turcs et la liberté des Grecs, en les proclamant également, tel fut l’expédient que Canning proposa à l’Europe pour terminer le conflit, pour prévenir surtout le démembrement de l’empire ottoman par la Russie et par la France. Il refusa de discuter le projet russe à Saint-Pétersbourg; les colères du tsar ne l’effrayaient pas: il ne voulait pas d’un congrès qui permettrait l’action de la Russie. Il offrit une intervention diplomatique, une médiation dont la base serait la proclamation de la liberté grecque. Son plan était alors «d’accorder aux Grecs le bénéfice de l’émancipation pour empêcher les Russes ou la France d’établir leur protectorat».
Ce plan devait séduire Metternich: n’était-ce pas son désir et son œuvre d’écarter ainsi, depuis dix années, la Russie des Balkans, d’y maintenir la paix? A son tour, il proposa, le 15 janvier 1825, de négocier avec la Porte pour lui faire admettre l’indépendance des Grecs, sinon comme un droit, du moins comme une mesure de fait. «Les cabinets, disait-il, seront peut-être surpris de nous entendre énoncer cette idée.» A coup sûr ce n’était plus le langage du chancelier à Vérone: «Les Grecs n’étaient donc plus des insurgés, comme ceux d’Espagne et d’Italie, ils étaient une nation soupirant après l’indépendance politique.» Metternich ne se trompait pas en prévoyant que cet hommage rendu aux droits des nations par l’Autriche provoquerait en Europe quelque surprise.
A Saint-Pétersbourg, ce fut de la colère: «Une idée pareille naître sur le sol autrichien! s’écria Alexandre Ier, et la voir admise par un cabinet qui s’était de tout temps déclaré le défenseur des principes, l’ennemi des révolutions.» A cet arrangement, il reconnut l’influence de l’Angleterre. «MM. de Metternich et Canning, disait-il à notre envoyé, ne peuvent se souffrir. C’est affaire d’inimitié personnelle. Il n’y a pas d’inconvénients à ce qu’ils disent du mal l’un de l’autre, cela n’ira pas loin.» Au fond, il les voyait d’accord et résolus à substituer une médiation pacifique à son intervention, à émanciper les Grecs, pour l’empêcher de régler l’affaire à son profit.
A leur entente, le tsar opposa ce qui faisait sa force, les engagements de la Sainte-Alliance. L’Autriche pouvait-elle oublier ce qu’elle devait à cette alliance en Italie, en Allemagne, Carlsbad, Laybach et Vérone? Le 12 janvier 1825, il saisit ses alliés infidèles d’une demande formelle d’intervention dans les Balkans: il avait droit à des mesures coercitives analogues à celles qu’il avait lui-même permises dans les autres péninsules.
L’embarras de Metternich, en effet, fut alors très grand. L’heure paraissait venue d’acquitter une dette solennellement contractée, de régler le compte des belles paroles et des promesses prodiguées à la Russie. «Nous soutiendrons, disait-il, la cause de la Russie avec une correction aussi active qu’entière.» C’étaient là encore des mots: le tsar lui demandait des actes. Déterminé à un refus, Metternich imagina d’y associer la France. Dans les Congrès, la chose lui avait plus d’une fois réussi. Sa femme était malade, mourante, en traitement à Paris. Sous prétexte d’aller lui fermer les yeux, le chancelier s’en fut passer un mois en France. Il trouva Villèle, Charles X et son nouveau ministre des affaires étrangères, le baron de Damas, disposés à l’entendre: «des éponges avides d’absorber ses idées.» L’influence de Pozzo di Borgo, ce grand agent de l’alliance franco-russe, n’existait plus: «La France sera, écrivait-il, dans l’affaire d’Orient, entièrement avec nous.» Ordre fut donné en effet conjointement par Charles X, par François d’Autriche à leurs plénipotentiaires aux conférences de Saint-Pétersbourg, enfin ouvertes (février–avril 1825), de repousser toute idée de coercition, de refuser en un mot l’intervention de la Russie. Canning ne pouvait désirer mieux. Au moment critique, la Sainte-Alliance faisait banqueroute à l’empereur Alexandre. Elle avait donné l’Italie et l’Allemagne à Metternich, l’Espagne à la France: elle refusait les Balkans à la Russie.
Après dix ans de négociations et d’efforts, Alexandre Ier se trouvait plus isolé encore qu’au congrès de Vienne. Après un dernier appel à la bonne volonté de ses alliés sur lesquels il ne comptait plus, il rompit et laissa là le 17 avril 1825 les conférences de Saint-Pétersbourg. Le 20 mai, l’Autriche et la France officiellement lui refusaient le droit de régler, par la voie des armes, la question d’Orient. On conçoit que la déception du tsar fut profonde et ses réflexions plutôt tristes: «Il avait entrevu la vérité», constaté comme Metternich l’avait joué par des promesses qui n’étaient que mensonges. Le chancelier avait bien essayé encore de lui offrir une de ces satisfactions qui ne lui avaient jamais rien coûté: un effort commun de l’Europe pour conserver au roi d’Espagne les îles des Antilles, les seules de ses colonies qui ne fussent pas désormais perdues, une intervention à Cuba, à défaut d’une action dans les Balkans. Mais il avait trouvé Villèle, le 28 mars, aussi résolument opposé à l’une qu’à l’autre. Il ne lui resta qu’à constater «qu’on était très monté contre l’Autriche à Saint-Pétersbourg».
Était-il surprenant qu’après tant de sacrifices à ses alliés, le tsar ne se consolât pas «d’avoir manqué l’affaire», comme le disait son chancelier Nesselrode? Un instant, le dépit, la colère semblèrent pousser Alexandre Ier aux mesures extrêmes. Pozzo di Borgo, après Capo d’Istria, lui conseillait, le 16 octobre 1825, de mettre à l’Autriche le marché à la main, de commencer, avec elle ou contre elle, la guerre dans les Principautés. Après Capo d’Istria, Pozzo fut sacrifié au dessein permanent de son maître de n’engager l’affaire d’Orient qu’avec la complicité ou l’abstention forcée de l’Europe. Alexandre Ier se résignait à sa défaite: il s’en alla tristement contempler les rivages de cette mer Noire où sa grand’mère, inspiratrice de sa politique, avait conduit les Russes, qu’il avait, avec Napoléon d’abord, puis contre lui et avec ses vainqueurs, espéré couvrir de ses flottes et de ses armées jusqu’à Constantinople. Il succombait le 1er décembre à la ruine de ses espérances: «Mes nerfs, disait-il avant sa mort, sont dans un désordre épouvantable. Ah! j’ai sujet dans les temps actuels d’être bien malade.»
Un de ses derniers actes avait été d’envoyer son ministre à Londres (24 octobre 1825), le comte Lieven, exprimer à Canning le désir qu’il se chargeât désormais des affaires d’Orient. Réduit à l’impuissance par la trahison de la France et de l’Autriche et pourtant pressé par son peuple de secourir les Grecs, le tsar ne voyait plus de ressource que d’accepter le projet anglais d’une intervention diplomatique réclamée par tous les peuples chrétiens. Ibrahim-Pacha, malgré les exploits de Canaris et de Miaoulis, arrachait aux Grecs la Morée, et l’occupait avec des renforts incessamment renouvelés. Reschid-Pacha s’acharnait contre Missolonghi dont la possession devait lui donner la Grèce continentale (1825). Si l’Europe tardait, sourde aux appels des Grecs et des philhellènes chaque jour plus nombreux et plus éloquents, les gouvernements s’exposaient aux reproches redoutables du public. «Les désastres de l’Hellade seraient nos désastres», s’écriaient le général Foy et Chateaubriand, libéraux ou royalistes à la tribune de la Chambre. Pour les satisfaire, le prince de Polignac pria Canning à son tour, comme l’ambassadeur russe, de prendre l’affaire en mains. L’envoyé d’Autriche faisait de même. «Un membre après l’autre de la Sainte-Alliance venait lui déclarer, écrivait-il alors à lord Granville, que l’Angleterre seule pouvait les tirer de ces difficultés.» Son triomphe aurait été plus grand encore, s’il avait pu lire cette confidence contemporaine de Metternich (8 novembre 1825): «Le dénouement de la question grecque n’est plus à Pétersbourg ou à Constantinople: il est à Londres.»
Ce fut alors la grande époque du ministère de Canning: les torys qui l’avaient combattu, le roi, son principal ennemi, avaient désarmé devant son génie auquel l’Angleterre tout entière rendait hommage. Son autorité rappelait celle de Pitt: elle était assez grande pour lui permettre de reprendre entre l’Irlande catholique et les protestants l’œuvre de pacification religieuse et nationale où ce grand ministre avait échoué, l’émancipation des catholiques (mars 1826). On était prêt à accepter comme un acte de bonne politique l’effort de l’homme d’État qui avait sauvegardé et fortifié la situation de la nation dans le Nouveau-Monde. En Orient on s’attendait à le voir de même concilier les sympathies religieuses et libérales de l’Angleterre pour le peuple grec avec ses intérêts dans la mer Égée. C’était là cependant la partie la plus délicate de son œuvre: point de système qui fût bon à servir Grecs et Turcs à la fois. Canning dut s’en tenir à une politique de médiation et d’expédients qui, au milieu de ses succès, lui ménageait bien des déceptions.
A l’entendre, le départ de son cousin Stratford-Canning pour l’Orient «allait y créer une époque toute nouvelle». C’était la première fois, depuis la révolte de 1821, qu’un diplomate européen venait trouver les Grecs et leur offrir de plaider leur cause: mais la grande nouveauté eût été qu’à la veille d’écraser les chrétiens avec l’aide de l’Égypte, le Sultan à la prière de l’Angleterre leur pardonnât. C’était cette prière que Stratford-Canning allait porter à ses pieds: pour fléchir la Turquie et lui faciliter le pardon, il avait obtenu en passant par Nauplie que la Grèce se contentât de la Morée, des îles et d’une indépendance de fait qui laisserait subsister la suzeraineté de la Porte. Ainsi les Grecs eussent été affranchis, et l’intégrité de la Turquie en droit maintenue. Mais il fallait convaincre le Divan: Canning eût manqué de prévoyance, s’il n’avait compté que sur l’éloquence de son cousin. Entre États, les meilleurs arguments sont, le plus souvent, la force. L’Angleterre avait interdit à la Russie de s’en servir: ne pouvait-elle pas faire craindre aux Turcs qu’on l’emploierait, et joindre la menace aux conseils? Par l’intervention russe qu’on avait évitée ne réussirait-elle pas à appuyer, à faire accepter une intervention diplomatique, honorable, avantageuse pour les Anglais? Canning le pensa et s’y employa.
Tandis que son parent allait à Constantinople et en Grèce tenter le principal effort, Strangford, à Saint-Pétersbourg où on l’envoya, fut chargé de lui procurer les arguments, les menaces nécessaires. Ancien ambassadeur à Constantinople, il y avait travaillé pour la Sainte-Alliance. Sa présence devait être agréable à Alexandre Ier. Nul n’avait plus d’autorité pour invoquer encore les principes conservateurs de la Sainte-Alliance européenne, pour faire entendre en Russie des paroles qui feraient à Constantinople un effet salutaire: Canning lui avait bien recommandé d’ailleurs d’obtenir à tout prix le rétablissement définitif des relations entre la Turquie et le tsar, le retour d’un ambassadeur russe auprès du Divan, M. de Ribeaupierre. La paix assurée, on pourrait sans danger menacer la Porte d’une guerre européenne si elle ne cédait point. Déjà même Canning prenait ses dispositions avec l’amirauté pour envoyer dans la Méditerranée une flotte anglaise, russe, française: autant de moyens secondaires, mais efficaces, de persuader les Turcs que l’Angleterre avait la volonté d’être écoutée.
La mort d’Alexandre Ier ne modifia rien à ce plan général. Wellington reçut la mission d’aller (février 1826) féliciter de son avènement le nouveau tsar Nicolas Ier. Ce choix était un dernier calcul de Canning. «Il y a un an, dit-il, il ne m’aurait nullement convenu. Mais aujourd’hui que j’espère sauver la Grèce par le seul effort du nom russe sur la Porte, j’envoie le duc de Wellington. Je n’ai pas peur que l’autocrate lui mette en tête le rêve d’une nouvelle Sainte-Alliance.» La présence à Saint-Pétersbourg de l’homme d’État anglais qui pour toute l’Europe représentait les principes de 1815, la complaisance de l’Angleterre aux desseins de l’Autriche et du tsar n’étaient encore qu’une nouvelle mesure d’intimidation à l’adresse des Turcs.
Telle fut la série d’expédients, ils ne méritent pas d’autre nom, que Canning avait imaginés au début de 1826, pour faire accepter aux belligérants sa médiation. «Depuis le jour, disait justement un de nos diplomates, où Canning a senti la nécessité de se mêler aux affaires d’Orient, embarrassé par son principe de non-intervention, il a cherché et cru trouver des combinaisons pour violer ce principe en lui conservant sa valeur.» Comment secourir les Grecs sans intervenir, et comment intervenir, sans violer le principe de non-intervention qui formait la garantie précieuse de l’intégrité de l’empire ottoman? Le moyen qu’avait imaginé le ministre anglais ressemblait fort aux procédés de Metternich, contradictoires comme les siens: même système, depuis 1818, d’intervention en Italie, en Espagne ou en Grèce, sauf en Turquie. Même coquetterie avec le tsar pour s’en servir comme d’un instrument de menace à l’égard des Allemands ou des Grecs. Même danger de jouer avec les ambitions d’une puissance fortement attachée à la poursuite de ses desseins séculaires, d’ouvrir les digues d’un torrent avec l’espoir de le contenir et de le diriger.
Canning ne tarda pas à en faire l’expérience: le nouveau tsar à qui s’adressaient ses coquetteries avait besoin de prouver sa force et de conquérir l’affection de ses sujets. Troisième fils de Paul Ier, il était monté sur le trône à la place de son frère aîné, le grand-duc Constantin (24 décembre 1825). Quoique pendant un mois les deux frères eussent paru rivaliser de désintéressement et refusé à tour de rôle la couronne, ce changement dans l’ordre de succession, cet interrègne avaient ébranlé l’autorité souveraine. Une révolte militaire qui paraît avoir eu son origine dans un effort des Polonais pour retrouver quelque liberté dans une réconciliation des Slaves vainqueurs et vaincus sous le sceptre de Constantin, leur gouverneur, éclata le 26 décembre et ne fut réprimée que par la force. Occuper les Russes par la guerre, les séduire par des conquêtes, que l’Europe les permît ou ne les permît point, telle devait être la pensée d’un souverain jeune, belliqueux de tempérament et par politique. Nicolas ne cacha pas qu’il blâmait les hésitations de son frère. Tout ou rien paraissait avoir été la devise d’Alexandre Ier, et rien le résultat de sa longue et stérile activité. Nicolas Ier était prêt à faire une part à toutes les ambitions pour satisfaire les siennes. Il le dit à Wellington dès le premier jour: «La Turquie était atteinte d’une maladie incurable.» Au premier jour, il donnait la formule de son règne, toute différente de celle de son père, le fameux programme de l’homme malade, dont il appelait les forts «à se partager l’héritage». A Catherine II, la grande impératrice encore, il empruntait son système, la leçon du partage de la Pologne, au lieu de la méthode qu’Alexandre Ier avait cru bon de pratiquer comme elle, pour acquérir l’Orient tout entier en écartant, en divisant l’Europe.
Le tsar déclara donc qu’il entendait régler seul sa querelle avec les Turcs, laissant bien volontiers à l’Angleterre le soin de régler la querelle des Grecs avec la Porte. Le 24 mars, il adressait à Constantinople un ultimatum: «après cinq années d’une longanimité sans exemple», la Russie réclamait que l’indépendance des provinces roumaines et de la Serbie fût proclamée dans les six semaines. Elle ne disait pas un mot des Grecs. Ces déclarations et le silence de Nicolas Ier indiquaient nettement les conditions du partage qu’il offrait. Libre aux Anglais de choisir: il n’attendait pas leur réponse pour se nantir. Il n’entendait pas jouer le rôle que lui réservait Canning d’un instrument que l’Angleterre saurait rejeter, comme Metternich avait fait de son frère, d’un épouvantail inerte.
Cette attitude résolue déconcerta tous les plans de Canning. Que devenait la trame ingénieusement tissée de ses expédients? Et le maintien de l’empire ottoman, «de cette puissance malade, répliquait Wellington, depuis quatre siècles, dont il fallait ménager les maladies longtemps encore»? Et la paix en Orient, ce principe fondamental de la politique anglaise? Des hommes d’État précis et pratiques ne pouvaient se prendre à ces rêves d’un partage fatal à Napoléon, impossible: «Il faudrait deux Constantinople», disait Wellington. Le dépit de Canning s’exprima dans des notes violentes qu’il adressa et dicta au Times, le 6 et le 8 avril 1826, sur l’ambition des Russes. A quoi bon? Sa politique le condamnait à accepter ce qu’il ne pouvait empêcher. Devant toute l’Europe, devant l’Angleterre, il avait assumé la tâche périlleuse et l’honneur de régler l’affaire d’Orient, de protéger les Grecs et la paix. Rompre avec la Russie, c’était décliner sa mission, avouer son impuissance. «Il fallait sauver la médiation.» Le 4 avril, Wellington signait avec Nesselrode un projet que l’ambassadeur russe avait élaboré à Londres et apporté au tsar, le premier acte européen qui reconnut dans la Grèce nouvelle une nation.
Ce protocole, en apparence, était le triomphe de Canning: liberté pour la Grèce de se gouverner à sa guise, de pratiquer sa religion, de commercer, sollicitée de la Porte par l’Angleterre et la Russie unies, garantie dans l’avenir par l’Europe,--maintien de la souveraineté turque précisée par ces termes de l’article 1er: «La Grèce est une dépendance de l’Empire» et par le paiement d’un tribut annuel. Il ne restait qu’à obtenir l’aveu de la Porte: et tout était fini.
Mais à quel prix, en réalité! Le protocole ne le disait pas: l’Angleterre donnait son adhésion secrète à l’ultimatum du tsar. Ce qu’elle acceptait ainsi, c’était l’établissement d’un protectorat russe en Moldavie, en Serbie, le fait considérable et grave d’un démembrement de la Turquie. Aux armes de Nicolas Ier, si les Turcs résistaient, elle s’était engagée à ne rien opposer. Et de l’incendie que la guerre risquait d’allumer en Orient, elle ne pourrait sauver que la partie de l’empire abandonnée aux Grecs. Le protocole, à l’article 5, portait cette clause redoutable: «Quels que soient les rapports de Sa Majesté Russe et du gouvernement turc, les puissances contractantes s’engagent à considérer le présent arrangement comme la base de la réconciliation entre la Porte et les Grecs, opérée par elles de concert, ou séparément.» Pour obtenir cette garantie essentielle en faveur de la Grèce, et l’arracher aux Russes, Canning se résignait au programme de Nicolas Ier contre la Turquie. «Le fait est, disait alors le ministère français (26 avril), qu’il a cédé à une nécessité que nous lui avions signalée. Il cache la concession sous la forme d’un arrangement spécial.» La concession était grave: du partage de la Pologne, l’Angleterre venait au partage de l’Empire turc malgré elle, et contrairement à ses intérêts. En Orient, comme en Amérique, l’action de Canning marquait une époque nouvelle, suivant les paroles de Metternich: «une ligne tirée entre le passé et l’avenir.» Au delà de l’Atlantique, le règlement pacifique avantageux pour la Grande-Bretagne et l’Europe de la crise américaine. Dans les Balkans, la porte ouverte aux ambitions de la Russie, le partage de la Turquie admis sinon en droit, du moins en fait, le point de départ de crises perpétuelles, menaçantes pour la sécurité de toute l’Europe.
Réduit à une politique d’expédients, Canning comptait du moins sur la fertilité de son génie pour atténuer les conséquences de ce système dangereux. Il crut y réussir, en prévenant la guerre des Turcs et des Russes. Sur ses instances, appuyées par les conseils de l’Autriche, le Divan accepta le 14 mai l’ultimatum russe, et nomma des plénipotentiaires pour régler à Ackerman sa querelle, sans guerre, avec Nicolas Ier. Les concessions que fit Mahmoud à la Russie n’étaient cependant pas désintéressées: très sagement, le Sultan avait calculé qu’il ne pouvait abattre la Grèce s’il provoquait la Russie. De jour en jour, il avait attendu la nouvelle de la prise de Missolonghi, cernée par les armées et les flottes de Reschid et d’Ibrahim-Pacha. Elle lui parvint au début de mai: la ruine des Grecs, prochaine, presque certaine, valait bien les sacrifices que le Sultan avait résolu de faire à la Russie. Le traité d’Ackerman (7 octobre 1826) confirma ces sacrifices, livra les principautés roumaines, et la Serbie au tsar. C’était du moins la paix souhaitée par Canning; ce n’était pas, comme il l’avait espéré, la fin de ses embarras. Libre de tourner toutes ses forces contre les Grecs, le Sultan Mahmoud était bien résolu à ne rien leur abandonner. Après six mois d’efforts, la médiation anglaise était, à la fin de juillet 1826, aussi mal reçue des Turcs qu’en janvier. La crainte du nom russe, le grand moyen sur lequel Canning avait spéculé, au lieu de servir sa diplomatie, n’avait fait en définitive que procurer à la Russie de gros bénéfices.
Le moment arrivait où il allait se trouver pris dans ses propres filets, et, d’expédient en expédient, conduit à ce qu’il avait voulu éviter: au renversement de tout son système, à une défaite. Au mois de septembre 1826, l’ambassadeur russe Lieven lui demanda d’employer contre les Turcs, en faveur des Grecs, la violence et la force, ces mesures coercitives que toujours l’Angleterre avait repoussées. Comment les lui refuser désormais, après le protocole du 4 avril que Nicolas Ier avait eu soin de publier? Quel rôle ridicule, odieux pour le gouvernement anglais, si après avoir pris en main officiellement la cause des Grecs, il se déclarait impuissant à la soutenir contre les Turcs! Et quel résultat pour ses intérêts qu’une guerre en Orient, une intervention russe, provoquée, sanctionnée par ses propres actes?
En face de cette dernière difficulté, inévitable, Canning eut recours à un moyen suprême, une entente avec la France qui lui permît du moins de limiter l’intervention russe à de simples menaces collectives contre la Porte. Il dépensa dans cette négociation décisive toutes les ressources de son génie. Introduire la France en Grèce n’était pas une mesure à prendre sans les réserves nécessaires. N’y resterait-elle pas, sous le nom du duc de Nemours, proposé par les philhellènes, par Fabvier et Roche à l’assemblée de Mégare (avril 1825), acclamé par les Grecs, recommandé par Charles X et par Villèle (avril 1826)? Wellington avait refusé d’admettre les Français à la convention de Saint-Pétersbourg. Canning espérait contenir leurs ambitions, et s’en servir pour enchaîner celles de la Russie. Le 10 août 1826, les ambassadeurs russes et anglais à Paris, Pozzo di Borgo et Granville invitèrent le ministère Villèle à souscrire à l’acte du 4 avril.
Le procédé de Canning eût été bon, si l’occasion avait été propice à une entente avec la France. Or, de même que la querelle du Brésil et du Portugal avait troublé l’accord prêt à se conclure de Canning et de Villèle sur les questions américaines, une nouvelle querelle sur les mêmes lieux semblait le rendre encore en 1826 impossible. Au mois de mars 1826, le roi de Portugal Jean VI était mort. Cette mort faillit remettre en question tout ce que Canning avait tenté pour régler les nouveaux rapports du Portugal et du Brésil. Si Don Pedro, le fils aîné, réclamait ses droits et les faisait reconnaître à Lisbonne, ne serait-ce pas la réunion du Brésil à la métropole, l’occasion de nouveaux troubles en Amérique? Si son frère Don Miguel prenait la couronne, son nom, son caractère, ses relations avec la cour d’Espagne provoqueraient les libéraux du Portugal à réclamer le retour de Don Pedro: des deux côtés, c’était la guerre civile au Brésil, au Portugal, un conflit certain entre les deux pays. L’Angleterre avait prévu et essayé de résoudre le dilemme. Ses diplomates à Rio de Janeiro et à Lisbonne, Court et sir Ch. Stuart imaginèrent et combinèrent un accommodement: Don Pedro renonçait au Portugal en faveur de sa fille aînée, Maria da Gloria, née en 1819, dont la régence serait confiée à sa tante Isabelle. Il donnait en même temps une charte aux Portugais et la promesse à Don Miguel d’épouser sa fille, quand elle serait nubile et majeure (2 mai 1826).
Cette attente de huit ans, ce rôle de prince consort présentés à Don Miguel, ne devaient guère lui plaire. Mais l’arrangement déplut surtout à la reine douairière qui avait déjà conspiré contre son mari vivant, et prétendait au moins gouverner à sa mort le Portugal. Elle comptait surtout sur l’appui de son frère Ferdinand VII. C’était en somme une querelle de famille qui n’aurait pas eu de suite, si, de son chef, le marquis de Moustiers, représentant de la France à Madrid, n’y avait pas vu l’occasion de reprendre sur l’Angleterre une revanche de la défaite subie par son ami Hyde de Neuville. Don Miguel avait fini par consentir au pacte matrimonial qui lui promettait une couronne. Mais sa mère et Ferdinand VII excités, encouragés par Moustiers, tenaient tête et contestaient la légitimité de la Régence. «Il faut montrer les dents à ces Anglais», écrivait notre envoyé à Villèle. «Que l’Angleterre soit née géant, s’écriait Chateaubriand à la Chambre, je ne lui dispute point la taille qu’elle se donne, mais ce géant ne fait aucune frayeur à la Chambre.»
De telles paroles et de tels actes n’étaient pas faits pour disposer le cabinet français, s’il redoutait les colères des patriotes royalistes, à une entente avec Canning: celui-ci eut cependant l’art de l’obtenir. Le ministre des affaires étrangères, le baron de Damas, était un militaire qui n’entendait pas grand’chose à ces problèmes délicats, et de nature d’ailleurs assez indifférent. «Ici, écrivait un de ses agents, on n’est ému de rien. On va sans méthode. M. de Damas n’y est que de la main. Il est guidé par des influences subalternes.» Un jour, ces influences le portaient (8 juillet 1826) à proposer au roi une intervention énergique de la station navale du Levant en Grèce, la guerre sans délai. Le lendemain, Villèle disposait de lui, comme d’un agent soumis, pour recommander la paix. Et Villèle croyait bien faire de se concerter avec l’Angleterre pour maintenir la France et l’Europe à l’abri de toutes complications.
Canning vint le trouver à Paris et négocia tout un long mois (18 septembre–20 octobre). La France désavoua son ambassadeur à Madrid et bientôt le rappela comme elle avait fait d’Hyde de Neuville, laissant aux Anglais le soin de mettre Ferdinand VII à la raison, ce qu’ils firent en débarquant (décembre 1826) dix mille soldats à Lisbonne. Charles X promit à Canning de ne pas laisser écraser les Grecs, ni toucher cependant à l’intégrité de la Porte. Villèle ne demandait qu’une concession de forme: pour ménager l’amour-propre des Français, il souhaitait ne pas donner son adhésion au protocole du 4 avril, comme le ministre d’une puissance secondaire consulté après coup. Il exigea et il obtint qu’un acte nouveau, un traité concerté entre les trois puissances parût une mesure souveraine de la royauté française en faveur des Grecs. Canning pouvait lui faire ce plaisir, en échange de celui qu’il éprouvait à l’entendre dire: «Nos démarches n’ont aucun caractère d’hostilités contre la Porte.» C’était un tout autre langage que celui du tsar Nicolas: «Si l’on veut la pacification de la Grèce, il faut des mesures énergiques» (janvier 1827).
Après tant d’efforts, Canning espérait encore que les menaces des Russes mettraient la Turquie à la raison. Et, pour contenir les Russes eux-mêmes, il comptait sur la France. Sans doute, la prise d’Athènes (juin 1827) encouragea le sultan à rejeter la médiation de l’Europe. Mais le 6 juillet 1827, les trois cours se décidèrent à publier le traité de Londres, le protocole d’avril transformé par l’adhésion et l’initiative de la France, pour imposer la paix et leurs conditions à la Porte. Canning avait raison de dire que sa politique inaugurait à Constantinople une ère nouvelle. Il l’avait fait approuver des Anglais qui le voyaient avec joie premier ministre (avril 1827). On lui savait gré d’avoir procuré à son pays, enlevé à la Russie le bénéfice de la défense des Grecs: il se flattait d’avoir réussi, sans toucher au principe essentiel de l’intégrité de l’Empire turc. Car, si l’acte du 6 juillet contenait un article secret sur les mesures coërcitives à prendre en commun pour imposer un armistice, Canning et Villèle s’accordaient depuis six mois à considérer cet acte comme un procédé diplomatique. Ce n’était pas, selon eux, une déclaration de guerre à la Porte, mais simplement une dernière menace décisive, la préface de la paix en Orient. Pour assurer cette paix, malgré les intentions différentes du tsar Nicolas, Canning comptait sur les promesses et la volonté, conforme à la sienne, du ministère français.
Il mourut le 8 août 1827, brusquement, emportant cette espérance: huit jours après, les Turcs la démentaient, en refusant de céder aux menaces de l’Europe, une fois de plus.
Deux mois après, le 20 octobre 1827, l’Europe, l’Angleterre elle-même détruisaient, à Navarin, les flottes du Sultan et du vice-roi d’Égypte. A la grande joie des Russes, la France, chargée de les contenir, avait commencé la guerre d’Orient, dans l’espoir d’une guerre plus générale encore. Le dernier expédient imaginé par Canning pour le triomphe d’un système qu’il avait dû étayer par des expédients successifs tournait contre ce système et le renversait au profit de la France et de la Russie. Il avait voulu et cherché, dans la Méditerranée comme en Amérique, une paix avantageuse à l’Angleterre. Il mourait, croyant avoir cause gagnée, à temps pour ne pas voir son échec, le succès de la nation française en Grèce, et du tsar Nicolas dans les Balkans. Metternich avait depuis le mois de mars pressenti ces résultats et savouré le plaisir d’une vengeance qui n’était pas exempte d’inquiétudes. «Voilà, écrivait-il, la crise la plus forte qu’il y ait eu dans le cours de ces dernières années. L’époque des facilités est passée pour Canning. Il se sentira bientôt affaissé sous le poids de ses prétendus succès.»
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Canning et la question d’Orient.--Aux ouvrages cités au chapitre XXII, ajoutez:
VIELCASTEL. Histoire de la Restauration, tomes XII à XV.
HYDE DE NEUVILLE. Mémoires, tomes II et III. Plon, 1892.
PROKESCH-OSTEN. Tomes IV et V.
GERVINUS. Trad. française, tome XV. La Grèce entre les mains des diplomates.
THOMAS ERSKINE HOLLAND. The European concert in the Eastern question. Oxford, 1885. (Recueil de traités et d’actes publics.)
XXV. NAVARIN ET ALGER
LA RÉVOLUTION ET LA CONQUÊTE FRANÇAISES
(1827-1830)
Le 9 novembre 1827 Charles X écrivait à Villèle son opinion sur la bataille de Navarin: «J’aimerais mieux que les Turcs eussent cédé sans combat. Je vous renvoie toutes les lettres de Rigny. Il faut faire connaître la principale, en retranchant cependant que ce sont ses avis qui ont décidé l’affaire. Nous devons agir collectivement avec les alliés.» Le roi de France déclinait la responsabilité du coup de main décisif qui engageait le conflit de l’Europe et des Turcs. L’histoire l’a fait longtemps porter à l’amiral anglais Codrington, à Canning, sans remarquer que cette attaque brutale était contraire au programme de cet homme d’État, aux intérêts de l’Angleterre, soucieuse de défendre contre la Russie l’intégrité des Ottomans.
L’aveu de Charles X, les récits de l’amiral de Rigny chargé d’imposer au sultan le traité de Londres, expliquent Navarin et en éclairent singulièrement la portée. Henri Gauthier, comte de Rigny, était un de ces officiers à qui Napoléon avait confié le soin de relever la marine française en 1809. Ancien serviteur de l’Empire, gendre du baron Louis, envoyé en 1822 à la tête de la station du Levant, il s’était vite lassé du rôle de juge de paix que la Restauration lui prescrivit entre les Grecs et les Turcs. Non pas qu’il fût très chaud philhellène: mais il s’irritait de voir les Anglais en 1826 se créer un parti et une influence dans la mer Égée. Il voulait leur reprendre «la tutelle des Hellènes, véritables enfants». Dès le mois de juin 1826, il réclamait au ministère le droit d’employer la force à faire cesser en Orient les hostilités: «Ce serait pour la France une attitude très noble.» C’était de gloire qu’il s’agissait, d’une action glorieuse à disputer aux Anglais. Le souffle de l’Empire animait l’ancien aide de camp de Bessières. Un instant le baron de Damas se laissa gagner par cet enthousiasme: on a conservé un projet d’intervention qu’il porta au Conseil le 8 juillet 1826 et que Villèle fit écarter. De Rigny ne se découragea pas: le traité de Londres qui mobilisait les escadres européennes contre les Turcs lui apporta l’espoir «d’une action navale combinée»: il la réclamait depuis le mois de septembre 1826.
Dans la pensée des diplomates cependant, cette action devait rester une action pacifique; l’amiral russe Heyden, quand il quitta Cronstadt le 10 juin, avait reçu du tsar ces instructions, il est vrai: «en cas d’opérations militaires, traiter l’ennemi à la russe.» Mais en arrivant dans les eaux du Levant, il dut se soumettre au plus ancien des amiraux, Codrington, qui réussit à le modérer. Fidèle observateur de ses instructions, l’amiral anglais s’était donné pour tâche de faire céder les Turcs sans les combattre. Il réunit les trois flottes de l’Europe autour des îles Ioniennes; et, dès le 5 septembre, il négocia avec le fils de Méhémet-Ali, Ibrahim, qui avait groupé l’escadre turque et l’escadre égyptienne dans la baie de Navarin. Il lui demandait un armistice, pour laisser à l’Europe le temps d’imposer au sultan une paix définitive.
Ces négociations, ces délais, ne faisaient pas l’affaire de Rigny: «Il n’a pas la patience, disait Codrington, qui, depuis la dernière guerre, est devenue l’attribut distinctif de la marine et qui est nécessaire à la tâche actuelle.» Les deux amiraux n’entendaient pas leur tâche de la même manière. Si, dans une entrevue qu’ils eurent avec Ibrahim le 25 septembre, Codrington traitait sérieusement de l’armistice, de Rigny, à ses côtés, sur un ton provocant, parlait d’échanger des balles et de la poudre. Ibrahim releva la provocation, et, tout en laissant ses flottes immobiles, il envoya des troupes dévaster la Morée. «Au point où en sont les choses, il n’y a plus de ménagements à garder», s’écria de Rigny, dont l’escadre mouillait à Zante (14 octobre).
La décision de l’amiral français est prise ce jour-là: «Il faut faire entrer les trois escadres dans Navarin même et, la mèche à la main, signifier aux flottes de se disloquer, ou sinon les attaquer immédiatement.» Pour sauver les Grecs, la France doit agir. Le lendemain, de Rigny soumit son projet aux amiraux, le leur fit adopter, rédigea le protocole de la conférence, l’ultimatum que les flottes combinées portèrent le 20 octobre, à l’entrée de la rade de Navarin. Deux jours avant, il avait averti Charles X, qui l’avait déjà félicité «de ne pas s’endormir et de prévenir ses désirs». Ce ne fut pas un hasard si la frégate amirale, la Sirène, reçut la première le feu de l’ennemi: Ibrahim prenait l’offensive contre la France qui l’attaquait. Les Français, au service de l’Égypte depuis le 10 octobre, avaient reçu une lettre de l’amiral de Rigny, «les invitant à ne pas combattre le drapeau national». La destruction de la flotte ottomane, le 20 octobre, ne fut donc pas un accident: c’était une déclaration de guerre préméditée, approuvée en secret par Charles X, réglée par son amiral, de la France au sultan, en faveur des Grecs. Et cette guerre allait être, à Paris, le signal d’une évolution décisive des partis et de l’opinion publique.
«Le canon de Navarin a commencé une ère nouvelle et annoncé l’avènement triomphal de l’opinion publique qui est au-dessus des trônes, étant pour la première fois véritablement reine, disposant des flottes et des canons, commandant aux amiraux.» Ce langage de Pierre Lebrun, poète pensionné par le premier Empire, libéral sous la Restauration et philhellène, parce que l’émancipation des peuples représente la liberté et la gloire tout ensemble, traduit exactement la poussée confuse des sentiments qui allaient entraîner la France vers une guerre et la Révolution.
Dans l’année 1827, on ne voit d’ordinaire, avec Vielcastel, que le triomphe du libéralisme, et Navarin s’est effacé dans la défaite du ministre Villèle battu aux élections du 17 novembre. L’effort tenté par ce ministère pour préparer la restauration de l’ancien régime, en restituant à l’Église son autorité d’autrefois, ses lois sur le sacrilège (1825) et contre la presse (1827), ses mesures en faveur des émigrés et contre les détenteurs des biens nationaux, le rétablissement déguisé du droit d’aînesse (31 janvier 1826) avaient ému la France, aussi hostile à la domination du clergé qu’à toute tentative contre les institutions de 1789.
L’impopularité de Villèle tenait encore à d’autres causes, au moins aussi profondes. Il avait oublié dans quelles conditions la France lui avait fait crédit d’un si long ministère, le plus long de la Restauration. La popularité de la royauté à la veille et au lendemain de la guerre d’Espagne, la réconciliation des Bourbons et de la nation dans une gloire commune, étaient de trop fraîche date pour n’avoir pas besoin de ménagements et d’entretien. Villèle ne le comprit pas: l’opposition le surprit sans qu’il pût se l’expliquer. «Les produits indirects augmentent. La rente monte. Jamais plus de prospérité. N’importe: demain on détrônerait le roi et l’on me poignarderait.» Il se fût moins étonné, s’il eût pris des leçons auprès de Chateaubriand. «Les opérations de finances, disait celui-ci, les associations commerciales, le mouvement industriel, bref, une société matérielle qui n’a de passions que pour la paix, qui ne veut faire de l’avenir qu’un perpétuel devenir, dans cet ordre de choses, M. de Villèle eût été roi. Mais on sentait sous ses pieds remuer dans la terre des révolutions armées qui venaient s’offrir pour des destinées extraordinaires. M. de Villèle voulait retenir cette nation au sol, l’attacher en bas: il n’en eut pas la force.»
La Révolution armée pour des destinées extraordinaires, avec le regret de l’épopée abolie et la rancune de la paix imposée en 1815, maintenue par la volonté de l’étranger et la complicité de Villèle, telles étaient, en 1827, les forces et alors les griefs de l’opposition. Le nouveau mouvement qui se dessina dans le royaume ne fut pas, comme celui de 1789, l’effet de la détresse financière de l’État monarchique. Ce n’était pas la France de Mirabeau, réclamant dans la paix le droit au bonheur et le contrôle de sa vie nationale: c’était la France du Directoire et de l’empire exigeant de la royauté et de l’Europe son droit à la gloire, le premier rang qu’elle avait un instant occupé dans le monde. Que lui parlait-on d’intérêt, quand elle rêvait victoires et propagande!
Aussi ses interprètes et ses guides alors, qu’elle écoute se défiant des politiques, ce sont les artistes, écrivains, historiens, poètes et orateurs, en communion d’idéal avec elle, qui lui donnent en attendant mieux l’illusion et l’avant-goût des révolutions glorieuses, la consolation des grandeurs évanouies. Si les maréchaux de Napoléon souffrent une insulte à l’ambassade d’Autriche, c’est Casimir Périer qui vient réclamer à la tribune «pour leurs titres gagnés dans vingt batailles». Victor Hugo lance dans le public son Ode à la colonne, témoignage retentissant de sa conversion au culte de la gloire. Sainte-Beuve est gagné à cet enthousiasme. Casimir Delavigne revient d’Italie, oubliant qu’il a flétri l’Empire après l’avoir servi, pour célébrer la Grèce héroïque et l’épopée française. Le poète d’Eloa, après la guerre d’Espagne, satisfaction insuffisante à ses rêves de gloire, quittait l’armée en 1827, las déjà d’une inaction que la poésie ne lui fit jamais accepter. Il allait écrire Chatterton, cette revanche de l’idéal sur la société matérialiste de M. de Villèle. Peut-on parler de Scribe après cela: c’était pourtant l’époque où, au Gymnase, il se faisait applaudir en choisissant des héros de l’empire comme les types de la noblesse et de la vertu. La même année, Thiers achève son histoire de la Révolution française; de Norvins paraît lui retirer l’honneur d’écrire celle de Napoléon et s’en charge, historiens dont la popularité si grande égale à peine celle de leurs rivaux en histoire, de Charlet, de Raffet. Puis la chanson, après l’image, cette chanson, dont Béranger, malgré son envie, aurait eu peine à faire une «sorte d’épopée», si la passion de l’épopée n’eût alors été dans toutes les âmes et ses souvenirs sur toutes les lèvres. «Nous venions reconnaître en lui l’esprit du temps», a dit Sainte-Beuve. De ce chœur d’artistes, avec Chateaubriand, Béranger est déjà presque le coryphée reconnu: il est le trait d’union entre la littérature et le peuple, à égale distance de l’une et de l’autre. Il résume ce qu’il y avait parmi les Français de 1827 de haine contre le parti prêtre, d’aspirations libérales, de souvenirs et de rêves de gloire surtout.
Voilà qui marque bien les différences profondes entre la Révolution prochaine et celle dont Thiers vient de redire l’histoire. Par certains côtés, Béranger rappelle Voltaire, et Chateaubriand Rousseau. Cependant ce n’est plus ni la raison ni la dialectique, c’est la poésie, c’est l’idéal, qui entraînent les Français. La politique étrangère, pacifique du ministère Villèle, les choqua autant que ses complaisances à l’intérieur pour la Congrégation. Si bien que Navarin fut à la fois un désastre des Turcs et une victoire de la nation en France sur ses ministres, une sorte de 14 juillet d’un nouveau genre, préface et signal d’une Révolution destinée à emporter la royauté si elle ne s’y associait pas. On en a plus d’un témoignage à la veille de cette journée, et après: celui du général Montholon, le rédacteur du Mémorial, qui offre à Charles X l’appui de son nom ou à Villèle, avant sa chute, son crédit sur les masses. C’est Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, qui demande en 1827 une expédition glorieuse contre Alger, «une guerre capable d’éviter, comme elle l’eût fait en 1789, la Révolution»: conseil dont le roi se souviendra, trop tard, quand la Révolution sera venue. Enfin, de tous les jugements, le plus décisif, celui de Metternich après Navarin: «Tous les partis en France se rencontrent aujourd’hui dans un même objet. Cet objet, c’est l’extension des frontières. La France se place dans la direction des conquêtes, et les mobiles qui ont lancé la République et l’Empire dans une aussi dangereuse carrière viennent se réunir dans le sentiment prédominant.» Charles X, à la fin de décembre 1827, dut renvoyer Villèle: seul des ministres déchus, celui de la marine, Chabrol, conserva son portefeuille et bientôt organisa le ministère. Il voulait y mettre Chateaubriand: le roi refusa. La Ferronays eut cette place. Avec le Dauphin et Decaux à la guerre, Martignac, pour représenter les libéraux vainqueurs, d’ailleurs fort engagé dans l’expédition d’Espagne, c’était un ministère d’action. Chabrol disposait de la politique intérieure, parce que Rigny avait déterminé à Navarin la politique étrangère (janvier 1828).
Un instant, Charles X eut l’idée d’essayer une sorte de gouvernement personnel. Il voulait appeler déjà à la présidence du conseil Polignac, «un homme tout à fait à lui avec qui il ne se gênerait pas». Le jeu pouvait être dangereux: Charles s’imaginait être très populaire; il accusait Villèle de maladresse et prétendait apprendre à ses ministres à gouverner. Bien lui en prit de ne s’être pas découvert: à la rentrée des Chambres, les rancunes se manifestèrent si fortement contre la politique précédente que Chabrol dut à son tour se retirer. Son successeur à la marine fut encore un homme d’action, de ceux qui prenaient leur mot d’ordre auprès de Chateaubriand, son ami Hyde de Neuville. Si l’écrivain, à défaut d’un ministère, avait dû se contenter de l’ambassade de Rome, il eut du moins la satisfaction de voir triompher ses idées: le cabinet Martignac libéral sans doute, très royaliste aussi, semblait investi du pouvoir pour les appliquer. La première fois que le roi et son ministre des affaires étrangères prirent la parole devant les Chambres, ils célébrèrent à l’envi Navarin, «une occasion de gloire pour nos armes». La Ferronays parla le langage qu’aurait tenu à sa place Chateaubriand: «C’était de la gloire.»
Il ajoutait: «ce n’est pas la guerre encore.»--On en était bien près cependant. L’Angleterre qui la redoutait pour la Turquie fit porter aux collègues de Canning, après sa mort, le poids de ce qu’elle considérait comme une faute et un échec. Elle reprit brusquement un ministère tory pour réparer «l’accident sinistre» auquel était venue aboutir la politique précédente, la ruine de la puissance turque. Au même moment, le tsar Nicolas réclamait à l’Europe (6 janvier 1828) le droit d’occuper les provinces roumaines, le blocus d’Alexandrie et de Constantinople, des secours pour Capo d’Istria et la Grèce, une guerre en règle à la Turquie. Le sultan Mahmoud, «pour laver l’honneur de l’Islam outragé», proclama de son côté la guerre sainte, malgré les instances de l’internonce autrichien, et l’organisa (janvier 1828). Les ambassadeurs d’Europe se retirèrent à Corfou. Le 27 avril, la Russie envoyait à la Porte sa déclaration de guerre. D’un ministre qui avait pendant six ans représenté la France à Saint-Pétersbourg, de La Ferronays, le tsar attendait le concours décisif dont Navarin semblait la préface et la promesse. L’Angleterre et l’Autriche regrettaient Navarin et déploraient ses conséquences. Les efforts de Metternich et de Canning en faveur de la paix en Orient, de l’intégrité de la Turquie semblaient condamnés. La France était l’arbitre de cette situation qu’elle avait créée. Si le ministère eût alors écouté l’appel de la Russie et les vœux de la nation qui salua avec joie son avènement, il n’avait qu’un mot à dire pour déchaîner la guerre en Europe.
Cette parole décisive, La Ferronays refusa de la prononcer. Sans doute cet homme d’État avait longtemps vécu en Russie et mérité les éloges des tsars et de leurs ministres. Mais justement ce long séjour lui avait révélé les dessous de la politique russe, ses appétits, ses exigences égoïstes. Il s’en défiait, au point que pendant toute l’année 1827 il demanda son rappel. On le lui accorda: il s’arrêta pour causer avec Metternich (septembre 1827), à Teplitz. Avant l’éclat de Navarin qui le fit ministre, La Ferronays avait ébauché là un projet d’entente avec l’Autriche pour le maintien de la paix. «Trop longtemps, disait-il alors, la Russie et Pozzo di Borgo ont gouverné la France pour le succès de leurs desseins particuliers.» il profita du pouvoir que le cabinet Martignac lui confiait pour affranchir les Français de cette tutelle. Libre au tsar de se mettre à la tête de son armée et de menacer la Porte. Libre aussi à la France de concevoir et de pratiquer une politique différente, mais conforme à ses intérêts en Orient.
Il se trouva ainsi que le successeur de Villèle, dans la direction de nos affaires étrangères, reprenait le programme dont le caractère pacifique avait fait tort à son auteur. «La politique de la France, disait Sébastiani, confident de La Ferronays à la commission de la Chambre, c’est le maintien de la paix. L’audace guerrière s’est éteinte par la réciprocité des désastres. De nouvelles luttes ont commencé sur d’autres théâtres, luttes de perfectionnement d’industrie. Aucune vue d’ambition ne tourmente cette nation naguère si puissante.» La Ferronays prenait peut-être les intérêts de la France: à coup sûr il ne comprenait, ni ne partageait ses passions. Et loin de favoriser les ambitions russes, il faisait cette déclaration: «L’agrandissement de la Russie est un danger. Il ne faut pas que d’antiques nations soient la proie de voisins avides.» Pour lui, comme pour l’Angleterre, l’intégrité de l’Empire ottoman devait, en cette crise que la France elle-même avait ouverte, lui servir de règle et de sauvegarde.
Sans expédients, La Ferronays aurait fait difficilement accepter aux Français la paix et ces principes si contraires à leurs vœux. Il y réussit par des procédés qui rappelaient ceux de Canning: à défaut d’une guerre qui aurait bouleversé l’Europe et l’Orient, il offrit à la nation l’honneur et la satisfaction d’un arbitrage glorieux. L’Angleterre dut y consentir et le faire accepter à Metternich. Elle comprit que l’avantage était trop grand d’avoir à Paris un ministre résolu à contenir les ambitions russes et les passions françaises. Cela valait bien quelque concession d’amour-propre: Wellington rappela de Lisbonne les troupes anglaises et y laissa rentrer Don Miguel, allié de Ferdinand VII, protégé du roi de France. Hyde de Neuville et les royalistes avaient leur revanche. En Orient, pour limiter l’intervention de la Russie et lui arracher la Grèce, les puissances signataires du traité de Londres rappelèrent au tsar qu’il n’avait pas le droit de régler sans elles le sort de l’Hellade. Et bientôt des conférences se rouvrirent à Londres le 15 juin 1828: la France demanda et reçut de l’Europe le mandat de protéger la Grèce contre les Turcs. Elle était le soldat du droit, tandis que «la Russie se voyait obligée de déposer dans la Méditerranée son caractère de belligérant». Point de démembrement, point de conquête en Orient, mais l’honneur pour les Français d’y faire triompher la justice et la liberté, d’y rétablir la paix. La Russie était enchaînée, et la France satisfaite.
La Ferronays du moins l’espérait. Il s’efforça de la convaincre par des discours et par des actes. «Il y a, disait-il le 14 juin, entre les prétentions exagérées de domination qui ont occasionné tant de désastres à notre patrie et l’abnégation à laquelle elle a été réduite quelque temps par les conséquences mêmes de ces désastres, une juste mesure dont il ne faut plus s’écarter, celle d’une influence modérée comme la justice, puissante comme la raison. La sagesse de nos rois, l’empire de nos mœurs, et la situation de notre pays nous assignent ce rôle. Il convient de le remplir. La prospérité de tous les États est aujourd’hui solidaire. La France en est en quelque sorte le point central et le lien commun.» Certes, il devait être agréable à des oreilles françaises d’entendre dire, douze ans après Waterloo, que la France d’abord affranchie en 1818, réintroduite en 1820 dans le concert des grandes puissances, reprenait en 1828 la direction de l’Europe, pour la liberté et pour le droit.
N’était-ce pas d’ailleurs une réalité? On vit, le 17 août 1828, un corps d’armée de quatorze mille Français, où s’étaient enrôlés des volontaires anglais, s’embarquer à Toulon pour la Morée sous le commandement du général Maison et, en deux mois, restituer à la Grèce toutes les villes du Péloponèse (octobre 1828): l’expédition de Grèce, après l’expédition d’Espagne, digne d’un ministère libéral; la révolution armée au service des nations, et cette fois investie d’un mandat formel de l’Europe.
Lorsqu’on lit pourtant à cette époque les journaux et les débats parlementaires, on reconnaît que ces satisfactions d’amour-propre ne suffirent pas à la nation. La Ferronays et ses collègues furent sans cesse sur la brèche pour se défendre contre leurs amis de la gauche. A la Chambre, dans la presse toujours le même reproche: «Martignac a repris la succession de M. de Villèle.» «Il serait de votre intérêt, lui crie Benjamin Constant, de mettre un mur d’airain entre vous et vos prédécesseurs.» «Malgré vos meilleurs sentiments il tombe sur ce cabinet, dit Bignon, un reflet triste de la conduite du cabinet précédent.» Comparer la tenue de ce ministère libéral à celle de Villèle qui au même moment conspirait contre lui avec Charles X, la critique était singulière. Elle était juste, s’il s’agissait de sa politique extérieure. Les actes, les dehors différaient: le fond demeurait le même.
Ce que l’opposition appelait une docilité excessive à l’égard des Anglais et de l’Autriche, c’était l’accord véritablement scellé entre La Ferronays, les torys et Metternich pour maintenir en Europe l’œuvre pacifique du Chancelier autrichien et de Canning en Orient. En vain, à ses contradicteurs le ministère répondait-il qu’il était glorieux pour la France d’être l’arbitre des puissances. Elle n’était leur arbitre qu’autant qu’elle les servait. On l’employait en se défiant d’elle. Le jour où fut décidée l’expédition de Morée, l’amiral Codrington s’en alla bien vite à Alexandrie et obtint de Méhémet-Ali qu’il rappelât ses troupes de Grèce (août 1828). Si bien que l’évacuation de la Morée par les Égyptiens, décidée avant l’arrivée des Français, rendait leur présence à peu près inutile. Quand le général Maison voulut affranchir l’Attique et la Grèce, pousser plus loin que l’isthme de Corinthe, les Anglais exigèrent et obtinrent son rappel (novembre 1828). La France avait armé: ses alliés, que soi-disant elle dirigeait, la forçaient à demeurer l’arme au pied.
Et, en même temps, les soldats de Nicolas Ier envahissaient les Principautés d’une part, la Caucasie et l’Arménie de l’autre. En une campagne, les Russes avaient franchi le Danube, assiégé Silistrie et Routschouk: ils étaient en juillet 1828 au pied des Balkans, devant Varna et Schoumla. Paskievitch, d’autre part, occupait Kars, Poti, Ardahan, Erzeroum et toujours victorieux marchait sur Trébizonde. Pour des Français avides de gloire et de combats, là était la vraie guerre. La Ferronays ne leur en offrait que le simulacre.
Le contraste était instructif: il suggéra aux adversaires du ministère, à ses amis de droite et de gauche des réflexions et un programme tout différents de ceux qu’il s’efforçait vainement de leur faire accepter. Au lieu de maintenir la paix en Orient, n’était-ce pas le moment de s’associer à l’entreprise de Nicolas Ier, de l’étendre à l’Europe tout entière? A la France donner le Rhin, et, pour payer les complaisances de la Prusse, lui laisser des morceaux de l’Autriche abattue, de la Saxe encore dépouillée, du Hanovre sacrifié: «Savez-vous, disait Sébastiani à Palmerston en janvier 1829, le moyen d’acquérir l’amitié des Français: la rive gauche du Rhin.» C’était le plan que de Rome Chateaubriand envoyait à ses amis de la droite et qu’il nous a conservé dans ses mémoires. «L’union de la France et de la Russie doit dicter des lois au monde.» Langage digne de Tilsitt, fait pour plaire, dans la bouche de ce royaliste, aux républicains et aux bonapartistes. «Disons au tsar: si vous voulez aller à Constantinople, entrez dans un partage équitable de la Turquie, donnez-nous l’Archipel. Les puissances qui ne seront pas placées de manière à s’agrandir (la Prusse) recevront ailleurs des dédommagements. Nous, nous voulons avoir la ligne du Rhin de Strasbourg à Cologne.» Voilà le thème national exposé à La Ferronays par l’ancien ennemi de Villèle, opposé, au nom de la France, à un ministère qui par ses efforts pacifiques semblait trahir les aspirations et sacrifier les droits de la nation. Plus d’expédients enfin; mais deux systèmes en présence: celui de la Révolution ou de l’Empire, celui de Talleyrand à Vienne; la guerre pour la conquête des frontières naturelles et les partages, ou la paix, avec l’interdiction des conquêtes étrangères et la condamnation des partages.
Par les événements d’Orient, la politique française se trouvait ramenée à refaire le choix que successivement elle avait fait de 1795 à 1826, de deux façons très opposées, avec des conséquences aussi différentes que possible. La conquête, le partage de l’Europe et de l’Orient, en dix ans avaient laissé en 1815 la France diminuée de tout ce que ses voisins avaient acquis. La renonciation de Louis XVIII aux conquêtes, son opposition à Vienne aux partages, n’avaient-ils pas du moins rendu à la France sa prospérité, son rang, des alliances, réprimé surtout des convoitises qui risquaient d’agrandir ses vainqueurs? Sacrifier les États faibles à la nécessité de s’accroître comme les plus forts, ou les sauver pour s’en faire un appui, et maintenir l’équilibre entre tous. Laisser dans la paix les nations revendiquer leurs titres et les conquérir, ou les exposer sous prétexte de progrès plus rapides aux risques de la guerre, aux violences et aux intrigues de la raison d’État. Conquérir pour ne pas déchoir, ou déchoir après avoir tenté de conquérir, telles étaient les conditions du problème que les événements de 1828 obligeaient la France à résoudre avec La Ferronays ou contre lui. Et toujours la question d’Orient dominant la politique de l’Europe, foyer d’où jaillit l’étincelle, où s’allument des convoitises impossibles à satisfaire sans un bouleversement général, et qu’un bouleversement n’éteindrait peut-être pas. Tant il est difficile de régler le sort de la Turquie sans remanier l’Europe, et de le régler même après l’avoir remaniée!
Eh bien, malgré les risques, malgré l’étendue du problème, les Français n’admettaient qu’une solution et la réclamaient, celle de Navarin, la guerre dans la Méditerranée et sur le Rhin: les libéraux surtout pour qui la Révolution et ses suites avaient créé une tradition au dehors comme au dedans. Leurs assauts contre le ministère au début de 1829 furent incessants. «Au lieu de nous allier à la Russie, nous cédons à l’Angleterre, s’écria Lamarque le 6 février, en faisant une expédition futile et incomplète.» «Le monde nous observe, poursuit Laffitte: il faut déployer, pour répondre à son attente, la vigueur que notre gloire exige.» Les royalistes applaudissaient de leur côté à ces aspirations de patriotisme. C’était à qui, dans les deux camps, se disputerait les gloires du passé et l’honneur de les restaurer.
Comme Canning était disparu dans l’effondrement de sa politique, La Ferronays succombait à la tâche. Une première crise de fatigue et de santé l’avait éloigné du ministère de juillet à octobre 1828: l’intérim fut fait par de Rayneval, élevé à l’école de cette diplomatie que son chef représentait après Talleyrand et Vergennes. Une seconde fois, en janvier 1829, La Ferronays tomba malade. Il fallut encore un intérimaire. Chateaubriand sollicita la place. «Je me chargerais encore de donner une grande gloire à la France. Mais me ferait-on table rase? Me dirait-on: soyez le maître?» Un maître, c’était précisément ce qu’il fallait le moins à Charles X, au moment où il proposait au ministère, pour le dominer, M. de Polignac, son instrument, sa créature. Le cabinet libéral ne voulait ni de l’un ni de l’autre. Charles X lui insinua par un détour le ministre qu’il avait choisi. Les affaires étrangères furent confiées par intérim à Portalis, garde des sceaux, de février à mai 1829, puis définitivement. Et comme Portalis avait en poche sa nomination de Premier à la Cour de cassation, il garda la place à M. de Polignac, qui vint enfin l’occuper au mois d’août 1829.
Ces six mois pendant lesquels la France n’eut, pour ainsi dire, pas de ministre des affaires étrangères fut pour le cabinet Martignac une crise où il devait fatalement succomber. S’il avait pu vivre après la chute du ministère Villèle, c’était par une coalition formée pour une politique d’action et de gloire entre des libéraux comme Martignac et des royalistes comme Hyde de Neuville: coalition fragile que les questions de politique intérieure, le souci de la liberté ou de la prérogative royale chaque jour compromettaient. Elle se brisa surtout, en l’absence de La Ferronays, par les hésitations de la politique étrangère.
La Russie, pendant ces six mois, procédait à la conquête de l’Empire ottoman. En octobre 1828, elle avait dû reculer devant les Turcs, fortement campés à Schoumla. Mais au début de 1829, elle avait repris vigoureusement l’offensive en Bulgarie, tandis que Paskievitch entamait, après l’Arménie, l’Asie Mineure. Les flottes russes croisaient sans obstacle de la mer Noire à la mer Égée. Le cercle se resserrait autour de Constantinople. Le 11 juin, le général Diebitsch infligea à Kulewtscha une telle défaite à l’armée de Reschid-Pacha qu’il l’obligea à fuir derrière les Balkans.
Enfin le tsar Nicolas, pour lequel la liberté des Grecs n’avait jamais été qu’un prétexte, s’arrangeait alors pour mettre la main sur l’Hellade, malgré ses promesses solennelles de n’y toucher qu’avec l’Europe. «La Russie, disait Pozzo di Borgo, doit se dégager de l’amalgame européen» (10 décembre). Capo d’Istria, serviteur docile et ambitieux de ces desseins, annonça le 28 décembre l’intention de se créer en Grèce une principauté avec le concours et pour le service du tsar: «Pas de souveraineté populaire, pas de constitution, mais un chef héréditaire dont le titre serait à choisir, et dans des familles autres que celles des monarchies qui avaient signé le traité de Londres», c’est-à-dire dans la sienne. Pour faire accepter aux Grecs, après huit ans d’efforts, cette confiscation, Capo d’Istria flattait leurs désirs d’émanciper tous les pays de population grecque. Il leur préparait une Hellade plus grande, pour la faire plus docile. Malgré les puissances, il s’attaquait à la Crète au mois d’août 1829. Ypsilanti affranchissait la Phocide, la Béotie, occupait Arta, Vonitza, Makrinoro. Les dernières places occupées par les Turcs, Missolonghi, Anatoliko se rendaient le 14 mai 1829 aux officiers de l’Hétairie. La capitulation de Pétra, près de l’Hélikon, achevait la liberté de la Grèce continentale (14 septembre 1829). Mais le moment n’était pas éloigné où cette liberté reconquise par tant d’efforts sur les Turcs, risquait, sous la présidence de Capo d’Istria, de se confondre avec un protectorat à peine déguisé de la Russie.
L’Europe assistait impuissante à ce développement de la conquête russe, la Grèce à la confiscation de son indépendance. Dans l’hiver de 1828, Metternich eût voulu arrêter le tsar par la réunion d’un Congrès. C’eût été le vœu de Wellington. Mais la France pouvait-elle se joindre à eux? «Le roi ne se prêtera jamais à une démarche collective contre le tsar.» L’opposition ne l’eût pas permis à Charles X. C’était déjà trop que la France n’entrât pas en guerre à côté des Russes, et leur laissât des conquêtes dont elle aurait pu profiter. L’Autriche en fut pour les frais de sa démarche: le tsar, qui ne l’ignora pas, lui en fit un grief, demanda à Vienne des explications sur un ton de menace provocante. Metternich fut obligé de se démentir et supplia ses alliés de Londres et de Paris de confirmer, pour le tirer d’affaire, son désaveu. On rit en Europe de cette faiblesse. Le Chancelier autrichien était à bout de mensonges; l’Europe à bout d’expédients contre le débordement de la conquête russe.
Elle fit au moins ses efforts pour dérober au tsar l’Hellade. Au mois de novembre 1828, la conférence de Londres s’y employa. Elle s’efforça d’arracher aux Turcs la reconnaissance de l’indépendance grecque. Les diplomates, pour y réussir, prirent le contrepied de la politique de Capo d’Istria. Ils ne demandèrent à la Turquie qu’une Grèce très limitée, réduite à la Morée et aux Cyclades, soumise encore à la Porte, comme les Principautés roumaines (protocole du 16 novembre 1828), bref, peu de chose, le moins possible, avec l’espoir de l’obtenir.
L’opinion publique en Europe n’eût pas compris la paix sans la liberté de la Grèce. Il s’agissait de la faire accepter aux Turcs. Le tsar et Capo d’Istria découvrirent la manœuvre. Ils la déjouèrent en forçant la conférence de Londres à demander pour les Grecs des avantages plus décisifs, l’extension de leur patrie jusqu’aux golfes d’Arta et de Volo: les conditions que l’on offrit ainsi aux Turcs n’étaient plus au mois de mars ce qu’elles avaient été en novembre (protocole du 22 mars 1829). Elles avaient donc moins de chances d’être acceptées. La médiation de l’Europe était condamnée: Capo d’Istria s’imposait aux puissances comme aux Grecs. Il négociait avec leurs ambassadeurs à Poros, les obligeait à lui réserver le principat de la Grèce affranchie qu’il continua d’agrandir par la guerre, malgré les Anglais et pour le tsar.
Cette défaite presque totale de l’Europe, sa prétention insoutenable de limiter la ruine, de maintenir l’intégrité de l’empire ottoman contre la Russie, les Grecs et les chrétiens victorieux, n’étaient-elles pas, aux yeux des Français, la preuve que leur roi et ses ministres avaient eu tort de se ranger du côté des vaincus, de ne pas s’associer aux vainqueurs? A quoi bon toute cette diplomatie stérile, quand une grande entreprise, une action énergique, auraient pu être si lucratives?
Enfin, le 8 août 1829, Charles X appelait aux affaires étrangères le prince de Polignac, un ministre qui parut disposé à répondre aux vœux des Français. Il n’était que temps d’agir pour les satisfaire. Les Russes franchissaient les Balkans: Diebitsch concentrait le 20 août son armée à Andrinople, aux portes de Constantinople. La France n’avait que quelques jours devant elle, pour intervenir dans le règlement des affaires orientales et décider celles qu’elle désirait y joindre.
Ce fut l’avis de Polignac: heureux que le tsar voulût bien encore l’y inviter et le dire à notre ambassadeur, de Mortemart, il avait, dès le mois d’août 1829, arrêté et proposé au roi son programme. Le plan était vaste, mais complet: un remaniement total de l’Europe. Le soin de l’établir avait été confié à un jeune diplomate, dont Polignac venait de faire la fortune en l’appelant à la direction principale de son ministère, M. de Bois-le-Comte. Ce royaliste n’hésita pas à reprendre les traditions de Sieyès: il vit et fit grand. D’abord un partage de la Turquie: la Moldavie, la Valachie et l’Arménie au tsar; à l’Autriche la Dalmatie, la Bosnie, la Serbie, l’Herzégovine; Constantinople et ses environs refusés aux deux également et donnés au roi de Hollande. Pourquoi le roi de Hollande? C’était pourtant la trouvaille et le nœud du projet. L’État hollandais était la proie destinée aux puissances qui n’auraient pas leur part dans les Balkans. On lui prenait ses colonies pour l’Angleterre; la Belgique, le Luxembourg et le Brabant pour la France: on l’enlevait aux Nassau pour y installer le roi de Saxe, qui cédait à la Prusse ses États, en échange des provinces rhénanes, «le tout dominé par l’intérêt de la France abaissée, humiliée au Congrès de Vienne».
Il n’était pas possible de voir un projet qui ressemblât moins, en effet, à l’œuvre et aux maximes de Talleyrand. Les principes dont il était inspiré, c’étaient précisément ceux qu’avait combattus la diplomatie française en 1815: le sacrifice des États faibles, Turquie, Hollande, Saxe; leur partage, après celui de la Pologne, entre les forts; le mépris, le bouleversement des souverainetés légitimes. Lequel de ces systèmes opposés représentait le mieux l’intérêt de la France, de cette œuvre de Vienne qu’on maudissait, ou de celle qu’on voulait lui substituer: le système des partages, en un mot, ou la défense et la sauvegarde du droit? Depuis la Révolution, et dans les conditions où les règlements successifs de la question d’Orient avaient placé l’Europe, c’était toujours la double alternative offerte aux Français.
Epris de gloire et de conquête, avides de revanche, et persuadés que les traditions de la République et de l’Empire étaient au dehors comme au dedans les plus sûres garanties de leur avenir, les sujets de Charles X avaient depuis sept années réclamé les frontières du Rhin. Ce qui peut surprendre, c’est que son ministre le plus cher, le plus fidèle soutien de sa prérogative royale, reprit les projets de Sieyès et de Napoléon. Rien dans son passé ne le destinait à cette initiative révolutionnaire. Ambassadeur à Londres depuis six ans, poussé au ministère par Wellington qui comptait sur lui, il paraissait, de tous les royalistes, le moins préparé à une alliance franco-russe. Les libéraux à Paris se défiaient de lui et faisaient bien. Les royalistes eux-mêmes le jugeaient compromettant et ne se trompaient pas. Mais si les Français se plaignaient depuis Villèle d’avoir une politique hésitante ou de n’en avoir pas, de perdre toutes les bonnes occasions, au moins Polignac leur apportait un programme qui ne péchait pas par la prudence et l’excès de calcul. Et c’est là-dessus qu’il avait compté pour servir Charles X.
Charles X était un maître exigeant. Il avait fait venir Polignac, disait Chabrol son collègue, «non pour discuter avec lui, mais pour lui donner des ordres qu’il recevait comme un petit garçon». Las du gouvernement parlementaire, persuadé que les Chambres empiétaient sur son autorité et que des concessions le perdraient, Charles X provoquait la Révolution en s’imaginant être fort et l’écarter. La politique des deux frères éclate dans les jugements qu’ils ont portés l’un sur l’autre. «Je crois, disait Louis XVIII à Hartwell, que nous remonterons sur le trône. J’en viendrai à bout, je l’espère, mais mon frère y succombera.»--«C’est pour avoir montré trop de faiblesse que mon malheureux frère est venu où il a été conduit, disait Charles X à d’Argout le 10 mars 1830: un roi qui ne sait pas se faire obéir est perdu.» Pour se sauver, le dernier des Bourbons inaugurait le régime de provocations et d’exigences royales dont il devait être victime. Docile, mais embarrassé, son ministre eut recours à l’intrigue pour faire accepter aux Français ce complot contre la Charte. Flatter la Révolution dans ses ambitions de conquête, pour l’endormir et enchaîner ses résistances, tel fut le programme de Polignac. En composant son ministère, il offrit la marine au vainqueur de Navarin, à l’amiral de Rigny. La manœuvre était claire, «un hypocrite hommage à la gloire nationale». Rigny refusa de mettre le ministère de combat, choisi par Charles X, «à l’abri des lauriers de Navarin».
Polignac ne se découragea pas. Son projet de partage de l’Europe lui parut de nature à procurer bien d’autres lauriers que la maigre palme de l’expédition de Morée. Le Dauphin, au conseil, enthousiasmé, demandait mieux que la Belgique: il voulait offrir à ses futurs sujets la conquête du Rhin. Polignac craignit de mécontenter et d’alarmer la Prusse et combattit cet excès d’enthousiasme.
Il avait raison: la Prusse fit échouer ses plans. Au moment même où Mortemart les recevait à Pétersbourg pour les soumettre au tsar, celui-ci signait la paix à Andrinople avec les Turcs (le 15 septembre 1829). Le roi Frédéric-Guillaume, son beau-père, avait été le médiateur de cette paix qui payait largement Nicolas Ier de ses efforts.
Le traité d’Andrinople fut en effet pour la politique russe un succès éclatant. Peu de conquêtes effectives en apparence, autres que des places d’Asie, Anapa, Poti, Akhaltzick ou des îles à l’embouchure du Danube. Tout ce que l’Empire ottoman abandonna semblait donné à des nations nouvelles, aux Roumains, aux Grecs, aux Serbes. Mais en réalité la façon dont ces nations étaient constituées marqua un progrès de la puissance russe tel qu’il ne s’en était pas vu en Orient depuis le traité de Kaïnardji.
Garant de l’indépendance des Roumains, le tsar leur imposait un hospodar de son choix et à vie. Il démolissait leurs forteresses au Nord, les surveillait sur le bas Danube et occupait leur territoire jusqu’au jour où la Turquie lui verserait une forte indemnité de guerre. Pendant cinq ans, de 1829 à 1834, le vrai souverain de ces provinces allait être son lieutenant Kisselef. «C’était un protectorat qui devait peu à peu accoutumer l’Europe à la présence de la Russie sur le Danube.» Kisselef s’attacha à le faire aimer des Roumains par un système d’administration excellent.
Si d’autre part Milosch, en Serbie, recouvrait par l’article 6 du traité et le Hatti-Chérif du 29 novembre 1829 son État et sa souveraineté, la Russie s’arrangea de manière à ce que cette souveraineté ne devînt pas héréditaire. «Il fallait que le Kniaz se souvînt de ses obligations envers le tsar.» On ne le savait que trop porté à les oublier, à invoquer, pour échapper aux Russes, ses devoirs envers le Sultan, son suzerain. Il était vieux: en ne lui laissant qu’un pouvoir viager, la Russie se gardait le moyen d’exiger de son successeur plus de docilité. Elle ne prévit pas qu’un an plus tard, le Sultan accorderait à Milosch l’hérédité (6 août 1830), pour lui enlever ce protectorat qu’elle convoitait. Elle crut se l’être assuré.
En Grèce enfin, ses mesures étaient mieux prises. Capo d’Istria lui donnait ce pays tel qu’il l’avait obtenu des puissances européennes au protocole du 22 mars. Au Président et à la Russie revenaient l’honneur de fixer l’indépendance des Grecs, et le profit. Ils s’arrangèrent pour que l’administration «ressemblât le plus possible à des institutions monarchiques». Le 18 août 1829, Capo d’Istria avait pris soin de se faire céder par l’assemblée constituante d’Argos le droit de régler l’avenir de la Grèce à sa guise avec un Sénat nommé par lui et à sa discrétion. Le traité d’Andrinople confirma ses pouvoirs: la certitude que le souverain futur ne serait un prince ni français, ni russe, ni anglais, était de nature à en assurer la durée. L’Europe, sans doute, et l’Angleterre cinq mois après, allaient essayer, en désignant le prince Léopold de Cobourg au trône de Grèce, d’écarter d’Athènes le dictateur qui se le réservait (3 février 1830). Capo d’Istria manœuvra très habilement pour effrayer Léopold: celui-ci pouvait aspirer au rôle plus aisé de Prince Consort en Angleterre auprès de la reine Charlotte; il renonça à la couronne de Grèce (mai 1830). Après avoir aboli la constitution hellénique sans le moindre scrupule, Capo d’Istria avait su l’invoquer contre le souverain désigné par l’Europe: le Sénat, à sa discrétion, réclama de la conférence de Londres des institutions moins monarchiques et la conversion du roi à l’orthodoxie (10 avril 1830). Bref un an après le traité d’Andrinople, Capo d’Istria disposait toujours de la Grèce souverainement. Sa situation à Athènes était celle de Kisselef à Bukarest. Au sud comme au nord, les provinces démembrées de l’Empire ottoman, remises en apparence par la paix d’Andrinople à leurs possesseurs légitimes, devenaient des protectorats russes administrés par des lieutenants du tsar. Les États nouveaux qui paraissaient naître dans les Balkans par l’effort des nationalités victorieuses et l’affaissement graduel de la Turquie se trouvèrent à leur naissance accaparés par la Russie, comme la Pologne, à la veille de sa mort.
Certes pour la politique russe la revanche était belle de l’échec qu’elle avait subi en 1815 à Vienne. Ce qui avait échappé alors à Alexandre Ier sur la Vistule, Nicolas Ier le ressaisissait dans les Balkans. «Pour ne pas éveiller les jalousies de l’Europe, il avait l’air de ne rien prendre aux Turcs; il gardait ainsi pour lui seul tout ce qu’ils abandonnaient.» Là, point de partage comme en Pologne, autrefois et depuis 1772, avec les Allemands et les Anglais, mais un système de protectorats qui peu à peu s’étendrait à tout l’Empire ottoman, obligé d’ouvrir le Bosphore aux flottes russes et ses provinces au commerce des sujets du tsar: «bref une position où la Porte elle-même ne pourrait vivre que par la protection de la Russie.» Tel était le commentaire que Nesselrode, au lendemain de cette victoire, donna du traité d’Andrinople.
«Cela ne peut durer», s’écria Metternich qui au dernier moment avait offert à Nicolas Ier un partage de la Turquie. «Il va falloir, disait Wellington, procéder au remplacement de la Porte (octobre 1829): elle est frappée à mort.» Pour que ces deux champions obstinés de l’intégrité des Ottomans tout d’un coup réclamassent une part de leurs dépouilles, il fallait que leurs craintes fussent bien vives de n’en avoir aucune. La politique qui leur avait servi, à Vienne et depuis, à «enchaîner la Russie» parut en 1829 condamnée.
Pour les Français, le dépit fut égal d’apprendre que la Russie secouait les chaînes dont la diplomatie autrichienne l’avait chargée depuis 1815, sans avoir pu délier les leurs. Le roi de Prusse avait ruiné leurs espérances, un instant éveillées. Oubliée depuis 1815, et presque humiliée, la Prusse avait repris soudain dans ce règlement un premier rôle. Les événements, ses rancunes contre l’Autriche et la crainte de voir les Français sur le Rhin l’y avaient peu à peu conduite. C’était elle déjà qui en 1821, aux conférences de Hanovre, avait refusé sa signature à un partage de la Turquie, dont les conquêtes françaises eussent été la condition et la conséquence. Elle avait alors empêché ce remaniement de l’Europe au gré de l’Autriche, au risque de déplaire à Alexandre Ier. Huit ans après elle l’empêchait encore, mais de tout autre façon: la Turquie n’était pas démembrée; l’agent prussien envoyé à Constantinople, le général Muffling (juillet 1829), par ses menaces avait décidé le Sultan à se soumettre au joug de Nicolas Ier. Six mois avant, Metternich se refusait à croire à cette évolution de la politique prussienne. Elle fut décisive.
Elle s’explique par plusieurs causes: la sympathie très vive d’un prince prussien qui devait jouer un grand rôle dans l’histoire de la monarchie, du futur empereur Guillaume, pour le mari de sa sœur, Nicolas Ier. Le tsar exploita cette amitié: ce fut en assistant à Berlin au mariage de Guillaume avec la princesse de Saxe-Weimar (11 juin 1829) qu’il décida l’envoi de Muffling à Constantinople. Il s’était fait en outre un changement considérable dans l’orientation de la monarchie prussienne, depuis la mort d’Hardenberg (1822). Les patriotes souffraient à Berlin de se voir enchaînés à l’Autriche, de lui laisser l’hégémonie de l’Allemagne. Metternich, depuis Carlsbad, avait pris la direction politique de la Confédération: les Prussiens se préparèrent à en saisir la direction économique, premier effort vers l’émancipation et l’unité de l’Allemagne au profit des Hohenzollern. La Convention initiale du Zollverein est de 1829.
Dans cette voie qui devait aboutir trente ans plus tard au conflit de l’Autriche et de la Prusse, les politiques de Berlin s’engageaient déjà par des chemins détournés, avec prudence: si leurs prédécesseurs s’étaient liés à Metternich, c’était par le besoin de protéger contre les ambitions de la France les provinces rhénanes, éloignées de leur centre, exposées. La Prusse ne pouvait échapper à l’Autriche qu’en se procurant ailleurs des garanties et une alliance équivalentes. Elle les chercha à Pétersbourg sur les conseils d’un diplomate entreprenant, patriote et royaliste fougueux, M. de Bulow. Elle les paya le prix nécessaire: à un partage, le tsar préférait la domination exclusive de l’Orient. Peu importait aux Prussiens: ils donnèrent à la Russie les Balkans pour être délivrés de l’Autriche et garantis contre la France. Ministres et souverain, guidés par des raisons politiques, déterminés par les affections du prince Guillaume, scellèrent à Andrinople l’alliance dont celui-ci recueillit les avantages en 1866 et en 1870, dont le tsar Nicolas put se flatter d’avoir touché le prix immédiatement.
Lorsqu’un an après les Français renversèrent Charles X, ils se félicitèrent surtout d’avoir détruit l’œuvre maudite du Congrès de Vienne. Ils se trompaient: l’œuvre était détruite, avant la chute des Bourbons, par le tsar et les Hohenzollern à Andrinople. En annulant le pacte de Kalisch, l’Europe en 1815 avait arraché l’Allemagne à la Prusse et l’Orient à la Russie. Le traité d’Andrinople et la diplomatie dont il était l’effet reconstituèrent ce pacte funeste pour la paix, pour les États secondaires, pour les nations elles-mêmes sacrifiées aux appétits des Romanoff, livrées aux ambitions des Hohenzollern. Tandis que la France s’imaginait toujours faire à l’Europe ses destinées d’après les siennes, en 1830 comme en 1793, ce fut en réalité la question d’Orient qui réglait et modifiait encore, après quatorze ans de paix, les rapports et les conditions des États et des nations.
Ces modifications n’inquiétèrent pas M. de Polignac: à voir la Russie s’agrandir, il se réjouit. Il espéra qu’elle favoriserait l’agrandissement de la France. Le programme qu’il lui avait soumis en septembre 1829 n’était plus conforme aux derniers événements; mais les ambitions russes étaient-elles jamais satisfaites? Nicolas Ier avait promis d’évacuer la Roumélie qu’il occupait encore. Il fit des avances à Charles X pour obtenir la permission d’y rester (novembre 1829). Là-dessus Polignac s’enflamme: il faut saisir l’occasion. On envoie à notre ambassadeur Mortemart dépêches sur dépêches, chiffrées, très secrètes, dont on a soin de détruire le chiffre. Mortemart était favorable à une alliance franco-russe, à un mariage entre les Bourbons et les Romanoff. Pourtant, livrer Constantinople au tsar, sans autorisation suffisante et sans garantie, la partie lui sembla risquée: «Me lancer, s’écriait-il, sur un pareil terrain, sans autre secours que mon patriotisme, sans autre appui que quelques chiffres anéantis de votre part. Cela m’effraie.» Que fallait-il demander pour la France en échange? Mortemart sollicita la permission de venir à Paris consulter le roi et ses ministres.
Polignac n’était pas si embarrassé; l’objet d’échange était tout trouvé: la Belgique. Avant la révolution de juillet, la Belgique se mettait déjà en pleine insurrection contre ses maîtres, les Hollandais: révolte légale, dont l’émeute du 23 août 1830 ne fut que la conséquence fatale, préparée par cinquante ans d’histoire et de luttes. Contre les Nassau protestants, comme autrefois contre le Directoire, le peuple belge avait depuis 1815 à l’appel du clergé et du parti catholique revendiqué et défendu les droits de sa conscience. «La liberté de l’Église, disait, en 1826, le chef de ce parti, M. de Gerlache, est le signal de toutes les libertés.» L’année 1828, tout d’un coup, vit se grouper autour des catholiques les libéraux, de Potter, Rogier, Devaux: «Ils veulent la liberté, dirent-ils, comme nous la voulons.» L’Union avait rallié catholiques et libéraux, les deux fractions du peuple belge à un même programme. Et la guerre commençait entre les Annexés, fatigués d’être méconnus et privés de leurs droits, sacrifiés dans leur conscience et dans leurs intérêts, et la Hollande, résolue à maintenir une conquête poursuivie depuis un siècle avec obstination. D’abord, en 1829, des escarmouches autour des pétitions que les Belges signent en masse pour le redressement de leurs griefs et que les prêtres et les moines colportent dans les campagnes. Puis en avril 1830, la mise en accusation des libéraux belges, de Potter, Thielmans qui réclament l’indépendance belge; la foule enfin les accompagnant en triomphe à leur prison, les députés annonçant au Parlement «les orages et les tempêtes pour l’émancipation»: c’était la guerre déclarée entre les deux pays, et pour jamais. Le bruit courut, à la fin de 1829, que pour s’assurer la victoire, le roi de Hollande avait sollicité et obtenu le concours de l’armée prussienne.
Là, comme en Grèce, c’était, on le voit, une révolte antérieure aux journées de juillet, encouragée sans doute par les troubles de la France ensuite, mais très distincte par sa nature, ses origines et la portée de ces troubles. Pour les Français fidèles aux souvenirs de 1793, l’occasion parut belle de rentrer en Belgique. La royauté de Charles X n’était pas dans les conditions de détresse qui avaient interdit à Louis XVI une intervention de ce genre en 1788. Polignac se montra aussi empressé que Montmorin avait été hésitant alors. En échange de la Charte que Charles X voulait remplacer par les Ordonnances, il aurait le moyen de procurer à la nation la frontière du Rhin, la gloire à la place de la liberté. Il mettrait son intrigue à l’abri de la tradition nationale, la contre-révolution sous la sauvegarde des ambitions révolutionnaires.
En servant la gloire de la France, Napoléon n’avait-il pas eu le droit d’être absolu? Et comme Napoléon, Charles X n’avait-il pas à sa portée l’alliance franco-russe? Mieux que lui, même, puisqu’on était prêt à céder à Nicolas Ier la Roumélie, les portes de Constantinople, en échange de la Belgique. La négociation se poursuivit, de décembre 1829 à mai 1830, entre les deux souverains, entre Polignac et Mortemart. Elle échoua, comme avait échoué la grande entreprise de septembre 1829, par la volonté de la Prusse et son opposition obstinée. «Il ne tint qu’à elle, disait à Berlin le ministre de la cour, Guillaume Bernstorff, que ces violences ne s’accomplissent pas.» Le 3 janvier 1830, le roi de Prusse signifiait à Pétersbourg et à Paris «qu’à aucun prix il ne céderait à la France la rive gauche du Rhin. Sa résolution était irrévocable.»
La Belgique devait échapper à la Hollande: mais elle ne devait pas appartenir à la France. La garantie que le roi de Prusse s’était procurée de la Russie sur le Rhin au prix de ses complaisances en Orient ruina le plan de Polignac et les espérances de la France. En Belgique comme en Orient, ou en Allemagne, l’œuvre du Congrès de Vienne allait être détruite: les Français qui se vantèrent d’y avoir contribué n’en purent pas profiter.
C’est alors que pour leur laisser une dernière illusion, pour flatter leur amour-propre et leur goût conquérant, le gouvernement de Charles X leur offrit l’expédition d’Alger. Le dey d’Alger, en 1827, avait insulté notre consul: occupé de l’Orient et de l’Europe tout entière, le roi n’avait répondu à l’insulte que par un blocus prolongé depuis trois ans sans résultats. L’opposition lui reprochait chaque année ses hésitations et réclamait une vengeance plus complète. Le comte de Bourmont affirmait au Conseil qu’on la désarmerait, à défaut de guerre en Europe, par cette guerre africaine. «C’était bien peu de chose, remarquait Polignac, que cette entreprise contre un repaire de corsaires», quand on avait peut-être chance d’acquérir la Belgique et le Rhin. Il avait proposé, le 24 octobre 1829, au Conseil de confier cette vengeance et cette conquête secondaire au vice-roi d’Égypte. Si le Conseil n’eût rejeté cette proposition comme «indigne de la France», Alger ne serait peut-être pas aujourd’hui terre française.
Tant que Polignac garda l’espoir d’acquérir mieux, jusqu’au mois de février 1830, jusqu’au refus catégorique de la Prusse, il fit écarter, par l’influence du Dauphin, l’expédition d’Afrique. Ensuite, il fut bien obligé de s’en contenter (mars 1830). «Il prépara, dit un contemporain, l’affaire alors, avec une prodigalité de moyens et une surabondance de précautions telles qu’elles trahissaient un intérêt plus puissant aux yeux du ministère et de la cour que l’honneur national ou l’avantage de la conquête.» Une flotte considérable, cent vingt-sept vaisseaux, quarante mille hommes de troupes, avec un amiral, Duperré et le ministre de la guerre pour les commander, un tel déploiement de forces pour un objet qui paraissait si petit, eut l’air d’une manœuvre politique: on disait que le prince de Polignac voulait donner au peuple l’illusion de la gloire et de la guerre à défaut de la réalité.
Et de fait, la prise d’Alger, occupée en un mois à peine (13 juin–5 juillet 1830), fut plutôt une victoire diplomatique qu’un succès militaire éclatant. L’habileté du général Bourmont a plus fait pour cette conquête que ses dispositions stratégiques ou la valeur de ses troupes. Le dey fut moins difficile à vaincre que les jalousies de l’Angleterre: elle faillit nous interdire cette colonie que les Algériens ne furent pas de force à nous disputer. Polignac était assuré du consentement de la Russie. «Alger vous regarde, disait le tsar dès le mois d’octobre 1829. Terminez votre querelle. Je vous approuve et vous appuierai de mon influence.» Malgré cette promesse et toutes sortes d’explications fournies au cabinet Wellington, l’Angleterre était peu disposée à laisser la France s’installer en Afrique. «Que fera la France de la régence après le châtiment de son injure, une colonie?» Les craintes des Anglais leur inspirèrent, pour nous interdire la guerre et la conquête, une tactique analogue à celle qui leur avait réussi à la veille de l’expédition de Morée. Pendant nos préparatifs, Wellington se hâta d’arracher au sultan la nomination d’un autre dey, Tahir-Pacha. Celui-ci quitta Constantinople bien vite, le 25 avril 1830: il avait l’ordre d’étrangler le dey, pour empêcher la guerre en offrant à la France cette solution sanglante mais pacifique de l’injure qu’elle avait reçue. L’officier chargé de bloquer Alger arrêta le vaisseau turc: ce fut pour la mission de Tahir-Pacha un premier retard. Il exigea qu’on le conduisît à Toulon; il arriva en vue du port le 26 mai et rencontra la flotte française qui aurait dû partir le 25, mais que le gros temps avait retardé. Le général Bourmont fit rendre à l’envoyé du sultan toutes sortes d’honneurs: il lui conseilla d’entrer à Toulon et de faire connaître au roi ses instructions au plus tôt. Mais il cingla lui-même sur Alger, sans tarder. Tahir-Pacha, pour son malheur, n’avait pas une patente de santé suffisante: il dut se soumettre à une quarantaine. Sa mission n’avait plus d’objet, quand les Français eurent occupé Alger à sa place et vengé eux-mêmes leurs querelles.
«Si cette entreprise d’Alger est un expédient pour faciliter quelque direction dans l’intérieur, on se trompe beaucoup», écrivait Talleyrand le 20 mai 1830. Ce n’était pas la faute de Polignac, s’il n’avait pas mieux à offrir aux Français. Mais, après avoir entrevu la Belgique et le Rhin, ceux-ci n’étaient pas gens à se contenter d’Alger, revanche trop faible des traités de Vienne. Cette manœuvre ne les disposa que plus mal à recevoir les Ordonnances (26 juillet 1830). Le 27 juillet la Révolution commença. Le 29 elle était victorieuse. Le peuple se vengea sur la monarchie d’un coup d’État qu’il attribuait aux ministres, de la longue politique de paix qui, depuis quinze ans, lui imposait comme définitifs les arrêts humiliants de l’Europe. Il voulait, cette fois, la Révolution tout entière, glorieuse au dehors, comme il la voyait victorieuse au dedans. «Quelle est votre opinion sur les traités de 1815? disait l’un de ses chefs, Cavaignac, à Louis-Philippe, le soir du 31 juillet. Ce n’est pas une révolution libérale, prenez-y garde, c’est une révolution nationale. La vue du drapeau tricolore, voilà ce qui a soulevé le peuple, et il serait certainement plus facile de pousser de Paris sur le Rhin que sur Saint-Cloud.»
En un sens, Cavaignac avait largement raison. Les combattants, les vainqueurs des journées de juillet n’avaient pas fait une émeute analogue à celles de 1789. Ils avaient pris les armes contre l’Europe au moins autant que contre Charles X, et rêvé surtout de la République conquérante ou de l’Empire. Et l’Europe ne s’y trompa pas puisqu’elle arma elle aussi à la première nouvelle, toute prête à signer de nouveau contre la France le pacte de Chaumont.
Mais en un autre sens Cavaignac se trompait: la nation n’était pas à l’unanimité pour la République, ni pour la conquête. Autant, avec les souvenirs de la Terreur, la République effrayait les campagnes, autant la guerre effrayait la bourgeoisie. Et les craintes de la classe moyenne, presque seule représentée dans les Chambres, devaient triompher des aspirations de ceux qui avaient fait la Révolution. «Tous les Français, écrivait Palmerston six mois avant, déraisonnent; tous se déclarent prêts à se laisser couper les deux mains pour ravoir le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Heureusement qu’ils ont des Chambres qui doivent voter les impôts pour faire la guerre.» Le 30 juillet, une proclamation rédigée par Guizot, signée par quatre-vingt-onze députés, annonça qu’un lieutenant général, roi le lendemain, le duc d’Orléans, était substitué, sans autre mandat que le leur, à la République encore incertaine.
L’avènement de Louis-Philippe, ce fut la paix tout de suite, au lieu de la guerre. Sans qu’on puisse préciser encore le rôle de Talleyrand dans la création de la monarchie orléaniste, le choix que le nouveau roi fit de lui comme ambassadeur à Londres marqua, dès le premier jour, l’étendue de son autorité. Il partit dès le 25 septembre, persuadé que le «nouveau gouvernement ne pouvait acquérir de stabilité que par le maintien de la paix. Son premier devoir était d’empêcher une guerre révolutionnaire et universelle». A Londres, Talleyrand allait être, sans en avoir le titre, le premier ministre de Louis-Philippe. Conseils secrets à Louis-Philippe, lettres politiques et intimes à Mme Adélaïde, adressées à la cour en dehors des ministres, négociations avec les envoyés de l’Europe groupés à Londres autour du prince comme à Vienne autrefois, tels furent les moyens principaux par lesquels le nouveau régime s’affermit en 1830. En France ou en Europe, le parti «du mouvement» qui jusqu’en 1831 eut ses représentants dans le ministère même de Louis-Philippe fut enchaîné par l’autorité de Talleyrand.
La conférence de Londres fit aux traités de Vienne les retouches que le réveil de la Grèce et de la Belgique avaient rendues nécessaires. Mais loin de détruire ces traités, elle adopta les principes que Talleyrand avait fait triompher au Congrès de 1814: le respect, la défense des États ou des nations secondaires contre les ambitions de leurs voisins. Ce fut un nouveau bail de paix entre la France et l’Europe; entre Louis-Philippe et les Français un accord imparfait qui reposa sur l’intrigue du roi et de son principal conseiller. La France songeait toujours à Navarin; Louis-Philippe lui donna l’Algérie, une colonie au lieu d’une action glorieuse en Orient, en Europe.
La monarchie de juillet vécut péniblement de ce malentendu dissimulé avec soin par le gouvernement, de cette paix avec l’Europe qui avait manqué à la Révolution, qui fut pendant dix ans la ressource principale de Louis-Philippe et parut en 1840 à la nation irritée une faiblesse coupable.
A travers toute l’histoire, telle qu’elle s’est faite pour la France révolutionnaire de 1789 à 1830, à travers les grandeurs et les épreuves, c’est toujours la même opposition entre les sentiments et les calculs, entre les apôtres de la propagande et Mirabeau; entre les serviteurs de la gloire française tels que le Directoire et Napoléon, et Carnot avec les partisans des anciennes limites ou Talleyrand; entre Chateaubriand et Villèle, entre les auteurs et les adversaires des traités de Vienne. Étendre la frontière de la nation jusqu’au Rhin, dicter aux souverains et aux peuples des lois, à la façon de Louis XIV et de Napoléon, voilà pour les Français la tradition, la gloire et l’avenir, l’intérêt national par conséquent. Les politiques l’entendent autrement. Ils calculent comment depuis un siècle les cadres de la vieille Europe ont été élargis, combien de mondes et d’intérêts différents, de puissances et d’habitudes nouvelles sont intervenus dans le règlement des affaires européennes et en modifient l’orientation. Ils s’efforcent de faire accepter aux Français une politique conforme à cette évolution décisive.
Intérêts d’État et sentiments nationaux se heurtent en France, ou ne s’accordent que dans le silence et l’intrigue. Les gouvernements s’écroulent tour à tour: la nation poursuit, sans les fixer jamais, des rêves qui l’épuisent. Elle ne s’aperçoit pas que des traditions condamnées, l’orgueil de l’énergie révolutionnaire, le souvenir des gloires impériales lui procurent ces rêves: elle ferme toujours les yeux au temps présent. Elle croit avoir une politique étrangère; elle n’en a pas: elle souffre de ce mal profondément, mais elle ne cherche point le remède. L’Empire la séduit; la Révolution «armée» l’aveugle.
BIBLIOGRAPHIE
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DEBIDOUR. __Le général Fabvier_, sa vie, ses écrits_.
SAINT-MARC GIRARDIN. Études sur la question d’Orient (Revue des Deux-Mondes, mai 1864-1869).
GERVINUS. Histoire du dix-neuvième siècle, tomes XV et XX.
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BULGARIS. Étude sur Capo d’Istria (trad. fr.). Paris, 1832.
DRIAULT. La question d’Orient. Paris, 1898. (Ce volume important nous est parvenu au moment où nous mettions sous presse ce dernier chapitre. Nous aurions voulu pouvoir l’employer et nous y renvoyons le lecteur pour tous les chapitres précédents.)
Documents.--METTERNICH, Mémoires, tomes IV et V.--CHATEAUBRIAND, Mémoires, tomes IX et X.--VILLÈLE, Mémoires, tome V.--POLIGNAC, Études, tome II.--CAPO D’ISTRIA, Correspondance (édit. Betant). Genève, 1839.--WELLINGTON, Civil and political correspondence.--LESUR, Annuaire historique, 1827-1830.--PROKESCH-OSTEN, ouvrage cité, tomes V et VI. Correspondance manuscrite aux affaires étrangères de Rigny, Mortemart, etc.
France.--THUREAU-DANGIN, Le parti libéral sous la Restauration. Paris, 1888.--THUREAU-DANGIN, Histoire de la monarchie de juillet, tome Ier. Paris, 1884.--NOUVION, Histoire de Louis-Philippe, tome Ier.--VIELCASTEL, tome XX.--VAULABELLE, Histoire des deux Restaurations, tomes VII et VIII. Paris, 1858, 4e édit.--DUVERGIER DE HAURANNE, Histoire du gouvernement parlementaire, tomes IX et X.
Documents.--Outre les mémoires cités précédemment, consulter D’ARGOUT, Extraits des Mémoires, par G. Monod (Débats, avril 1894).--D’HAUSSEZ, Mémoires.--BÉRANGER, Ma biographie.--SAINTE-BEUVE, Portraits contemporains, tome II.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
États et nations.
La Révolution française n’a point modifié les mœurs et les rapports politiques des États et des souverains de l’Europe, p. 5 et 6.--Prétendues guerres de principes, monarchiques ou populaires, de 1789 à 1815 et violences contre la Pologne, Venise, l’Allemagne et les États secondaires.--La Sainte-Alliance et les Congrès, les partages européens après 1815, p. 8.--Nouveaux principes proclamés, enthousiasme provoqué en Europe par la Révolution française: malentendu entre la France et les nations à partir de 1798, p. 9 et 10.--Les guerres de la Révolution, effets de la tradition et de l’intrigue: l’esprit de conquête et de gloire, la politique des partages dans la France républicaine, défiance des nations, résistance des États, p. 11.--Que de nouvelles nations sont nées en ce siècle plutôt de leur lutte que de leur contact avec la Révolution, p. 12.--Intérêt pour les États qui sont sortis agrandis de ces bouleversements d’en éviter le retour pour n’en pas perdre le profit, p. 13.--Extension de la politique européenne, au début de ce siècle: les mondes nouveaux, p. 14.--Le Congrès de Vienne: la Sainte-Alliance et la politique de non-intervention, effets d’un équilibre nécessaire entre les États, avantageux aux nations, p. 15.--L’Europe en 1830, et le réveil militaire de la nation française, p. 16.--Le fait et le droit, la paix ou la guerre, p. 16.
CHAPITRE Ier
Premiers rapports de l’Europe et de la Révolution française.
Les réformes nationales de la Constituante, p. 17.--La nation française en 1789, p. 18.--Son influence sur l’Europe: de quelle sorte? p. 19 et 20.--Elle refuse d’encourager la révolution belge, p. 21 et 22.--Mirabeau et la nécessité de la paix pour les Constituants, p. 22.--Dispositions pacifiques de Léopold II et de Pitt: Ambitions des anglais, de la Prusse, calculs de Catherine II, p. 25 et 26.--La ligue de la paix et celle de la guerre en 1789: affaire de Nootka Sund; le débat du 15 mai 1789: renonciation solennelle de la France aux conquêtes, p. 26 et 28.--Objections de Mirabeau: le désintéressement des Constituants, taxé de faiblesse, favorable à leurs ennemis, p. 30.--Bibliographie, p. 30 et 31.
CHAPITRE II
Les origines du conflit entre la Révolution française et l’Europe. Traditions. Intrigues et propagande.
Le conflit du 20 avril 1792, en apparence déterminé par la ligue des Rois, en réalité par les passions révolutionnaires, p. 32 et 33.--La question d’Alsace en 1789 et d’après les traités de Westphalie, p. 34.--Louis XVI et Mirabeau; indemnités aux princes possessionnés (mai–octobre 1790), p. 35.--L’affaire d’Avignon: la propagande, le droit à la conquête. Pétion et Mirabeau (novembre 1790), p. 36 et 37.--Les républicains en 1791; la guerre de propagande pour ruiner la royauté, p. 38.--Mort de Mirabeau; l’annexion d’Avignon justifiée par Barnave selon la tradition et la raison d’État, p. 39 et 40.--Raisons analogues invoquées par la Prusse et les princes allemands pour reprendre l’Alsace, p. 41.--Intrigues de Louis XVI: il se rapproche des Émigrés. L’émigration, le secret de Marie-Antoinette et du roi irritent et inquiètent la nation: la fuite à Varennes, émigration royale, p. 42 et 43.--La déclaration de Pillnitz: son véritable sens, son effet en France, p. 46.--La guerre, les élections de l’Assemblée législative, et l’annexion d’Avignon (1791), p. 47.--Brissot et le comité diplomatique: la croisade républicaine s’accentue, p. 48.--Le secret du ministère feuillant, p. 49 et 50.--Efforts persistants de la reine et du roi, p. 50.--Intrigues et propagande en France; calculs pacifiques de l’Angleterre et de l’Autriche, p. 51 et 52.--La paix aux mains des Français: l’offensive des Girondins, du roi et de son ministère (janvier 1792), p. 52.--Bibliographie, p. 53.
CHAPITRE III
La guerre de 1792.
La déclaration de guerre.--Avènement de François II: il provoque la déclaration de guerre, p. 54.--La tradition de la lutte contre l’Autriche en France chez les philosophes et dans la nation, p. 55 et 56.--Le ministère girondin (mars 1792). Dumouriez, homme d’intrigue et de tradition, p. 57.--Sa politique étrangère, p. 58.--Tournai et Quiévrain, les premiers revers, p. 59.--Mission de Custine et de Talleyrand: la Prusse alliée à l’Autriche, p. 60.--Dumouriez quitte le ministère, p. 61.--L’émeute du 20 juin: désordre du gouvernement, p. 62 et 63.
L’invasion, p. 64: la nation en armes et le manifeste de Brunswick, p. 65 et 66.--La République, Danton, la Terreur, p. 66 et 70.--La Convention et Valmy, p. 70.--La retraite et les calculs des Prussiens, p. 71.--La diplomatie de Danton et la neutralité anglaise, p. 72.--L’Europe après Valmy: importance de la question de Pologne et des affaires d’Orient, p. 73.--La France après Valmy: conjonctures et droit, p. 74.
La victoire: les ambitions des généraux, p. 74.--Propagande ou paix à la Convention, p. 75.--Custine: la première conquête du Rhin. Ambitions, procédés et échecs de Custine, p. 76 et 78.--Projets et intrigues d’Anselme, p. 79.--L’entreprise de Dumouriez: la conquête des Pays-Bas (octobre 1792), p. 80 et 81.--Jemmapes, p. 82.--Le décret du 19 novembre 1792: la guerre aux Rois, p. 83.--Bibliographie, p. 83 et 84.
CHAPITRE IV
La guerre de 1793.
La conquête révolutionnaire, p. 85.--La Convention et l’affranchissement des peuples, p. 86.--Le décret du 15 décembre 1792: propagande et annexion des frontières naturelles, p. 87 et 88.--Le jugement de Louis XVI, sa nature et sa portée, p. 89.--La vengeance et les calculs des rois: l’Angleterre, Louis XVI et la Belgique, p. 90.--Le deuxième partage de la Pologne: Russie, Prusse et Autriche en janvier 1793, p. 91 et 92.--L’exécution de Louis XVI, la conquête française et les peuples, 93 et 94.--Attitude des Girondins en présence de la guerre: l’anarchie révolutionnaire (février 1793), p. 95 et 96.--Ambitions et déceptions de Dumouriez: campagne de Hollande, p. 97 et 99.--Retraite, défaite et trahison de Dumouriez, p. 98 et 99.--Crise intérieure et extérieure de la République (avril 1793), p. 100 et 101.
La défense nationale, p. 101.--Danton et le premier comité de Salut Public: le décret du 13 avril 1793, p. 102.--Nouvelle renonciation aux conquêtes: diplomatie de Danton, p. 103.--Le comité de Salut Public et la guerre aux Habsbourg, p. 104.--Conférence d’Anvers (avril 1793): les desseins de la Coalition, p. 105.--Les ambitions de l’Angleterre: ses exigences, p. 106.--Échecs au dedans, au dehors de Danton (juillet 1793); sa retraite, p. 107.--Les émeutes du 31 mai au 2 juin 1793, p. 108.--Robespierre, son pouvoir, sa propagande, p. 109.--Crises de la France et de la Pologne en juillet 1793, p. 110.--La résistance nationale: Wattignies, p. 111.--Établissement durable du régime révolutionnaire: dictature de Robespierre (octobre 1793), p. 112 et 113.--La guerre de Terreur: réquisitions et contributions, p. 114 et 115.--L’élan de la conquête républicaine et la libération du territoire, p. 116 et 117.--Guerre et dictature des Terroristes, p. 118.--Bibliographie, p. 119.
CHAPITRE V
La paix de Bâle et ses effets (1795-1796).
Préliminaires du troisième partage de la Pologne: la Prusse propose la paix à la France, p. 120 à 122.--Catherine II et l’Autriche en 1794: partage de la Pologne et partage de l’Europe, p. 123 et 124.--Rapprochement de la France et de l’Espagne, p. 125.--Le Comité de l’an III: guerre à l’Autriche, à l’Angleterre; paix à la Prusse et à l’Espagne, p. 126 et 127.--Conquêtes dans la paix et par la guerre, p. 128.--Traités avec la Prusse (5 avril), avec l’Espagne (22 juillet 1793), p. 129 et 130.--Détresse de la République en 1795, p. 131.--Nécessité de la paix intérieure et extérieure, p. 132.--La République poursuit la guerre, p. 133.--Intrigues, traditions et conquêtes: Girondins et Montagnards, p. 134.--Bibliographie, p. 135.
CHAPITRE VI
La politique étrangère du Directoire.
Diplomatie des Directeurs: la constitution de l’an III et Sieyès, p. 136 et 137.--Les Terroristes au Directoire (novembre 1795), p. 138.--Leurs proclamations, leur politique: la conquête révolutionnaire; ses profits matériels et moraux, p. 139 et 140.--Sieyès diplomate, p. 141.--Son grand programme de conquête et de remaniements européens, p. 142.--Rôle décisif des armées et des généraux, p. 143.
Bonaparte, le Directoire et l’Italie, p. 143.--Bonaparte, son caractère, ses ambitions, p. 144.--Premières vues sur l’Italie et l’Orient: hésitations, p. 145.--La campagne de 1796 en Italie: services et autorité de Bonaparte, p. 146 et 147.--Organisation de l’Italie; l’Orient aperçu, p. 147.--Castiglione, Rivoli, Arcole, p. 148.--Tolentino et Léoben (avril 1797), p. 149.
Léoben et Campo-Formio: traités de partage de l’Italie et de l’Allemagne, p. 150.--Conquêtes de la République en Allemagne interrompues par Bonaparte: les préliminaires de Léoben, motifs et conditions, p. 150 et 151.--Partage de l’Italie; complots contre Venise, p. 152.--Politique du Directoire; volontés de Bonaparte, p. 153.--Bonaparte et le système des partages, p. 154.--Occupation de Venise (mai 1797), p. 155.--Bonaparte médiateur forcé du Directoire et de l’Autriche, p. 156.--Conférences d’Udine (30 juin), p. 157.--Carnot et le parti des anciennes limites hostiles à la diplomatie de Bonaparte, p. 158.--État de la France en juillet 1797: les Directeurs et les généraux, Hoche, Augereau, p. 159.--Bonaparte et Carnot: le 18 fructidor, p. 160 et 161.--Après fructidor: le Directoire blâme les conférences d’Udine et de Lille, p. 162.--Bonaparte lui impose la paix avec l’Autriche, p. 163.--La paix de Campo-Formio: l’Italie partagée entre Bonaparte et l’Autriche, p. 164.--Bonaparte et l’Orient, p. 164 et 165.--Le Directoire s’obstine contre l’Angleterre: desseins, retraite de Talleyrand, p. 166.--Caractère incomplet, précaire de la paix de 1797 pour la République: son utilité pour Bonaparte, p. 167.
Le Congrès de Rastadt; conquête de l’Europe par la République française, p. 167.--Instructions aux plénipotentiaires français, p. 168.--Frontières naturelles, conquêtes justifiées par la victoire et les progrès des puissances voisines, p. 169.--La politique des sécularisations et les princes allemands: le Congrès, une foire, p. 170.--La rive gauche du Rhin cédée (mars 1798), p. 171.--Conquête simultanée de Rome, occupation de la Suisse, du Piémont (février–mai 1798): le partage de l’Europe, p. 172 et 175.--La politique de Treilhard: abandonner l’Allemagne à elle-même, p. 176.--Erreurs ambitieuses du Directoire; négociations de Selz (25 mai 1798) avec l’Autriche: le Directoire procède aux sécularisations, p. 177 et 178.--Mission de Sieyès à Berlin, ses projets, son espoir de conquérir la Prusse à un remaniement de l’Europe dirigé contre l’Angleterre et les Russes; son échec, p. 179 à 182.--Les dernières négociations de Rastadt, p. 182.--Assassinat des plénipotentiaires français: la guerre et la coalition, p. 183.--La France, l’Allemagne et la question d’Orient en 1799, p. 184.--Bibliographie, p. 184, 185 et 186.
CHAPITRE VII
La Campagne d’Égypte et la question d’Orient à la fin du dix-huitième siècle.
L’expédition d’Égypte reprochée au Directoire, p. 187.--Les origines de l’entreprise: ambitions et motifs de Bonaparte; ses vues sur l’Orient, p. 187 à 190.--Initiative et complicité de Talleyrand: les colonies et l’Égypte, p. 191 et 192.--Diplomatie de Talleyrand en octobre 1797: son entente secrète avec Bonaparte, p. 193 et 194.--Le Directoire accepte l’expédition d’Égypte, p. 195.--La France engagée, malgré elle, en Orient, sur terre et sur mer, p. 196.--Coalition des Anglais, des Russes, des Turcs, et de Naples (janvier 1799), p. 197 à 199.--Le départ de Bonaparte pour l’Égypte la détermine, p. 198.--Déclarations monarchistes des coalisés; leurs vrais motifs: Égypte et Italie, p. 200 et 201.--Bonaparte en Égypte: d’El-Arish à Aboukir (mars–juillet 1799), p. 202.--La France en danger: victoires de Masséna et de Brune, p. 203.--Paul Ier se détache de la coalition, p. 204.--Retour de Bonaparte: ses intentions, p. 205.--État de la France: ambitions et dernière intrigue de Sieyès, p. 206 et 207.--La Constitution de l’an VIII, p. 207.--La Révolution de Brumaire, p. 208.--Bibliographie, p. 209.
CHAPITRE VIII
La France et l’Europe (1800-1802).
LE CONSULAT: RÉTABLISSEMENT ET CONDITIONS DE LA PAIX GÉNÉRALE.
Les premiers jours du Consulat, p. 210 et 211.--Paix offerte par Bonaparte à l’Autriche, à l’Angleterre qui refusent. Guerre contre la Russie pour reprendre l’Égypte, p. 212.--Rapprochement subit de Bonaparte et de Paul Ier (août 1800), p. 213.--Marengo et Hohenlinden: offres simultanées de paix aux Habsbourg, p. 214.--L’armistice de Steyer et la paix de Lunéville, p. 215.--L’Angleterre isolée: l’Europe unie contre elle, p. 216.--Paul Ier et l’Orient, Bonaparte et l’Égypte, p. 217.--L’Égypte définitivement perdue par la France, p. 218.--Mort de Paul Ier; Nelson dans la Baltique, p. 219.--L’Angleterre et l’Irlande, p. 219.--W. Pitt et la question d’Irlande: sa retraite, p. 220.--Négociations entre Bonaparte et le ministère Addington: Malte (juin–août 1801), p. 221.--Descente en Angleterre. Nelson à Boulogne. Préliminaires de Londres, p. 222.--La paix continentale et les partages en 1802, p. 223.--La paix d’Amiens: profits de l’Angleterre, de la France, p. 224 et 225.--L’Europe des Cinq Puissances: situation prépondérante de la France, p. 226 et 227.--Bibliographie, p. 227 et 228.
CHAPITRE IX
Le Secret du Premier Consul.
RUPTURE DE LA PAIX D’AMIENS.
Les Français et la paix: ambitions de Bonaparte, p. 229.--L’Italie: annexion du Piémont et du Valais, p. 230.--La Suisse: acte de médiation, p. 231.--Le Secret du premier Consul: reprendre l’Égypte (1802), p. 232.--Il excite la France contre les Anglais et les émigrés: Bonaparte, le patriotisme révolutionnaire et l’amour de la gloire en France, p. 233 à 235.--La guerre pour Malte; la paix par la cession de Tarente (mai 1803), p. 236.--La question d’Égypte et l’opinion en Angleterre, p. 238.--Le gouvernement anglais refuse d’évacuer Malte: prétextes qu’il donne, p. 239.--Pour Malte et pour l’Égypte, à Londres le roi et le Parlement réclament la guerre, p. 240.--Rupture de la paix d’Amiens: Bonaparte n’en révèle pas les vraies causes à la France, p. 240.--Descente en Angleterre préparée au camp de Boulogne, p. 241.--Coalition maritime formée par Bonaparte avec l’Espagne, la Hollande, p. 242.--Vues secrètes du premier Consul sur le Levant; négociations avec la Russie, p. 243.--Précautions de l’Angleterre; Nelson dans la Méditerranée. L’expédition d’Angleterre abandonnée. Trafalgar, p. 244.--L’Allemagne offerte en compensation aux Français par Bonaparte: le Recès du 27 avril 1803, p. 245.--L’Empire de Charlemagne rendu à la France, utile à Napoléon contre les complots des émigrés, de Cadoudal, Moreau, pour fixer son pouvoir qui devient héréditaire, p. 246.--L’Empire napoléonien et la guerre d’Allemagne (1804), p. 247.--Bibliographie, p. 247 et 248.
CHAPITRE X
Le Secret de l’Empereur.
AUSTERLITZ ET PRESBOURG.
L’entreprise d’Allemagne souhaitée par Napoléon et par Alexandre Ier, p. 249.--L’Autriche s’humilie devant Napoléon pour éviter la guerre, p. 250 et 251.--La Prusse en pourparlers avec le tsar et l’Empereur: les marchandages d’Haugwitz et la paix, p. 252.--Les ambitions secrètes de Napoléon sur l’Orient inquiètent l’Autriche: son alliance avec le tsar (novembre 1804), p. 253.--Napoléon roi d’Italie: l’Autriche se décide à la guerre, p. 254.--Neutralité de la Prusse, p. 255.--La grande armée en mouvement, p. 256.--Ulm: Talleyrand propose à l’Empereur d’épargner l’Autriche et de l’indemniser en Orient, p. 257.--Refus de Napoléon: Austerlitz, p. 258.--Nouveaux efforts de Talleyrand en faveur de l’Autriche, p. 259.--Napoléon exige qu’elle lui laisse les routes de la Turquie, et la tient à sa merci par la retraite d’Alexandre Ier, p. 260.--Il épargne la Prusse, lui donne le Hanovre (15 décembre 1805), pour l’opposer aux Russes et isoler l’Autriche, p. 261.--Schœnbrunn et Presbourg: rien pour la France. Napoléon maître de Venise et de l’Adriatique, p. 262 et 263.--Occupation de toutes les côtes, depuis Naples jusqu’à Ancône, après Presbourg, p. 264.--Les maréchaux, les ministres associés à la conquête du maître: les Duchés napoléoniens, p. 265.--Grandeur et projets de Napoléon. Son secret: l’Orient, p. 266.--Efforts des diplomates européens pour le lui fermer en sauvant la Turquie, p. 267.--Programme de Napoléon: établissements de Louis en Hollande, de Murat, de Jérôme, d’Eugène Beauharnais, en Allemagne et en Italie, p. 268 et 269.--Création de la confédération germanique; l’alliance prussienne, p. 270.--Napoléon s’assure de l’Europe: l’Angleterre et la Russie. Le Problème de l’Orient (mai 1806), p. 271.--Négociations simultanées en vue d’une alliance, soit avec l’Angleterre, soit avec le tsar, p. 272.--Napoléon se décide pour l’alliance russe: le traité d’Oubril (juillet 1806), p. 273, désavoué par Alexandre Ier quand il a détourné la Prusse de Napoléon, p. 274 et 275.--La Prusse, la Russie, l’Espagne préparent la guerre: Napoléon pris au piège de la diplomatie russe, obligé de combattre en Allemagne, p. 276.--Recul de ses ambitions orientales; son premier échec, p. 277.--Guerre inutile aux Français, p. 278.--Bibliographie, p. 278.
CHAPITRE XI
La conquête de l’Allemagne et de la Prusse.
LA PAIX DE TILSITT.
Napoléon et la guerre de Prusse; sa responsabilité et ses victoires, p. 279 et 280.--Comment il se justifie auprès des Français, p. 281.--Blocus continental; décret de Berlin. Guerre aux Anglais, p. 282.--Comment il exploite la haine de la France contre l’Angleterre et prépare une grande alliance contre le tsar, p. 283.--Négociations avec l’Autriche, la Porte et la Perse, p. 284.--Guerre indécise en Pologne (décembre 1806), p. 285.--Napoléon dévoile aux Français son programme oriental, p. 286.--Son embarras après Eylau (février 1807). Il songe à se rapprocher de la Russie, p. 287 et 288.--Nouvel effort diplomatique et militaire (mars–avril 1807), p. 289.--Friedland, p. 290.--L’entrevue de Tilsitt, p. 291.--Ouvertures diplomatiques de Napoléon au tsar: le partage de l’Orient, p. 292 et 293.--La paix de Tilsitt: l’Allemagne; la Prusse démembrée, surveillée; les princes et les peuples d’Allemagne reconnaissants, p. 294 à 296.--L’Allemagne napoléonienne: satisfaction des Français, p. 297 et 298.--Les articles secrets de Tilsitt: Napoléon s’assure la Méditerranée, occupe le Portugal, menace l’Espagne, p. 299 à 301.--Aveuglement des Bourbons d’Espagne, p. 302.--Le partage de la Turquie décidé, mais non réglé, p. 303.--Napoléon assure le triomphe de la politique révolutionnaire et son propre succès, p. 304.--Son programme et son intrigue en 1807, p. 305.--Pour l’arrêter, l’Angleterre bombarde Copenhague et se fait déclarer la guerre par Alexandre Ier, p. 306 et 307.--Décrets anglais contre les neutres et la France (novembre 1807): le décret de Milan (17 décembre), p. 308.--Napoléon en Italie: préparatifs de son entreprise orientale, p. 309.--Bibliographie, p. 309 et 310.
CHAPITRE XII
L’alliance de Tilsitt. La révolution d’Espagne (1808).
Double politique contradictoire de Napoléon avec les Turcs et le tsar: l’armistice de Solobosa (24 août 1807), p. 311 et 312.--Ses motifs: en principe partager la Turquie, et la sauver momentanément pour retarder le partage, p. 312.--Impatient, le tsar occupe les Principautés, p. 314.--Napoléon en échange refuse d’évacuer la Silésie, p. 315.--Négociations. Irritation d’Alexandre Ier: sa mise en demeure, p. 316.--Le projet d’expédition aux Indes (février 1808), diversion calculée par l’Empereur comme l’expédition contre la Suède (février–avril), p. 317 à 319.--Les Russes seront refoulés et occupés avec les Anglais au nord et en Asie, p. 320.--Préparatifs pour une entreprise en Égypte (mars 1808), p. 321, et discussion immédiate du partage de la Turquie, p. 321 et 322.--Caulaincourt et Roumantsoff à Saint-Pétersbourg: la question non résolue de Constantinople et des Dardanelles, p. 323 et 324.--Napoléon propose une entrevue au tsar, p. 325.--Alexandre la refuse, s’il n’a pas la promesse de Constantinople, p. 326.--Juin 1808: l’expédition d’Égypte fixée au mois d’octobre, p. 327.--Les alliés de Tilsitt en juillet 1808: Constantinople les divise, p. 328 et 329.--Difficultés de partager la Turquie: le génie de l’Empereur et la résistance des choses, p. 330.
L’affaire d’Espagne (octobre 1807): discordes des Bourbons. Napoléon mobilise son armée des Pyrénées, p. 331 et 332.--Murat envoyé à Madrid (mars 1808), p. 333.--Les frères de Napoléon, Joseph, Lucien, Louis, refusent le trône d’Espagne, p. 334.--Le peuple espagnol, ne voyant pas de roi désigné, craint d’être conquis, p. 335.--Son émotion à la nouvelle du guet-apens de Bayonne: le complot de l’Empereur; les Bourbons à Valençay; l’insurrection espagnole, p. 336 à 338.--Elle est favorisée par la confiance de Murat qui s’attache les Espagnols pour être roi et se voit refuser par Napoléon le trône, p. 339 à 341.--Effet moral des événements d’Espagne sur l’Europe: jugements de Talleyrand et du Mémorial, p. 342.--Capitulation de Baylen, de Cintra (juillet–août 1808), p. 343.--Le réveil de la nation espagnole et les espérances des nations européennes: opinion de Stein (15 août 1808), p. 343 et 344.--Bibliographie, p. 344.
CHAPITRE XIII
Les nations européennes de 1789 à 1809.
Lentes modifications dans les sentiments des nations pour la France, p. 345.--Comment elles ont entendu l’appel de la philosophie française au dix-huitième siècle, mais incomplètement: politique des princes éclairés, p. 346.--Le cosmopolitisme littéraire de Rousseau atteint davantage les peuples et leur donne une conscience commune, p. 347.--Allemands et Anglais à son école, p. 348.--Influence de Rousseau sur les Polonais, les Irlandais, les Hongrois, les Italiens, p. 349.--Rousseau et les Suisses: Mme de Staël, p. 350.--Que les peuples tendaient par cette influence au cosmopolitisme, lorsque la Révolution française rendit aux Français un plus vif sentiment de leur nationalité, p. 352.--La propagande révolutionnaire, l’esprit de conquête et d’intrigue en 1792: malentendu et conflits avec l’Europe déçue, p. 352.--Les Belges conquis, exploités par les Jacobins et le Directoire, p. 353.--La Vendée belge: formation d’une conscience nationale, p. 354.--Ménagements et fautes de Napoléon (1803-1809): les patriotes belges, p. 355.--La Hollande, d’abord épargnée par la conquête, se donne une constitution (mai 1796), p. 356.--Elle perd la Flandre hollandaise, ses colonies et s’irrite d’une alliance onéreuse, p. 357.--Napoléon, le roi Louis et le patriotisme hollandais, p. 358 et 359.--La Suisse; la République française et ses violences avec le parti unitaire: résistance des fédéralistes et patriotes Suisses (1798), p. 359.--La Vendée suisse: reconstitution nationale du peuple Suisse, p. 360.--Napoléon le ménage par l’acte de médiation, p. 360.--La Suisse, asile de la liberté. «États généraux de Coppet», p. 361.--L’Italie: délivrée et conquise par la France (1796), p. 362.--Bonaparte en fait sa chose: sa politique italienne, p. 363.--Les républiques Cisalpine et Ligurienne à sa discrétion, p. 364.--Bonaparte occupe Venise et refuse d’occuper Rome, p. 365.--Républiques romaines et parthénopéennes créées en dehors de lui, p. 366.--La nation italienne se serait alors formée par haine de la France, par calcul de Bonaparte, sans un particularisme tenace, p. 367.--La période du trienno: ruine du particularisme, p. 368.--La République italienne à la Consulte de Lyon (1802), p. 368.--Mécontentement de l’Italie contre Napoléon malgré la création du royaume d’Eugène Beauharnais (1805), p. 369.--Les écrivains patriotes, p. 370.--Influence sur ces haines de la querelle entre l’Empereur et le Pape: motifs de cette querelle, politiques, p. 371 et 372.--L’exécution de la papauté, p. 373.--Ses effets sur l’Italie: Manzoni, p. 374.--Sur l’Europe et les peuples, p. 374.--La Hongrie libérale et antinapoléonienne (1796-1809), p. 374 et 375.--La France en Dalmatie (1807): clergé et noblesse conspirent avec l’Autriche, p. 375.--Le gouvernement local et la conquête française: Dandolo et Marmont, p. 376.--Attitude générale des peuples de l’Autriche: le Tyrol, le Vorarlberg, p. 377.--L’Allemagne antinapoléonienne, p. 378.--La chute et le relèvement national de la Prusse, p. 380.--Les réformateurs prussiens: l’œuvre de Stein. La nation prussienne, p. 380.--Scharnhorst et Gneisenau: la nation armée, p. 381.--Stein, les Allemands de Prusse, et la patrie allemande, p. 382.--Union des hommes d’action et des penseurs, guéris du cosmopolitisme: Fichte, p. 383 et 384.--l’Université de Berlin, centre et symbole de cette union, p. 384.--Les premiers soulèvements patriotiques: V. Katt, Schill et le duc de Brunswick, p. 385.--Jugements et erreurs de Napoléon sur l’hostilité et le réveil des peuples, p. 386.--Bibliographie, p. 386 et 387.
CHAPITRE XIV
L’Entrevue d’Erfurt et le Secret de Talleyrand.
Docilité persistante des Français en 1808; entretenue par la police et par la presse, par leur amour de la gloire: l’opinion publique, p. 388 et 389.--Que l’opposition a commencé parmi les serviteurs de Napoléon, p. 389.--Premières intrigues de Talleyrand et Fouché avec Metternich révélées par lui (décembre 1808), p. 390 et 391.--Talleyrand découvre à l’Autriche le programme oriental de Napoléon et l’engage à s’y opposer par la menace, p. 391 et 392.--Armements de l’Autriche: irritation de Napoléon arrêté dans ses projets, p. 393 et 394.--Il va à Erfurt pour briser cette résistance et exiger d’Alexandre Ier le désarmement de l’Autriche, p. 395.--Il apporte au tsar une série de concessions préparatoires, l’abandon à la Russie des Principautés, la libération de la Prusse, p. 396.--Il veut l’éblouir par les fêtes et les réceptions, p. 396.--Erfurt (septembre 1808), p. 397.--Alexandre, avant l’entrevue circonvenu, détourné par Talleyrand, p. 398.--Napoléon trompé: le tsar accepte les concessions de l’Empereur et lui refuse son concours pour menacer l’Autriche, p. 399 et 400.--La Convention d’Erfurt: avantages pour la Russie, inutilité pour Napoléon, défensive et non offensive, p. 401.--La défaite diplomatique de l’Empereur s’explique par l’intrigue de Talleyrand, p. 402.--Cette intrigue a-t-elle réellement servi la France? p. 403.--Inconvénients des procédés de Talleyrand, servir et trahir à la fois, p. 404.--La tradition, même bonne, gâtée par l’intrigue, p. 404.--Trahison certaine de Talleyrand, p. 405.--Bibliographie, p. 405.
CHAPITRE XV
La guerre de 1809. La paix de Vienne et le réveil de la Pologne.
Le retour d’Erfurt: Napoléon a deviné la trahison, en cherche les motifs, p. 406 et 407.--Nécessité d’un héritier: le divorce, p. 407.--Départ de l’Empereur pour l’Espagne; ses victoires: Joseph rétabli, p. 408.--L’Espagne sauvée dans sa détresse, comme la France en 1792-1793, par les complications de l’Orient: assassinat de Baraïcktar, p. 409.--Napoléon quitte l’Espagne pour agir en Orient (janvier 1809), p. 409 et 410.--L’Autriche commence la guerre pour l’arrêter avec l’espoir d’être soutenue par les peuples, p. 411.--Talleyrand l’y invite, p. 412.--Sa trahison découverte par l’Empereur, sa disgrâce, p. 413.--Alexandre s’obstine à ménager l’Autriche, p. 414.--Napoléon seul contre elle, surpris par son attaque: Hansen, Abensberg et Eckmühl (avril 1809), p. 415.--L’archiduc Charles temporise: Napoléon à Vienne invoque le concours d’Alexandre Ier et ne l’obtient pas, p. 417 et 418.--Aspern et Essling, p. 418.--La Galicie affranchie par Poniatowski: reconstitution de la Pologne, p. 419.--Colère des Russes: alliés suspects, ils occupent la Galicie et menacent Napoléon, p. 420.--Victoires de Raab et de Wagram, p. 421.--L’armistice de Znaïm (11 juillet): pourquoi Napoléon s’y est déterminé, p. 422.--La révolte du Tyrol, les fautes du roi Jérôme empêchent sa concentration en Bohême, p. 423.--Napoléon prépare, grâce à l’armistice, cette campagne décisive, p. 424.--Dans l’intervalle conflit probable en Galicie entre les Polonais et les Russes, également ses alliés, p. 425.--Pour l’éviter Napoléon se décide à la paix: conférences d’Altenburg, p. 426.--Satisfactions à fournir au tsar, arbitre de sa fortune: propositions d’un partage de la Galicie, p. 426 et 427.--Alexandre Ier refuse aux Polonais la Galicie, à Napoléon la paix à cette condition, p. 428.--Napoléon, ayant obtenu son consentement à un partage, feint de conclure la paix selon ses volontés: la paix de Vienne, p. 429.--L’Illyrie napoléonienne, la Galicie aux deux tiers rendue aux Polonais, l’Autriche désarmée, l’Espagne vaincue, p. 430 et 431.--Toute-puissance apparente de Napoléon: Metternich découragé; le Tyrol sacrifié, p. 431 et 432.--Embarras de Napoléon cependant en Pologne, p. 433.--Le tsar repoussé des Balkans par les Turcs, s’acharne contre la Pologne qui se reconstitue, p. 433 et 434.--Ses propositions à Napoléon pour la détruire, p. 435.--La France et la Révolution interdisent à l’Empereur ce sacrifice, p. 436.--La Pologne se dresse entre lui et son allié, p. 437.--Complications redoutables, p. 438.--Bibliographie, p. 438 et 439.
CHAPITRE XVI
L’année 1810.
EXPANSION EXTÉRIEURE ET CRISE INTÉRIEURE DE L’EMPIRE.
L’Empire et ses embarras en 1810, p. 440.--L’Espagne: politique contradictoire de Napoléon et de Joseph, p. 441.--Le pays distribué aux maréchaux: leurs intrigues, p. 441.--Les Anglais dans la péninsule espagnole, en Belgique: expédition de Walcheren, p. 442.--Les fautes et l’opposition du roi de Hollande: mauvaise volonté et imprévoyance, p. 443 et p. 444.--La Hollande incapable de repousser les Anglais: inquiétudes des Français, plaintes de Napoléon, p. 445.--La défense nationale organisée dans le Nord par Fouché: soupçons de trahison, p. 446.--Napoléon décide de réunir la Hollande, p. 447.--La crainte d’exaspérer l’Angleterre le fait encore hésiter, p. 448.--Il lui propose la paix par le roi Louis, venu à Paris, p. 449.--Refus de l’Angleterre: la Hollande annexée en partie, p. 450.--Napoléon découvre les intrigues de Fouché et du roi Louis (mars 1810); leur disgrâce, p. 451.--Réunion de la Hollande et des pays de l’Elbe aux dépens du roi de Westphalie, p. 452.--Incapacité, désordres de Jérôme: il est maintenu et diminué, p. 454.--Châtiment de Bourrienne, p. 454.--L’intrigue de Bernadotte en Suède: le roi Charles XIV et sa succession, p. 455.--L’élection de Bernadotte, p. 456.--Colère impuissante de Napoléon qui a été joué, p. 457.--Intrigues et trahison tout autour de lui, p. 458.--Comme remède, il se résout au divorce, p. 459.--Les décisions du Conseil et la négociation de mariage à Saint-Pétersbourg, p. 460.--Metternich propose Marie-Louise, p. 461.--Divorce et mariage en trois mois, p. 462, pour décourager les intrigants, p. 463.--Mesure tardive: les trahisons ont encouragé les révoltes nationales, p. 464.--Caresses de Murat, concessions de Joseph aux Espagnols, p. 465.--Le «bon roi» Louis et le patriotisme hollandais, p. 466 et 467.--L’Angleterre champion des peuples, p. 467 et 468.--Lutte sans merci entre elle et Napoléon, p. 468.--Malgré cette lutte et tous ses embarras, Napoléon poursuit ses entreprises orientales: projets maritimes sur l’Égypte et le Levant, p. 469, retardés tout d’un coup par le conflit avec la Russie (mars 1811), p. 470.--Opposition de l’Europe au Secret de l’Empereur, p. 471.--Le duel avec Alexandre Ier, p. 471.--Bibliographie, p. 472.
CHAPITRE XVII
Le duel de Napoléon et d’Alexandre Ier.
Provocations de 1810 attribuées à Napoléon, à tort, p. 473.--Politique agressive du tsar en Pologne depuis la fin de 1809, p. 474.--Dissimulation d’Alexandre jugée par les contemporains, p. 474.--Sa politique analogue à celle de Catherine II, p. 475.--Alexandre Ier et Adam Czartoriski, p. 476.--Les Russes convoitent la Pologne entière à défaut de Constantinople refusé par Napoléon: ils arment, p. 476 et 477.--Napoléon surpris arme pour se défendre (janvier 1811), p. 478.--Ambitions séculaires et préparatifs de la Russie, p. 479.--Recul d’Alexandre Ier déterminé par la résistance des Polonais, p. 480.--Il offre la paix à Napoléon en échange de la Pologne. Refus forcé de l’Empereur, p. 481.--15 août 1811: la guerre de Russie. Napoléon mobilise l’Europe, p. 482 et 483.--Il somme la Prusse de lui livrer passage, p. 484.--La Prusse y consent, l’Autriche restant neutre ou alliée de l’Empereur. Traité de Paris (24 février 1812), p. 485.--La marche sur le Niémen, p. 486.--Tactique des Russes: Barclay de Tolly et Bagration, p. 487.--Négociations du tsar avec la Turquie (Bucharest, mai 1812), avec la Suède (août 1812), p. 488.--Mai 1812: Napoléon à Dresde. Son rêve oriental, p. 489.--Inquiétudes et trahisons de ses collaborateurs, p. 490.--Juin 1812: Alexandre à Vilna, rendez-vous des nations. Son plan de résistance, p. 491.--Le passage du Niémen (24 juin), p. 492.--Retraite des armées russes: déception de Napoléon qui veut négocier. Refus du tsar, p. 493.--Smolensk et Valoutina: la Pologne affranchie, p. 494.--La marche sur Moscou et le Secret de Napoléon en 1812: les Polonais et la France sacrifiés. Borodino (12 septembre), p. 495 et 496.--Obstination et angoisses d’Alexandre Ier: l’incendie de Moscou, p. 497.--Rostopchine: indignation et énergies du peuple russe, p. 498.--La Retraite de Russie, l’abandon de la Pologne (décembre), p. 499.--Alexandre Ier maître de la Pologne: faux calculs, p. 500.--La Convention de Kalisch (28 février 1813): le tsar, la Prusse et la guerre d’Allemagne. Bibliographie, p. 501, 502, 503.
CHAPITRE XVIII
La liquidation impériale (1813-1814).
La guerre des peuples (1813), p. 504.--La Croisade prussienne et allemande, p. 505.--Hésitations de Frédéric-Guillaume III: mobilisation, p. 506.--Le peuple espagnol en 1812: Joseph chassé de Madrid (10 août 1812). La Constitution du 18 mars, p. 507.--La vengeance des peuples exploitée par l’Angleterre, p. 508.--Calculs du tsar, du roi de Prusse, de Bernadotte, p. 509.--L’Autriche inquiète du réveil de l’Allemagne et des ambitions russes: la médiation armée, autre calcul, p. 510.--Résistance et préparatifs de Napoléon: confiance et patriotisme des Français, p. 511.--Lutzen et Bautzen, p. 512.
L’armistice de Plesswitz. Négociations de Dresde et de Prague.--Plesswitz, p. 510.--Napoléon désire la paix, mais avec la Russie seule, p. 513.--Propositions et plan de Metternich: Bubna à Dresde, Stadion auprès du tsar, p. 514.--Napoléon refuse l’Illyrie à l’Autriche et lui prépare la guerre (mai 1813), p. 515.--Il offre la paix et son alliance à Plesswitz au tsar: refus maladroit de celui-ci, p. 516 et 517.--L’Autriche, arbitre de la paix, son intimité avec le tsar. Reichenbach après Kalisch, p. 518 et 519.--Entrevue de Dresde décisive pour Napoléon, p. 519.--La paix au prix de l’Illyrie: entêtement de l’Empereur, p. 520.--Le Congrès de Prague, dernière offre de Metternich, p. 521.--Réponse tardive de l’Empereur (11 août 1813); 10 août; reprise de la guerre: Dresde et Leipzig, p. 522.--La Retraite d’Allemagne: l’Europe en armes, p. 523.--La France réduite à ses frontières. Décomposition de l’Empire napoléonien, p. 524.--Illusions funestes de Napoléon: recherche d’une paix impossible, refus de traiter avec l’Autriche. Le vrai rôle de Metternich et la question illyrienne, p. 525 et 526.
Négociations de Francfort et de Châtillon.--Les alliés à Francfort: leurs dissentiments. Le plan de l’Autriche adopté: guerre à Napoléon (novembre 1813), p. 526 et 527.--Les négociations de Francfort: calculs de Metternich. Manifestes et plan de campagne des Alliés, p. 528.--L’invasion: Brienne et la Rothière, p. 529.--Le Congrès de Châtillon (4 février 1814), p. 529.--Ses causes: négociations stériles, mais nécessaires aux alliés pour détacher les Français de Napoléon, p. 530.--L’opinion en France, p. 531.--Caulaincourt, son ministre, «l’homme de la paix»: ses hésitations le 6 février 1814 et son impuissance, p. 532.--La campagne de France, p. 533.--Négociations et batailles (février–mars), p. 534.--Le Congrès de Châtillon, repris et continué jusqu’au 18 mars, prouve encore la puissance morale de la France entre Napoléon et ses adversaires, p. 535.--Les Alliés en désaccord sur l’avenir des Français, p. 536.--L’Angleterre et le pacte de Chaumont: capitulation de Paris, p. 537.--Ruine de Napoléon: importance et autorité de Talleyrand, p. 538.--Talleyrand et la Restauration, p. 539.--Bibliographie, p. 539 et 540.
CHAPITRE XIX
Le Congrès de Vienne (1814-1815).
Les traités de Fontainebleau et de Paris.--Traité de Fontainebleau: la déchéance de Napoléon et ses conditions; la famille des Bonaparte, p. 541 et 542.--Traité de Paris: la perte des conquêtes révolutionnaires, Italie, Allemagne, Belgique; le maintien des conquêtes civiles et la Charte, p. 543.--Le rôle de Talleyrand: a-t-il servi ou trahi la France? p. 544.--La frontière française au 30 mai 1814, p. 545.--Acquisitions de l’Angleterre, p. 546.--Promesses de cessions à l’Autriche en Italie par les articles secrets du traité, p. 547.--Les conquêtes de la Prusse et de la Russie presque ajournées, p. 548.--Politique et système de Talleyrand; ses avantages, p. 549.--Le prochain Congrès de Vienne et le sens des articles secrets du traité de Paris, p. 550.--Mécontentement et vengeance d’Alexandre Ier: le pacte de Chaumont renouvelé (29 juin), p. 551.--Plan de campagne de Talleyrand, instructions de Louis XVIII en vue du Congrès, p. 552 et 553.--Le système des partages et le droit public invoqué par la France, p. 554.--La légitimité, le droit et la défense des États secondaires, p. 555.--Importance des questions de Pologne et d’Orient, p. 556.--L’avenir de la France selon Talleyrand et ses adversaires: sûreté ou conquête, p. 557.
Le Congrès de Vienne, p. 557.--La France exclue par les Quatre au Congrès (18 septembre), puis admise avec les puissances secondaires (8 octobre), p. 558 et 559.--Colères du tsar; entrevue avec Talleyrand, p. 560.--Attitude de l’Angleterre et de l’Autriche: le Congrès ajourné au 1er novembre, p. 560 et 561.--La Prusse occupe la Saxe (10 nov.): les puissances allemandes protestent, l’Autriche s’inquiète. Reprise du Congrès, p. 562 et 563.--L’échange de la Saxe et du Rhin: l’Angleterre abandonne la Prusse. La ligue du 3 janvier 1815, p. 564.--La Saxe sauvée: Talleyrand triomphe, p. 565.
Retour de Napoléon et ses motifs. Les rancunes des Bourbons: les Bonaparte et Murat menacés, p. 566 et 567.--Napoléon hors la loi (13 mars): Louis XVIII en fuite, p. 568 et 569.--La politique des Bourbons: traditions et intrigues, p. 569.
Les Cent Jours.--L’acte final de Vienne.--Restauration des Bourbons, conditions de l’Europe: le pacte de la royauté avec l’étranger, p. 570 et 571.--Napoléon essaie de diviser les alliés, p. 572.--Waterloo: projets européens de démembrement de la France, p. 573.--La France sauvée par le tsar et les Anglais: pourquoi? p. 574.--Louis XVIII écarte Talleyrand et appelle Richelieu, p. 575.--La frontière française au deuxième traité de Paris, p. 575.--L’acte final du Congrès de Vienne maintenu, p. 576.--L’Europe en 1815: progrès de l’Angleterre et de la Russie, p. 577.--Acquisitions et cessions de la Prusse, de l’Autriche, p. 578 et 579.--Les puissances du Nord: Suède et Danemark, p. 580.--Les États allemands: Hanovre, Saxe, Hesse, Bavière et Bade, p. 580 et 581.--La Confédération germanique et la Diète de Francfort, p. 582.--Le Royaume-uni des Pays-bas, p. 583.--L’Italie et la Suisse: Sardaigne, Saint-Siège et Naples, p. 584.--L’œuvre de Talleyrand, p. 585.--La politique des vainqueurs, les vengeances des alliés, p. 585.--Les ambitions de la Russie en Orient après 1815: l’humiliation et la revanche de la France, p. 586.--Bibliographie, p. 587 et 588.
CHAPITRE XX
La Sainte-Alliance (1815-1818).
La Sainte-Alliance et la question d’Orient.--Que la Sainte-Alliance n’a pas été l’œuvre de Metternich, ni en principe un instrument pacifique, p. 589.--Origines de la Sainte-Alliance: la note du 31 décembre 1814. Alexandre Ier: mysticisme et politique, p. 590.--Publication et texte de la Sainte-Alliance, p. 591.--Sa portée: politique d’Alexandre après Waterloo: sauver la France pour disputer l’Orient à l’Europe, p. 592 et 593.--Les desseins du tsar en 1815: sur la Pologne, p. 594.--Sur la Finlande, p. 595.--Étapes que la Russie se prépare dans les Balkans, p. 596.--Opposition de l’Angleterre: avances du tsar à la France; la Sainte-Alliance contre les Turcs, p. 597 et 598.--Les Bourbons restaurés: les chambres, les ultras, la nation. Embarras de Richelieu à servir le tsar, p. 599.--Mécontentement et impuissance d’Alexandre Ier en 1817: la Sainte-Alliance, démasquée, avorte, p. 600.
La Sainte-Alliance et les colonies espagnoles d’Amérique, p. 600.--La question de l’Amérique du Sud en 1817, p. 601.--Les races indigènes, leur passé, leur persistance, leur éveil, p. 602.--Les colons espagnols; l’administration coloniale de l’Espagne au dix-huitième et au dix-neuvième siècle, p. 603.--La révolte; son caractère suivant les provinces: indigènes ou Européens, modérés, libéraux, p. 604 et 605.--Politique qu’aurait dû suivre l’Espagne: son succès probable entre les indigènes et les libéraux, p. 605.--Entêtement de Ferdinand VII: offres de la Russie. La Sainte-Alliance mise par elle à son service, p. 606.--L’Angleterre et l’Amérique du Sud (1790 à 1816), p. 607.--Alexandre Ier se déclare contre les Jacobins d’Amérique: mémoire russe sur les colonies espagnoles (juin 1818), p. 608 et 609.--La Sainte-Alliance renaît en 1817-1818: Amérique et Orient, p. 610.--Bibliographie, p. 611.
CHAPITRE XXI
Le règne de Metternich.
LES CONGRÈS D’AIX-LA-CHAPELLE ET DE TROPPAU.
Aix-la-Chapelle (1818), p. 612.--Le programme du Congrès: Metternich et les Anglais l’acceptent, mais refusent de s’occuper de l’Amérique du Sud, p. 612 et 613.--Alexandre espère les y amener avec l’aide des Bourbons, p. 614, et procure à Louis XVIII la libération anticipée et définitive de son royaume (9 octobre 1818), p. 614.--Richelieu et les puissances à Aix-la-Chapelle, p. 615.--Sa politique de restauration royale. Plan de Louis XVIII pour les affaires d’Amérique, p. 616.--Impossibilité pour lui de servir Alexandre Ier par la Sainte-Alliance contre les Révolutions, p. 617.--Il se rapproche alors de Metternich en secret: intrigues de Caraman et de Decazes, p. 618.--Visite inutile du tsar à Paris (octobre 1818): son échec à Aix-la-Chapelle, p. 620.--Les protocoles du Congrès; évacuation de la France, déclarations générales et sans effets contre les révolutionnaires, p. 621.--La paix assurée; Metternich satisfait. Il adopte le langage de la Sainte-Alliance, pour l’annuler, p. 621 et 622.
Colères d’Alexandre Ier: menaces de rupture avec la France. Démission du duc de Richelieu (décembre 1818), p. 622.--Projet russe d’une nouvelle intervention en France, rejeté par l’Autriche, p. 623.--Efforts de Louis XVIII pour apaiser le tsar (mai 1819): échec de la mission du comte Hulot, p. 624.--L’assassinat du duc de Berry: chute de Decazes. Rentrée de Richelieu avec les ultras, p. 625.--La revanche et les ordres du tsar (1820), p. 626.--Metternich et Alexandre après le congrès d’Aix-la-Chapelle: l’Autriche impose ses volontés à l’Allemagne. Conférences de Carlsbad (1819), p. 627 et 628.--Le tsar prend sa revanche avec l’Allemagne du Sud aux Conférences de Vienne (1820), p. 629.--Il se prépare à la prendre avec les Bourbons en Espagne: révolution de Madrid (février–mai 1820), p. 630 et 631.--L’Angleterre l’arrête encore. Révolution de Naples (juillet 1820), p. 632.--Inquiétudes de l’Autriche; le tsar se réjouit des révolutions qui réclament l’intervention et l’usage de la Sainte-Alliance, p. 633.--Richelieu propose un congrès à Troppau, p. 634.--La Russie l’exige, l’Autriche l’accepte, p. 635.
Troppau, p. 636.--Recul de la France à la veille du Congrès (août 1820). Decazes et les Anglais; leur influence sur Louis XVIII: craintes de Richelieu, p. 637.--Il propose du moins au tsar une entente secrète, refusée, p. 638.--Le Congrès (octobre 1820): duel de Metternich et d’Alexandre Ier, p. 639.--Distinctions subtiles de l’Autriche pour intervenir à Naples, non en Espagne, p. 639.--Conditions du tsar: Naples et l’Espagne, p. 640.--Nouvel échec d’Alexandre Ier: les protocoles du Congrès. Déclarations favorables à la Sainte-Alliance en général, limitées en fait à l’affaire de Naples, p. 641 et 642.
Laybach (1821).--Ferdinand de Sicile convoqué trahit ses sujets, p. 643.--L’Autriche et les princes italiens à Laybach, p. 644.--Les révoltes de Naples et du Piémont réprimées (février–mars 1821), p. 645.--Triomphe de Metternich (mai 1821), p. 646.--Le tsar prépare et attend le succès de la Sainte-Alliance d’une entente avec les Ultras, p. 647.--La politique de la Restauration en 1821; deux courants: Rayneval et Pasquier, Richelieu, p. 647 et 648.--La France, arbitre de la paix et de la guerre, p. 649.--La Sainte-Alliance en 1821, la Russie et les Français, p. 650.--Bibliographie, p. 651.
CHAPITRE XXII
La guerre de 1823.
LE CONGRÈS DE VÉRONE: GRÈCE OU ESPAGNE.
Le réveil de la nation française en 1823.--Passions et calculs, gloire et conquête, p. 652 et 653.--L’intrigue belliqueuse des Ultras: influence de Chateaubriand; Alexandre Ier et le comte d’Artois, p. 654.
Le réveil et l’indépendance de la Grèce (1821).--État de l’Empire turc: janissaires, ulémas et pachas, p. 655 et 656.--Morcellement intérieur de la Turquie, p. 657.--Les dynasties locales: Épire, Égypte, Serbie, etc., p. 658.--Les hospodars des provinces roumaines, p. 659.--Crise de la Turquie précipitée par les réformes (1808-1820), p. 660.--Mahmoud, Ali de Janina et les Grecs (février 1820), p. 661.--L’insurrection grecque: klephtes et prêtres; les rois des montagnes, p. 662.--L’Hétairie: phanariotes et philhellènes, p. 663.--La prise d’armes et l’échec d’Ypsilanti (mars 1821), p. 664.--Les Grecs vainqueurs en Morée et dans les îles: la guerre sainte en Turquie, les massacres, p. 665 et 666.--Alexandre Ier obligé par son peuple à se déclarer pour les Grecs (juin 1821), p. 667.--Son ultimatum: embarras de Metternich, p. 668.--L’Autriche lui refuse son concours, p. 669.--La Prusse et la France lui accordent le leur, p. 669.--Proclamation de l’indépendance grecque à Argos (décembre 1821), p. 670.--Rupture de la Russie et de la Porte, p. 671.--Brusque évolution de la Prusse alarmée de l’action française sur le Rhin, p. 671.--Hésitations d’Alexandre qu’elle détermine, p. 672.--Conférences de Hanovre (octobre–décembre 1821), p. 672.
La Grèce abandonnée: les ultras et l’Espagne.--La France indignée des hésitations du tsar: chute du ministère Richelieu (décembre 1821), p. 673 et 674.--Le ministère Villèle-Montmorency: il préfère servir le roi d’Espagne, p. 675.--Il abandonne la Grèce (février 1822), p. 676.--Le tsar y consent, Metternich aussi: Tatischeff à Vienne, p. 677.--Défaite des Grecs, mort d’Ali (juillet 1822): joie de Metternich, p. 678.--Coup d’État royal à Madrid (juillet 1822), p. 679.--L’intervention française en Espagne, p. 680.
Congrès de Vérone (octobre–décembre 1822), p. 680.--Mort de Castelreagh: la politique anglaise de 1815 à 1822, p. 681.--Le peuple, l’Irlande et les catholiques, p. 682.--Nécessités de la paix pour le ministère tory: ses expédients. Il exploite la révolte américaine et assure en 1822 son triomphe définitif, p. 683 à 685.--Succès provisoire des torys menacés par l’opposition des whigs et des villes, p. 686 et 687.--Discordes de la famille royale; schisme tory: Peel et Canning, p. 688.
Metternich à Vérone: abandon de la Grèce, p. 689.--Unification de l’Italie. Soumission de l’Espagne, mais pas d’intervention en Amérique, p. 690.--Les Français: programme et instructions de Villèle (août 1822), p. 690.--Montmorency et Chateaubriand d’accord avec le tsar ne les suivent pas, p. 691.--Décret de Vérone contre les Constitutionnels d’Espagne (novembre 1822), p. 692.--Villèle s’y oppose, renvoie Montmorency, p. 692.--Chateaubriand ministre: la guerre d’Espagne décidée; son succès (avril–novembre 1823), p. 693.
Illusions de Metternich sur la paix de l’Europe qu’il croit assurée, p. 694.--Chateaubriand, les Français et la conquête du Rhin (1823), p. 695.--Colères, menaces de la nation anglaise contre le réveil et les victoires de la France, p. 696.--Chateaubriand et Canning en 1823.--Canning obligé à la paix, p. 697.--L’Angleterre et la non-intervention, p. 698.--Bibliographie, p. 699.
CHAPITRE XXIII
La Sainte-Alliance et la Politique de non-intervention (1824).
Nature, histoire et caractères de la Sainte-Alliance, p. 700 et 701.--Le monde de 1815 à 1824, p. 702 et 703.--Les origines américaines de la non-intervention, p. 704.--Les États-Unis (1789-1809): crise constitutionnelle, p. 705.--Les partis réconciliés par la conquête (1813), p. 706.--Caractère et prodigieux développement de cette conquête, p. 707.--Les États-Unis et la Russie opposés depuis 1818: légitimité ou liberté, simples mots, p. 708.--En 1823, Congrès de Vérone et politique de Monroë, p. 709.--Les Anglais et Canning menacés des deux côtés, p. 710 et 711.--Non-Intervention on Intervention, p. 712.--Politique de Canning réglée par les événements du Nouveau Monde (1824), p. 713.--Canning et Metternich: opposition apparente, analogie des procédés, p. 714-715.
CHAPITRE XXIV
L’œuvre de Canning.
AMÉRIQUE ET ORIENT (1824-1827).
Canning, l’Angleterre, les États-Unis et l’Atlantique, p. 716.--Projet d’une conférence à Londres des puissances maritimes, p. 717.--Villèle l’accepte: Polignac en Angleterre (mars 1824), p. 718.--Embarras de Chateaubriand qui ne veut pas rompre avec le tsar, p. 719.--La note Ofalia présentée à Canning (juin 1824): chute de Chateaubriand, p. 720.--Metternich isolé; la Sainte-Alliance enchaînée: succès complet de Canning, p. 721.
Son embarras dans les affaires du Brésil et du Portugal, p. 722.--L’indépendance du Brésil: l’empire de Don Pedro Ier; Jean VI, les Portugais et don Miguel (1823), p. 723.--Médiation difficile pour l’Angleterre (1823), p. 724; rendue plus difficile encore par la diplomatie d’Hyde de Neuville à Lisbonne, p. 725 à 726.--Les Français et les Anglais aux prises en Portugal; concessions de Villèle (mai–décembre 1824), p. 727.
Initiative hardie de Canning en présence du congrès de Panama (1825), p. 729.--Entente avec Villèle: Indépendance du Brésil et de l’Amérique du Sud reconnue, p. 731 à 736.--L’échec du Congrès de Panama, et de Bolivar: la lutte des races en Amérique (1826), p. 732 et 733.--Résultats de la politique de Canning au delà de l’Atlantique, p. 734.
Canning, l’Angleterre et la question de la Méditerranée, p. 735.--La non-intervention en Orient. Détresse de la Grèce en 1823, p. 735 et 736.--Action prochaine de la France et de la Russie: conférences de Saint-Pétersbourg (1824), p. 737.--Le programme de Canning: Médiation diplomatique. Metternich l’adopte; colères du tsar, p. 738 et 739.--Alexandre Ier isolé: point de Sainte-Alliance en Orient, p. 740.--Déceptions et mort d’Alexandre Ier (1825), p. 741.--L’Angleterre arbitre de la question d’Orient. Système de Canning: médiation et menaces, p. 742 et 743.--Avènement et politique de Nicolas Ier (1826): conquête et partages de la Turquie, p. 744 et 745.--Opposition des deux systèmes; concessions de Canning: protocole du 4 avril 1826, p. 746.--L’ultimatum russe; concessions de la Turquie au tsar: traité d’Ackerman (mai–octobre 1826), p. 747-748.
Politique de Mahmoud; guerre acharnée aux Grecs: difficultés pour Canning de soutenir son système. Il s’adresse à Villèle, p. 749.--Entente difficile avec la France: la succession du Portugal-Brésil, p. 750.--Canning à Paris (septembre 1826): l’accord établi. Le traité de Londres (juillet 1827), p. 751.--Mort de Canning (août 1826): échec de son système. Navarin (octobre 1826), p. 752.--Bibliographie, p. 753 et 754.
CHAPITRE XXV
Navarin et Alger.
LA RÉVOLUTION ET LA CONQUÊTE FRANÇAISES (1827-1830).
La vérité sur la bataille de Navarin: l’amiral de Rigny, p. 755 et 756.--L’ultimatum des amiraux, p. 757.--La chute du ministère Villèle et ses causes, p. 758.--L’opinion française en 1827 et ses interprètes, p. 759.--La nation et la royauté: gloire et liberté, p. 760.--Le ministère Martignac (janvier 1828), p. 761.--L’Europe en 1828: la guerre d’Orient, p. 762.--La Ferronays et la paix (1828), p. 763.--L’entente anglo-française: Conférence de Londres (juin 1828), p. 764.--L’expédition française de Morée (1828), p. 765.--Le rappel du général Maison: victoires de Nicolas Ier, p. 766.--Déceptions et ambitions des Français, p. 767.--La retraite de la Ferronays (janvier–mai 1829), p. 768.--Les derniers jours du ministère Martignac, p. 769.--Le démembrement de l’empire turc (1829), p. 770.--La Grèce affranchie: Présidence de Capo d’Istria, p. 771.--Le ministère Polignac: ses plans de conquête (août 1829), p. 772.--La politique de Charles X: l’intrigue de Polignac, p. 773.--Le traité d’Andrinople (15 septembre 1829), p. 774.--Nicolas Ier, les Roumains, les Serbes et la Grèce, p. 775.--La revanche de la Russie: colères de l’Europe, p. 776.--Calculs et réveil de la Prusse (1822-1829), p. 777.--L’alliance des Romanoff et des Hohenzollern (1829), p. 778.--Échec et derniers efforts de Polignac pour acquérir le Rhin (novembre 1829, mai 1830), p. 779.--La Révolution belge, sa dernière ressource (1828-1830), p. 780.--Les plans de Polignac condamnés encore par la Prusse, (février 1830), p. 781.--La conquête d’Alger; calculs de Charles X: la guerre et les Ordonnances, p. 782.--La Révolution de Juillet 1830 et la conquête du Rhin, p. 783.--Louis-Philippe, Talleyrand et la paix, p. 784.--Conclusion: Intérêts d’État et sentiments nationaux en 1830, p. 785 et 786.--Bibliographie, p. 786 et 781.
SAINT-CLOUD.--IMPRIMERIE BELIN FRÈRES.