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Comment j'ai retrouvé Livingstone ... Ouvrage traduit de l'anglais ... par Mme H. Loreau, etc

Henry M. Stanley · 1874 · Scanned text

214,381 words · about 15 h 1 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

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About this book

Author
Henry M. Stanley
Language
French
Published
1874
Length
214,381 words · about 15 h 1 min
Sections
24 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (24)
  1. Front matter about 13 min
  2. Chapitre II about 26 min
  3. Chapitre III about 14 min
  4. Chapitre IV about 1 h 28 min
  5. Chapitre V about 25 min
  6. Chapitre VI about 50 min
  7. Chapitre VII about 11 h 10 min
  8. Chapitre I under 1 min
  9. Chapitre II about 1 min
  10. Chapitre III under 1 min
  11. Chapitre IV about 1 min
  12. CHAPITRE V. De Bagamoyo à Simbamouenni about 1 min
  13. Chapitre VI about 2 min
  14. Chapitre VIII about 1 min
  15. Chapitre IX under 1 min
  16. Chapitre X under 1 min
  17. Chapitre XI about 1 min
  18. Chapitre XII about 1 min
  19. Chapitre XIII under 1 min
  20. Chapitre XIV about 1 min
  21. Chapitre XV about 1 min
  22. Chapitre XVI about 1 min
  23. Chapitre XVII about 1 min
  24. Chapitre XVIII about 1 min

Continue:

Front matter

t GOMMENT J'AI RETROUVÉ LIVINGSTONE PARIS. — TYPOGRAPHIE LAHURE Rue de Fleurus, HEN R I M. STANLEY. HENRI M. STANLEY GOMMENT J'AI RETROUVÉ LIVINGSTONE VOYAGES AVENTURES ET DÉCOUVERTES DANS LE CENTRE DE L'AFRIQUE OUVRAGE TRADUIT DE l'ANGLAIS AVEC L'AUTOBISATION DE l'aUTELR PAR MMe H. LOREAU CONTENANT 60 GRAVURES ET 6 CARTES PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET (T 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 1874 Tous droits réscrviis A JAMES GORDON BENNETT, ESQ. PROPRIÉTAIRE DU NE W -Y O RK-I1 ERALD HOMMAGE RESPECTUEUX ET RECONNAISSANT POUR LA GÉNÉROSITÉ AVEC LAQUELLE IL A CONÇU, DÉFRAYÉ ET COURONNÉ L'ENTREPRISE DE LA RECHERCHE DE LIVINGSTONE Son correspondant spécial Henry M. STANLEY Chef de l'expédition du New-York-Heralil Londres, octobre 1872. I COMMENT J'AI RETROUVÉ LIVINGSTONE CHAPITRE PREMIER De Madrid à Zanzibar.

Le 16 octobre de Tan du Seigneur 1869, j'étais à Madrid, caile de la Cruz; j'arrivais du carnage de Valence. A dix heures du matin, Jacopo m'apporte une dépêche; j'y trouve les mots sui vants : « Rendez-vous à Paris; atlaire importante. » Le télégramme est de James Gordon Bennett junior, directeur du New-York Herald. Mes tableaux sont décrochés de la muraille; mes livres, mes souvenirs vont dans mes caisses; mes eífets sont réunis : ceux-ci à demi lavés; ceux-là, pris sur la corde, à moitié secs. Deux heures de travail en toute hâte, et mes porte-manteaux sont bou clés et étiquetés. L'express ne part qu'à trois heures; j'ai le temps d'aller prendre congé des amis. J'en ai un rue de Goya, 6, au quatrième; un correspondant de diverses feuilles quotidiennes de Londres. II a plusieurs enfants auxquels je me suis tendrement attaché; Willie et Charlie sont de mes amis intimes.

Ils aimaient le récit de mes aventures, et j'avais du plaisir à les leur raconter; il ne me reste plus à leur dire que le mot adieu. J'ai, à la légation des États-Unis, des compatriotes dont l'entre tien me charmait — la fin de tout cela est arrivée. CHAPITRE PREMIER. « Vous écrirez, j'espère; nous serons toujours heureux d'avoir de vos nouvelles. » Que de fois dans ma vie errante et fiévreuse j'ai entendu les mèmes paroles! Que de fois j'ai subi la même angoisse, en quittant des amis non moins chers que ces derniers ! Mais un reporter volant doit savoir souffrir. Comme le gladia teur dans l'arène, il doit être prêt au combat; un moment de faiblesse ou d'hésitation, et il est perdu. Le gladiateur va à la rencontre du fer qui est aiguisé pour sa poitrine ; le reporter CDurt au devant de Tordre qui peut l'envoyer à la mort.

Chapitre II

12 religion, sa longue robe, sa tunique, ses babouches et son yatagan. Toutes les railleries des indigènes n'ont pu le faire changer de coutumes. A son tour, il a peu influé sur le milieu où je le rencontre; le pays n'est pas devenu oriental, ainsi que nous Tentendons; Taspect en est à demi africain, la ville n'est qu'à moitié arabe. Pour le nouveau débarqué, les Omanis qu'il trouve à Zanzibar forment un sujet digne d'étude. II y a dans leurs actes un certain empressement que j'admire. Presque tous sont voyageurs; ce sont eux qui vont à la recherclu de l'ivoire. On serait, avec leurs aventures, de gros volumes de récits palpitants; et ils doivent aux obstacles vaincus, aux périls surmontés, un air de réso lution et de confiance en eux-mêmes qui n'est pas dépourvu de grandeur , quelque chose de fier et de hardi qui inspire le respect.

Quant à leurs métis, je n'ai pour eux que du mépris. Ils ne sont ni blancs ni noirs, ni bons ni mauvais. Gens sans caractère, ne méritant ni Tadmiration, ni la haine; gens à double face, rampant devant ceux qui les dominent, cruels pour les malheu reux qu'ils tiennent sous leur joug. Chaque fois que j'ai vu un misérable nègre, à demi mort de laim, on m'a toujours dit que c'était Tesclave d'un métis. Souple et hypocrite, lâche et bas, fourbe et servile, cet homme, toujours prêt à tomber à genoux de vant un riche, est sans pitié pour le pauvre. Plus son serment est solennel, plus il vous fait de mensonges ; et cette race d'Arabes africanisés, race d'avortons syphilitiques, aux yeux chassieux, au teint pâle, est fort nombreuse. Le Banian est trafiquant de naissance; c'est le bénef incarné; Targent afflue clans ses poches aussi naturellement que l'eau suit une pente rapide.

Nulle conscience, nul remords ne Tempèche de tromper son semblable; il surpasse le Juif et n'a de rival que le Parsi; auprès de lui, TArabe est un enfant. II faut le voir travailler de toutes ses forces, de tout son corps, de toute son âme pour extorquer à un indigène la plus petite fraction d'une piécette. La dent qui lui est offerte semble peser deux frasilahs (trente-cinq kilos), c'est au moins ce qu'indique la balance. Le vendeur déclare qu'elle pèse davantage; notre Ba nian affirme que l'autre n'y entend rien, et jure que la balance est fausse. II fait appel à toute son énergie, et soulève la défense : « Mais c'est une plume 1 à peine une frasilah! » L'indigène se récrie : « Voyons! dit le Banian, il faut en finir; prends ton Arabes noirs de Zanzibar. ZANZIBAR. 15 argent et sauve-toi. » Si Tindigène hésite, le Banian s'emporte, devient furieux, met l'autre dehors, repousse l'ivoire d'un air méprisant.

Jamais tant de bruit ne s'est fait pour rien; car s'il renvoie son homme, Taigresin n'entend pas laisser partir l'ivoire. De tous les trafiquants de cette région, c'est le Banian qui pos sède le plus d'influence. A Texception d'un très-petit nombre d'Arabes, tous les autres sont obligés de subir les pénalités de Tusure, et c'est lui qui les impose. Un traitant, par exemple, veut-il se rendre dans Tintérieur pour y acheter de l'ivoire ou des esclaves, de Torseille ou du copal; il demande à un Banian de lui avancer les fonds nécessaires et les obtient à 50, 60 ou 70 pour 100. Quel que soit le résultat de la spéculation, le prêteur est sùr de retrouver sa mise. II est rare qu'un homme expérimenté ne réussisse pas dans ce genre de commerce. A-t-il été malheureux, sans qu'il y ait eu de sa faute, le Banian le remet à flot et se dédommage amplement.

Citons des chiffres. Un Arabe est parti avec une cargaison de cinq mille dollars , qu'il emprunte. Arrivées dans l'Ounya nyembé, ses marchandises ont doublé de prix, soit dix mille dol lars; à Oujiji, elles en valent quinze mille. La frasilah d'ivoire s'y achète vingt dollars; notre marchand la revendra soixante. Pour ses frais de route, aller et retour, il lui faut quinze cents dollars ; avec les trois mille cinq cents qui lui restent, il rapporte donc cent soixante-quinze frasilahs d'ivoire, qui, à raison de quarante dollars de bénéfice, lui en font empocher sept mille, sur quoi le Banian est remboursé. Si l'affaire a lieu en esclaves, elle est encore meilleure. Dans l'Oujiji, pour vingt mètres de cotonnade, représentant là-bas sept dollars et demi, notre Arabe peut avoir un homme qui lui sera payé trente dollars.

Avec les trois mille cinq cents qui lui res tent, défalcation faite de ses dépenses, il achète quatre cent soixante-quatre esclaves, qu'il revend treize mille neuf cent vingt dollars, bénéfice net dix mille quatre cent vingt, plus de cinquante-deux mille francs. Les Arabes font souvent mieux que cela. Comme puissance, les Hindis viennent après les Banians, mais je ne suis pas certain qu'en fait de ruse et de rapacité maligne ils ne soient pas égaux. Je me suis demandé bien des fois qui d'entre eux remportait; et, avant de donner la palme aux Ba nians, j'ai beaucoup hésité. C'est par vingtaines que cette tribu hindostane produit les plus francs gredins. Cependant Tarya Topan, un homme loyal entre les plus loyaux de toute couleur, blancs ou noirs, jaunes ou rouges, est un Hindi. Son nom, parmi les Européens de Zanzibar, est synonyme de bonne foi, d'inté grité, de délicatesse.

II est puissamment riche; il possède des daous1, plusieurs navires, et occupe Tune des premières places dans le conseil du sultan. Sa famille est nombreuse; deux de ses fils, parvenus à l'âge d'homme, ont été élevés dans les mêmes sentiments d'honneur ; mais Tarya Topan ne représente qu'une infime minorité. Les Arabes, les Banians et les Hindis constituent la classe supérieure et la classe moyenne de Tîle. C'est à eux qu'appartiennent les terres, les magasins, les navires, la fortune et le pouvoir. C'est devant eux que s'inclinent les métis et le gros du peuple. Celui-ci est composé de nègres indigènes, auxquels s'a joutent des natifs du Sahouahil, du Somal, des Comores, de l'Ou nyamouézi, et des représentants d'une foule d'autres peuplades africaines. Parcourir le quartier des Vouanyamouézi et des gens du Sahouahil est, pour le blanc qui se dispose à pénétrer en Afrique. une promenade des plus instructives.

II y reconnaît la nécessité d'admettre que les nègres, en dépit de la différence de couleur, sont des êtres comme lui; qu'ils ont les passions, les sympathies, les préjugés, les goûts, les sentiments communs à tous les hommes. Plus vite il s'aperçoit du fait, et y conforme son esprit, plus aisé lui deviendra son voyage parmi les noires tribus avec lesquelles il va être en contact. Plus il est disposé, par nature, à se plier au milieu qui Tentoure, plus le voyageur a de chances de réussir. Bien que j'aie vécu dans les États du Sud, mon éducation a été celle des gens du Nord; et, en Amérique, il y a plus d'un nègre que je suis fier d'appeler mon ami. J'étais donc prêt à donner mon estime à n'importe quel noir ayant les vertus qui font l'hon nète homme, à le reconnaître pour frère, et, comme tel, à le res pecter ni plus ni moins que s'il avait été de ma propre race Ni sa couleur, ni les traits de son visage, ne pouvaient à mes yeux lui enlever les droits auxquels il devait prétendre. « Ces noirs Africains, me demandais-je en visitant leur quartier et en obser vant leurs actes, ces noirs ont-ils les qualités qui nous font aimer 1.

Barque arabe pontée à l'arrière, la plu. petite des embarcations maritimes. (Note du traducteur.) ZANZIBAR. 17 de nos semblables? Savent-ils rendre un service? Peuvent-ils, comme moi, être touchés d'un bienfait et ressentir une injure? Je n'ai pas besoin de dire que Tobservation la plus attentive ne m'a Servantes de Zanzibar. sait découvrir, à ce sujet, aucune différence entre leur nature et la mienne. Les nègres forment probablement les deux tiers de la population de Zanzibar, dont ils composent la classe laborieuse, soit en qualité d'hommes libres, soit comme esclaves. Ces derniers culti vent les plantations, les jardins, les domaines des propriétaires du sol, ou bien font le métier de portefaix. Dans la campagne on les voit aller et venir, chargés d'énormes fardeaux qu'ils portent sur la tête.

Leur figure est joyeuse ; non pas qu'ils soient bien traités ou que leur tâche soit légère, mais parce qu'il est dans leur nature d'être gais et insouciants ; parce qu'ils n'ont jamais rêvé d'autres joies que celles qu'ils pouvaient avoir, jamais ca ressé d'ambition qu'ils n'auraient pu satisfaire, et qu'ils ignorent Tamertume des espérances trompées. Dans la ville, vous les voyez par couples, transportant les sacs de girofle, les caisses, les ballots de marchandises de tel magasin à tel autre, ou de celui-ci au rivage; allant pieds nus, et chantant quelque phrase monotone pour s'encourager mutuellement et pour se marquer le pas. La constance avec laquelle ils répètent le refrain qu'ils ont adopté vous les fait bientôt reconnaître. J'en tendais passer plusieurs fois par jour le mème couple sous les fenêtres du consulat : ni les paroles, ni la musique n'ont jamais varié.

II est possible que d'autres personnes eussent trouvé ces chants stupides; pour moi ils n'étaient pas sans charme; ils me semblaient d'ailleurs atteindre parfaitement le but auquel ils étaient destinés. La ville de Zanzibar renferme près de cent mille âmes. J'estime que Tîle entière n'a pas plus de deux cent mille habitants, y compris toutes les races. Des bâtiments de commerce qui visitent le port, le plus grand nombre arrivent des États-Unis, surtout de New- York et de Salem (Etat du Massachussets). Après les américains viennent les alle mands; ensuite les français, puis les anglais. Ils apportent des cotonnades, de Teau-de-vie, des mousquets, de la poudre, des grains de verre, du fil de laiton, de la porcelaine et d'autres me nus articles. Ils s'en vont chargés d'ivoire, de copal, de clous de girofle, de cuirs bruts, de cauris, de sésame, de poivre et d'huile de coco.

La valeur des exportations est estimée à quinze millions de francs ; celle des importations à dix-sept millions et demi. Les Européens et les Américains, résidant à Zanzibar, sont des agents officiels de leurs gouvernements, des négociants, trafiquant pour leur compte, ou les représentants de quelques grandes maisons de commerce d'Europe et d'Amérique. ZANZIBAR. 19 Parmi les consulats, le plus important est celui de la Grande- Bretagne. A Tépoque de mon voyage, il était occupé par le doc teur John Kirk. J'avais le plus vif désir de voir ce gentleman; il avait été le compagnon de Livingstone, et je me figurais que si quelqu'un pouvait me donner des renseignements sur Tillustre voyageur, ce devait être son consul et son ami. Le deuxième matin qui suivit mon arrivée, obéissant aux exigences de Tétiquette zanzibarite, je sortis avec M. Webb, consul des États-Unis.

Peu d'instants après, je me vis en face d'un homme assez mince, simplement mis, légèrement voûté, ayant la figure un peu maigre, les cheveux et la barbe noirs, et auquel M. Webb adressa ces paroles : « Docteur Kirk, permettez que je vous présente M. Stanley, du New-York Herald. » M. Kirk souleva ses paupières et me regarda avec étonnement. Pendant Tentretien, qui roula sur divers sujets, sa figure, — je ne la quittais pas des yeux, — ne s'anima que lorsqu'il vint à parler de ses exploits de chasse. II ne fut pas dit un mot de ce qui me tenait au cœur, et je dus attendre une nouvelle occasion pour interroger le consul. Les Zanzibarites sont informés que «le docteur Kirk et mistress Kirk restent chez eux tous les mardis soir. » Les civilisés du pays ignorent, en généra], les plaisirs de ces réunions; mais la colonie européenne visite le consulat.

Ce soir-là, précisément, le salon fut émaillé des plus hauts personnages. Arrivé de bonne heure, avec le groupe américain, je pus en tendre comment tout ce beau monde entamait la conversation. Chacun, après les saluts d'usage, demanda avec un profond in térêt aux maîtres. de la maison s'ils avaient été à Nazi-Moya, et reçut une réponse négative; car, ce jour-là, le consul anglais et sa femme n'avaient pas poussé leur promenade jusqu'à ce terrain classique. «Oh! reprit chacun, d'un air ravi et triomphant, je pensais bien ne pas vous y avoir vus. — Qu'est-ce que c'est que Nazi-Moya? demandai-je à M. Webb. — Nazi-Moya, me dit cet aimable railleur, signifie Le Cocotier. On appelle ainsi un endroit situé derrière le Ras Thangani; c'est un lieu de rendez-vous où nous allons tous jouir de la brise de mer. « Ètes-vous allé à Nazi-Moya? ■- est notre manière habituelle d'ouvrir la conversation, vu Textrème pénurie où nous sommes de sujets d'entretien. >- Le capitaine disait vrai; la pénurie était effroyable; et j'eus bientôt la preuve, qu'en Tabsence de matière légitime, les Euro péens de Zanzibar saisissaient le plus petit brin de médisance pour le faire servir au divertissement de leurs soirées. 11 nous fut présenté, en guise de rafraîchissements, des cigares et une espèce de vin affaibli.

Non pas que le thé et les gâteaux manquassent dans la maison, mais parce que, je suppose, c'est Thabitude d'un Européen zanzibarisé de mettre dans son vin un peu d'eau de Seltz, comme stimulant aux fins caquetages que, sous cette piquante influence, il débite à ses auditeurs. Tout cela était fort distingué, j'en conviens. Cependant jamais soirée ne m'avait paru plus triste, lorsque ayant pitié de moi, le docteur Kirk m'appela pour me faire admirer une superbe cara bine à éléphant que lui avait donnée le gouverneur de Bombay. J'eus alors à écouter Téloge de cette arme précieuse, de sa justesse, de sa puissance; enfin des récits de chasse, et divers épisodes du voyage au Zambèse, fait avec Livingstone. « A propos de ce dernier, dis-je à M. Kirk, où pensez-vous qu'il soit maintenant? — Difficile de vous répondre.

II est peut-être mort; vous savez qu'on Ta dit; mais à cet égard on n'a rien de positif. Tout ce que je peux affirmer, c'est qu'il y a plus de deux ans qu'on n'a eu de ses nouvelles. Je crois cependant qu'il vit toujours. Nous lui envoyons continuellement différentes choses; une petite caravane est même pour lui en ce moment à Bagamoyo. 11 devrait bien revenir; ìe voilà qui vieillit, et s'il mourait, ses découvertes seraient perdues. II ne tient pas de journal, ne prend pas d'observations, ou très rarement; il se borne à mettre sur une carte une note ou un signe que personne ne connaît. Assurément, s'il vit encore, il de vrait bien revenir, et céder la place à quelqu'un de plus jeune. « Quel homme est-il? demandai-je, profondément intéressé. — En général très-difficile à vivre. Je n'ai jamais eu à me plaindre de lui; mais que de fois je l'ai vu s'emporter contre les autres!

Cela vient, je présume, de ce qu'il déteste avoir des com pagnons. — J'ai ouï dire qu'il était fort modeste, repris-je. Est-ce vrai? — Oh! il sait parfaitement ce que valent ses découvertes; per sonne ne le sait mieux que lui. Ce n'est pas un ange, pas tout à fait, ajouta le consul en riant. — Mais supposez que je le rencontre dans mes voyages, ce qui, après tout, ne serait pas impossible, quelle pourrait être sa con duite à mon égard? ZANZIBAR. 21 — A vous dire vrai, — si vous le rencontriez, je doute qu'il en fût content. Je sais bien que si Burton, ou Grant, ou Baker allaient le rejoindre, et qu'il en eùt connaissance, il mettrait bien vite une centaine de milles impraticables, marais et fondrières, entre eux et lui; quant à cela j'en suis certain.» Le consul passait pour bien connaître celui dont il parlait ; je devais croire ses renseignements exacts ; et ils n'étaient pas de nature à augmenter mon zèle.

Ai-je besoin de dire l'effet qu'ils produisirent sur moi? Je me sentais abattu; j'aurais volontiers résigné ma commission, n'était Tordre formel qui m'avait été donné. Mais lorsque j'avais consenti à chercher Livingstone, je savais bien que le sentier que j'aurais à suivre n'était pas jonché de roses. L'ordre était péremptoire; je Tavais accepté. Qu'importait que je fusse repoussé comme un intrus, comme un rival inter lope, un homme qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, et dont on fuit la présence ? Je n'en devais pas moins chercher le docteur, le trouver s'il était encore vivant, ou rapporter la preuve qu'il avait cessé de vivre. Mon devoir était là, ma volonté avec lui. M. Kirk me dit obligeamment qu'il m'aiderait de tout son pouvoir et de toute l'expérience qu'il avait acquise; mais je ne trouve ni dans mes notes, ni dans mes souvenirs, qu'il m'ait aidé en aucune manière.

Disons qu'il ignorait le motif de mon voyage ; sans quoi je ne doute pas que sa promesse ne se fût réalisée. II croyait que je n'avais d'autre intention que de remonter le Rou fidji. Mais quel journal eût imaginé d'envoyer un de ses corres pondants à la découverte des sources de cette rivière si peu in téressante? Peut-être faut-il en accuser le climat, qui, à Zanzibar, n'est pas le plus agréable du monde. Gens d'Europe et d'Amérique s'en plaignaient de tout leur cœur, et non sans motif : j'ai vu la moi tié de la colonie blanche prise de maladie le même jour. Aux émanations putrides d'une lagune peu profonde, se joignent les ordures de toute sorte, abats d'animaux, débris de cuisine, poissons et mollusques, chats et chiens morts, restes humains non enterrés, charognes de toute espèce, qui font de cette ville l'en droit le plus insalubre.

Quand on pense qu'il serait aisé de Tas sainir, la nature en fournissant elle-même les moyens , on ne peut comprendre que le chef de TÉtat n'obéisse pas aux conseils de la raison. Zanzibar est placée à l'extrémité sud-ouest d'une baie, qui forme un croissant; elle est bornée à Test par le canal pestilen tiel que nous avons cité plus haut. Celte lagune méphitique, appelée Malagash, se termine au sud de la pointe Thangani, à deux cent trente mètres du rivage. Si Ton ouvrait un fossé de dix pieds dans ces deux cent trente mètres, et qu'on donnât au Malagash un peu plus de profondeur, Zanzibar deviendrait une île ; quels merveilleux effets sur la salubrité ! Les consuls, du moins à ce qu'il me semblait, auraient pu sug gérer cette œuvre au sultan, et acquérir ainsi le mérite d'avoir concouru à faire de cette ville mortelle Tune des plus saines de la zone équatoriale.

Mais, lorsque, peu de jours après mon arri vée, j'exprimai à M. Webb ma surprise de voir des hommes doués d'initiative, imbus des idées de progrès qui caractérisent la race blanche, n'opposer au fléau qu'inertie, le tenir pour incurable et s'abandonner jusqu'à n'ètre plus que des malades hypocondres, de pâles fantômes, conservant à peine un vestige de cet esprit d'audace qui régit les éléments, voici quelle fut sa réponse : « II vous est facile de parler de la sorte ; mais quatre ou cinq ans de séjour dans cette île, parmi ceux qui Thabitent, vous fe raient sentir qu'on ne résiste pas à Tinfluence d'un pareil milieu , et qu'un peu plus tôt, un peu plus tard, les plus forts la subissent. Nous étions tous terriblement énergiques en arrivant ici ; chacun de nous voulait faire marcher les choses comme au pays natal, et s'y est bravement évertué, mais sans rien obtenir : c'était se frapper le front contre un mur.

Parlez , expliquez , sup pliez, maudissez, vous n'arriverez à rien. Tous ces hommes — Arabes, Banians et Hindis — n'en iront pas plus vite, et vous verrez bientôt que c'est folie de tenter Timpossible. Restez tranquille, ne vous tourmentez pas; tel est mon conseil, ou vous ne vivrez pas longtemps ici. » II y avait malgré cela, dans la ville, trois ou quatre hommes excessivement actifs, qui allaient et venaient à toutes les heures du jour. L'un d'eux était Américain, et n'avait rien perdu de son énergie. Je crois encore entendre claquer son pas rapide sur le pavé qui bordait le consulat, et retentir les yambo qu'il jetait d'une voix vibrante à tous ceux qu'il rencontrait. II habitait cependant Zanzibar depuis au moins douze ans. J'en connaissais un autre, un robuste Ecossais, aux manières pleines de charmes, simple et loyal en actions comme en paroles. 11 était là depuis des années, avait eu à subir les dégoûts d'af- ZANZIBAR. 23 faires infructueuses, en surcroît de la malaria, et n'en luttait pas moins aussi fortement que jamais contre Tapathie des indigènes.

Le capitaine Fraser, qui avait été dans la marine de TInde, n'aurait pu également être accusé d'inertie ; et je trouverais sans peine d'autres exemples d'un travail actif et soutenu. Mais, si éprouvés qu'ils sussent par le climat, tous étaient mes amis, et tous pleins de courtoisie et de bonté. Américains, An glais, Allemands et Français m'ont traité avec une bienveillance dont je ne perdrai pas le souvenir. Somme toute, on rencontre rait difficilement, dans n'importe quelle partie du globe, une réunion d'hommes plus généreux et plus hospitaliers. Sur la pointe Thangani, se trouvait un édifice qui devait à son étendue quelque chose d'imposant, et que surmontait le plus bizarre de tous les clochers. Le révérend Tozer avait là une de meure excellente, où logeaient également ses disciples, ses cho ristes et ses ouailles.

II se donnait à lui-même le titre d'évêque missionnaire de l'Afrique centrale, je n'ai jamais pu savoir pourquoi. C'était l'un des hommes les plus polis que j'eusse jamais rencontrés ; ce qui n'empêchait pas qu'on Teût surnommé le Pasteur Combattant; — un plagiat, car Livingstone avait été qualifié de la sorte avant lui, par le duc de Wellington. Mais cette fois le mot combattant n'était pas pris au figuré. On racontait que le révérend Tozer ayant trouvé, sur le chemin de TÉglise, un groupe de cla baudeurs qui lui barraient le passage, avait tombé le chef de ces insolents dans une lutte à coups de poing. II avait offert aux compagnons du vaincu de les traiter de la mème façon les uns après les autres, ce qui lui avait été refusé. C'était ce haut fait de pugiliste, qui, disait-on, après avoir changé ces loups en agneaux, avait gagné au révérend le titre d'évêque , et la douce sinécure où il se reposait alors.

Paré de ce titre et de la robe de pourpre, Tévêque de l'Afrique centrale n'ambitionnait plus rien, et jouissait d'une ineffable quiétude. Mais ce dignitaire de la Haute-Église, promenant dans les rues sa robe rouge et son bonnet de papier, ou débattant le prix d'un pot d'étain dans une échoppe, avec ce costume solennel, était bien ce que j'ai vu de plus grotesque, hors des tréteaux de la foire. Coiffé de ce bonnet drolatique, et en habit sacerdotal dans le magasin d'un chaudronnier, c'était le roi de Dahomey, torse et jambes nus, se pavanant sous un chapeau à galons d'or. Quelle que fût Tidée qu'il pût avoir de l'effet produit par sa toilette sur l'esprit des païens, je dois dire au prélat-missionnaire qu'Arabes et Vouangouana le trouvaient d'un suprême ridicule. Pauvre cher évêque! Je Taurais aimé volontiers sans cette exhibition de robe épiscopale dans les rues de Zanzibar1.

Les missionnaires français, par contre, témoignaient d'un esprit éminemment pratique. Ils ne se bornaient pas à inculquer les dogmes religieux à de nombreux convertis; ils leur enseignaient les métiers utiles, et formaient des agriculteurs, des forgerons, des charpentiers, des mécaniciens, des constructeurs de bateaux. Us avaient pour tout cela des professeurs à la fois intelligents et laborieux; et les magasins qu'ils avaient organisés dans la ville méritaient la visite d'un étranger. Leur établissement, situé à Bagamoyo , était d'une grande im portance. Le nombre des fidèles qu'ils avaient là, écoliers et néophytes, s'élevait à plus de deux cents. A la mission était joint un domaine, cultivé par les élèves, et qui était un modèle d'in dustrie agricole. Non-seulement il fournissait de quoi vivre à Tinstitution tout entière; mais il donnait encore un excédant de produits. 1.

Voir dans Livingstone, Explorations du Zambèse et de ses affluents, Paris, Ha chette, 1866, pages 528-530, les débuts de l'évêque Tozer en Afrique. (Note du traducteur.) Organisation de la caravane. Je ne connaissais nullement Tintérieur de l'Afrique, et ne me doutais pas de ce qu'il fallait pour y pénétrer. Le temps était précieux ; je n'en avais guère à dépenser en investigations. Quelle bonne fortune, si l'un des trois gentlemen qui avaient pris la route que j'allais suivre eût traité cette matière importante! J'écris donc ce chapitre pour que les voyageurs qui viendront après moi profitent de mon expérience. Je n'en dormais pas; et me retournant dans mon lit, j'agitais le problème, qui se résumait de la sorte : Combien faut-il d'argent? Combien de porteurs? Combien de soldats? Combien de cotonnade?

Combien de verroterie et de fil de laiton? Quels genres d'étoffé dois-je prendre? Autant de questions qui ne trouvaient pas de réponse. Je cou vris des mains de papier de chiffres sans nombre, estimant, énu mérant, calculant, et me posant toujours cette inconnue : Combien Tentretien de cent hommes coùte-t-il par an, à tant de mètres d'étoffé de différente espèce? J'étudiai Burton, Speke et Grant; j'y trouvai beaucoup de géo graphie, d'ethnographie, beaucoup de détails sur le voyage; mais rien sur Torganisation de la caravane qui devait tout précéder. Je jetai les livres avec dégoût1. Les Européens que je voyais n'en I. Sans avoir dit exactement ce qu'il faut par jour pour défrayer la caravane, Bur ton a donné des renseignements précieux, qui ne paraissent pas avoir été découverts par M. Stanley, trop pressé pour ies apercevoir.

Ainsi Burton a donné sur les grains de verre, sur l'étoffe, sur la monnaie, sur les poids et les mesures ayant cours à Zanzibar, des détails précis, auxquels sont joints d'excellents conseils. > II faut, savaient pas plus que moi, ce qui leur importait peu. Mais que devais-je faire? C'était la grande question. Je me décidai à chercher un Arabe, ancien trafiquant d'ivoire, ou nouvellement arrivé d'Afrique. Le cheik Hashid était l'un des hommes les plus riches et les mieux posés de Zanzibar; il avait lancé maintes caravanes, et se trouvait en relations avec les premiers négociants de la ville. En outre, propriétaire de la maison qu'habitait M. Webb, et notre voisin : la porte en face de la nôtre. De tous les Zanzibarites, c'était le meilleur à consulter ; il fut donc prié de venir me voir. Le vénérable Haschid, dans cette entrevue, m'en apprit davantage sur tout ce qu'il me fallait connaître : objets d'échange, ma nière de procéder, etc., que ne Tavaient fait tous les livres que j'étudiais depuis trois mois.

II voulut bien, ensuite, me présenter à divers Arabes, gens d'expérience, qui me donnèrent d'excellents avis, grâce auxquels je pus m'organiser. Une chose qu'il faut savoir et ne jamais perdre de vue, c'est que pour le voyage en question vous ne devez prendre que le nécessaire. Trop de marchandises vous serait nuisible, presque autant que d'en manquer1. 11 résulte de là que c'est à connaître le chiffre exact des objets dont il doit se munir que le voyageur doit s'appliquer d'abord. Par les renseignements qui m'étaient donnés, j'appris que, pour nourrir cent hommes, il suffisait par jour de dix dotis, ou qua rante mètres d'étoffé ; ce qui, pour Tannée, faisait trois mille six cent, cinquante jlotis, à choisir de la manière suivante, selon toute apparence la plus convenable : Deux mille dotis de calicot américain, de celui qu'on appelle sheeting (calicot blanc d'une largeur d'un mètre). dit-il, que le voyageur se garde bien de s'en rapporter à ces Banians pour la verroterie qu'il est contraint de leur prendre.... 11 fautqu'il s'adresse à quelques Omanis arrivant de l'intérieur, et qu'il s'enquière auprès d'eux des variétés en vogue sur la route qu'il veut suivre.

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