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HISTOIRE DU DÉPÔT DES ARCHIVES 11ES AFFAIRES ÉTRANGÈRES L'autenr et les éditeurs déclarent réserver leurs droits tle traduction et de reproduction. Ce volume a été déposé au ministère de I*intérieur (section de la librairie) en janvier 1875. PARIS. TYPOCRAPIIIE DE E. PLON ET C»», 8, RUE CARANClÈRE. HISTOIRE DU DÉPÔT DES ARCHIVES DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A PARIS AU LOUVRE EN 1710; A VERSAILLES EN 1763 ET DE NOUVEAU A PARIS EN DIVERS ENDROITS DE P 0 1 S 1796 PAR ARMAND BASJ..HET PARIS E. PLON et Cie, IMPRIMEURS-ÉDITEURS 10, RUE GARANCIÈP.E MDCCCLXX V Tous droits réservés PRÉFACE « D'autant plus que j'ay une inclina lion naturelle à honorer tous ceux qui font profession de l'estude historique, et vous prie, Monsieur, de croire que je me réputé bien glorieux quandj'ay le moyen de servir quelques-uns de ceux qui s'y adonnent. « André Du Chesne , * Historiographe dit Roy. • {Lettre á Symonds d'Ewes, Paris, 28 décembre 1639.)
I Le 5 février 1688, le Roi, étant à Versailles, donnait l' ordre au Garde de son Trésor Royal de payer comptant au porteur la somme de 17,537 livres, pour le remboursement de pareille somme qu'il avait payée, tant pour la reliure de tous les volumes des Négocia tions diplomatiques depuis l'année 1660, que pour les frais des commis employés à en dresser le recueil. Le porteur était Colbert, marquis de Croissy, l'un des quatre secrétaires d'Etat. La série de ces volumes des « Négociations » , signalés ainsi pour la première fois par le Roi, n'était autre que PRÉFACE. VIII le commencement de la collection devenue considérable avec le cours des temps, et que, depuis, en lui consacrant un local particulier, on a appelée le Dépôt des Archives des Affaires Étrangères. Ces Archives, cet établissement de nature particulière, ce Dépôt si précieux de tous les papiers concernant les relations politiques de la France avec les Pays Étrangers, n'ont pas encore eu de chroniqueur.
Leurs annales n'ont pas été produites. Nous avons essayé d'être ce chroniqueur, nous avons tenté d'écrire ces annales. Ce volume contient l'histoire des Archives des Affaires Étrangères. II nous a paru que la production d'un ouvrage de ce genre serait le plus juste hommage à rendre à 1 idée libérale qui a inspiré à M. le duc Decazes, ministre des Affaires Etrangères, les considérations exprimées dans son Rapport du 21 février 1874 au Chef de l'État, relativement à futilité de communiquer, avec moins de réserve et de difficultés , les anciens documents diplo matiques. Cet acte libéral a été un événement dans le monde littéraire, car il avait pour but d'ouvrir une ère nou velle aux études historiques, » pour lesquelles une acti vité de plus en plus étendue s'est manifestée en Europe depuis un demi-siècle » .
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. XI une curiosité saine, bien dirigée, a-t-elle été satisfaite? Quels peintres de moeurs politiques s'en sont inspirés pour accréditer leurs ouvrages? En un mot, quels ont été' tous les éléments qui ont pu consti tuer la formation, la réunion, l'aspect et Tusage de ces monuments écrits pendant le cours de plusieurs siècles : tel est le programme que nous nous sommes tracé pour produire cette histoire , non entre prise auparavant , du Dépôt des Archives des Affaires Étrangères. III Disons maintenant le plan que nous avons suivi. Lorsque mourut le cardinal de Richelieu , la plus grande partie de ses papiers d'État demeura aux mains de madame la duchesse d'Aiguillon, sa nièce. M. de Chavigny conserva les autres. Lorsque mourut le cardinal Mazarin, tous ses papiers d'État furent à M. Colbert, par acte de dernière volonté.
Les papiers de M. de Brienne, fort considérables en matière de négociations avec les pays étrangers , étaient déjà à la Bibliothèque du Roi. II en résulta qu'à la mort de Mazarin, la Secrétairerie d'État des Affaires Étrangères se trouva dans la situa- PRÉFACE. XII tion d'une étude de notaire dont on aurait distrait toutes les minutes. M. de Lyonne, successeur des Brienne père et fils, re commença les recueils par son travail de chaque jour et par celui des ambassadeurs et agents du Roi à 1 étranger. A la mort de M. de Lyonne (1671), le Roi empêcha la dispersion et Théritage des papiers de son ministre , et les fit remettre à M. de Pomponne. M. de Pomponne, en se retirant (1699), laissa tous ses papiers, et M. de Croissy, en arrivant, trouva ainsi, sans qu'il y manquât rien, les papiers des deux ministères précédents.
M. de Croissy mourut seize ans après, et M. de Torcy, son fils et successeur, se trouva donc avoir, en son cabinet, les papiers des trois ministres ses prédécesseurs, dont le premier avait fourni sept années , le second neuf et le troisième seize. La Secrétairerie d'État, à cette époque (1696) , n'en était donc plus à n'avoir pas ses Minutes, comme en 1661 ; elle avait méme, en fort bel ordre, tous ses volu mes des négociations accomplies en tous pays d'Europe, et qui, avec la marche naturelle du temps et la succession croissante des affaires, ne firent que s'augmenter. Ce fut au point qu'en 1710 ce n'était plus une simple bibliothèque, bien fournie de volumes manuscrits, qu'avait la Secrétairerie d'État des Affaires Étrangères , c'étaient des Archives diplomatiques. Il PRÉFACE. XIII íallut penser à leur élire une résidence.
Quelques pièces étaient libres dans le pavillon du Vieux Louvre. Ce fut leur première maison, et le Sr de Saint-Prez, homme d'érudition, esprit fort délié aux choses de droit public, fut leur premier gardien. Par ce double choix, de la maison pour contenir les trésors, et du personnage pour les garder, se trouva fondé le Dépôt des Minutes des Affaires Etrangères. Ce fut sa première dénomination. Cette résidence au Vieux Louvre eut une durée de cinquante-trois ans, pendant lesquels différents Gardes se succédèrent. Au Sr de Saint-Prez succéda le Sr Le Dran; à ce dernier, Tabbé de la Ville; puis vint le Sr de La Porte du Theil, et le Sr Le Dran encore. II fut le dernier qui ait géré au Louvre. En 1763, tous les papiers surent portés à Versailles, en un beau local expressément aménagé par Tingé nieur Berthier, sous les ordres d'un ministre, le duc de Choiseul, qui s'entendait aux belles choses.
M. Du rand de Distroff présida à Tinstallation, et M. Sémonin lui succéda dans sa charge de chef du Dépôt général des Affaires Etrangères. Ce fut la seconde dénomination. Le séjour à Versailles dura trente et quelques années. La Révolution Tinterrompit ou plutôt y mit fin. En 1796,
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. XIV les Archives diplomatiques firent retour à Paris. Pen dant la période révolutionnaire , Nicolas Geoffroy les avait eues sous sa garde. Arrivées à Paris, Resnier les avait reçues et établies dans la rue du Bac, en Thôtel des Gallifset, d'où, trop àl'étfoit, elles passèrent, dans le voisinage, à Thôtel de Maurepas, en la rue de Gre nelle. MM. Caillard et d'Hauterive en furent les gardes. Ce dernier les transporta à Thôtel qui leur fut ensuite préparé pour les contenir dans la rue Neuve des Capucines, près de Thôtel de Wagram. M. Mi gnet succéda à M. d'Hauterive, et M. Carteron à M. Mignet, en 1848. L'installation définitive, en Thôtel du Ministère , établi au quai d'Orsay, fut accomplie en 1853, par les soins de M. Cintrât, devenu leur garde depuis 1849, et M. Faugère lui a succédé en 1866.
Ce rapide exposé représente le plan que nous avons adopté. Une Introduction et trois Parties historiques divisent l'ouvrage. Dans T Introduction : Thistoire des Papiers d'État des négociations, avant qu'ils forment Dépôt spécial. Dans la première partie : Thistoire de Tétablissement du Dépôt à Paris , au Vieux Louvre , et celle de tout le séjour qu'il y fit (1710-1763). Dans la deuxième partie : Thistoire du Dépôt à Ver sailles , en Thôtel spécialement affecté à son service (1763-1796). PRÉFACE. XV Dans la troisième et dernière partie : Thistoire du Dépôt à Paris , en ses résidences diverses , à Thôtel de Gallifset, à Thôtel de Maurepas, à Thôtel des anciens Lieutenants généraux de police , et enfin au quai d'Or say, ou plutôt en la rue de TUniversité, où nous le voyons aujourd'hui (1796-1874).
Ces périodes, de plus ou moins de durée, la première de cinquante-trois années (1710-1763), la seconde de trente-trois (1763-1796), la troisième de soixante dix-huit (1796-1874), nécessitaient des sous-divisions. Nous les avons établies par la succession même des personnages qui, sous le titre de Gardes jusqu'en 1826, et de Directeurs ensuite, ont administré le Dépôt des Affaires Étrangères sous les ordres des secrétaires d'État et des ministres. Depuis le marquis de Torcy, secrétaire d'État fondateur (1710), jusqu'à M. le duc Decazes, ministre (1874), il y a eu quinze Gardes du Dépôt sous quatre-vingt-quatre Ministres , dont quatre sous Louis XIV, quatorze sous Louis XV, huit sous Louis XVI, trois sous le Gouvernement révolutionnaire1, deux sous le Directoire, un sous le Consulat, quatre sous le premier Empire, douze sous la Bestau ration, treize sous la Monarchie de 1830 2, neuf sous la 1 En ne comptant que pour un seul ministre le Comité des Relations Extérieures, qui eut cinq commissaires en titre (du 8 avril 1794 au 6 no vembre 1795). 2 Ne comptant pas pour ministres MM.
Biguon et Jourdan, qui lurent commissaires, l'un trois jours et l'autre sept jours (31 juillet-11 août 1830). PRÉFACE. XVI République de 1848, dix sous le second Empire, quatre sous la République de 1870. Nous avons donné une part aussi considérable que les informations acquises nous Tont permis, à la biographie de chacun des quinze Gardes. Ce livre est comme une galerie où leurs por traits seraient accrochés aji mur. IV II est de notre devoir de mentionner les sources qui ont fourni matière à notre travail. Elles sont des plus variées. L'incomparable « fonds français » du département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale nous a par ticulièrement servi. Sans les recueils du Sr de Clairambault et les papiers de Tabbé Le Grand, confidents l'un et l'autre de Colbert, marquis de Torcy, secrétaire d'État, nous n'aurions pu nous engager dans T entre prise de cet ouvrage.
Le petit a fonds » du Sr de Bré quigny contient aussi des pièces excellentes, pour four nir aux premiers chapitres d'une histoire du Dépôt des Affaires Étrangères. Empressement, aide, bonne grâce, c'est ce que nous rencontrons sans cesse dans tous les départements de la Bibliothèque Nationale; aussi est-ce avec un sentiment très-vif de reconnaissance que nous remercions ici Messieurs de la Bibliothèque. PRÉFACE. XVII Les Archives Nationales nous ont été aussi d'un grand secours. Nous avons consulté à profusion les papiers de T ancienne Maison du Roi, particulièrement ceux de la « Surintendance des Bâtiments » , et nous y avons fait d'utiles et nombreuses rencontres pour la période qui comprend Tétablissement du Dépôt dans le Vieux Louvre. Que M. le Directeur général, M. Alfred Maury, veuille bien agréer ici Tbommage de notre gra titude, et être Tinterprète des sentiments qu'elle nous inspire pour tout le personnel érudit de la maison des Archives.
Les Archives du département de Seine-et-Oise con servées à Versailles sont très-riches pour une cer taine époque de Thistoire administrative de Tancienne France. Le Dépôt général des Affaires Étrangères, établi à Versailles pendant trente et quelques années, avait passé dans cette ville la période révolutionnaire. Laissé là par le gouvernement du Roi en 1789, il n'avait été réinstallé à Paris que sous le Directoire. Soumis, en tant qu'édifice , à différentes administrations locales , telles que district, municipalité, etc., il était naturel de penser qu'un grand nombre de documents le concernant se trouveraient épars çà et là dans les séries. Nous avons donc fait plusieurs visites aux Archives de Seine-et-Oise à Versailles, où présidait à leur conser vation M. Gustave Desjardins, aujourd'hui sous-chef de la division des Archives de France au département
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. XVIII de Tintérieur. Les marques de son obligeance éprouvée nous ont permis de traiter, peut-être sans erreurs, la partie de Thistoire du Dépôt des Relations Extérieures pendant la période révolutionnaire. Lorsque nous avons exploré un nombre relativement considérable de volumes conservés au Dépôt des Affaires Étrangères, nous n'avions pas conçu encore le projet de réunir les éléments des annales de ces Archives, ainsi que nous avions fait à Venise, pour former Thistoire, que nous avons publiée, de la Chancellerie d'État de la République Sérénissime. Aussi, sans nul doute, avons-nous dû laisser échapper quelques détails précis et tout particuliers au sujet, qui se trouvent répandus dans les documents. J'est un regret pour nous de n'avoir eu alors en vue que 1 étude spéciale des textes relatifs à Thistoire des Négociations de la France avec la Grande-Bretagne, depuis le règne de Henri VIII jusqu'à Tavénement de la maison de Ha .novre (1547-1715), relatifs aussi à Thistoire des Négociations de la France avec la République de Venise, depuis ses origines jusqu'à sa fin.
Nos autres recherches, celles-ci plus générales, avaient pour objet la reconnaissance des matériaux qui pourraient nous servir à présenter un projet d'histoire diplomatique, depuis la paix d'Utrecht jusqu'à celle d' Aix-la-Chapelle (1712-1748). Toutefois le long parcours prélimi naire que nous avons fait à travers tant de correspon-
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. XIX dances et de mémoires, nous a permis de marquer un grand nombre de faits intéressants, qui nous furent d'un bon service lorsque nous entreprîmes la mise en œuvre de ce long travail. C'est pendant le séjour que nous avons fait aux archives de ce grand département d'État que nous avons appris à connaître la valeur réelle, l' attrait par ticulier des monuments écrits de la diplomatie fran çaise, dont l'étude a charmé notre curiosité toujours en éveil sur les choses et affaires du seizième siècle, du dix-septième et d'une partie du dix-huitième. Qu'on nous pardonne des prétentions si grandes ! Après tant de recherches accomplies dans les pays étrangers : aux archives de Venise, pendant six années ; dans les papiers de Médicis, à Florence ; dans ceux de la maison de Gonzague à Mantoue; dans ceux des Farnèse à Parme ; dans ceux des D'Este à Ferrare et à Modène ; puis en Angleterre, pendant près d'une année, au Record Office si hospitalier; il était naturel que nous ambition nions de connaître aussi bien les papiers de France C'est à feu M. le prince de La Tour d'Auvergne, qui nous honorait, depuis de longues années, d'une bienveil lance amicale, que nous avons dû le bénéfice intellectuel de ces belles études.
Alors qu'il servait la France en Angleterre en qualité d'ambassadeur, il voulut bien faciliter nos travaux dans ce pays en accréditant nos demandes auprès du secrétaire d'État du « Foreign PRÉFACE. XX Office » . Son appui nous a valu Tautorisation la plus étendue pour avoir part aux communications des an ciennes correspondances fournies par la Diplomatie anglaise. Alors ces documents n'étaient pas encore rendus publics, comme ils le sont aujourd'hui, grâce à des réformes récentes qui ont été accomplies aussitôt qu'elles ont été décidées. M. le prince de La Tour d'Auvergne devint ministre des Affaires Étrangères. Nous avons trouvé dans le ministre les mêmes témoignages de bonne grâce et d'encouragement pour nos travaux. Cette fois, il pouvait nous accorder lui-même ce dont il avait bien voulu faire ailleurs Tobjet de sa recommandation.
Il accueillit avec faveur la demande que nous lui fîmes, concernant le Dépôt des Archives du ministère qu'il dirigeait. De la plus grande bienveil lance, d'une aménité parfaite, d'un esprit solide et fort éclairé, il comprenait admirablement Tintérêt, l' attrait et le charme tout particuliers des études historiques, et il les encourageait continuellement par son suffrage. Qu'il nous soit permis de dire que Thommage que nous rendons ici à la mémoire de ce ministre secrétaire d'État ne nous est point dicté seulement par un sentiment de devoir et de convenance, mais qu'il nous est surtout inspiré par ce que nous pourrions appeler la passion de la reconnaissance. Notre plus vif regret est qu'il ne nous puisse entendre. Une mort rapide Ta enlevé dans sa retraite. P-iÉFACE. XXI Les communications de source particulière ont aussi favorisé notre travail, et parmi elles, les plus intéressantes ont été assurément celles que M. Henri Bordier, auteur de l'ouvrage publié en 1855 sur les Archives de la France, a bien voulu mettre à notre disposition.
C'est grâce aux Notes et à des Mémoires , dignes de tout crédit, qu'il a réunis et dont il nous a autorisé à tirer sans réserve tout ce qui nous paraîtrait utile, que nous avons pu préciser bien des faits particuliers au Dépôt fondé par Colbert, marquis de Torcy, et gran dement enrichi par Chauvelin. Le sujet que nous trai tons est neuf. Que d'écueils, par conséquent, étaient et sont à redouter, au chapitre des erreurs ! Les deux Mé moires, l'un de M. Sémonin, daté de septembre 1792, l'autre de M. Caillard, en date de fructidor an XII, se trouvent, avec beaucoup d'autres notes, dans le recueil que possède M. Henri Bordier. Or MM. Sémonin et Cail lard ont été Gardes du Dépôt, le premier pendant vingt années, le second pendant sept. De quel prix ne fut donc pas pour nous T offre obligeante de T érudit possesseur de ces documents !
C'est à la récente publication de notre étude sur le Cabinet et les Papiers du duc de Saint-Simon que nous avons dû cette marque d' at tention et de bienveillance de la part de M. Bor dier. II avait reconnu, en plusieurs de nos pages, que des sentiments heureux les avaient dictées, nous vou lons dire un intérêt extrême dans la recherche de la vérité, et l' amour très-vif de la libéralité en matière de
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. XXII travail et d'études. Cette manifestation nous a valu son obligeance. Toutes paroles seraient vaines pour remercier celui à qui nous sommes si particulièrement rede - vable. Y Nous avons foi dans futilité de cet ouvrage. II rendra plus familier un coin du monde trop fermé jusqu'à présent, et dont les limites seront maintenant plus ouvertes à qui demandera de les franchir pour connaître des affaires anciennes de la vieille France. C'est tout à Thonneur de cette illustre et ancienne maison des Affaires Étrangères que nous l' avons entrepris. Tous ceux qui y travaillent trouveront dans ces pages quelque glorieux propos pour les œuvres de ceux de leurs devanciers dont le mérite, le labeur et les qualités ont été méconnus, en raison d'une loi propre à cette secrétairerie d'État, ainsi caractérisée par l'un de ses chefs : « h' éclat du succès, a dit le marquis d'Argenson, rìy est jamais en proportion avec les efforts et les difficultés.
II faut généralement sacrifier à futilité des affaires tout i honneur de la conduite ; les événements seuls décèlent l'art et la peine, et le plus souvent sans donner à connaître le mérite de .'ouvrier. » Certes, que de ressorts de négociations sont à chercher et à trouver dans ces curieuses séries des correspondances PRÉFACE. XXIII françaises, dont le recueil est pour ainsi dire non inter rompu dans cette industrieuse maison, depuis le temps même où le grand Cardinal administrait le Royaume ! Que de physionomies à faire revivre! Que de pages inattendues, et pour le bon style, et pour les ingénieux propos ! Ne nous parlez pas de curiosité malsaine et ne demandant à Thistoire que ses pires détails. Elle est d'ail leurs beaucoup plus rare que les adversaires de toutes lumières se plaisent à le donner à croire.
Mais laissez toutes franchises aux studieux dont le but est d'apprendre pour instruire et juger Nuls conseillers ne sont meilleurs à cet égard que les serviteurs actifs et capables de Tancienne diplomatie. Leurs dépêches sont le miroir où Ton voit passer, le plus souvent dans leur vérité, les événements du passé , en même temps que les hommes d'Etat qui en ont eu le jeu dans les mains. C'est toute une littérature à part, que Ton ne connaît généralement encore que par grands fragments , et dont T ensemble offre un admirable exemple de diction, d'observation, d'ingéniosité et de travail éclairé. Tout assurément n'y est point chef-d'œuvre, et, comme en toutes choses humaines, la médiocrité s'y rencontre plus fréquemment que la perfection ; mais rarement Tintérêt fait défaut, rarement chez les moins doués des qualités supérieures, il ne se trouve quelque chose à recueillir et à apprendre.
Il fut un temps où ce n'étaient guère que les gazettes de Hollande ou du pays Suisse qui répan daient chez nous les nouvelles de divers endroits et PRÉFACE. XXIV nous servaient des jugements, souvent fort discutables, sur les principaux acteurs de la vie politique. Alors, les seuls papiers publics du territoire étaient mis en régie officielle. A cette époque, les dépêches, les courts mémoires, les notes particulières fournis par les agents du Roi dans les pays étrangers, sont d'une inappré ciable valeur par la nature, la variété, et Texactitude de leurs informations. A plus forte raison ces documents sont-ils d'autant plus précieux, pour les temps plus anciens encore où il n'y avait ni Gazette de Hol lande ni Mercure français. Tout s'y peut rechercher comme dans une terre féconde. Les éléments les plus divers s'y trouvent.
Les « Mémoires d'Estat » répon dent aux investigations d'un ordre politique dans le sens le plus élevé du mot, les « Dépêches ordinaires » satisfont à la curiosité la plus diverse, soit qu'elle s étende à des notions sur les mœurs et les coutumes, soit qu'elle ait pour objet les affaires du commerce, celles des arts et des lettres. Jadis, l'ambassadeur du Roi était un narrateur perpétuel ; il devait tout voir pour tout dire, et lorsqu'il avait à se taire par disette politique dans le pays où il représentait, il avait à parler sur les choses de Tintérieur telles que produits du sol, action de Tindustrie, ouvrages de Tesprit , mœurs et caractère des habitants. La correspondance des ambassadeurs anciens peut être regardée comme un répertoire général d'informations particulières. On y apprend les faits et le pourquoi des faits, qui est une PRÉFACE.
XXV mine aussi inépuisable que le cœur humain. Mais, indépendamment des anecdotes que fournit cette correspondance, anecdotes d'autant plus sûres qu'elles vien nent de personnes qui ont souvent joué le plus grand rôle dans les affaires publiques, on trouve aussi ma tière pour la véritable étude des choses les plus élevées de Tart politique, et on y fait quelquefois la ren contre de ceux qui sont dignes d'être qualifiés « de ce nom d hommes d'Estat, dont l estendue est si grande et les qualités nécessaires si hautes. » C'est en effet dans cet échange d'idées qui se fait par une correspondance établie entre un ambassadeur et un mi nistre des Affaires Etrangères, que Thistorien a le plus d'occasions d'approcher de quelqu'un de ces bons et grands esprits qui pour être parfaits dans Tart politique, devraient avoir, selon le curieux portrait de Thomme d'État tracé par un bon maître du sei zième siècle, « la connoissance parfaite des hommes et des pays, être sçavant à toutes sortes d'occur rences et néantmoins n'estimer pas les autres igno rants, ne pas aller toujours mesme train, ne montrer en ses opinions rien qui montre /' impudence de la flat terie ny la lascheté de la servitude, ne résoudre rien par dépit, chagrin, colère et soudaineté, quatre dan gereux escueils des esprits prompts et subtils; avoir l' ordre en ses discours, le jugement en ses escrits, la constance et le secret aux commandements, et la diligence et facilité aux résolutions. » PRÉFACE.
XXVI Toutes ces sources utiles d'enseignement se trouvent réunies pour la France dans les Archives des Affaires Étrangères. Ce n'est pas que nous voulions dire que les documents de la Diplomatie française ne se trouvent point ailleurs, et que nos différentes Bibliothèques, nos Archives Nationales, les Collections particulières ne contiennent une infinité de ces pièces manuscrites qui, réunies, formeraient elles-mêmes un véritable Dépôt diplomatique où il ne se rencontrerait que de rares lacunes. Nous savons par expérience qu'il en est ainsi. Mais Textrême avantage du Dépôt des Archives des Affaires Etrangères est de représenter, sous une forme parfaite , la succession non interrompue de toutes les œuvres écrites de la diplo matie depuis l'époque où la politique est devenue une science. 11 semble être l'Académie de la littérature diplo matique, qui est un monde [nouveau à voir dans son ensemble comme dans toutes ses parties.
Ce monde par tout, pendant un long temps, a été fermé avec plus ou moins de rigueur. Longtemps ses maîtres et seigneurs onl tenté de le laisser terra incognito aux voyageurs trop ambitieux, mais aujourd'hui il n'est guère de pays et de nations où Ton n'ait reconnu Tavantage de la con sultation des anciens papiers de la diplomatie poul ies sciences historiques en toute T étendue de leurs différentes branches. II n'est pas un pays dont le gouvernement n'encourage cette étude, soit par des modifications aux règlements prohibitifs d'un ancien ré- PRÉFACE. XXVII gime, soit par des décisions si libérales en leurs effets qu'on les pourrait traiter de révolutions heureuses. LTtalie, la Grande-Bretagne, T Autriche, la Prusse, les États du Nord ouvrent à deux battants les portes de ces monuments précieux, dépositaires de tant de preuves et de vérités.
En Angleterre, le secrétaire d'Etat des Affaires Étrangères a versé ses anciens trésors aux Archives publiques, ne conservant par-devers lui, pour les maintenir dans le plus strict, le plus légitime et nécessaire secret, que les papiers des Correspondances et les Mémoires d'Etat que Ton peut raisonnablement appeler modernes. En Suède, le Dépôt annexé aux Affaires Étrangères ne contient que les documents diplomatiques concernant une période d'un demi-siècle, et ceux qui sont d'une date antérieure sont portés aux Archives du royaume, où ils deviennent publics. Que ne dirions-nous des mesures libérales qui ont été adoptées en Autriche, grâce à ['impulsion de M. d'Arneth, Garde du Dépôt des Archives de Cour et d'État , et en Belgique sous Theureuse direction de M. Gachard, et en Russie sous Tactif patronage de la Société d'histoire récemment fondée et dont le grand-duc héritier est président et le ministre des Affaires Étrangères, prince Gortschakoff, membre honoraire?
De toutes parts, le suffrage est unanime pour seconder admirablement les studieux de Thistoire en leur assurant la libre consultation des mo numents écrits de Tancienne diplomatie. De toutes PRÉFACE. XXVIII parts, aujourd'hui, la littérature diplomatique est en honneur , et appréciée comme offrant les sources vives et les plus sures pour des travaux d'une forme nouvelle « dans Yestude historique », selon le mot de notre bon ancêtre en curiosité, André Du Chesne, « historiographe du Roy » . 5 janvier 1875.
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