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EXPÉDITION DU MEXIQUE 1861-1867 RÉCIT POLITIQUE ET MILITAIRE PARIS. IMPRIMERIE DE J. DOMAINE , RUE CflUISTIKE EXPÉDITION DU MEXIQUE 1861 - 1867 RÉCIT POLITIQUE & MILITAIRE PAR À G. NIOX CAPITAINE D'ÉTAT-MAJOB PARIS LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE L I B R A I R E - É D I T E C R Rue et passage Dauphine, 30 Sept années à peine se sont écoulées depuis la fin de l'Expédition du Mexique, mnis elles ont été si remplies que l'on croirait être déjà beaucoup plus éloigné de cette époque. Avant que les péripéties d'un temps aussi troublé que le nôtre nous aient emportés plus loin encore, il a paru opportun de publier, sinon une étude critique, du moins un récit d'ensemble de cette campagne, afin de íìxer les faits dont il conviendra de rechercher plus tard le sens politique et la portée. L'histoire, qui puise ses premiers éléments d'infor mation dans les écrits des contemporains , leur de mande , comme garantie de sincérité , de s'effacer pour laisser parler les événements mêmes.
La mé thode d'exposition était donc la seule qui pût con venir à ce récit, d'autant plus que les hommes ne s'y montrant pas toujours conséquents et leurs actions n'étant pas nécessairement logiques , des procédés de déduction absolue auraient compromis la vérité historique. Les mouvements militaires ont servi de canevas et les considérations politiques ont été développées de manière à faire comprendre les causes , l'en chaînement et les conséquences des opérations de guerre. Les documents mis en œuvre sont conservés, pour la plupart, aux archives des ministères de la guerre et de la marine. Aucune pièce, si délicate qu'elle fût, n'a été omise, pour peu qu'elle ait paru de nature à éclairer une situation. Plusieurs dossiers particuliers, entre au tres une précieuse collection de lettres de TEmpe reur Maximilien et de l'Impératrice Charlotte, ont fourni d'intéressants renseignements; enfin, un cer tain nombre de rapports militaires des chefs mexi cains et une très-importante correspondance diplomatique relative aux affaires du Mexique , ont pu être consultés dans les publications officielles du gouvernement des États-Unis.
Paris, 7 juin 1874. PREMIÈRE PARTIE Condition de iDdicDS après la conquête du Mexique et sous le régime colonial. 1 EXPÉDITION DU MEXIQUE 1861 — 1867 PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE PREMIER. Préliminaires de l'expédition du Mexique. Condition des Indiens après la conquête du Mexique et sous le régime colonial. — Émancipation du Mexique. — Iturbide proclame Tindépendance ; plan d'Iguala (24 fév. 1821). — Traité de Cordova (24 août 1821). — Iturbide empereur. — République mexicaine ; les partis au Mexique. — Guerre civile. — Santa-Anna. — Comonfort ; plan d'Ayotla (1er mars 1854). — Constitution de 1857. — D. Benito Juarez. — Plan de Tacubaya ; Zuloaga. — Juarez établit le gouvernement constitutionnel à la Vera-Cruz. — Miramon. — Chute de Miramon; le parti constitutionnel maître de Mexico ; — Attitude des ministres étrangers pendant la guerre civile. — M. de Saligny nommé ministre de France à Mexico. — Suspension du paiement de la dette publique (17 juillet 1861). — Rupture des MINISTRES DE FrANCE ET D'ANGLETERRE AVEC LE GOUVERNEMENT DE JUAREZ (25 juillet 1861). — Les étrangers au Mexique. — Premiers projets d'intervention. — Convention de Londres (31 octobre 1861). — Dispositions des États-Unis.
Chapitre II
1861 Désignation des plénipotentiaires. Le général Prim, à Topération par Tenvoi d'une forte division navale , 2 vaisseaux, 4 frégates, un nombre proportionnel de bâtiments plus légers et un détachement de 700 soldats de marine destinés à être momentanément débarqués sur les côtes O. Le contre-amiral Milnes reçut le commandement des forces anglaises, le contre-amiral Jurien de la Graviére celui des troupes françaises ; le général Prim, comte de Reus, fut désigné pour commander les troupes espagnoles. Des commissaires devant être chargés de régler les diverses questions de réparations à demander au Mexique et d'indemnités à en obtenir, l'Angleterre désigna à cet effet sir Ch. Wyke, son chargé d'affaires à Mexico, qui était au courant des hommes et des choses du pays et le contre amiral Milnes, commandant Tescadre anglaise.
Pour les mêmes raisons, le cabinet des Tuileries se fit représenter par M. de Saligny et par l'amiral Jurien. Quant à l'Espagne, elle remit au général Prim la direction politique et militaire de Texpédition. Le chiffre relativement élevé des forces qu'il comman dait, Tillustration qui entourait son nom, la bienveillante sympathie qu'il avait rencontrée près de Tempereur Napo léon et dont il avait reçu des témoignages publics, devaient donner au général Prim une influence prédominante au sein de la conférence. Rien que les commissaires français ne lui fussent nullement subordonnés, il leur était recom mandé d'avoir pour ses avis une certaine déférence ; Tavenir de Texpédition était donc en grande partie entre ses mains et le succès allait dépendre de la ligne de conduite qu'il suivrait. <*) Le Ministre des affaires étrangères au Ministre de la marine, 4 novembre 1861. — Le contre-amiral Jurien au Ministre de la marine, 22 décembre 1861.
Une grande ambition appuyée sur un fonds d'idées li bérales, un besoin incessant de mouvement et d'agitation, quelque inconséquence dans Tespril, paraissent être les ca ractères distinctifs du comte de ReusP). II avait épousé une riche Mexicaine, mademoiselle Aguero, et se trouvait par alliance le neveu de Gonzales Etcheverria, alors mi nistre des finances de Juarez. En 1858, lorsque l'Espagne voulait déclarer la guerre au Mexique, il avait proposé et soutenu au Sénat Tamen dement suivant à l'un des paragraphes de Tadresse à la Reine : « Le Sénat a vu avec peine que les différends avec le Mexique subsistent encore. Ces différends, Madame, auraient pu avoir une solution pacifique, si legouvernement de Votre Majesté eût été animé d'un esprit plus conciliant et plus juste. Le Sénat comprend que la source de ces dissensions O) Le général Prim était jugé de la façon suivante par un officier allemand qui l'avait connu en Turquie pendant les années 1853-54, et au Maroc en 1860 (Spanisch und marokanisch Krieg.
Brockhaus, Leipzig, 1863) : « Le général Prim, originaire de Catalogne, est personnellement très-brave; il ne manque pas de talents ; il manie parfaitement la parole et il y a dans son commerce un attrait qui gagne les cœurs ; mais c'est un homme sans caractère , sans consistance morale et d'une vanité souvent des plus ridicules. Cette vanité et le désir do faire parler de lui se sont trahis pendant son séjour dans le camp de l'armée turque en 1853-54 , de la façon la plus comique, au point que le général, malgré toutes ses qualités, était devenu une sorte de plaisant et provo quait souvent des mouvements d'épaules de la part des Turcs, graves et sérieux, qui estiment qu'il est inconvenant de parler toujours de soi. — Dans le récit de ses actions d'éclat et plus encore des exploits qu'il projetait, le général Prim montrait une confiance sans bornes dans la crédulité de ses auditeurs.
II n'avait pas la moindre notion de théorie militaire ni de mathématiques, ne savait ni Phistoire ni la géographie. C'était un soldat de fortune, brave, adroit, risquant tout et jouant sa dernière pièce sur une carte. Les caprices de la fortune Pavaient singulièrement favorisé II a débuté comme simple soldat dans un bataillon catalan de l'armée des Crisliuos au commencement de la guerre civile entre les Cristinos et les Carlistes. II gagna rapidement le grade d'officier, conduisit avec succès plusieurs expéditions hardies et se trouva à la fin de la .'uerre parmi les jeunes chefs de brigade de l'armée victorieuse de Christine. >> 1™ PARTIE.
CHAPITRE II.
1861 est peu honorable pour la nation espagnole et par cela même il voit avec peine les préparatifs de guerre que fait votre gouvernement, car la force des armes ne peut nous donner la raison que nous n'avons pas. » í1) Cet amende ment n'avait obtenu d'autre voix que la sienne. Depuis cette époque, s'était-il produit dans Tesprit du comte de Reus un revirement tel qu'il pût approuver les motifs et le but de Texpédition actuelle, et si ce revirement avait eu réellement lieu, ne pouvait-on craindre un nou veau changement dans un esprit aussi versatile? Sa con duite n'allait-elle pas être influencée par quelque mobile secret, peut-être difficile à préciser, mais vraisemblable ment en désaccord avec les intentions des gouvernements alliés? La suite de ce récit montrera que cette crainte eût été justifiée.
II avait sollicité lui-même le commandement de Texpé dition ; ce n'est donc ni par déférence pour un désir de la Reine, ni par obéissance aux ordres de son gouvernement qu'il est parti pour le Mexique. On a dit qu'il avait rêvé une couronne; ses amis et les journaux qui lui étaient dévoués répétaient qu'il en était digne et il ne fit rien pour arrêter les bruits qui circulèrent à ce sujet. Une feuille, Y Eco de Europa, qui se publia plus tard au Mexique, dans le camp et sous les inspirations du général Prim, contribua beaucoup à accréditer cette supposition. « Au moyen âge, disait-on , ce héros aurait été le fonda teur d'une dynastie de rois. » Mais sans doute, il n'est permis de voir dans ces expressions qu'une exagération de style. <i> Séance du 13 décembre 1858. Instruction données à l'amiral Jurien D'autre part , on sait qu'une partie des hommes politiques de l'Espagne espéraient voir la monarchie rétablie au Mexique en faveur d'un prince de la maison de Rourbon; le nom du jeune duc de Panne avait été prononcé ; cette éventualité venant à se réaliser, la régence devait-elle être réservée au comte de Reus?
Etait-ce là que tendait son am bition? Cette hypothèse ne peut encore être acceptée qu'a vec une extrême réserve et comme une des explications possibles des anomalies de sa conduite. Quoi qu'il en soit, les conditions dans lesquelles s'engageait cette expédition étaient en tout si confuses, qu'il eût été fort à désirer de voir à sa tête un homme plus dégagé d'ambition et d'un caractère mieux défini que ne Tétait le général Prim. En désignant un amiral comme commandant des troupes françaises, Tempereur Napoléon ne supposait pas évidem ment que les opérations militaires dussent prendre un grand développement ; au début, il avait même Tintention de n'envoyer que des troupes de marine ; il pensait donc que le général Prim avec ses Espagnols suffirait à la tâche et agirait conformément à ses vues.
La composition du corps expéditionnaire français indique, en effet, qu'il ne pouvait être destiné à une opération de guerre indépendante. Les instructions données à l'amiral Jurien P) caractéri sent le but que se proposait alors le cabinet des Tuileries : Occuper les ports sur le golfe du Mexique et les conserver jusqu'à solution complète des difficultés pendantes, y per cevoir les droits de douane au nom des trois puissances. Dans le cas probable où les autorités locales n'oppose raient pas de résistance et où le gouvernement mexicain refuserait d'entrer en rapport avec les alliés, ne pas se <" Instructions du U novembre 1861. i" PARTIE.
CHAPITRE II.
1861 laisser tenir en échec par un tel expédient; un intérêt de dignité, non moins que les dangers résultant d'un séjour prolongé sous le climat malsain de la côte, commandaient d'obtenir un résultat prompt et décisif; c'était dans ce but qu'un corps de troupes de débarquement était mis à la disposition de l'amiral, afin qu'il pût, de concert avec les alliés, étendre le cercle de Taction commune. Le gouvernement français admettait qu'il pouvait être nécessaire de s'avancer jusqu'à Mexico. Les puissances alliées, était-il dit, ne se proposaient aucun autre but que celui indiqué dans la convention ; elles s'interdisaient d'intervenir dans les affaires intérieures du pays et notamment d'exercer aucune pression sur les volontés des populations quant au choix de leur gouvernement; il pouvait arriver cependant que la présence des forces alliées sur les côtes déterminât la partie saine de la population à tenter un effort pour constituer un gouvernement présentant des garanties de force et de stabilité, qui ont manqué à ceux qui se sont succédé depuis l'émancipation.
II ne faudrait pas décourager des tentatives de cette nature ni leur refuser un appui moral si la position des hommes qui en prendraient Tinitiative et la sympathie qu'elles rencontreraient dans la masse du pays leur pro mettaient quelques chances de succès. Ces instructions officielles étaient nécessairement com plétées par des instructions confidentielles. L'amiral Jurien était au courant des projets de restauration monarchique en faveur de l'archiduc Maximilien ; il devait appuyer un mouvement dans ce sens, mais non leprovoquer. Le gouvernement français, fidèle à son programme, restait donc dans les dispositions dont il était animé avant la signature de la convention de Londres. Instructions données aux commissaires anglais. Instructions données au général Prim Le Cabinet anglais ne se montra pas moins conséquent avec lui-même.
Lord Russell écrivait à sir Ch. Wyke (1er novembre) « d'observer avec rigueur l'article de la con vention, qui contenait Tengagement de n'exercer, dans les affaires intérieures du Mexique, aucune influence de nature à porter atteinte au droit de la nation mexicaine de choisir et de constituer librement la forme de son gouvernement. » En lui faisant connaître que le gouvernement français enjoignait à ses représentants de marcher sur Mexico, dans certaines éventualités prévues, il lui rappelait (15 novembre) que la force et la composition du corps expéditionnaire anglais, limité à 700 soldats de marine, ne comportait pas qu'il fùt employé à une opération de cette nature ; du reste les ré clamations devaient toujours être présentées au gouver ment mexicain d'un commun accord et au nom des trois puissances.
La crainte d'une collision avec les États-Unis, à la suite d'une violation de neutralité commise par un bâtiment fédéral sur un paquebot anglais, détourna les préoccupations de l'Angleterre et ne fit qu'augmenter la réserve qu'elle avait toujours montrée à l'égard de Texpédition mexicaine. Elle restreignit le nombre des navires à envoyer dans le golfe du Mexique; le contre-amiral Milnes fut maintenu au commandement spécial de la station anglaise des côtes des États-Unis et remplacé par le commodore Dunlop. L'Espagne paraissait au contraire s'engager plus résolument. Le gouvernement français ayant manifesté le désir que les troupes espagnoles fussent autorisées à s'avancer jusqu'à Mexico, le Cabinet de Madrid y adhéra immédia tement P). ") L'ambassadeur à Madrid à M. Thouvenel, 6 novembre 1861. I™ PARTI!'.
CHAPITRE II.
1861 Formation du corps expédition' naire français. Dans les instructions données au général Prim, on trouve reproduite la recommandation, faite à l'amiral Jurien par le gouvernement français, « de ne pas attendre que le climat et tous les inconvénients, qui accompagnent les expé ditions lointaines décimassent les troupes et prolongeassent indéfiniment cette entreprise si importante.... et d'aller chercher le gouvernement mexicain, en quelque lieu qu'il fùt, pour lui imposer ses conditions. » Le comte de Reus eut Tordre de formuler les réclamations, conformément à Tultimatum envoyé le 11 septembre au capitaine général de Cuba, et aux termes duquel les hostilités devaient com mencer énergiquement si le Mexique n'acceptait pas purement et simplement les conditions posées. II est donc bien établi que l'Espagne entendait porter la guerre dans Tintérieur du pays.
Le général Prim fut confidentiellement informé des pro jets de restauration monarchique que Ton attribuait au Cabinet des Tuileries P), mais on ne put lui recommander d'y prêter son concours, puisque la candidature d'un prince autrichien ne plaisait pas à l'Espagne ; cependant, comme nous T avons dit, les instructions officielles lui prescrivaient « de ne pas contrarier » les tentatives que pourraient faire des personnes sages pour établir un gouvernement qui fût la véritable expression des besoins du pays. Celui de Juarez était qualifié « d'insensé. » Dans le principe, le corps expéditionnaire, mis sous les ordres de l'amiral Jurien, ne devait être composé que de troupes de marine : un régiment d'infanterie de marine, une batterie d'artillerie de marine et les compagnies de débarquement de Tescadre; mais peu de jours après la ") Discours du général Prim aux Cortex, 1863.
GRAVIERE. 47 1861 signature du traité de Londres , on jugea opportun de leur adjoindre un bataillon de zouaves et un peloton de chasseurs d'Afrique; le ministre de la guerre mit en outre à la disposition du département de la marine, spécialement chargé d'organiser Texpédition, des détachements du train, du génie et d'ouvriers d'administration. Le corps expédi tionnaire se trouva définitivement constitué de la manière suivante : a. — Le régiment d'infanterie de marine, commandé par le colonel Hennique, était composé de neuf compagnies du 2e régiment de Tarme et de trois compagnies du 1er ré giment. Six compagnies étaient en France, trois à la Mar tinique et trois à la Guadeloupe. Le ministre de la marine fit envoyer 600 fusils nouveau modèle pour les contingents des Antilles, qui n'en étaient pas encore pourvus.
Ces troupes allaient donc entrer en campagne munies d'un ar mement avec lequel elles n'étaient pas familiarisées. b. — La batterie d'artillerie de marine devait être for mée au moyen du personnel de canonniers de marine se trouvant à la Guadeloupe. Les six canons rayés de 4, le ma tériel de la batterie et un approvisionnement de 480 coups par pièce étaient fournis par le département de la guerre ; ils devaient être directement expédiés à la Vera-Cruz, où seraient réunis les cadres d'officiers et les canonniers. On pensait pouvoir se procurer les attelages au Mexique même, ou tout au moins dans les Antilles; on n'expédia de France que les harnachements. On ne s'occupa pas non plus des canonniers conducteurs, supposant qu'il serait facile d'y suppléer soit par des volontaires pris dans les colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, soit par des auxiliaires d'infanterie de marine. Cependant un l" PARTIE. —
CHAPITRE II.
1861 détachement du train d'artillerie fut envoyé avec les animaux nécessaires pour le transport des caisses de munitions. L'instruction des canonniers et des conducteurs, le dressage des chevaux sont d'ordinaire Tobjet de soins minutieux, et souvent si Tune de ces conditions a été négligée, l'artillerie, loin d'être un appui, perd toute action efficace ; il y a donc lieu de s'étonner de la manière dont fut organisée la batterie destinée à Texpédition. Que serait-il arrivé s'il avait fallu opérer sur la côte du Mexique un débarquement de vive force ? Les canonniers de la marine ne connaissaient pas le service d'une batterie montée ; ils n'avaient jamais eu entre les mains de pièces de 4 rayées; de plus on verra combien il fut long, difficile et surtout dispendieux de se procurer les attelages ; enfin le bâtiment sur lequel furent embarqués les canons et le matériel, quitta les côtes de France douze jours après le départ de l'amiral Jurien et arriva à la Vera-Cruz vingt-deux jours après lui. c. — Le bataillon de zouaves fut pris dans le 2e régiment et formé à six compagnies de guerre. d. — Le peloton de chasseurs d'Afrique fut fourni par le 2e régiment de Tarme. e. — Un détachement de cent hommes du train des équipages fut adjoint aux troupes expéditionnaires, il devait être plus particulièrement affecté au transport d'une sec tion d'ambulance légère, dont le personnel se composait de 3 médecins, 2 officiers d'administration et 24 infirmiers. f. — Une section de 21 ouvriers d'administration fut chargée d'assurer les services administratifs ; elle emportait une réserve de matériel et 3 fours de campagne. o. — Un détachement de vingt sapeurs du génie fut fourni par le 3e régiment.
L'AMIRAL JL'RIEN DE LA GRAVIÉRE. 49 -1S61 Déport do l'escadre h. — Enfin l'amiral pouvait disposer des compagnies de débarquement de Tescadre. L'intention du ministre n'était pas de les réunir en corps spécial ; cependant, pour qu'elles fussent à même de suivre les colonnes expéditionnaires, le cas échéant, il fit embarquer 500 manteaux d'infanterie de marine et 500 havre-sacs pour leur être distribués. Un approvisionnement de trois mois de vivres pour un corps de 3,000 hommes fut mis à bord desvaisseaux de Tescadre, et un approvisionnement semblable envoyé à la Vera-Cruz sur des bâtiments du commerce. L'escadre se composait de 14 bâtiments à vapeur Un vaisseau : le Masséna; Cinq frégates : Montezuma, Ardente, Guerrière, Astrée, Foudre ; Trois avisos : Bertholet, Chaptal, Marceau; Deux canonnières : Eclair, Grenade ; Trois transports : Aube, Meuse, Sèvre.
La Foudre, qui faisait partie de la division navale des côtes d'Amérique, se rendit directement à la Vera-Cruz, où elle arriva le 17 novembre, et se mit à la disposition de M. de Saligny. L 'Eclair et la Grenade étaient déjà sur les côtes ou dans le voisinage du Mexique. Le Bertholet quitta le port de Rrest dès le 9 novembre, afin de précéder Tescadre à Ténériffe et à la Havane, de faire préparer dans ces ports les re changes nécessaires , d'acheter des chevaux el des mulets à la Havane, enfin de se procurer des renseignements précis sur Torganisation de Texpédition espagnole et Teffectif des troupes destinées au Mexique. Les autres bâtiments surent expédiés successivement des divers ports de guerre ; l'amiral fixa pour lieu de rendez-vous général Sainte-Croix de Ténériffe (la Meuse et la Sèvre exceptées). IrC PARTIE.
CHAPITRE II.
1861 Réunion de Tescadre à Sainte-Croix' de-Ténérifle. L'Ardente, la Guerrière, l'Aslrée et le Montezuma reçurent à leur bord les compagnies d'infanterie de marine. Le Masséna et l' Aube se rendirent de Toulon à Oran pour embarquer les troupes d'Afrique. Le Masséna, portant le pavillon de l'amiral, embarqua les zouaves et le détache ment du génie (543 hommes). L'Aube reçut les divers autres détachements formant un effectif de 10 officiers, 254 soldats, 248 chevaux et mulets. L'amiral adressa au bataillon de zouaves, qu'il reçut à bord de son vaisseau, Tordre du jour suivant-: « Soldats du 2e régiment de zouaves, soyez les bienvenus à bord de nos vaisseaux. Le prestige qui s'attache à votre nom nous est cher. C'est une des gloires de la France. « L'Empereur, en vous associant à ses marins dans l'expédition du Mexique, a voulu vous donner une nouvelle preuve de son es time et de sa confiance.
Vous connaissez déjà vos futurs compagnons d'armes. Ce sont les soldats qui ont gravi à vos côtés les hauteurs de F Aima. Ce sont les canonniers qui ont partagé avec vous les épreuves d'un long siège, les marins qui, au prix de tant de fatigues et de veilles périlleuses, vous ont adouci les rigueurs d'un terrible hiver. Depuis la campagne de Crimée et la campagne d'Italie, il n'y a plus qu'une armée en France. Le débarquement d'Old-Fort, l'attaque des batteries de Sébastopol, l'occupation de la mer d'Azoffet la prise de Kinburn sont des souvenirs qui appartiennent à la fois à nos légions et à notre flotte. L'expédition du Mexique associera plus étroitement encore ces deux éléments, in complets l'un sans l'autre, de la puissance nationale. « Soldats du 2e régiment de zouaves, je n'ai plus qu'un mot à vous dire : Dans cette nouvelle campagne, soyez dignes de vous t Que vos frères d'armes, vos alliés et vos ennemis reconnaissent encore à votre discipline, comme à votre courage, les premiers soldats du monde ! » L'amiral appareilla le 17 novembre se dirigeant sur Té nériffe.
Le Masséna mouilla en rade de Sainte-Croix de Té nériffe, le 23 novembre. Le lendemain, les frégates la Guer rière, l' Ardente, l'Astrée, le Montezuma, les avisos le Marceau, L'AMIRAL JURIEN DE LA GRAVIERE. 51 1861 le Chaptal et le transport X Aube étaient réunis autour du pavillon de l'amiral, qui adressa Tordre du jour suivant aux troupes du corps expéditionnaire : « Marins et soldats, « Nous allons au Mexique. Nous n'avons pas seulement à y pour suivre, comme la vaillante escadre, dont plusieurs d'entre vous ont fait partie, la réparation de nombreux et récents griefs; nous aurons avant tout à réclamer pour le respect de notre drapeau, pour la sûreté de notre commerce, pour l'existence de nos compa triotes, des garanties plus sérieuses que celles qui nous sont offertes aujourd'hui. « Nous n'entretenons aucune animosité contre le peuple mexicain.
Nous savons ce qu'il faudrait attendre de cette noble et géné reuse race, si elle pouvait mettre un terme à ses étemelles discordes ; mais des gouvernemenls, impuissants à maintenir la paix inté rieure, protégeront toujours mal, quelle que soit leur bannière, la sécurité des étrangers. « Notre véritable ennemi au Mexique, ce n'est pas telle ou telle faction politique, c'est l'anarchie ; l'anarchie est un ennemi avec lequel il est inutile de traiter. « Marins et soldats, « Dans la nouvelle campagne que vous allez entreprendre, vous avez pour juges de voire bon droit l'opinion sympathique de votre pays, le concours ou l'assentimenl du monde civilisé ; vous aurez bientôt, au Mexique même, les vœux de tous les gens de bien. « Comprenez donc les devoirs que cette situation vous impose. Donnez aux populations l' exemple de Tordre et de la discipline; apprenez-leur à honorer le nom de notre glorieuse patrie, à envier la prospérité et la paix dont nous jouissons, et vous pourrez alors répéter avec un légitime orgueil ces paroles que vous adressait il y a quelques mois notre Empereur: « Partout ou se montre le dra « peau de la France, une cause juste le précède, un grand peuple le suit ! » La division navale quitta Ténériffe le 25 novembre ; les bâtiments, naviguant en route libre, se dirigèrent sur la Martinique , à Texception du Montezuma , qui devait l" PARTIE.
CHAPITRE II.
1861 L'amiral com plète l'organisa lion du corps expéditionnaire, d'abord toucher à la Guadeloupe pour y prendre trois compagnies d'infanterie de marine et le personnel de la batterie de 4. L'amiral compléta en mer Torganisation de son corps expéditionnaire , qui avait été si sommairement préparée avant son départ d'Europe. Prévoyant les difficultés que rencontreraient la formation et la mise en état de sa bat terie d'artillerie, il ordonna la création d'une batterie de montagne de six obusiers pris sur les bâtiments de la division, servie par des marins canonniers et commandée par un lieutenant de vaisseau, un enseigne et trois aspirants. II affecta au service de cette batterie légère approvisionnée à 16 coups par pièce et à 32 coups de réserve, la moitié du détachement du train d'artillerie O qui lui avait été donné pour transporter Tapprovisionnement de la batterie de 4.
L'effectif de cette batterie fut fixé à 100 hommes. Une section de 12 rayé, également servie par des marins et constituée au moyen des ressources de Tescadre, devait former une petite réserve de grosse artillerie. Pour équiper ces marins, on fit confectionner sur les bâtiments des havre-sacs en toile et des tentes, avec des rechanges de voiles. Les marins de débarquement surent organisés en un ba taillon de six compagnies de 80 hommes sous le comman dement d'un capitaine de frégate. On leur distribua des ustensiles de campement, des manteaux et des sacs. Ce bataillon, les compagnies d'infanterie de marine et le bataillon de zouaves furent mis à terre à la Martinique et installés au bivouac pendant quelques jours, afin de (») Ce détachement se composait de 1 officier, 2 sous-officiers, 55 conducteurs, 40 mulels de bât.
L'AMIRAL JURIEN DE LA GRAVIERE. 53 1861 Arrivée de Tescadre à la Havane, 27 dec. 1861 permettre aux marins débarqués et aux soldats d'infanterie de marine, d'acquérir au contact des troupes d'Afrique un peu des connaissances pratiques de la vie de campagne. Afin de combler en partie les vides ainsi produits dans les équipages des bâtiments, l'amiral prit à la Martinique des matelots créoles provenant de Tinscription maritime des Antilles et qui, n'étant pas sujets à la fièvre jaune, devaient lui rendre d'utiles services sur les côtes du Mexique. Le gouverneur de la Martinique mit en outre à sa disposition un peloton de gendarmes à cheval et un déta chement de 25 ouvriers du génie indigène, avec les engins de guerre de première nécessité. Ces ressources de la colo nie étaient précieuses; elles permirent à l'amiral d'améliorer notablement Torganisation de son petit corps expéditionnaire.
Les services administratifs, à la tète desquels on plaça soit des commis de marine, soit des adjudants d'administration, furent centralisés entre les mains du commissaire adjoint de Tescadre. Un capitaine de frégate fut désigné pour remplir les fonctions de commandant du parc et de grand prévôt; il íut en outre chargé du soin de réunir et d'organiser le convoi que l'amiral avait le désir de for mer pour transporter à la suite des colonnes 45 jours de vivres et des effets d'habillement pour six mois ; le dé tachement de gendarmes et soixante marins destinés au service d'escorte furent placés sous ses ordres (l). L'amiral Jurien partit de la Martinique le 17 décembre ; il arriva le 27 à la Havane, presque en même temps que le commodore Dunlop. Le général Prim, qui les avait pré- "> Voir T appendice pour Torganisation du corps expéditionnaire. I™ PARTIE.
CHAPITRE II.
1861 Première réunion des trois commandants des troupes alliées. cédés de quelques jours, avait été reçu avec de grandes démonstrations d'enthousiasme et aux cris de : Viva el vice-rey de Mexico, viva el nuevo Hernan Cortez ! O A la Havane, l'amiral Jurien apprit , non sans surprise , que les troupes espagnoles étaient déjà parties et que depuis le 17 décembre elles occupaient la Vera-Cruz. Le lendemain de son arrivée, il eut une entrevue avec le général Prim et le commodore Dunlop; de très-bons rapports s'établirent aussitôt entre eux ; le général Prim témoigna un vif regret du malentendu qui, selon lui, avait amené le départ anticipé des troupes espagnoles ; il fut le premier à manifester le désir que les escadres anglaise et française se réunissent à lui et aux bâtiments qui Taccompagneraient afin de se présenter simultanément devant la Vera-Cruz et faire, dès ce moment, succéder faction combinée des trois puissances à Taction iso léedes troupes espagnoles.
II exprima hautement Tintention de s'avancer dans Tintérieur du Mexique, dès qu'il le pour rait ; l'amiral Jurien déclara, de son côté, qu'aussitôt Tarrivée du bâtiment qui portait son artillerie, il serait à même de se mettre en marche; il ajouta que les termes de la convention de Londres ne lui laissaient aucun doute surl'intention des puissances contractantes de prévoir et d'autoriser au besoin cette extension de Tintervention européenne. Le commodore Dunlop fit observer que ses instructions lui interdisaient tout mouvement de ce genre, mais que désireux de ne pas se séparer de ses collègues, il allait solliciter de nouveaux ordres. Quelques jours après, à la suite d'une seconde réunion, l'amiral Jurien ne se dissimula plus combien étaient différentes les vues des trois puissances alliées et quels sérieux germes de dissentiment existaient entre elles.
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