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Saint Paul (Renan)

Ernest Renan · 1869 · Free in the US

296,049 words · about 20 h 44 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1869 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Saint_Paul_(Renan)&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Ernest Renan
Language
French
Published
1869
Length
296,049 words · about 20 h 44 min
Sections
26 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (26)

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Front matter

Nous avons vu ensemble Éphèse et Antioche, Philippes et Thessalonique, Athènes et Corinthe, Colosses et Laodicée. Jamais, sur ces routes difficiles et périlleuses, je ne t’entendis murmurer ; pas plus dans nos voyages que dans la libre poursuite du vrai, tu ne m’as dit : « Arrête-toi. » À Séleucie, sur les blocs disjoints du vieux môle, nous portâmes quelque envie aux apôtres qui s’embarquèrent là pour la conquête du monde, pleins d’une foi si ardente au prochain royaume de Dieu. Sûrement, ces espérances matérielles immédiates donnaient dans l’action une énergie que nous n’avons plus. Mais, pour être moins arrêtée dans ses formes, notre foi au règne idéal n’en est pas moins vive. Tout n’est ici-bas que symbole et que songe. Descartes avait raison de ne croire à la réalité du monde qu’après s’être prouvé l’existence de Dieu ; Kant avait raison de douter de tout jusqu’à ce qu’il eût découvert le devoir. Notre jeunesse a vu des jours tristes, et je crains que le sort ne nous montre aucun bien avant de mourir. Quelques erreurs énormes entraînent notre pays aux abîmes ; ceux à qui on les signale sourient. Au jour des épreuves, sois pour moi ce que tu fus quand nous visitions les sept Églises d’Asie, la compagne fidèle qui ne retire pas sa main de celle qu’elle a une fois serrée.

Les quinze ou seize années dont ce volume comprend l’histoire religieuse sont, dans l’âge embryonnaire du christianisme, celles que nous connaissons le mieux. Jésus et la primitive Église de Jérusalem ressemblent aux images d’un lointain paradis, perdues dans une brume mystérieuse. D’un autre côté, l’arrivée de saint Paul à Rome, par suite du parti qu’a pris l’auteur des Actes de clore à ce moment son récit, marque pour l’histoire des origines chrétiennes le commencement d’une nuit profonde, dans laquelle la lueur sanglante des fêtes barbares de Néron et le coup de foudre de l’Apocalypse jettent seuls quelque clarté. La mort des apôtres en est enveloppée d’une obscurité impénétrable. Au contraire, le temps des missions de Paul, surtout de la deuxième mission et de la troisième, nous est connu par des documents de la plus grande valeur. Les Actes, jusque-là si légendaires, deviennent tout à coup assez solides ; les derniers chapitres, composés en partie de la relation d’un témoin oculaire, sont le seul récit complètement historique que nous ayons sur les premiers temps du christianisme. Enfin, par un privilège bien rare en un pareil sujet, ces années nous offrent des documents datés, d’une authenticité absolue, une série de lettres dont les plus importantes résistent à toutes les épreuves de la critique, et n’ont jamais subi d’interpolations.

Nous avons fait, dans l’introduction du précédent volume, l’examen du livre des Actes. Nous devons discuter maintenant, les unes après les autres, les différentes épîtres qui portent le nom de saint Paul. L’apôtre nous apprend lui-même que déjà de son vivant circulaient sous son nom des lettres fausses ; il prend souvent des précautions pour prévenir les fraudes. Nous ne faisons donc que nous conformer à ses intentions, en soumettant à une censure rigoureuse les écrits qu’on nous présente comme de lui.

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