Front matter
Te souviens-tu, du sein de Dieu où tu reposes, de ces longues journées de Ghazir, où, seul avec toi, j’écrivais ces pages inspirées par les lieux que nous avions visités ensemble ? Silencieuse à côté de moi, tu relisais chaque feuille et la recopiais sitôt écrite, pendant que la mer, les villages, les ravins, les montagnes se déroulaient à nos pieds. Quand l’accablante lumière avait fait place à l’innombrable armée des étoiles, tes questions fines et délicates, tes doutes discrets, me ramenaient à l’objet sublime de nos communes pensées. Tu me dis un jour que, ce livre-ci, tu l’aimerais, d’abord parce qu’il avait été fait avec toi, et aussi parce qu’il était selon ton cœur. Si parfois tu craignais pour lui les étroits jugements de l’homme frivole, toujours tu fus persuadée que les âmes vraiment religieuses finiraient par s’y plaire. Au milieu de ces douces méditations, la mort nous frappa tous les deux de son aile ; le sommeil de la fièvre nous prit à la même heure ; je me réveillai seul ! Tu dors maintenant dans la terre d’Adonis, près de la sainte Byblos et des eaux sacrées où les femmes des mystères antiques venaient mêler leurs larmes. Révèle-moi, ô bon génie, à moi que tu aimais, ces vérités qui dominent la mort, empêchent de la craindre et la font presque aimer.
Les douze premières éditions de cet ouvrage ne diffèrent les unes des autres que par de très-petits changements. La présente édition, au contraire, a été revue et corrigée avec le plus grand soin. Depuis quatre ans que le livre a paru, j’ai travaillé sans cesse à l’améliorer. Les nombreuses critiques auxquelles il a donné lieu m’ont rendu à certains égards la tâche facile. J’ai lu toutes celles qui avaient quelque chose de sérieux. Je crois pouvoir affirmer en conscience que pas une fois l’outrage et la calomnie qu’on y a mêlés ne m’ont empêché de faire mon profit des bonnes observations que ces critiques pouvaient contenir. J’ai tout pesé, tout vérifié. Si, dans certains cas l’on s’étonne que je n’aie pas fait droit à des reproches qui ont été présentés avec une assurance extrême et comme s’il s’agissait de fautes avérées, ce n’est pas que j’aie ignoré ces reproches, c’est qu’il m’a été impossible de les accepter. Le plus souvent, dans ce cas, j’ai ajouté en note les textes ou les considérations qui m’ont empêché de changer d’avis, ou bien, par quelque léger changement de rédaction, j’ai tâché de montrer où était la méprise de mes contradicteurs. Quoique très-concises et ne renfermant guère que l’indication des sources de première main, mes notes suffisent toujours pour montrer au lecteur instruit les raisonnements qui m’ont guidé dans la composition de mon texte.
Pour me disculper en détail de toutes les accusations dont j’ai été l’objet, il m’eût fallu tripler ou quadrupler mon volume ; il m’eût fallu répéter des choses qui ont déjà été bien dites, même en français ; il eût fallu faire de la polémique religieuse, ce que je m’interdis absolument ; il eût fallu parler de moi, ce que je ne fais jamais. J’écris pour proposer mes idées à ceux qui cherchent la vérité. Quant aux personnes qui ont besoin, dans l’intérêt de leur croyance, que je sois un ignorant, un esprit faux ou un homme de mauvaise foi, je n’ai pas la prétention de modifier leur avis. Si cette opinion est nécessaire au repos de quelques personnes pieuses, je me ferais un véritable scrupule de les désabuser.
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The end
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