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Quelques développements nouveaux sur les principes émis dans la brochure intitulée: De la formation des églises

John_Nelson_Darby · 1841 · Free in the US

41,254 words · about 2 h 53 min to read

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Author
John_Nelson_Darby
Language
French
Published
1841
Length
41,254 words · about 2 h 53 min
Sections
9 reader sections
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L’édition du petit Traité sur la Formation des Églises se trouvant maintenant épuisée, je viens, au lieu d’en publier une seconde, donner quelques explications qu’exigent également les circonstances dont cette question est actuellement entourée, et les difficultés qui se présentent à plusieurs esprits. Mon intention n’est pas de faire de la controverse. Je sais qu’au lieu de produire du bien, elle ne tend qu’à diviser les cœurs. Je ne crois pas y entrer en donnant ces quelques éclaircissements, suivis de plusieurs remarques sur certains passages de la Parole. Pour ce qui me concerne personnellement, je n’ai qu’à me taire, c’est pour moi peu de chose d’être jugé de jugement d’homme ; je désire être comme un sourd qui n’entend point (Psaume xxxviii, 13, 14). Étranger, il est vrai, selon la chair, ici comme ailleurs, j’ai appris que le St. Esprit forme, entre ceux qui sans cela ne se seraient jamais connus les uns les autres, des liens doux et puissants que le monde ne saurait comprendre. J’ai appris aussi que les enfants de Dieu « savent ce que c’est que d’être étranger » (Exode, xxiii, 9 ; Lév. xix, 34), en ce que Dieu les a rendus étrangers et pélerins sur la terre. Les liens qui les unissent ne sont pas de ce monde, et ils subsisteront quand tout ce qui les a distingués ici-bas aura cessé d’exister.

Je ne me propose pas de répondre à la brochure de M. Rochat. Je veux seulement prendre occasion des principaux points de cet écrit, pour traiter l’important sujet qui occupe maintenant les esprits. On croira peut-être que si je ne réponds pas, c’est parce que je ne le peux pas. Soit. J’aime mieux qu’on me tienne pour vaincu que de sortir du chemin dans lequel je crois être conduit par l’Esprit de Dieu, ou de m’éloigner de ce qui peut être profitable à toutes les âmes que Jésus a aimées, en agissant d’une manière contraire à la charité. Je n’aurais pas même publié ce petit écrit, si quelques personnes ne m’avaient pas demandé des éclaircissements sur des passages cités de part et d’autre.

On me permettra quelques réflexions en passant. Si le nom de Rolle a fait de la peine au bien-aimé frère qui a pris à tâche de me répondre, j’en ai vraiment du regret, car j’aurais pu choisir pour exemple tout autre troupeau ; et si le nom de Rolle s’est présenté à mon esprit, c’est probablement parce que chacun sait que le troupeau de cette ville a été formé sur les principes qui sont en discussion. Toutefois, je crois y voir aussi maintenant la main de Dieu.

Introduction

L’édition du petit Traité sur la Formation des Églises se trouvant maintenant épuisée, je viens, au lieu d’en publier une seconde, donner quelques explications qu’exigent également les circonstances dont cette question est actuellement entourée, et les difficultés qui se présentent à plusieurs esprits. Mon intention n’est pas de faire de la controverse. Je sais qu’au lieu de produire du bien, elle ne tend qu’à diviser les cœurs. Je ne crois pas y entrer en donnant ces quelques éclaircissements, suivis de plusieurs remarques sur certains passages de la Parole. Pour ce qui me concerne personnellement, je n’ai qu’à me taire, c’est pour moi peu de chose d’être jugé de jugement d’homme ; je désire être comme un sourd qui n’entend point (Psaume xxxviii, 13, 14). Étranger, il est vrai, selon la chair, ici comme ailleurs, j’ai appris que le St. Esprit forme, entre ceux qui sans cela ne se seraient jamais connus les uns les autres, des liens doux et puissants que le monde ne saurait comprendre. J’ai appris aussi que les enfants de Dieu « savent ce que c’est que d’être étranger » (Exode, xxiii, 9 ; Lév. xix, 34), en ce que Dieu les a rendus étrangers et pélerins sur la terre. Les liens qui les unissent ne sont pas de ce monde, et ils subsisteront quand tout ce qui les a distingués ici-bas aura cessé d’exister.

Je ne me propose pas de répondre à la brochure de M. Rochat. Je veux seulement prendre occasion des principaux points de cet écrit, pour traiter l’important sujet qui occupe maintenant les esprits. On croira peut-être que si je ne réponds pas, c’est parce que je ne le peux pas. Soit. J’aime mieux qu’on me tienne pour vaincu que de sortir du chemin dans lequel je crois être conduit par l’Esprit de Dieu, ou de m’éloigner de ce qui peut être profitable à toutes les âmes que Jésus a aimées, en agissant d’une manière contraire à la charité. Je n’aurais pas même publié ce petit écrit, si quelques personnes ne m’avaient pas demandé des éclaircissements sur des passages cités de part et d’autre.

On me permettra quelques réflexions en passant. Si le nom de Rolle a fait de la peine au bien-aimé frère qui a pris à tâche de me répondre, j’en ai vraiment du regret, car j’aurais pu choisir pour exemple tout autre troupeau ; et si le nom de Rolle s’est présenté à mon esprit, c’est probablement parce que chacun sait que le troupeau de cette ville a été formé sur les principes qui sont en discussion. Toutefois, je crois y voir aussi maintenant la main de Dieu.

On me dira peut-être : Si vous désirez éviter la controverse, pourquoi entamez-vous un tel sujet ? Je réponds que tout en désirant sincèrement la paix, on ne doit pas pour cela s’empêcher de faire connaître des principes importants. Si l’on se soumet à être jugé par les hommes, et si l’on s’en remet entièrement à Dieu, je crois qu’on peut toujours éviter la controverse. Ceux qui désirent connaître la vérité sonderont la Parole et seront éclairés sur les sujets en question.

Il me semble que notre bien-aimé frère Rochat aurait mieux fait d’apporter plus de calme dans la discussion. Le petit traité présente, selon lui, « des vues vraiment toutes nouvelles » « sur un point singulièrement important. » Puisque l’importance du sujet est si généralement reconnue, on peut du moins m’excuser d’en avoir parlé. Si l’on garde soigneusement la charité, j’espère que l’on finira par trouver bon que je l’aie fait, et je crois que Dieu lui-même m’en approuvera.

Quoique le frère qui m’a répondu me blâme, je le respecte et je l’aime toujours beaucoup. Je le regarde, si ce n’est comme un doyen d’âge selon la chair, du moins comme un doyen dans la grâce de Christ. Je l’aime, quoiqu’il soit en désaccord avec moi ; je l’aime à cause de la grâce que Dieu lui a faite, et parce que je le crois beaucoup plus fidèle que moi à bien des égards. Béni soit Dieu, il y a dans les effets de la grâce quelque chose de plus fort que la main quelquefois un peu rude de l’esprit de l’homme. J’espère ne pas manquer à la charité en faisant sur l’écrit de mon frère quelques remarques qui me feront rapidement arriver à l’essentiel de la question.

Remarques générales

La brochure que j’ai en vue me fait un peu l’effet de l’écrit de quelqu’un qui ne s’est pas habitué à discuter d’égal à égal, mais plutôt à ce qu’on reçoive ce qu’il dit comme chose décidée. Je prie ce cher frère de me supporter pendant que je lui donne quelques explications, et que j’examine avec lui ses interprétations de la Parole. Il me semble qu’il ne m’a pas compris à plusieurs égards, et qu’il n’a pas bien interprété quelques passages. Dans une partie considérable de sa brochure, il répond à des choses qui sont dans ses propres pensées, et nullement dans le petit traité ; à des choses qu’il peut avoir entendues quelque part, mais dont je ne suis nullement responsable. Il blâme l’expression de « Églises apostoliques ; » je l’ai cherchée en vain dans le traité. Il raisonne beaucoup contre l’idée que c’est à cause des péchés de l’Église qu’il n’y a plus d’apôtres ; je n’en ai pas dit un mot, je n’ai pas même pensé à une telle question. Encore une petite remarque : il me blâme beaucoup de ce que j’emploie des phrases qui ne sont pas scripturaires, et il me dit que celui qui pense avec la Bible peut parler avec la Bible. Je me suis servi tant bien que mal des mots et des phrases qui se présentaient à mon esprit ; reste à savoir si les pensées en sont scripturaires. Notre cher frère n’aime pas cette expression, « l’économie de l’Église ; » en effet elle ne me paraît pas très-exacte à moi-même ; mais il me suffit que tout le monde me comprenne. Ce qui m’importe, c’est le fond de la question. Mais n’est-il pas surprenant que dans les pages mêmes où ces expressions sont si fortement blâmées, nous trouvions les paroles suivantes : « Il s’agit de tout autre chose. L’économie de la nouvelle alliance subsiste » (pag. 31 de la réponse de M. Rochat). Où se trouve cette expression dans la Parole ? Notre frère ne pense-t-il donc pas avec la Bible en ceci ? Au fond je crois que mon idée est plus exacte que la sienne. Je ne suis pas entièrement content de ma phrase ; la sienne est peut-être plus selon les pensées traditionnelles. En cela elle se recommande davantage, et sera plus facilement adoptée ; mais en quoi est-elle plus scripturaire ? Quant à moi, je ne blâme point notre frère de ce que, pour exprimer sa pensée, il a choisi les paroles qu’il a trouvées les plus propres à atteindre son but. Eh bien ! qu’il me pardonne aussi mes expressions. Sur un point aussi éminemment important pour toute l’Église, on peut bien passer sur de telles observations.

Il y a encore une chose qui paraît avoir blessé notre frère, c’est le désir si souvent exprimé dans le traité, qu’on ait plus d’humilité. J’ai parlé de la tendance du système à produire de l’orgueil, mais je n’ai jamais parlé de l’orgueil individuel. La brochure me fournit un exemple très-clair du mal que j’ai voulu signaler : « Si l’Église, dit l’auteur (page 107), veut qu’on respecte ses décisions, il faut qu’elle les fasse de manière à pouvoir dire, en s’appuyant avec pleine conviction sur la Parole : Il a semblé bon au St. Esprit et à nous. » Voilà ce que j’appelle de l’orgueil. Souvenons-nous que l’Église, selon notre frère, c’est tel ou tel troupeau particulier. Examinons maintenant le passage cité. Il s’était élevé à Antioche une dispute sur un point capital, qui intéressait toutes les Églises des Gentils. L’autorité de Paul et de Barnabas n’ayant pu la terminer, il fut résolu qu’eux et d’autres frères monteraient à Jérusalem vers les Apôtres et les Anciens, pour décider cette question. Alors les Apôtres et les Anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire, et en s’adjoignant tous les frères, ils s’adressent aux frères d’entre les Gentils, en ces mots : « Car il a semblé bon au St. Esprit et à nous de ne mettre point de plus grande charge sur vous que ces choses nécessaires. » Plus tard, Paul et ses compagnons de voyage, passant par les villes, les instruisaient à garder les ordonnances décrétées par les Apôtres et par les Anciens de Jérusalem. S’arroger le droit de parler comme ont parlé les Apôtres et les Anciens, en jugeant une question qui leur a été proposée, et qui s’appliquait à toutes les Églises des Gentils, et dire : Il a semble bon au St. Esprit et à nous, me paraît de l’orgueil dans la bouche d’un troupeau d’aujourd’hui, sorti des systèmes mondains qui existent. C’est là ce que j’entends quand je parle de l’orgueil ; cet exemple est assez net et assez précis pour que je sois bien compris.

Notre frère insiste beaucoup sur ceci ; c’est qu’aussi longtemps qu’il y a des fidèles, on ne peut pas dire que l’Église ait apostasié. Il s’appuie sur ce précepte : « détournez-vous de ces gens-là, » et il cite Apoc. 13, pour nous faire voir qu’il y a des fidèles sous l’Antechrist même, liant ce passage avec le second chap. de la 2 aux Thessaloniciens. Je suis d’accord quant au rapport de ces passages entre eux, mais c’est précisément ce qui prouve que l’existence des fidèles n’empêche pas qu’il y ait une apostasie ; car dans ce dernier passage cet état de choses est appelé apostasie, quoiqu’il y ait encore des fidèles, vu qu’il y en aura jusqu’à la fin. L’existence des fidèles n’empêche donc pas qu’il y ait une apostasie, puisqu’il y en aura même sous l’Antechrist. La présence d’Élie, des prophètes cachés par cinquantaines dans des cavernes, des sept mille qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal, n’empêchait pas qu’Israël ne fût en ruine, dans un état d’apostasie, en adorant ce faux dieu. En faisant le veau d’or, Israël a apostasié, mais cela n’empêcha pas que Moïse ne restât fidèle, et que les Lévites ne se consacrassent à Dieu par leur fidélité. Il y a eu des fidèles dans toutes les apostasies, et il y en aura jusqu’à la fin.

Mais notre frère n’ayant ni compris ni saisi ce qui est affirmé dans le traité, raisonne contre des choses qui ne s’y trouvent pas.

Je m’explique sur ces points.

Il insiste sur ce que l’économie n’est pas retranchée. Je ne le crois pas non plus. Je distingue comme lui entre l’abolition d’un état de choses par le , « et le cas où cet état de choses a cessé d’exister par la négligence ou la malice de l’homme. » Ce que j’ai proposé à l’examen des frères, c’est : Quelle est la volonté de Dieu dans ce dernier cas ? En posant la question de cette manière, je puis dire que j’ai déjà atteint mon but, car je suis pleinement convaincu que le St. Esprit éclairera les Saints. Je dois dire aussi que je ne crois pas même que l’apostasie soit à son comble. Il y en a qui appliquent le second chapitre de la seconde aux Thessaloniciens au système romain ; ceux-là ne peuvent pas nier que l’apostasie ne soit déjà arrivée.

Le point important sur lequel j’insiste, c’est que la parole de Dieu prédit une apostasie et un retranchement, et qu’elle nous dit que si les Gentils ne persévèrent point dans la bonté de Dieu, ils seront retranchés. Or, si l’état de choses que Dieu avait établi a cessé d’exister par la négligence ou par la malice des hommes, il est évident qu’ils n’ont pas persévéré dans la bonté de Dieu.

Encore une explication. Pourvu qu’on s’entende, je ne m’oppose pas à ce qu’on se serve du mot église. Le mot église veut dire assemblée. Là où deux ou trois sont assemblés au nom de Jésus, il est clair qu’il y a une assemblée, mais quand, à force de se dire église, on va jusqu’à croire qu’on peut employer les termes dont se sont servis les Apôtres et l’Église de Jérusalem, alors cela me fait peur, surtout quand on se dit : « l’Église de Dieu de l’endroit, » expression qui va beaucoup plus loin que celle d’Église. Il est vrai que si quelques-uns ne veulent pas s’y joindre, cela ne l’empêche pas d’être l’Église de Dieu ; mais il en résulte qu’ils ne sont pas de l’Église de Dieu. Affirmer ensuite que les quelques-uns qui n’osaient pas se joindre aux disciples de Jérusalem étaient cependant des disciples, c’est dire que celui qui refuse de confesser le Seigneur ouvertement de la bouche, n’en est pas moins chrétien et n’en doit pas moins être reconnu comme tel. Non, si un corps est l’assemblée de Dieu, celui qui n’en veut pas être ne peut pas s’attendre à être reconnu comme chrétien ; et s’il s’en sépare, il doit être regardé comme schismatique. Aurait-on pu reconnaître comme chrétien celui qui aurait refusé de se joindre aux disciples à Jérusalem, et à être baptisé au nom de Jésus-Christ ? N’aurait-on pas traité de schismatique et même de pire celui qui s’en serait séparé ? Sauf le cas d’un schismatique ou d’un excommunié, il n’y a pas d’exemple d’une église de Dieu d’un endroit qui n’ait pas été censée renfermer tous les enfants de Dieu de cet endroit.

Je bénis Dieu de ce que sa Parole attache à une assemblée de deux ou trois disciples réunis au nom de Jésus, tout ce qui est nécessaire pour la faire marcher devant le Seigneur.

Encore une petite observation. On nous dit : Marchons dans les ordonnances de la Parole, il n’y a pas besoin d’avoir des apôtres ; puisque nous avons leurs directions écrites, on peut toujours les suivre. C’est bon. Pourquoi donc y a-t-il tant de troupeaux privés habituellement de prendre la Cène, faute de pasteurs consacrés ? ce n’est pas moi qui les en empêche. Je crois que si toutes choses se passent avec convenance et avec ordre, ils peuvent tout aussi bien rompre le pain ensemble sans avoir un homme consacré, que s’ils en avaient un. Je ne vois pas trace de consécration pour ce but dans la Parole. Je cite ce fait pour démontrer qu’on sent le besoin de quelque chose de plus que des préceptes à suivre ; c’est-à-dire que Dieu suscite par sa Puissance des instruments selon son bon plaisir. Ainsi il ne suffit pas de dire : Voilà les préceptes, il n’y a qu’à les suivre, puisqu’il y a des directions qu’on ne saurait suivre, à moins que Dieu n’y mette tout de nouveau sa main pour rétablir ce qui est perdu en fait d’instruments.

Que personne ne se méprenne ; j’aime l’ordre de tout mon cœur, le véritable ordre qui convient à la maison et aux ordonnances de Dieu. Abstraction faite des circonstances, tout frère a la même capacité pour rompre le pain. La nature, comme la Parole, nous enseigne que les jeunes gens, que les néophytes, sont peu propres à présider de quelque manière que ce soit, et que les Anciens, si Dieu en a suscités, ont leur place à eux dans la maison de Dieu. Je répète ici de tout mon cœur ce que j’ai dit dans le petit traité ; c’est que j’adresse des supplications ardentes et continuelles pour que Dieu suscite des pasteurs et des docteurs selon son cœur, pour les besoins de ses chères brebis, afin que l’Église de Dieu soit gardée, soignée, instruite, rendue capable de résister aux piéges de Satan, et que les petits du troupeau soient abrités de tout vent de mauvaise doctrine. Oui, c’est le vœu le plus cher de mon cœur ; il ne peut pas en être autrement pour celui qui aime l’Église, et qui sait quelque chose de l’amour de Jésus pour les siens, des priviléges qui leur appartiennent, et qui sait aussi quelque chose des embûches et des machinations de l’ennemi. De plus je crois, que la relation du pasteur avec les brebis du troupeau de Dieu est la plus douce, la plus précieuse qui existe sur la terre. Aussi dans ses fruits et dans sa joie, cette relation ne se terminera pas là. J’ajouterai que je ne connais personne, du moins à ce qu’il me semble, qui désire l’effectuer avec plus de fidélité que celui dont la brochure a occasionné ces pages.

Au reste le 4 chapitre des Éphésiens suffit pour nous diriger à cet égard.

De l’unité du Corps de Christ

Maintenant nous en venons à des points beaucoup plus graves que de simples explications.

Si l’on appelle ce que j’ai dit, de la controverse, je réponds qu’on a insisté pour que je m’explique, afin d’être compris de l’auteur même de la brochure ; je crois m’être borné à peu près à cela. Avant d’en venir à quelques observations sur les passages cités, il y a un point de la plus haute importance mis en question dans la brochure de notre frère. J’avais dit que, en étant préoccupé de la pensée des Églises, on oubliait trop l’idée de l’Église. Quelle n’a pas été ma surprise de voir nier formellement l’unité de l’Église sur la terre, si elle n’était pas dans la pensée de Dieu. L’auteur m’attribue l’idée d’une confédération d’Églises, parce que les Églises sont toujours le point de départ de ses pensées. Quant à moi ce n’est pas une confédération d’Églises que je vois dans la Parole, mais l’unité du corps de Christ. Notre frère, en citant Timothée, prétend que lorsque la Parole parle de l’Église, c’est comme si on disait en français, la famille, pour désigner les familles ou chaque famille. (Voyez pages 26 et 27, première réflexion.) Je crois que la Parole de Dieu parle très-clairement d’un corps sur la terre, ayant certains dons et priviléges, comme aussi une certaine responsabilité et une destinée commune ici-bas, quoiqu’elle appartienne au ciel dans les conseils de Dieu. Je vais citer quelques passages par lesquels on verra qu’il est question d’un seul corps, et d’un corps sur la terre doué de certains priviléges pour l’emploi desquels il est responsable également sur la terre, quoique le résultat, qui est la perfection du corps, soit en haut selon les conseils de Dieu. Ainsi on peut considérer ce sujet sous le point de vue de cette responsabilité ici-bas, ou sous celui de l’accomplissement des conseils de Dieu dans les cieux. Voici ces passages de l’Écriture sainte :

Éph. II, 16 : Et qu’il réunît les uns et les autres former un corps devant Dieu. — 20 : Jésus-Christ étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice posé et ajusté ensemble, s’élève pour être un temple saint au Seigneur, en qui vous êtes édifiés ensemble pour être un tabernacle de Dieu par l’esprit. — Éph. iv, 4 : Il y a un seul corps et un seul Esprit. — Éph. iv, 16 : Duquel tout le corps bien ajusté et serré ensemble, par toutes les jointures du fournissement, prend l’accroissement du corps, selon la vigueur qui est dans la mesure de chaque partie pour l’édification de soi-même en charité. Les dons sont donnés non pas pour l’édification d’une Église, mais « pour l’édification du corps de Christ, » (v. 12). Ils se trouvent placés, non pas dans une Église, mais dans l’Église. Les conséquences de ce principe sont de toute gravité, attendu que si je suis docteur, je ne le suis pas d’une Église, mais dans l’Église. Mais, dira-t-on peut-être, ce corps a son unité dans les cieux. Je réponds que l’apôtre parle du service des membres du corps ici-bas, des jointures de service ici-bas, dont l’œuvre sera terminée quand l’Église sera glorifiée.

Du reste l’application de ce passage à l’Église, société ici-bas, est selon les vues de l’auteur de la brochure lui-même, page 43, et nous pouvons nous convaincre de cette application en lisant avec attention les passages qu’il cite. L’Église est donc un seul corps ici bas, et les dons envoyés d’en-Haut sont des dons placés comme des jointures dans le corps tout entier. On pourrait citer ici toute l’Épître aux Éphésiens, car cette vérité fondamentale et précieuse en forme le sujet d’un bout à l’autre.

La même vérité se retrouve au chapitre 12 de la première aux Corinthiens. Il n’y a qu’un même Esprit… Mais un seul et même Esprit fait toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons comme il le trouve à propos. Car comme le corps n’est qu’un, et cependant il a plusieurs membres, mais tous les membres de ce corps qui n’est qu’un, quoiqu’ils soient plusieurs, ne sont qu’un corps, il en est de même de Christ. Ce n’est donc pas une confédération d’Églises, mais un seul corps ; et nous avons ici la constitution divine du corps de Christ qui est l’Église. On ne saurait dire d’une Église particulière, il en est de même de Christ, parce que nulle Église particulière n’est le corps de Christ. Or vous êtes le corps de Christ, et vous êtes chacun un de ses membres, et Dieu a mis dans l’Église, d’abord des apôtres, etc. La même vérité se retrouve Col. ii, 19 ; Rom. xii, 4-6.

J’admets donc pleinement l’existence des Églises dans l’intention de Dieu, mais je dis que la pensée dominante de l’apôtre, ou plutôt de l’Esprit de Dieu sur ce sujet, c’est le corps de Christ, l’Église, et non pas les Églises ; et quoique les dons puissent s’exercer çà et là généralement, mais non pas nécessairement dans une assemblée, dans le principe ils n’étaient pas considérés comme le partage d’une Église, mais comme celui de l’Église, du corps de Christ.

Aussi les chrétiens ne sont pas membres d’une Église, mais de l’Église, savoir du corps de Christ. Dieu a placé chaque membre dans le corps, les membres (1 Cor. xii, v. 12) ne sont qu’un corps. La destinée de ce corps envisagé dans son unité de vie intérieure ici-bas, est une, et envisagé dans sa responsabilité ici-bas, sa destinée comme économie est une aussi. Je ne nie pas que des Églises ne puissent tomber et être ensuite relevées par la repentance, mais l’admission de cette vérité n’exclut pas l’autre. Ignorer, oublier, et à plus forte raison nier cette unité, c’est se priver du principal élément de la doctrine de la Parole sur le sujet que nous traitons. On est alors conduit à s’occuper de questions de confédérations d’hommes, plutôt qu’à reconnaître les droits de l’Esprit de Dieu dans le corps de Christ. C’est pourquoi je dis que je ne parle pas de confédération d’Églises, mais de l’unité de l’Église, du corps de Christ, et j’affirme que les dons du Saint Esprit se trouvent dans ce corps, agissant par ses membres. Cette vérité de l’unité de l’Église comme corps ici-bas, vérité méconnue et défigurée, il est vrai, dans la manière de la présenter comme une confédération, est, dit l’auteur de la brochure, « une erreur fondamentale dans laquelle je suis tombé, et qui jette du faux sur toute mon argumentation » (p. 26). Cette expression l’Église signifie les Églises ou chaque Église (p. 27 et 28) : « La Parole, en envisageant l’Église comme société, ne voit que des Églises et non l’Église. »

Ici il faut être clair et précis. J’affirme que la doctrine de l’unité du corps de Christ est une vérité fondamentale de la parole de Dieu. J’en appelle au , 2 Col., 1 Cor. xii, et Rom. xii, et j’engage tous mes frères à examiner à fond ces passages. J’affirme encore que tous les priviléges de l’Église découlent de ce principe, que les dons sont dans l’Église, que les fidèles sont les membres de l’Église, du corps de Christ, et non pas d’une Église. Il est évident que là où ce principe est ignoré ou nié, tout jugement sur l’état de l’Église doit être proportionnellement erroné Les apôtres étaient dans l’Église, et non pas dans une Église. Apollos était aussi bien docteur à Corinthe qu’à Éphèse, parce que l’Église n’était qu’une. Les filles de Philippe remplissaient la fonction qui leur était confiée dans la maison de leur père ; elles faisaient valoir le don qu’elles avaient reçu comme membres de l’Église, du corps de Christ, lors même qu’elles auraient dû se taire dans une assemblée.

De la nomination des Pasteurs

Avant de traiter la question de la ruine de l’économie actuelle, nous parlerons un peu du choix des pasteurs. Notre frère ne veut pas insister sur le passage des Actes, le seul qui parle du choix des Anciens, et qui peut être allégué selon la traduction ordinaire qui dit, par l’avis des assemblées. Je ne doute pas que cela se fit dans l’unité de l’Esprit avec tout le corps, mais par cette expression : ils leur choisirent des Anciens, il est évident que le mot ils se rapporte ici à Paul et à Barnabas. Si je disais dans une assemblée, je vous choisis tel ou tel pour être Ancien, pourrait-on dire que l’assemblée aurait choisi ? L’introduction des mots « par l’avis des assemblées » est purement gratuite. Notre frère dit que c’est par préoccupation qu’on a ôté ces mots : « par voie de suffrages. » Prenons le verset 41 du chapitre x des Actes des apôtres, où le même mot se retrouve dans l’original, et donnons-lui la signification qu’on veut lui donner dans Actes, xiv, v. 23, et l’on en verra

« Non à tout le peuple, mais aux témoins auparavant ordonnés de Dieu par l’avis des assemblées, ou par voie de suffrages ! » Quoique dans le mot employé ici il y ait une allusion à l’habitude d’élever la main en votant, on l’emploie tout simplement pour signifier choisir, ou plutôt désigner quelqu’un. La traduction « par l’avis des assemblées » est absolument fausse, car si l’on insiste sur ce que le mot grec veut dire voter en élevant la main, alors selon cette traduction ils votèrent par l’avis des assemblées ; mais il est impossible d’attribuer par ce même mot le choix aux apôtres, et l’avis à l’assemblée. Si c’était une votation, l’assemblée a dû élever les mains et ainsi choisir. Cette expression, choisir par l’avis des assemblées, je le répète, est fausse dans tous les cas. On attribue au mot le sens de choisir par l’avis de quelqu’autre. Ceux qui élevaient leurs mains choisissaient ; on ne peut pas ainsi couper le mot en deux.

Le fait est, qu’il est dit tout simplement que les Apôtres choisirent des Anciens. Mais notre frère dit qu’on peut établir quand d’autres ont choisi. Cela est vrai. Mais il s’agit de savoir si les autres ont choisi. Je réponds qu’il n’y a dans la Parole aucune trace d’élection de Pasteurs ; nous n’avons que le seul cas du choix des Anciens, et encore ce choix était fait par les Apôtres ou par leurs délégués. Tite avait été envoyé comme délégué de l’Apôtre pour le remplacer à égards, et ainsi le moyen employé pour établir des Anciens, reste toujours en dehors d’une Église. Il peut y avoir plusieurs Pasteurs dans un troupeau lorsque Dieu les a suscités, et qu’il les a donnés sans aucun choix d’homme ; car les Pasteurs sont un don d’en-Haut, et, dans ce cas, les établir Pasteurs n’est pas l’œuvre de l’Église.

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