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NÉCESSITÉ D’ENCOURAGER
EN FRANCE
LA CONSTRUCTION DES MACHINES
II
[Dans la séance du 8 mai, le débat a continué sur l’amendement développé dans le discours qu’on vient de lire ; a de nouveau pris la parole, et il s’est attaché à démontrer que les machines à vapeur à haute pression ne présentaient pas les dangers qu’on leur attribuait. La discussion suivante est extraite du Moniteur du 9 mai 1834.]
M. Arago. Je demande à la Chambre la permission de lui faire remarquer… (Marques d’impatience au centre.) Je demande à la Chambre la permission de lui faire remarquer que des erreurs graves ont été commises à cette tribune je pourrais même dire des erreurs honteuses sur la fabrication et les propriétés des machines à vapeur.
M. le Ministre de la marine. Il n’y a rien eu de honteux !
À gauche : Non, si l’ignorance est un honneur !
M. Arago. Je le répète, des erreurs honteuses.
M. le Ministre de la marine. Il n’a rien été dit de honteux.
M. Arago. Des erreurs inqualifiables sur la fabrication des machines à vapeur ont été commises à cette tribune par les personnes qui sont a la tête de l’administration de la marine. Il a aussi été commis des erreurs de fait que je dois relever. Veuillez, au surplus, remarquer de quelle manière une question incidentelle a été introduite dans la question générale. (Violents murmures au centre.)
J’ai proposé un amendement : dans cet amendement se trouvait comprise nécessairement, implicitement, cette idée que l’administration de la marine ne favorisait pas, ne voyait pas avec bienveillance les travaux de nos constructeurs ; c’est pour cela que je suis arrivé à expliquer quelle a été la conduite que l’administration de la marine a cru devoir tenir à l’égard de . Je n’ai pas proposé de délibérer sur l’affaire de cet ingénieur. Je n’ai pas demandé que la Chambre fût appelée à prononcer dans l’affaire judiciaire qui existe en ce moment entre et l’administration de la marine. Je me suis contenté de dire et d’affirmer que ce fabricant, que cet homme du plus haut mérite avait obtenu des résultats excellents et parfaitement constatés ; que cependant, au lieu de le traiter avec bienveillance, le ministère s’était conduit à son égard avec une rigueur, avec une malveillance déplorables.
Ainsi je n’ai pas cherché à introduire dans la Chambre une question qui ne la concerne pas. J’ai cité des faits à l’appui de mon amendement. Je dis maintenant qu’en combattant ma proposition, a commis des erreurs matérielles, des erreurs de fait qu’il est de mon devoir de signaler. (Marques d’impatience dans une partie de l’assemblée.)
Autres voix. Parlez !
Plusieurs membres. Nous ne sommes pas juges compétents !
M. Arago. Vous n’êtes pas juges compétents sur des questions de machines à vapeur, à la bonne heure ; mais vous êtes juges compétents sur des questions de finances ; or, ma proposition concerne une dépense d’un million.
Les mêmes voix. Vous élevez une question de science et de théorie.
M. Arago. On vous demande un million pour la confection des machines à vapeur. Je propose de déclarer que ce million sera dépensé en France. Je dis et je soutiens que nos usines sont parfaitement en mesure de satisfaire aux besoins de la marine. J’ai cité des faits ; j’ai cité des artistes qui travaillent à merveille. L’administration cependant paraît être dans l’intention de faire construire ces appareils en totalité ou en partie à l’étranger. Telle est la prétention que j’ai combattue. Comment y a-t-on répondu ? On ne m’a pas opposé un seul fait. A-t-on seulement fait mention de perfectionnements incontestables sur le mérite desquels l’Institut a prononcé ?
Plusieurs voix. L’Institut prononce sur les théories nous ne sommes pas Ici à l’Institut
M. Arago. Lorsque je cite des perfectionnements remarquables qui distinguent les machines de , que répond-on ? se contente de jeter vaguement de la défaveur sur le système de cet habile ingénieur.
Ce système, s’écrie-t-il, est fondé sur l’emploi de la haute pression ; or, en Angleterre comme en Amérique, il n’existe pas sur les bateaux de machines à haute pression.
L’assertion est tranchante ; eh bien, l’honorable est tombé dans une erreur de fait, dans une erreur complète en ce qui concerne l’Amérique.
En effet, j’ouvre au hasard, un ouvrage sur les machines à vapeur. J’entends qu’on demande par qui cet ouvrage a été publié. Je réponds qu’il a été publié par la marine elle-même, que c’est l’ouvrage de je l’ouvre donc au hasard, et je trouve :
« L’Etna, bateau à vapeur des États-Unis sur la Delaware, marche sous la pression de 10 atmosphères ;
« La Pensylvanie est un bateau à haute pression, etc. »
Vous voyez donc, Messieurs, que l’assertion de n’était pas exacte.
M. Tupinier, commissaire du roi. Je n’ai pas dit qu’il n’y en eût pas… Voyez le Moniteur ! …
M. Arago. Vous l’avez dit, Monsieur.
Vous avez jeté de la défaveur au sujet des machines de , dans l’esprit d’un très-grand nombre de membres de la Chambre de qui je le tiens, en affirmant positivement que ni en Angleterre ni aux États-Unis on n’employait de la vapeur à une haute pression. Eh bien, vous savez maintenant ce qu’il en est, et mes citations, je les ai puisées, non pas dans des ouvrages sans autorité, mais dans le traité d’un de vos anciens collègues, dans un ouvrage dont la marine elle-même a fait faire la publication à ses frais.
Je dirai d’ailleurs que cette défaveur que vous avez voulu répandre sur l’emploi des machines à haute pression n’est pas fondée, et qu’il serait très-fâcheux de voir la marine persister dans de déplorables préventions.
Voulez-vous savoir comment il est arrivé qu’en Angleterre les machines à haute pression ne sont pas employées sur les bateaux à vapeur ?
Ces bateaux sont construits par la marine marchande, et leur destination exclusive est de faire l’office de paquebots. Or, les passagers craignant l’explosion des machines à haute pression, les constructeurs ont dû les proscrire.
Quelques voix. Ils ont raison.
M. Arago. Vous dites qu’ils ont raison ; moi, je dis qu’ils ont tort, Messieurs.
Je crois avoir le droit d’émettre une opinion sur une question de cette nature. (Bruit aux centres.)
Comment, Messieurs, il s’agit de savoir si l’on accordera un million à la marine pour la construction de bateaux à vapeur ; la marine manifeste l’intention de repousser de toutes ses forces l’emploi des machines à haute pression, et je n’aurai pas droit de dire à cette tribune que la détermination de l’autorité est le résultat d’une erreur, d’un défaut de lumières ?
Voix nombreuses aux extrémités. Si ! si !
Voix au centre. Nous ne sommes pas ici à l’Académie des sciences.
M. le colonel Lamy. Nous ne sommes pas ici comme dans un collège royal, pour suivre un cours de machines à vapeur.
M. Arago. Je crois avoir le droit de soumettre une opinion. (Voix au centre. C’est une question étrangère au budget.) Nous traitons la question de savoir si l’on accordera un million à la marine pour construire des machines à vapeur. La marine paraît dans l’intention de repousser les machines à haute pression ; n’ai-je pas le droit de dire à cette tribune que c’est un préjugé ?
(M. Arago descend de la tribune,}
Nombre de voix aux extrémités. Parlez ! parlez.
M. Petou. Ce serait une honte que d’empocher l’orateur de parler.
M. Arago, remontant à la tribune. Je suis dans la question, et complétement dans la question.
À droite et à gauche. Oui ! Oui ! Continuez !
M. Garnier-Pagès. Si l’on n’écoute pas nos orateurs, nous n’écouterons plus personne. (Exclamations ironiques au centre.)
Quelques membres. Attendes le silence.
M. Arago. La question est devenue une question générale, et je ne sais vraiment pas pourquoi l’on s’irrite lorsque je parle des avantages que présentent les machines à haute pression sur les machines à pression ordinaire.
M. Piscatori. Ce n’est pas » la Chambre à juger cela !
M. Arago. Quand vous donnez, , un conseil sur la colonisation d’Alger, vous avez des opinions arrêtées sur la colonisation et vous cherchez à les inculquer dans l’esprit des ministres et de la Chambre ; eh bien, moi, j’ai une opinion arrêtée sur l’emploi des machines à haute pression. Il y a dans le budget un article relatif aux machines à vapeur, et puisque l’administration témoigne l’intention de ne point faire usage des machines à haute pression, je ne sais pas pourquoi il ne me serait pas permis de parler de l’emploi de ces machines.
M. Piscatori. Je demande la permission.
Voix nombreuses aux extrémités. Vous n’avez pas la parole ! Laissez parler !
M. Piscatori. Je ne dois pas laisser sans réponse ce que vient de dire l’honorable orateur. (Non, non !… Agitation.)
M. Arago. Il est loin de ma pensée, de mon désir et de mon intention, de soulever dans la Chambre de l’agi- tation et du désordre ; par conséquent, je renonce à la parole.
Aux extrémités. Parlez ! parlez !
M. Arago. Mais si l’on ne veut pas m’entendre. (Si, si Parlez !)
M. Charlemagne. Nous voudrions éviter de tomber dans les obus. (Bruit.)
M. le Président. Vous n’avez pas la parole.
Cette discussion, Messieurs, devient très-pénible. L’orateur est dans son droit, en discutant la matière qu’il discute en ce moment (Assentiment aux extrémités) et qu’il connaît si bien. J’invite donc la Chambre à lui accorder son attention. (Très-bien ! très-bien !)
M. Arago. Je regrette que vos fréquentes interruptions me forcent de me répéter. Je disais, Messieurs, que le commissaire du gouvernement, et ce commissaire occupe dans le ministère de la marine un poste élevé, s’était trompé en affirmant qu’il n’existe nulle part de bateaux à vapeur à haute pression. J’ai expliqué comment il se faisait que les machines de cette espèce ne sont pas employées sur les bateaux anglais. J’en ai trouvé la raison dans les craintes des passagers.
Une voix. Ils ont raison.
M. Arago. Ils ont raison, dites-vous, eh bien, je prouverai en deux mots que cette crainte est sans fondement. Mes arguments seront de deux espèces, assez clairs, je crois, pour détromper en infime temps et et les personnes qui pensent comme lui.
, le plus célèbre constructeur de machines à vapeur de l’Amérique du nord, fit en 1818 un relevé statistique de toutes les explosions qui avaient eu lieu aux États-Unis. Il résulta de ses recherches que pas un seul bâtiment, avec des machines a haute pression, n’avait fait explosion. Il n’était arrivé d’accident qu’à des machines à pression ordinaire.
Voilà un fait constant, voilà un fait incontestable. Cela, Messieurs, a l’air d’un paradoxe mais il n’y a paradoxe en cette matière, et en général dans les questions scientifiques, que quand on n’a pas bien étudié les causes des phénomènes.
Les ingénieurs et l’administration se sont prescrit la règle d’essayer la chaudière d’une machine quelconque à une pression triple, par exemple, de celle où elle est destinée à travailler. Ainsi, pour une machine à , on ferait l’essai à ; pour une machine à une atmosphère, l’essai serait fait à 8 atmosphères seulement.
Or, veuillez bien le remarquer, Messieurs, dans les machines à pression ordinaire, plusieurs circonstances peuvent porter subitement la pression à une pression trois fois plus forte et même davantage. À ce moment, la machine ordinaire devient machine à haute pression la chaudière est insuffisante, et l’explosion arrive. Quant à la machine à pression très-élevée, quant à la chaudière essuyée à , il faudrait des conditions qui sont exceptionnelles, etqu’on réunirait difficilement, même en les cherchant tout exprès pour amener l’explosion. Une expérience dans laquelle j’ai été moi-même acteur rendra la vérité de mon assertion évidente.
L’administration ayant eu besoin, pour régler le service des machines ordinaires et des machines des bateaux, de connaître l’élasticité de la vapeur correspon- Dante à chaque degré du thermomètre, s’adressa à l’Académie des sciences. Deux membres furent chargés de faire le travail nécessaire pour répondre aux désirs du gouvernement. Le savant était l’un d’eux ; j’étais le second. Les expériences étaient dangereuses ; mais comme les artistes en désiraient les résultats, comme elles devaient être utiles, nous nous dévouâmes. Eh bien, je le déclare ; quoique nous eussions pris toutes les précautions nécessaires pour éviter les courants refroidissants, quoique nous nous plaçassions constamment dans une cabane bien fermée, nous ne pûmes jamais amener l’élasticité de la vapeur de la chaudière à plus de vingt-quatre atmosphères. Ainsi il n’eût pas dépendu de nous d’amener même volontairement l’explosion de cet appareil, si, comme la chaudière d’une machine de dix atmosphères, on l’avait essayée à trente.
Le résumé statistique d’Oliver Evans avait prouvé que les machines à pression ordinaire font plus souvent explosion que les machines a haute pression. Ce fait, constaté par l’expérience, n’a plus rien de paradoxal. Il trouve une explication toute simple dans ce que je viens de dire.
Au surplus, la grande répugnance du public pour les machines à haute pression a disparu. Les machines locomotrices qui transportent les voyageurs sur les chemins de fer sont, en efet, des machines à haute pression. Qui cependant éprouve aujourd’hui la moindre répugnance à se placer à la suite d’une do ces machines ? La marine n’aurait donc aucun motif de se préoccuper de ces anciens préjugés, alors même que la majorité des riches voyageur » qui viennent d’Angleterre en France les conserveraient.
Il y a un avantage immense, un avantage incontestable et aujourd’hui incontesté, à se servir de machines à haute pression. Ces machines permettent d’employer la détente de la vapeur dans une grande échelle, de ne la condenser ou de ne la perdre qu’au moment où sa tension devient insignifiante. Ces avantages, la théorie les avait prévus ; mille expériences les ont confirmés. Toutes les machines d’épuisement du Cornouailles en font foi. Expliquez-moi donc, Messieurs, quel inconvénient il peut y avoir à signaler à l’administration de la marine, qui paraît l’ignorer, une telle source d’importantes économies.
Cette question, qui vient de soulever tant de difficultés, n’avait au fond rien d’irritant. Elle était d’ailleurs inévitable, puisque les machines de sont à haute pression, mais à 10 atmosphères seulement, tandis que, je le répète, certaines machines des États-Unis marchent, sans inconvénient, à .
Je suis fâché que les détails personnels, relatifs à
que des griefs destinés à trouver leur solution
ailleurs ; que des débats qui ne seront jamais désertés par ceux qui savent combien s’est fait honneur par ses travaux, combien il serait utile à l’industrie si on lui tendait loyalement la main ; je suis fâché, dis-je, que ces diverses circonstances aient jeté sur la discussion une irritation qui peut-être compromettra le sort de l’amendement que j’ai proposé. Cet amendement est ainsi conçu
« Les machines seront exécutées dans les ateliers français, et d’après les marchés conclus avec concurrence et publicité. »
Le budget a souvent renfermé de semblables dispositions. Ainsi, de ce côté, point de difficulté ; mais, en terminant, j’appellerai l’attention sur une circonstance qui milite en faveur de la disposition que je sollicite de la chambre.
Le haut prix de nos machines tient aujourd’hui en grande partie à la cherté de la matière première. Nos usines à fer ne produisaient pas de fonte qui put être employée avec avantage dans leur construction. Notre fonte perdait ses principales propriétés quand on la soumettait à deux ou trois fusions successives. Je suis heureux de dire que plusieurs maîtres de forges, parmi lesquels je cite avec plaisir l’un de nos honorables collègues de la Nièvre, sont tellement près d’avoir résolu le problème, que cette cause de différence entre le prix des machines anglaises et celui des machines françaises est sur le point de disparaltre.
Je dirai, avec une égale satisfaction, que dans les forges que je viens de citer on est parvenu à donner à la fonte une propriété qui ne paraissait pas devoir appartenir à cette matière, une certaine flexibilité dont on tirera peut-être un très-grand parti dans la construction des machines a vapeur. J’ajoute, enfin, qu’on commence à essayer dans nos usines l’emploi de l’air chaud. Tout fait donc espérer que d’ici a peu de temps nous serons dispensés d’aller à l’étranger chercher les métaux employés dans la construction des machines à vapeur.
Eh bien, faites qu’au moment où l’amélioration dont je parle aura eu lieu, nos ateliers ne soient pas déserts, ne soient pas détruits ; faites en sorte que les usines qui existent, qui ont déjà donné d’excellents résultats, qui nous en promettent encore de plus grands, ne soient pas totalement abandonnées lorsque les améliorations métallurgiques que je prévois, que j’annonce comme prochaines, se seront réalisées. Soyez persuadés qu’alors vous aurez des ateliers où l’on exécutera, aussi bien et à aussi bon marché qu’en Angleterre, toutes les machines à simple ou à haute pression dont la marine militaire, dont la marine marchande et dont les manufacturiers pourront avoir besoin.
. Je demande la parole pour un fait personnel… Je ne suis pas dans l’habitude d’interrompre personne, j’écoute avec attention toutes les opinions. J’aime les longues discussions ; je les crois utiles au triomphe de la vérité et de la raison.
J’arrivais dans la Chambre lorsque la discussion était déjà commencée. Je ne sais quelle parole m’a échappé, je ne sais même si j’en ai prononcé une m’a interpellé en disant qu’il ne concevait pas que quelqu’un qui avait traité la question d’Alger, et qu’on avait bien voulu écouter, empêchât de parler sur les machines à vapeur.
La comparaison est étrange.
Sans contredit la question des machines à vapeur est importante ; mais pemettez-moi de dire qu’il y a une grande différence, quant à l’importance politique, entre la question d’Alger et la question scientifique de la vapeur à haute ou à basse pression. J’en demande bien pardon a , dont je reconnais la science et l’esprit ; mais il me semble que nous sommes venus ici pour faire les affaires du pays, et non pour suivre un cours. (Interruption, murmures, hilarité.)
a établi fort habilement la différence qui existe entre les machines à haute et celles a basse pression. Je l’ai écouté avec grand plaisir ; mais j’avoue que cela n’a pas suffi pour éclairer mon intelligence, fort médiocre, il faut le dire, en pareille matière. Comme député, j’ai donc perdu un temps utile.
Je dirai encore qu’il me semble qu’il n’y a pas beaucoup de générosité de la part de à venir faire ici de la science car véritablement personne ici n’est en état de lui répondre ni de combattre l’opinion qu’il émet sur les objets tout scientifiques, qui nous sont étrangers, et qui ne touchent en rien aux intérêts dont nous sommes chargés,
. Un mot, Messieurs, un seul mot sur la question personnelle. Ce n’est pas moi qui ai soulevé ici la question des machines à haute pression c’est qui est venu exprimer sa répugnance pour les machines à haute pression. Plusieurs membres de la Chambre ont désiré savoir ce qu’il pouvait y avoir de fondé dans cette répugnance, et c’est à leur demande que j’ai dû donner à la Chambre des explications qui, à ce qu’il paraît, n’ont pas été du goût de l’honorable préopinant.
[Dans la séance de la Chambre des députés du 29 mai 1835, à l’occasion d’un projet de loi relatif à l’établissement d’un service de paquebots à vapeur entre la France et le Levant, a de nouveau pris la parole dans les termes suivants, extraits du Moniteur des 29 et 30 mai.]
Messieurs, j’ai demandé la parole afin d’obtenir, soit par voie d’amendement, soit par une promesse de M. le ministre des finances, l’assurance que les machines qui doivent être placées dans les bateaux a vapeur seront exécutées par nos artistes, Voici, en abrégé, les motifs de ma proposition,
En fait de machines à vapeur, nous sommes encore, il faut l’avouer, dans l’enfance. Jetez un coup d’œil sur ce que ce genre d’industrie a produit de merveilles en Angle- terre, et vous verrez que mon vœu n’a rien que de fort naturel.
En 1819, en Angleterre, une seule manufacture, celle de Soho, près de Birmingham, avait déjà exécuta un nombre de machines à vapeur qui, Il elles seules, foisaient annuellement le travail de cent mille chevaux, c’est-à-dire de six à sept cent mille hommes. L’économie résultant de la substitution de ces moteurs aux moteurs animés était, au moins, de 75 millions de francs par an. À la même époque de 1819, il existait en Angleterre dix mille machines a vapeur d’une force totale de six cent mille chevaux, ou de 3 a 4 millions d’ouvriers. C’était là l’origine d’une économie de 300 ou 400 millions de francs. Aujourd’hui on peut dire, sans être taxé d’exagération, que ces résultats doivent être doublés ; de sorte que, par remploi de la vapeur, nos voisins obtiennent, tous les ans, sur leurs produits, une économie de main-d’œuvre de 800 millions de francs.
Consultez maintenant les tableaux officiels qui vous ont clé distribués, et vous verrez qu’aujourd’hui, en France, le nombre total des machines à vapeur ne dépasse guère un millier, et que leur force n’est que d’environ 14,000 chevaux.
Il est donc important que la construction des machines à vapeur reçoive chez nous des encouragements. Je demande en conséquence à M. le ministre des finances de vouloir bien, dans cette circonstance, prendre devant la Chambre l’engagement de s’adresser à nos artistes, et de leur commander des travaux utiles, importants, et dont ils s’acquitteront à merveille.
Ici, je le sais, se présente la question de savoir si les grandes machines à vapeur, dont l’administration a besoin, pourront être exécutées dans une année, et si elles auront la perfection de celles qui seraient fabriquées à l’étranger. Sur ce dernier point je n’aurai qu’à citer, qu’à vous rappeler ce que le gouvernement lui-même a dit dans un rapport qui vous a été récemment distribué. Vous trouverez dans le rapport en question que tes machines qui sortent actuellement de nos ateliers peuvent, sans crainte, soutenir la concurrence avec celles qui nous viennent de l’étranger. » Voilà, blessieurs, une décision formelle ; elle n’est pas de moi, elle appartient au corps des mines.
Les machines dont il est question dans ce paragraphe ont, il est vrai, je m’empresse de l’avouer, d’assez petites dimensions ; tandis qu’il en faudra d’une force considérable pour les nouveaux bateaux à vapeur. Je crois, en effet, que notre honorable collègue M. Tupinier a eu raison en proclamant pour le service de mer l’insuffisance des machines d’une force moyenne, en réclamant une puissance de 160 chevaux au moins.
Or, il existe en ce moment, en France, divers atelier ? oît des appareils de cette force sont exécutés.
Ces appareils sont-ils bons ? Je n’hésite pas à répondre affirmativement ; on les a comparés, en effet, aux meilleures machines exécutées en Angleterre, à celle qui jusqu’ici a été considérée comme modèle, à la machine du Sphinx et de très-bons juges, et nos officiers de marine les plus expérimentés, ont déclaré positivement que les machines exécutées dans les ateliers de , ci dans ceux d’Indret, sont aussi parfaites que celles du Sphinx. Je pourrais, au besoin, citer à l’appui de cette opinion les rapports du capitaine Favin-Lévêque, du Crocodile, et celui du capitaine Gaubin, du Vautour. Ainsi il existe en France des ateliers qui sont en mesure d’exécuter d’excellentes machines de 160 et de 200 chevaux.
J’arrive a la question de savoir si ces grands travaux pourraient se faire dans un temps assez court, Eh bien, il paraît constant que exécuterait deux machines en un an ; , trois ; à Indret, trois. Peut-être y a-t-il encore d’autres manufactures qui pourraient entrer en concurrence avec celles-ci ; mais je ne dois pas les citer, parce que je ne veux articuler ici que des choses parfaitement certaines. Ainsi, en ne considérant que des usines qui me sont personnellement connues, je ne pense pas m’éloigner de la vérité en affirmant que les deux tiers des machines désirées y seraient exécutées en un an.
Venons maintenant aux prix. Je reconnais que les machines qu’on exécute en France sont beaucoup plus chères que les machines anglaises. Mais vous en savez la principale raison c’est que la matière première est chez nous d’un prix plus élevé. Or, la matière première entre pour une part considérable dans le prix des machines. Quand vous aurez supprimé les droits des douanes, il sera tout naturel de demander que nos appareils industriels ne coûtent pas plus cher que ceux de nos voisins ; mais tant que ces droits existeront, il faudra bien se résigner a payer les machines françaises à des prix élevé*. Je m’empresse de reconnaître que, pour favoriser nos artistes, l’administration a frappé les machines qui viennent de l’étranger, d’un droit de 80 pour cent.
. De 33 pour cent, et le décime !
. De 33 pour cent, si vous voulez ; eh bien, ajoutez au prix qu’a coûté le Sphinx en Angleterre 33 pour cent, et vous trouverez à très-peu de chose près les prix qui ont été payés par pour leurs dernières machines. Le marché ne vous sera donc pas onéreux, car il serait injuste que vous, gouvernement, vous ne payassiez pas les droits que vous exigez des particuliers.
Je sais très-bien que l’on cherche sans cesse à se soustraire à cette obligation je sais très-bien que la loi qui a frappé de 33 pour cent les machines veuant de l’étranger a décidé que si ces machines pouvaient servir de modèle, elles ne seraient pas passibles du droit, et que les moindres changements de forme sont présentés comme des améliorations importantes ; mais est trop juste pour vouloir dans cette circonstance recourir à ce moyen, quoiqu’il ait été déjà tenté par la direction des postes elle-même.
. Non !
. Permettez-moi, , pour répondre à votre dénégation, de dire que j’ai été chargé de faire un rapport sur une demande en franchise de droits présentée par la direction des postes ; je crois même me rappeler qu’elle avait reçu votre assentiment. Au surplus, je regrette bien vivement que l’adminis- trntion n’ait pas profité de cette circonstance pour faire examiner à fond la question capitale de l’emploi des machines à haute pression dans les bâtiments de l’État.
Dans ia dernière séance, a émis sur cet objet des opinions trop arrêtées. Il a dit, par exemple, que ces machines n’offraient pas d’économie que théoriquement on devait en espérer, mais qu’expérimentalement elles n’en donnaient pas.
Théoriquement, Messieurs, on ne sait pas grand’chose aujourd’hui des avantages de la haute pression sur ta pression ordinaire ; mais expérimentalement, la grande infériorité de cette dernière ne semble pas douteuse, du moins quand on fait usage de la détente. Deux ou trois chiffres que je vais vous citer ne laisseront aucun doute à cet égard.
Dans le comté de Cornouailles on n’emploie guère aujourd’hui que des machines à haute pression ; eh bien, plusieurs donnent des résultats quadruples de ceux qu’on obtenait avec les anciennes machines de Watt. , le plus célèbre ingénieur de cette contrée industrieuse, m’écrivait naguère que, suivant lui, ces immenses effets étaient le résultat de l’emploi de la haute pression combinée avec la détente. Les rapports des officiers de notre marine vous conduiraient à la même conséquence. obtenait de l’emploi de ces deux moyens un sixième d’augmentation sur la vitesse du Vaulour.
On répète sans cesse que les machines à haute pression présentent de très-grands dangers. L’expérience justifie-t-elle ces craintes ? En aucune manière. On a dit aussi qu’elles effrayaient les passagers. Voici ma réponse Nous avons aujourd’hui sur la Seine un grand nombre de bateaux à haute pression l’un d’entre eux qui s’appelle le Théodore, fuit le service entre Paris et Melun ; il marche à cinq atmosphères. J’ai voulu savoir si les craintes dont l’honorable parlait étaient réelles ; j’ai été au quai de la Grève demander quel était le nombre des voyageurs on m’a répondu que dimanche dernier on en avait compté quatre cent vingt-quatre. Vous le voyez, Messieurs, si des craintes ont existé, il n’en reste plus de traces aujourd’hui j’affirme, au surplus, que les machines à haute pression ne sont pas plus dangereuses que les autres. À Paris, sur cent soixante-seize machines à vapeur, il y en a cent trente-trois à haute pression. Depuis dix ans que les constructeurs sont astreints a des règlements bien combinés, il n’est pas arrivé un seul accident. Les bateaux qui, depuis six ans, font sur la Seine le service de Paris à Rouen, ont tous des machines à pression élevée est-il jamais arrivé aucune explosion ? Dans une autre circonstance j’essayai de démontrer, et nous hommes d’étude, nous ne prodiguons pas ce mot, qu’il y avait moins de chance d’explosion dans les machines à haute pression que dans les machines a pression ordinaire, et cela attendu la nature des épreuves auxquelles on soumet les chaudières.
Je n’y reviendrai pas aujourd’hui ; je me borne, et cette preuve en vaut bien une autre, à faire remarquer qu’a Paris et dans ses environs, un grand nombre de machines a haute pression sont depuis longtemps employées, sans qu’il y ait eu une seule explosion.
N’y eût-il aucune économie à faire usage de ce genre de machines, il faudrait encore les recommander. Quand un veut imprimer une vitesse considérable à un bateau à vapeur, il faut un appareil puissant ; or cette puissance, avec la basse pression, on ne l’obtient qu’en augmentant les dimensions du corps de pompe. Un grand corps de pompe absorbe à chaque oscillation du piston une grande quantité de vapeur qui ne peut être fournie que par une énorme chaudière. Une chaudière est aujourd’hui une véritable maison qui emploie près des trois quarts du volume du bateau à vapeur. Cherchez la même force dans une machine & haute pression, vous gagnerez un espace considérable, et cela, je le répète encore, sans aucun danger ; car il est telle de ces machines où l’explosion, à peu près impossible, ne pourrait pas d’ailleurs entraîner des accidents de quelque gravité.
On a insisté avec beaucoup de raison sur les avantages que l’administration trouverait en cas de guerre dans les bateaux à vapeur, dont aujourd’hui elle demande la construction pour le transport des voyageurs on vous a dit qu’ils seraient transformés en bâtiments de guerre ; mais pour cela l’espace est nécessaire, et vous en auriez trèspeu avec des machines à pression ordinaire. J’exprime de nouveau le regret que n’ait pas profité de cette occasion pour soumettre cette question capitale a une discussion approfondie. Il aurait trouvé dans les lumières des ingénieurs, de divers professeurs, et des membres des corps académiques, les moyens d’arriver à une solution définitive.
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The end
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