Hipparque
Hipparque, que d’un commun accord le monde savant a salué du titre glorieux de plus grand astronome de l’antiquité, naquit à Nicée, en Bithynie, à une époque dont on ne sait pas exactement la date. On ne pourrait pas non plus fixer avec précision la date de sa mort. Nous savons seulement par Ptolémée que l’illustre astronome était plein de vie pendant les années 127 et 128 avant notre ère.
Dans sa jeunesse, Hipparque observa dans sa ville natale. Plus tard il s’établit à l’île de Rhodes, où ses principaux travaux furent exécutés. Quelques historiens de la science parlent de son séjour à Alexandrie, mais il n’est pas certain qu’il ait jamais visité cette ville et surtout qu’il s’y soit établi.
Hipparque a écrit un grand nombre d’ouvrages,
mais un seul, fruit de sa jeunesse nous est parvenu c’est le Commentaire sur le poëme d’Aralus. Toutes les autres productions de l’observateur de Rhodes ont été perdues, et ne nous sont connues que par ce qu’en disent Ptolémée et d’autres écrivains plus anciens.
Hipparque procéda d’abord dans ses observations par voie d’ascension droite et de déclinaison. Il avait imaginé des méthodes pour transformer ces deux coordonnées des astres en longitude et latitude ; c’est dire qu’on lui doit l’invention de la trigonométrie sphérique. Pour se soustraire aux calculs excessivement laborieux que ces transformations exigeaient, il imagina un instrument, l’astrolabe, à l’aide duquel les longitudes et les latitudes des astres pouvaient être déterminées directement. C’est en comparant les longitudes et les latitudes des étoiles avec celles qui résultaient d’observations beaucoup plus anciennes d’Aristille et de Timocharis, qu’il fit la découverte qui immortalisera son nom. Il reconnut que l’équinoxe n’était pas fixe, qu’il rétrogradait par un mouvement dirigé de l’orient à l’occident ; que les étoiles restaient toujours à la même distance de l’écliptique, tandis que leur déclinaison, ou leur distance à l’équateur, était très-variable. Or, comme l’équateur, dans l’hypothèse de l’immobilité de la Terre, devait être invariable aussi, on expliquait la précession des équinoxes en dotant la sphère étoilée d’un mouvement annuel parallèle à l’écliptique, dirigé de l’occident à l’orient.
Ptolémée déclare que ce mouvement de précession, d’après les observations d’Hipparque, est de plus de 36″ ; ceci est vrai, mais le chiffre donné se trouve pourtant fort éloigné de la vérité, puisque nous savons aujourd’hui que le déplacement des équinoxes est de 50″ par an.
Je fais connaître ailleurs les découvertes importantes d’Hipparque sur les mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes.
Je dois seulement, avant de terminer cette notice biographique, consigner ici l’opinion fondée sur un passage de Pline, sur les motifs qui déterminèrent Hipparque à former son catalogue de 1026 étoiles.
L’éloquent écrivain dit qu’Hipparque ayant aperçu une étoile qui s’était formée de son temps, voulut que la postérité pût constater si les étoiles naissent ou meurent, et dans cette vue entreprit le catalogue que Ptolémée nous a conservé et dans lequel figurent 1026 de ces astres. Mais on a conçu des doutes sur la réalité de cette anecdote, s’appuyant particulièrement sur ce que Ptolémée n’en fait nullement mention.
Voici les titres des ouvrages qu’Hipparque a composés, et qui sont irrévocablement perdus : Description du ciel étoilé ; Des grandeurs et des distances du Soleil et de la Lune ; Des ascensions des signes ; Du mouvement de la Lune en latitude ; Du mois lunaire ; De la longueur de l’année ; De la rétrogradation des points équinoxiaux et solsticiaux ; Critique de la Géographie d’Ératosthène ; Représentation de la sphère sur un plan ; Table des cordes du cercle en douze livres ; Traité des levers et des couchers des étoiles.
Ptolémée
On ne peut assigner avec certitude le lieu et la date de la naissance de Ptolémée, quoique pendant une longue suite de siècles il ait été considéré comme le plus grand astronome de l’antiquité, quoique ses nombreux admirateurs eussent même attaché à son nom l’épithète de divin. Ce qu’on peut affirmer, c’est qu’il vivait sous les règnes d’Adrien et d’Antonin, qu’il florissait vers l’an 130 de notre ère, et que sa mort arriva à une époque inconnue, mais postérieure au 22 mars de l’an 141 de notre ère.
Nous ne connaissons, du reste, aucune particularité de sa vie. Quelques écrivains, se fondant sur la similitude des noms, ont prétendu qu’il était de la race royale des Ptolémées, qu’il ne voulut se faire un nom que par ses recherches scientifiques, et que, suivant cette pensée, il vécut uniquement occupé de la contemplation du ciel dans les ptères ou ailes d’un temple égyptien à Canope ; mais tout cela est dénué de preuves. Ptolémée avait modestement intitulé son principal ouvrage, Composition ou syntaxe mathématique. Entre les mains des traducteurs arabes cet ouvrage est devenu le très-grand (Almagesti), et le nom d’Almageste lui est resté.
On donnera une juste idée de l’admiration des savants de l’Orient pour l’Almageste, en rapportant qu’une des conditions du traité de paix conclu par les califes vainqueurs avec les empereurs de Constantinople, fut le don d’une édition manuscrite de l’ouvrage de Ptolémée.
L’Almageste renferme une exposition claire du système astronomique qui porte le nom de son auteur, et des questions variées qui s’y rattachent ; on y trouve aussi une description de tous les instruments qui, suivant Ptolémée, étaient nécessaires à l’observateur qui voulait perfectionner la science.
Lorsque des astronomes se livrèrent à une étude minutieuse de l’Almageste, non pour apprendre simplement quelle était l’étendue des connaissances des Grecs sur l’astronomie, mais pour y puiser les éléments de nouvelles discussions, la réputation de Ptolémée reçut les plus grandes atteintes. Kepler, qui le premier vit combien il était difficile de concilier plusieurs des résultats de Ptolémée avec les observations modernes, ne voulut pas s’attaquer à la renommée jusque-là intacte de l’astronome d’Alexandrie. Il supposa qu’en quinze siècles il était arrivé dans le ciel de grandes perturbations. Mais Halley, Lemonnier, Lalande, Delambre, n’usèrent pas d’un tel ménagement ; ils accusèrent Ptolémée d’avoir falsifié les observations anciennes d’Hipparque et quelquefois de se les être appropriées ; d’avoir dissimulé avec soin celles des observations qui ne s’accordaient pas avec ses théories. Quoi qu’il en soit de ce débat, durant lequel des opinions contradictoires ont été soutenues par des hommes du premier mérite, il est certain qu’une de ses conséquences a été de faire descendre Ptolémée du rang que l’antiquité lui avait assigné et de donner la première place au vieux Hipparque.
Les nombreux écrits de Ptolémée dont il nous resterait à parler, ne sont arrivés à la connaissance des modernes que par des traductions arabes. Nous ne mentionnerons ici que son Optique, dont il existe des traductions latines dans la grande bibliothèque de Paris, et à ce qu’il paraît dans une bibliothèque d’Italie. On trouve dans ce traité une table exacte des réfractions que la lumière éprouve en passant de l’air dans l’eau et dans le verre. Noue ne pouvions nous dispenser de citer le seul ouvrage de physique expérimentale que les anciens Grecs nous aient légué. Disons qu’on trouve dans ce traité, longtemps perdu, des notions justes, sinon des valeurs, de la réfraction atmosphérique, et cet énoncé parfaitement exact que cette réfraction va en augmentant depuis le zénith, où elle est nulle, jusqu’à l’horizon.
Al-Mamoun
Al-Mamoun, calife de la famille des Abbassides, fils d’Haroun al Reschid, naquit à Bagdad, au mois de septembre 786 de notre ère ; il mourut le 10 août 833, à l’âge de quarante-sept ans.
Al-Mamoun se montra animé d’une véritable passion pour les sciences. Il avait réuni à Bagdad des savants de toutes les croyances, qu’il traitait magnifiquement et avec la plus complète tolérance. Al-Mamoun envoya même des émissaires dans la Grèce pour y recueillir les manuscrits les plus célèbres, et les fit traduire en arabe. On raconte que, vainqueur de l’empereur de Constantinople, il lui imposa comme condition de la paix la remise d’un exemplaire manuscrit de l’Almageste.
Al-Mamoun doit être cité pour avoir fait exécuter, dans les plaines de la Mésopotamie deux opérations destinées à déterminer la valeur d’un degré terrestre. Il nous est aujourd’hui impossible d’apprécier l’exactitude de ce travail, dans l’ignorance où nous sommes de la véritable grandeur de l’étalon auquel les longueurs mesurées ont été rapportées.
Les astronomes d’Al-Mamoun trouvèrent que la plus grande équation du centre du Soleil était de . Ils fixèrent la position de l’apogée de cet astre en 830 à . La constance d’Al-Mamoun à persévérer dans l’étude de la vérité doit être d’autant plus remarquée, que pour avoir proclamé une vérité incontestable il devint l’objet de la haine et de l’animadversion de ses fanatiques coreligionnaires. Les malheurs de son règne tinrent, en effet, en grande partie à ce qu’il proclama que le Coran n’était point un livre éternel, mais qu’il avait été créé.
Albategnius
Ce prince et astronome arabe, car dans les temps reculés et chez les Mahométans ces deux titres n’étaient pas contradictoires, vivait vers l’an 880 de notre ère et mourut l’an 929.
Il cultiva les sciences avec succès. On n’a de lui qu’un ouvrage sur les phénomènes célestes. Cet ouvrage ne nous est connu que par une traduction faite, a-t-on dit, par un homme qui ne savait ni le latin ni l’astronomie.
Comme astronome praticien on cite d’Albategnius l’observation de quatre éclipses ; celle de l’obliquité de qui, toute correction faite, se trouve être, d’après lui, de ; l’observation d’un équinoxe d’où il a déduit une longueur de l’année trop courte de 2 26′, et par-dessus tout, car ce résultat est une véritable découverte, la constatation du déplacement du périgée solaire. Ce déplacement, dont aucun astronome n’avait eu précédemment l’idée, portera le nom d’Albategnius jusqu’à nos derniers neveux.
Albategnius faisait la précession annuelle des équinoxes de 54″, nombre évidemment trop fort.
Albategnius observait à Aracte.
Aboul-Wéfa
Aboul-Wéfâ al Bouzdjani (Mohammed ben Mohammed ben Iahia ben Ismaël ben Alabbas) est né en l’année 989 de l’ère chrétienne, dans la ville de Bouzdjan, située à une journée de marche de Nischabour, capitale du Khorasan. À l’âge de vingt ans, il se rendit à Bagdad, où il demeura jusqu’à sa mort arrivée en 998. Doué des plus heureuses dispositions pour les sciences mathématiques, il reçut des leçons des hommes les plus habiles de son temps, et dépassa bientôt ses maîtres ; devenu professeur à son tour, il compta parmi ses élèves un grand nombre de savants distingués, et fit école. L’époque où il florissait était favorable pour les grands travaux ; les princes Bouides, après s’être emparés de la Perse, gouvernaient les États musulmans de l’Orient au nom des califes
Abbassides, réduits à l’autorité spirituelle et revêtus de la dignité d’emir al omrah (émir des émirs), que l’on peut comparer à celle de maire du palais, ils maintenaient la paix dans l’empire et renouvelaient les prodiges du règne d’Al-Mamoun. L’un de ces princes, Adhad Eddaulah, qui avait appris l’astronomie d’Ebn al Aalam et étudié le ciel étoilé avec Abdurrahman-Suphi, devait, pendant un règne de trente-trois ans, se montrer le protecteur éclairé des lettres, et transmettre à ses successeurs le désir de favoriser le progrès des sciences. Aboul-Wéfâ trouva donc dans les chefs de l’État les encouragements nécessaires pour ses travaux, et tandis qu’il commentait Euclide et Diophante, qu’il écrivait un Traité d’arithmétique dont un volume se trouve à la Bibliothèque de Leyde, qu’il traduisait un Traité d’algèbre d’un certain Hipparque, surnommé le Rafanien, il se livrait aux observations astronomiques, corrigeait les tables de ses devanciers et rédigeait un almageste tout à fait original, qui révèle dans l’auteur un esprit aussi profond que lucide et un mérite d’exposition bien rare chez les écrivains Arabes. Les premiers chapitres de cet almageste contiennent les formules des tangentes et des sécantes, des tables de tangentes et de cotangentes pour tout le quart de cercle. Aboul-Wéfâ en fait le même usage qu’aujourd’hui dans les calculs trigonométriques ; il change les formules des triangles ; il en bannit ces expressions composées, si incommodes, où se trouvaient à la fois le sinus et le cosinus de l’inconnue. On en faisait sans aucun fondement honneur à Régiomontanus, et l’on n’en a joui en Europe que six cents ans après l’invention par les Arabes, dont malheureusement les ouvrages n’ont pas été assez répandus.
Aboul-Wéfâ, en comparant ses propres observations à celles des astronomes qui s’étaient succédé depuis Al-Mamoun, et aux tables de Ptolémèe, avait été amené à signaler dans la théorie lunaire une correction importante : il avait clairement indiqué la troisième inégalité, appelée variation par Tycho-Brahé, et toutes les objections soulevées contre la découverte de l’auteur arabe n’ont pu détruire ce fait désormais acquis à la science, que tout homme ignorant l’existence de la variation et lisant le passage d’Aboul-Wéfâ aurait été conduit infailliblement à la détermination de la même inégalité que celle de Tycho.
Non-seulement Aboul-Wéfâ observait par lui-même, mais il prenait un intérêt extrême aux travaux de ses contemporains. Nous le voyons assister en 988 à deux observations de solstice et d’équinoxe, faites à Bagdad par l’astronome Alkuhi, et dont l’écrivain arabe Alsouzeni nous a conservé tous les détails. Aboul-Wéfâ entretenait en même temps avec ses amis une correspondance mathématique. À sa mort (998), l’école scientifique de Bagdad était à son déclin ; l’Asie était déjà bouleversée par les Ghasnévides et le Caire allait devenir le foyer d’un grand mouvement intellectuel qui devait rayonner sur toute l’Afrique occidentale et l’Espagne.
Ebn-Jounis
Ebn-Jounis (Aboul Hassan Ali ben Abderrahman ben Ahmed ben Jounis ben Abdalaala ben Mousa ben Maisara ben Hafes ben Hyan), né en Égypte vers le milieu du x de notre ère, appartenait à une ancienne famille originaire de l’Yemen. Un de ses ancêtres, jurisconsulte habile, s’était distingué dans la science des traditions, parties importante du droit civil et religieux des Musulmans ; son père, Abou Saïd Abderrahman avait écrit une histoire de l’Égypte ; lui-même, enfin, avait reçu une éducation brillante, et montré qu’on pouvait être la fois musicien, poète et mathématicien.
Les fathimites venaient de s’emparer de l’Égypte, et Moez Ledinillah fondait le califat du Caire, au moment où l’empire des Arabes se trouvait exposé aux plus terribles bouleversements ; Ebn-Jounis, qui avait voyagé dans l’Irak et puisé à l’école d’Aboul-Wéfâ le goût de l’astronomie, trouva dans le oalife Aziz, successeur de Moez Ledinillah (975-996), un protecteur bienveillant, qui lui fournit les moyens de faire de nombreuses observations. Ces observations remplissent une période de trente ans, de 977 à 1007. Commencées sous Aziz, elles se continuèrent pendant les onze premières années du règne de Hakem, et portèrent sur des éclipses de Soleil et de Lune, sur des conjonctions de planètes et d’étoiles, etc. Ebn-Jounis observait dans le grand Cavafa, au-dessus d’une mosquée appelée pour cette raison la Mosquée de l’Observatoire ; plus tard Hakem, si connu par ses extravagances, mais heureusement très-zélé pour l’astronomie, fit construire un observatoire sur le mont Mocaltam, à l’orient du Caire, et il s’y rendait souvent pour y étudier la sphère céleste : on sait que ce calife est le chef de la religion de Druses.
Ebn-Jounis, qui avait entrepris la rédaction d’un Traité fort étendu, ne le termina que sous le règne de Hakem, et le lui dédia. Ce Traité, appelé Table Hakémite, formait quatre volumes ; nous n’en possédons que des fragments, mais on peut juger du mérite de l’ouvrage par les chapitres que MM. Deshaulerayes, Caussin et Sédillot ont successivement traduits. Indépendamment de ses propres observations, Ebn-Jounis en donne plusieurs qui remontent au règne d’Al-Mamoun et qui remplissent un intervalle de plus de cent cinquante ans. On trouve également dans son livre un grand nombre de pratiques et de règles qui rapprochent la trigonométrie arabe de celle des modernes, l’emploi des tangentes et des sécantes, déjà proposées par Aboul-Wéfâ, comme moyens subsidiaires en certains cas compliqués ; des artifices de calcul qui n’ont été imaginés en Europe que dans la première moitié du xviii. Nous devons aussi à Ebn-Jounis l’emploi du gnomon à trou et d’importantes corrections apportées aux Tables grecques. Aussi son Traité remplaça-t-il dans tout l’Orient l’Almageste de Ptolémée. On voit les Tables luni-solaires d’Ebn-Jounis reproduites 1° chez les Persans, dans les Tables gélaléennes d’Omer Keyam, qui déterminent la véritable longueur de l’année tropique en 1079 ; 2° chez les Grecs, dans la Syntaxe de Chrysococca ; 3° chez les conquérants mongols, dans les Tables Ilkhaniennes de Nassir Eddin Thousi ; 4° chez les Chinois, dans l’Astronomie de Co-Chéou-King. L’influence de l’école scientifique du Caire devait se répandre aussi du côté de l’Occident et imprimer une activité nouvelle aux savants du Magreb et de l’Espagne.
Ebn-Jounis était fort distrait, et il amusait le calife Hakem par ses singularités. Sous un règne tyrannique, où une parole équivoque était souvent punie par un horrible supplice, il dut à une originalité de manières peut-être affectée, de pouvoir terminer un monument qui devait immortaliser sa mémoire. Le célèbre mathématicien Hassan ben Hailtrem (Alhazen) son contemporain, simulait de son côté la folie pour ne pas exciter la défiance ombrageuse d’un maître inflexible. Ebn-Jounis mourut au Caire en 1008.
Alphonse, roi d’Espagne
Alphonse X, dit l’Astronome, dit le Sage, roi de Castille, naquit en 1226. Il succéda à son père Saint-Ferdinand, à l’âge de trente-un ans.
Son règne fut des plus malheureux il eut souvent à combattre ses propres sujets et même les membres de sa famille. Il mourut à Séville le 21 août 1284, après avoir été détrôné par son fils Don Sanche. Il avait eu le tort, quelque temps auparavant, de s’allier au roi de Maroc et de favoriser conséquemment les entreprises des Maures sur la Péninsule.
Le roi Alphonse ne prend place dans cette collection de biographies qu’à raison de son dévouement à l’astronomie. Il réunit à Tolède les astronomes les plus célèbres de son temps, chrétiens, juifs et maures, et les chargea de rectifier les tables astronomiques arabes qui lui semblaient manquer d’exactitude.
On a prétendu que le résultat de ce travail, connu sous le nom de Tables alphonsines, lui coûta 40,000 ducats. Les collaborateurs d’Alphonse ne se distinguèrent par aucune idée capitale ou digne de remarque ; ils suivirent de point en point le système de Ptolémée, et leurs tables diffèrent seulement des précédentes par une amélioration sensible des mouvements du Soleil et de la longueur de l’année.
On raconte que le roi Alphonse, fatigué de cette complication de cercles et d’épicycles qui figuraient dans les conceptions de Ptolémée, s’écria « Si Dieu m’eût consulté au moment de la création, je lui eusse donné de bons avis. » Ces paroles, dans lesquelles on ne devait voir qu’une critique un peu vive de l’œuvre imaginaire de l’astronome grec, taxées d’impiété, ne furent peut-être pas sans influence sur les catastrophes qui marquèrent les dernières années de la vie d’Alphonse,
Il paraît que malgré sa juste appréciation du système astronomique alors en vogue, Alphonse, à d’autres égards, était imbu des préjugés de son époque et qu’il croyait fermement à l’astrologie judiciaire.
L’historien commettrait une injustice s’il ne disait que non content d’avoir voulu fixer les principes auxquels, les astres sont soumis dans leurs mouvements, Alphonse dota ses peuples d’un recueil cité encore de nos jours sous le nom de las Partidas, et renfermant l’ensemble des lois auxquelles on devait obéissance.
Les Tables alphonsines parurent en 1252, le jour même où Alphonse succéda à son père. Elles furent imprimées pour la première fois à Venise, en 1488.
Régiomontanus
Jean Régiomontanus, dont le véritable nom était Muller, naquit le 6 juin 1436, dans le village d’Unfind, près de Kœnigsberg, duché de Saxe-Hilburghausen, dépendant de la Franconie. Il mourut à Rome, le 6 juillet 1476, les uns disent de la peste ; suivant les autres, et cette opinion est la plus accréditée, il tomba victime d’un guet-apens que lui tendirent les enfants de Georges de Trébisonde pour avoir relevé les fautes que leur père avait faites dans sa traduction de Ptolémée.
L’histoire littéraire a enregistré les nombreuses critiques acerbes qui se sont élevées en divers temps entre des érudits ; le trait que l’on vient de citer est peut-être l’unique exemple d’un assassinat ayant pour cause des barbarismes ou des solécismes signalés dans une traduction.
On doit à Régiomontanus un grand nombre d’ouvrages et d’opuscules dans lesquels il s’occupe des problèmes les plus variés de l’astronomie. L’indication des méthodes qu’il a mises en pratique n’aurait aujourd’hui aucun intérêt. Ses observations sont peu nombreuses et ne à aucune découverte. Si, comme on l’a prétendu, Régiomontanus fut le plus célèbre astronome de son temps, cela ne fait pas l’éloge de ses contemporains.
Régiomontanus, non-seulement croyait à l’astrologie, mais il déclara sa croyance publiquement à Bologne dans un de ses ouvrages, et il n’hésitait pas à dire qu’il travaillait pour les « amateurs de son art ». Dans ses Éphémérides de 1499, on le voit rechercher quels sont les aspects de la Lune les plus favorables à la saignée, et sur quelles parties du corps humain les divers signes du zodiaque influent plus spécialement. Ces traits de crédulité sont un nouvel exemple de la lenteur avec laquelle l’esprit humain se débarrasse des plus absurdes préjugés.
En astronomie proprement dite, on doit à Régiomontanus la remarque très-fondée que, si le système de Ptolémée sur les parallaxes de la Lune était exact, le diamètre de cet astre serait quelquefois double de celui qu’on observe.
Régiomontanus avait été appelé à Rome par , qui désirait déjà le consulter sur la réforme du calendrier. Il disait, dans un ouvrage qui n’a été publié qu’après sa mort : « Il est temps de nous mettre à l’abri des reproches et des plaisanteries des Juifs à l’occasion de l’anticipation des équinoxes et des désordres qui en résultent dans la célébration de la Pâque. » Ainsi la puissance des plaisanteries était déjà reconnue vers la fin du xv par les plus graves personnages.
Copernic
Nicolas Copernic (Kopernik) naquit à Thorn, alors capitale de la Prusse polonaise, le 12 février 1473.
Parmi les biographes de l’illustre astronome, il en est qui le font descendre d’un Polonais appartenant à la noblesse. D’autres assurent que le père de Copernic était serf. Au temps où nous vivons, ces opinions contradictoires méritent à peine d’être discutées : la noblesse, dans le sens philosophique de ce mot, est purement personnelle aux yeux de la raison, tout homme, quelle que soit son extraction, est noble, s’il a de nobles sentiments, s’il se distingue par de nobles actions, s’il a des vertus et en fait un noble emploi. Les qualités de l’esprit ne suffisent pas pour conférer la noblesse l’âme et le cœur décident toujours la question.
En point de fait, la filiation, jadis obscure de Copernic, est depuis quelque temps parfaitement éclaircie.
Le grand-père de l’auteur des Révolutions célestes, né en Bohême, alla s’établir à Cracovie et y acquit le droit de bourgeoisie ; il faisait le commerce. Ses enfants s’instruisirent dans les écoles de cette ville. Un d’eux (il avait pris l’état de boulanger) épousa à Thorn, depuis dix ans réincorporé à la Pologne (1464), Barbe Wasselrode, sœur de l’évêque de Warmie. Copernic fut le seul fruit de cette union.
Copernic, encore enfant, apprit les langues anciennes dans la petite école Saint-Jean à Thorn. À dix-huit ans, son oncle l’envoya à l’université de Cracovie. Il s’y livra d’abord avec une ardeur extrême à l’étude de la philosophie et de la médecine ; mais le hasard le conduisit aux leçons d’Albert Brudzewski, professeur d’astronomie, et lui révéla sa véritable vocation.
Il cultiva à la même époque l’art de la peinture, dans lequel il fit des progrès remarquables. À vingt-trois ans il se rendit à Padoue et à Bologne pour étudier la philosophie, la médecine et l’astronomie.
En 1499, nous trouvons Copernic professant les mathématiques à Rome devant un auditoire nombreux et choisi.
De retour à Cracovie, en 1502, il se fit prêtre ; il avait alors trente ans.
Sur la recommandation de son oncle l’évêque de Warmie, il fut nommé en 1540 chanoine à Frauenburg, petite ville située sur les bords de la Vitale. Là il partageait son temps entre les devoirs de sa nouvelle profession et ses méditations sur les questions astronomiques. Il prodiguait aussi ses soins aux pauvres malades, mettant ainsi à profit les connaissances étendues en médecine qu’il avait acquises dans les universités d’Italie.
À l’époque dont nous parlons, des personnes intéressées n’avaient pas encore soutenu l’idée paradoxale que des études sérieuses rendent impropre à la discussion des affaires communes. Aussi les chanoines, collègues de Copernic, le chargèrent-ils de soutenir un procès contre les chevaliers de l’ordre teutonique ; et il triompha de l’opposition de ces terribles adversaires. On a de lui également un projet de réforme monétaire qu’il développa à la diète de Grudzionz, en 1521.
La ville de Frauenburg, située sur une hauteur, fut redevable au talent de Copernic de la machine hydraulique qui y distribuait l’eau dans toutes les habitations.
L’ouvrage de Revolutionibus orbium cœlestium qui portera le nom de Copernic jusqu’à la postérité la plus reculée, fut le fruit de trente ans de méditations.
Cet ouvrage avait été conservé en manuscrit par son auteur pendant vingt-sept années, mais les principaux résultats de l’illustre astronome étaient publiés. Ces résultats étaient trop contraires aux opinions reçues pour ne pas devenir, dans les mains des histrions (les histrions de tous les temps ont eu les mêmes passions), le sujet des plus ridicules, des plus ignobles parades.
Vaincu enfin par les sollicitations de son ami l’évêque de Culm, Copernic se décida à livrer son livre à l’impression. Rhéticus, son disciple, se chargea du soin de revoir les épreuves. C’est à Nurenberg que cette impression eut lieu, en 1543.
À la tête du livre se trouve une épître dédicatoire à , qui portait alors la tiare. Elle est d’un style ferme et digne.
« Les vérités mathématiques ne doivent être jugées que par des mathématiciens. »
Quelques historiens respectables de la science ont cette dédicace comme un acte de diplomatie. Mon hypothèse, fait-on dire à Copernic, n’est pas plus absurde que celle des anciens. Mais remarque avec raison que ces paroles ne sont pas contenues dans la dédicace au pape, et qu’elles figurent seulement dans un avertissement, non signé, d’Ossiander éditeur de l’ouvrage.
Dans l’avis de la Sacrée Congrégation, en date de 1620, on lit :
« Attendu que Copernic ne se contente pas de poser hypothétiquement des principes sur la situation et le mouvement du globe terrestre, entièrement contraires à la sainte Écriture et à son interprétation véritable et catholique (ce qu’on ne peut tolérer dans un homme chrétien), mais qu’il ose les présenter comme très-vrais, etc. »
Copernic mourut à Frauenburg le 23 mai 1543, et eut la satisfaction de tenir dans ses mains défaillantes le premier exemplaire de son ouvrage que Rhéticus venait de lui envoyer.
Outre cette première édition, devenue très-rare, on en connaît deux autres, l’une de 1506 et l’autre de 1617.
Leibnitz a rendu témoignage de son admiration pour le savoir et le caractère de Copernic, en l’appelant l’un des huit Sages de la terre.
L’ouvrage de Copernic fut condamné par la Congrégation de l’index, le 5 mars 1616, sous le pontificat de . L’arrêt est signé par le cardinal de Sainte-Cécile, évêque d’Albe, et par le frère François Madeleine Tête de Fer.
On a fait remarquer que le pape n’apposa jamais son visa à cet acte d’intolérance. Aussi a-t-on peine à s’expliquer la conduite que tint le clergé de Varsovie le 5 mai 1829, jour fixé pour l’inauguration de la statue de Copernic, exécutée par Thorwaldeen.
Voici comment s’explique, à ce sujet, un écrivain très-religieux, , compatriote de Copernic :
« La rue principale par laquelle devait passer la Société des Amis des sciences, ainsi que la place qu’occupait le monument, étaient encombrées par la foule. Hommes, femmes, vieillards, enfants, riches et pauvres, se pressaient avec une égale ardeur pour manifester leur joie et s’associer à la cérémonie, tribut payé au génie. Les fenêtres étaient garnies de spectateurs et de guirlandes de fleurs. Varsovie tout entière, augmentée par la population des environs, était debout. La musique, les chants et les hymnes retentissaient. Le cortége de la Société se dirige vers l’église de Sainte-Croix, temple vaste et majestueux qui élève ses tours gothiques au-dessus de la capitale. L’église est remplie de monde, mais l’autel est désert. L’heure se passe, et pas un prêtre ne paraît pour célébrer le service divin. Bientôt on apprit que des ecclésiastiques ignorants ne voulaient pas faire de prières pour un homme qui a publié une œuvre condamnée par la Congrégation de l’index. La foule consternée abandonna l’église. »
L’acte du clergé de Varsovie, accompli en plein xix, que nous venons de rapporter, ne pourra manquer d’éveiller les plus pénibles sentiments dans tous les cœurs honnêtes. Il est des hommes qui semblent prendre à tache de marcher toujours à la remorque de leur siècle, et de se montrer les partisans des superstitions dont l’espèce humaine a eu tant à souffrir. Hâtons de tous nos efforts la propagation des lumières ; c’est le seul moyen de diminuer le nombre des fanatiques, qui suivant l’expression du poète, sont
Rappelons-nous qu’il ne faudrait pas remonter bien haut pour trouver des écrivains appartenant aux castes lettrées, et qui étaient eux-mêmes imbus de ces préjugés, qu’on peut croire morts et qui ne sont qu’assoupis ; qu’enfin, vers le milieu du xvi, le célèbre géomètre sicilien, l’abbé Maurolycus, jugeait le système de Copernic si dépourvu de vérité et de raison, que suivant lui le vénérable chanoine de Thorn aurait mérité d’être publiquement fustigé.
L’empereur Napoléon, en passant par Thorn en 1807, désira recueillir personnellement tout ce que la tradition avait conservé concernant Nicolas Copernic. Il apprit que la maison de l’illustre astronome était occupée par un tisserand. Il s’y fit conduire. Cette habitation de très-mince apparence se composait d’un rez-de-chaussée et de deux étages. Tout y était conservé dans l’état primitif. Le portrait du grand astronome était suspendu au-dessus du lit dont les rideaux de serge noire dataient du vivant de Copernic ; sa table, son armoire, ses deux chaises, tout le mobilier du savant était là.
L’empereur demanda au tisserand s’il voulait lui vendre le portrait du grand homme, qu’il aurait fait transporter dans le musée Napoléon au Louvre, mais l’artisan refusa, car il considérait ce portrait comme une sainte relique qui portait bonheur. L’empereur n’insista pas et respecta cette touchante superstition.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Biographies des principaux astronomes.
