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I
II
TURBINE DE M. FOURNEYRON
La ville de Paris est alimentée, en eau de Seine, par des machines à vapeur établies à Chaillot, au Gros-Caillou, au quai des Ormes, à la Râpée, et par une roue hydraulique à palettes située sous une des arches du pont Notre-Dame. Cette dernière machine, quoiqu’elle soit en très-mauvais état, entre dans le produit total d’environ 430 pouces d’eau de rivière, que la ville distribue, pour 70 à 80 pouces de fontainiers, élevés à 26 mètres. Il me parut évident que, sans changer en aucune manière les conditions de la navigation actuelle de la Seine, le produit de la force dépensée au pont Notre-Dame pourrait être considérablement augmente, et dès lors je regardai comme un devoir d’étudier ce problème. Depuis quelques mois le cadre dans lequel j’avais voulu primitivement me renfermer s’est notablement agrandi. Des projets actuellement en discussion au sein de l’administration des ponts et chaussées, m’ont conduit à penser que la navigation de la Seine pourrait, avec avantage, s’établir sur Je seul bras gauche. Dans cette hypothèse, un barrage mobile serait installé au pont Notre-Dame, et y procurerait une chute de 70 à 75 centimètres en temps de crue, et de lm.5 à l’étiage. Pendant l’été, quand la pénurie d’eau se fait vivement sentir dans la plupart des quartiers de la capitale, on aurait donc pour pourvoir aux besoins des habitants et aux divers services de propreté et de salubrité, une force représentée par le débit du bras droit de la Seine (il est alors d’environ 100 mètres cubes d’eau par seconde), tombant d’un mètre et demi de hauteur, c’est-à-dire la force de 200 chevaux travaillant nuit et jour.
L’immensité de cette force ne devait pas me dispenser de chercher le moyen d’en tirer parti. Après bien peu d’hésitation, je reconnus qu’il faudrait adopter les turbines de .
On appelle turbines des roues qui ont la propriété commune de tourner autour d’un axe vertical. La première roue hydraulique connue sous ce nom fut imaginée en 1824, par , ingénieur des mines ; l’eau arrivait, dans cette roue, à la base supérieure d’un cylindre ou tambour vertical, et se trouvait rejetée à la base opposée. L’eau entrait et sortait près de la circonférence extérieure, suivant des canaux pliés en hélice à la surface du tambour qui devait avoir une hauteur égale à la moitié de la hauteur entière de la chute d’eau disponible.
Dans les turbines de , dont la première fut construite en 1827, le tambour n’a qu’une petite épaisseur, quelques décimètres, par exemple, quelque grande que soit la hauteur de chute. L’eau s’élance obliquement en jets horizontaux de tout le contour d’un cylindre intérieur vertical ; pénètre de tous côtés dans les compartiments de la roue extérieure qui, en tournant, affleure ce cylindre ; suit, en les pressant, des aubes courbes renfermées entre les deux bases horizontales, et s’échappe horizontalement par la tranche verticale du tambour extérieur. Dans cette roue, l’eau agit sur toutes les aubes à la fois, et ne charge pas l’appareil d’une haute colonne d’eau. En outre, la machine pouvant être entièrement noyée dans l’eau, peut fonctionner dans les temps de gelée ou bien lors des grandes crues, c’est-à-dire dans les circonstances où les autres roues hydrauliques sont obligées de s’arrêter.
On comprend, d’après ces courtes explications, pourquoi je m’arrêtai à l’idée d’employer les turbines de pour utiliser la chute d’eau que devait rendre disponible l’amélioration du cours de la Seine dans le système que j’avais en vue. J’écrivis à cet habile ingénieur de venir à Paris ; il étudia avec moi toutes les conditions du problème, et rédigea, d’après mon désir, un projet détaillé d’établissement hydraulique dans lequel la machine jouerait le principal rôle.
Les choses en étaient là, lorsque je m’en ouvris au préfet de la Seine, à l’honorable , dont l’ardeur éclairée pour tout ce qui peut contribuer à l’assainissement, à l’embellissement de la capitale et au bien-être de la population, ne sera jamais dépassée. Je lui demandai de soumettre mes idées à l’examen d’une commission. J’émis même le vœu que diverses personnes très-habiles, mais qui, faute d’expériences directes, avaient publiquement manifesté des opinions peu favorables aux turbines, fussent comprises au nombre des juges que je sollicitais. souscrivit à tous mes désirs avec une inépuisable complaisance. Dès la première réunion de la commission, les objections que j’avais prévues, ou plutôt que j’avais provoquées, se manifestèrent. Personne, en présence de faits authentiques, ne pouvait méconnaître que, sous l’action de trèsfortes chutes, les turbines donnent des résultats en quelque sorte inespérés ; mais sur la Seine, les chutes seraient toujours faibles, les turbines ne sauraient manquer d’avoir de grandes dimensions ; de plus, elles devraient être constamment immergées. De là des doutes, des craintes très-naturelles que des expériences directes pouvaient seules dissiper.
Malheureusement, il n’existait encore à quelque distance de Paris qu’une seule turbine, et elle avait été construite pour une chute de deux mètres au moins. Cette machine était d’ailleurs le moteur du très-grand établissement de tissage mécanique d’Inval, près de Gisors. Si elle cessait de marcher, quatre cents métiers et trois à quatre cents ouvriers restaient inactifs. Il y avait là des difficultés qui nous paraissaient, qui devaient nous paraître insurmon- tables. , propriétaires d’Inval, en ont jugé autrement l’expérience qu’on désirait tenter devant être utile à la science, à l’industrie, à la ville de Paris, ils n’ont plus calculé les embarras qu’elle amènerait à sa suite, les dépenses qu’elle nécessiterait : avec une libéralité que je caractériserai toujours trop faiblement si j’en juge par la reconnaissance qu’elle m’a inspirée, la turbine et le cours d’eau qui la mettait en jeu, ont été pendant tout le temps nécessaire (un dimanche, un lundi et la moitié du mardi suivant) entièrement Il la disposition des commissaires désignés par . Ces commissaires étaient , ingénieur en chef des ponts et chaussées, attaché aux travaux de Paris ; , ingénieur des mines à Rouen ; , élève de troisième année à l’école des ponts et chaussées. et lui-même. Les divers résultats qu’ils ont obtenus en opérant avec la plus scrupuleuse attention, montrent que l’on peut compter, avec la turbine de , sur un effet utile de 00 à 77 p. 0/0 dans les circonstances diverses où ils ont opéré, c’est-à-dire avec des chutes variant de 0m.30 à 1m.17, et la profondeur d’immersion du plan supérieur de la roue variant de 0m.77 à 1m.50. Des difficultés qu’il ne m’est pas donné en ce moment de prévoir, viendraient faire échouer mon projet devant le conseil municipal de Paris, que les expériences d’Inval n’en seraient pas moins une précieuse acquisition pour la science, puisqu’elles ont assigné définitivement à la turbine de le rang qui lui appartient parmi les meilleurs moteurs hydrauliques. a obtenu des résultats identiques à Sainte-Marie, dans la forêt Noire, à l’aide d’une turbine d’un tiers de mètre de diamètre, qui fonctionnait sous une pression verticale de 108 mètres d’eau, qui faisait 2800 tours par minute, qui ne dépensait que 30 litres de liquide par seconde, et qui réalisait cependant la force de 60 chevaux vapeur. Quelques personnes avaient paru craindre que les tourillons de l’axe de la turbine ne pussent résister à l’extrême vitesse que je viens de signaler ; mais l’expérience a prouvé que la machine n’éprouvait aucune détérioration.
La turbine de a fait partout une vive sensation l’Allemagne, la Russie, l’Angleterre ont voulu profiter de cette invention. Puisse la France entrer elle-même largement dans une voie qui promet de si utiles résultats à l’industriel
III Barrages À Aiguilles
[Le gouvernement demandant un crédit de 10 millions pour l’amélioration de la Seine entre Paris et Rouen, principalement à l’aide de barrages mobiles, a critiqué le système des barrages à aiguilles dans le discours suivant, prononcé le 4 mars 1846 :]
Je désire, Messieurs, adresser à quelques questions sur la manière dont les barrages proposes seront exécutés. Je suis partisan du projet ; je voterai la somme demandée ; mais je ne voudrais pas voter en aveugle, je désirerais savoir de quelle manière on opérera. Depuis quelque temps on nous dit très-peu de chose sur les travaux proposés ; si nous encouragions l’administration à persévérer dans cette voie, la Chambre finirait par n’être plus qu’un bureau d’enregistrement. Les projets sont rédigés d’une manière très-vague. II est impossible de savoir à quel système l’administration s’arrêtera.
On a dit : Nous ferons un barrage mobile. Mais, Messieurs, il y a plusieurs systèmes de barrages mobiles dans ce monde, et je crois que ce n’eût pas été trop que de nous dire quel sera celui de ces systèmes qu’on devra appliquer…
, rapporteur. Cela a été dit !
. Cela n’est pas dans l’exposé des motifs.
. On ne peut pas tout mettre dans l’exposé des motifs.
. Il n’y a pas de mal cependant à ce que les députés sachent ce qu’ils votent ; il y a, au contraire, un très-grand avantage à ce que les renseignements fournis soient exacts et complets. Pour moi, je me suis trouvé fort embarrassé lorsque plusieurs personnes sont venues me demander de quelle manière s’exécuteraient les travaux de la traversée de Paris ; j’en ai été réduit à dire que je ne le savais pas, et cependant j’ai eu l’honneur de faire partie de la commission d’enquête chargée de chercher le meilleur système à suivre dans l’intérêt public.
Quel est le barrage qu’on propose au fond ? Quoique cela n’ait pas été dit, j’espère que je vais indiquer la véritable solution c’est un barrage à aiguilles.
Les barrages à aiguilles actuels sont une légère modification d’un barrage ancien ils sont dus à des ingénieurs habiles, à et à ; il y en a plusieurs d’exécutés sur l’Yonne et sur un petit affluent de la Loire.
Jadis, quand on voulait barrer les rivières, moins pour la navigation que pour les arrosages, on plantait verticalement dans le lit des pieux, entre lesquels on plaçait des ponts en cas de besoin dans les intervalles compris entre les pieux fixes on mettait des aiguilles mobiles retenues dans le haut par ces ponts, dans le bas par un seuil. Il y a, dans les nouveaux systèmes, cette modification, que les pieux fixés sont devenus mobiles, qu’ils peuvent être abattus et relevés quand on le veut.
Un barrage à aiguilles n’a été exécuté sur une certaine échelle, dans un point de grande navigation comme celle qui doit s’établir entre Paris et Rouen, que sur le pertuis de la Morue.
On a fait bien des rapports d’ingénieurs sur les avantages de ce barrage dû à . J’en ai entendu parler, je ne les connais pas officiellement. J’ai voulu savoir au fond comment le système se manœuvrait Il y aurait eu peut-être des inconvénients pour la manifestation complète de la vérité à ce que je fisse la vérification moi-même. J’ai envoyé au pertuis de la Morue une personne très-intelligente, très-honorable, très-véridique, très-exercée en mécanique. Je l’ai priée d’examiner comment les choses se passaient, et de recueillir surtout les déclarations des barragistes.
Eh bien, la manœuvre ne se fait pas avec la rapidité qu’on indiquait ; il s’en faut de beaucoup. La manœuvre est très-difficile, et elle est très-dangereuse.
Je savais, par les aveux des ingénieurs que cette manœuvre intéressait le plus, que deux barragistea s’étaient noyés en faisant l’.
, sous-secrétaire d’État des travaux publics. C’est pendant le cours des travaux.
. Ne s’en est-il pas noyé depuis ?
. Non !
. En êtes-vous bien sûr ? Les barragistes témoins de l’événement disent le contraire ; ils disent, il est vrai, que c’était la faute des malheureuses victimes elles ne savaient pas nager. (Mouvements divers.)
Voilà l’explication qu’ils ont donnée. On n’a pas dit que c’était pendant la construction, mais ce que c’était pendant la manœuvre des aiguilles.
Je dirai plus, la manœuvre est tellement difficile, tellement scabreuse, que, pendant six mois de l’année, on n’ose pas la faire. Faites-vous la manœuvre des aiguilles quand vous courez le risque que l’eau se gèle au moment où vous enlevez l’aiguille ? quand vous courez le risque de jeter des glaçons sur le port de service ? Assurément non.
Par ce motif, le barrage reste ouvert, il reste plongé dans le fond de la rivière, il reste abaissé depuis le mois de novembre jusqu’au mois de mai.
. Il l’est toujours !
. Pardon 1 Si vous m’interrompez à la fin de chaque phrase, il me sera impossible de rien dire d’utile. Permettez-moi d’achever.
Prétendrait-on par hasard que la navigation n’est pas possible dans les mois d’hiver ? J’affirmerai hardiment que, dans l’intervalle que je viens d’indiquer, la navigation s’opère quelquefois merveilleusement. Publiez les travaux de , et vous verrez que je n’énonce rien de trop.
Le barrage n’est pas soulevé, parce qu’il est difficile de le soulever, parce que les crues sont rapides à cette époque, et qu’alors on court le risque d’être obligé de le laisser levé pour un moment de crue, et par conséquent de produire l’inondation de toutes les propriétés riveraines circonvoisines. Cela est arrivé il y a deux ans, je crois la crue montait avec tant de rapidité que les barragistes, au nombre de trois, n’étaient pas sûre de faire leurs opérations dans un temps suffisant. On fut obligé d’appeler tous les vendangeurs qui étaient dans les environs, et, sans leur secours, la Seine aurait été barrée dans un moment de crue, et vous auriez eu de grands désastres. J’affirme ce fait, par ce qu’il est constant.
Je vais parler d’un inconvénient grave. Il sera question ici de perte d’eau, il sera question d’une chose ayant une analogie éloignée avec le jeu des turbines. Je crains que ne me réponde, comme il m’a répondu hier, par une plaisanterie spirituelle, mais qui était la plus étrange erreur hydraulique. (Mouvement.) a dit que la turbine avait l’inconvénient de boire beaucoup d’eau mais savez-vous que c’est précisément là l’avantage des turbines ? c’est par cette propriété là que les professeurs d’hydraulique commencent toutes leurs leçons sur les turbines. La turbine, disent-ils, a l’avantage sur les roues ordinaires, l’avantage très-considérable, très-précieux, de boire beaucoup d’eau dans un temps très-court, d’agir par toutes ses palettes à la fois, tandis qu’une roue ordinaire n’a que très-peu de palettes en prise à chaque instant. Je ne puis pas vraiment supposer que M. le ministre ait imaginé que t’eau n’était pas rendue immédiatement. L’eau entrée dans la turbine retombe aussitôt à la Seine, et la rivière se trouve être dans les mômes conditions que ai le liquide n’avait pas passé par la machine. J’avoue que je ne comprends pas le reproche qu’a adressé aux turbines.
Je vais essayer d’être le plus clair possible, afin que si me fait l’honneur de me répondre, il ne confonde pas, comme il l’a fait hier, la quantité d’eau disponible avec la quantité d’eau vendue.
J’ai dit que la quantité d’eau vendue s’élevait à 7 litres par personne. a trouvé 128 litres en prenant pour base le débit du canal de l’Ourq ; je ne sais pas pourquoi il n’a pas pris la quantité totale de t’eau de la Seine, il aurait trouvé davantage. (On rit.) J’ai parlé d’eau vendue et non d’eau disponible.
Je suis d’autant plus fûché de cette erreur, que le raisonnement de a amené un de ses défenseurs à supposer que, quand je parlais de 7 litres pour la consommation moyenne par individu, c’était 7 litres pour la consommation annuelle. (On rit.) Vous trouveres dans le journal le plus accrédité du ministère cette incroyable erreur.
Voilà comment on a commenté votre argumentation. Le commentaire est mauvais, votre texte était meilleur (On rit) quoiqu’il ne fût pas irréprochable.
Vous fermez la rivière avec des aiguilles ; vous voulez empêcher l’eau de couler. Eh bien, avez-vous jamais réussi à mettre les aiguilles en contact ? cette manœuvre des aiguilles est très-difficile, elle est très-dangereuse. Un homme, placé sur un pont très-étroit, ne manœuvre pas avec facilité une aiguille de 3 à 4 mètres, quand il y a un courant considérable.
Vous croyez, Messieurs, que je me suis trompé dans la dimension des aiguilles ? Vous êtes dans l’erreur. Il y a la portion plongée, il y a la portion comprise entre te niveau supérieur et le pont il y a ensuite la partie que saisit la main. Ces aiguilles ne se touchent pas, par conséquent vous ne barrez pas, vous laissez une claire-voie, au lieu de faire un barrage complet. Il est évident que si vous faisiez un barrage complet, vous obtiendriez lemouillage voulu dans un temps beaucoup plus court. Ces opérations si défectueuses, vous pouvez les faire par d’autres systèmes sûrement et rapidement.
Je vous demande si vous êtes complètement résolus à vous servir partout du système à aiguilles. Voilà ma question elle est claire, et j’espère qu’elle ne donnera lieu à aucune équivoque.
Si vous êtes résolus à vous servir d’un système dont les défauts sont manifestes et patents, qui ne peut pas être manœuvré dans un temps très-court, qui devrait l’être avec rapidité dans une rivière destinée à recevoir la navigation à vapeur, je dis que vous ignorez les progrès que l’art a faits.
Ne vous obstinez pas à n’employer qu’un système imparfait ; je l’appelle ainsi et je n’ai pas dit cependant à quels subterfuges, à quels expédients on propose d’avoir recours pour empêcher t’eau de s’écouler entre les aiguilles : On veut mettre de la toile devant ! On ne l’a pas imprimé ; on l’a dit. Il est évident que la manœuvre de ces aiguilles que la manœuvre de cette toile seront très-difficiles. Partout où vous avez établi des barrages à aiguilles, vous êtes obligé de nettoyer le système jour et nuit. Il s’insinue entre les aiguilles des matières qui ne permettent pas de les manœuvrer. L’homme qui est dans la position du barragiste n’a qu’une puissance très-bornée, et si vous introduisez dans les aiguilles des branches d’arbres d’autres matières, vous n’êtes plus en mesure de retirer les aiguilles, et, s’il arrive une crue, vous inonderez toutes les campagnes voisines. C’est à cet inconvénient que vous devez parer.
Si vous tenez beaucoup à vos aiguilles, je ne vous demande pas de ne pas les employer ; mais essayez des autres systèmes ; ne vous montrez pas ennemis du progrès à ce point de ne pas vouloir essayer le système de la porte articulée et le système de .
IV Barrage Articulé
Il existe en Hollande plusieurs écluses qui se ferment et s’ouvrent par l’effort même des eaux dont ces écluses sont destinées à régler le cours ; le général Goblet a construit, il y a peu d’années, une écluse de cette espèce. a imaginé, en 1841, des portes d’écluses fondées sur ce principe général mais qui différent complètement, pour les inventions mécaniques qui les caractérisent, de tous les systèmes anciens. Les portes propo- sées par étaient destinées à fermer les arches du Pont-Neuf à Paris, afin de former une chute de la Seine, qui procurerait, sur ce point, une grande force susceptible d’élever, au moyen de turbines, un volume d’eau considérable à distribuer dans tous les quartiers de la ville.
Tout le monde a remarqué que sous l’arche d’un pont il se forme toujours une espèce de chute provenant du rétrécissement du lit de la rivière. Eh bien, qu’on suppose une grande porte cochère s’ouvrant d’amont en aval le courant de l’eau tendra constamment à la pousser et à appliquer les deux battants contre chacune des piles de l’arche du pont. La difficulté est donc de tenir cette porte fermée.
a imaginé de faire articuler les deux battants, dans toute la longueur du bord libre, avec une cloison verticale composée elle-même de deux pièces articulées entre elles, et dont l’autre extrémité dirigée à l’aval se rend obliquement à la pile, et s’y fixe par une nouvelle articulation. Il y a ainsi derrière chaque battant un prisme creux triangulaire dont la face d’amont est constituée par le battant de la porte, la face d’aval par la cloison articulée, la face latérale par la pile du pont.
Si ce prisme était vide, ou si seulement l’eau y était au même niveau qu’en amont des battants, ceux-ci céderaient au courant en repliant la cloison contre le mur. Pour remplir ce prisme et y établir le niveau de l’eau au-dessus du niveau de l’amont du battant, on pratique dans la pile un canal latéral qui prend l’eau à l’entrée de l’arche au-dessus de la porte, et l’amène dans le prisme où elle s’élève plus haut qu’en avant du battant. La différence des niveaux exerce une pression suffisante pour maintenir la porte fermée.
Pour ouvrir le barrage, on ferme le conduit qui amenait l’eau dans le prisme, et on laisse écouler l’eau qui y était contenue. Le sens de l’excès de pression changeant, il est évident que la porte doit céder au courant.
Un petit mécanisme à manivelle, que peuvent faire manœuvrer même une femme ou un enfant, en faisant mouvoir deux vannes en sens inverse, ouvre et ferme tour à tour l’orifice d’admission de l’eau dans le prisme, en même temps qu’il ferme ou qu’il ouvre l’orifice d’émission.
Tel est l’ingénieux système de portes, pour les écluses à large ouverture, qu’a proposé , et qu’il serait désirable de voir appliquer.
V
BARRAGE MOBILE DE M. THÉNARD
Tous les moyens de locomotion et de transport sont, depuis une quarantaine d’années l’objet de recherches assidues et approfondies. Ajoutons que le succès a couronné presque constamment les efforts des ingénieurs. Ainsi, la question du tracé des routes a été définitivement soumise à des principes mathématiques. Des expériences nombreuses ont fait connaître le rapport du Frot- tement à la pression, sur les divers terrains naturels ou artificiels formant en France la surface des principales routes. Les propriétés comparatives des véhicules a grandes ou à petites roues, à jantes larges ou étroites, sont maintenant nettes et définies. Des essais méthodiques, entrepris sur une assez grande échelle, éclaireront bientôt l’administration, touchant les meilleurs systèmes de pavage ; on saura ce qu’il est permis d’attendre du bois substitué au grès, des cylindrages exécutés à l’aide des rouleaux compresseurs convenablement pondérés, de l’emploi de telle ou telle matière d’agglomération, suivant la nature des cailloux formant les chaussées d’empierrement, etc.
Il faudait un grand nombre de pages pour signaler ce qui a déjà été réalisé concernant les chemins de fer, et les améliorations qui sont en cours d’expériences.
Cédant à des idées préconçues touchant les ondulations des liquides, cédant à la crainte de détrure les berges, personne n’exécutait jadis le halage sur les canaux, qu’au petit pas. Maintenant les bateaux rapides les parcourent avec la vitesse des chevaux de poste.
Chaque jour, la grande navigation à vapeur fait de nouveaux progrès ; chaque jour apporte, en ce genre, des découvertes qui laissent bien loin derrière elles les améliorations prévues et même les espérances des esprits enthousiastes. Les ports les plus entourés d’écueils sont maintenant accessibles par tous les vents, par tous les états de la mer. Des remorqueurs y conduisent avec facilité, avec sûreté, de jour comme de nuit, les bâtiments de commerce et de guerre. Déjà certains steamers riva- lisent en grandeur avec les immenses vaisseaux à trois ponts. Bientôt, peut-être, ils les surpasseront en puissance militaire.
La navigation fluviale n’est pas non plus restée stationnaire mille bateaux à vapeur, remarquables par leur commodité, par leur élégance, par la rapidité de leur marche, et principalement par de tres-ingénieuses machines, sillonnent en tous sens les rivières des deux mondes.
Que manque-t-il dans notre pays, pour assurer à cette navigation fluviale une supériorité décidée sur les autres moyens de locomotion et de transport ? Une seule chose, peut-étre, des rivières à niveau moins variable, des rivières qui, en été, en automme, offrent dans leur chenal une profondeur d’eau de plus d’un mètre.
Des barrages peuvent conduire à ce résultat.
Qui ne comprend, en effet, que si l’on établissait aujourd’hui, en face d’Auteuil par exemple, de la rive droite à la rive gauche de la Seine, un barrage continu, haut de 2 mètres au-dessus du niveau de la rivière, l’eau ne commencerait à se déverser par-dessus la crête de ce barrage, qu’après avoir monté de 2 mètres, et que cet exhaussement se ferait sentir jusque dans Paris ? Vu barrage semblable exécuté entre le pont des Arts et le Pont-Neuf, élèverait notablement le niveau de la rivière jusqu’à Bercy, et ainsi de suite. En espaçant ces constructions d’une manière convenable, on aurait sur la rivière une série de nappes liquides échelonnées, où des bateaux d’un bon tirant d’eau pourraient naviguer même en temps de grande sécheresse. Le passage d’une nappe à la nappe immédiatement inférieure ou supérieure, le passage d’un échelon liquide à l’échelon voisin, se ferait commodément par l’intermédiaire d’écluses à sas.
Les barrages partiels, ceux qui au lieu de s’étendre d’une rive à l’autre de la rivière n’embrasseraient qu’une partie de sa largeur, occasionneraient aussi, en amont, un exhaussement du niveau des eaux ; mais l’effet serait moins considérable que sous l’action des barrages complets.
Rendre les rivières navigables en tout temps même à l’époque des grandes sécheresses, serait une chose assurément très-utile mais il est bon de songer à la saison des crues ; il faut se rappeler que l’effet inévitable des barrages permanents, complets ou partiels, est de rendre les débordements plus fréquents et plus désastreux. Sous ce rapport, les piles de ponts elles-mêmes sont quelquefois fort nuisibles.
Voilà, en peu de mots, ce qui a conduit à l’idée des barrages susceptibles d’être facilement enlevés ou plongés au fond des eaux, les barrages appelés mobiles, destinés à rester en place pendant la sécheresse, et à disparaître au moment des crues.
Le système de barrage que a soumis à l’approbation de l’Académie, appartient à la catégorie des barrages mobiles. Il a été déjà appliqué sur un des affluents de la Dordogne sur une rivière, l’Isle, dont le débit est de dix mètres cubes seulement par seconde, à l’étiage ; de 85 mètres en eaux moyennes ; de 242 mètres, quand elle coule à pleins bords de 500 à 600 mètres dans les plus fortes crues.
Appelé par ses fonctions à diriger, à perfectionner la navigation d’une rivière si variable ; n’ayant d’ailleurs à sa disposition que de faibles ressources, s’imposa ces deux conditions rigoureuses
Il faudra que l’abaissement et le relèvement du barrage s’opèrent en un petit nombre de minutes ; un seul homme, le gardien de l’écluse, devra pouvoir faire la double opération sans courir aucun danger.
Essayons de caractériser d’une manière générale la conception de . Nous nous occuperons ensuite, s’il y a lieu, de la construction du barrage et des manœuvres ; nous descendrons aux détails. Concevons, de nouveau, que la Seine soit barrée d’une rive à l’autre, à l’aide d’une porte en bois verticale, de 2 mètres de haut, liée par des charnières en métal (par des gonds), à des longrines placées les unes à la suite des autres, au fond de la rivière. Les longrines seront fixées au radier en maçonnerie, dont il faut supposer que le fond de la Seine est recouvert.
La porte, d’après les dispositions de la charnière, ne peut s’abattre que d’amont en aval. Pour la maintenir dans la position verticale, pour l’empêcher de céder à la pression, au choc de l’eau d’amont, il faudra évidemment la soutenir vers l’aval par des arcs-boutants, par des jambes-de-force prenant leur point d’appui sur le radier. On se fera une idée suffisante de ce que peuvent être ces arcs-boutants, en se rappelant le petit mécanisme dont les ébénistes font usage pour soutenir, sous des inclinaisons variées, certains miroirs de toilette et certains pupitres.
Veut-on maintenant que le barrage disparaisse ?
II suffira de soulever un tant soit peu les jambes-de-force, d’ôter leurs extrémités inférieures des entailles au fond desquelles elles arcs-boutaient ; aussitôt la pression du liquide fera tourner la porte, d’amont en aval, autour des charnières horizontales noyées, et la couchera sur le radier.
De prime abord, rien de plus simple, de plus satisfaisant que la manœuvre qui vient d’être décrite mais cette première impression disparaît quand on réfléchit à l’obligation d’aller soulever, une à une, toutes les jambes-deforoe. Est-ce en bateau qu’on ira faire l’opération est-ce en amont ? est-ce en aval ? On ne peut songer à marcher sur l’épaisseur de la porte, puisqu’elle est recouverte par la nappe liquide qui se déverse d’amont en aval. De quelque manière qu’on envisage la question, on aperçoit difficultés et dangers.
En fait de difficultés, la principale consisterait à ramener la porte couchée, de la position horizontale à la position verticale à vaincre, par les efforts d’un seul homme, l’action impulsive de l’eau sur une si immense palette ! Il est vrai que cette palette on pourrait la fractionner, la diviser en un certain nombre de parties susceptibles d’être abaissées et relevées séparément. L’expédient serait assurément très-utile ; mais où l’éclusier irait-il prendre ses points d’appui pour opérer tous les soulèvements partiels ?
Supposons que d’après la disposition des charnières, au lieu de se rabattre d’amont en aval comme nous l’avons d’abord admis, la porte continue ou fractionnée ne puisse tourner à partir de la position verticale, ne puisse tourner pour se coucher au fond de l’eau, que d’aval en amont. Les difficultés des manœuvres seront, pour ta plupart, l’inverse de celles qui viennent de nous occuper.
Dans le premier cas, la porte une fois couchée au fond de l’eau vers l’aval, y restait par l’effet de la seule impulsion de la masse liquide descendante. Dans le second cas, il faudrait l’y maintenir par un mécanisme, lors même qu’à raison de ses ferrures elle aurait une pesanteur spécifique un peu supérieure a celle de l’eau sans ce mécanisme, le courant soulèverait la porte en la prenant pardessous.
La porte, susceptible de se rabattre d’amont en aval, ne se maintenait dans la verticale, ne résistait dans cette position à l’impulsion de l’eau descendante, qu’à l’aide des jambes-de-force dont il a été parlé. Rien de pareil ne serait nécessaire, quant à la porte qui se rabattrait d’aval en amont. Une fois amende à la verticale, l’impulsion de l’eau tendrait à l’y maintenir, disons mieux, à la faire passer au delà. Cette tendance à dépasser la position verticale vers l’aval devrait même être combattue, soit à l’aide d’une disposition appropriée des charnières, soit, plus convenablement encore, avec une chaîne bifurquée attachée par deux de ses bouts à la porte, et par le troisième bout au radier, en amont.
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