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Britannicus (1670)

Jean Racine · 1670 · Free in the US

31,122 words · about 2 h 11 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Licence: PD-US · Published in 1670 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Britannicus_(1670)&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Jean Racine
Language
French
Published
1670
Length
31,122 words · about 2 h 11 min
Sections
6 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (6)
  1. Front matter about 1 h 10 min
  2. Acte I about 12 min
  3. Acte II about 14 min
  4. Acte III about 11 min
  5. Acte IV about 13 min
  6. Acte V about 11 min

Continue:

Front matter

Chez , au Palais, ſur le ſecond Perron de la Sainte Chapelle.

A MONSEIGNEUR LE DUC DE CHEVREUSE,

ONSEIGNEUR,

Acte I

UOY ? tandis que Neron s’abandonne au ſommeil Faut-il que vous veniez attendre ſon réveil ? Qu’errant dans le Palais ſans ſuite & ſans eſcorte La mere de Ceſar veille ſeule à ſa porte ? Madame, retournez dans voſtre appartement. Albine, il ne faut pas s’éloigner un moment. Je veux l’attendre icy. Les chagrins qu’il me cauſe M’occuperont aſſez tout le temps qu’il repoſe.

Tout ce que j’ay prédit n’eſt que trop aſſuré Contre Britannicus Neron s’eſt declaré. L’impatient Neron ceſſe de ſe contraindre, Las de ſe faire aimer il veut ſe faire craindre. Britannicus le geſne, Albine, & chaque jour Je ſens que je deviens importune à mon tour. Quoy ? vous à qui Neron doit le jour qu’il reſpire ? Qui l’avez appellé de ſi loin à l’Empire ? Vous qui desheritant le fils de Claudius Avez nommé Ceſar l’heureux Domitius ? Tout lui parle, Madame, en faveur d’Agrippine. Il vous doit ſon amour. Il me le doit, Albine. Tout, s’il eſt genereux luy, preſcrit cette loy, Mais tout, s’il eſt ingrat, luy parle contre moy. S’il eſt ingrat, Madame ! Ah ! toute ſa conduite Marque dans ſon devoir une ame trop inſtruite. Depuis trois ans entiers qu’a-t-il dit ? qu’a-t-il fait, Qui ne promette à Rome un Empereur parfait ? Rome depuis trois ans par ſes ſoins gouvernée Au temps de ſes Conſuls croit eſtre retournée, Il la gouverne en pere. Enfin Neron naiſſant A toutes les vertus d’Auguſte vieilliſſant. Non non, mon intereſt ne me rend point injuſte : Il commence, il eſt vray, par où finit Auguſte. Mais crain, que l’avenir détruiſant le paſſé, Il ne finiſſe ainſi qu’Auguſte a commencé. Il ſe déguiſe en vain. Je lis ſur ſon viſage Des fiers Domitius l’humeur triſte, & ſauvage.

Il mêle avec l’orgueil, qu’il a pris dans leur ſang, La fierté des Nerons, qu’il puiſa dans mon flanc. Toûjours la tyrannie a d’heureuſes prémices. De Rome pour un temps Caius fut les délices, Mais ſa feinte bonté ſe tournant en fureur, Les délices de Rome en devinrent l’horreur. Que m’importe, apres tout, que Neron plus fidele D’une longue vertu laiſſe un jour le modele ? Ay-je mis dans ſa main le Timon de l’Eſtat Pour le conduire au gré du Peuple & du Senat ? Ah ! Que de la Patrie il ſoit s’il veut le Pere. Mais qu’il ſonge un peu plus, qu’Agrippine eſt ſa mere. De quel nom cependant pouvons nous appeler L’attentat que le jour vient de nous reveler ? Il ſçait, car leur amour ne peut eſtre ignorée, Que de Britannicus Junie eſt adorée, Et ce meſme Neron que la vertu conduit, Fait enlever Junie au milieu de la nuit. Que veut-il ? Eſt-ce haine, eſt-ce amour qui l’inſpire ? Cherche-t-il ſeulement le plaiſir de leur nuire ? Ou plûtoſt n’eſt-ce point que ſa malignité Punit ſur eux l’appuy que je leur ay preſté ? Vous leur appuy, Madame ? Arreſte, chere Albine, Je ſçay, que j’ay moy ſeule avancé leur ruine, Que du Trône, où le ſang l’a dû faire monter Britannicus par moy s’eſt veu précipiter. Par moy ſeule éloigné de l’Hymen d’Octavie Le frere de Junie abandonna la vie, Silanus, ſur qui Claude avoit jetté les yeux, Et qui contoit Auguſte au rang de ſes ayeux.

Neron joüit de tout, & moy pour recompenſe Il faut qu’entre eux & luy je tienne la balance, Afin que quelque jour par une meſme loy Britannicus la tienne entre mon fils & moy. Quel deſſein ! Je m’aſſure un port dans la tempeſte. Neron m’échappera ſi ce frein ne l’arreſte. Mais prendre contre un fils tant de ſoins ſuperflus ? Je le craindrais bien-toſt, s’il ne me craignoit plus. Une injuſte frayeur vous alarme peut-eſtre. Mais ſi Neron pour vous n’eſt plus ce qu’il doit être, Du moins ſon changemẽt ne vient pas juſqu’à nous, Et ce ſont des ſecrets entre Ceſar & vous. Quelques titres nouveaux que Rome luy défere, Neron n’en reçoit point qu’il ne donne à ſa mere. Sa prodigue amitié ne ſe reſerve rien. Voſtre nom eſt dans Rome auſſi Saint que le ſien. A peine parle-t-on de la triſte Octavie. Auguſte voſtre ayeul honora moins Livie. Neron devant ſa mere a permis le premier Qu’on portaſt les faiſceaux couronnez de laurier. Quels effets voulez-vous de ſa reconnoiſſance ? Un peu moins de reſpect, & plus de confiance. Tous ſes préſens, Albine, irritent mon dépit. Je voy mes honneurs croiſtre, & tõber mon credit. Non, non, le tẽps n’eſt plus que Neron jeune encore Me renvoyoit les vœux d’une Cour, qui l’adore,

Lors qu’il ſe repoſoit ſur moy de tout l’Eſtat, Que mon ordre au Palais aſſembloit le Senat, Et que derriere un voile, inviſible, & préſente J’étois de ce grand Corps l’Ame toute puiſſante. Des volontez de Rome alors mal aſſuré Neron de ſa grandeur n’étoit point enyvré. Ce jour, ce triſte jour frappe encor ma memoire, Où Neron fut luy-meſme ébloüy de ſa gloire, Quand les Ambaſſadeurs de tant de Rois divers Vinrent le reconnoiſtre au nom de l’Univers. Sur ſon Trône avec luy j’allois prendre ma place. J’ignore quel conſeil prépara ma diſgrace. Quoy qu’il en ſoit, Neron, d’auſſi loin qu’il me vit, Laiſſa ſur ſon viſage éclatter ſon dépit. Mon cœur même en conçût un malheureux augure. L’Ingrat d’un faux reſpect colorant ſon injure, Se leva par avance, & courant m’embraſſer Il m’écarta du Trône où je m’allois placer. Depuis ce coup fatal, le pouvoir d’Agrippine Vers ſa chûte, à grands pas, chaque jour s’achemine. L’ombre ſeule m’en reſte, & l’on n’implore plus Que le nom de Seneque, & l’appuy de Burrhus. Ah ! ſi de ce ſoupçon voſtre ame eſt prévenuë, Pourquoy nourriſſez-vous le venin qui vous tuë ? Allez avec Céſar vous éclaircir du moins. Ceſar ne me voit plus, Albine, ſans témoyns. En public, à mon heure, on me donne audience. Sa réponſe eſt dictée, & meſme ſon ſilence. Je voy deux ſurveillans, ſes Maiſtres, & les miens, Préſider l’un ou l’autre à tous nos entretiens. Mais je le pourſuivray d’autant plus qu’il m’évite. De ſon deſordre, Albine, il faut que je profite.

J’entens du bruit, on ouvre, allons ſubitement Luy demander raiſon de cét enlevement. Surprenons, s’il ſe peut les ſecrets de ſon ame. Mais quoy ? Déja Burrhus ſort de chez luy ?

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Adame, Au nom de l’Empereur j’allois vous informer D’un ordre, qui d’abord a pû vous alarmer, Mais qui n’eſt que l’effet d’une ſage conduite, Dont Ceſar a voulu que vous ſoyez inſtruite. Puiſqu’il le veut, entrons, il m’en inſtruira mieux. Ceſar pour quelque temps s’eſt ſouſtrait à nos yeux. Déja par une porte au public moins connuë, L’un & l’autre Conſul vous avoient prevenuë, Madame. Mais ſouffrez que je retourne exprés… Non, je ne trouble point ſes auguſtes ſecrets. Cependant voulez-vous qu’avec moins de contrainte L’un & l’autre une fois nous nous parliõs ſans feinte ? Burrhus pour le menſonge eut toûjours trop d’horreur.

Pretendez-vous long-temps me cacher l’Empereur ? Ne le verray-je plus qu’à titre d’importune ? Ay-je donc élevé ſi haut voſtre fortune Pour mettre une barriere entre mon fils & moy ? Ne l’oſez-vous laiſſer un moment ſur ſa foy ? Entre Seneque & vous diſputez-vous la gloire A qui m’effacera plûtoſt de ſa memoire ? Vous l’ay-je confié pour en faire un ingrat ? Pour eſtre ſous ſon nom les Maiſtres de l’Eſtat ? Certes plus je medite, & moins je me figure Que vous m’oſiez conter pour voſtre Creature ; Vous, dont j’ay pû laiſſer vieillir l’ambition Dans les honneurs obſcurs de quelque Legion, Et moy qui ſur le Trône ay ſuivy mes Anceſtres, Moy fille, femme, ſœur, & mere de vos Maitres. Que pretendez-vous donc ? Penſez-vous que ma voix Ait fait un Empereur pour m’en impoſer trois ? Neron n’eſt plus enfant. N’eſt-il pas tẽps qu’il regne ? Juſqu’à quand voulez-vous que l’Empereur vous craigne ? Ne ſçauroit-il rien voir, qu’il n’emprunte vos yeux ? Pour ſe conduire enfin n’a-t-il pas ſes ayeux ? Qu’il choiſiſſe, s’il veut, d’Auguſte, ou de Tibere, Qu’il imite, s’il peut, Germanicus mon pere. Parmy tant de Heros je n’oſe me placer, Mais il eſt des vertus que je luy puis tracer. Je puis l’inſtruire au moins, combien ſa confidence Entre un ſujet & luy doit laiſſer de diſtance. Je ne m’étois chargé dans cette occaſion Que d’excuſer Ceſar d’une ſeule action. Mais puiſque ſans vouloir que je le juſtifie, Vous me rendez garant du reſte de ſa vie,

Je répondray, Madame, avec la liberté D’un Soldat, qui ſçait mal farder la vérité. Vous m’avez de Ceſar confié la jeuneſſe, Je l’avouë, & je doy m’en ſouvenir ſans ceſſe. Mais vous avois-je fait ſerment de le trahir, D’en faire un Empereur, qui ne ſceût qu’obeïr ? Non. Ce n’eſt plus à vous qu’il faut que j’en réponde, Ce n’eſt plus voſtre fils. C’eſt le Maiſtre du monde. J’en doy compte, Madame, à l’Empire Romain Qui croit voir ſon ſalut, ou ſa perte en ma main. Ah ! ſi dans l’ignorance il le faloit inſtruire, N’avoit-on que Seneque, & moy pour le ſeduire ? Pourquoy de ſa conduite éloigner les Flateurs ? Faloit-il dans l’exil chercher des Corrupteurs ? La Cour de Claudius en eſclaves fertile, Pour deux que l’on cherchoit en eût preſenté mille, Qui tous auroient brigué l’honneur de l’avilir, Dans une longue enfance ils l’auroient fait vieillir. De quoy vous plaignez-vous, Madame ? On vous revere. Ainſi que par Ceſar, on jure par ſa Mere. L’Empereur, il eſt vray, ne vient plus chaque jour Mettre à vos pieds l’Empire, & groſſir voſtre Cour. Mais le doit-il, Madame ? Et ſa reconnoiſſance Ne peut-elle éclater que dans ſa dépendance ? Toûjours humble, toûjours le timide Neron N’oſe-t-il eſtre Auguſte, & Ceſar que de nom ? Vous le diray-je enfin ? Rome le juſtifie. Rome à trois Affranchis ſi long-temps aſſervie, A peine reſpirant du joug qu’elle a porté, Du regne de Neron compte ſa liberté. Que dis-je ? La Vertu ſemble meſme renaiſtre. Tout l’Empire n’eſt plus la dépoüille d’un Maître.

Le Peuple au champ de Mars nomme ſes Magiſtrats Ceſar nomme les Chefs ſur la foy des Soldats. Thraſeas au Senat, Corbulon dans l’Armée, Sont encore innocens, malgré leur renommée. Les Deſerts autrefois peuplez de Senateurs Ne ſont plus habitez que par leurs Delateurs. Qu’importe que Ceſar continuë à nous croire, Pourvû que nos conſeils ne tendent qu’à ſa gloire ? Pourvû que dans le cours d’un regne floriſſant Rome ſoit toûjours libre, & Ceſar tout puiſſant ? Mais, Madame, Neron ſuffit pour ſe conduire. J’obeïs, ſans pretendre à l’honneur de l’inſtruire. Sur ſes Ayeux ſans doute il n’a qu’à ſe regler. Pour bien faire, Neron n’a qu’à ſe reſſembler ; Heureux, ſi ſes vertus l’une à l’autre enchaînées, Rameinent tous les ans ſes premieres années ! Ainſi ſur l’avenir n’oſant vous aſſurer Vous croyez que ſans vous Neron va s’égarer. Mais vous, qui juſqu’icy content de vôtre ouvrage, Venez de ſes vertus nous rendre témoignage, Expliquez-nous, pourquoy devenu raviſſeur Neron de Silanus fait enlever la Sœur. Ne tient-il qu’à marquer de cette ignominie Le ſang de nos Ayeux, qui brille dans Junie ? De quoy l’accuſe-t-il ? Et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d’Eſtat ? Elle, qui ſans orgueil juſqu’à lors élevée, N’auroit point vû Neron, s’il ne l’euſt enlevée, Et qui meſme auroit mis au rang de ſes bienfaits L’heureuſe liberté de ne le voir jamais. Je ſçay que d’aucun crime elle n’eſt ſoupçonnée. Mais juſqu’icy Ceſar ne l’a point condamnée,

Madame. Aucun objet ne bleſſe icy ſes yeux. Elle eſt dans un Palais tout plein de ſes Ayeux. Vous ſçavez que les droits qu’elle porte avec elle Peuvent de ſon Eſpoux faire un Prince rebelle, Que le ſang de Ceſar ne ſe doit allier Qu’à ceux à qui Ceſar le veut bien confier, Et vous meſme avoürez qu’il ne ſeroit pas juſte, Qu’on diſpoſaſt ſans luy de la Niece d’Auguſte. Je vous entens. Neron m’apprend par voſtre voix Qu’en vain Britannicus s’aſſure ſur mon choix. En vain pour détourner ſes yeux de ſa miſere, J’ai flaté ſon amour d’un Hymen qu’il eſpere, A ma confuſion, Neron veut faire voir Qu’Agrippine promet par delà ſon pouvoir. Rome de ma faveur eſt trop préoccupée, Il veut par cét affront qu’elle ſoit détrompée, Et que tout l’Univers apprenne avec terreur A ne confondre plus mon fils & l’Empereur. Il le peut. Toutefois j’oſe encore luy dire Qu’il doit avant ce coup affermir ſon Empire, Et qu’en me reduiſant à la neceſſité D’éprouver contre luy ma foible autorité, Il expoſe la ſienne, & que dans la balance Mon nom peut-eſtre aura plus de poids qu’il ne pẽſe. Quoy Madame ? Toûjours ſoupçonner ſon reſpect ? Ne peut-il faire un pas qui ne vous ſoit ſuſpect ? L’Empereur vous croit-il du party de Junie ? Avec Britannicus vous croit-il reünie ? Quoy ? de vos ennemis devenez-vous l’appuy Pour trouver un pretexte à vous plaindre de luy ? Sur le moyndre diſcours qu’on pourra vous redire, Serez-vous toûjours preſte à partager l’Empire ?

Vous craindrez-vous ſans ceſſe, & vos embraſſemens Ne ſe paſſeront-ils qu’en éclairciſſemens ? Ah ! Quittez d’un Cenſeur la triſte diligence. D’une Mere facile affectez l’indulgence. Souffrez quelques froideurs ſans les faire éclater, Et n’avertiſſez point la Cour de vous quitter. Et qui s’honoreroit de l’appuy d’Agrippine Lors que Neron luy meſme annonce ſa ruine ? Lors que de ſa preſence il ſemble me bannir ? Quand Burrhus à ſa porte oſe me retenir ? Madame, je voy bien qu’il eſt temps de me taire, Et que ma liberté commence à vous déplaire. La douleur eſt injuſte, & toutes les raiſons Qui ne la flattent point aigriſſent ſes ſoupçons. Voicy Britannicus. Je luy cede ma place. Je vous laiſſe écouter, & plaindre ſa diſgrace, Et peut-eſtre, Madame, en accuſer les ſoins De ceux, que l’Empereur a conſultez le moins.

H Prince ! où courez-vous ? Quelle ardeur inquiete Parmy vos ennemis en aveugle vous jette ? Que venez-vous chercher ? Ce que je cherche ? Ah Dieux ! Tout ce que j’ay perdu, Madame, eſt en ces lieux. De mille affreux Soldats Junie environnée S’eſt veuë en ce Palais indignement traînée. Helas ! de quelle horreur ſes timides eſprits A ce nouveau ſpectacle auront eſté ſurpris ! Enfin on me l’enleve. Une loy trop ſevere Va ſeparer deux cœurs, qu’aſſembloit leur miſere. Sans doute on ne veut pas que mêlant nos douleurs Nous nous aidiõs l’un l’autre à porter nos malheurs. Il ſuffit. Comme vous je reſſens vos injures. Mes plaintes ont déja precedé vos murmures. Mais je ne pretens pas qu’un impuiſſant courroux Dégage ma parole, & m’acquitte envers vous. Je ne m’explique point. Si vous voulez m’entendre, Suivez-moy chez Pallas, où je vais vous attendre.

A croiray-je, Narciſſe ? Et dois-je ſur ſa foy La prendre pour arbitre entre ſon fils & moy ? Qu’en dis-tu ? N’eſt-ce pas cette meſme Agrippine Que mon Pere épouſa jadis pour ma ruine, Et qui, ſi je t’en crois, a de ſes derniers jours Trop lents pour ſes deſſeins precipité le cours ? N’importe. Elle ſe ſent comme vous outragée. A vous donner Junie elle s’eſt engagée. Uniſſez vos chagrins. Liez vos intereſts. Ce Palais retentit en vain de vos regrets. Tant que l’on vous verra d’une voix ſuppliante, Semer icy la plainte, & non pas l’épouvante, Que vos reſſentimens ſe perdrõt en diſcours, Il n’en faut point douter, vous vous plaindrez toûjours. Ah, Narciſſe ! tu ſçais ſi de la ſervitude Je pretens faire encore une longue habitude. Tu ſçais ſi pour jamais de ma chûte étonné Je renonce aux grandeurs, où j’étois deſtiné. Mais je ſuis ſeul encor. Les amis de mon Pere Sont autant d’inconnus qu’écarte ma miſere. Et ma jeuneſſe meſme éloigne loin de moy Tous ceux qui dans le cœur me reſervent leur foy.

Pour moy, depuis un an, qu’un peu d’experiance M’a donné de mon ſort la triſte connoiſſance, Que vois-je autour de moy, que des Amis vendus Qui ſont de tous mes pas les témoins aſſidus ? Qui choiſis par Neron pour ce commerce infame, Trafiquent avec luy des ſecrets de mon ame ? Quoy qu’il en ſoit, Narciſſe, on me vend tous les jours. Il prevoit mes deſſeins, il entend mes diſcours. Comme toy dans mon cœur, il ſçait ce qui ſe paſſe. Que t’en ſemble Narciſſe ? Ah ! Quelle ame aſſez baſſe… C’eſt à vous de choiſir des Confidens diſcrets, Seigneur, & de ne pas prodiguer vos ſecrets. Narciſſe, tu dis vray. Mais cette défiance Eſt toûjours d’un grand cœur la derniere ſcience, On le trompe long-temps. Mais enfin je te croy. Ou plûtoſt je fay vœu de ne croire que toy. Mon Pere, il m’en ſouvient, m’aſſura de ton zele. Seul de ſes Affranchis tu m’es toûjours fidelle. Tes yeux ſur ma conduite inceſſamment ouverts M’ont ſauvé juſqu’icy de mille écueils couverts. Va donc voir ſi le bruit de ce nouvel orage Aura de nos Amis excité le courage. Examine leurs yeux. Obſerve leurs diſcours. Voy ſi j’en puis attendre un fidelle ſecours. Sur tout dans ce Palais remarque avec adreſſe Avec quel ſoin Neron fait garder la Princeſſe. Sache ſi du peril ſes beaux yeux ſont remplis, Et ſi ſon entretien m’eſt encore permis. Cependant de Neron je vais trouver la mere Chez Pallas, comme toy l’Affranchy de mon pere. Je vais la voir, l’aigrir, la ſuivre, & s’il ſe peut M’engager ſous ſon nom plus loin qu’elle ne veut.

Acte II

’EN doutez point, Burrhus, malgré ſes injuſtices, C’eſt ma Mere, & je veux ignorer ſes caprices. Mais je ne pretens plus ignorer ny ſouffrir Le Miniſtre inſolent qui les oſe nourrir. Pallas de ſes conſeils empoiſonne ma Mere ; Il ſeduit chaque jour Britannicus mon Frere. Ils l’écoutent luy ſeul, & qui ſuivroit leurs pas Les trouveroit peut-eſtre aſſemblez chez Pallas. C’en eſt trop. De tous deux il faut que je l’écarte. Pour la derniere fois qu’il s’éloigne, qu’il parte, Je le veux, je l’ordonne ; & que la fin du jour Ne le retrouve pas dans Rome, ou dans ma Cour. Allez, cét ordre importe au ſalut de l’Empire. Vous Narciſſe, approchez. Et vous, qu’on ſe retire.

Races aux Dieux, Seigneur, Junie entre vos mains Vous aſſure aujourd’huy du reſte des Romains. Vos Ennemis, déchûs de leur vaine eſperance Sont allez chez Pallas pleurer leur impuiſſance. Mais que vois-je ? Vous-meſme inquiet, étonné, Plus que Britannicus paroiſſez conſterné. Que preſage à mes yeux cette triſteſſe obſcure, Et ces ſombres regards errans à l’avanture ? Tout vous rit. La Fortune obeït à vos vœux. Narciſſe c’en eſt fait. Neron eſt amoureux. Vous ? Depuis un moment, mais pour toute ma vie, J’aime (que dis-je aimer ?) j’idolatre Junie. Vous l’aimez ? Excité d’un deſir curieux Cette nuit je l’ay veuë arriver en ces lieux, Triſte, levant au Ciel ſes yeux moüillez de larmes, Qui brilloiẽt au travers des flambeaux & des armes,

Belle, ſans ornement, dans le ſimple appareil D’une Beauté qu’on vient d’arracher au ſommeil. Que veux-tu ? Je ne ſçay ſi cette negligence, Les ombres, les flambeaux, les cris, & le ſilence, Et le farouche aſpect de ſes fiers raviſſeurs, Relevoient de ſes yeux les timides douceurs. Quoy qu’il en ſoit, ravy d’une ſi belle veuë, J’ay voulu luy parler & ma voix s’eſt perduë : Immobile, ſaiſi d’un long eſtonnement Je l’ay laiſſé paſſer dans ſon appartement. J’ay paſſé dans le mien. C’eſt là que ſolitaire De ſon image en vain j’ay voulu me diſtraire. Trop preſente à mes yeux je croyois luy parler J’aimois juſqu’à ſes pleurs que je faiſois couler. Quelquefois, mais trop tard, je luy demandois grace ; J’employois les ſoûpirs, & meſme la menaſſe. Voilà comme occupé de mon nouvel amour Mes yeux ſans ſe fermer ont attendu le jour. Mais je m’en fais peut-eſtre une trop belle image Elle m’eſt apparuë avec trop d’avantage, Narciſſe, qu’en dis-tu ? Quoy, Seigneur, croira-t-on Qu’elle ait pû ſi long-temps ſe cacher à Neron ? Tu le ſçais bien, Narciſſe. Et ſoit que ſa colere M’imputaſt le mal-heur qui luy ravit ſon Frere, Soit que ſon cœur jaloux d’une auſtere fierté Enviaſt à nos yeux ſa naiſſante beauté, Fidelle à ſa douleur, & dans l’ombre enfermée Elle ſe déroboit même à ſa Renommée. Et c’eſt cette vertu ſi nouvelle à la Cour Dont la perſeverance irrite mon amour.

Quoy, Narciſſe ? Tandis qu’il n’eſt point de Romaine Que mon amour n’honore & ne rende plus vaine, Qui dés qu’à ſes regards elle oſe ſe fier Sur le cœur de Ceſar ne les vienne eſſayer : Seule dans ſon Palais la modeſte Junie Regarde leurs honneurs comme une ignominie, Fuit, & ne daigne pas peut-eſtre s’informer Si Ceſar eſt aimable, ou bien s’il ſçait aimer ? Dy moy : Britannicus l’aime-t-il ? Quoy s’il l’aime, Seigneur ? Si jeune encor ſe connoiſt-il luy même ? D’un regard enchanteur connoiſt-il le poiſon ? Seigneur, l’amour toûjours n’attend pas la raiſon. N’en doutez point, il l’aime. Inſtruits par tant de charmes Ses yeux ſont déja faits à l’uſage des larmes. A ſes moindres deſirs il ſçait s’accommoder, Et peut-eſtre déja ſçait-il perſuader. Que dis-tu ? Sur ſon cœur il auroit quelque empire ? Je ne ſçay. Mais, Seigneur, ce que je puis vous dire, Je l’ay veû quelquefois s’arracher de ces lieux, Le cœur plein d’ courroux qu’il cachoit à vos yeux, D’une Cour qui le fuit pleurant l’ingratitude, Las de voſtre grandeur, & de ſa ſervitude, Entre l’impatience & la crainte flottant ; Il alloit voir Junie, & revenoit contant.

D’autant plus malheureux qu’il aura ſçû luy plaire, Narciſſe, il doit plûtoſt ſouhaiter ſa colere. Neron impunément ne ſera pas jaloux, Vous ? Et de quoy, Seigneur, vous inquietez-vous ? Junie a pû le plaindre & partager ſes peines, Elle n’a veu couler de larmes que les ſiennes. Mais aujourd’huy, Seigneur, que ſes yeux deſſillez Regardant de plus prés l’éclat dont vous brillez, Verront autour de vous les Rois ſans diadéme, Inconnus dans la foule, & ſon Amant luy-même, Attachez ſur vos yeux s’honorer d’un regard Que vous ſur eux fait tomber au haſard, Quand elle vous verra de ce degré de gloire, Venir en ſoûpirant avoüer ſa victoire, Maiſtre n’en doutez point, d’un cœur déja charmé Commandez qu’on vous aime, & vous ſerez aimé. A combien de chagrins il faut que je m’appreſte ! Que d’importunitez ! Quoy donc ? qui vous arreſte, Seigneur ? Tout. Octavie, Agrippine, Burrhus, Senecque, Rome entiere, & trois ans de vertus. Non que pour Octavie un reſte de tendreſſe M’attache à ſon hymen, & plaigne ſa jeuneſſe. Mes yeux depuis long-temps fatiguez de ſes ſoins, Rarement de ſes pleurs daignent eſtre témoins. Trop heureux ſi bien-toſt la faveur d’un divorce, Me ſoulageoit d’un joug qu’on m’impoſa par force.

Le Ciel même en ſecret ſemble la condamner. Ses vœux depuis quatre ans ont beau l’importuner. Les Dieux ne mõtrent point que ſa vertu les touche : D’aucun gage, Narciſſe, ils n’honorent ſa couche. L’Empire vainement demande un heritier. Que tardez-vous, Seigneur, à la repudier ? L’Empire, voſtre cœur, tout condamne Octavie. Auguſte, voſtre ayeul, ſoûpiroit pour Livie, Par un double divorce ils s’unirent tous deux, Et vous devez l’Empire à ce divorce heureux. Tibere, que l’Hymen plaça dans ſa famille, Oſa bien à ſes yeux repudier ſa Fille. Vous ſeul juſques icy contraire à vos deſirs N’oſez par un divorce aſſurer vos plaiſirs. Et ne connois-tu pas l’implacable Agrippine ? Mon amour inquiet déja ſe l’imagine, Qui m’ameine Octavie, & d’un œil enflammé Atteſte les ſaints droits d’un nœud qu’elle a formé, Et portant à mon cœur des atteintes plus rudes, Me fait un long recit de mes ingratitudes. De quel front ſoûtenir ce fâcheux entretien ? N’eſtes vous pas, Seigneur, voſtre Maiſtre, & le ſien ? Vous verrons-nous toûjours trẽbler ſous ſa Tutelle ? Vivez, regnez pour vous. C’eſt trop regner pour Elle. Craignez-vous ? Mais, Seigneur, vous ne la craignez pas. Vous venez de bannir le ſuperbe Pallas, Pallas, dont vous ſçavez qu’elle ſoûtient l’audace. Eſloigné de ſes yeux j’ordonne, je menaſſe,

J’écoute vos conſeils, j’oſe les approuver, Je m’excite contre-elle & tâche à la braver. Mais (je t’expoſe icy mon ame toute nuë) Si-toſt que mon mal-heur me rameine à ſa veuë, Soit que je n’oſe encor démentir le pouvoir De ces yeux, où j’ay lû ſi long-temps mon devoir, Soit qu’à tant de bien-faits ma memoire fidelle, Luy ſoûmette en ſecret tout ce que je tiens d’elle, Mais enfin mes efforts ne me ſervent de rien, Mon Genie étonné tremble devant le ſien. Et c’eſt pour m’affranchir de cette dépendance Que je la fuy par tout, que même je l’offenſe, Et que de temps en temps j’irrite ſes ennuis Afin qu’elle m’évite autant que je la fuis. Mais je t’arreſte trop. Retire-toy, Narciſſe. Britannicus pourroit t’accuſer d’artifice. Non, non, Britannicus s’abandonne à ma foy. Par ſon ordre, Seigneur, il croit que je vous voy, Que je m’informe icy de tout ce qui le touche Et veut de vos ſecrets eſtre inſtruit par ma bouche. Impatient ſur tout de revoir ſes amours Il attend de mes ſoins ce fidelle ſecours. J’y conſens : porte luy cette douce nouvelle : Il la verra. Seigneur banniſſez-le loin d’elle. J’ay mes raiſons, Narciſſe, & tu peux concevoir, Que je luy vendray cher le plaiſir de la voir. Cependant vante luy ton heureux ſtratagême. Dy-luy qu’en ſa faveur on me trompe moy-même, Qu’il la voit ſans mon ordre. On ouvre, la voicy. Va retrouver ton Maiſtre & l’amener icy.

Ous vous troublez, Madame, & changez de viſage. Liſez vous dans mes yeux quelque triſte preſage ? Seigneur, je ne vous puis déguiſer mon erreur. J’allois voir Octavie, & non pas l’Empereur. Je le ſçay bien, Madame, & n’ay pû ſans envie Apprendre vos bontez pour l’heureuſe Octavie. Vous Seigneur ? Penſez vous, Madame, qu’en ces lieux Seule pour vous connoiſtre Octavie ait des yeux ? Et quel autre, Seigneur, voulez-vous que j’implore ? A qui demanderay-je un crime que j’ignore ? Vous qui le puniſſez, vous ne l’ignorez pas. De grace apprenez-moy, Seigneur, mes attentats. Quoy Madame ? Eſt-ce donc une legere offenſe De m’avoir ſi long-temps caché voſtre preſence ?

Ces treſors dont le Ciel voulut vous embellir, Les avez-vous receus pour les enſevelir ? L’heureux Britannicus verra-t-il ſans allarmes Croître loin de nos yeux ſon amour & vos charmes ? Pourquoy de cette gloire exclus juſqu’à ce jour, M’avez-vous ſans pitié relegué dans ma Cour ? On dit plus. Vous ſouffrez ſans en eſtre offenſée Qu’il vous oſe, Madame, expliquer ſa penſée. Car je ne croiray point que ſans me conſulter La ſevere Junie ait voulu le flater, Ny qu’elle ait conſenty d’aimer & d’eſtre aimée Sans que j’en ſois inſtruit que par la Renommée. Je ne vous nieray point, Seigneur, que ſes ſoûpirs M’ont daigné quelquefois expliquer ſes deſirs. Il n’a point détourné ſes regards d’une Fille, Seul reſte du débris d’une illuſtre Famille. Peut-eſtre il ſe ſouvient qu’en un temps plus heureux Son Pere me nomma pour l’objet de ſes vœux. Il m’aime. Il obeït à l’Empereur ſon Pere, Et j’oſe dire encore à vous, à voſtre Mere ; Vos deſirs ſont toûjours ſi conformes aux ſiens… Ma Mere a ſes deſſeins, Madame, & j’ay les miens. Ne parlons plus icy de Claude, & d’Agrippine. Ce n’eſt point par leur choix que je me determine, C’eſt à moy ſeul, Madame, à répondre de vous ; Et je veux de ma main vous choiſir un Eſpoux. Ah, Seigneur, ſongez-vous que toute autre alliance Fera honte aux Ceſars auteurs de ma naiſſance ?

Non, Madame, l’Eſpoux dont je vous entretiens Peut ſans honte aſſembler vos ayeux & les ſiens. Vous pouvez, ſans rougir, conſentir à ſa flamme.

Et quel eſt donc, Seigneur, cét Eſpoux ? Moy, madame. Vous ! Je vous nommerois, Madame, un autre nom, Si j’en ſçavois quelque autre au deſſus de Neron. Ouy, pour vous faire un choix, où vous puiſſiez ſouſcrire, J’ay parcouru des yeux la Cour, Rome, & l’Empire. Plus j’ay cherché, Madame, & plus je cherche encor En quelles mains je doy confier ce treſor, Plus je voy que Ceſar digne ſeul de vous plaire En doit eſtre luy ſeul l’heureux depoſitaire, Et ne peut dignement vous confier qu’aux mains A qui Rome a commis l’Empire des Humains. Vous meſme conſultez vos premieres années. Claudius à ſon Fils les avoit deſtinées, Mais c’étoit en un temps où de l’Empire entier Il croyoit quelque jour le nommer l’Heritier. Les Dieux ont prononcé. Loin de leur contredire, C’eſt à vous de paſſer du coſté de l’Empire. En vain de ce preſent ils m’auroient honoré, Si voſtre cœur devoit en eſtre ſeparé ; Si tant de ſoins ne ſont adoucis par vos charmes ; Si tandis que je donne aux veilles, aux alarmes, Des jours toûjours à plaindre, & toûjours enviez, Je ne vais quelquefois reſpirer à vos piez.

Qu’Octavie à vos yeux ne faſſe point d’ombrage. Rome auſſi bien que moy vous donne ſon ſuffrage, Repudie Octavie, & me fait dénoüer Un Hymen que le Ciel ne veut point avoüer. Songez-y donc, Madame, & peſez en vous meſme Ce choix digne des ſoins d’un Prince qui vous aime ; Digne de vos beaux yeux trop long-temps captivez, Digne de l’Univers à qui vous vous devez. Seigneur, avec raiſon je demeure eſtonnée. Je me voy dans le cours d’une meſme journée Comme une Criminelle amenée en ces lieux : Et lors qu’avec frayeur je parois à vos yeux, Que ſur mon innocence à peine je me fie, Vous m’offrez tout d’un coup la place d’Octavie. J’oſe dire pourtant que je n’ay merité Ny cét excez d’honneur, ny cette indignité. Et pouvez-vous, Seigneur, ſouhaitter qu’une Fille, Qui vit preſque en naiſſant eſteindre ſa Famille, Qui dans l’obſcurité nourriſſant ſa douleur S’eſt fait une vertu conforme à ſon malheur, Paſſe ſubitement de cette nuit profonde Dans un rãg qui l’expoſe aux yeux de tout le mõde, Dont je n’ay pû de loin ſoûtenir la clarté, Et dont une autre enfin remplit la majeſté ? Je vous ay déja dit que je la repudie. Ayez moins de frayeur, ou moins de modeſtie. N’accuſez point icy mon choix d’aveuglement. Je vous répons de vous, conſentez ſeulement. Du ſang dont vous ſortez rappelez la mémoyre, Et ne preferez point à la ſolide gloire Des honneurs dont Ceſar pretend vous reveſtir, La gloire d’un refus, ſujet au repentir.

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