Front matter
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
Préface
L'histoire de France était enseignée autrefois suivant une tout autre méthode que celle qui tend à prévaloir aujourd'hui. Je me souviens encore des petits manuels qu'on nous mettait entre les mains. Les rois se succédaient par règne, sans qu'on en omît un seul, même de ceux qu'on qualifiait de rois fainéants. Pour bien marquer l'importance qu^on leur attribuait, le texte était généralement illustré de leurs portraits, ^ rareaient authentiques ; Pharamond avait une espèce de turban ; les autres Mérovingiens se reconnaissaient à leurs longs cheveux, ceints d'un diadème à fleuroas. Même pour Glotaire lY ou Ghildéric II, il paraissait important de savoir la date de leur avènement et celle de leur mort. A date fixe, la seconde race succédait à la première, la troisième à la seconde; avec Napoléon I^^", commençait la « quatrième race ». Le corps du récit comprenait des batailles, des traités, des mariages. De temps à autre, on consacrait quelques lignes aux mœurs et coutumes, et alors les illustrations représentaient la francisque des Francs ou l'oriflamme de Saint- Denis.
Il y a déjà longtemps qu'il n'en est plus ainsi. M. Duruy, à qui nous devons une des premières bonnes histoires de France qu'aient possédées nos écoles, rappelait, en 1863, que ïkistoire-bataille n'est pas tout.
Les récents programmes ont fait, dans l'enseigne-
VI PREFACE
ment de nos lycées, une large part aux institutions et aux faits de civilisation. Le .programme adopté dans les lycées de filles met au premier rang « l'histoire de la civilisation ».
Ce qui a sans doute empêché cette partie de l'histoire de prendre plus tôt la place qui lui revient dans notre enseignement, c'est que précisément c'est celle qui a mis le plus longtemps à se fixer. Elle est encore loin d'être définitive. Depuis les livres si célèbres de M. Guizot sur l'histoire de la civilisation, nos savants n'ont cessé d'explorer les archives et les bibliothèques, d^interpréter les chartes et les anciens registres. Tels résultats qui paraissaient admis ont été remis en question. Non seulement le brillant Essai de Voltaire donnerait lieu à une infinité de rectifications ; nîais les ouvrages publiés dans la première moitié de ce siècle sont déjà sujets à re vision, et même ceux qui ont paru il y a vingt ans ne restent pas debout tout entiers. Il se fait dans ces études un renouvellement incessant. Tandis que l'histoire des guerres et des traités, celle qu'on appelle quelquefois l'histoire externe^ pourrait à la rigueur s'enseigner comme il y a cent ans, l'histoire interne^ c'est-à-dire celle de la civilisation et des institutions, a dû être complètement refaite. Même aujourd'hui, la science est loin d'avoir dit son dernier mot sur les institutions de la royauté, le» Parlements, les États généraux, le Conseil du roi, l'organisation militaire, les finances; encore bien moins sur la condition exacte des personnes et des terres aux différents âges, les faits de l'histoire littéraire, scientifique et artistique.
Toutefois, dès maintenant, il y a des traits généraux, des faits essentiels, qu'on doit tenir pour acquis. On peut donc essayer d'écrire une histoire, tout au moins élémentaire, de la civilisation française.
Le livre que je présente à la jeunesse de nos écoles
PREFACE VU
n'est donc pas une histoire des guerres, une histoire des rois. Il ne se propose pas de raconter comment on a gagné la bataille de Bouvines ou perdu celle de Poitiers, mais d'esquisser l'histoire de la nation elle-même, dans tous ses éléments; de montrer comment se sont formés l'aristocratie, le clergé, la bourgeoisie, le peuple des villes et des campagnes; comment, de la multitude des anciennes tribus gauloises ou des anciens états féodaux, est née une nation; comment, sur les débris des pouvoirs d'autrefois, s'est constitué un puissant État, avec tous les organes essentiels d'un État: une administration, une justice, une armée, une diplomatie, des finances; dans quel esprit et suivant quelles méthodes, aux différents âges, on a pratiqué chez nous l'agriculture, l'industrie, le commerce, cultivé les lettres, les sciences et les arts; en un mot, comment nos ancêtres ont vécu et par quels labeurs ils ont préparé la vie meilleure dont nous jouissons.
Ce livre n'est pas une œuvre d'érudition : je n'ai pas la prétention d'apporter des solutions nouvelles; je sais qu'il y a cent questions dans notre histoire, dont chacune userait une vie d'homme. J'ai usé largement des travaux publiés jusqu'à ce jour. J'ai, dans des notes bibliographiques placées à la fin de chaque chapitre, cité mes autorités : pas toutes cependant, car j'ai voulu me borner aux livres indispensables et dresser, en quelque sorte, le catalogue d'une bibhothèque historique, à l'usage de nos lycées et écoles. Il a donc fallu négliger beaucoup de monographies, beaucoup d'articles de revues, auxquels cependant je suis fort redevable. Je n'ai pas cité, sauf une fois ou deux, de travaux étrangers, car je sais que le public auquel ce livre s'adresse ne lit pas encore couramment l'allemand ou l'anglais.
J'ai un peu plus insisté sur l'ancienne Gaule qu'on ne le fait habituellement : c'est que l'histoire de notre
VIII PRÉFACE
pays ne commence pas à la victoire de Clovis sur Syagrius ou à l'avènement d'Hugues Capet. Les ancêtres des Français sont plus anciens que les Francs. Nous avons dans les veines le sang, de ces peuples qui, dans les temps antiques, ont promené par le monde leurs bandes turbulentes, colonisé les Iles-Britanniques, une partie de l'Espagne, l'Italie du Nord, l'Allemagne de l'Ouest et le bassin du Danube; qui ont imposé le nom d'une tribu gauloise à la Bohème et à la Bavière et fondé une Oaule asiatique, la Galatie; qui, redoutés des Latins et des Grecs, ont rendu visite à Jupiter de Rome et à Apollon de Delphes. Quand les fils de Tentâtes perdent leur indépendance, commence une période de civilisation romaine que nous ne devons pas plus effacer de notre histoire que les sept années de résistance héroïque à la conquête. C'est une période de près de cinq siècles pendant laquelle ce pays a été le plus civilisé et le plus prospère de l'ancien monde, à tel point que la Gaule, au témoignage de Velleius Patereulus, versait au trésor romain autant d'argent que tout le reste de Templre; pendant laquelle des historiens, des orateurs, des poètes, des artistes gaulois ont mérité une place parmi les grands hommes du monde antique^ et des empereurs de race celtique ont commandé aux légions. D'ailleurs l'étude des Gaulois montre la persistance, à travers les siècles, des traits caractéristiques de notre race; l'étude des institutions romaines en Gaule est indispensable pour expliquer celles du moyen âge et même celles des temps modernes; et, enfin, nous ne voulons rien abandonner de notre vieille noblesse et de nos anciennes gloires.
A. R.
HISTOIRE
DE LA
Chapitre Premier T£mps Primitifs
L.es raees fossiles. — Sur le sol qui a été plus tard la Gaule et qui est devenu la France, il a existé d*abord des races d'hommes qu'on appelle races préhistoriques, c'est-à-dire « antérieures à toute histoire ». Les plus anciennes sont appelées races fossiles : on trouve leurs ossements mêlés à ceux d'animaux dont les espèces sont depuis longtemps disparues.
Ces hommes ont vécu à une époque où la configuration du sol et le climat de notre pays n'étaient pas tels que nous les voyons aujourd'hui. A l'époque que les géologues appellent quatemairey le climat de la France actuelle semble avoir été plus chaud qu 'aujourd'hui, et cependant certaines régions étaient très froides, car les glaciers des Alpes s'étendaient beaucoup plus qu'aujourd'hui. Aussi
"î CIVILISATION FRANÇAISE
Ton trouvait chez nous, à la fois, les animaux des pay» chauds, tels que le lion, le tigre, Téléphant, Thippopotame, le rhinocéros, le singe, et les animaux des pays septentrionaux, comme Tours blanc, le renne, le phoque.
L'homme de Tâge quaternaire a connu aussi des animaux qui n'existent plus nulle part : le mammouth,, sorte d'éléphant gigantesque, de 5 à 6 mètres de haut, tout couvert d'une toison rousse, avec des défenses de 4 mètres de long, recourbées en arc de cercle, le rhinocéros à narines cloisonnées, le grand hippopotame, le grand ours des cavernes, l'hyène des cavernes, le grand félin des cavernes, plus fort que le lion et le tigre d'aujourd'hui,, le grand cerf d'Irlande, remarquable par son immenseramure, etc.
Les hommes fossiles appartenaient eux-mêmes à plusieurs variétés. Facute de savoir quels noms portaient ces peuplades, les savants ont adopté les désignations suivantes. Ils distinguent : 1» la race dite de Cannstadt, ainsi appelée parce que c'est dans une caverne près de Cannstadt (Wurtemberg), qu'on a trouvé pour la première fois> en 1700, un crâne appartenant à cette race et qui indique une intelligence peu développée et des instincts farouches ^ 2® la race dite de Cro-Magnon : c'est dans la caverne de Cro-Magnon (Dordogne) qu'on en a trouvé, en 1868, le premier squelette ; 3<* la race dite de Grenelley dont on a découvert des ossements dans le sol de Paris; 4® la race dite de Furfooz, dans les terrains du bassin de la Meuse, A en juger par leurs ossements, les hommes de ces trois dernières races étaient robustes et très vigoureux; ils avaient une taille variant de 1 m. 53 à i m. 78, à peu près celle des hommes d'aujourd'hui; leurs crânes indiquent une intelligence assez développée.
La vie des tribus sauvages d'aujourd'hui peut seule donner une idée de la dure existence qu'ont menée ces premiers hommes. Ils erraient par groupes peu nombreux, car la population de notre pays était alors très clairsemée. Ils avaient pour abri les cavernes qu'ils disputaient aux grands animaux féroces : aussi les appelle-t-on encore troglod3rtes, ou habitants des cavernes. Ils avaient pour vêtements les peaux des animaux qu'ils abattaient^
TEMPS PRIMITIFS 3
pour nourriture celle qu'ils devaient aux hasards de la chasse et de la pêche, ou celle que leur procuraient le» troupeaux de rennes qu'ils paraissent avoir réussi à apprivoiser, comme les Lapons d'aujourd'hui. Ils se réunissaient par bandes pour attaquer l'énorme mammouth, cerner les troupeaux de buffles et de chevaux sauvages, se défendre contre les grands lions. Souvent aussi, ces bandes> se faisaient entre elles une guerre acharnée pour s'enlever leurs rennes ou se disputer leur gibier. Comme on constate des entailles faites de main d'homme sur des crânes humains de ce temps, on peut croire que ces sauvages, à loccasion, se mangeaient les uns les autres. Ils auraient été anthropophages comme certaines tribus océaniennes de notre temps.
Dans les civilisations primitives, on distingue plusieurs iges différents, caractérisés par la nature de l'armement. L'&ge quaternaire, ou âge des races fossiles, peut aussi s'appeler âge de la pierre éclatée. L'homme, en choquant deux silex ou cailloux l'un contre l'autre, les fait éclater : il obtient des pierres tranchantes, de forme irrégulière, qu'il emmanche de manière à avoir des espèces de casse-têtes, des lances, des flèches; il obtient des racloirs dont il se sert pour écorcher le gibier ou racler les os. Chose singulière, ces peuplades si sauvages n'ont pas été dépourvues d'un certain goût artistique qu'on ne revoit plus dans les populations de la période suivante, qui furent cependant beaucoup plus civilisées. On a retrouvé, gravées sur des cornes de renne, sur des fragments de défense de mammouth, sur de simples morceaux de bois, des représentations des animaux primitifs, très simples de dessin, mais d'une frappante ressemblance : le mammouth, le renne, le bouquetin, l'ours des cavernes, et même des êtres humains.
L«es races préhistoriques da seeond ft^e. — Aux races fossiles succédèrent bientôt sur notre sol des races, également sans nom connu, et qui sont les races préhistoriques du second âge. Suivant toute apparence, elles sont venues de rOrient. Les tombes qui renferment leurs ossements sont surtout répandues dans l'ouest et le nord de la Gaule : c'est donc cette partie de notre pays qu'elles ont habitée.
On reconnaît leurs tombes à cette particularité que les ossements humains sont calcinés : ces hommes n'enterraient donc pas leurs motts comme les populations de Tâge quaternaire; ils les brûlaient.
Le trait caractéristique de cette civilisation, c'est qu'à la pierre éclatée succède, dans la confection des armes, la pierre polie. Aussi cette période s'appelle-t-elle l'âge de la pierre polie. Avec une patience ou une habileté plus grande, à force de frotter les pierres l'une contre l'autre, l'homme parvient à leur donner une forme plus régulière, un tranchant mieux affilé. Dans les andouillers de cerf, il creuse des douilles qui permettent de fixer ces pierres à des bâtons; il rend plus meurtrières les flèches de silex en les barbelant. Avec les bois durs, avec la corne de renne ou de cerf, avec les os de poisson, il fabrique aussi des hameçons et des harpons pour pêcher, des aiguilles pour coudre, et quantité d'autres outils.
L'âge de la pierre polie nous montre les industries naissantes. Dans quelque éclaircie de forêt, l'homme sème du froment, de Torge, des pois, du millet. Il en fait, non du pain, mais une espèce de galette. Il continue à chasser l'aurochs, le moufflon, le bouquetin, le sanglier ; mais il a domestiqué certains congénères de ces animaux : le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc. Il possède le cheval, son plus précieux auxiliaire pour la guerre, la chasse et l'agriculture. Contre le loup ou le renard, il a trouvé un allié dans un animal de la même famille : c'est le chien, encore à moitié sauvage, mais qui s'apprivoise peu à peu, s'habitue à vivre dans le voisinage de l'homme, à le suivre à la chasse et à garder ses troupeaux. L'homme se bâtit des huttes, fabrique des poteries moins grossières; il a appris à tisser la laine, le lin, même les écorces de certains arbres, et à s'en faire des vêtements commodes.
Cités lacustres. — Dans ces temps primitifs, il a existé des populations qui vivaient dans les cités lacustres, espèces de villages établis sur les lacs. Il y a trente années environ qu'on a commencé à découvrir, en Suisse et en Savoie, les restes des pilotis qui ont supporté ces villages, et, en outre, des fragments de poterie, des armes, des ustensiles de pêche. Les hommes d'autrefois, pour échapper
TEMPS PRIMITIFS 5
aux bêtes féroces ou à des tribus ennemies, cherchaient donc un refuge sur les lacs, qui étaient alors bien plus nombreux qu'aujourd'hui. A une certaine distance du rivage , ils enfonçaient des pilotis dans l'eau ; sur ces pilotis, ils établissaient une plate-forme en madriers, et sur cette plate-forme construisaient leurs cabanes. Un pont de bois permettait de communiquer avec le rivage : on le retirait à l'approche de la nuit ou en cas de danger. On avait d'ailleurs sous la main une nourriture assurée; il suffisait de soulever une planche et de descendre un panier dans les flots pour le retirer plein de poissons.
Monuments mégalithiques. ~ Très anciennement aussi se sont élevés sur notre sol les monuments qu'on appelait autrefois druidiques. Gomme il est reconnu aujourd'hui qu'ils n'ont aucun rapport avec la religion des Druides, on les appelle simplement mégalithiques, ce qui signifie : « construits de grandes pierres ».
Les monuments mégalithiques se retrouvent non seule-- ment en France, mais dans presque tous les pays du monde, là même où l'on n'a jamais entendu parler des Druides, comme en Afrique, dans l'Inde et en Amérique. Ceux de notre pays sont l'œuvre de populations primitives qui connaissaient déjà la pierre polie, plus anciennes certainement que les Gaulois.
Ces monuments étant aujourd'hui plus nombreux en Bretagne que dans le reste de la France, on leur a conservé souvent leurs noms bretons. On distingue parmi eux : l^les peub)ans{en breton, piliers de pierre) ou menhirs, qui sont des pierres allongées, plantées debout et qui ont par fois seize mètres de hauteur; 2» les crom-lechs, formés de peulvans plantés en cercle; 3° les alignements, formés de peulvans plantés en lignes parallèles : le plus célèbre des alignements est celui de la lande de Carnac, dans le Morbihan, qui occupe une étendue de trois kilomètres et qui, encore il y a quelques années, avant que les paysans n'eussent commencé à les exploiter comme une carrière, se composaient de 4000 blocs ; 4° les pierres branlantes, grandes tables de pierre, posées 'en équilibre sur quelque pointe de rocher : leur position est si bien calculée que nulle force humaine ne peut les déplacer, mais qu'un enfant peut les mettre en branle ; 5® les dolmens (en breton : tables de pierre), formés d'une pierre horizontale portée sur deux ou plusieurs roches verticales; 6<» les allées couvertes, formées d'une succession de dolmens, qui constituent ainsi comme un long couloir, aboutissant parfois à une «spèce de salle.
On a ignoré longtemps dans quel but les constructeurs de ces mytérieux monuments * ont dressé ces blocs énormes. Il parait établi que ce sont, comme les Bretons les appellent, des pierres de souvenir, c'est-à-dire des monuments funéraires, tombeaux de chefs puissants. Ces monuments nous apprennent donc : 1« que ces peuples inconnus honoraient la mémoire de leurs morts, qu'ils avaient certaines idées religieuses, et que probablement ils croyaient à une autre vie ; 2® qu'ils avaient des chefs très obéis, dont la volonté despotique pouvait mettre en mouvement des milliers de bras pour leur bâtir ces tombes qu'ils entendaient habiter un jour ; 3° qu'ils avaient certaines connaissances en mécanique, car autrement comment auraient-ils pu transporter et dresser ces lourdes pierres? On ignore encore par quels procédés ils ont pu accomplir un travail qui étonne nos ingénieurs. On constate seulement que tous ces monuments sont faits de pierres absolument brutes. L'âge mégalithique n'offre plus aucun vestige de représentations artistiques.
Les raees historiques. — Enfin, arrivent d'Orient nos vrais ancêtres. D'abord, vers les x® et ix« siècles avant notre ère, les Celtes, race pacifique, qui semblent avoir introduit dans notre pays les métaux, c'est-à-dire le bronze et le fer, et qui occupèrent l'ouest et le centre de la Gaule, se superposant ainsi, peut-être sans combat et par la seule
1. A ces pierres se rattachent des légendes. Les paysans bretons racontent que les blocs alignés de Garnac sont un régiment de soldats païens, «nToyés à la poursuite de saint Cornéiy, et que celui-ci a changés en pierres. A Pinols, dans la Haute- Loire, un peulvan passe pour être la quenouille que les fées viennent filer à Theure de minuit. La pierre branlante des environs de Blois tournerait sur elle-même pendant la nuit de Noël. D*antre8 ont reçu du peuple des noms étranges : la pierre qui vire, la chaire aux diables, les roches aux fées, le palais des géants. Ailleurs, les paysans croient qu'elles sont hantées par des fées ou des nains qai, par les clairs de lune, viennent danser autour d'elles.
TEMPS PRIMITIFS supériorité de leur civilisation, aux hommes de la pierre polie. Ils furent suivis, vers les vu* et \i^ siècles avant notre «re, par les Gaulois proprement dits, race essentiellement derrière et conquérante, reconnaissables à leurs grandes épées de fer sans pointe : ils subjuguèrent leurs devanciers et donnèrent leur nom à tout le pays. Enfin, dans le nord <ie la Gaule, apparurent les Belges, qui avaient pour armes distinctives des épées courtes et pointues. L'âge historique sur notre sol fut donc aussi l'âge des métaux.
Résamé. — Ainsi notre pays a été habité bien des milliers d'années avant que les historiens des nations civilisées_^e l'antiquité, c'est-à-dire ceux des Grecs et des Romains, eussent songé à parler de lui. D'abord parurent les Taces fossiles, qui ne connaissaient d'autres armes que la pierre éclatée, d'autres habitations que les cavernes, d'autre occupation que la chasse, d'autres animaux apprivoisés que le renne. Puis les races sans nom, probablement venues d'Orient, auxquelles on doit les armes en pierre polie, la domestication des animaux utiles, les premiers rudiments d'agriculture, les premières idées religieuses, la première organisation politique, les cités lacustres et les monuments mégalithiques, enfin la substitution de la vie sédentaire à la vie errante. Puis les races historiques, également venues de l'Orient, qui ont introduit dans notre pays les armes de métal.
Les races primitives n'ont pas disparu complètement de notre sol; elles ont dû se mêler à celles qui sont survenues depuis. Qui sait si même les hommes de Tàge de la pierre éclatée, qui chassaient au rhinocéros et à l'ours blanc, n*ont pas laissé une postérité, et s'il n'y a pas des Français qui ont dans les veines le sang des troglodytes?
Ouvrages a consulter : Labbock, L'homme nréhistorique et Les ori-
Îmes de îa eivilwUion, — Lehoo, 'homme fouile. — Evans, Les âges 4e la pierre et L'âge du bronze, — Ed. Tylor, La eimltsation primitive.
— E. Desor : Les PalafUtes ou eonsiruetions lacustres du lac de Neuchàtel. — De Nadaillac, Les premiers hommes. — Girard de Kialle, Nos ancêtres. — D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe,
— Mortillet, Antiquité de Vhomme.
— Alexandre Bertrand, La Gaule avant les Gaulois,
Chapitre II
I. Divisions de la Gaule.
La Ganle et les Gaulois. — A Fépoque où Jules César entra dans notre pays pour le conquérir, en l'an 58 avant J.-C, on appelait Oaule la région comprise entrerOcéan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. On donnait à tous ses habitants le nom commun de Oaulois.
La Gaule romaine et les irllles Si^eeques. — A peir près la sixième partie de la Gaule, c'est-à-dire les pays situés entre les Alpes, la Méditerranée, la haute Garonne et le point où s'élève aujourd'hui Lyon, était déjà soumise aux Romains. Ils l'appelaient Province Narbonnaise ou simplement la Province : d'où le nom moderne de Provence.
La, Gaule romaine ou la Province était habitée : 1° par des peuples indigènes; 2® par des Grecs; 3** par des Romains et d'autres Italiens.
Les peuples indigènes étaient, soit des Celtes, comme les Allobroges (Savoie et Dauphiné), soit des Ligures,. comme les Salyes, des environs de Marseille.
Les Grecs étaient arrivés en Province vers l'an 600 avant J.-C. : ils étaient originaires de la ville de Phocée en Asie Mineure. Ils avaient fondé des villes dont les noms étaient grecs et se sont conservés depuis, avec de légères modifications. C'étaient Agathe Tychè ou la « Ronne fortune »
(Agde) ; Nicaea ou « la Victoire » (Nice) ; Antipàlis ou « la Cité en face de Nice » (Antibes). Ils habitaient encore Arelate (Arles) et Massilia (Marseille), dont le nom gaulois signifie « le mas (ou la maison) des Salyes », parce que c'est sur le territoire de ce peuple que s'éleva Marseille.
Marseille, même sous la domination romaine, était une république presque indépendante, administrée par un sénat. Le sénat était l'assemblée des chefs de famille les plus riches ; il formait une aristocratie de commerçants, d'armateurs et de banquiers. Le peuple se trouvait donc absolument exclu du gouvernement.
A Marseille, tout était grec. La base de l'éducation pour la jeunesse, c'étaient les exercices grecs de la gymnastique et l'étude des poèmes grecs par excellence : V Iliade et YOdyssée *. Les divinités étaient grecques : on adorait surtout Apollon, dieu du soleil, Artémis ou Diane, sa sœur, déesse de la lune, Pallas ou Minerve, déesse de la sagesse.
Marseille vivait donc à part du reste de la Gaule et même de la Gaule romaine. Cependant elle avait en Gaule une énorme importance. Elle paraît avoir fait connaître à nos ancêtres l'alphabet grec et l'usage de la monnaie. Le port de Marseille exportait les produits de la Gaule, importait en Gaule les produits de l'Italie, de l'Espagne, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Orient.
Ces Grecs de Marseille et de la Province ont fini par se confondre avec les Français du midi; mais, sur certains points, à Arles, par exemple, ils ont conservé le type grec.
Les Romains avaient apporté dans le reste de la Province leur langue, qui était le latin, et leurs institutions. Ils s'étaient établis en grand nombre dans les anciennes villes gauloises de Tolosa (Toulouse), Nemausits (Nîmes), Avenio (Avignon), Aurasio (Orange), Vienna (Vienne), Geneva (Genève) et surtout Narbo (Narbonne), qu'ils appelaient
1. V Iliade raconte les combats des anciens Grecs autour de la cité d'Ilion ou de Troie ; YOdyssée raconte les aventures maritimes d'Odysseus ou] Ulysse, roi de la petite lie grecque d'Ilhaque. Ces deux poèmes sont attribués à Homère, un chanteur aveugle qui aurait vécu vers le x' siècle avant J.-C.
Narbo Martius parce qu'ils Favaient consacré à Mars, leur dieu de la guerre. Narbonne devint le chef-lieu de la Narbonnaise.
Un proconsul romain, Sextius, 122 ans avant Jésus-Christ, fonda une cité nouvelle : Aquœ Sextias ou « les eaux thermales de Sextius )>. Elle s'appelle aujourd'hui Aix.
La Gaule indépendante s les races et les langues. — C'est de la Gaule indépendante, appelée aussi par les Romains Gaule chevelue, que nous avons surtout à nous occuper.
Les géographes romains la divisaient en trois grandes . régions : V Aquitaine, entre les Pyrénées et la Garonne ; la Celtique, entre la Garonne au sud, la Seine et la Marne au nord; la Belgique, au nord de la Seine et de la Marne.
L'Aquitaine était peuplée par les Ibères *. Outre la Gaule méridionale, ils habitaient la presque totalité de l'Espagne, que les Romains appelaient Ibérie. Leur langue a donné naissance à la langue basque ou eushara, que l'on parle encore aujourd'hui au midi de l'Adour. Elle n'appartient pas à la famille des langues européennes, comme les autres idiomes de la Gaule; elle ne se rattache à aucune langue connue. De même, les mœurs des Ibères ne ressemblaient pas aux mœurs des autres Gaulois, et ils ne se mêlèrent jamais dans leurs guerres.
Parmi les descendants de ces Ibères, les uns ont conservé leur langue nationale et ce sont les Basques, qui se donnent à eux-mêmes le nom d'Euscaldunac ou « hommes à la main habile » ; les autres ont oublié cette langue pour apprendre celle de leurs voisins ; ce sont les Gascons. Mais Basque et Gascon, c'est le même mot avec un léger changement.
Dans la Celtique, habitaient les Celtes. Us parlaient une langue qui, depuis, a fait place au latin, puis au français. Si on veut savoir quelle était cette langue, on peut s'en faire une idée par les langues dites celtiques qui sont parlées aujourd'hui en Ecosse, en Irlande, dans le pays de Galles et dans la Bretagne française.
1. On De sait de quel pays ils étaieut originaires : on suppose qu'ils étaient arrivés en Gaule, non pas de l'Orient, comme les autres peuples, mais du Ididi, peut-être de l'Afrique.
GAULE INDÉPENDANTE if
La Belgique était habitée par les Belges. Les anciens Belges ne formaient pas une nation, mais une collection <le peuples. De ces peuples, les uns étaient des Celtes ^ les autres étaient des Germains '.
Donc, il y avait déjà dans la Gaule des Germains, mais <d*une autre branche que les Allemands d'aujourd'hui. Aussi leurs descendants, Flamands et Hollandais, parlent des langues germaniques, mais ne parient pas l'allemand proprement dit.
Ainsi, dans la Gaule, on parlait au sud-ouest Tibère; au centre et au nord-ouest, le celte ou plus probablement une quinzaine de dialectes celtiques; au nord-est, des langues germaniques. Ajoutons à tout cela le latin et le ligure dans la Province romaine, et le grec dans les cités phocéennes.
Il n'y avait donc en Gaule ni unité de race, ni unité de tangue.
Pas d'iuiiCé politique c peuples, confédératious, ellentèles. — Il n'y avait pas non plus d'unité politique. La Gaule ne formait pas un État, n'avait pas une capitale, n'obéissait pas à un chef suprême.
Tant d'Ibères, que de Celtes ou de Germains, on comptait trois ou quatre cents peuples gaulois, au dire de certains géographes de l'antiquité; une centaine, suivant un autre calcul ••
Tous ces peuples se faisaient la guerre, oubliant que leur pays risquait à tout moment d'être envahi, soit par les Germains d'outre-Rhin, soit par les Romains.
1. Comme les Calèle» (pays de Gaux), les Bellovaks (Beauvais), les Âmbiani (Amiens), les Suestionei (Soissons), les Rèmea (Reims), les Leuks <Toul).
^. Gomme les Nerviens (Hainaut), les Éburons (Liège), les Ménapieni, (Flandre), les Trévireê (Trêves), les Mediomatriks (Metz), les Bataves (Hollande).
3. Les noms de ces peuples se sont conservés dans les noms des villes et des provinces de France : ainsi les Bernes ont laissé leur nom à Reims, les Turont à Tours et à la Touraine, les Andegaves à Angers et à l'Anjou, les Paritii à Paris, les Lemomks à Limoges et an Limousin, les Petrocorii à Périgueox et an Périgord, les Biturigea à Bourges et au Berry, les Senones à Sens, les Trieasses à Troyes. les Lingonn à Langres, les Bellovaks à Beauvais, les Ambiani à Amiens, les Atrebates à Arras, les Suessiones à Soissons, les Medwmatriks à Metz, etc.
Pourtant ils n'étaient pas absolument sans relationsentre eux.
Il semble que les principales nations de la Belgique aient formé une confédération : du moins, elles firent cause commune contre César, cinq ans avant le soulèvement général ordonné par Vercingétorix. Les nations de l'Armorique (Bretagne) formèrent également, sous la direction des Vénètes (Vannes), une confédération qui prit les armes contre César.
Dans d'autres parties de la Gaule, nous voyons des peuples associés d'une manière permanente. Seulement ils ne traitaient pas entre eux sur le pied d'égalité. Il y avait des peuples patrons et des peuples clients : ceux-ci forcés d'obéir à ceux-là. Ainsi les Rèmes (Reims) avaient pour clients les Tricasses (Troyes). Les Édues (Bourgogne) avaient pour clients les Ségusiens (Lyonnais), les Ambarri (Bresse), les Aulerks (Jura), les Mandubiens (d'Alésia). Les Arvernes- (Auvergne) ont eu pour clients, dans leurs premières guerres contre les Romains, presque tous les peuples de la Celtique, depuis les Lemoviks (Limousin) jusqu'aux Allobroges (Savoie et Dauphiné).
Malheureusement les confédérations et les clientèles se combattaient entre elles. Elles en venaient à un tel point d'inimitié qu'elles appelaient l'étranger. Ainsi la confédération des Edues, en querelle avec celle des Arvernes,. 121 ans avant J.-C, avait appelé les Romains : c'est ce qui permit à ceux-ci de se rendre maîtres de la Province. Les Séquanes (Franche-Comté), en lutte contre ces mêmes Édues, appelèrent Arioviste, un chef des Germains d'outre-Rhin qui opprima les uns et les autres et ne fut chassé que par César. Dans la guerre de César contre la confédération belge, les Rèmes firent défection et lui livrèrent le plan des coalisés. Les Ibères ne prirent aucune part à la guerre de l'indépendance et attendirent que les Romains vinssent les attaquer chez eux.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Histoire de la civilisation française.
