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PARA
Préface
Il m'échoit la bonne fortune de présenter au public, ce premier volume de la nouvelle « Bibliothèque Agronomique »; consacré à l’importante question de l’Amélioration des plantes cultivées, c’est, dans ce domaine, l’ouvrage belge le plus consciencieux et le plus complet.
Quoique de date récente, la science de l’Amélioration a déjà une littérature très fournie : les documents dont elle dispose sont nombreux, mais ils sont épars et pas toujours à la portée du public auquel ils sont destinés. C’est que le perfectionnement des êtres organisés repose sur des théories quelque peu ardues, sur des données parfois difficilement assimilables par un public non initié aux choses de la Science.
Il manquait, en langue française, un bon traité de génétique appliquée au perfectionnement des plantes.
Monsieur Lathouwers, en le réalisant, a coordonné, non seulement les fragments épars de cette science et des méthodes opératoires en usage, maïs aussi le fruit de longues années d’observations personnelles et de multiples voyages ‘étude à l’étranger.
Nous ne chercherons pas à donner ici l’indication, même incomplète, de toutes les questions importantes qui sont traitées dans l’ouvrage avec autant Ge compétence que de précision.
Ce qui fait le véritable mérite de l’auteur, c’est d’avoir réalisé un exposé méthodique, précis, autant que clair des bases scientifiques de l’amélioration végétale et de la pratique de ses opérations techniques. On perçoit nettement qu’il n’est pas un savant enfermé dans sa tour d'ivoire, mais quelqu'un qui est en contact étroit avec la pratique courante, avec le laboratoire de la nature, quelqu'un qui observe et qui cherche à simplifier les opérations trop souvent compliquées inutilement par les chercheurs de cabinet.
Ce livre a, de plus, le grand mérite d’arriver au moment où, dans les conditions économiques si bouleversées dans lesquelles la guerre a laissé le pays, s'impose la nécessité impérieuse d'accroître les rendements de la terre.
Or, dans la situation actuelle de notre Agriculture, le facteur qui peut influencer le plus les rendements est l'emploi de semences de races améliorées bien choisies, c’est-à-dire convenant au milieu où elles doivent vivre.
On peut, sans exagération, admettre que l’emploi de races de céréales perfectionnées, bien adaptées au milieu, augmenterait les rendements, pour l’ensemble du pays, de 10 à 15 p. c.; ce surcroît de production représenterait annuellement plus de 130 millions de francs.
L'utilisation de variétés améliorées de Pommes de terre, + plantes industrielles et fourragères est susceptible de donner des effets it même ordre, dans la qualité et la quantité de produits récoltés. Nous croyons ne pas exagérer en
RQ avançant que, pour l’ensemble des cultures du pays, l’augmentation de richesse qui résulterait de l’utilisation raisonnée de sortes perfectionnées, à grands rendements, se chiffrerait par près d’un demi milliard.
On le voit, le problème envisagé est important : il mérite qu’on s’en occupe très sérieusement; le programme est vaste et demande à être exécuté avec rnéthode. L'essentiel est de doter nos diverses régions agricoles, si différentes parfois par leur sol et leur climat, de races bien spécialisées.
Mais on ne doit pas oublier que si l’agriculture moderne demande des races à grand rendement, elle exige aussi, à cause des fumures plus copieuses et plus riches qu’elle emploie, des sortes plus résistantes aux maladies et à la verse;
ailleurs, pour éviter l’échaudage, elle devra préférer des races DÉCORS ailleurs encore, des races rustiques, résistant au froid. |
Au génétiste à diriger son travail suivant le but à atteindre. Il arrivera à satisfaire aux exigences de la culture par une sélection rigoureuse, complétée, si c’est nécessaire, par des croisements appropriés.
Les possibilités de perfectionnement des plantes sont nombreuses car leur malléabilité est très grande; les perspectives sont pour ainsi dire illimitées et autorisent les plus grands espoirs. ds
Cependant l’amélioration des plantes est un mécanisme assez compliqué — plus compliqué que certains ne le croient — mécanisme dont les organes doivent être réglés avec précision et intelligence et cela d’après le but poursuivi. Celui-ci n’est pas toujours facilement atteint : il demande parfois, pour être réalisé, des essais nombreux, des recherches longues et patientes.
Le présent manuel qui constitue un exposé critique de l’état actuel de nos connaissances théoriques et pratiques sur l’Amélioration des plantes, sera utilement mis entre les mains des étudiants de nos Instituts supérieurs agronomiques et des élèves des écoles secondaires d’agriculture; il est d’ailleurs rédigé sur le plan général des leçons professées par l’auteur à l’Institut de Gembloux.
Il contribuera, nous en avons le ferme espoir, à répandre dans le public agricole les connaissances scientifiques qui sont à la base du perfectionnement des végétaux et il incitera les hommes de science, les ingénieurs-agronomes, en particulier, à s'occuper davantage de la Génétique, cette science si féconde dans ses applications. ?
L'ouvrage que nous présentons au public aura aussi sa place marquée dans les Ecoles professionnelles d’agriculture et dans la bibliothèque du cultivateur.
Nous sommes persuadés qu’il rencontrera bon accueil, car un mouvement intense se dessine dans le pays en faveur de la production indigène de semences améliorées. À cette production beaucoup de cultivateurs ne demandent qu’à prêter leur concours.
Nous souhaitons que le manuel de M. Lathouwers fasse naître de nouveaux chercheurs dans le champ si varié et si fécond en promesses de l’Amélioration des plantes.
Gembloux, le 25 juin 1924.
C. JOURNÉE,
Directeur de la Station de Recherches pour l’Amélioration des Plantes, Professeur d'agriculture à l’Institut Agronomique de l'Etat, à Gembloux.
Introduction
L'importance de l’Amélioration des plantes frappe quiconque veut examiner, quelque peu à fond, les résultats qu’on peut atteindre par ce nouveau mode de perfectionnement de la technique agricole. M. Journée le démontre clairement Gans la préface, qu’il a bien voulu— ce dont je le remercie ici très cordialement — me faire l’honneur d’écrire pour ce manuel.
Celui-ci s’imposait : m’occupant pratiquement d'amélioration depuis 1913, ayant eu la bonne fortune de pouvoir réunir, au cours de nombreux voyages d'étude, une ample documentation sur les méthodes et la technique suivies à l'étranger, j'ai pensé que ce serait rendre service au public agricole que de le mettre au courant de cette nouvelle branche de la biologie appliquée.
Chargé, à l’Institut Agronomique de Gembloux, du cours d'amélioration des plantes cultivées, je devais, d’autre part, à mes élèves un manuel reflétant cet enseignement : je ne voyais, en effet, aucun livre vraiment pratique — j’insiste sur ce mot — et écrit en langue française, qui pût être mis entre leurs mains.
Le manuel que j’ai l’honneur de présenter au public n’est pas un traité de Génétique : il contient néanmoins, sur cette importante discipline des sciences biologiques, base des méthodes de perfectionnement des plantes, toutes les données nécessaires à leur bonne compréhension; dans l’exposé que j'en fais, je me suis efforcé d’être simple, afin que le lecteur, même non initié aux arcanes Ge la Biologie, soit néanmoins amené à s'intéresser à ces manifestations complexes mais hautement intéressantes de l’Hérédité.
En ce qui concerne l’exposé des chapitres traitant de l’Amélioration proprement dite, j'ai eu un double but : être aussi complet que possible et être pratique, de manière à ce que tous ceux qui sont désireux de s’adonner effectivement à l’amélioration des plantes cultivées, y trouvent, sous une forme simple, tous les détails de technique nécessaires. L'assurance d’avoir réussi à concilier ces deux desiderata serait pour moi la plus belle récompense de mes efforts.
Gembloux, le 30 juin 1924.
STATION DE RECHERCHES POUR L'AMÉLIORATION DES PLANTES.
PREMIÈRE PARTIE
LES DIVERSES MÉTHODES D'AMÉLIORATION
Généralités.
Quelques notes d’histoire.
Le désir très naturel d'augmenter les rendements de ses champs a poussé de tout temps l’agriculteur à chercher à perfectionner les méthodes de culture : les instruments aratoires, les procédés de travail, la fumure, le traitement des semences, ont, tour à tour, été l’objet de ses préoccupations.
L'introduction de nouvelles espèces cultivées (la Pomme de terre, par exemple) et de variétés nouvelles d'espèces déjà connues, leurs essais d’adaptation aux climats régionaux furent des perfectionnements qui se rapprochaient déjà de l’amélioration proprement dite: ce n’est plus seulement le sol, les instruments qu’on veut améliorer, c’est sur la plante elle-même qu’on travaille, la plante considérée comme un tout capable de transmettre, par hérédité, ses défauts et ses qualités à la descendance née d’elle.
Déjà, dans la lointaine antiquité, on signale des essais isolés mais imparfaits encore chez les Chinois et les anciens Romains. Toutefois, les théories scientifiques sur lesquelles se basent les méthodes actuelles d’amélioration, trouvent leur toute première base dans diverses recherches commencées vers la fin du XVIT° siècle concernant la sexualité des plantes. Comme premiers essais reconnus de croisements, on cite généralement ceux de Fairchild (1719), sur les œillets et ceux de Koelreuter (1759) sur le tabac; la pratique des hybridations prit une importante extension dans la première moitié du XIXS® siècle, grâce aux travaux de Gaertner.
Ce fut à cette période que l’Anglais Patrick Shireff (1819) sélectionna, en Ecosse, une variation spontanée de froment et que Le Couteur (1823) entreprit, dans un mélange de cette céréale, une séparation de formes. Mais les premiers sélectionneurs, vraiment dignes de ce nom, furent André et Louis Levêque de Vilmorin, qui entreprirent, sur des bases bien définies, l’amélioration de la carotte et surtout celle de la betterave sucrière (1830); puis, vers 1855, ce fut Louis de Vilmorin qui, pour la première fois, eut recours au choix de plantes entières; en Allemagne, Rimpau commença, en 1867, sa sélection raisonnée du seigle et du froment.
Jusqu'ici on avait toujours appliqué les procédés de la sélection massale: ce fut le mérite de Hallet d’avoir, le premier, en 1875, fait la séparation de lignées, améliorées ensuite d’après les méthodes de l’amélioration individuelle. Vers 1890, à Svalof, Von Neergaard perfectionna celles-ci en basant le choix de ses plantes-élites sur des données strictes, fournies par des mensurations et des pesées exactes.
En ce qui concerne l’étude des lois de l’hérédité, base scientifique de l’amélioration, ce fut Darwin qui, dans la seconde moitié du XIX® siècle, fut le grand initiateur, par ses théories universellement connues sur l’origine des espèces (1859), la variation (1868) et la fécondation directe et croisée (1877); il déclancha, parmi les savants, une émulation vraiment riche en résultats et les recherches sur l’hérédité proprement dite prirent, dès lors, peu à peu une grande extension. |
Au point de vue de l’étude des lois sur lesquelles va se fonder bientôt l'amélioration scientifique des plantes cultivées, trois noms sont à retenir : les précurseurs français Jordan et Naudin et le moine autrichien Gregor Mendel, le créateur du « mendélisme ».
Jordan (1873), s'appuyant sur ses recherches précises et détaillées sur l’espèce Draba verna, pulvérisa l’ancienne notion de l’espèce linnéenne et établit la théorie nouvelle des « espèces élémentaires » encore appelées « petites espèces », base de la grande méthode scientifique d'amélioration par séparation de lignées.
Naudin (1861 et 1865) fut le premier qui soumit à une étude approfondie les premières générations hybrides provenant de ses croisements chez Datura et Nicotiana et établit deux des lois qui régissent les hybrides.
Ce fut toutefois le grand honneur de Mendel (1865) d’avoir, pendant deux et trois générations successives, effectué le dénombrement rigoureux des divers types issus de ses multiples croisements et d’avoir ainsi fixé, d’une façon péremptoire, la plupart des lois qui, actuellement encore, régissent les disjonctions « mendéliennes » après hybridation.
Si la première grande méthode d'amélioration, la méthode dite « individuelle » doit beaucoup à Jordan, la deuxième de ces méthodes, l’amélioration après croisement, peut considérer comme ses fondateurs Naudin et surtout G. Mendel.
Nous devons ajouter à ces noms celui de l’illustre savant hollandais de Vries aui, par sa théorie sur la création de nouvelles espèces par variation brusque cu « mutation », donna une plus grande extension encore à cet immense champ de recherches de la génétique ou science des lois de l’hérédité.
Les expériences de G. Mendel et les lois établies par lui à la suite de ses essais étaient tombées dans l’oubli à cause surtout du peu de notoriété de la. revue dans laquelle les résultats de ses recherches furent publiés, quand, en 1900, trois savants, simultanément, mais indépendamment l’un de l’autre, Correns, Tschermak et de Vries, redécouvrirent les lois mendéliennes: cette
El redécouverte fut, pour l’étude des lois de l’hérédité, le signal d’un vrai renouveau scientifique : le mendélisme était créé.
Depuis cette date, rien qu’en ces derniers vingt ans, il se fonda six revues uniquement consacrées à l’étude de l’hérédité, une quinzaine de manuels, vrais livres de chevet, répandirent le goût des recherches sur la génétique, tandis que plus de cinquante savants de toutes nationalités s’adonnèrent exclusivement à l’étude de cette nouvelle branche des sciences biologiques.
Simultanément se développèrent partout les recherches scientifiques et techniques sur l’amélioration, qui entra de plus en plus dans le domaine des belles réalisations pratiques ; actuellement, il n’y a plus guère de pays, en Europe, qui ne possède une ou plusieurs stations officielles de sélection et de nombreux organismes commerciaux; l’amélioration a même pris une extension à nulle autre pareille aux Etats-Unis d'Amérique et, soit depuis de longues années, soit récemment, des stations d'amélioration ont été fondées au Canada, en Argentine, au Brésil, en Algérie (sur olivier, céréales, par Trabut et Ducellier, à Maison Carrée), en Egypte (sur coton, par Ball), en Afrique du Sud, au Congo belge (entre autres sur Ælaeis), aux Indes (sur céréales et plantes coloniales diverses, par Howard et ses collaborateurs, à Pusa), à Java et en Malaisie (sur Hevea, Elaeis, caféier, cacaoyer et théier, par van der Stok, Heusser, Maes et d’autres), au Japon (à l’Institut agronomique d’Ohara), en Australie (Nouvelle Galles du Sud): bref, l’amélioration des plantes cultivées, s’étendant à toutes les plantes économiques, a pénétré actuellement dans la quasi généralité des régions agricoles du monde habité.
Les méthodes d'amélioration.
Nous pouvons répartir l’ensemble de ces méthodes entre deux catégories : celles qui tendent à améliorer une sorte déjà existante et celles qui s’efforcent de créer de nouvelles sortes améliorées.
Parmi les premières, nous rangerons tout d’abord l’ancienne méthode massale, exclue actuellement, excepté dans certains cas spéciaux, de l’amélioration officielle et de la grande sélection commerciale, mais utilisée encore dans la petite ou la moyenne culture pour les besoins personnels de l’exploitant; ensuite la méthode généalogique ou individuelle, par séparation de lignées pures, encore appelée méthode par pédigrés, dont l’emploi s’est actuellement généralisé et qui s'appuie sur des bases vraiment scientifiques.
Chacune de ces deux méthodes est susceptible de certaines modifications de détails, simplifications ou complications que nous exposerons plus loin.
Pour créer de nouvelles sortes, le sélectionneur, qui, ici, devrait toujours se doubler d’un génétiste, dispose, de même, de deux méthodes, dont la première surtout est d'importance capitale : l’amélioration après hybridation artificielle (à laquelle on peut rattacher l’utilisation de croisements spontanés, naturels) et l’amélioration après mutation ou variation brusque.
Mr pr
Voici, pour ces méthodes, la subdivision utilisée dans nos développements :
Unique. a) Par sélection \ Annuellement répétée. massale Avec séparation de formes (formation de grou- A. Amélioration pements.) de sortes préexistantes Unique. b) Par sélection périodique de individuelle Avec choix nouvelles annuel élites. : Méthode scientifique.
B. Création de 0) JE HAREE Méthode actuellement pratiquée en grande amétion artificielle. : , nouvelles sortes « lioration. améliorées | b) Par utilisation de variations brusques ou mutations.
Chapitre I. L'amélioration Massale
S 1. — Sélection massale unique.
Cette méthode consiste essentiellement en ceci: faire choix dans un champ, avant ou au moment de la récolte, du plus grand nombre possible de plantes (plantes-mères), semblant le mieux répondre aux desiderata du cultivateur; les arracher avec les racines, les soumettre à un second examen à la ferme; éliminer celles qui ne satisfont pas à cet examen définitif, égrener ou battre les autres, en mélanger les graines, nettoyer, trier et, l’époque des semis arrivée, emblaver au moyen de cette semence une petite parcelle bien choisie, de composition régulière; multiplier la graine, d’année en année, sur des parcelles toujours plus étendues jusqu’à ce qu’on dispose de la quantité de semence nécessaire à la culture ou à la vente. (Voir le schéma, figure 1).
Il est inutile de faire observer que ce n’est que dans des cas vraiment exceptionnels, par exemple lors de la purification naturelle d’une sorte étrangère mélangée qu’on peut, par cette méthode, obtenir un perfectionnement de quelque envergure.
$S 2. — Sélection massale annuellement répétée.
Si on veut augmenter quelque peu les chances d’atteindre, au bout d’un certain nombre d’années. une amélioration tant soit peu stable, il faut répéter,
RTCÈRE annuellement, la sélection, c’est-à-dire le choix d'individus points de départ. (Voir le schéma, fig. 2, qui explique suffisamment la marche de la méthode.)
Choix de x plantes-mères dans la récolte de 1923.
Graines mélangées de ces x plantes.
Semis de ces graines sur une parcelle (1923-1924).
Ensemble de la semence nettoyée, triée.
Multiplication de cette semence (1924-1925).
CULTURE.
Fig. 1. — Schéma d’une amélioration massale simple d’un froment d'hiver, avec choix unique de plantes-mères.
Ce choix s'effectue le mieux au moment de la récolte; maïs ici se présente tout de suite une difficulté : lors du semis, que celui-ci ait été effectué à la volée ou en lignes, il arrive très souvent que des graines tombent très près l’une de l’autre et que les plantes qui en proviennent enchevêtrent, par conséquent, leurs racines; une telle touffe (double ou triple) se présentera naturellement beaucoup mieux à l’œil que la plupart des individus isolés; or, vu que rien ne révèle extérieurement cette multiple origine, le choix se portera nécessairement sur une telle plante, dont le beau développement ne se répètera certainement pas l’année après. Afin d'éviter autant que possible ce grave inconvénient lors de l’emploi de cette méthode d’amélioration déjà si sujette à caution, il serait nécessaire de semer assez clair les parcelles destinées annuellement au choix de nouvelles plantes; le vrai jugement du progrès éventuel, du recul ou du piétinage sur place, se fera alors d’après les rendements obtenus dans les parcelles de multiplication.
Un second point sur lequel doit se porter l’attention de la personne chargée du choix des plantes est celui-ci : il faut résolument écarter de ce choix tout individu se trouvant à l’orée du champ, en bordure, c’est-à-dire dans une bande extérieure d’environ O m. 50, tout autour de la parcelle, ainsi que les plantes à développement anormalement luxuriant, occupant des places où il y a eu des accumulations occasionnelles de fumure (sacs d’engrais, tas de fumier, e dl excréments de chevaux) ou destruction, par une cause quelconque (dégâts de larves d’insectes, mauvaise levée, etc.), d’un certain nombre de touffes, destruction ayant ainsi provoqué la formation de places vides. En choisissant de telles plantes, qui doivent leur développement à des circonstances de hasard, dont la principale est un apport spécial de substances nutritives, d’air et de lumière, on s'expose à des déceptions certaines, comme nous le verrons quand nous parlerons des manifestations de la « petite variabilité ».
95 MuuriPuic. etc. CULTURE.
I. — (1923). Choix de x plantes-mères, lors de la récolte.
II. — (1923-1924). Première année culturale. A la récolte de 1924 : Choix de x nouvelles plantes-mères.
III.— (1924-1925). À droite Première multiplication des plantes-mères choisies en 1923. A gauche : Culture des nouvelles plantes-mères choisies en 1924; nouveau choix à la récolte.
IV.— (1925-1926). À droite : Deuxième multiplication des plantes-mères choisies en 1923. Au milieu : Première multiplication des plantes-mères choisies en 1924. A gauche : Culture des plantes-mères choisies en 1925 et nouveau choix. Plantes-mères choisies annuellement et dont on mélange la semence. O Semence dont la quantité (ronds de plus en plus grands) augmente d’année en année.
Fig. 2. — Schéma d’une amélioration massale d’un froment d’hiver, avec choix annuellement répété de nouvelles plantes-mères.
En outre, il va de soi que ce choix devra porter sur des plantes absolument saines, indemnes de toute maladie, régulières, à tallement moyen et, dans le cas des céréales, à épi bien conformé, représentant le type désiré.
Combien de plantes-mères faut-il choisir annuellement ? Plus le nombre sera grand (100, 200 et plus), plus rapidement le cultivateur aura à sa disposition une quantité appréciable de graines pour l’emblavement de sa sole : cependant, je suis d’avis que par un choix plus restreint, mais effectué avec beaucoup de soin, on arrivera plus rapidement et plus sûrement à un 1ésultat plus appréciable. Si le choix effectué sur le champ a été déjà aussi consciencieux que possible et le contrôle à la ferme même très sévère et qu’on a éliminé ainsi un très grand nombre de plantes, en ne conservant que des individus de tout premier choix, .se ressemblant très fortement par les caractères extérieurs (longueur et couleur de paille, type de l’épi, couleur, grosseur, forme du grain), on aura réuni un matériel plus restreint, il est vrai, mais on se sera rapproché quelque peu de la méthode scientifique et on aura exclu davantage les déceptions ultérieures et raccourci peut-être la période d'amélioration.
Il est bien entendu — et j'insiste sur ce fait — que les plantes-mères auront été choisies, autant que possible, hors de toute influence prépondérante de la petite variabilité, c’est-à-dire hors de la bordure et hors des places à accumulation fortuite de fumure ou des places à végétation trop clairsemée.
S 3. — Sélection massale avec séparation de formes.
Un autre perfectionnement, ou plutôt une modalité de la méthode rassale, est la purification d’une sorte devenue impure à la suite de mélanges de variétés diverses, avec sélection massale des types qui semblent les plus recommandables : c’est l’amélioration massale accompagnée de séparation de jormes. (Voir le schéma, fig. 3.)
La plupart des races culturales locales, et aussi certaines variétés étrangères introduites, non sélectionnées ou soi-disant améliorées, au lieu d’être de composition uniforme sont constituées par un mélange de sortes. C’est ainsi, pour prendre un exemple, qu’en Belgique, et il en est certainement de même dans d’autres pays, certaines parcelles de froment à épi blanc, cultivées depuis de longues années par le même cultivateur, constituent des mélanges de plantes à épis de types les plus divers : épis longs, effilés, peu compacts, épis courts, terminés assez obtusément et assez compacts, épis à glumelles duveteuses, épis roux ou plus ou moins colorés, etc. Il sera facile au cultivateur de prélever dans un tel champ, lors de la récolte, parmi les types qui semblent les plus intéressants, des touffes choisies, puis de faire chez lui la séparation de ces diverses formes et d’ensemencer au moyen de ces graines nettoyées et triées autant de parcelles qu’on a isolé de formes différentes.
Notons qu’il n’est nullement nécessaire de pouvoir emblaver, dès la première année, une parcelle déjà assez importante; la multiplication de certaines plantes, par exemple des céréales, prend très rapidement, d’année en année, une grande extension. Au moyen des graines provenant de 10 touffes, on peut
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SRI.
emblaver en semis clair une petite parcelle d'environ 10 mètres carrés, pouvant fournir assez de semence pour couvrir, la seconde année, une parcelle de 2 ares 50 centiares, et la troisième année, une de 50 ares.
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CULTURE.
f (1923-1924). Race impure, dans laquelle on choisit, lors de la récolte, x touffes appartenant à trois types différents.
II. (1924-1925). Trois parcelles A. B. C. emblavées au moyen des graines provenant respectivement des trois sortes isolées dans le mélange initial.
111.(1925-1926). À droite : Première multiplication de A. B. C.; les rendements de B ayant été inférieurs à ceux des sortes À et C, la sorte B est éliminée de la sélection (E). A gauche : Trois petites parcelles ayant reçu les graines provenant des nouvelles touffes choisies l’année précédente. A la récolte, on éliminera de même toutes les plantes de B (E).
1V. (1926-1927). À droite : Deuxième multiplication des sortes À et C, qui, l’année après, passeront à la culture ordinaire, ensemble ou après élimination de l’une des deux. Au milieu : Première multiplication des graines provenant des nouvelles plantes choisies en 1925.
A gauche : Deux petites parcelles ensemencées avec les graines des nouvelles plantes choisies, en 1926, dans A et C.
Fig. 3. — Schéma d’une amélioration massale continue, avec séparation de formes.
A.
L'emploi de la méthode massale, facile et rapide, fut général au début de l'amélioration, dans la seconde moitié du siècle dernier; elle avait pour elle l'attrait de cette facilité d'exécution; quelques succès — fortuits ou temporaies, comme nous le verrons — en assurèrent pendant assez longtemps la vogue. Cependant, au bout de quelque temps, certains sélectionneurs d’envergure, je nommerai, entre autres, Hallet, en Angleterre, Hjalmar Nilsson, à Svalof, Rimpau, Beseler, von Lochow, von Rumker et d’autres, en Allemagne, les de Vilmorin, en France, abandonnèrent, à la suite d'observations personnelles, la méthode massale et se mirent à faire de l’amélioration individuelle. Depuis un quart de siècle, plus aucune station officielle, à moins que dans certains cas tout à fait exceptionnels, par exemple dans l’amélioration après hybridation, et aucun sélectionneur privé consciencieux n’utilisent encore cette méthode d'amélioration.
En quoi est-elle non scientifique, empirique ? Pourquoi fut-elle généralement abandonnée par les sélectionneurs sérieux ? On le comprendra mieux, après que j'aurai exposé plus loin les bases scientifiques de la méthode généalogique; en attendant, qu’il me suffise de dire que le mélange des graines de toutes les plantes choisies empêche le sélectionneur d’étudier à fond la valeur #ndividuelle de chacun de ces points de départ par l’examen de leurs descendances. DR ICUPEChOIx peut ne pas toujours étre heureux :’Mentreffet, il arrive bien souvent que tel ou tel individu, tel ou tel épi, telle ou telle racine, ne doivent leur développement luxuriant, leur bel aspect qu’à des apports spéciaux de matières nutritives, qu’à des influences locales de station; pous savons, d'autre part, que des qualités dues à de telles circonstances fortuites ne se transmettent nullement à la descendance, qui, dès lors, ne 1éflétera plus les belles qualités des plantes-mères.
Qu’arrive-t-il ? Ceci, que les récoltes successives fournies par ces plantes de premier ordre, choisies la première année, ne répondront nullement aux espoirs qu’on avait cru pouvoir mettre en elles et que la moyenne de production sera ramenée à celle de la sorte non sélectionnée.
C’est tellement vrai que, déçus par cette impossibilité de s'élever au-dessus de la moyenne de la sorte de départ et cela malgré l’examen approfondi des épis et des plantes choisis, malgré l’utilisation de méthodes exactes par mensurations et pesées, malgré tous les soins de culture, les premiers sélectionneurs de Svalof abandonnèrent bientôt la méthode massale pour la remplacer par la méthode individuelle et il en fut de même chez toutes les premières firmes commerciales qui s’occupaient d'amélioration.
Cependant, m'objectera-t-on, à cette époque, ont été jetées sur le marché certaines sortes qui, améliorées par sélection massale, ont maintenu leur supériorité. Certainement; citons, par exemple, à Svalof même, le Renodlad Squaséhead ou « Squarehead amélioré », résultant d’une sélection massale répétée d'un Squarehead anglais qui, au moment de son introduction en Suède, était peu uniforme et surtout incapable de résister aux froids rigoureux des hivers suédois : comment expliquer que, par sélection massale, on ait réussi à créer rit ce type d’une très belle uniformité et qu’on soit parvenu à l’adapter complètement aux nouvelles conditions climatériques ?
Ce Squarehead anglais, au moment de son introduction en Suède, était « peu uniforme »; il s'agissait donc de ce qu’en termes de génétique (nous en parlerons plus loin) on appelle une « population » ou un mélange de lignées; par sélection massale, on choisissait annuellement, parmi celles qui avaient bien résisté à l’hiver, un certain nombre de belles plantes, de même type, dont on multipliait la semence; mais, en agissant ainsi, on en était arrivé finalement à isoler, dans l’ancien « mélange » un certain nombre de « lignées » de type uniforme bien résistant au froid : inconsciemment, au lieu de faire de la « massale », on faisait, depuis ce moment, de la « généalogique »! L'hiver rigoureux de la Suède, en détruisant les lignées peu résistantes, avait purifé la population initiale, en y isolant les descendances résistantes et, dans celles-ci, le choix annuellement répété de beaux types uniformes avait encore perfectionné l’œuvre spontanée de la nature, en y séparant des lignées non seulement résistantes au froid, mais accusant des rendements plus élevés que ceux de la population originale.
Les cas où une amélioration massale a, après quelques années de sélection, donné des résultats stables, fixés, se ramènent tous à celui du « Renodlad Squarehead » de Svalof : ces sélections annuellement répétées dans le mélange initial ont finalement isolé des descendances pures et, à ce moment, l’amélioration massale est devenue une amélioration individuelle.
Mais pour en arriver à ce résultat, point n’était besoin de faire, pendant de nombreuses années souvent, un travail annuel de sélection, si facile relativement qu’il soit; le sélectionneur aurait pu se contenter d'établir, dès la première année, une suite d'améliorations individuelles qui, en 2 ou 3 ans, lui auraient donné une sorte améliorée stable, fixée, pure.
Encore si par ce travail de plusieurs années on atteignait foujours un résultat satisfaisant; mais on est loin de compte, et les cas où la sélection massale a réussi à créer une sorte améliorée stable sont tellement rares qu'ils en deviennent historiques et ces cas-là se ramènent, presque toujours, à une séparation naturelle de lignées.
La méthode massale doit-elle être, par conséquent, absolument exclue de la pratique de l’amélioration ? Je ne le pense pas; on peut, par exemple la conseiller au cultivateur qui, désireux de faire quelque chose dans ce domaine, reculerait devant les méthodes de la sélection individuelle, méthodes qui, dans sa pensée, lui demanderaient trop de travail, trop d'attention, trop de soins spéciaux : mieux vaut, dans certains cas, faire de l’amélioration massale que de ne rien faire du tout; surtout si, ayant à faire à une sorte impure, constituée par des types très divers — ce qui est souvent le cas dans les vieilles sortes locales, si intéressantes — il ferait simultanément une séparation de formes. Cette purification de la population initiale ajoutera ses effets à l’effet hypothétique, mais possible, de la massale.
Un cas où cette méthode très facile montrerait un effet immédiat nous est cifert par la pomme de terre, plante chez laquelle les parcelles constituées par des mélanges excessivement variés sont plutôt la règle que l’exception. Dans te — cette culture, comme nous le verrons dans la troisième partie de ce manuel, les méthodes actuelles de choix des semenceaux se fait encore, dans l’immense majorité des cas, en dépit du bon sens.
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