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PHYSIQïO&IE
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Chapitre Premier. Les Organes Du Mouvement
Exercice et travail. — Le muscle. — Le nerf ; théorie de l’avalanche. — La moelle épinière ; les réflexes ; les mouvements inconscients. — Le cerveau ; lo» mouvements provoqués ; les mouvements voulus. — Les centres moteurs ; actes musculaires associés.
La volonté, agent du travail.
La contractioji musculaire. — Trajet d’une excitation volontaire ; mode de transmission. La vibration nerveuse et l’onde musculaire. — Durée de la transmission ; le temps perdu ; la période d’excitation latente.
On appelle exercice du corps un travail exécuté dans le but de perfectionner l’organisme humain au point de vue de la force, de l’adresse ou de la santé.
Il n y a scientifiquement aucune différence entre le labeur professionnel que le besoin impose au paysan ou ii l’ouvrier, et 1 exercice plus ou moins élégant auquel s’adonne un sportsman.. Le manœuvre qui scie du bois, et le gentleman qui fait des armes produisent tous les deux du travail musculaire. Mais l’homme du monde fait de l’exercice h scs heures, règle à son gré le temps qu il y consacre et prend, suivant les préceptes de l’hygiène, la nourriture et le repos, tandis que le pauvre hère travaille trop, mange mal et dort peu.
F. Laoranoe. -
C’est pour ces raisons que le travail épuise l’un, pendant que l’exercice fortilie l’autre.
Du reste, ce que l’ouvrier fait par nécessité, l’homme passionné pour les jeux violents peut le faire par excès d’ardeur. Dans les deux cas le résultat est le même , et l’abus d’exercice amène aussi bien que l’excès de travail l’épuisement et le surmenage.
Exercice du cOrps et travail sont donc synonymes au point de vue physiologique et nous les confondrons dans cette étude en les ramenant à leur acte fondamental, la contraction musculaire.
I. Les agents immédiats du mouvement sont les faisceaux
do fibres rougeâtres dont l’ensemble forme les masses charnues ([ui entourent les différentes pièces du squelette.
Les muscles entrent, comme poids, pour plus de moitié dans la structure du corps humain. De là l’importance de l’exercice musculaire comme modificateur de la nutrition. En effet, le travail change profondément la condition physiologique et la composition chimique des muscles, et beaucoup d’exercices font travailler à la fois toutes les régions musculaires du corps. On comprend ainsi que l’organisme puisse se trouver associé tout entier aux modifications survenues dans une masse si importante de tissus vivants.
Les tissus musculaires du corps sont divisés en faisceaux plus ou moins volumineux, de forme généralement allongée, et présentant deux extrémités dont chacune se termine le plus souvent par un tendon qui la rattache à un os. Chacune de ces divisions constitue un muscle, et chaque muscle se subdivise en faisceaux secondaires. Enfin , les faisceaux secondaires eux-mêmes se décomposent en fibres ji^nitives , éléments fondamentaux de l’organe.
Los fibres primitives du muscle sont constituées essentiellement par une sorte de gaine membraneuse appelée sarcolcmme^ dont le contenu est le suc musculaire .
Le suc musculaire, onplasma., est complètement liquide à une basse température. — Kühn en rapporte une curieuse preuve : il a vu un helminthe vivant nager dans l’intérieur d’une fibre primitive. — Mais on ne peut constater la fluidité du plasma que par les froids
LES ORGANES DU MOUVEMENT rigoureux qui congèlent les autres matériaux du muscle. Pour le voir à l’état liquide, il faut l’observer à — 3'. Il tend déjà à se coaguler à 0°, et, quand la température dépasse 43°, il passe tout à fait à l’état solide.
Le plasma ne se coagule pas seulement sous l’influence de la chaleur. Il tend aussi à se solidiüer par le contact de certains acides, et notamment de l’acide lactique qui se forme dans les muscles en travail.
Nous verrons, en parlant des phénomènes de la fatigue, quel rôle important joue dans le surmenage aigu la coagulation des sucs musculaires sous l’influence de la chaleur excessive et des produits acides abondants qui se développent dans les muscles forcés.
Les muscles sont doués de la propriété de se contracter., c’està-dire de se raccourcir en rapprochant leurs extrémités, à la façon d’un cordon de caoutchouc distendu qui revient sur lui-même.
Quand un muscle se contracte, il attire à lui les os auxquels il est attaché. Grâce à des effets variés de levier, de poxilie, de pivot, etc., qui se passent dans les articulations, ce mouvement fondamendal de traction se transforme à l’infini , et les membres se fléchissent, se tendent, se tournent et se retournent dans tous les sens.
Les muscles sont chargés d’exécuter les mouvements ; mais ils ne peuvent les provoquer par eux-mêmes , sans le secours d’un agent qui les fasse entrer en contraction. La force contractile du muscle est une force latente comparable à celle de la poudre à canon qui ne peut détoner sans l’étincelle. Le muscle livré à lui-même reste inerte et ne peut sortir de son inaction, de son repos, s’il n’y est sollicité par un excitant quelconque.
L’excitant le plus habituel du muscle est la Volonté, mais beaucoup d’autres agents peuvent mettre en jeu ses propriétés contractiles. Toute action mécanique , physique ou chimique portée sur le muscle, un choc, une piqûre, une décharge électrique, le contact d’un acide énergique, etc., peut jouer le rôle d’excitant, et provoquer des contractions et des mouvements.
Pour mettre enjeu V irritabilité du muscle, propriété grâce à laquelle l’organe excité entre en contraction, il suflit que l’agent excitant soit appliqué directement sur la libre musculaire. Ainsi, sur un animal qu’on vient de sacrilier, il suflit de mettre un muscle à nu et d en pincer tortement les libres pour voir ce muscle se contracter et fain* mouvoir les os auxciuels il s’attache.
Au premier abord, on serait tenté de croire que la volonté, aussi bien que les autres excitants du muscle, agit directement sur l’organe moteur.
Le fait de vouloir et le fait d’agir paraissent si intimement liés l’un à l’autre qu’ils semblent se confondre. Au moindre commandement, notre main saisit un objet, le place ou le déplace, et obéit avec tant de ponctualité et de rapidité que la volonté semble exciter directement les muscles. Il n’en est rien, et cette faculté a besoin, pour leur transmettre ses ordres, d’un enchaînement très compliqué d’organes intermédiaires, sans lesquels son action est nulle.
Ces intermédiaires sont les nerfs, la moelle épinière et le cerveau.
Si on coupe les nerfs du bras, la volonté la plus énergique s’épuise en vain pour chercher à mouvoir le membre ; les muscles ne se contractent plus.
On dit généralement que la section des nerfs moteurs paralyse les muscles. L’expression n’est pas exacte : ces muscles n’ont pas perdu la faculté de se contracter, mais ils sont soustraits à l’influence de la volonté, et ne reçoivent plus ses ordres. Sous l’influence d’autres causes d’excitation, ils continueraient à entrer en contraction et à faire mouvoir les os auxquels ils s’attachent. Si l’on électrise ces muscles qui semblent paralysés, si même on se contente de les pincer fortement, on y provoque des contractions et des mouvements.
Une section de la moelle épinière, une lésion du cerveau, ont aussi pour résultat de mettre les muscles hors de l’atteinte de la volonté, sans, pour cela, détruire leur contractilité.
La contractilité est une force inhérente au muscle et qui ne lui vient pas de son nerf moteur. Si l’on détruit avec soin tous les filaments nerveux qui se rendent à un muscle, celui-ci, réduit à ses seuls éléments, ne perd pas pour cela la faculté d’entrer en contraction sous l’influence d’une excitation quelconque.
Le muscle a une individualité et une puissance propres, en dehors de toute action nerveuse.
En détachant un muscle de la cuisse sur un chien qui vient d’être sacrifié, on peut faire exécuter du travail par ce muscle ainsi isolé et qui n’est plus qu’un lambeau du corps de 1 animal. Si on fixe le muscle îi un clou par une de scs extrémités, tandis qu’on attache it l’autre extrémité un poids qu’on laisse retomber verticalement, il suflit, le muscle étant ainsi tendu, de pincer
LES ORGANES DU MOUVEMENT fortement ses libres, pour le voir entrer en contraction et soulever le poids.
Le muscle a une grande puissance de vie et conserve longtemps la faculté d’agir, poiu'vu qu’il reçoive une excitation suffisante. Aussi, dans beaucoup de cas, ne faut-il pas attribuer au système musculaire l’impuissance d’agir que manifeste un homme fatigué. Presque toujours, dans les actes habituels de la vie, c’est la volonté, — agent excitateur des contractions musculaires, — qui faiblit la première, bien avant que le muscle ait perdu ses propriétés contractiles sous l’influence d’un travail prolongé.
II
On peut comparer les nerfs moteurs aux fils métalliques destinés à conduire à un appareil récepteur l’électricité qu’ils reçoivent d’un appareil électro-moteur. Ils portent aux muscles les excitations émanant du cerveau. Ils leur portent aussi toutes celles qui peuvent leur venir des agents extérieurs. Un pincement, un choc électrique, le contact d’un acide, peuvent actionner le muscle par l’intermédiaire du nerf. Si l’on électrise un cordon nerveux, l’effet produit sur le muscle auquel se rend ce cordon sera identique à celui qu’on obtiendrait en électrisant directement le muscle.
La Volonté a besoin du secours des nerfs pour transmettre aux muscles l’ordre d’agir. Chez l’homme le plus vigoureux et le plus énergique, il suffit de couper un de ces petite filaments si grêles pour voir tomber dans l’inertie les muscles auxquels il se rend. La Volonté s’épuise alors en efforts inutiles et donne en vain des ordres répétés. Son appel n’est pas entendu.
C’est ainsi qu’entre deux postes télégraphiques la rupture des fils rend toute communication impossible.
Les nerfs n’ont, par eux-mêmes, aucune action capable de provoquer des mouvements. Ils ont pour rôle unique de transmettre aux muscles les excitations qui mettent en jeu leurs propriétés vitales.
Il faut dire pourtant que, suivant certains physiologistes, le nerf, outre le pouvoir de conduire une excitation qu’il reçoit, aurait encore celui de renforcer cette excitation.
I) après Pflüger, dans un nerl ébranlé soit par un choc mécanique, soit par une décharge électrique, soit encore par l’action de la volonté, il se passerait un phénomène que ce physiologiste appelle V avalanche nerveuse. De même qu’un bloc de neige détaché d’un haut sommet grossit en descendant la pente du névé et présente, à son arrivée dans la vallée, une masse plus grande qu’au départ , ainsi l’excitation subie par le nerf se trouverait amplifiée par son passage à travers le cordon conducteur et arriverait au muscle beaucoup plus intense qu’elle n’a été produite à l’origine.
Le nerf serait donc un appareil de renforcement en même temps qu’un appareil conducteur ; il augmenterait l’intensité des excitations qu’il transmet, comme le microphone augmente l’intensité des sons qui le traversent.
Si la théorie de Pllüger est exacte, et si le nerf a réellement le pouvoir d’amplifier les excitations qu’il conduit au muscle, il nous est permis de croire que ce pouvoir se développe par l’exercice, comme toutes les aptitudes physiologiques des organes qui travaillent. Les nerfs moteurs d’un homme qui se livre aux exercices du corps doivent donc devenir plus aptes à renforcer les excitations volontaires. Cette aptitude peut entrer pour une certaine part dans l’augmentation de force parfois surprenante qu’on observe chez les hommes entraînés., et qu’on no peut pas toujours expliquer par l’accroissement des tissus musculaires; elle permettrait d’obtenir avec un effort de volonté modéré une excilation plus intense de la fibre motrice, et, conséquemment, une contraction plus énergique.
Les nerfs ont, de tous les tissus nerveux, la structure la plus simple, car on n’y observe qu’un seul tissu fondamental, la substance blanche. Cette substance est constituée par des éléments allongés en forme de fibres creuses ou de tubes dans lesquels on aperçoit au microscope une sorte de filament qu’on appelle cylindre-axe. Dans les points où le nerf moteur se distribue au muscle, le cylindre-axe se termine par un épanouissement en forme de disque qu’on appelle la plaque motrice et qui se confond intimement avec les parois d’enveloppé des dernières fibrilles musculaires. La plaque motrice est le trait d’union qui unit le nerf au muscle. C’est par elle que s’établit la communication entre l’organe moteur et le conducteur (jui lui porte les ordres de la volonté.
LES ORGANES DU MOUVEMENT
I
III
La moelle épinière semble formée par la réunion de tous les nerfs du tronc et des membres. Elle a la forme d’un gros cordon blanc, auquel viennent aboutir aussi bien les nerfs sensitifs que les nerfs moteurs, et qui se continue avec le cerveau, dont elle est en quelque sorte un prolongement.
Deux substances entrent dans sa composition; l’une est blanche comme le tissu des nerfs, l’autre présente une coloration grise.
La substance blanche forme les couches extérieures de la moelle. Elle présente la même structure élémentaire que les nerfs, et offre les mêmes propriétés conductrices que ces organes; mais, étant formée par des fibres nerveuses sensitives, aussi bien que par des fibres motrices, elle a des propriétés mixtes : sa région postérieure est conductrice des impressions sensitives, tandis que sa région antérieure transmet les excitations motrices.
Par sa substance blanche, la moelle épinière ne diffère nullement des nerfs. Si on la sectionne transversalement, les mouvements volontaires sont abolis dans tous les muscles qui reçoivent leurs nerfs des parties situées au dessous de là section. Si, au contraire, on pince fortement ou si on électrise ses cordons antérieurs , on provoque des contractions involontaires dans les muscles innervés par les points sur lesquels porte l’excitation.
La substance rjrise fait de la moelle un centre nerveux^ c’està-dire un organe capable non plus seulement de conduire une excitation motrice , mais encore de provoquer spontanément un mouvement dans le système musculaire. Elle est formée par des cellules irrégulièrement sphériques présentant des prolongements filamenteux qui les mettent en communication les unes avec les autres, et qui les rattachent aussi anatomiquement et physiologiquement aux tubes nerveux moteurs et sensitifs. La cellule nerveuse est l’élément le plus élevé dans la hiérarchie des tissus vivants ; quand on la rencontre dans un point du système nerveux, on peut être sûr que cette région est douée d’une puissance propre et ne relève d’aucune autre.
Le pouvoir propre de la moelle épinière se révèle par la facultcqu elle a de provoquer des excitations motrices dans les muscles sans le secours du cerveau, et sans l’ordre de la volonté.
Des animaux décapités peuvent faire spontanément des mouvements, pourvu que leur moelle épinière soit intacte.
Un canard auquel on vient de couper la tête bat des ailes et peut môme marcher quelques pas.
Sur le corps d’un homme qui vient d’être décapité, si on pince fortement le bras ou la jambe, ces membres se retirent comme si le supplicié sentait l’impression subie par la peau, et cherchait à s’y soustraire.
Tous ces mouvements ont l’apparence des mouvements voulus; ils sont cependant inconscients et involontaires , comme tous ceux qui s’exécutent sans le concours du cerveau.
Pour donner une idée du pouvoir de la moelle épinière réduite à son action propre, et agissant sans l’aide du cerveau, on ne peut mieux faire que de citer la curieuse expérience qui suit :
« Si on coupe la tête à une grenouille, l’animal s’agite et se « tord pendant un instant, puis s’arrête. Il resterait toujours immo- « bile s’il était tenu sous une cloche, dans un milieu humide, à « l’abri de toute excitation. Mais si l’on touche une de ses jambes, « ou si on laisse tomber dessus une goutte de vinaigre, la gre- « nouille cherche aussitôt à fuir et à éloigner la cause qui a « troublé son repos. Verse-t-on la goutte de vinaigre sur la jambe « gauche, elle cherche à s’essuyer avec la droite, et vice versa. »
A première vue, cela paraît intelligent, et la grenouille semble avoir fait acte de volonté consciente; si on poursuit l’expérience, on voit pourtant que le mouvement de la grenouille dépourvue de cerveau n’est qu’une réponse mécanique à une excitation vive, et nullement un acte calculé en vue d’échapper à un danger.
« Goltz et Portes, ayant pris une grenouille, enlevèrent le cer- « veau et puis la plongèrent dans l’eau contenue dans un vase de « verre. En la touchant, ils la virent nager comme pour fuir, et « sauter même hors du vase. Ayant ensuite réchauffé l’eau très « lentement, de manière à arriver sans transition brusque à une « température très élevée, la grenouille ne bougea pas, no cher- « cha pas à sauter hors du vase, et finalement se trouva cuite, « sans avoir fait aucun acte qui indiquât qu’elle eût conscience « du danger (1). »
Les mouvements de la grenouille décapitée sont des mouvements réflexes.
Dans les mouvements réflexes , la volonté n’intervient pas.
(1) Mosso, la Peur.
MOUVEMENTS RÉFLEXES
L’excitant de l’acte musculaire est une sensation qui remonte tout le long du nerf sensitif jusqu’à un point donné de la moelle épinière d’où part un nerf moteur. La lin du nerf sensitif et le commencement du nerf moteur se rencontrent dans une même cellule de la moelle, d’où part un troisième filet nerveux se dirigeant vers le cerveau.
Quand l’impression sensitive, au lieu de cheminer vers la tête par ce troisième filet ascendant, s’arrête dans la moelle épinière, celle-ci la renvoie transformée en mouvement dans la direction du muscle, où le nerf moteur la conduit. L’impression se réfléchit sur le centre moteur et revient sur elle-même au lieu de continuer sa route, comme se réfléchissent les ondes sonores de la voix, qui, se heurtant contre un mur, reviennent en arrière pour donner naissance à l’écho.
On peut dire qu’un mouvement réflexe est Vécho d’une impression sensitive.
Il n’est pas nécessaire que le cerveau soit détruit pour que les mouvements réflexes se produisent : il suffit qu’il ne prenne pas part à l’acte musculaire. Dès lors, celui-ci n’est plus voulu et se produit inconsciemment, comme on l’observe chez un homme endormi, ou même chez un homme préoccupé, qui, suivant une expression aussi vulgaire que juste,-a« la tête ailleurs» et ne songe pas à ce qu’il fait. On voit tous les jours un homme préoccupé dépasser en marchant le seuil de sa porte, où il se proposait pourtant d’entrer. On dit qu’il est distrait et que ses jambes agissent par un mouvement automatique. Ce mouvement automatique de la marche a été d’abord très laborieusement appris par reniant, puis il est devenu d’une exécution si facile que le cerveau n’y prend aucune part. La sensation que produit le sol sur la plante du pied, quand il s’y repose, détermine, par ellet réflexe, un mouvement de l’autre membre qui vient à son tour se poser en avant du premier, et ainsi de suite. Cette succession régulière des mouvements des jambes qui sont tantôt reposées sur le sol, tantôt enlevées de terre, peut se faire sans que la volonté y prenne part et sans que le cerveau en ait conscience.
Dans les exercices du corps, une foule ‘de mouvements peuvent devenir automatiques par l’habitude, et il arrive que, pendant leur exécution, la volonté peut s’occuper ailleurs sans participer à l’action des muscles. C’est alors la moelle épinière seule qui
préside à ces mouvements, en dehors de toute intervention du cerveau.
Nous aurons l’iant des aoccasion , en parpplications thérapeutiques de l’exercice , de mettre à profit les notions sommaires que nous venons d’exposer. Nous ferons ressortir l’importance qu’il y a pour l’homme surmené par le travail de tête à rechercher de préférence les exercices automatiques, qui n’exigent pas l’entrée en jeu du cerveau.
La moelle épinière peut dans bien des cas, grâce à son pouvoir auto-moteur, suppléer le cerveau, et présider seule à des mouvements très compliqués. Mais son intégrité absolue est nécessaire pour l’accomplissement des mouvements automatiques ou réflexes. Si on introduit la tige d’un stylet dans le canal vertébral d’une grenouille fraîchement décapitée, on anéantit complètement son pouvoir réflexe, par suite de la destruction de la moelle que l’instrument déchire. L’animal perd h l’instant même toute faculté de réagir en présence d’un agent qui mettrait en jeu la sensibilité de la peau; on ne peut obtenir des mouvements dans ses membres qu’en excitant directement les muscles ou leurs nerfs moteurs.
IV
Le Cerveau a la forme d’une masse arrondie, grisâtre et molle. Il est composé, comme la moelle épinière, de substance blanche et de substance grise, et renferme, comme elle, des tubes nerveux et des cellules. Mais, — h l’inverse de ce qu’on observe pour la moelle, — la substance grise occupe la périphérie, Vécorce du cerveau, tandis que la substance blanche se trouve au centre. De plus, dans l’épaisseur de la substance blanche, se trouvent des noyaux importants de tissu gris, indiquant la présence, dans certaines régions centrales de l’organe, des cellules nerveuses, foyers d’activité propre.
Dans le cerveau, comme dans la moelle, la substance blanche est conductrice des excitations reçues, tandis que le pouvoir d’émettre spontanément des excitations motrices est dévolu a certaines cellules de la substance grise.
La substance grise du cerveau peut, comme celle de la moelle, manifester son activité propre par des effets réflexes. Le cerveau donne naissance â des nerfs moteurs et â des nerls sensitifs, et une impression sensitive peut donner lieu â un mouvement réflexe dans les mu sfs ne lenscsarnimés par craniees. — C est
ACTION DU CERVEAU ainsi que, chez un animal fraîchement décapité, une goutte de vinaigre appliquée sur la surface de l’œil provoque un resserrement des paupières.
Le cerveau est donc, comme la moelle épinière, un centre de motilité réflexe ; mais il est de plus un centre de motilité volontaire.
C’est là, au point de vue des mouvements, la caractéristique du cerveau : le cerveau enlevé, tout acte musculaire voulu disparaît avec lui.
Il n’est pas nécessaire d’enlever la totalité du cerveau pour ôter à un animal la faculté de manifester sa volonté par des actes conscients. Il suffit pour cela de détruire totalement la substance grise, car c’est au sein de cette substance que s’élaborent les excitations volontaires dont l’essence nous est, jusqu’à présent, inconnue. On est parvenu à conserver vivants des chiens privés de cette portion du cerveau, et on a pu s’assurer que tous leurs mouvements sont alors des actes réflexes commandés par les impressions du milieu où ils vivent, et dirigés par l'habitude. Ils ne se meuvent plus que par automatisme.
Le cerveau a, comme la moelle épinière et les nerfs moteurs, la propriété de transmettre les excitations mécaniques ou électriques qu’il subit. Mais il est facile de prévoir les effets que produira sur les organes du mouvement l’excitation d’un nerf, parce qu’on sait bien à quels muscles au juste ce nerf se distribue, tandis qu’il est souvent difficile de préciser l’effet d’une excitation motrice portée sur le cerveau. On ne sait pas toujours, en effet, à quels groupes de muscles correspondent les fibres nerveuses sur lesquelles porte l’action de l’excitant qu’on emploie. De là les résultats souvent inattendus et quelquefois si bizarres des blessures qui atteignent le cerveau.
On voit quelquefois, à la chasse, des animaux blessés exécuter des mouvements singuliers.
La perdrix, par exemple, dont un plomb a perforé certaincc régions du crâne, s’élève tout d’un coup dans les airs à une grande hauteur en ligne droite, et retombe morte.
Nous avons eu, un jour, l’occasion d’observer un lièvre blessé qui se mit à tourner sur lui-même avec rapidité. Le mouvement se faisait autour de l’axe longitudinal du corps; c’est-à-dire que l’animal semblait se mouvoir autour d’une tige rigide qui l’aurait traversé de la tête à la queue. Il nous sembla d’abord que le lièvre blessé cherchait à fuir, et nous étions surpris de la manière mala-, droite dont il s’y prenait pour s’échapper. Mais nous fûmes bientôt convaincu que ses évolutions singulières étaient tout à fait involontaires; elles étaient produites par une impulsion irrésistible. Le lièvre avait reçu un plomb dans la tète, et ce plomb, perforant le crâne, avait atteint un des pédoncules du cervelet. Le choc subi par les fibres nerveuses motrices avait excité tous les muscles avec lesquels elles se trouvaient en communication, et ces muscles, entrant aussitôt en contraction, avaient communiqué â l’animal ce mouvement (jiratoire dans lequel sa volonté n’en- Irait pour rien.
D’autres blessures du cerveau peuvent provoquer divers effets de motricité non moins surprenants. C’est ainsi qu’en piquant certains points déterminés de l’encéphale, on produit un mouvement dit de manège par lequel l’animal blessé se met à tourner non plus sur lui-même, mais en décrivant un cercle, comme un cheval dans un cirque.
Ces mouvements sont encore mal expliqués en physiologie, mais ils prouvent au moins qu’une excitation portée sur un seul point très localisé du cerveau peut provoquer des contractions dans plusieurs groupes musculaires à la fois.
C’est que, par suite d’une curieuse disposition anatomique, un grand nombre de fibres nerveuses motrices rayonnant vers des muscles différents peuvent émaner d’un même département très circonscrit do la substance cérébrale. Do cette façon, une excitation qui agit sur une très petite surface de l’organe peut être transmise simultanément à plusieurs groupes de muscles, do même qu’à l’aide do communications multiples établies par un réseau de fils, un seul bouton peut mettre en action en même temps la sonnerie de plusieurs timbres électriques.
En 1874, M. Ferrier fit voir qu’en électrisant certaines circonvolutions cérébrales, on provoquait des mouvements soit dans les yeux, soit dans la langue, soit dans le cou de l’animal on expérience. 11 appela centres moteurs ces points du cerveau dans lesquels semblent venir se concentrer toute une série do libres nerveuses motrices correspondant à des groupes musculaires bien déterminés, et quelquefois très étendus.
Un médecin américain, le docteur Balholow, avec un mépris du sujet humain que nous n’avons pas encore en Franco, a reproduit, sur un blessé dont le cerveau était mis à nu par un coup de fou, les expériences que M. Ferrier avait faites sur des chiens. 11 a pu constater que chez riiomme, aussi bien que chez les animaux, il
LA VOLONTÉ y a des centres moteurs, des points bien circonscrits du cerveau qui tiennent sous leur dépendance les mouvements de toute une région du corps.
Cette localisation dans un point restreint du cerveau, de la faculté motrice, pour tout un groupe musculaire, explique la solidarité qui unit certains muscles et la difficulté qu’on éprouve à faire agir les uns sans les autres. La volonté, par exemple, ne peut faire contracter isolément un muscle fléchisseur ou un muscle extenseur. Quand elle commande , le groupe associé obéit tout entier. Quelquefois pourtant les mouvements associés sont dans une connexion moins intime, et on peut, par une tension très grande de la volonté et surtout par un apprentissage journalier, arriver à dissocier deux mouvements habituellement unis.
V
Nous avons passé en revue les organes du mouvement. Le nerf, la moelle épinière et le cerveau sont autant d’instruments de transmission échelonnés entre le muscle et la volonté.
Le cerveau , avec ses centres moteurs, peut se comparer à une sorte de clavier dont chaque touche correspondrait à un certain groupe de muscles, et sur lequel la volonté viendrait frapper avec plus ou moins d’intensité, suivant qu’elle veut provoquer un effort musculaire plus ou moins énergique.
Comment s’établit la communication entre la volonté, force d’ordre psychique, et une substance matérielle telle que la substance grise des circonvolutions cérébrales? C’est là un problème qui rentre dans celui des rapports du physique avec le moral, et qui n’a pas encore été résolu. Mais, quel que soit son mode d’action, la volonté est un facteur des plus importants dans l’exécution des mouvements, une des forces les plus actives parmi celles qui entrent enjeu dans le travail musculaire.
Le muscle est doué d’une force motrice, mais il faut qu’un agent étranger intervienne pour mettre cette force en action.
De même, un arc renferme en lui une énergie propre, capable de lancer la flèche; mais un archer est nécessaire pour mettre en jeu la force élastique du bois. — La volonté est aussi nécessaire pour actionner le muscle, que le bras de l’archer pour bander l’arc et décocher le trait.
La volonté est l’agent excitateur du mouvement , et le mouvement se produit toujours avec une vigueur proportionnelle à celle de l’agent qui l’excite. Un muscle restera inerte si on cherche à l’actionner h l’aide d’un courant électrique trop faible ; il sera de même incapable d’agir s’il est sollicité par une volonté sans énergie. Ne voit-on pas des hommes vigoureux perdre tout à coup leur force musculaire quand leur volonté est paralysée par une émotion dépressive, telle ({ue la peur ? — Une passion excitante au contraire, comme la colère, augmente le pouvoir des muscles, parce qu’elle stimule la volonté.
Ainsi s’explique la différence si grande que présentent dans leur puissance de travail deux sujets également musclés. L’un, mieux doué au point de vue de la volonté, pourra faire sortir de ses muscles une force que l’autre y laisse en quelque sorte endormie.
La volonté n’a aucune prise directe sur le muscle, pas plus que sur la moelle épinière et le nerf moteur. Elle ne peut agir directement que sur ,1a substance grise des circonvolutions cérébrales. Elle est impuissante à actionner la libre musculaire sans le secours du cerveau, seul organe avec lequel elle soit en rapport immédiat.
Le cerveau est donc un organe aussi indispensable à l’exécution des mouvements volontaires qu’à l’accomplissement des travaux intellectuels, et il ne faut pas attribuer exclusivement aux occupations d’esprit le privilège de faire travailler cet organe. Les exercices de corps exigent son concours toutes les fois qu’ils demandent l’intervention de la volonté.
Par quel mécanisme un ordre de la volonté se transmet-il au muscle, à travers les libres conductrices du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs ?
On admet aujourd’hui que la volition^ ou mise en action de la volonté, produit un ébranlement moléculaire des cellules de la substance grise, et que cet ébranlement, gagnant de proche en proche les blets nerveux moteurs, va se communiquer par leur intermédiaire aux libres du muscle. Ce mouvement a été comparé à l’ondulation qui se produit à la surface d’une eau tran([uillc, et envahit peu à peu toute la nappe liquide dés qu un seul point de la masse vient à être ébranlé par un choc.
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