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Physiologie des exercises du corps

Fernand Lagrange · 1903 · Scanned text

140,037 words · about 9 h 48 min to read

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About this book

Author
Fernand Lagrange
Language
French
Published
1903
Length
140,037 words · about 9 h 48 min
Sections
43 reader sections
Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (43)
  1. Front matter about 3 min
  2. Avant-propos about 6 min
  3. Chapitre Premier Les Organ’es Du Mouvement about 1 min
  4. I about 7 min
  5. III about 6 min
  6. IV about 5 min
  7. V about 23 min
  8. Chapitre III. La Chaleur about 13 min
  9. Chapitre IV. Les Combustions about 18 min
  10. Chapitre I. La Fatigue Locale about 40 min
  11. Chapitre III. L’essoufflement (suite) about 23 min
  12. Chapitre IV about 1 h 48 min
  13. CHAPITRE I. DE LA RÉSISTANCE A LA FATIfilIE about 8 min
  14. Chapitre II. Modification Des Organes Par Le Travail* about 34 min
  15. Chapitre IV about 21 min
  16. Chapitre I. Classification Physiologique Des Exercices Du Corps about 13 min
  17. Chapitre III. Les Exercices De Force about 11 min
  18. Chapitre IV. Exercices De Vitesse about 19 min
  19. Chapitre V. Les Exercices De Fond about 19 min
  20. Chapitre VI about 21 min
  21. CHAPITRE I. EFFETS GÉNÉRAUX DE l’eXERGICE about 32 min
  22. CHAPITRE III. EFFETS LOCAUX DE i’eXERCICE about 12 min
  23. Chapitre IV. Les Exercices Qui Déforment about 21 min
  24. Chapitre V Exercices Qui Ne Deforment Pas about 15 min
  25. Chapitre I. Le « Surmenage Scolaire » about 6 min
  26. Chapitre II. Travail Intellectuel Et Exercice Physique about 19 min
  27. CHAPITRE IV, LE TRAVAIL d’eXCITATION LATENTE about 16 min
  28. Chapitre V. Le Travail De Coordination Dans L'exercice about 39 min
  29. Table Des Matières about 2 min
  30. Chapitre I. — La Fatigue Locale. . . 4ç about 7 min
  31. Chapitre III. — Modification Des Fonctions Par Le Travail 180 about 1 min
  32. Chapitre I. — Classification Physiologique Des Exercices Du Corps. . . 205 under 1 min
  33. CHAPITRE III. — LES exercices de force 214 about 1 min
  34. Chapitre V. — Les Exercices De Fond 233 under 1 min
  35. CHAPITRE VI. — MÉCANISME DES DIVERS EXERCICES 24o about 1 min
  36. Chapitre I. — Effets Généraux De L Exercice 259 about 1 min
  37. Chapitre II. — Exercices Qdi Développent La Poitrine 211 about 1 min
  38. CHAPITRE III. — EFFETS LOCAUX DE l’exercice 280 about 1 min
  39. Chapitre IV. — Les Exercices Qui Déforment 288 about 1 min
  40. CHAPITRE V. — EXERCICES qui ne déforment pas 301 about 1 min
  41. Chapitre 1. — Le « Surmenage Scolaire » under 1 min
  42. CHAPITRE II. — TBAVAIL INTELLECTUEL ET EXERCICE PHYSIQUE 3 [g under 1 min
  43. Chapitre III. — Le Travail Excito-moteur 323 about 12 min

Continue:

Front matter

PHYSIOLOGIE

V^r;

•1

Avant-propos

Les questions que nous avons cherché à préciser dans la Physiologie des exercices du corps n’avaient pas encore été posées d’une façon bien nette ; mais peut-être étaient-elles, comme on dit, dans l’air. Beaucoup de bons esprits commençaient à s’apercevoir qu’une direction scientifique devenait nécessaire pour l’application rationnelle des divers procédés de la gymnastique.

Jusqu’à présent on s’était surtout appliqué à faire ressortir les avantages de l’exercice sous toutes ses formes, et à montrer d’une manière générale les ressources hygiéniques que peut fournir à tout le monde le travail musculaire ; mais il restait à déterminer la meilleure manière d’utiliser pour chacun ce précieux modificateur de la nutrition, et à préciser le rôle de l’exercice suivant l’âge, le sexe, les tempéraments, les diverses conditions de la vie sociale ; — il restait, en un mot, à établir des règles et à formuler des méthodes pour l’application rationnelle de l’exercice musculaire, selon les cas et les sujets.

Pour arriver à ce résultat il fallait étudier avant toute chose les modifications passagères ou durables que produit le travail musculaire dans l’organisme, et distinguer, parmi ces modifications très diverses, celles qui sont plus particulièrement dues à la forme spéciale de tel ou tel exercice, à l’intensité du travail, ou à sa localisation sur telle ou telle région du corps. Cette étude préalable était indispensable pour arriver à déterminer quel exercice s’adapte le mieux aux conditions diverses dans lesquelles peut se trouver le sujet.

Or, la physiologie seule peut nous donner ces notions premières sur lesquelles s’appuiera l’hygiéniste pour établir ensuite

VI

AVANT-PROPOS la valeur comparative de chacune des formes de la gymnastique ou du sport.

La physiologie de l’exercice musculaire est une science encore toute nouvelle. Elle date, on peut le dire, des magnifiques travaux de M. Marey. A l’aide de la méthode graphique servie par les procédés mécaniques les plus ingénieux et par la photographie instantanée, M. Marey a pu analyser avec précision les allures naturelles de l’homme et des animaux; il a ainsi établi les véritables bases de la science des mouvements et tracé la voie où doivent marcher les hygiénistes sous peine de faire fausse route. Il est indispensable de faire exactement l’analyse de chaque acte gymnastique avant d’en déduire son opportunité, ou, comme disent les médecins, son indication suivant les cas et les sujets. Mais il est indispensable aussi d’établir par uue sorte de synthèse, toute la série des effets généraux utiles ou nuisibles qui se font sentir sur les grandes fonctions organiques à la suite de l’exercice musculaire, et de montrer combien ces effets sont différents suivant la dose de travail effectué ; suivant la manière dont l’effort musculaire se localise dans une région limitée, ou se généralise à tout le corps ; suivant que l’exercice demande un grand déploiement de force, ou seulement de la vitesse, de la continuité dans le travail, etc.

Jusqu’à présent, il faut bien le reconnaître, l’application de l’exercice à l’hygiène de l’homme n’a pas été guidée par des notions physiologiques suffisantes. C’est par des hommes du monde, des amateurs de sport, des gens de lettres, que sont écrits la plupart des livres ayant trait aux exercices du corps, et ces ouvrages, généralement riches en renseignements techniques, ne sauraient fournir au médecin aucun document physiologique sérieux.

Ces travaux, malgré leur insuffisance, n’ont pourtant pas été tout à fait inutiles, puisqu’ils ont enfin conduit l’esprit public à admettre, au point de vue général, la haute importance hygiénique de l’exercice.

Il reste au médecin à établir la valeur comparative de chacun des exercices usités, et à préciser, en s’appuyant sur des arguments physiologiques, la supériorité de chacun d’eux suivant les circonstances et suivant les sujets.

Il lui resterait aussi, en bonne justice, à préciser les inconvénients et les dangers que peut présenter chaque exercice dans certains cas ; mais on est, en général, fort mal accueilli quand

AVANT-PROPOS

Vil on s’avise de faire la critique rationnelle d’un exercice quel qu’il soit, car chacun d’eux a de fervents adeptes disposés à le défendre énergiquement sans admettre qu’il soit passible d’aucun reproche. C’est que tous les exercices du corps ont ce résultat commun de produire dans l’organisme une série d’effets généraux capables d’améliorer la santé et d’augmenter la force physique de l’individu. Aussi tout homme ayant pratiqué assidûment un exercice quel qu’il soit, conserve-t-il à cet exercice une certaine reconnaissance pour les bénéfices très réels qu’il en a retirés. De la reconnaissance à la partialité il n’y a qu’un pas et c'est ainsi qu’on entend proclamer tour à tour, suivant les amateurs auxquels on s'adresse, la supériorité de l’escrime, du canotage, de la marche, de la gymnastique aux appareils, etc.

Quant à ceux qui ne se cantonnent pas dans un exercice unique, mais qui les étudient en les pratiquant tous, ils s’aperçoivent bien vite qu’à côté des effets généraux qui sont communs à toutes les formes du travail musculaire, chaque variété de la gymnastique ou du sport peut avoir un effet local sur telle ou telle partie du corps, des effets spéciaux sur telle ou telle fonction de l’organisme, et enfin des influences très diverses sur le mouvement de nutrition et sur le développement de l’individu.

De là découle forcément cette conclusion que tous les exercices ne sont pas également recommandables dans tous les cas et pour tous les sujets. Il faut faire un choix parmi les différentes formes de la gymnastique suivant le résultat qu’on veut obtenir, et il n’y a pas d’une manière absolue un exercice qui soit meilleur que tous les autres ; le meilleur exercice est celui qui produit les effets physiologiques les plus conformes au résultat cherché. Or les résultats qu’on cherche à obtenir à l’aide de l’exercice musculaire sont de nature très diverse. La gymnastique des sapeurs-pompiers, par exemple, a pour but de faire des sauveteurs agiles et hardis, capables d’exécuter les mouvements les plus difficiles, plutôt que des hommes de belle taille et de proportions régulières; dans la gymnastique des jeunes filles, au contraire, on cherchera, je pense, à favoriser le développement régulier du corps et ITiarmonie des formes, plutôt qu’à développer les aptitudes acrobatiques. L’escrimeur veut acquérir la précision des mouvements, la justesse du coup d’œil, l’accord parfait du cerveau avec la main, plutôt qu’il ne cherche à augmenter dans de grandes proportions sa force musculaire. De môme 1 équitation et beaucoup d’autres formes de sport visent

VIII

AVANT-PROPOS à développer chez riiomme certaines aptitudes tout à lait spéciales.

Ces divers résultats de l’exercice devraient être soigneusement J distingués de ses effets purement hygiéniques, et Sont pourtant bien souvent l’objet d’une regrettable confusion.

L’application de l’exercice musculaire à l’hygiène de l’homme exige la solution d’un double problème. Le médecin doit se demander : 1“ quelles modifications il serait désirable de produire dans la structure du corps ou dans le fonctionnement des organes pour améliore!' l’état physique de son sujet; 2“ quelle forme de l’exercice serait la plus capable d’amener ces modifications dont il a reconnu l’opportunité. De ces deux questions, l’une est du ressort de l’hygiène, et l’autre de celui de la physiologie.

Dans la voie qui doit conduire à la médication par l’exercice, la physiologie du travail musculaire marque la première étape à franchir: ce livre ne va pas au-delà. Il cherche à étudier le travail, ses effets locaux et généraux sur l’organisme sain et normal, sans s’occuper des nuances particulières de santé ou de maladie que peut présenter le sujet. Si on jugeait notre ouvrage au point de vue de l’hygiène, on y trouverait bien des lacunes, car il ne tient pas compte des différences individuelles que peuvent présenter les hommes, mais seulement des particularités diverses qu’offrent dans leurs résultats les différentes formes de l’exercice.

Aussi n’est-ce point ici un livre d’hygiène, mais une étude de physiologie.

Un autre volume que nous préparons aura plus spécialement pour objectif le point de vue d’application ; il aura pour titre le Rôle hygiénique de l’exercice musculaire^ et cherchera à préciser les indications des exercices du corps, et les services qu’on peut attendre de chacune des formes de la gymnastique ou du sport suivant l’âge, le sexe, le tempérament, le genre de vie, etc.

Ce second livre sera le complément de celui-ci.

Limoges, le !•' mai 1888.

PHYSIOLOGIE

dï:s

EXERCICES DU CORPS

PREMIÈRE PARTIE

LES ORGANES DU TRAVAIL. — LES MOUVEMENTS. — LA CHALEUR. — LES COMBUSTIONS.

Chapitre Premier Les Organ’es Du Mouvement

Exercice et travail. — Le muscle. — Le nerf; théorie de l’avalanche. — La moelle épiiiiére; les rcflcxcs; les mouvements inconscients. — Le cerveau; les mouvements provoiiués; les mouvements voulus. — Les centres moteurs; actes musculaires associés.

La volonté, agent du travail.

La contraction musculaire. — Trajet d’une excitation volontaire; mode de transmission. — La vibration nerveuse et l’onde musculaire. — Durée de la iransmissiou; le lemps perdu; la période d'excitation latente.

On appelle exercice du coros un travail exécuté dans le but de perfectionner l’organisme humain au point de vue de la force, de l’adresse ou de la santé.

Il n’y a scientifiquement aucune différence entre le labeur professionnel que le besoin impose au paysan ou à l’ouvrier, et l’exercice plus ou moins élégant auquel s'adonne un sportsman. Le manœuvre qui scie du bois, et le gentleman qui fait des armes produisent tous les deux du travail musculaire . Mais l’homme du monde fait de l’exercice à ses heures, règle ii son gré le temps qu’il y consacre et prend, suivant les préceptes de l’hygiène, la nourriture et le repos, tandis que le pauvre hère travaille trop, mange mai et dort peu.

E. l,Ann>NnK. t

C’est pour ces raisons que le travail épuise l’un, pendant que l’exercice fortifie l’autre.

Du reste, ce que l’ouvrier fait par nécessité, l’homme passionne pour les jeux violents peut le faire par excès d’ardeur. Dans les deux cas le résultat est le même , et l’abus d’exercice amène aussi bien que l’excès de travail l’épuisement et le surmenage.

Exercice du corps et travail sont donc synonymes au point de vue physiologique et nous les confondrons dans cette étude en les ramenant à leur acte fondamental, la contraction musculaire.

I

Les agents immédiats du mouvement sont les muscles^ faisceaux de fibres rougeâtres dont l’ensemble forme les masses charnues qui entourent les différentes pièces du squelette.

Les muscles entrent, comme poids, pour plus de moitié dans ia structure du corps humain. De là l’importance de l’exercice musculaire comme modificateur de la nutrition. En effet, le travail change profondément la condition physiologique et la composition chimique des muscles, et beaucoup d’exercices font travailler à la fois toutes les régions musculaires du corps. On comprend ainsi que l’organisme puisse se trouver associé tout entier aux modifications survenues dans une masse si importante de tissus vivants.

Les tissus musculaires du corps sont divisés en faisceaux plus ou moins volumineux , de forme généralement allongée , et présentant deux extrémités dont chacune se termine le plus souvent par un tendon qui la rattache à un os. Chacune de ces divisions constitue un muscle, et chaque muscle se subdivise en faisceaux secondaires. Enfin , les faisceaux secondaires eux-mêmes se décomposent en fibres primitives , éléments fondamentaux de- 1 organe.

Les fibres primitives du muscle sont constituées essentiellement par une sorte de gaine membraneuse appelée sarcolemme^ dont le contenu est le suc musculaire .

Le suc musculaire, ou plasma^ est complètement liquide à une basse température. — Kühn en rapporte une curieuse preuve : il a vu un helminthe vivant nager dans l’intérieur d’une fibre primitive. — Maison ne peut constater la nuiditê du plasma que parles froids

LES OKGANES DU MOUVEMENT o

rigoureux qui congèlent les autres matériaux du muscle. Poui le voir à l’état liquide, il faut l’observer à — 3“. Il tend déjà à se coaguler à 0”, et, quand la température dépasse 43°, il passe tout à fait à l’état solide.

Le plasma ne se coagule pas seulement sous 1 influence de la chaleur. Il tend aussi à se solidifier par le contact de certains acides^ et notamment de l’acide lactique qui se forme dans les muscles en travail.

Nous verrons, en parlant des phénomènes de la fatigue, quel rôle important joue dans le surmenage aigu la coagulation des sucs musculaires sous l’influence de la chaleur excessive et des produits acides abondants qui se développent dans les muscles forcés.

Les muscles sont doués de la propriété de se contracter, c’està-dire de se raccourcir en rapprochant leurs extrémités, à la façon d’un cordon de caoutchouc distendu qui revient sur lui-même.

Quand un muscle se contracte, il attire à lui les os auxquels il est attaché. Grâce à des effets variés de levier, de poulie, de pivot, etc., qui se passent dans les articulations, ce mouvement fondamendal de traction se transforme à l’infini , et les membres se fléchissent, se tendent, se tournent et se retournent dans tous les sens.

Les muscles sont chargés d’exécuter les mouvements ; mais ils ne peuvent les provoquer par eux-mêmes , sans le secours d’un agent qui les fasse entrer en contraction. La force contractile du muscle est une force latente comparable à celle de la poudre à canon qui ne peut détoner sans l’étincelle. Le muscle livré à lui-même reste inerte et ne peut sortir de son inaction, de son repos, s’il n’y est sollicité par un excitant quelconque.

L’excitant le plus habituel du muscle est la Volonté, mais beaucoup d’autres agents peuvent mettre en jeu ses propriétés contractiles. Toute action mécanique , physique ou chimique portée surle muscle, un choc, une piqûre, une décharge électrique, le contact d’un acide énergique, etc., peut jouer le rôle d’excitant, et provoquer des contractions et des mouvements.

Pour mettre en jeu V irritabilité du muscle, propriété grâce à laquelle l’organe excité entre en contraction, il suffit que l’agent excitant soit appliqué directement sur la fibre musculaire. Ainsi, sur un animal qu’on vient de sacrifier, il suffit de mettre un muscle à nu et d’en pincer fortement les fibres pour voir ce muscle se contracter et faire mouvoir les os auxquels il s’attache.

I.E TRAVAIL MUSCULAIRE

Au premier abord, on serait tenté de croire que la volonté aussi bien que les autres excitants du muscle, agit directement sur l’organe moteur.

Le fai-t de vouloir et le fait d’agir paraissent si intimement liés l’un à l’autre qu’ils semblent se confondre. Au moindre commandement, notre main saisit un objet, le place ou le déplace, et obéit avec tant de ponctualité et de rapidité que la volonté semble exciter directement les muscles. Il n’en est rien, et cette faculté a besoin, pour leur transmettre ses ordres, d’un enchaînement très compliqué d’organes intermédiaires, sans lesquels son action est' nulle.

Ces intermédiaires sont les nerfs, la moelle épinière et le cerveau.

Si on coupe les nerfs du bras, la volonté la plus énergique s’épuise en vain pour chercher à mouvoir le membre : les muscles ne se contractent plus.

On dit généralement que la section des nerfs paralyse

les muscles. L’expression n’est pas exacte : ces muscles n’ont pas perdu la faculté de se contracter, mais ils sont soustraits à l’influence de la volonté, et ne reçoivent plus ses ordres. Sous l'influence d’autres causes d’excitation, ils continueraient à entrer en contraction et à faire mouvoir les os auxquels ils s’attachent. Si l’on électrise ces muscles qui semblent paralysés, si même on se contente de les pincer fortement, on y provoque des contractions et des mouvements.

Une section de la moeiie epmière, une lésion du cerveau, ont aussi pour résultat de mettre les muscles hors de l’atteinte de la volonté, sans, pour cela, détruire leur contractilité.

La contractilité est une force inhérenie au muscle et qui ne lui vient pas de son nerf moteur. Si l’on détruit avec soin tous les filaments nerveux qui se rendent à un muscle, celui-ci, réduit à ses seuls éléments, ne perd pas pour cela la faculté d’entrer en contraction sous l’influence d’une excitation quelconque.

Le muscle a une individualité et une puissance propres, en dehors de toute action nerveuse.

En détachant un muscle de la cuisse sur un chien qui vient d’être sacrifié, on peut faire exécuter du travail par ce muscle ainsi isolé et qui n’est plus qu’un lambeau du corps de l’animal. Si on fixe le muscle à un clou par une de ses extrémités, tandis qu’on attache à l’autre extrémité un poids qu’on laisse retomber verticalement, il suffit, le muscle étant ainsi tendu, de pincer

LES OHGANES DU MOUVEMENT O

fortement ses fibres, pour le voir entrer en contraction et soulever le poids.

Le muscle a une grande puissance de vie et conservée longtemps la faculté d’agir, pourvu qu’il reçoive une excitation suffisante. Aussi, dans beaucoup de cas, ne faut-il pas attribuer au système musculaire l’impuissance d’agir que manifeste un homme fatigué. Presque toujours , dans les actes habituels de la vie , c est la volonté, — agent excitateur des contractions musculaires, — qui faiblit la première, bien avant que le muscle ait perdu ses propriétés contractiles sous l’influence d’un travail prolongé.

TI.

On peut comparer les nerfs moteurs aux fils métalliques destinés à conduire à un appareil récepteur l’électricité qu’ils reçoivent d’un appareil électro-moteur. Ils portent aux muscles les excitations émanant du cerveau. Ils leur portent aussi toutes celles qui peuvent leur venir des agents extérieurs. Un pincement, un choc électrique, le contact d’un acide, peuvent actionner le muscle par l’intermédiaire du nerf. Si l’on électrise un cordon nerveux, l’effet produit sur le muscle auquel se rend ce cordon sera identique à celui qu’on obtiendrait en électrisant directement le muscle.

La Volonté a besoin du secours des nerfs pour transmettre aux muscles l’ordre d’agir. Chez l’homme le plus vigoureux et le plus énergique, il suffit de couper un de ces petits filaments si grêles pour voir tomber dans l’inertie les muscles auxquels il se rend. La Volonté s’épuise alors en efforts inutiles et donne en vain des ordres répétés. Son appel n’est pas entendu.

C'est ainsi qu’entre deux postes télégraphiques la rupture des fils rend toute communication impossible.

Les nerfs n’ont, par eux-mêmes, aucune action capable de provoquer des mouvements. Ils ont pour rôle unique de transmettre aux muscles les excitations qui mettent en jeu leurs propriétés vitales.

Il faut dire pourtant que, suivant certains physiologistes, le nerf, outre le pouvoir de conduire une excitation qu’il reçoit, aurait encore celui de renforcer cette excitation.

D’après Pflüger, dans un nerf ébranlé soit par un choc mécanique, soit par une décharge électrique, soit encore par l’action

LE TliAVAlL MUSCULAIRE de la volonté, il se passerait un phénomène que ce physiologiste appelle V avalanche nerveuse. De même qu’un bloc de neige détaché d’un haut sommet grossit en descendant la pente du névé et présente, à son arrivée dans la vallée, une masse plus grande qu’au départ , ainsi l’excitation subie par le nerf se trouverait amplifiée par son passage à travers le cordon conducteur et arriverait au muscle beaucoup plus intense qu’elle n’a été produite à l’origine.

Le nerf serait donc un appareil de renforcement en même temps qu’un appareil conducteur: il augmenterait l’intensité des excitations qu’il transmet, comme le microphone augmente l’inlensité des sons qui le traversent.

Si la théorie de Pflüger est exacte, et si le nerf a réellrment le pouvoir d’amplifier les excitations qu’il conduit au muscle, il nous est permis de croire que ce pouvoir se développe par l’exercice, comme toutes les aptitudes physiologiques des organes qui travaillent. Les nerfs moteurs d’un homme qui se livre aux exercices du corps doivent donc devenir plus aptes à renforcer les excitations volontaires. Cette aptitude peut entrer pour une certaine part dans l’augmentation de force parfois surprenante qu’on observe chez les hommes entraînés^ et qu’on ne peut pas toujours expliquer par l’accroissement des tissus musculaires; elle permettrait d’obtenir avec un effort de volonté modéré une excitation plus intense de la fibre motrice, et, conséquemment, une contraction plus énergique.

Les nerfs ont, de tous les tissus nerveux, la structure la plus simple, car on n’y observe qu’un seul tissu fondamental, la substance blanche. Cette substance est constituée par des éléments allongés en forme de fibres creuses ou de tubes dans lesquels on aperçoit au microscope une sorte de filament qu’on appelle cylindre-axe. Dans les points où le nerf moteur se distribue au muscle, le cylindre-axe se termine par un épanouissement en forme de disque qu’on appelle la plaque motrice et qui se confond intimement avec les parois d’enveloppe des dernières fibrilles musculaires. La plaque motrice est le Irait d’union qui unit le nerf au muscle. C’est par elle que s’établit la comm. nicalion entre l’organe moteur et le conducteur qui lui porte les ordres de la volonté.

LES ORGANES DU MOUVEMENT

III

La moelle épinière semble formée par la réunion de tous les nerfs du tronc et des membres. Elle a la forme d’un gros cordon blanc, auquel viennent aboutir aussi bien les nerfs sensitifs que les nerfs moteurs, et qui se continue avec le cerveau, dont elle est en quelque sorte un prolongement.

Deux substances entrent dans sa composition: l’une est blanche comme le tissu des nerfs, l’autre présente une coloration grise.

La substance blanche forme les couches extérieures de la moelle. Elle présente la même structure élémentaire que les nerfs, et offre les mêmes propriétés conductrices que ces organes; mais, étant formée par des fibres nerveuses sensitives, aussi bien que par des fibres motrices, elle a des propriétés mixtes : sa région postérieure est conductrice des impressions sensitives, tandis que sa région antérieure transmet les excitations motrices.

Par sa substance blanche, la moelle épinière ne diffère nullement des nerfs. Si on la sectionne transversalement, les mouvements volontaires sont abolis dans tous les muscles qui reçoivent .eurs nerfs des parties situées au dessous de la section. Si, au contraire, on pince fortement ou si on électrise ses cordons antérieurs , on provoque des contractions involontaires dans les muscles innervés par les points sur lesquels porte l’excitation.

La substance grise fait de la moelle un centre nerveux, c’està-dire un organe capable non plus seulement de conduire une excitation motrice , mais encore de provoquer spontanément un mouvement dans le système musculaire. Elle est formée par des cellules irrégulièrement sphériques présentant des prolongements filamenteux qui les mettent en communication les unes avec les .autres, et qui les rattachent aussi anatomiquement et physiologiquement aux tubes nerveux moteurs et sensitifs. La cellule nerveuse est l’élément le plus élevé dans la hiérarchie des tissus vivants : quand on la rencontre dans un point du système nerveux, on peut être sûr que cette région est douée d’une puissance propre et ne relève d’aucune autre.

Le pouvoir propre de la moelle épinière se révèle par la faculté qu’elle a de provoquer des excitations motrices dans les muscles sans le secours du cerveau, et sans l’ordre de la volonté.

Lli THAVAIL ML’SCL'LMKt:

Des animaux décapités peuvent faire spontanément des mouvements, pourvu que leur moelle épinière soit intacte.

Un canard auquel on vient de couper la tête bat des ailes et peut même marcher quelques pas.

Sur le corps d’un homme qui vient d’être décapité, si on pince fortement le bras ou la jambe, ces membres se retirent comme si le supplicié sentait l’impression subie par la peau, et cherchait à s’j^ soustraire.

Tous ces mouvements ont l’apparence des mouvements voulus; ils sont cependant inconscients et involontaires, comme tous ceux qui s’exécutent sans le concours du cerveau.

Pour donner une idée du pouvoir de la moelle épinière réduite à son action propre, et agissant sans l’aide du cerveau, on ne peut mieux faire que de citer la curieuse expérience qui suit ;

« Si on coupe la tête à une grenouille, l’animal s'agite et se « tord pendant un instant, puis s’arrête. Il resterait toujours immo- « bile s’il était tenu sous une cloche, dans un milieu humide, à « l’abri de toute excitation. Mais si l’on touche une de ses jambes,

« ou si on laisse tomber dessus une goutte de vinaigre, la gre- « nouille cherche aussitôt à fuir et à éloigner la cause qui a « troublé son repos. Verse-t-on la goutte de vinaigre sur la jambe « gauche, elle cherche à s’essuyer avec la droite, et vice versa. » A première vue, cela paraît intelligent, et la grenouille semble avoir fait acte de volonté consciente; si on poursuit l’expérience, on voit pourtant que le mouvement de la grenouille dépourvue de cerveau n’est qu’une réponse mécanique à une excitation vive, et nullement un acte calculé en vue d’échapper à un danger.

« Goltz et Portes, ayant pris une grenouille, enlevèrent le cer- « veau et puis la plongèrent dans l’eau contenue dans un vase de « verre. En la touchant, ils la virent nager comme pour fuir, et « sauter même hors du vase. Ayant ensuite réchauffé 1 eau très « lentement, de manière à arriver sans transition brusque à une « température très élevée, la grenouille ne bougea pas, ne cher- « cha pas à sauter hors dti vase, et finalement se trouva cuite, « sans avoir fait aucun acte qui indiquât qu elle eût conscience « du danger (1). »

Les mouvements de la grenouille décapitée sont des mouvements réflexes.

Dans les mouvements réflexes, la volonté ninlersienl pas

(i) Mosso, la Peur. Paris, Fùlix Alcnu vnivrai::.\TS nf;r;.E\'n:s 9

L’excitant de l’acte musculaire est une sensation qui remonte tout le long du nerf sensitif jusqu’à un point donné de la moelle épinière d’où part un nerf moteur. La fin du nerf sensitif et le com mencement du nerf moteur se rencontrent dans une même cellule de la moelle, d’où part un troisième filet nerveux se dirigeant vers le cerveau.

Quand l’impression sensitive, au lieu de cheminer vers la tête par ce troisième filet ascendant, s’arrête dans la moelle épinière, celle-ci la renvoie transformée en mouvement dans la direction du muscle, où le nerf moteur la conduit. L’impression se réfléchit sur le centre moteur et revient sur elle-même au lieu de continuer sa route, comme se réfiéchissent les ondes sonores de la voix, qui, se heurtant contre un mur, reviennent en arrière pour donner naissance à l’écho.

On peut dire qu’un mouvement rétlexe est Vécho d’une impression sensitive.

11 n’est pas nécessaire que le cerveau soit détruit pour que les mouvements réflexes se produisent: il suffit qu’il ne prenne pas part à l’acte musculaire. Dès lors, celui-ci n’est plus voulu et se produit inconsciemment, comme on l’observe chez un homme endormi, ou même chez un homme préoccupé, qui, suivant une expression aussi vulgaire que juste, a « la tête ailleurs » et ne songe pas à ce qu’il fait. On voit tous les jours un homme préoccupé dépasser en marchant le seuil de sa porte, où il se proposait pourtant d’entrer. On dit qu'il est distrait et que ses jambe-^ agissent par un mouvement automatique. Ce mouvement automatique de la marche a été d’abord très laborieusement appris par l’enfant, puis il est devenu d’une exécution si facile que le cerveau n’y prend aucune part. La sensation que produit 1 ' sol sur la plante du pied, quand il s’y repose, détermine, par effet réflexe, un mouvement de l’autre membre qui vient son tour se poser en avant du premier, et ainsi de suite. Cette succession régulière des mouvements des jambes qui sont tantôt reposées sur le sol, tantôt enlevées de terre, peut se faire sans qu ■> la volonté y prenne part et sans que le cerveau *en ait conscience.

Dans les exercices du corps, une foule de mouvements peuvent devenir automatiques par l’habitude, et il arrive que, pendant leur exécution, la volonté peut s’occuper ailleurs sans participer à l’action des muscles. C’est alors la moelle épinière seule qui préside à ces mouvements, en dehors de toute intervention du cervoaii.

LE TKAVAIL MUSCULAIRE

Nous aurons l’occasion, en parlant des applications thérapeutiques de 1 exercice , de mettre à profit les notions sommaires que nous venons d’exposer. Nous ferons ressortir l’importance qu il y a pour l’homme surmené par le travail de tête à rechercher de préférence les exercices automatiques, qui n’exigent pas l’entrée en jeu du cerveau.

La moelle épinière peut dans bien des cas, grâce à son pouvoir auto-moteur, suppléer le cerveau, et présider seule à des mouvements très compliqués. Mais son intégrité absolue est nécessaire pour 1 accomplissement des mouvements automatiques ou réflexes. Si on introduit la tige d’un stylet dans le canal vertébral d une grenouille fraîchement décapitée, on anéantit complètement son pouvoir réflexe, par suite de la destruction de la moelle que l’instrument déchire. L’animal perd à l’instant même toute faculté de réagir en présence d’un agent qui mettrait en jeu la sensibilité de la peau; on ne peut obtenir des mouvements dans ses membres qu’en excitant directement les muscles ou leurs nerfs moteurs.

IV

Le Cerveau a la forme d’une masse arrondie, grisâtre et molle. Il est composé, comme la moelle épinière, de substance blanche et de substance grise, et renferme, comme elle, des tubes nerveux et des cellules. Mais, — à l’inverse de ce qu’on observe pour la moelle, — la substance grise occupe la périphérie, V écorce du cerveau, tandis que la substance blanche se trouve au centre De plus, dans l’épaisseur de la substance blanche, se trouvent des noyaux importants de tissu gris, indiquant la présence, dans certaines régions centrales de l’organe, des cellules nerveuses, foyers d’activité propre.

Dans le cerveau, comme dans la moelle, la substance blanche est conductrice .des excitations reçues, tandis que le pouvoir d’émettre spontanément des excitations motrices est dévolu à certaines cellules de la substance grise.

La substance grise du cerveau peut, comme celle de la moelle, manifester son activité propre par des effets réflexes. Le cerveau donne naissance à des nerfs moteurs et à des nerfs sensitifs, et une impression sensitive peut donner lieu à un mouvement réflexe dans les muscles animés par les nerfs crâniens. — C’est action du cerveau ainsi que, chez un animal fraîchement décapité, une goutte de vinaigre appliquée sur la surface de l’œil provoque un resserrement des paupières.

Le cerveau est donc, comme la moelle épinière, un centre de motilité réflexe ; mais il est de plus un centre de motilité volontaire.

C’est là, au point de vue des mouvements, la caractéristique du cerveau : le cerveau enlevé, tout acte musculaire voulu disparaît avec lui.

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