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HISTOIRE DE LA BELGIQUE. MAISONS SOUVERAINES DE BELGIQUE AVANT CELLE DE BOURGOGNE. MAISON DE HAINAUT. MAISON DE FLANDRE. MAISON DE NAMUR. MAISON D ARDENNE. mnnn si maotuaih, Baudouin bras de fer, (Traditions Carlovingiennes relatives à (Traditions Carlovingiennes relatives à ogier l'ardenois, épouse en 846 Ermengardc, fille de épouseen864 Judith, fill.-ilo Charles le Chauve. naimes de bavièuh). vulgairement appelé le Danois. l'empereur Lothaire. f 878. wigéric, Régnier au long col, comte de Bedgau et de Trêves, duc de Lotharingie. Baudouin le chauve. bérenger, allié aux Carlovingiens. f MO? f 916. +918- comte de Namur, ' ' " . . , I» . «icKFIUED GODEFROID. ■ — — arnoul le grand. épouse Symphonane, fille do ± , t ' ì ™- + <)..<_ (o) giselbert ii, (c) réonier n , (b) lambert 1", + 9)l , Régnier aulong Col. 1" comte de Luxembourg.
T soa. duc de Lotharingie, comte de Hainaut, comte de Louvain, +932. T **• ■ , . + 939. f982. a pour héritier son Baudouin le .ieune, ntnm» I-. W «M (a) godeeroid le captif u_.gn.er m. petit-neveu mort avant son pèiv. +1019. comte d'Arlon. comte de Verdun. + 1000? + 970. Lambert II. arnoul le je i m robert i". ■ + 1000.' — — f 980. giselbert, i ■uí.ni.iìicii, godefroid le pacifique, gotiielon le grand. (b) lambert ii, (a) RÉGNIER iv, + "88' ALBERT I». comte de 1 ,ux.ml>. duo de ducdoBasse-Lorraine. duc de Basse-Lorraine. comte de Louvain comte de Hainaut. Baudouin iv (le Barbu). f 1000 +1060. Basse-Lorraine, +1023. + 1013 et de Bruxelles. + 1015. +1013. +1036. _ fonde Limhourg. WAIÍBAK. ■ . ______ . Tr ,, r.„, «„„_„.„ .,-„. „ +1065. +1052? GODEFROID LE COURAGEUX. gothelon in — "" RÉGNIER V, BAUDOUIN V (de Lille).
ROBERT II, ALBERT II, T»™' ' ,, ■&„•„• „nf\ iienri i". lambert m. +1036. +1067. comte do namur, comte de Namur Judith, + 106X (ie raintani). + 1038. f 1063. - . f 1018. après Robert Conrad i". héritière de Iim- — ~~ZT~T henriii. richilde, épouse Baudouin vi (deMons) Robert le frison chasse les enfants de Baudouin VI. Mathilde, +1037. . t">86. tíourg, mariée à...WALtaAS-TOON. mbmd >U BO ssu. Ida de BoUlogm. + 1076. +1086. +1070. +1093. mariée à Guillaume albert m. T «W* + 1U7b godefroid. ||| ' ' 1 C '■ i + 1105 — — — — — ■ _———-- — ' "K BOUILLON, henri m. godefroid i" arnoul m Baudouin n, robert n AUx Gcrtrude Robert, godefroid, marié à Ermésinde, guillai iiuNin.'. roi de Jérusalem. + 1095. (le Barbu), (le Malheureux), comte de Hainaut. (de Jérusalem), de Dauemarck. d'Alsace. duc de' t 1139. de Luxomb. c" de Luxemh. duo de Iimbourg. +1100. duc de Lothier. comte de Flandre. +1098. +1111.
Chapitre II
EXPÉDITIONS DE CESAE EN BELGIQUE. L'obscurité qui couvre les premiers âges de l'histoire des Belges comme Tenfance de tous les peuples, ne cesse qu'à l'époque où les armées de Rome pénétrèrent jusqu'à eux. Les Romains, déjà maîtres de la plus grande partie du monde civilisé, avaient commencé, 120 ans avant J.-C, à étendre leur puissance au nord des Alpes. Leurs soldats, couverts de fer, ad mirablement exercés et disciplinés , et conduits par des chefs d'une rare intelligence, avaient eu peu de peine à vaincre quelques uns des peuples à demi barbares de la Gaule. Cinquante-neuf ans avant notre ère, ils portèrent leur armée à huit légions, ce qui faisait, avec les auxiliaires, plus de 80,000 hommes, et ils en donnèrent le commandement à Jules César. Celui-ci voulut soumettre la Gaule entière, pour se rendre ensuite maître de Rome elle-même.
Après avoir remporté plusieurs grandes victoires, et battu les Belges des bords de la Seine, il entra sur le territoire des Ner viens, et vint camper avec six légions au sommet d'une colline située sur la rive droite de la Sambre (on croit que c'est près du village de Haumont). Quelques guerriers s'étant montrés à l'autre bord, il envoya contre eux sa cavalerie et ses troupes légères, tandis que le reste de ses soldats fortifiait le camp. Mais derrière les bois de la rive gauche était rassemblée l'armée entière des Nerviens , auxquels s'étaient joints deux peuples qui habitaient au midi de la Belgique actuelle, les Atrébates et les Véromandois. ATapproche des cavaliers, tous s'élancent en avant, les soldats de César sont mis en fuite, et les Belges, conduits par le Nervien Boduognat, passent hardiment la Sambre, gra vissent la colline au pas de course et fondent sur les légions étonnées.
Les Atrébates et les Véromandois, chargés d'attaquer le centre et la gauche , reculèrent bientôt devant la ligne de fer des Romains ; seuls les Nerviens , donnant sur la droite de Ten nemi , enfoncèrent les deux légions qui leur faisaient face et pénétrèrent dans le camp. Alors César, saisissant un bouclier, fut obligé de payer de sa personne, et courut le plus grand péril. Cependant Tarrivée de deux nouvelles légions, et Teffort réuni de toutes contre les Nerviens, mal soutenus par leurs alliés, décidèrent enfin la victoire en sa faveur. Les Belges se firent tuer sans cesser de combattre, et sans vouloir faire un pas en arrière. Après cette défaite sanglante, mais glorieuse, où tous leurs chefs, à Texception de trois, avaient trouvé la mort, ils acceptèrent Talliance de Rome et s'engagèrent à ne plus com battre contre elle.
Les Aduatiques étaient en marche pour se oindre aux Ner viens. A la nouvelle de la victoire de César, ils eculèrent; mais il les poursuivit jusque dans Tintérieur de leur pays. Une grande partie de la nation s'était réfugiée dans leur jjrincipale forte resse, située sur le plateau escarpé de Falise, près de Huy, et qui n'était accessible que d'un seul côté : les Romains Tassié gèrent. Leur expérience et Tart de leurs chefs f emportant sur la force et la valeur aveugle des Belges , la ville fut bientôt forcée , et César, sous prétexte d'une attaque déloyale tentée par les Aduatiques, fit vendre comme esclaves les prisonniers de tout âge et de tout sexe : il y en avait cinquante-sept mille. Ainsi succombèrent, l'un après l'autre (l'an 57 av. J.-C), les deux grands peuples du midi de la Belgique.
L'année suivante, César marcha contre les Ménapiens. Ceux-ci étaient ligués avec les Morins qui habitaient la côte à Touest de nos frontières. Le Romain les attaqua vers la fin de Tété , croyant pouvoir en venir aisément à bout. Mais les Belges , au lieu d'engager un combat imprudent, se tinrent sur la défensive derrière les bois qui cou vraient la plaine du côté de Toccident. L'ennemi voulut alors raser ou du moins percer ces bois. Les légionnaires s'armèrent de haches; mais les flèches des Ménapiens et leurs attaques subites interrompaient à chaque instant les travailleurs. Le soldat pesamment armé avait du désavantage dans ce genre d'escar mouches , et Tapproche de la saison des pluies décida la retraite des Romains. Toutefois ils furent plus heureux contre les Morins , Tannée suivante.
Les Ménapiens seuls se montrèrent indomp tables, et César ne réussit qu'à leur brûler quelques villages abandonnés; triste avantage, qui ne lui donnait pas même l'honneur de la lutte. Cette résistance opiniâtre des habitants des basses terres fut bientôt suivie de tentatives secrètes de plusieurs chefs belges et gaulois, pour réunir leurs peuples contre Tétranger. Le projet fut formé par Indutiomar, un des chefs des Trévires; mais la première attaque fut tentée par les Éburons, petit peuple des bords de la Meuse, tributaire des Aduatiques avant leur défaite, et dont le nom était encore obscur parmi les Belges. Ils étaient conduits par un de leurs deux rois, Tintrépide Ambiorix, dont Taudace et la constance ont immortalisé le souvenir, quoiqu'il n'ait eu d'autre historien que César, qui fut pour lui un ennemi acharné et peut-être un écrivain déloyal.
Le conquérant avait distribué son armée en quartiers d'hiver, par une année de disette (54 av. J.-C). Une légion et la moitié d'une autre vinrent camper chez les Éburons (probablement à Tongres). Ambiorix, que les Romains ont voulu accuser de ruse et de perfidie, sur prit tout à coup leurs fourrageurs, menaça leur camp, et ne pouvant Tenlever de vive force, eut Tadresse de persuader aux lieutenants de César d'en sortir d'eux-mêmes pour aller rejoindre un autre corps d'armée. Ce fut leur perte. Les Éburons tail lèrent en pièces leurs soldats, et ceux qui purent regagner le camp s'entre-tuèrent eux-mêmes pour ne pas tomber dans les mains de Tennemi. Après cette victoire, Ambiorix passe chez les Aduatiques, puis chez les Nerviens, les soulève et les con duit à Tattaque d'un second camp situé du côté de la Sambre, et commandé par Quintus Cicéron.
C'en était fait de ce deuxième corps, sans la trahison d'un Nervien qui fit avertir César. Le Romain accourut avec quelques légions, dégagea ses troupes assiégées, et eut bientôt détaché de la ligue les Nerviens et les Aduatiques. D'un autre côté, Indutiomar avait péri et les Tré vires s'étaient soumis. II ne restait rien à Ambiorix de son succès que sa renommée et la haine de son ennemi. Cette haine était violente et implacable. Le conquérant avait perdu une légion et demie , et ce sanglant échec avait failli renverser sa puissance. II voulut effrayer les Belges par un exemple, et pour s'assurer sa proie, il avança d'abord jusque dans les marécages des Ménapiens, les menaçant d'une guerre d'extermi nation, s'ils donnaient asile à son adversaire, tandis qu'il leur offrait la paix à la seule condition de le repousser.
Le traité fut conclu , et les peuples qui bordaient le Rhin ayant été également effrayés par des démonstrations militaires, ou gagnés par des alliances avantageuses , César crut qu'il était temps de marcher contre Ambiorix, désormais complètement isolé et qui semblait ne pouvoir échapper à son ressentiment. II Tenveloppa de toutes parts à la tête de neuf légions. Le Belge , loin de perdre courage à Tapproche de ces forces inégales , fit cacher dans les marais tout ce qui ne pouvait pas combattre , et laissa les Romains ravager la plaine; mais il leur en coûta tant de monde quand ils voulurent le poursuivre dans les bois et parmi les inondations, que le con quérant étonné fit publier chez tous les peuples d'alentour qu'il donnait les Éburons et leurs dépouilles à quiconque voudrait les prendre.
Cet appel honteux et féroce amena seulement deux mille cavaliers germains , qui , ne cherchant que le pillage , attaquèrent les bagages de César lui-même, lui tuèrent un millier de soldats et faillirent prendre son camp. Pour Ambiorix, suivi de quelques cavaliers d'élite, il évita constamment les attaques de Tennemi, sans s'écarter jamais que d'une faible distance ; et le Romain, trompé dans sa vengeance , se retira enfin en accusant la fortune. Là se bornèrent les expéditions de César en Belgique, expéditions à la suite desquelles il écrivit que les Belges étaient le peuple le plus brave de la Gaule. Quoiqu'une partie de cet éloge appartînt aux nations qui s'étendaient jusqu'à la Seine, c'était sans comparaison sur le sol de la Belgique actuelle que la résis - tance avait été la plus ferme et la plus glorieuse.
Chapitre III. La Belgique Sous La Domination Des Romains
Avant de retourner en Italie , César avait complètement soumis une grande partie de la Gaule ; d'autres généraux lui succédèrent dans ce pays et y étendirent l'influence romaine, jusqu'à ce que, sous l'empereur Auguste, tous les Gaulois, parmi lesquels on comprenait les Belges, acceptèrent définitivement Talliance ou plutôt la domination de Rome. Ce fut à peu près 27 ans avant J.-C. que fut conclu cet arrangement, qui fit de la Gaule une partie de l'empire romain. Si ce traité détruisit l'indépendance des peuples de la Belgique, il servit du moins à hâter le moment de leur civilisation. Dejà le voisinage et le contact des Gaulois avaient appris à ces hommes du Nord à connaître les richesses et les arts des nations policées. Mais l'influence des Romains, qui étaient au faîte de leur grandeur, devait produire une révolution complète dans un pays jusqu'alors à demi sauvage.
Ils y portèrent à la fois leur gouver nement, leurs lois, leur manière de vivre, et tout Tordre de choses établi parmi eux. A Tarrivée de César, les Belges conservaient encore les usages que leurs ancêtres avaient apportés de Germanie: mais depuis cette époque, leur transformation fut rapide. Nous en indiquerons les principaux traits. Le célèbre Agrippa fut le premier gouverneur des contrées acquises par Auguste. On croit que la Belgique lui dut la con struction de grandes routes qui, partant du pays des Nerviens, se dirigaient vers Tintérieur de la Gaule , vers la Manche et vers les bords du Rhin. II y forma aussi une nouvelle nation des débris des Éburons et des Aduatiques, auxquels il joignit les tribus voisines de TArdenne , jusque-là vassales des Trévires. Ces populations ainsi réunies et mêlées ensemble , ayant la même origine et les mêmes mœurs, leur alliance augmenta leur force et leur prospérité.
Elles prirent le nom de Tongres , que conserve encore aujourd'hui leur capitale, autrefois appelée Aduatuca. Dans leurs efforts pour donner à ces nouvelles provinces une organisation régulière, les successeurs d' Agrippa imitèrent sa prudence en ménageant les peuples belges, qui se montrèrent bientôt assez attachés à Rome pour la servir avec zèle contre les Germains. Les Nerviens surtout furent traités de la manière la plus favorable. Jouissant du titre d'alliés libres , ils conservèrent à Tintérieur toute leur indépendance , tandis que la paix et les communications ouvertes à travers leur pays les entraînaient rapidement dans la voie de la civilisation. Leur capitale Bavai, située un peu au midi de nos frontières actuelles , prit la forme d'une ville italienne , et eut ses monuments dont il subsiste encore quelques débris.
Peu à peu le gros de la nation adopta les mœurs et la langue des Romains, qui s'étaient répandues dans la Gaule. Cependant ils ne perdirent pas le souvenir de leur origine germa nique, et ils se vantaient encore cent ans après J.-C. d'être d'une autre race que les Gaulois. Les Tongres, moins privilégiés que leurs voisins sous le rapport de la liberté , paraissent avoir été tenus de fournir beaucoup de soldats à l'empire. Mais pour un peuple jeune et belliqueux, cette obligation ne semblait pas trop pesante. Les cohortes tongroises, dont la valeur est souvent louée par les anciens, obéissaient à des chefs nationaux qu'elles choisissaient elles-mêmes. Ceux des soldats qui servaient dans les corps romains étaient souvent appelés à faire partie de la garde des empereurs, et les débris des vieux tombeaux de Rome offrent encore les noms d'une foule de Tongres choisis pour ce service d'honneur.
On peut juger de la prospérité à laquelle parvint le pays par les vestiges de son ancienne capitale, beaucoup plus considérable que la ville actuelle. Des noms d'autres villes et des traces de routes antiques, montrent que les deux bords de la Meuse furent complètement défrichés et cultivés du temps des Romains. Là aussi se répandit la langue latine : car si le dialecte flamand règne aujourd'hui dans une partie de Tespace jadis occupé par eux, c'est que de nouvelles populations s'y fixèrent plus tard, lors de la décadence et de la chute de l'empire. Cette adoption du latin dans la Belgique méridionale n'est pas un fait qui doive nous surprendre. Non seulement la domination des Romains fut de longue durée, puisqu'elle se prolongea pen dant cinq siècles , mais encore leur idiome était le seul qui pût répondre aux nouveaux besoins du pays.
En effet, les lois, les habitudes, les arts, le luxe et la civilisation qu'ils avaient apportés aux Belges, étaient des choses aussi étrangères à Tantienne langue qu'aux anciens habitants. Non seulement il fallait parler latin pour être compris des gouverneurs et de leurs officiers, ainsi que de tous ceux qui possédaient le pouvoir, mais encore on ne pouvait guère exprimer dans un dialecte germanique toutes ces nouvelles idées qu'on tenait de Rome. Ajoutons que les Gau lois et les Belges n'avaient pas d'alphabet à eux, et ne faisaient usage que de lettres latines, comme on le voit par leurs plus anciennes monnaies. II paraît donc que leurs langues nationales ne s'écrivaient point, et par conséquent ils étaient forcés de recourir à celle des Romains pour toute espèce d'actes et de correspondances.
Ainsi, ces nations si brusquement arrachées à la barbarie se trouvèrent entraînées d'une manière irrésistible à changer d'idiome, et adoptèrent le latin. Mais comme ce latin était celui de la Gaule, un certain nombre de mots d'origine celtique y restèrent mêlés. Cependant les termes de ce genre sont très-peu nombreux dans les dialectes wallons (1), qui abondent au contraire en expresssions et en formes germaniques. L'idiome primitif de ces provinces n'était donc pas celui des Gaëls, comme beaucoup d'écrivains Tont supposé. L'esprit des coutumes wallonnes , surtout dans le pays de Liège , offre également le cachet de liberté qui caractérise les idées et les institutions des vieux Germains, tandis que les Gaëls étaient tombés en général sous la domination absolue de leurs chefs héréditaires, et que dès le temps de César le peuple formait dans la Gaule une classe tout-à-fait assujettie.
Les habitants des terres basses de la Belgique septentrionale éprouvèrent moins directement faction du régime romain. Pro tégés par les eaux, par les bois, par Taccès difficile de leur pays, ils restèrent abandonnés à eux-mêmes, comme le prouve Tabsence de monuments, de routes, de villes romaines dans tout Tintérieur de la plaine (à Texception de la voie vers TAn gleterre, qui passait à Menin et à Wervicq, sur les limites de (1) Je crois que ces dialectes ne renferment point d'autres racines celti ques que celles qui s'étaient mêlées au latin dans la Gaule et qui se retrou vent encore dans le français. la Ménapie). Leur commerce ne fut point entravé par leurs nouveaux maîtres, puisqu'on les laissa continuer à fabriquer du sel, ce qui était contraire au monopole que le fisc exerçait sur cette matière dans tout le reste de l'empire.
Profitant de la liberté de circulation qu'avait ouverte la conquête de la Gaule, ces hommes industrieux étendirent leur trafic jusque dans Tltalie ; on les vit , comme les Morins , leurs voisins et leurs alliés , con duire à travers les défilés des Alpes les oies de leurs marais i et rapporter du Midi des arbres inconnus dans leur patrie. De ce nombre fut le platane, qu'ils acclimatèrent. II est difficile de reconnaître jusqu'à quel point l'exemple et le contact des Romains purent modifier les institutions primitives de ces Belges du Nord. Ils avaient reçu de leurs ancêtres des habitudes de liberté qui n'étaient tempérées que par des lois très-simples, et Tétendue de la région qu'ils occupaient leur permettait de se partager également les champs à cultiver. De là résultait un état de choses où Tordre public reposait sur Tassociation de tous les habitants d'un même canton : leurs tra vaux étaient communs et leurs droits égaux.
Peut-être ce vieux système germanique s'altéra-t-il à mesure que les Ménapiens subirent l'influence latine ; cependant il en existait encore quel ques vestiges dans les coutumes qui se conservaient parmi les populations du littoral au moyen âge. Le grand nombre d'objets antiques découverts dans plusieurs localités prouve que les arts et les mœurs des Romains devinrent de plus en plus familiers aux tribus maritimes ; toutefois les noms mêmes des plus anciens centres d'habitation n'offrent jamais la moindre trace de mots latins (1). On y reconnaît au contraire des racines flamandes , preuve certaine que les habitants avaient conservé la langue de leurs pères et de leur pays. Rome leur demanda quelquefois des soldats , et alors les boucliers des légions ménapiennes gardèrent pour empreinte la Guivre ou le Dragon, emblème des troupes germaniques.
Sur un de ces boucliers, le lion est joint au dragon, de même qu'on les retrouve sur le plus ancien sceau de Flandre. (1) Une inscription latine, trouvée dans le Brabant septentrional, parle de la Dea Sandraudiga, ou déesse de Santrode : c'est encore le nom flamand du village, et il signifie : sables mis en culture. La découverte d'un temple antique à Tembouchure de TEscaut , dans Tîle de Walcheren nous fournit quelques indications cu rieuses sur les usages de cette partie des Belges. La statue de la déesse que Ton y adorait sous le nom de Nehalennia était revêtue du costume que gardent encore les paysannes de Flandre, une coiffe plate et une grande mante agrafée sur la poitrine. Sur un bas-relief se trouve un chasseur portant un pantalon court et une veste ronde. Ailleurs Ton distingue un vieillard coiffé d'une toque ; et un dernier fragment de sculpture offre un Hercule nu, tenant en main une massue garnie de plusieurs rangs de pointes, arme bien connue de nos aïeux et dont leurs lois proscrivent Temploi.
En général, les historiens ont laissé dans Tobscurité les évé nements comme les hommes des trois premiers siècles de la domination romaine dans notre pays : c'est le signe de la paix dont jouissait la Belgique, et qui était si nécessaire à sa jeune civilisation. Quelquefois seulement , on rencontre des chefs ou des soldats nerviens ou tongres , cités pour une action d'énergie dans ces luttes qui se multipliaient au cœur de l'empire , plus encore que sur les frontières, à mesure que Rome vieillissait. Le sang de la race belge n'avait pas changé ; mais il coulait pour des causes étrangères. Le paganisme latin, introduit après la conquête romaine, a laissé à la surface du pays des traces incontestables de son existence. Mais on ne peut guère supposer qu'il eût exercé une grande influence sur Tesprit des populations de cette époque.
Accoutumées à révérer un certain nombre d'idoles, elles accep taient sans beaucoup de difficulté des changements de noms et de dogmes, qui n'étaient guère que des modifications de la croyance commune. II n'en fut pas de même à Tapparition du christianisme. L'im mense révolution que ses doctrines venaient d'opérer dans les idées des -nations dut surprendre ces populations septentrionales , dont la culture intellectuelle était encore récente et imparfaite. Aussi n'est-ce que bien tard que nous voyons tomber les idoles des Belges devant les autels du Dieu unique. Les premiers apôtres du pays ne paraissent que vers Tan 250 : ce sont saint Piat, chez les Nerviens, saint Euchaire, chez les Tongres. Mais on ne sait que très-peu de chose des efforts et des succès des apôtres de la ■11 Belgique et de leurs premiers compagnons.
II semble même qu'ils ne dépassèrent point les terres hautes, et que les habitants de la plaine demeurèrent encore païens, quoique saint Victricus , évêque de Rouen, eût porté la lumière de TÉ vangile jusqu'aux rivages des Morins , du côté de Boulogne et de Calais. Malheureusement cette conversion tardive et incomplète ne put produire alors les fruits qu'elle semblait promettre : car il s'accom plissait peu à peu une sorte de désorganisation sociale chez tous les peuples soumis à l'empire romain , et le moment approchait où, réduits à un état de faiblesse extrême, ils allaient devenir la proie des Barbares. Dès le troisième siècle de Tère chrétienne , l'histoire nous signale dans la Gaule un décroissement rapide de la popula tion , phénomène qui paraît s'être surtout manifesté dans le midi de la Belgique.
Du temps de César , les Nerviens comptaient au moins 300,000 têtes sur un territoire d'environ quatre cents lieues carrées. Mais sous la domination des Romains, la Nervie n'offre plus que de vastes déserts, ou d'époque en époque nous voyons les empereurs transporter des essaims germaniques, sans que le vide paraisse se combler. Ce phénomène étrange, dont l'exemple se reproduisit dans la plus grande partie de la Gaule, semble avoir eu pour cause principale Tétat servile des cultivateurs sous la loi romaine. Les uns étaient des colons attachés à la glèbe , dont la condition était si misérable qu'on en voyait partout dépérir Tespèce ; les autres, des esclaves travaillant sous le fouet de leurs gardiens. L'introduction des usages étrangers devint donc funeste aux populations agricoles, c'est-à-dire à Télément le plus vital de ces vieilles nations, dans les parties de la Belgique où la domination romaine fut complète.
Cette race d'homme libres, forte et fière, qui cultivait jadis en commun les terres du village, avait disparu avec la communauté primitive. Nous ignorons, il est vrai, quand le système latin s'était substitué à l'usage germanique, et com ment la masse du peuple était aussi tombée dans une situation qui devint de plus en plus déplorable; mais les effets de cet état de choses nous sont fidèlement dépeints par un auteur du quatrième siècle (le prêtre Salvien), qui nous montre les colons belges tendant les bras aux Barbares comme à des libérateurs , tant la rigueur de leurs maîtres avait aggravé leur dépendance et leur misère. La population urbaine , d'abord favorablement traitée par le gouvernement, finit par éprouver elle-même une oppression affreuse. La rapacité du fisc ayant dévoré peu à peu les ressources de la classe moyenne , il ne resta plus dans les cités qu'un petit nombre de riches, seuls maîtres du pouvoir et de la fortune publique.
La foule des habitants, réduite à Tétat de prolétaires, rampait aux pieds de ce patriciat sans cœur et sans entrailles, qui n'avait plus de force que pour consacrer au plaisir les restes d'une existence épuisée et d'un sang appauvri. En effet , la corruption des mœurs , ce fléau qui ronge les sociétés mourantes, avait imprimé au caractère romain une dégradation qui devint presque générale. Les vertus étaient éteintes, et le courage même finit par disparaître chez ce peuple-roi qui avait été si longtemps invincible. Sans doute la vieille énergie des popu lations belges dut résister d'abord aux influences fatales qui menaçaient de les abâtardir ; mais au quatrième et au cinquième siècles de notre ère, les invasions des Barbares n'éprouvèrent pas plus de résistance dans la Belgique romaine que dans les autres provinces de l'empire.
Partout les murailles des villes furent à peu près le seul obstacle qui arrêta les bandes ennemies quand elles eurent vaincu ou évité les dernières armées qui gardaient les bords du Rhin. A peine les habitants osaient-ils quelquefois se défendre du haut des remparts , jamais en rase campagne. Ainsi se justifiait la pensée de leurs ancêtres, qui avaient prévu qu'un change ment de mœurs ferait dégénérer la nation. Cependant le cadre des troupes romaines renfermait encore vers Tan 400 de notre ère une légion nervienne, une tongroise, deux ménapiennes et un petit corps de Tournaisiens , tandis que les peuples du reste de la Gaule ne s'y trouvaient presque point représentés.
Chapitre IV. Origine Des Francs
, LEURS PROGRÈS ET LEUR DOMINATION. Après la soumission des Gaules, le Rhin était devenu la bar rière de l'empire romain contre les nations belliqueuses de la Germanie. Une armée nombreuse était sans cesse campée le long du fleuve , ou postée dans les places de guerre qui Tavoisinaient , et, malgré la valeur sauvage des Germains, Tavantage demeurait ordinairement aux légions impériales dans leurs fréquentes luttes contre les peuples d'alentour. Peu à peu les tribus qui avoisinaient le Rhin furent détruites ou subjuguées Tune après l'autre; et il se forma de leurs débris comme une population vassale, soumise aux vainqueurs, qui la traitaient durement. Mais cette soumission était l'œuvre de la force, et la force seule pouvait la maintenir. Dès que Rome parut s'affaiblir au dedans et au dehors, ces rudes vassaux relevèrent la tête, et brisant le joug, ils se liguèrent entre eux sous le nom de Francs , qui veut dire libres.
Ce fut vers Tan 240 de notre ère que se forma cette ligue, et peu d'années après, une tribu de Francs vint chercher une demeure en Belgique. C'étaient ceux que Ton appelait Saliens, parce que les Romains leur avaient assigné pour séjour les bords de la Sala (l'Yssel). Ils avaient été fameux dès le temps de César sous le nom de Sicambres ; mais déchus depuis longtemps de leur ancienne grandeur, il semble qu'ils n'osèrent pas attaquer les Belges, puisqu'ils se contentèrent de prendre pour asile la partie la plus pauvre du pays, celle qui de nos jours est encore entièrement inculte. En effet, le point où ils se fixèrent fut la grande plaine aride et sablonneuse de la Campine et du Brabant hollandais, que les Romains avaient nommée Taxandrie, peut être parce qu'il y croissait une grande quantité d'ifs (taxi).
Cette contrée ingrate appartenait aux Ménapiens et aux peuplades qui leur étaient alliées; mais sa stérilité en rendait sans doute une grande partie déserte. On ne sait pas si les Francs la conquirent à main armée, ou s'ils y furent admis par ces tribus maritimes, mais il est probable que dès lors les deux populations devinrent alliées : car on les trouve dans la suite en bonne intelligence. Avant cet établissement dans la Belgique, les Francs s'étaient rendus redoutables aux Romains, par des incursions aussi rapides que terribles dans les provinces frontières. Légers à la course et intrépides au combat, armés de haches à double tranchant et de javelots, qu'ils lançaient avec une effrayante dextérité, leurs guerriers étaient également avides de dangers et de butin. Mais quand Tarrivée des Saliens dans la Taxandrie leur eut, pour ainsi dire, ouvert la route des mers, alors s'exerçant à un nouveau genre d'attaque et de pillage, ils devinrent les plus hardis et les plus terribles des pirates.
Soit que des Ménapiens du littoral leur servissent de pilotes, soit que leur audace aventureuse dédaignât les secours de Texpérience , on les vit couvrir la Manche et TOcéan de légères embarcations, pousser jusqu'en Espagne, où ils surprirent et saccagèrent des villes , et traverser même la Méditerrannée dans toute sa largeur, pour tromper la vengeance de l'empereur Probus , qui avait cru retenir une de leurs bandes prisonnière sur les bords de la Mer-Noire. Pour réprimer enfin ces expéditions audacieuses, les princes qui gouvernaient alors l'empire firent équiper à Boulogne une grande flotte qui devait croiser tout le long de la Manche , et ce fut un Ménapien qui en reçut le commandement. II se nommait Carausius, et avait navigué depuis son enfance dans ces parages. Une partie des pirates tomba bientôt entra ses mains; mais quelques-uns lui avaient encore échappé , et c'en était assez pour qu'on le soupçonnât d'intelligence avec ces Francs dont le pays touchait au sien.
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