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Histoire de Charles IX

Nicolas Édouard de La Barre Duparcq · 1875 · Scanned text

161,895 words · about 11 h 20 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Nicolas Édouard de La Barre Duparcq
Language
French
Published
1875
Length
161,895 words · about 11 h 20 min
Sections
13 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (13)
  1. Front matter about 10 min
  2. Chapitre II about 51 min
  3. Chapitre III about 26 min
  4. Chapitre IV Colloque De Poissy Et about 51 min
  5. Chapitre V Le Massacre De Vassy about 10 min
  6. Chapitre VI about 1 h 32 min
  7. Chapitre VIII about 40 min
  8. Chapitre IX Part Prise Par La France Au Concile De Trente about 49 min
  9. Chapitre X Une about 9 min
  10. Chapitre XI Catherine De about 14 min
  11. Chapitre XII about 1 h 6 min
  12. Livre II La about 4 h 22 min
  13. Livre III. Apres La about 1 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE n k CHAULES ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CH. HÉRIS9EY. HISTOIRE Dr CHARLES IX r-AR ÉD. DE LA BARRE DUPARCQ PARIS AUX FRAIS DE L'AUTEUR PRÉFACE Un événement, la Saint-Barthélemy, prime, sous Charles IX, tous les autres ; le mieux semble d'y rapporter chaque chose, d'étudier de quelle manière il a été amené, de raconter comment il se passa, de voir quelles furent ses conséquences. Nous divi serons donc Thistoire de ce règne en trois livres : le premier embrassera les faits avant la Saint-Barthé lemy, le deuxième livre s'occupera de cette terrible exécution, le troisième livre développera les fruits ou les difficultés qu'elle apporta dans la vie politique et sociale de la France. Ce sera traiter l' histoire de Charles IX avec le même fractionnement que l'his loire de l'art de la guerre, car nous avons exposé celle-ci d'abord pour les temps antérieurs à l'invention de la poudre de guerre, puis pour la période écoulée depuis cette invention.

Nous aborderons ce malheureux règne, le second de la postérité de Henri II, nous l'aborderons avec l'intention de démêler la vérité et de la dire, c'està-dire de ne rien cacher, de montrer même les fautes des pères dans le passé, afin d'éviter les fautes aux fils dans Tavenir. En agissant ainsi, nous remplirons le devoir de tout historien, Timpartialité, et si nos précédents travaux nous ont suffisamment préparé à la tâche ardue d'écrire avec détail un règne dont nul, — sauf Varillas1, — n'a entrepris le tableau complet, nous ne regretterons ni le temps qu'ils nous ont pris, ni la peine qu'ils nous ont donnée. Mai 18C8. P. S. Depuis que ce livre est composé, il a été maintes fois corrigé, complété ; chaque jour apportait sa pierre à l'édifìce. Aujourd'hui le voilà presque à l'àge d'homme fait, capable d'entrer dans le monde ; que l'éclat de la publicité lui soit propice. 1 De même pour François II, dont une femme seule avait retracé le règne Hvant nous.

C'est dire que ces travaux restaient à faire; nous les essayo°ns. HISTOIRE DE CHARLES IX LIVRE PREMIER AVANT LA SAINT-BARTHÉLEMY CHAPITRE PREMIER INSTALLATION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT La mort de François II, non-seulement déplaça le pouvoir et le fit passer des ultra-catholiques, représentés par les Guises, à un parti mixte et de fusion représenté par Michel de l'Hôpital , et que la reine régente adopta , mais au moment même elle supprima le vent des rigueurs, et procura à la population une ère de soulagement et d'apaisement. Ainsi le prince de Condé vit sa prison s'adoucir et, au bout de dix jours, fut envoyé dans une des maisons du roi de Navarre son frère, ce qui n'était plus qu'un éloignement; il se rendit à Ham, puis à la Fère, accompagné par ses propres gardiens qui se dirent dès lors ses serviteurs.

Chapitre II

ÉTATS DORLÉANS Le jeune roi Charles IX, accompagné de la reine mère, des princes du sang, du connétable, du duc de Guise et du chancelier, vint en grand deuil ouvrir les états généraux. Lui et la régente occupèrent les deux trônes, ayant à leur droite Monsieur, frère du roi, et le roi de Navarre ; ayant à leur gauche Madame, sœur du roi, et la duchesse de Ferrare; en avant d'eux, au centre, le duc de Guise comme grand chambellan, à droite le connétable portant Tépée nue en signe de commandement, puis le banc des cardinaux, à gauche le chancelier et le banc des princes. En avant du grand chambellan le banc des maréchaux et amiraux, puis le banc des ministres. A droite et à gauche de ce dernier banc les députés. De l'autre côté des députés, derrière le trône, s'étendaient quelques bancs pour les spectateurs.

On était à la date du vendredi 13 décembre 1560. Le chancelier prononça un long et imposant discours dont nous essayerons de reproduire les principales idées ' . « Dieu , ' D'après Pierre de la Place, Commentaires de l'estat de la religion et république, livre dit— íl, avait donné au feu roi François la pensée d'assembler les états de son royaume ; il a continué cette pensée au roi Charles son frère notre souverain seigneur et à la reine, mère des deux rois. Le visage de notre jeune roi a percé jusqu'au fond des cœurs des princes du sang, a chassé et osté tous soupeçons, les a pacifiés, liés et unis, a ramené la concorde, inspiré Tobéissance à celui dont la personne et vertu croît à la diligence de la très vertueuse et très sage princesse sa mère, mais qui manque encore de prudence et de Texpérience des choses ; qu'il devienne suffisant et capable de régir et gouverne un tel et si grand royaume que cestui-cy. » Le chancelier fit alors Thistorique des états tenus précédemment en France , rappela ceux convoqués par Charles VIII, et indiqua le but de la réunion des états présents, délibérée et résolue à Fontainebleau.

Puis il ajouta : « Beste à délibérer par quels moyens nous pourrons apaiser les séditions qui désolent la France et pourveoir qu'elles cessent à Tadvenir. Toute sédition est mauvaise et perni cieuse ès royaumes et républiques, encores que elle eut bonne et honneste cause, car il vault mieux à celuy qui est auteur de sédition, de souffrir toutes pertes et injures qu'estre cause d'un si grand mal que donner guerre civile en son pays. » La proclamation de ce sage principe était excellente et venait à point; c'était rappeler que Ton devait sacrifier son propre intérêt àTintérêt général du pays; mais que dire de Taveu suivant : « Si les séditieux se plaignent d'injure ou préjudice en leurs biens, car pour sevice envers la personne ou dommage à Thonneur il n'y a eu, c'est-à-dire s'ils ne sont payés de leurs gaiges, estats et pensions, c'est raison qu'ils prennent patience et qu'ils atten dent la commodité du roy, comme ils feroyent d'un debteur leur voisin qui n'auroit argent en main ; la pauvreté des finances en est cause, laquelle est venue des longues guerres de douze années durant le règne du feu roy Henri.» En ces paroles la condamnation d'une guerre appauvrissant le pays est certes à sa place, car une guerre qui ne rapporte rien s'excuse seulement en cas de légitime défense, et encore doiton alors réduire les dépenses de telle sorte que le déficit se trouve comblé en un nombre restreint d'années ; dans ce cas, le contrôle de la gestion des finances de TÉtat par une assemblée, comme celle des états d'Orléans, est d'une prudente mesure , puisqu'elle couvre le pouvoir contre toute malversation, et remet à ceux qui payent Tim pôt le soin de remplir la caisse commune qui se trouve vide et dépourvue.

Michel de THôpital n'exprime pas nettement cette idée; il se borne à donner de mâles conseils à chacun. II recommande aux monarques de renoncer à Tambition qui leur fait désirer d'autres royaumes, et rappelle à ce sujet la réponse de Cinéas à Pyrrhus : «Je voudrois, dit-il également, que les rois se contentassent de leur revenu, chargeassent le peuple le moins qu'ils pourroyent, estimassent que les biens de leurs subjects leur appartiennent imperio , non domino et proprietate. » Aux nobles il remémore le mot de Platon : « Tous rois et princes sont venus et descendus des serfs, et tous serfs de rois ; et d'autant qu'il a plus de force et plus de puissance, d'autant un noble doibt estre plus humain et plus gracieux, user de Tespée contre Tennemy et à la conservation des amis et pauvres subjects du roy. » Du peuple il parle en termes sensés, ingénieux, et certes fort avancés dans la bouche d'un chancelier du xvie siècle : « Le peuple se doibt contenter de sa fortune qui n'est petite s'il est laboureur de terre, car c'est le plus noble estât qui soit.

La marchandise fait les grandes richesses qui font vivre les hommes à leur aise. Et ne doit le dict tiers estât estre marri si les autres sont plus honorés que luy. Car comme en un corps il y a des membres plus honnestes les uns que les autres, et les moins honnestes toutefois plus nécessaires, ainsi est des hommes, desquels aucuns non nobles sont plus nécessaires et utiles; aussi nulle porte d'honneur est close au dict tiers estât. II peult venir aux premiers estats de TÉglise et de la justice, et par faicts d'armes peult acquérir noblesse et autres honneurs '. » De celte partie de son discours, le chancelier conclut : « Si chascun estât se contente de sa fortune et biens, s'abstient du bien d'autruy et de faire injures à autres, pense plus à bien faire son estât qu'à reprendre les autres, se soubsmet à Tobéissance de son prince et de ses lois et ordonnances, nous vivrons en paix et repos. » Passant à un second point : « L'on dit, continue-t-il, que l'autre et principale cause de la sédition est la religion, chose estrange, car la sédition est un mal, et comment la religion, si elle est bonne, engendreroit-elle le mal?

Si la sédition est guerre civile, pire que celle de dehors, comment advient-il qu'elle soit causée par la religion chrétienne et évangélique, qui nous commande surtout la paix et amitié entre les hommes? La vérité est que si les hommes estoient bons et parfaicts, ils ne viendroyent jamais aux armes pour la religion; mais aussi nous ne pouvons nier que la religion bonne ou mauvaise ne donne une telle passion aux hommes, que plus grande ne peult estre. C'est folie d'espérer paix, repos et amitié entre les personnes qui sont de diverses ' La proclamation de ce principe devant les représentants du pays entier constate que les grades militaires étaient accessibles à tous ceux qui se distinguaient par une action d'éclat. Déjà, sous François I«r un soldat pouvait ainsi devenir lieutenant, et un lieutenant pouvait être anobli Vov ÍJ*? de Vnrt f la 9»™, t. II, p. 19 et aussi p. 192.

Nous avons déjà présenté ce point de vue en plusieurs de nos écrits; peut-être un iour le reprendrons-nous dans un mémoire spécial. religions. A ceste cause est besoin oster la cause du mal et y donner quelque bon ordre par un sainct concile. Ce pendant ne muons rien légèrement, ne mettons la guerre en nostre royaume par sédition, ne brouillons et confondons toutes choses. Je vous promets et assure que les roy et reine n'oublieront rien pour avancer le concile, et où ce remède fauldroit, useront de toutes autres provisions, dont ses prédécesseurs rois ont usé. » Ce passage ne pouvait certes plaire aux protestants, car il leur rappelait les persécutions des trois rois précédents ; THôpital insiste cependant, pro nonce un mot mal sonnant dans ces circonstances, celui d'hérétiques, mais ajoute aussitôt : « Prions Dieu incessam ment pour eux, et faisons tout ce que possible nous sera tant qu'il ait espérance de les réduire et convertir.

La douceur profitera plus que la rigueur. Ostons ces noms diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenauds, papistes; ne changeons le nom de chrétiens. » Cette distinction faite et la douceur promise à ceux qui se sépareront seulement au point de vue religieux, le chancelier condamne nettement les fauteurs de troubles, ces gens « lesquels Ton ne peult contenter et qui ne demandent que troubles, tumultes et confusions, qui ne croyent vraisemblablement en Dieu, sont ennemis de paix et repos public, qui plus ont besoin d'être chastiésque admonneslés » . Le roi, ajoute-t-il, a été contraint d'envoyer ses forces contre eux ; il le fera encore, mais pour cela il faut de deux choses Tune, ou que notre souverain tienne tousjours sus une armée pourles con tenir, ou que les villes prennent le soin et la charge de punir quiconque se soulèvera. « Advisez, messieurs, s'il vous plaît, dit le chancelier dans sa péroraison, de prendre cette charge sur vous, et les corps de villes de garder que telles séditions n'adviennent plus, les admortir et appaiser.

Le roy vous mettra à cette tin les armes en main ; considérez combien vous serez plus à Taise que d'avoir les garnisons en vos maisons pour empêcher les troubles. Quand chascun fera devoir pour sa part, quand Dieu sera servy et honoré, le roy obey, vous jouirez de vos biens en paix et repos. Belativement au mesnage du souverain, qui est si pauvre et piteux estât que je ne pourrois le dire, le roy vous demande conseil, advis et moyen de sortir de ses affaires, étant bien délibéré de faire garder et entretenir le règlement perpétuel qui sera donné pour la maison de France. La dernière partie de nostre propos sera que les roy et reine entendent qu'avec toute seureté et liberté vous lui proposiez vos plainctes, doléances et autres requestes qu'ils recevront benignement et gracieusement, et pourvoiront en telle sorte que vous cognoistrez qu'ils auront plus d'esgard à vostre profict que au leur propre, qui est Toffice d'un bon roy. » Sauf que la royauté, malgré les inconvénients d'une minorité et son état réel d'affaissement, s'y montre un peu humble, ce discours est habile et ne manque pas d'une cer taine fermeté.

On y reconnaît un sage, un érudit même, car il est semé de traits historiques dont nous avons fait grâce à notre lecteur. II peut plaire à tous, comme les cho quer tous, car il cherche à répondre aux divers côtés de la situation; mais il manque de ce souffle passionné qui animait tant alors les partis en présence, et sous ce rapport ne peut produire aucun enthousiasme. Quoique Ton ignorât encore l'art de préparer Tesprit public et d'y exciter un de ces chocs électriques qui font à merveille de nos jours dans un compte rendu officiel, les chroniqueurs nous diraient bien si le cri public avait applaudi ce morceau d'éloquence : or, aucun à notre connaissance ne parle dans ce sens. L'Hôpital par sa modération et sa tolérance, devançait évidemment son époque, mais, avouons-le, un tel caractère convenait éminemment au rôle de chancelier.

Le lendemain, 14 décembre, sur Tordre qui leur en fut donné, les états s'assemblèrent pour la vérification de leurs pouvoirs, procurations et mémoires. Le clergé tint séance au couvent des Cordeliers, la noblesse au couvent des Jacobins, le tiers état aux Carmes. Dans cette première séance où ils étaient livrés à eux-mêmes, la majorité (une bonne partie, dit la Place) des députés de la noblesse et du tiers état opina que la mort du dernier roi semblait avoir éteint leur mandat, et que si Ton voulait qu'ils fissent convenablement leur fonction, il était urgent de renouveler leur commission. En conséquence, les états demandèrent un délai, et leurs remontrances écrites à ce sujet furent présentées au roi de Navarre; mais, le 20 décembre, un arrêt du conseil leur ordonna de passer outre, et de faire leurs doléances et remontrances le plus tôt possible, en les présentant séparé ment pour chacun des ordres, ce qui n'avait pas eu lieu aux états précédents.

A cet effet, et afin d'arrêter lesdites doléances, il fallut que chacun des états fit entendre sa voix : deux séances furent consacrées à cet objet; elles eurent lieu en présence du roi et après que distribution eùt été faite aux députés d'un Abrégé du rôle des recettes et dépenses des deniers royaux, durant Tannée 1560. A la date du 2 janvier (deuxième séance des états d'Orléans), T orateur du tiers état prit la parole. H reprocha aux ecclésiastiques leur ignorance, leur avarice, aux prélats leur luxe et leurs dépenses inutiles. L'ignorance des prêtres, dit-il, était notoire; tous nourrissaient le dédain de prêcher et d'enseigner, ou se débarrassaient de ce soin sur des « prêtres indignes, lesquels disant les messes parroï chiales, ne remonstroyent qu'une même chose, faisant servir un sermon en toutes saisons ».

Les prélats croyaient, en étalant leurs richesses, donner au inonde une idée de la grandeur de Dieu, tandis qu'ils eussent dû imposer aux popu lations par leur foi et Tintégrité de leur vie, et, à ce propos, il rappela la vie dure et pauvre recommandée aux évêques par le concile de Carthage. Ce discours de Torateur du tiers met sur la voie pour bien juger le milieu religieux du début de ce règne. Le clergé catholique laissait alors beaucoup à désirer, et son manque de tenue, ses mœurs reprochables ', les prodigalités de ses chefs "2, appelaient une réforme radicale. De là un certain dégoût vis-à-vis des prêtres et la tendance chez beaucoup de gens à embrasser le protestantisme, tendance mal com battue à cause de Tignorance générale du clergé. II fallait que ce fût, en effet, une situation constatée, pour que Tora teur de l'un des ordres s'en fît ainsi Taccusateur public, en présence du clergé lui-même.

Le sieur de Bochefort parla en ces termes, au nom de la noblesse: «Sire, puisque vosjeunesansne peuvent permettre que seul entrepreniez la charge de tant d'affaires qui vous pourront survenir, nous approuvons de tout nostre pouvoir, qu'à Texemple d'Alexandre, si grand empereur, ayez employé vostre très illustre et très vertueuse mère la reine, non seulement à vostre garde, mais aussi au gouvernement de 1 Lisez cet opuscule peu connu : Henrici Cvyckii Rvrimvndensis ecc/esùe episcopi de ecclesiarum Rectoribvs an recte dicant, prsstare Concubinarios quam nul/os hnberi Pastores, exegetica tractatio, in-12 de 8 pages. Lovanii, typis Ioannis Masii, 1601. * Déjà, sous François I", on rappelait le clergé à l'oubli du luxe. Consultez Defiiutio eius qvod hodie a plerisque in quœstionem uocatur, utrum oporteat ecctesiasticos pauperes esse, quemadmodum Apostoli erat tempore nasœntis Ecclesiûs, per Gerardub Moringum, sacrae Theologiae Liœntiatum.

Louanij, Antuerpiae Michel Hillenius Hoochstratanus excudebat, anno mdxxx, mensé Ianuario. vos affaires. Pareillement approuvons et louons que à vostre conseil ayez appelés le roy de Navarre et autres princes de vostre sang1.» Puis il manifesta Tespoir d'une tranquillité universelle, et pronostiqua au jeune roi la grandeur de Charles VIII, de saint Louis et de Salomon. «Sire, con tinua-t-il, je vous ferai entendre les doléances de nostre estât. Au ciel le soleil et la lune nous représentent le roy et la noblesse 2, tellement que quand advient ecclipse d'entre eux toute la terre en demeure obscure. Si le roy ne s'accorde avec ses nobles, ce ne sont que troubles et séditions; et quand il les maintient, ils le défendent, conservent, et sont tousjours les premiers à son secours. » L'orateur argue alors des inconvénients survenus par Tusurpation de la noblesse dont plusieurs se sont rendus coupables, notamment de la perte de revenu que le roi en a soufferte.

II cite Tabus reve nant des grandes donations faites à TEglise par les nobles, principalement du droit de justice que beaucoup ont abandonné aux prêtres. « Ceux-ci, s'écrie-t-il, doivent faire leur devoir pour la charge qu'ils ont prise de prier Dieu, prescher, enseigner et administrer les autres, comme lumière et sel de la terre ; quand il seroit au contraire et oublieroit sa charge, le roy y doibt employer la main de sa justice et y faire pourveoir. Le règlement des prebstres, Sire, se peult faire, quand les contraindrez tous, sans nul exempter, de résider sur leurs bénéfices. Vous ne devez d'ailleurs pré senter ces bénéfices qu'à personnes capables, et vous en pourriez estre devant Dieu responsable. » Après ce procès intenté au clergé, et, fait singulier, ce sont à peu près les » En vain les députés du Dauphine et de la Bourgogne avaient demandé qu'a fût ici mention des princes de la maison de Guise, mais beaucoup de nobles, ceux surtout de la religion protestante, s'y opposèrent. !

Comparaison d'un goût douteux. reproches déjà formulés par le tiers état, le sieur de Bochefort rappela qu'un peuple met la cause de ses malheurs sur ses gouverneurs, et croit qu'ils arrivent par la faute du prince : «Véritablement, le peuple quelquefois porte la pénitence que Dieu luy baille pour le pêché de son prince. Voilà comme Dieu avertit les rois à bien vivre. Sans justice, sans prudence et diligence des ministres du prince, la république ne peult jamais se maintenir, ny plus, ny moins que le navire sur la mer estre conduict à bord sans pilote. » Certes, ce sont là sages et fermes paroles convenablement placées dans la bouche du représentant de la noblesse, et qui font entendre à la France que l'autorité se perd le plus souvent par ses fautes, présage assurément à Taurore du règne qui précédera celui de Henri III.

Jacques de Silly continue dans ce sens : « Le roy doit eslire les personnes qui craignent Dieu, pour les pourveoir des estais de judicature gratuitement; car autrement seroit vilainement acquérir par argent ce qui se doit obtenir par vertu ; et le roy mesme peult estre la cause de la corruption qui s'en pourroit faire, s'il leur vendoit leurs estats, pour ce qu'il fault que celuy vende qui a achepté ou qu'il se récompense. » Puis il aborde, mais brièvement, les intérêts de son ordre : «L'on vivroit en plus grande tranquillité, et la France seroit en plus grand repos, et à vous, Sire, plus grand plaisir, si vous donniez le moyen au gentilhomme d'y estre employé. » II traite ensuite des intérêts généraux : « Le remède aussi plus promptement se trouveroit par arbitres, et que les loix de Dieu et les loix municipales en chascune ville fussent bien gardées et qu'il n'y eust que peu de procès.

II fauldroit aussi, suyvant vos ordonnances, que les confiscations ne sussent données avant la condemnation, et celles des condamnés fussent converties à œuvres pitoyables. C'est le vray moyen de rachepter la paix publique, union et concorde entre tous estats. Ainsi, nous et nostre postérité nous ressentirions de vostre justice et bénignité. O bonté de Dieu ! ce seroit la lumière esclai rante à toutes les créatures ; ce seroit le plaisir et prosict que vos estats, Sire, nous doivent apporter. » La péroraison de cet orateur se. trouve également animée d'un souffle ému : « La paix et le repos public sont les sortes murailles du monde, sont les nerfs du prince; c'est Tanimal immortel. Vous estes, Sire, ordonné de Dieu pour servir à vostre peuple de père et vray pasteur; nous vous devons obéissance et fidélité.

Dieu nous a appelés et réservés pour la défense de vostre prospérité, pour la tuition (protection) de vos pays et augmentation de vostre royaume; ce que nous tous ensemble désirons '. Et afin qu'ayons le moyen de vous secourir de nos forces et puissances, Sire, il vous fault main tenir la noblesse en ses privilèges, franchises et libertés, aussi antiques que Tinstitution des rois. Plaise vous donc, Sire, de nous les continuer et maintenir; si vous supplions que ne laissez eschapper une si bonne et louable occasion que ceste si honorable compagnie ne soit en vaine assemblée. » Ainsi T orateur noble a parlé de Dieu et invoqué son nom; il a réclamé Tapplication des lois municipales; et en ce fai sant, il ne s'est pas séparé des deux autres ordres, puisqu'il a su donner son appui à une préoccupation naturelle au clergé et à un vœu du tiers état.

Son discours porte Tem preinte d'une louable modération. Que va dire actuellement T orateur du clergé? Peut-être, en présence des vérités dures exprimées sur son ordre par les deux autres orateurs, se < Nous reverrons cette idée plusieurs fois reproduite sous ce règne, et le désir de la guerre extérieure reparaître, pour détourner du pays les malheurs de la guerre civile. laissera-t-il aller à trop de véhémence? Suivons-le à son tour dans ses développements. « Boy très chrétien, cet excellent tiltre, dont vous avez hérité de vos prédécesseurs, donne au clergé Tindubi table assurance d'obtenir ce qu'il va demander par ses requêtes et remonstrances très chrétiennes et très nécessaires au salut d'un chascun. » Puis, suivant Tusage des prêtres inter pellant un puissant l, il adressa un éloge à la reine mère : « Vous, Madame nostre singulière princesse, reine et domi natrice, qui estes cause de ceste noble et tant insigne assem blée, Texpérience que nous avons de vos excellentes vertus nous assure que par vostre douceur et bénignité vous pren drez nos très humbles remonstrances, non-seulement de bonne part, ains leur donnerez bonne fin. » La maison de Bourbon reçut également son éloge, et elle fut proclamée sainte en raison de ce qu'elle tirait son origine de saint Louis, mention curieuse à coup sûr, puisque son chef, le roi de Navarre, professait la religion protestante; mais Torateur semble ici voiler sa mémoire, et quand il se félicite égale ment de la présence non-seulement des cardinaux, mais encore des ducs et princes, il les déclare « tous catholiques, serviteurs de Dieu et propugnateurs de son église romaine».

François II lui-même n'est pas oublié, et ce fait est louable, car personne autre dans les états ne songeait à ce pauvre monarque que Torateur du clergé qualifie ainsi : « Nostre feu bon et innocent roy (dont Dieu ayt Tâme). » Après avoir loué les autres, ledit orateur parle de lui avec modestie : « II est le moins habile, le plus rude, le moins expérimenté pour se présenter devant Sa Majesté ; Thonneur dont il jouit lui a été déféré au préjudice des révérends évêques et de 1 Reportez-vous aux allocutions prononcées par les évêques à la réception d'un souverain dans une basilique. Tuniversité de Paris, la tille aisnée du roi, dont il a été Télève et dont il est demeuré semper infans. » « Les états, continua Torateur du clergé, ont été assemblés en vue de la religion, pour écouter les plaintes des sujets, et pour communiquer à tous les actions du gouvernement royal.

Cette dernière communication est un remerciement indirect des sacrifices supportés par le peuple ; sur elle je me tairai. Je viens à la première, catholique et saincte cause d'une tant notable congrégation qui concerne la singulière conservation de Thonneur, révérence et vénération de Dieu, avec une pleine et entière restauration de son divin service, duquel (nous, dis-je en douleur, qui nous appelons ecclé siastiques) sommes les premiers par trop indignement et scandaleusement esloignés. Ce que tous d'une voix à notre grande confusion nous confessons et recognoissons devant Votre Majesté, et la supplions très humblement, puisque de nous-mêmes ne nous y remettons, de nous y vouloir de son authorité réduire. Sire, c'est Tendroict seul qu'il fault en TEglise réparer, restituer et réformer, et non pas réformer TEglise, car TEglise n'a ride en soy, macule ny difformité qu'il faille réformer, n'a corruption qu'il faille desra ciner, n'eut oncques ny jamais n'aura.

A TEglise ny à sa hiérarchie ne fault toucher, quia Corpus Christi est. Pensez que Charles I" n'eut point accreu son nom, faisant de Carolus un Carolus Magnus, son fils n'eut point obtenu le surnom de Ludovicus Pius, ny Philippus Secun dus celui d'Augustus; ny Louys neufviesme n'eut acquit le nom de sainct, que en faisant ce dont nous voulons très humblement supplier Votre Majesté, Sire. Vous avez eu cinquante-cinq prédécesseurs rois très chrestiens. Ce n'a esté pour souffrir qu'en ce royaume on innovât les saints sacre ments, on abattit les autels, on foulât les vœux aux pieds, se soustrayant de Tobéissance ecclésiastique, taschans faire le même (et le feront s'ils peuvent) occultement de la civile. » Cet argument ne manquait pas d'adresse, car il s'appliquait au temps présent plus qu'il ne contenait un présage, les luttes religieuses, nous Tavons déjà indiqué dans Y Histoire de François II, ayant la politique et ses rivalités pour premiers mobiles. « Sire , poursuivit Jean Quintin, voilà le sommaire de la faulsement et malicieusement dicte Evangile, que nuict et jour on s'efforce par toutes voyes publiques et cachées introduire et prescher en vostre royaume.

Nous vous sup plions de contrevenir à ces sataniques et cauteleuses embus cades. Nul ne peut nier que Thérésie ne soit un mal et crime capital, et que Thérétique ne soit mauvais capitalement (sainct Paul Ta dict), ergo punissable capitalement et sub ject au glaive du magistrat... Tout le clergé de vostre royaume, Sire, à deux genoils, de cueuret de corps humblement fléchis devant Votre Majesté, vous prie d'être son pro tecteur et défenseur, vous supplie de tenir la main que la religion depuis le temps susdict jusqu'à présent observée en vostre royaume soit entretenue perpétuellement, sans donner lieu à secte quelconque qui soit contraire : Vostre clergé, Sire, proteste cy devant vous en toute humilité que par la prétendue réformation de TEglise (des ecclésiastiques, fallait-il dire), ils n'entendent que rien soit imminué ou changé ès articles de la foy, ès saincts sacrements et usage d'iceux, ès traditions ecclésiastiques, ordonnances et cons titutions des saincts pères, et cérémonies de tout temps reli gieusement gardées en TEglise romaine, catholique et universelle, de laquelle ils n'entendent aucunement se départir, ains veulent en icelle vivre et mourir. « Ce propos cy nous incite à vous demander aucunes choses grandement nécessaires et requises à Tunion, paix et tranquillité, concorde et conservation de notre ancienne religion.

Premièrement qu'il soit procédé contre tout hérétique selon la rigueur des constitutions canoniques et civiles, ut auferatur malum de medio nostri. Secondement prenez cure et soin que nous vivions et gouvernions tous et par la reigle, discipline et institution des saincts Pères anciens et canons de TEglise. Ne laissez appeler ces bons pères resveurs, et les conciles par eux ordonnés belles rêveries; considérez comme hérétiques ceux qui ont osé et osent dire que TEvangile de nostre seigneur et sauveur Jésus-Christ n'a esté jusqu'à présent entendue. Sont passés quatorze cens ans ou environ que Terlullien respondoit pour nous aux hérétiques de son temps ', pleins de telle vanterie qui a duré et dure encores maintenant. Depuis les cinq conciles de Charlemagne et toutes les assemblées catholiques qui les suivirent, ont prouvé que la France depuis TEvangile reçeue, ne Ta jamais ignorée.

Sire, ce sont des raisons par lesquelles nous supplions très humblement Vostre Majesté de ne recevoir les propos de ces libertins ; plus proprement les pourrions-nous dire licentins, pour la desmesurée licence qu'ils preschent en toute chose, ne pen sant qu'à une anarchie qui veult dire estre sans prince et sans roy, car si ces rebelles machinateurs d'insolites et exécrables sacrements se soustrayent de la puissance et communion ecclésiastique, nul autre potentat ne doibt estre asseuré. » On le voit, non-seulement Torateur intéresse à plusieurs reprises le pouvoir civil à sa cause, en lui mon trant la menace qui plane sur sa tête, en raison de Taudace des novateurs, mais il déclare TEglise une puissance, et toutes ' II s'agit des montanistes, ainsi nommés de leur chef Montanus. les puissances forment le point de mire de Taltaque; son raisonnement revient donc à dire que la société marche à Tanarchie.

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