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La Belgique ancienne, et ses origines gauloises, germaniques et franques

Henri Guillaume Moke · 1855 · Scanned text

178,005 words · about 12 h 28 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Henri Guillaume Moke
Language
French
Published
1855
Length
178,005 words · about 12 h 28 min
Sections
55 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (55)
  1. Front matter about 15 min
  2. Livre I about 41 min
  3. Chapitre II. La Race Galliql'e about 47 min
  4. Chapitre III. Transformation Des Peuples Celtiques Dans La Gaule about 39 min
  5. Chapitre IV. Les Belges about 35 min
  6. Chapitre V. Peuples Germains about 44 min
  7. Chapitre VI about 27 min
  8. Chapitre I about 15 min
  9. Chapitre II. Invasion De La Belgique Orientale Par about 17 min
  10. Chapitre III. Guerre Des Eburons Et Des Belges Orientaux Contre about 17 min
  11. Chapitre IV about 12 min
  12. Chapitre I. Soumission De La Gaule Aux Romains Sous Auguste about 20 min
  13. Chapitre II. Les Peuples De La Germanie Occidentale Vaincus Par Les Romains about 11 min
  14. Chapitre III. La Domination Romaine about 15 min
  15. Chapitre IV about 56 min
  16. Chapitre I. Origine Des Francs about 20 min
  17. Chapitre II about 9 min
  18. Livre III about 16 min
  19. Chapitre III. Colonies Germaines En Belgique about 26 min
  20. Chapitre IV. Les Francs Pendant Et about 50 min
  21. Chapitre VI. La Belgique Romaine Et about 20 min
  22. Chapitre I. L'invasion Vandale Et Ses Suites about 31 min
  23. Chapitre II. La Loi Salique Et La about 37 min
  24. Chapitre III about 29 min
  25. Chapitre IV about 19 min
  26. Chapitre V about 8 min
  27. Chapitre I. Division Du Pays about 48 min
  28. Chapitre III. Commencement De about 15 min
  29. Chapitre I under 1 min
  30. Chapitre II under 1 min
  31. Chapitre III under 1 min
  32. Chapitre IV under 1 min
  33. Chapitre V about 1 min
  34. Chapitre I under 1 min
  35. Chapitre II under 1 min
  36. Chapitre III under 1 min
  37. Chapitre IV under 1 min
  38. Chapitre I under 1 min
  39. Chapitre II under 1 min
  40. Chapitre III under 1 min
  41. Chapitre IV under 1 min
  42. Chapitre V about 1 min
  43. Chapitre I under 1 min
  44. Chapitre II under 1 min
  45. Chapitre III under 1 min
  46. Chapitre IV under 1 min
  47. Chapitre V under 1 min
  48. Chapitre VI. La Belgique Romaine Et under 1 min
  49. Chapitre I under 1 min
  50. Chapitre II under 1 min
  51. Chapitre III under 1 min
  52. Chapitre IV under 1 min
  53. Chapitre V under 1 min
  54. Chapitre I under 1 min
  55. Chapitre II about 1 min

Continue:

Front matter

LA BELGIQUE ANCIENNE ET SES ORIGINES GAULOISES, GERMANIQUES ET FRANQUES, PAR §. <$. Jîloke, PROFESSEUR A L'UMVERSITÉ et a L'ATHÉNÉE de GAND, MEMBRE DE l'aCADÉMIE slOVUE DE BELGIQUE. GAIND, LIBRAIRIE GÉNÉRALE DÉ H. HOSTE, RUE DES CHAMPS. y 1855. X (J LA BELGIQUE ANCIENNE ET SES ORIGINES GAULOISES, GERMANIQUES ET FRANQUES. DÉPOSÉ, CONFORMÉMENT A LA LOI. IMPRIMERIE DE !.. UEBBEI.YNCK, rue des Peignes, 6. LA BELGIQUE ANCIENNE ET SES ORIGINES GAULOISES, GERMANIQUES ET FRANQUES, PAR %. (&. Jttoke , PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ ET A L' ATHENEE DE GAND, MEMBRE DE l'aCaDEMIE ROYALE DE BELGIQUE. GAND, LIBRAIRIE GÉNÉRALE DE H. HOSTE, RUE DES CHAMPS. 1855. préface L'histoire de la Belgique ancienne renferme trois parties principales : ses origines gauloises et germaniques, le premier développement d'une nationalité belge, et rétablissement de la domination franque sur les ruines de la puissance romaine.

Pour reconnaître par quels liens les anciens Belges se ratta chaient aux peuples de la Gaule et de la Germanie, il faut pouvoir apprécier les rapports de race, de mœurs, de langage et de lois sociales qui existaient entre ces peuples. Tous ceux qui ont étudié ces questions savent combien elles offrent de confusion. J'ai essayé de montrer que les Gaëls et les Germains sont deux grandes bran ches d'une famille de peuples blonds venus de l'Asie occidentale, d'où ils avaient apporté les mêmes idées, les mémes usages, les mêmes institutions et à peu près le même langage. Les différences qui les séparèrent après leur établissement en Europe , me parais sent avoir pris naissance dans la Gaule par un concours de circonstances dont j'ai exposé l'ensemble. Ce qu'il y a de neuf dans cette partie de mon travail, demandait à être appuyé sur des preuves.

Je l'ai fait aussi sobrement qu'il m'a été possible, en ne développant que les points capitaux et en laissant de côté tous les détails d'une importance secondaire. 3Ion but était de donner une idée générale, nette et précise, des caractères primitifs et du dévelop pement graduel des deux races. La crainte de rebuter le lecteur m'a peut-être conduit à m'écarter quelquefois de Tordre didacti que. Mais je crois avoir simplifié des notions qui avaient été sou vent présentées d'une manière trop complexe pour être facilement saisies. Le développement de la nationalité belge paraît d'abord difficile à distinguer. Les populations qui portent aujourd'hui ce nom avaient-elles une origine commune et possédaient-elles les éléments PRÉFACE. VI profonds de l'unilé sociale? Cette question n'élait pas encore complètement résolue pour moi, lorsque, encouragé par M. Charles Rogier, alors ministre de l'intérieur, j'entrepris en 1840 d'écrire l'histoire de la Belgique (i).

Livre I

3 nourriciers semblent dégénérer par épuisement, se rapetissent el deviennent méconnaissables. On dirait que la nalure avait des tiné toute celle région à former une solitude éternelle plutôt qu'à être habitée par l'espèce humaine. Aussi fécondes que l'Ardenne est stérile, les contrées voisines du littoral présentent tour-à-tour de riches prairies et des champs admirablement cultivés; mais sous leur forme primitive, rien n'annonçait leur opulence à venir. Qu'on se représente une côte basse que recouvraient à chaque marée les débordements de la mer. Quelques points, plus élevés que le reste, formaient çà et là comme de petites îles; mais aucune n'étant complètement à l'abri des plus sortes inondations, toute végétation y était frappée de mort par les eaux saumàtres dont la terre s'imbibait (i).

César parle à plusieurs reprises des JEstuaria, c'esl-à-dire des terres qu'inondait le flux de la mer sur la cote et des deux côtés de l'Es caut. Les haules marées pénétraient à plusieurs lieues en-deçà du rivage actuel, et là où elles s'arrêtaient le pays ofl'rail encore une scène sauvage et désolée. La Lys, l'Escaut, le Rupel et toutes ces rivières qui dans leur état actuel se trouvent contenues dans leur lit par des digues que l'homme a élevées, s'épanchaient alors li brement des deux côtés de leur parcours et porlaient le ravage dans les contrées qu'elles fertilisent aujourd'hui. Les écrivains de l'antiquité nous ont laissé à ce sujet des témoignages irrécu sables. Un passage de Strabon, qui parait s'appliquer à la Flandre et à la province d'Anvers, dépeint toule cette région comme sil lonnée de marais ou couverte de bois impénétrables (2).

Les ar- (1) Pline, qui avait visité les iles qui se trouvaient à l'est des bouches du Rhin, en a laissé un tableau fidèle que nous reproduirons au chapitre VI, et qui peut s'appliquer à toutes celles dont nos côtes élaient bordées. (2) Les Ménapiens habitent des deux côtés des bouches du Rhin dans des marais et des bois peu élevés, mais épais (Stiubon, IV, I9-Í-). II ajoute que ces bois sont remplis bres de ces bois étaient peu élevés, ce que peut expliquer la nalure tour-à-tour humide et sablonneuse du terrain; mais le lailiis avait tant d'épaisseur que les soldats de César ne purent s'y ouvrir un chemin (i). Vers le temps de Constantin, la vallée du Bas-Escaut élait encore presque inaccessible. La terre y cède sous le poids de l'homme, dit un orateur de cette époque, qui décrit toute celle contrée comme un immense marécage (2).

Nous savons par César lui-même que dans les étés les plus chauds le passage devenait quelquefois praliquable (3): mais la saison des pluies ramenait les inondations intérieures. Ce n'était donc qu'au cenlre du pays que se trouvaient des ferres fertiles et des contrées riantes. Là, en effet, une plaine légèrement ondulée se couvre partout d'une végétation vigoureuse. Ce sont des terrains gras où le travail du laboureur est largement récompensé par l'abondance des moissons. Cependant de grandes forêts en occupaient autrefois une partie, solitudes profondes, peuplées d'ours et d'autres bétes féroces. Nous en retrouvons la trace dans les auleurs de l'anliquité el du moyen-àge. A cette dernière époque, le nom de haye, qui signifie bois, désignait en core la parlie du Brabant située à l'est de Louvain (Hageland), qui se reliait par une suite de cantons boisés aux forêts d'Héverlé d'épines.

César parle de la barrière que les forêts et les marécages formaient autour du pays des Ménapiens, perpetuis paludibus silvisque munili (III, 28). Leurs tribus occidentales habitaient la côte de Flandre jusque dans les environs de S'-Omer. (1) César, III, 29. Les légions essayèrent de se frayer un passage avec la hache mais il fallut y renoncer. (2) Eusiéke, Panég. de Constance, c. 8. II parle, suivant l'opinion la plus commune, des bords du Wahal et non de l'Escaut, quoique sa description du cours sinueux du fleuve (obliquis meatibus) puisse faire préférer l'autre version. Au reste, la nature des deux pays était la même. (5) C'est ainsi que César put pénétrer par une saison sèche dans les basses terres de la Morinie, ordinairement inaccessibles (IV, 38).

LIVRE I.

5 et de Soignes. La forêt d'Ardenne, qui vers l'est s'étendait jus qu'au Rhin, se prolongeait anciennement à l'ouest jusqu'à peu de distance de l'Escaut, et couvrait les deux bords de la Sambre. Les Romains avaient appelé forêt charbonnière la région houillère du Hainaut, barrière impénétrable qui formait avant Clovis le rempart de la Gaule. La Sambre qui en descend, est dépeinte par César comme une rivière aussi large que rapide, et si elle a perdu de nos jours ce caractère, c'est par suite des déboisements qui, là comme ailleurs, ont réduit nos grands cours d'eau à des propor tions infiniment plus faibles qu'autrefois. Ainsi, celte Belgique opulente qui s'offre à nos regards, n'est plus celle des âges pri mitifs : elle s'est transformée sous la main de l'homme, depuis que des races fortes et laborieuses en ont pris possession.

Mais les premiers hommes qui mirent le pied sur cetle terre encore inculte, n'appartenaient pas aux plus nobles branches de la famille humaine. Parmi les ossements découverts dans les tour bières des Flandres, on a pu recueillir des crânes oblongs et dé primés qui offrent le caractère inférieur de la race noire. Une découverte encore récente est venue jeter une nouvelle lumière sur ces vestiges mystérieux. Sur les bords de la Meuse, à l'endroit où elle se creuse profondément un large sillon qui contourne et coupe l'Ardenne, des travaux industriels ont mis à jour une ca verne qui avait été l'abri passager d'une horde antique. Les débris humains qu'on y a recueillis en abondance appartenaient à des enfants, à des femmes; quelques-uns à des hommes encore jeunes, aucun à des vieillards. En vain la science a voulu hésiter : c'étaient les restes d'un repas d'anthropophages qui avaient choisi leurs victimes, et on a retrouvé jusqu'aux cendres des charbons qui en avaient rôti les chairs.

Ainsi ces cannibales, pareils à ceux d'un autre hémisphère, portaient dans leur misérable existence l'in slinct et l'habilude de la cruauté. En interrogeant les débris qui déposent contre eux, on voit que leurs dents impitoyables ont brisé les os à moelle avec l'avidilé de la bête féroce, mais avec le discernement d'une espèce plus intelligente (i). Quelque horreur que puissent inspirer ces traces d'une barbarie monstrueuse, elles se rattachent à des faits généraux qui ne sont pas sans importance historique. Les premiers habitants du centre de l'Europe n'étaient point de race blanche. Non seulement leurs squelettes l'indiquent, mais encore nous en voyons la preuve dans la teinte brune de ces anciennes populations dont les régions septentrionales ont été le refuge, les Lapons et les Groënlandais.

Ce ne sont peut-être pas là les descendants directs des premiers es saims qui s'étaient répandus dans nos contrées; mais soit qu'ils appartiennent à une race à peu près contemporaine, ou qu'ils ne soient venus que plus tard, leur présence dans le Nord altesle que l'Europe antique avait vu se répandre à sa surface des espèces d'hommes qui lui sont aujourd'hui étrangères. Ainsi doivent sans doule s'expliquer des traditions germaniques et scandinaves, qui ont passé longtemps pour des fables poétiques. Ces traditions re présentent les cavernes des montagnes comme l'habitalion d'une race noire et malfaisante. Or, c'est en effet à une population de taille très-inférieure que doivent avoir appartenu les plus anciens glaives de cuivre ou de bronze, recueillis dans quelques tombeaux en Danemarck et en Écosse : car la poignée en est trop petite pour des mains européennes, et ils ne pourraient servir aujour d'hui qu'à des Lapons.

Si l'existence de ces peuples inconnus qui passèrent sur le sol européen sans pouvoir s'y perpétuer, est aujourd'hui un fait cer- (1) Ces détails sont empruntés à un mémoire de M. Srmsc (Bulletin de l' Académie de Bruxelles, t. XX, p. 427). La caverne se trouve entre Namur et Dinant, sur la montagne de Chauvaux, dans la commune de Godinne.

LIVRE I.

7 tain, leur histoire reste couverte d'un voile qui ne sera jamais levé. Mais pourquoi le regretlerions-nous? Ce n'est pas d'eux que nous descendons; et l'Europe, si elle n'avait jamais reçu d'autres habitants, serait sans doute aussi barbare que les régions où la vie sociale a fait le moins de progrès. Ni le climat, ni le sol, ni la conformation de chaque contrée ne nous offrent les véritables éléments de la civilisation; l'homme seul les porte en lui, et ils ne se sont développés que dans les branches les plus fortes et les plus pures de l'espèce humaine. La race qui domine en Belgique, depuis les premiers temps que puisse éclairer le flambeau de l'histoire, appartient à ce groupe immense de peuples blonds qui s'est répandu sous des noms dif férents dans presque tout le Nord de l'Europe.

Si le type de celte race se trouve partiellement altéré aujourd'hui, surtout dans les villes, effet qui semble causé par le croisement des populations ou méme par des habitudes d'alimentation empruntées à d'autres cli mats, le contraste n'est pas assez tranché ni assez général pour marquer une diversité profonde d'origine entre les masses. L'ob servalion peut laisser entrevoir dans les habitants des différentes provinces les branches légèrement distinctes d'une mème souche; mais entre toutes subsiste encore un caractère de parenté qui justifie leur réunion (i). (1) La diversité même de langage, qui semble séparer les provinces flamandes et wallonnes, n'offre aucun indice d'une différence d'origine entre leurs habitants : car, si les dialectes wallons ressemblent au français, leur existence est le résultat de l'in troduction du latin dans la Belgique méridionale sous la domination romaine.

Mais les mots qui semblent être particuliers à ces dialectes et qui ne viennent pas du latin, sont de mème source que le flamand. Ainsi, l'idiome qui régnait dans les deux moitiés de la Belgique était jadis le même : la conquête étrangère a pu seule ouvrir une partie de la contrée à l'invasion d'une langue romane qui a ses racines cn Italie cl jusqu'en Grèce. L'homme blond forme au sein de la famille blanche une variété bien caractérisée. C'est lui qui se trouve séparé le plus profondément des races inférieures : car non seulement sa blancheur est la plus complèle, mais encore la couleur de sa chevelure et celle de ses yeux, qui ne se retrouvent que par exception chez les autres peuples blancs, ne se reproduisent jamais chez le Mongol, chez le sauvage de l'Amérique et de l'Océanie, ou chez le noir.

Sans être plus beau de formes que l'homme de sang grec ou arabe, sans offrir peut-être des traits plus constamment réguliers, il se dislingue d'eux par un type aussi large et qui rappelle celui du lion. Dans ses luttes contre des races différentes, l'avantage lui est presque toujours resté, comme s'il était doué d'une vigueur plus générale et d'une énergie aussi durable. II y aurait sans doute de la témérité à embrasser cette opinion sans quelque réserve: ce qui semblerait pourtant l'appuyer, c'est la supériorité de stature de l'homme blond. Quoiqu'il y ait à cet égard des exceptions locales ou individuelles, quoique la taille des Suédois et des Poméraniens, citée aujourd'hui comme la plus élevée, ne paraisse pas atteindre celle des Germains d'autrefois, dont les squelettes sont souvent ceux de véritables géants, aucune nalion blanche d'une aulre sou che n'offre une grandeur égale, et les signes extérieurs d'une aussi grande force.

Celle belle race n'apparut qu'assez tard dans les contrées euro péennes. II existe mème encore un monument historique, qui semble attester son séjour en Asie, quarante siècles avant notre époque. C'est le tombeau du roi égyptien Ousiréï Ier. Là sont peintes les différentes espèces d'hommes que les guerriers d'Égypte avaient découvertes en portant leurs armes dans les pays élrangers et jusqu'au pied du Caucase; et dans ces tableaux on distingue des peuplades blondes. Les figures qui les représentent, ont le teint blanc, les yeux bleus, la barbe blonde ou rousse, la taille très-

LIVRE I.

9 haute et très-élancée. Elles sont vêtues de peaux de bœufs con servant leur poil, et diverses parties de leur corps paraissent ta touées. Les Egyptiens avaient donné à cette nation inconnue le nom de Tamhou, et la plaçaient parmi les populations sauvages, à la suile des Nègres de Nubie, dont la barbarie leur semblait moins profonde (i). Dès les premiers âges de son existence, celte branche reculée de l'espèce humaine s'était divisée en plusieurs rameaux. Celui qui devint la principale souche des peuples de la Belgique, s'éten dit également sur l'Allemagne (Y). C'était un essaim de plusieurs millions d'hommes, unis par la conformité du langage, des mœurs et des institutions, et que les Romains désignaient sous le nom de Germains (3). Ce nom n'était peut-élre d'abord que le litre que prenaienl ces guerriers, Wehr-mannen, mot à mot, gens de guerre; mais il y a toujours quelque chose de fortuit et de mal assuré dans les dénominations que l'usage prête aux différents groupes de peuples, et l'histoire est forcée de les accepter sans examiner de trop près ce qu'elles ont d'exact et d'authentique.

La langue de celui-ci offrait la trace certaine de son origine orientale ; car les philologues ont remarqué depuis longtemps qu'elle lient (1) Ciiampollion, lettre XIII. II y a lieu de croire que ce n'étaient pas des tribus germaniques, la coutume du tatouage n'ayant été conservée par aucun des grands peuples de ce groupe, tandis qu'elle existait chez les Bretons et les Esthoniens, autre essaim de nations blondes dont rhistoire est encore inconnue. (2) Nous verrons dans les chapitres IV et V, qu'à partir des bords de l'Escaut tous les peuples établis dans la Belgique étaient purement germains. Quant aux débris des populations antérieures, l'histoire n'eu signale point l'existence. (3) Rien ne prouve l'antiquité ni l'usage général de ce mot, que les Grecs n'avaient pas connu et dont on ne retrouve plus de vestiges chez les peuples allemands et scandinaves (Nous verrons pourtant ailleurs qu'il ne venait pas, comme on l'a cru, des Germains de Belgique).

La dénomination générique était celle de Teutschc ou Dielsche, dont nous allons bientôt parler. de près aux riches idiomes de la Perse et de l'Inde. A cetle pa renté de langage se joignaient des similitudes de croyances, d'usages et de mœurs qui ne permettent pas de douter que les mèmes lois sociales n'eussent élendu autrefois leur empire sur la race persane et sur les nalions germaniques. L'histoire nous offre l'explication de ce fait remarquable en nous indiquant comme le plus ancien séjour des Germains les bords de la mer Caspienne; et nous allons essayer, à l'aide des témoignages qu'elle a recueillis, de suivre la marche d'une parlie de leurs tribus depuis l'intérieur de l' Asie jusque vers le centre de l'Europe. Les monuments des premiers rois de Ninive portent des in scriptions qui rappellent leurs combats contre une nation guer rière établie alors au nord de l'empire assyrien et qui portait le nom de Kymris (i).

Daus la suite des temps, celte race belliqueuse finit par s'éloigner des contrées où elle s'était rendue si redou table : mais les Grecs l'apercureiit alors sur les bords du Don et de la mer Noire, où ils la désignèrent par le nom de Cimmériens, qui n'est qu'une autre forme du mème mot. Homère, dont les poèmes remontent à neuf ou dix siècles avant J.-C, lui assigne pour demeure les contrées froides du nord de l'Europe jusqu'à l'Océan (2). Cependant des bandes cimmériennes pénétrèrent en core à diverses reprises dans l'Asie-Mineure où elles portèrent le (I) Les inscriptions récemment déchiffrées reproduisent plus de vingt fois le nom de ces Kymris contre lesquels les monarques assyriens étaient sans cesse forcés de reprendre les armes, plus de mille ans avant l'ère chrétienne. (2) « Nous arrivâmes sur les bords du profond Océan, où se trouvent le peuple et la ville des Cimmériens, qui habitent un pays couvert de brouillards, et qui n'aper çoivent jamais le soleil. » (Od.

XI, 14). C'est à l'ouest de l'ìle de Circé et de la Sicile qu'Homère place ces peuples inconnus ; il se persuadait donc qu'ils remplissaient l'Europe septentrionale tout entière. Mais il n'avait qu'une idée vague de ces contrées lointaines. LIVRE' I. 11 ravage. La dernière de ces invasions eut lieu vers l'an GoO avant notre ère, et la domination de ces conquérants étrangers paraît s'ètre alors étendue un moment jusqu'à la Cilicie. Mais ils finirent par succomber sous les efforts réunis des Lydiens et des Mèdes(i). Le nom actuel de la Crimée, tiré de celui des Cimmériens, atleste encore leur long séjour sur les bords de la mer Noire. Mais leur histoire y reste couverte d'une profonde obscurité, jusqu'au moment où la possession de ce pays leur fut disputée par une race étrangère qui leur élait supérieure en nombre (Y).

En effet, un groupe immense de hordes nomades du nord de l'Asie, appelées Scythes par l'antiquité (5), se trouvant pressées par d'autres races plus orientales, entreprirent de pénétrer en Europe 630 ans avant J.-C, comme le firent les Huns mille ans plus lard. La vie errante /le ces tribus pastorales amenait d'époque en époque de pareils dé placements, et l'invasion des Tartares devait en offrir un nouvel exemple dans le cours du moyen-àge. Dès qu'elles eurent franchi le Volga, une assemblée générale des Cimmériens se réunit sur les bords du Dniester, afin de délibérer sur le péril dont la nalion (1) Hérodote, I, 6, 15 et 16. Stbabo-i, I, 37. Le chef de cetle bande cimmérienne est appelé par Strabon Lygdamis : ce pourrait être un nom germanique qui signifie rait fils de la foudre, Ligyt-tcam.

(2) lis avaient alors pour frontière orientale le Volga et s'élendaient à l'Ouesl jus que vers le Prulh. Dans les âges suivants, le détroit de Jénikalé, à I'entrée de la mer d'Azoff, conserva chez les Grecs la dénomination de Bosphore cimmérien. Quant à la Crimée, elle était appelée Tauridc, du nom d'une tribu qui s'y maintint après l'invasion des Scythes. C'étaient les Taures ou Taurisks, qui se distinguaient encore des peuples environnants par l'habitude des excursions de guerre et par l'usage de plan ter sur des pieux les crânes qu'ils en rapportaient, à la manière des Gaëls et des Germains (Hérodote, IV, 105). Nous les retrouverons plus tard parmi les nations galliques. (3) Leur nom générique était celui de Skolotes, qui semble désigner les nations slaves; mais le plus grand nombre des écrivains les prennent pour des tribus finnoi ses, comme les Huns d'Altila. élait menacée.

Attendre l'attaque des Scythes, c'était s'exposer à une lutte qui paraissait inégale : la masse du peuple résolut de se retirer devant eux et d'aller chercher dans des régions plus reculées une nouvelle patrie; les chefs au conlraire, ou les rois comme les appelle Hérodote, ne pouvaient se résoudre à fuir sans combattre. La question fut remise au jugement des armes. Un nombre égal de guerriers des deux partis descendirent en champ clos, et ce furent les rois qui succombèrent. Alors l'émigralion fut décidée; mais avant de partir, le peuple éleva sur les bords du Dniester un grand tombeau consacré aux chefs qui venaient de périr, et ce monument funèbre, que respectèrent les nomades, subsistait encore deux siècles plus tard (i). La nation émigrée se dirigea vers l'Ouest : c'était sa route naturelle, Tennemi veuant des frontières de l'Asie.

Elle arriva donc dans les plaines où coule la Vistule, et elle se répandit de là dans les vallées de l'Oder et de l'Elbe, sans essayer de franchir la forte chaîne des Carpathes ni méme l'Erzgebirge de Bohême, couvert alors de forêts presque impénétrables. Ce fut ainsi que ce grand mouvement put s'accomplir sans se révéler par aucun signe aux peuples du Midi de l'Europe. Cependant les Grecs apprirent confusément que les Cimmériens s'étaient retirés vers la mer du Nord (2), et ils en reconnurent plus tard la postérité dans la nation (I) Hérodote, IV, 12. On peut placer cette seconde émigration des Kymris vers l'an 630 avant notre ère, car Hérodote y rattache le départ de l'essaim qui se jeta dans l'Asie-Mineure. (2) Ephore, géographe du IV<= siècle avant notre ère, faisait un seul peuple des Cimmériens et des Celtes, et lui assignait pour demeure les contrées septentrionales de l'Europe.

Vers le même temps le voyageur Philémon plaçait les Cimbres près de la mer du Nord et de la Baltique, dont il indique les noms dans la langue de la Gaule (II donne ces noms pour cimbriques; mais ce ne sont pas ceux dont faisaient usage les Germains el les Scandinaves, et je pense qu'il les avait recueillis chez quelque peuple gaulois).

LIVRE 1.

13 des Cimbres, qui habitait les pays voisins du Danemarck. Le nom de ce peuple était arrivé jusqu'à Rome dès une époque assez reculée (i). Un grand essaim de Cimbres apparut mème en Italie un peu plus d'un siècle avant J.-C, mais succomba sous le glaive des légions romaines (2). Depuis ce temps l'histoire cesse de nous les montrer sous leur ancienne dénomination : mais les auteurs latins appelèrent le Danemarck la péninsule cimbrique, en mé moire de la nation qui l'avait habile et dont ils croyaient qu'un faible resle s'y trouvait encore. L'anlique célébrité des Kymris et des Cimmériens prouve assez quelle était d'abord ('importance du groupe de peuples qui portait ce nom. Mais ce groupe se scinda plus tard (5). A l'époque où une armée de Cimbres pénétra jusqu'en Italie, leur force répondait à celle d'une des principales ligues, enlre lesquelles nous voyons se partager dans la suite les nations germaines (4); mais (1) Vers l'an 167 avant J.-C, le bouclier cimbrique servait d'enseigne à un ban quier romain.

On a voulu en conclure que les Gaëls d'Italie étaient des Cimbres; mais aucun historien ne leur donnant ce nom, c'est par une hypothèse gratuite qu'on fait de l'écu cimbrique un bouclier gaulois. Les marchands romains commençaient dès cette époque à pénétrer dans le Nord pour y chercher l'ambre et l'étain, et d'un autre còlé il était venu des bandes germaniques au secours des Gaulois cisalpins en 222. (2) L'armée de 300,000 combattants que les Romains donnent aux Cimbres, et ce chiffre ne parait pas exagéré, représente la force réunie de cinq ou six des plus grands peuples germaniques, et par conséquent l'effort d'un groupe de nations qu'il serait puéril de placer toutes dans le Danemarck. (3) Les Kymris des inscriptions assyriennes et les Cimmériens d'Hérodote s'offrent à nous comme une race puissante : mais leur nom, de même que celui des Saxons et des Vandales de Tancienne Germanie, pouvait appartenir à une nation particulière et servir en même temps de dénomination commune à un certain nombre de peuples ligués avec elle.

C'est ainsi qu'en Grèce les noms de Doricns et d'Ioniens ont à la fois une signification générique et spéciale. (i) C'étaient la ligue des peuples de l'Ouest (les Sieambres , les Chérusques , les Celles et leurs alliés, qui devinrent plus lard les Francs); la ligue suève qui, du temps c'était déjà au moment où leur nom allait se perdre, et tout porte à penser qu'ils n'offraient plus alors que le débris d'une confédé ration que le temps avait affaiblie. En effet, le territoire qu'avaient jadis occupé les Cimmériens sur les rives du Dniester et du Don égalait en étendue l'AIlemagne tout entière. Les efforts de la science moderne pour reconnaître les peuples dont celte grande confédération avait élé autrefois composée, n'ont pas encore donné de résultats assez certains pour que nous puis sions ici nous engager dans celle recherche.

II est cependant un point qui mérite d'être remarqué : c'est qu'une partie des anciennes populations de la Grande-Bretagne avaient gardé le nom de Kym ris (i), quoiqu'elles descendissent de la race des Gaëls et non de celle des Germains. Mais quoique distinctes l'une de l'autre, ces deux branches de la grande famille blonde (2) avaient élé long temps rapprochées et peut-être unies (comme on le verra dans le chapitre suivant). Soit donc que le nom de Cimmériens eùt ap partenu jadis à une seule ou à Ioules les deux, queslion que de nouvelles découvertes pourront seules éclaircir, l'essaim qui sous ce nom passa d'Asie en Europe et des côtes de la mer Noire sur celles de la Baltique, nous offre dans sa marche la trace de leur de César, comptait deux cent mille guerriers; la ligue vandale, composée des peuples gothiques, d'abord peu connus des Romains.

Quant à la ligue saxonne, qui n'appa rut que dans la suite, je la crois formée d'une partie des anciennes tribus cimbriques. (I) Outre les Gallois, qui conservèrent celte dénomination, les habitants des pro vinces centrales semblent aussi Lavoir portée. (2) II y a des populations blondes parmi les Slaves et parmi les Finnois; un autre rameau de cette famille comprenait les Bretons de l'intérieur et les Esthoniens. Mais dans l'état actuel de nos connaissances, l'origine de tous ces peuples reste couverte d'obscurité. Les Gaëls et les Germains sont les seuls dont la vie nationale soit mieux connue et dont le rôle en Europe ait élé important. Aussi ne nous occuperons-nous que de ces derniers, et c'est à eux uniquement que nous appliquerons dans un sens historique le nom général de race blonde.

LIVRE I.

15 origine commune et du mouvement auquel se rattache le com mencement de leur histoire (i). Les détails d'événements si reculés doivent jusqu'à un certain point échapper à notre vue; mais ce que nous en connaissons répand déjà une lumière suffisante sur fenfance de ces races du Nord. L'état primordial de leurs tribus antiques avait été celui des peuples pasteurs, et c'était sous cette forme qu'elles avaient pris leur premier développement : car la conquête du bœuf et du mou ton semble avoir été le point de départ de la grandeur et de la richesse des races de l'Asie. L'agricullure fut le progrès suivant: elle condamnait l'homme au rude apprentissage du travail, qui devait lui fournir de nouvelles ressources; mais il ne s'y soumit que par degrés et à mesure que la nécessité triompha de ses ré pugnances.

Les Germains à leur arrivée en Europe n'avaient pas encore pris complètement les habitudes laborieuses d'un peuple agricole. Toutefois ils commençaient à s'y plier, autant que le permettait l'aversion naturelle des jeunes nations pour toute espèce de contrainte et d'enchaînement. Quoiqu'ils vécussent en grande partie de viande et de laitage, quelques champs qu'ils dé frichaient autour de leurs habitations leur donnaient assez de blé pour rendre leur existence mieux assurée que celle des peuples pasteurs. Mais l'importance médiocre de ces cultures, dont le (1 ) Je pense, dit Tacite, que les Germains sont un peuple resté pur de tout mélange : de là aussi leur ressemblance universelle. — Cette ressemblance s'étendait à leurs institutions et à leur caractère, comme à leur stature et à leurs traits.

Mais on verra dans le chapitre suivant que sous tous ces rapports il y avait la même similitude en tre les Germains et les Gaëls primitifs, dont l'histoire a été si étrangement défigurée. La seule différence antique qu'on remarque entre les deux peuples consistait dans la forme des boucliers, et ce n'était pas là un fait plus essentiel que la diversité des autres armes, comme le coutelas du Saxon, la hache du Franc, la longue pique du Goth. Quand Marius eut vaincu les Cimbres, il fit sculpter sur son bouclier la tète d'un de ces géants du Nord : eetle image fut appelée à Rome la tète du Gaulois. caractère était encore imparfait, laissait à leurs tribus celle faci lité de déplacement qu'attestent leurs émigrations. A demi fixés sur le sol qui les nourrissait, ils conservaient pourtant quelque reste de la mobilité du nomade (i).

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