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Chroniques et récits de la Révolution dans la ci-devant Basse-Auvergne ... Le Puy-de-Dôme en 1793 et la Proconsulat de Couthon

Francisque Mège · 1877 · Scanned text

261,023 words · about 18 h 17 min to read

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About this book

Author
Francisque Mège
Language
French
Published
1877
Length
261,023 words · about 18 h 17 min
Sections
6 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (6)
  1. Front matter about 40 min
  2. Chapitre II about 25 min
  3. Chapitre III about 19 min
  4. Chapitre IV about 45 min
  5. Chapitre V about 5 h 40 min
  6. Chapitre VI about 10 h 28 min

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LE PUY-DE-DÔME EN 1793 ET LE PROCONSULAT DE COUTHON PUBLICATIONS DU MEME AUTEUR. SOUVENIRS DE LA LANGUE D'AUVERGNE (Essai sur les Idiotismes du déparlement du Puy-de-Dôme). — Paris , Aubry, 1861. CHRONIQUES ET RÉCITS DE LA RÉVOLUTION DANS LA CI-DEVANT RASSE-AUVERGNE : Les Fondateurs du Journal des Débats en 1789. — Paris, Faure, 1865. L'Assemblée provinciale (1787-1790). — Paris, Aubry, 1867. Les Fabriques d'Armes (1791-1796). — Paris, Aubry, 1868. Formation et Organisation du département du Puy-de-Dôme (1789-1801). — Paris, Aubry, 1874. DOCUMENTS INÉDITS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE : Lettres sur TAssemblée législative (1791-1792) , par Rabusson- Lamothe , député du Puy-de-Dôme. — Paris, Aubry, 1870. Correspondance de Georges Couthon , député du Puy-de-Dôme à l'Assem blée législative et à la Convention nationale. — Paris, Aubry, 1 872.

CHRONIQUES ET RÉCITS DE LA RÉVOLUTION DANS LA CI-DEVANT BASSE-AUVERGNE DÉPARTEMENT DU PUY-DE-DÔME) LE PUY-DE-DOME EN 1793 IT U PROCOiVSILAT fil C01TH0\ PAR FRANCISQUE MÈGE PARIS , AUGUSTE AUBRY , LIBRAIRE - ÉDITEUR , Hue Séguier, 18. 1877. L'année 1795 , Vannée terrible , pourrait-on l'appëler, elle aussi , fut , on le sait , pour toute la France , une année d'agitation et de perturbation matérielle et morale dont les générations futures garderont longtemps le souvenir. Quoique relativement plus paisible et moins éprouvé que d'autres départements, le Puy-de-Dôme eut à passer par de nombreuses épreuves. Comme bien d'autres parties de la France, il souffrit de la disette; il subit comme d'autres l'influence trop souvent despotique des clubs et des sociétés populaires ; il eut ses persécuteurs et ses persécutés , ses agitateurs et ses victimes.

II eut ses émeutes, occasionnées par la loi du recrutement et par l'in tolérance religieuse; il eut ses prises d'armes pour aider à la répression des troubles survenus dans les départements voisins; il eut enfin sa levée en masse pour coopérer à la soumission de la ville de Lyon révoltée contre la Convention. L'histoire de ce département, dans celte année mémo rable, n'est, à vrai dire, qu'un paragrapbe de l'histoire générale de la France. Mais ce paragraphe est peu ou point connu. II est pourtant de nature à rectifier et com pléter le récit de faits importants, comme aussi à éclairer la figure de certains hauts personnages révolu tionnaires. A ce titre, il nous a paru qu'il y avait une réelle utilité à en faire connaître les détails. Dans ce travail , comme dans les publications qui l'ont précédé , nous avons cherché, avant tout, à être impartial et exact.

Chapitre II

Mesures contre les suspects. — Formation d'un corps armé départemental. — Secours à la Vendée. 11 ne faut pas laisser derrière nous des ennemis prêts à égorger les parents des défenseurs de la pairie. Ce langage qu'on avait prêté aux volontaires de 1792 partant pour les frontières , ce langage qui avait servi de prétexte aux hideux massacres de Septembre, on le tint encore lorsqu'il fut question de la réunion des contingents de 1793. Mais les massacres avaient soulevé dans le pays un tel frémissement d'horreur, qu'on n'osa pas les renouveler. On eut recours à d'autres moyens.

Après le vote de la loi militaire , les Jacobins firent adopter par la Convention une série de mesures que le tyran le plus despotique n'aurait pu désavouer : Le 25 février , décret autorisant les municipalités à faire des visites domiciliaires dans les maisons soupçonnées de recéler des émigrés ou des prêtres sujets à la déportation ; Le 9 mars , décret, rendu sur la motion de Carrier , instituant un tribunal criminel extraordinaire , chargé de juger sans appel et sans recours les conspirateurs et les contre-révolutionnaires ; Le 19 mars, décret , rendu sur le rapport de Cambacérès , prononçant la peine de mort contre tous ceux qui , à Toccasion du recrutement , auront arboré la cocarde blanche et qui auront pris part à des révoltes contre-révolutionnaires ; Le 21 mars , décret qui , afin de prévenir les complots libet ticides , institue dans chaque commune et dans chaque section des grandes communes , un comité de douze membres chargé de surveiller les étrangers résidant ou arrivant dans la commune. — Ce sont ces comités qui devinrent si tristement célèbres sous le nom de Comités de surveillance ou Comités révolutionnaires ; Le 25 mars, décret réorganisant le Comité de défense «énérale sous le nom de Comilé de salut public et lui donnant •mission de préparer et proposer toutes les lois nécessaires à la défense intérieure et extérieure de la République ; Le 26 mars, sous Tinspiration des sections de Paris, la Convention ordonne le désarmement des nobles, des prêtres et autres personnes reconnues suspectes (1); Le 27 mars , électrisés par un discours de Danton , les représentants décident que les contre-révolutionnaires seront mis hors la loi , que les citoyens seront armés de piques , et que ie tribunal révolutionnaire entrera immédiatement en fonctions; Le 28 mars , est promulguée la loi contre les émigrés dont !a discussion durait depuis le mois de décembre 1792; Enfin , le 29 , la Convention convertit en décret un arrêté de la Commune de Paris qui semble inspiré par Tesprit des Tibère et des Néron.

D'après ce décret , tous les propriétaires, locataires , concierges , fermiers , régisseurs , logeurs de toutes (1) C'était le commencement de Tinquisition révolutionnaire. Le vague de -ces mots: suspects, fut cause de bien des vexations el de bien des vengeances. Quelques administrations honnêtes en demandèrent la signification exacte. Ainsi le 19 mai une députation du déparlement de TAin vint prier la Conven tion de délerminer d'une manière claire el précise ce qu'il fallait entendre par gens suspects.

Mais le plus grand nombre en élendit ou restreignit le sens suivant son humeur ou Tinlérèt de ses passions. — Plus tard , la loi du 17 septembre 1793 donna une définition assez élastique elle-même : « Sont réputés » gens suspecls , dit-elle, 1° ceux qui , soil par leur conduite, soil par leurs » relations , soil par leurs propos ou leurs écrits , se sont montrés partisans de » la tyrannie et du fédéralisme et ennemis de la liberté ; 2° ceux qui ne pour » ront pas justifier de la manière prescrite par la loi du 21 mars dernier de i> leurs moyens d'exister el de Tacquil de leurs devoirs civiques ; 3° ceux à qui w il a été refusé des certificats de civisme ; 4° les fonctionnaires publics sus- ■» pendus de leurs fondions par la Convenlion nationale ou par ses commisj, saires el non réintégrés. ... ; 5° ceux des ci-devant nobles , ensemble les » maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs , et agents » d'émigrés qui n'ont pas consomment manifesté leur altachemenl à la Révo- » lulion ; 6° ceux qui ont émigré dans Tintervalle du 1" juillet 1789 à la » publication de la loi du 8 avril 1792 quoiqu'ils soienl rentrés en France dans » le délai fixé par celle loi. » les maisons de la République , étaient tenus, sous peine d'em prisonnement, d'afficher à Textérieur des habitations, dans un endroit apparent et en caractères bien lisibles, les noms, prénoms, surnoms, âge et profession de tous les individus résidant actuellement ou habituellement dans lesdites habitations. « ....

Quelle que soit Tintention qui dicte cette mesure , » dit un contemporain , on'ne peut rien concevoir de plus favo » rable à un gouvernement arbitraire. Elle place chaque indi » vidu de la République à la portée immédiate des espions et » des délateurs. Elle désigne ceux qui sont d'âge à servir dans *> Tarmée , ceux qui ont cherché un refuge dans un départe » ment contre la persécution d'un autre; enfin, elle rend la » fuite impossible pour tous ceux qui sont dénoncés par le » soupçon politique ou la malice privée (1). » Toutes ces mesures , qui sont autant de précautions prises contre les ennemis de la République , jettent le trouble et la surexcitation dans les provinces les plus paisibles. On se dit que si la Convention se montre aussi rigoureuse , c'est que la situation est désespérée , c'est que , sans parler des ennemis de Textérieur, la France entière , chaque ville , chaque commune même est environnée de conspirateurs et menacée des plus graves dangers préparés par les émigrés et par les prêtres.

(1) Un séjour en France de 1792 à 179ÌÌ , traduit par H. Taine. Paris, 1872. — Le mème auteur donne plus loin d'autres délails sur Texécution de ce décret. « .... Les riches. . . montrenl une complaisance maussade en plaçant leur » très-petit papier, écrit très-fin , aussi haut que la loi le permet. D'aulres le « mettent de façon à ce qu'il soit à moitié couvert parla persienne, ou Tal >i tachent avec des pains à cacheter , afin que le venl , en détachant un ou deux » coins, rende impossible de lire le reste. Beaucoup de gens qui ont des pas » sages ou des cours dans leurs maisons collent leurs noms sur la partie de la » grille qu'ils laissent ouverte , de façon qu'ils ne soient lus que par ceux qui j> entrent. Mais les personnes les plus effrayées ou les plus aristocrates ajou » tenl à leur regislre: Tous bons républicains , ou: Vive la République une et » indivisible.

Quelques-uns même qui sonl dans les fondions publiques , ou les » bouiiquiers timides qui onl peur du pillage, ou encore les gens mûrs pour » la conlre-révoluiion , onl une feuille grande comme la moitié de leur porle , u décorée de bonneis rouges , de rubans tricolores el de sentences enflammées. « finissant par : La liberté ou la mort. » La prise d'armes des Vendéens, les émeutes qui éclatent -sur tous les points semblent justifier les suppositions les plus défavorables , les conjectures les plus pessimistes. Alors chaque département , chaque district songe à se pré munir, à se mettre en garde contre les dangers signalés. La peur devient contagieuse parmi les administrateurs. La modération , du reste , pourrait être taxée de connivence. De tous côtés la rigueur est donc mise à Tordre du jour , de tous côtés on se hâte pour être à même de déjouer les attaques et les complots.

A Clermont , sur les conseils des Conventionnels en mission, la Commune ordonne que toutes les cloches des églises, à Tex ception d'une seule par paroisse, seront abattues pour être converties en canons. Le directeur de la fonderie établie à Chamalières , Philippe Royer , reçoit les sommations les plus pressantes. II a beau activer sa fabrication , il ne peut arriver à contenter les impatients. Pour empêcher toute interruption dans ses travaux , les représentants Monestier et Petit-Jean lui font faire des avances de fonds par Tadministration départementale (1). Toutes les villes de quelqu'importance veulent se constituer une artillerie, c'est un besoin épidémique. Mais pour manœuvrer des canons, il faut des hommes spéciaux, des hommes expérimentés. Le directoire du département qui a sous la main le citoyen Joseph Jambon , que le représentant Soubrany (2), a envoyé comme instructeur, le directoire ordonne le 30 mars la création à Clermont d'une école d'artil- (1) Les Fabriques d'Armes, par Francisque Mège.

Paris. Aubry. 1868. (2) ft Le 28 août 1792 , il a été donné lecture d'une lettre de M. Soubrany , o un des députés à TAssemblée nationale, qui annonce Tarrivée du sieur » Jambon, instituteur-canonnier, avec lequel il a fail la convention de900 livres « d'appointements el de 300 livres de gratification cn cas de contentement. Ce » député donne sur le civisme et les talents du sieur Jambon l'attestation la » plus complète. — Le Conseil, après avoir conféré avec M. Jambon , a ap » plaudi au choix de M. Soubrany el agréé les conventions par lui faites. . . .» (Registre des délibérations du Conseil général du déparlement. — Archives du Puy-de-Dôme.) lerie , parce que, « dit-il , pour donner aux généreux défen » seurs de la patrie Tassurance que leurs propriétés seront » respectées, leurs familles protégées et Tordre intérieur main » tenu, il est important d'organiser dans Tintérieurde la Répu m blique une force armée capable d'en imposer aux malveillants » qui tenteraient de troubler Tordre intérieur en empêchant » Texécution des lois (1). » Mais s'il est prudent de se préparer à lutter contre le mal, il est de meilleure tactique encore de Tarrêter à sa naissance et de faire obstacle à son développement.

Le 31 mars, le Conseil général de la commune de Riom , sur la demande d'un grand nombre de citoyens, ordonne la fermeture de deux cercles ou salons fréquentés par des per sonnes suspectes ; et, par la même délibération, prend un arrêté en vertu duquel tous pères, mères, femmes el enfants d'émigrés sont tenus de se lenir renfermés chez eux pendant la nuit, sans pouvoir en sortir sous quelque prétexte que ce puisse être, dès que neuf heures seraient sonnées (2). En même temps, le Conseil général de Riom, voulant être à même de prendre des mesures secrètes dans les dénonciations gui parviendraient, institue dans son sein un Comité secret de surveillance et de sûreté générale. La Commune de Clermont se montre plus rigoureuse. Le 3 avril, elle prend un arrêté ainsi conçu : « Aujourd'hui trois avril 1793 an second de la République » française ; » Le Conseil général de la commune s'étant constitué en ■» séance non publique , conformément aux dispositions de la » loi , et après avoir entendu le rapport de son Comité de » police ; » Considérant que les dangers de la patrie, les complots et » les conspirations qui causent des troubles dans plusieurs par » ties de la République, les agitations continuelles des ennemis (1 ) Voir à l'Appendice le texte entier de l'arrèté du 30 mars.

(2) Nous reproduisons cet arrêté à l'Appendice. >* de la Révolution française, imposent aux administrateurs le » devoir impérieux d'exercer une surveillance active, et de » prendre tous les moyens d'arrêter et de prévenir des maux » réels ; » Considérant que les propos inciviques notoirement tenus, » le déguisement nocturne de plusieurs particuliers , les me » naces par eux faites à des patriotes reconnus, le mépris cons » tant d'un grand nombre de citoyens pour la cocarde nationale » dont pendant plusieurs jours ils n'ont point été décorés , le » complot de s'opposer à Texécution de la loi sur le recru » tement de l'armée, prouvent évidemment qu'il existe dans » cette ville des projets contre-révolutionnaires qui trou » bleraient tôt ou tard la paix et la tranquillité dont cette cité » a joui jusqu'à présent ; » Considérant qu'il est parvenu à sa connaissance qu'il » existait même le plan désastreux de se porter en force aux » prisons de la ville pour en faire sortir plusieurs détenus et » notamment les jeunes gens qui dernièrement y ont été ren » fermés et dont l'affaire a été renvoyée à la Convention » nationale ; » Considérant enfin qu'il est de la sagesse et de la prudence » du Conseil général de la commune de prévenir par des me » sures promptes tous les excès auxquels pourraient se livrer » des individus suspects , parents de personnes notoirement » émigrées ; » Ouï sur ce le procureur de la Commune, » Arrête , comme mesure de sûreté générale : » Que les sieurs Dauphin César, Taillandier, Tixier » ci-de\ant juge au tribunal d'Issoire, Juge, Grangier » dit Lamotte , La Ratisse père, André père, Pérignat , » Durand père , Huguet Degoiles père , Mayet dit La » Vilatelle, Rlau , Champflour d'AIagnat , Verdier Dubarrat, » Duranquet père , Ducoufour, Potière, Rouillé, Peghoux » dit Merdogne , Trémiolles , Aubier père et Aubier oncle , » seront sur-le-champ mandés au Conseil général comme sus » pects ; qu'ils y recevront Tordre de se rendre à la maison » des ci-devant Ursulines de cette ville pour y rester provisoi » rement en état d'arrestation ; qu'un corps de garde nationale » sera dès ce soir établi à ladite maison de réclusion. » Arrête de plus qu'il sera fait une liste des religieuses sus » pectes et qu'elles seront , par la même voie , mises en état » d'arrestation provisoire dans la maison des ci-devant Visi » tandines de cette ville. » Arrête enfin que tous les prêtres insermentés seront mis » dans la maison de réclusion déterminée par le département » jusqu'à Texécution de la nouvelle loi à eux relative. » Signé : Monestier , maire , président ; Dijon , BOUSCARAT , RARRE , B.VRBAT , BrESCHET , Verdier, etc.

(1). » Deux jours après, à Toccasion d'une lettre anonyme adres sée au maire, la municipalité fait proclamer dans toute la ville de Clermont le détail des précautions qu'elle a prises (2). En outre , on suspend la délivrance des passe-ports aux prêtres insermentés et on institue une commission chargée d'ouvrir les lettres au bureau de la poste. Animé du même esprit et des mêmes craintes que le Conseil général de la commune de Clermont, le Direcloire du dépar tement prend , le 4 avril , un arrêté des plus sévères et des plus rigoureux. Les gardes nationales de tout le département sont mises en état de réquisition permanente jusqu'à la pacifi cation complète de la Vendée. Les frais des déplacements de la force armée occasionnés par des troubles seront supportés en totalité par les personnes suspectes.

Chaque commune devra désarmer lesdites personnes ainsi que le veut la loi et prendre contre elles toutes les dispositions jugées utiles. De plus , les autorités communales dresseront et enverront à leurs districts des états indiquant les noms, âge, profession et do micile précis de ces mêmes personnes. Enfin , la délation est (1) Archives municipales. — Registre des délibérations. (2) Le texte de celle proclamation esl reproduit dans l'Appendice. inscrite au nombre des devoirs du citoyen. Aux termes de l'article 6 , « les personnes comprises auxdits états sont spé » cialement recommandées à la surveillance de tous les bons » citoyens, lesquels sont invités d'aller rendre compte à leurs » municipalités de tout ce qu'ils pourront apercevoir d'in » quiétant pour la sûreté publique (1). Dans tous les districts , dans toutes les communes, avec plus ou moins de zèle , il est vrai , on exécute les décrets de la Convention et les arrêtés du département : on procède au désarmement des personnes suspectes , on fait des visites domiciliaires , on viole le secret des lettres , on em prisonne.

A Issoire , les patriotes profitent de la visite dans leur ville des conventionnels Monestier et Petit-Jean pour obtenir l'in carcération de quelques contre-révolutionnaires présumés et pour faire casser ou suspendre des fonctionnaires soupçonnés de modération ou de tiédeur (2). A Ambert , où Ton se sent plus menacé par le voisinage des contre-révolutionnaires de Rhône et Loire , on exa gère la sévérité. Le district ordonne le désarmement non seulement des suspects , mais de tous les individus dont le patriotisme est douteux , les fanatiques , les égoïstes et les indifférents à la chose publique. De plus , il établit pour le désarmement deux catégories , suivant le degré présumé de fanatisme ou à' aristocratie dont les cantons sont jugés atteints. Pour les uns, les moins gangrenés, les armes provenant du désarmement resteront au chef-lieu de canton , pour être sans doute restituées à Toccasion.

Quant aux autres cantons , les (1) Voir à l'Appendice, où l'arrèté du 4 avril est transcrit dans son enlier. (2) Ainsi , entr'autres , le lieutenant de gendarmerie Levé-Beaupré fut sus pendu par arrèlé de Monestier, à cause de sa qualité de noble el de sa modé ration ; el cependant il ne s'élail pas montré hostile au nouveau régime. Pour donner une idée des motifs qui pouvaient alors déterminer une incar cération , nous reproduisons à l'Appendice un mandat d'arrestation signé par Monestier el Petit-Jean. armes qui y seront saisies , seront transportées au siège de Tadministration du district (1). La loi du 26 août 1792 avait décidé que tous les ecclé siastiques insermentés seraient tenus de sortir sous huit jours des limites du district et du département de leur résidence, et dans quinzaine hors du territoire français, sous peine , pour ceux qui n'obéiraient pas à ces injonctions, d'être déportés à la Guyane française.

Par application de cette loi, le district d'Ambert ordonne des perquisitions chez les habitants pour rechercher les prêtres insermentés. Onze de ces ecclésiastiques sont arrêtés et dirigés sans retard sur le chef-lieu du département (2). D'autres, plus âgés ou infirmes , que la loi ne permet pas de déporter , sont mis en réclusion à Ambert. Pareilles poursuites sont exercées aussi dans les autres dis tricts. Le Régime de la terreur affirmait de plus en plus son exis tence. Malgré tous les efforts , malgré tous les moyens de coer cition employés , le contingent demandé par la loi du 24 février ne put être obtenu. II en fut ainsi dans presque toute la France, même à Paris. Ce qui n'empêcha pas de proclamer partout que le recrutement des 300 mille hommes était entièrement terminé. (1) « Art. 7. — Toutes les armes que les commissaires recueilleront dans » les communes des cantons d'Olliergues, Cunlhat, St-Amanlel Marsac, donl » les habitants sont en général ou arislocrates ou fanatiques, ainsi que celles » qui peuvent avoir élé déjà déposées à la municipalité de chacune de ces com » munes, en conséquence de l'article 4 du décret du 26 mars 1793, seront » transférées dans un des appartements du lieu des séances de l'adminislration » pour èlre de suite réparées et y avoir recours au besoin. » Art. 8. — Toutes les armes que les commissaires recueilleront dans les » communes des autres cinq canlons du district. . . . seront transférées à la » municipalité du chef-lieu de canton el déposées dans un lieu sùr. ...» (Arrèlé du district d'Amberl du 51 mai 1795. — Archives départementales).

(2) Arrêté du 13 mai 1795. — Registre des délibérations du district d'Am berl, volume 3. Les événements donnèrent bientôt des démentis à cette affirmation. A la déclaration de guerre que la Convention lui avait lancée le 7 mars, le roi d'Espagne, Charles IV, répondit en com mençant aussitôt les hostilités. Vers la fin de mars , ses troupes passèrent la frontière sur plusieurs points. Le général Servait qui commandait l'armée des Pyrénées n'avait à opposer aux Espagnols que des corps peu aguerris et peu nombreux. Devant la perspective d'une invasion de leur territoire, les administrateurs du département de THérault se crurent obligés, par mesure de sûreté publique , d'appeler aux armes de nouveaux volontaires. Après s'être entendus avec les représentants en mission dans leur département , ils prirent, le 19 avril, un arrêté en vertu duquel cinq mille hommes du département de THérault devaient être levés pour défendre les côtes de la Méditerranée ou se porter sur les frontières d'Espagne.

Ces nouvelles recrues devaient être appelées par voie d'in dication , c'est-à-dire « en adressant des réquisitions directes » et personnelles aux citoyens reconnus pour les plus patriotes » et les plus propres par leur courage , leur caractère et leurs » moyens physiques, à servir utilement la République. .. . » Le soin de les désigner était dévolu à un Comité composé en nombre égal des membres des trois corps administratifs du chef lieu du département. Pour subvenir aux dépenses de cette force armée, le département ordonnait un emprunt forcé de cinq millions de francs, lequel devait être formé, à défaut de sou missions volontaires , par des réquisitions impératives adressées aux riches. Heureuse de trouver un moyen détourné de suppléer à Tin suffisance du recrutement , la Convention ordonna , le 27 avril, Timpression et Tenvoi à tous les départements de Tarrêté pris par les administrateurs du département de THérault ; ne voyant pas qu'en permettant aux communes et aux départements de lever des troupes et de faire des emprunts pour leur propre compte , elle s'exposait à frayer la voie au fédéralisme et à porter coup à Y indivisibilité de la République.

Avec cet arrêté , le Comité de salut public adresse aux départements une instruction détaillée par laquelle il engage les corps administratifs à imiter le grand exemple qui leur est donné. « La Convention nationale , leur dit-il , compte sur votre » zèle. Les citoyens de tous les départements sont frères ; ils » sentiront tous la nécessité d'employer de grandes mesures, » de déployer la même énergie et le même empressement. » II est des circonstances où les corps administratifs doivent » s'abandonner aux sentiments du patriotisme , à ces mou » vements qu'inspire le besoin de sauver la patrie; où il est » nécessaire de prévenir le législateur; où il faut saisir et em » brasser toutes les mesures de sûreté et de salut public avant » qu'elles aient été commandées par la loi » Puis il leur indique le nombre d'hommes à lever en suivant les proportions adoptées dans THérault , le chiffre de l'emprunt à souscrire , etc.

C'est surtout les contre-révolutionnaires qu'il faut luire contribuer : « Vos fixations ne doivent pas être uniformes dans la sup » position même de l'égalité des fortunes. Le citoyen que son » incivisme doit faire exclure du service personnel, doit contri » buer de sa fortune à la défense de la patrie dans une pro » portion plus forte que ceux qui font le service personnel et » qui ont concouru aux succès de la Révolution. » Le Comité de salut public songe à tous les détails , aux sub sistances, à Tarmement et jusqu'à Tespèce d'étoffé qu'on doit employer pour Thabillement des nouveaux volontaires. II re commande expressément, dans les achats et approvisionnements , de ne pas se mettre en concurrence avec les agents du gouvernement et de ne pas apporter d'entraves à leurs acquisitions. II appuie beaucoup enfin sur la nécessité pour les directoires des départements de s'entendre avec les représentants du peuple en mission , dépositaires de pouvoirs qu'ils peuvent déléguer lorsque les circonstances Texigent.

Prompt à entrer dans les vues du Comité de salut public , le Directoire du département du Puy-de-Dôme ordonne, le 5 mai, la publication de tous les documents qui viennent de lui par venir. II invite en même temps les districts et les municipalités des chefs-lieux à envoyer un délégué à Clermont pour déli bérer avec le Conseil général du département sur un sujet d 'aussi grande importance. Les conventionnels Petit-Jean et Mones tier, alors à Thiers, sont également priés de revenir pour éclairer le Conseil de leurs lumières. Sur ces entrefaites, arrivent à Clermont deux députés du département de la Vienne. Ils se présentent le 8 mai devant le Conseil général du département réuni en surveillance per manente et lui exposent que les révoltés de la Vendée sont déjà aux portes d'Argenton et de Rressuire : que la faible gar nison qui défend ces deux places est dans Timpossibilité de tenir longtemps; que le général Ligonier (1) a manifesté Tin tention de les évacuer s'il n'était pas secouru, et qu'enfin il importe à la sécurité de tous les départements du centre d'arrêter le développement de Tinsurrection en envoyant de suite des troupes en nombre suffisant.

Sur-le-champ , et vu Turgence , le Conseil général décide Tenvoi aux départements attaqués d'un secours armé de 500 hommes d'infanterie, 50 gendarmes et 4 pièces de canon, el donne Tordre aux directoires des districts de s'occuper im- (1) Ce général , que Ton a quelquefois confondu avec le général anglais Ligonier (fail prisonnier à la bataille de Lawfefd et mort en 1770) , n'est autre que François Leygonier de Pruns qui élail en 1787 capitaine de dragons et maire perpétuel de la ville d'Aurillac, el qui figura à TAssemblée provinciale d'Auvergne comme représenianl du Tiers-Etat. — Un décret du 27 février 1793 le chargea d'organiser à Angers un corps de dragons. Placé sous les ordres du général Rerruyer, il prit part à la guerre contre les Vendéens. Batlu par eux à Coron , il fut l'objet des dénonciations de Marat.

Leygonier de Pruns a publié plusieurs brochures politiques, entr'autres celle-ci : Exposition de l'état où se trouve le département du Cantal , ci-devant Haute-Auvergne , relativement aux impositions , à V époque de l'assemblée des électeurs au 1 « juillet 1 790 , suivie d'un projet d'impôt commun au rogaume , par François Leigonge (sic), chevalier de St-Louis , adjoint et correspondant de la Sociélé royale d'agriculture, l'un des électeurs de ce département, citoyen actif cl cultivateur d'Aurillac. Aurillac, Viallanes. 1790. médiatement de la levée de ces cinq cents hommes qui devront être réunis en armes à Clermont le 15 mai (1). Cette levée partielle que des circonstances imprévues im posaient au département du Puy-de-Dôme ne devait pas faire obstacle à la levée plus importante que le Comité de salut public avait proposé d'après Texemple du département de THérault.

Le 13 mai eut lieu la délibération souhaitée et préparée par les administrateurs du département. Sur la convocation des conventionnels Petit-Jean et Monestier , les trois corps admi nistratifs de la ville de Clermont (Département, Districl, Commune) , réunis à un certain nombre de délégués des districts et des Sociétés populaires , prirent un arrêté ordonnant la levée dans le département du Puy-de-Dôme d'un corps armé de quatre mille hommes, lesquels devaient être choisis par les Conseils généraux des communes parmi les citoyens de 18 à 45 ans. Ce corps devait former cinq bataillons de huit cents hommes dont le premier, immédiatement mis en activité, n'était autre que celui précédemment indiqué [tour la Vendée. Pour Tarmement et Téquipement de ces quatre mille hommes , on décida en mème temps l'émission d'un emprunt de cinq millions (2).

Cet arrêté ne fut pas du goût des Jacobins purs, et cependant il était entièrement conforme aux instructions du Comité de salut public. Appel de volontaires , abolition du remplacement, établissement d'un Comité centra! , emprunt forcé , tout s'y trouvait. II y manquait seulement ce qui manque souvent en Auvergne , le fanatisme , Tintolérance et Texaltation. Remarque fréquemment reproduite, en effet, Tesprit Au vergnat s'est presque toujours montré ennemi des extrêmes et enclin à la modération mème dans les époques les plus troublées. Ainsi , dans Tarrêté du 13 mai , les administrateurs avaient (1) Voir à l'Appendice, le texte de l'arrèté du 8 mai et la circulaire des Administrateurs. (2) Nous donnons à l'Appendice le texte entier de l'arrèté du 15 mai. donné le moins de place possible aux exagérations habituelles du langage révolutionnaire et évité ces formes aggressives qui ne servent qu'à semer la division et la haine parmi les citoyens.

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