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Histoire de Vandières, ou notice historique, topographique & statistique sur Vandières, près Châtillon-sur-Marne

J. B. Legras · 1877 · Scanned text

122,434 words · about 8 h 34 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
J. B. Legras
Language
French
Published
1877
Length
122,434 words · about 8 h 34 min
Sections
24 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (24)
  1. Front matter about 1 min
  2. Introduction about 21 min
  3. Chapitre II. Chatellerie De Chatillon about 9 min
  4. Chapitre III about 13 min
  5. Chapitre IV about 6 min
  6. Chapitre V about 9 min
  7. Chapitre VI about 6 min
  8. Chapitre VII about 11 min
  9. Chapitre VIII about 9 min
  10. Chapitre IX. Eglise about 1 h 47 min
  11. Chapitre X about 17 min
  12. Chapitre I about 16 min
  13. Chapitre II about 10 min
  14. Chapitre III about 13 min
  15. Chapitre IV about 9 min
  16. Chapitre V about 8 min
  17. Chapitre VI about 11 min
  18. Chapitre VII about 9 min
  19. Chapitre VIII about 10 min
  20. Chapitre IX about 11 min
  21. Chapitre X about 12 min
  22. Chapitre XI about 5 min
  23. Chapitre XII about 2 h 47 min
  24. Chapitre XIII about 23 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE ws VANDIÈRES ou NOTICE HISTORIQUE, TOPOGRAPHIQUE & STATISTIQUE Sur "Vandiéres, près Ctiàtillon-sur-A-larne f a f: T. -B. LEGUAS jJoTAlIÎE HONORA: Rt, jAncien 'Maire , Suppléant de jTuce de *Paix, X)rLtcuÉcantonal d'instruction primaire, . A «VaNDIÈRES. 11 n'est pas un endroit habité, village ou hameau, tout modeste qu'il parai', qui n-- puisse avoir sa mo nographie particulière. IMPRIMERIE COOPÉRATIVE DE REIMS (E. GÉ.\'ï, Dir.) £24, Rue Pluche, 24 histoire D E VANDIÈRES tous droits de l' auteur sont réservés HISTOIRE DK VANDIÈRES ou NOTICE HISTORIQUE, TOPCúRAPHIQUE & STATISTIQUE Sur "Vandières, prés Chátillon-sur-Marne FAX J.-B. X-ECiB-^^S HONORAIRE, jA.NCIKN TRAIRE , SUPPLÉANT DE JuGE DE cantonal d'TNSTRUction primaire, a *Yandiè.res. 11 n'eat pas un endroit habité, village ou haaieau, tout modeste qu'il paraît, qui ne puisse avoir sa mo nographie particulière. IMPRIMERIE COOPÉRATIVE DE REIMS (E. GÉNY, Dir.) 24, Rue Pluche, 34

Introduction

Le but primitif de cet essai a été une simple notice, ne comprenant guère que des renseigne ments statistiques et topographiques. Nous ne pouvions songer à l'histoire d'un village, n'ayant point de passé connu, et ne possédant aucun monument qui le recommandât à l'opinion publique. Cependant, après de premières démarchesdans ce but, nous avons été amené à penser qu'il n'est pas un endroit habité, village ou hameau, tout modeste qu'il paraisse, qui ne puisse avoir sa monographie particulière. Quelques personnalités anciennes dont nous connaissions à peine le nom, de vieilles familles nobles et disparues, des fiefs et seigneuries, for maient, autour de Vandières, comme un horizon nouveau, qu'il nous paraissait curieux d'explorer et de connaître. D'ailleurs, nous croyions utile d'employer quel ques loisirs, soit à chercher l'origine du pays, soit à réunir les renseignements qui ont survécu aux temps passés, afin de laisser à nos neveux, par un recueil durable, ce que nos pères n'ont pu nous transmettre.

Ce serait au moins, nous disions-nous, jeter un jalon, fixer un point à partir duquel la situa tion actuelle, connue et appréciée, pourrait se rattacher tant au passé qu'à l'avenir. Ce serait enfin un effort pour préserver de l'oubli quelque chose de ce temps passé. Mais quels moyens employer pour la réalisa tion de ce projet ? Les archives communales ne remontent guère au-delà de nos jours. II ne restait à consulter que les titres de propriété et de famille, rares et dis séminés. Si notre cadre était élargi, il nous semblait aussi indispensable de nous livrer à des re cherches plus étendues. Ecartant toute prétention de toucher à l'his toire générale, soit de la France, soit même de la Champagne, nous ne devions songer qu'à un bien humble essai d'histoire purement locale. Celle-ci, supposant connus les événements généraux et les institutions particulières de la pro vince, entre dans les faits spéciaux à la localité et en fournit les détails.

Son rôle est aussi de faire connaître les anciens usages, maintenus ou abandonnés. Nous dirons donc que les trois mots composant le titre de cette notice, pris dans leur sens littéral, indiquent peut-ètre moins le contenu de ce recueil que le but que nous nous sommes proposé. II n'existe pas d'écrits indiquant que des faits saillants de guerre ou autres , que des événements remarquables aient eu lieu dans notre commune, soit dans les temps reculés de notre civilisation, soit à une époque plus moderne. Ce village de Vandières a dû subir, comme les autres qui l'avoisinent, les vicissitudes amenées par la conquête, par les guerres étrangères et in térieures, que la contrée a eu à supporter, en raison de sa position. Rien ne pouvait attirer plus spécialement l'at tention sur ce village, à moitié caché, si ce n'est son voisinage de Chàtillon.

En l'absence de documents suffisants pour établir la partie réellement historique de l'ou vrage, nous avons voulu grouper, dans leur en semble, les renseignements éparpillés qu'il nous a été donné de recueillir, dans les dépôts publics et chez les particuliers, pour en former comme un faisceau, dans une simple notice, au point de vue tout à la fois spécial du village, de la paroisse, de la commune, comme association civile. Nous avons cherché à fonder la base d'une histoire locale particulière, destinée à faire suivre, à mesure qu'ils se produisent, les faits locaux, à défaut d'événements, le mouvement du sol et de l'habitant; à indiquer enfin la marche pro gressive du travail et de l'intelligence des habitants , pour en déduire les conséquences qui en découlent naturellement. Ceci arrêté en principe, il nous restait à en suivre l'exécution, à en faire le classement dans un ordre naturel, au lieu de Tordre chronologique qui nous faisait défaut.

D'une autre part, une scrupuleuse exactitude sur les faits , de la précision dans leur exposé , la stricte et entière vérité sur tous les points , une impartialité incontestable pour les rappro chements et les appréciations, sont des devoirs pour quiconque désire donner, à un ouvrage de ce genre, un certain intérêt, et surtout l'utilité que doit comporter tout labeur sérieux, de quel que nature qu'il soit. Telle a toujours été la volonté qui a dirigé ce travail. Si, conformément à notre programme, nous avons évité d'entrer dans les explications et con sidérations de l'histoire générale, en nous renfermant dans la constatation des faits locaux, nous n'avons pas cru, néanmoins, qu'il fût inter dit au chroniqueur de jeter çà et là quelques observations significatives. II convient encore d'user sobrement du droit de censurer les actions passées.

Mais, relever un bon sentiment, encourager l'application d'un principe sérieux, louer une conduite sage ou un fait honorable , conseiller une mesure utile, exprimer l'espoir d'une amélioration profitable, V d'un avenir prospère; ces sentiments, ce nous semble, peuvent trouver leur place dans le récit toujours assez aride de la statistique et d'une chronique locale ; ils peuvent aider au bien, en appelant l'attention de quelques-uns. Si ces appréciations sont partagées, si notre travail est goûté et qu'il soit accueilli favorable ment, nous estimerons nos efforts suffisamment récompensés. L'ouvrage est divisé en quatre parties principales, subdivisées en plusieurs chapitres. La première partie contient Tindication de la situation de Vandières et de son territoire ; des recherches et études sur l'origine du village et Tétymologie de son nom, sur la fondation de Téglise et des autres établissements , sur les anciens possesseurs et sur les familles qui se sont partagé la seigneurie et les fiefs, c'est-à dire le sol, pour la majeure partie.

La seconde indique la composition de ces fiefs et domaines, en mentionnant les transmissions qui ont eu lieu, ainsi que les transformations amenées par le temps, avec rappel d'anciens titres à Tappui des faits, sur ces deux parties. La troisième fait connaître la nature et l'étendue des propriétés, tant du territoire que de tous les établissements publics , Tétat des institutions communales et autres, le montant des contribu tions, et enfin donne les noms des fonctionnaires de tout ordre, anciens et nouveaux. VI La quatrième et dernière partie comprend les enseignements statistiques sur la population et sur les habitations, sur les produits du sol et sur Tindustrie, sur les faits divers, sur les cérémonies et Tétat religieux, sur les usages, sur les familles , et se termine par un aperçu ou résumé des travaux des diverses administrations muni cipales.

Après un court épilogue, vient la table indi cative des matières. Enfin , Touvrage est accompagné de deux cartes, ayant pour bases le plan cadastral : dans Tune est le plan du village actuel, sauf les constructions plus récentes , avec indication des anciennes maisons seigneuriales, des anciens et nouveaux établissements communaux, des mou lins, ruisseaux et fontaines, etc. ; Tautre com prend le plan d'ensemble du territoire, indiquant à la fois les principaux lieuxdits, hameaux, fermes et écarts ; la nature des diverses parties du sol, en terres, prés, vignes et bois, avec les voies de communication et les autres circonstances et indications faisant Tobjet d'une mention particulière. Nous devons ces cartes aux soins dévoués d'un bon parent et ami, A. Quentin, agent-voyer à Ville ; nous sommes heureux de lui exprimer de suite la reconnaissance due à un aussi cor dial, aussi utile et spontané concours.

Nous éprouvons les mêmes sentiments pour un autre parent et ami non moins affectionné, Tabbé Legras, professeur au Petit-Séminaire de Reims, dont les conseils et Texpérience, ainsi que le dévouement, nous ont été des plus utiles Nord Nord PREMIÈRE PARTIE SITUATION ET ORIGINE DU VILLAGE ; RECHERCHES A CE SUJET. — FAMILLES SEIGNEURIALES ET DROIT FÉODAL. CHAPITRE Ier VANDIÈRES Indications générales. — Situation du village. — Territoire ; sa nature. — Recherches sur l'origine et nom. — Etymologie. |1« Vandières, près Chàtillon - sur - Marne ; on disait autrefois, Vandières-sous -Chàtillon : Van derice subtus Caste llionem. Vandières près Châtillon-sur-Marne, disons nous , est un village de la Champagne, situé à environ deux kilomètres à Touest de Chàtillon, entre cette ville et Verneuil. Par conséquent, placé à 4 kilomètres de la gare de Port-à-Binson, ligne du chemin de fer de TEst; à 20 kilomètres d'Epernay, 13 de Damery, 9 de Dormans, 22 de Fère-en-Tardenois ; à 32 kilomètres de Reims, 52 kilomètres de Chàlons ; et environ 30 kilomètres de Château-Thierry.

Sous Tancienne division territoriale,Vandières dépendait de la Généralité de Chàlons en Cham pagne; de TElection, subdivision, grenier-à-sel, subdélégation et direction d'Epernay; du Bail liage et Prévôté de Chàtillon, Présidial et Duché de Château-Thierry. II était soumis à la coutume de Vitry-en-Per thois. II a fait partie du district d'Epernay, du rant la Révolution. Aujourd'hui Vandières est du canton de Châ tillon-sur-Marne, dont il est Tune des plus fortes communes, arrondissement de Reims, département de la Marne. Sous le rapport ecclésiastique , la paroisse de Saint-Martin de Vandières dépendait de la maîtrise et faisait partie du diocèse de Soissons. A Tépoque du concordat, cette paroisse était renfermée dans le diocèse de Meaux, et actuelle ment elle dépend du diocèse de Reims. Le Catalogue, ou état ecclésiastique civil des paroisses du diocèse de Soissons, publié à Com piègne par M. Houllier, chanoine de Soissons, en 1782, indique que Vandières était une bonne cure séculière du doyenné de Chàtillon, archi diaconé de Brie.

Le collateur était TEvêque ; les décimateurs étaient les Dames religieuses de Longueaux de Reims, pour un tiers, et le curé pour les deux autres tiers. La cure de Passy avait droit à un tiers des dîmes du hameau de Trotte, et M. le curé de Vandières, aux deux autres tiers. Le clocher, placé sur le chœur, était à la charge des dames de Longueaux et du curé de Van dières. II existe deux cloches. La taxe de nomination à la cure était de 24 livres. La production du pays, dit ce recueil, con siste en blés et autres grains et beaucoup de vin. Le village de Vandières est situé dans un vallon, ou plutôt dans une sorte de bassin, en forme d'entonnoir, un peu au-dessus du niveau de la Marne, entouré de côtes assez élevées, la plupart plantées en vignes. II se trouve donc abrité des vents, à Texcep tion de ceux si fréquents du sud-ouest. — ■ Avec la côte de vignes, le prolongement du bassin au nord-est, planté d'arbres, forme une perspec tive des plus agréables sur la vallée de la Marne, en regard de Troissy et vers Dormans.

Le village est construit d'une manière irré gulière; sa configuration est celle d'un Z ren versé, ou d'une sorte d'S allongée ayant une tête plus compacte que le reste du corps. En comparant cette configuration avec la situation des maisons principales et des pro priétés les plus importantes, telles qu'elles étaient il y a une centaine d'années, on est amené à cette certitude, que le village s'est formé par Té tablissement d'un groupe d'habitants, ayant à leur tète, pour chef ou pour patron principal, un certain personnage auquel le sol appartenait à peu près en entier, dont il pouvait disposer pour lui, pour sa famille, et pour ceux qui devaient, par leur travail, concourir à former Tétablisse ment en question , en se faisant à eux-mêmes une position assurée. En effet, le château, avec sa tour indiquant la souveraineté, se trouve placé dans un en droit abrité, au pied de la montagne.

Un terrain assez étendu, traversé par une eau courante, y est attaché. A la même élévation, et à 300 mètres au midi, se trouvent Téglise et le cimetière. Entre cet espace , vers levant, attenant aux rues, se sont élevées des constructions formant habitations pour des membres de la famille sei gneuriale ; et au-dessus, une ferme, qui a été pendant longtemps le domaine de Tune des branches de cette famille. Au-dessous du château et des terrains, se trouvait l'un des moulins banaux. Entre les rues de ce quartier, il existe une maison, qui est restée jusque-là la propriété des descendants des premiers ou anciens possesseurs du pays. Sous Téglise et attenant au cimetière, nous voyions une vaste construction, servant d'habitation, et de bâtiments, écuries et granges pour la culture. C'était la seconde maison seigneuriale : elle paraît avoir été contemporaine de Téglise, à en juger par certaines parties des constructions qui existaient encore il y a peu de temps.

Au couchant, et de Tautre côté de la rue, on voit deux maisons dont Tune était le presbytère de la paroisse ; Tautre ayant servi au même usage temporairement : attenant à ces maisons, était un grand jardin entouré de murailles. Vers Test et non loin de là, tenant à une ruelle, se trouvait un Hôtel-Dieu pour les malades. A partir de ces maisons, et de chaque côté de la rue, se trouvaient bon nombre de maisons ou d'habitations appartenant aux vignerons et la boureurs du pays. Plus bas vers midi, à Touest de la rue prin cipale, et se prolongeant en face du grandjardin cité plus haut, existait une autre maison principale avec bâtiments d'exploitation et vastes ter rains, aussi traversés par Teau courante. Cette maison a été longtemps Thabitation de l'un des seigneurs, portant le nom de Vandières, mais formant Tune des branches cadettes de la famille des seigneurs originaires (famille de Drouart).

Au-dessous de cette propriété se trouvait le second moulin banal. L'autre groupe des maisons du village était le plus considérable; il est situé à Test du château, et se trouvait divisé par plusieurs rues et ruelles, y compris la rue se dirigeant vers Chàtillon. Sur de petites parties de terrain, situées tout près des premières et principales propriétés que nous indiquons, et attenant aux rues, avaient éga lement été construites quelques maisons pour des habitants du lieu, pour la plupart exerçant une profession particulière. Le village possède des eaux passablement abondantes ; il existe plusieurs sources provenant : Tune, de la côte au-dessous de la ferme du grand Essart ; les autres, de la contrée du Pré- Bassin et de la Fontinette, se rejoignant vers Gamache ; alimentant le canal et les anciens fossés du château ; et, augmentées des sources existantes dans cette enceinte, elles forment en semble le ruisseau qui traverse le village.

Ces eaux faisaient mouvoir les deux moulins par intervalles réglés, c'est-à-dire par éclusées, et se perdaient ensuite, après avoir servi à Tir rigation, à tour de rôle, de quelques grandes parcelles de prés, suivant les droits réglés entre les propriétaires ou détenteurs de ces prés. Des puits ont été établis pour Tusage des diverses maisons du haut du village ; leur pro fondeur est d'environ 10 à 12 mètres. Quelques uns se trouvent également dans le bas du village. Des caves existent dans la plupart des habitations ; celles du haut du village, creusées dans le tuf, sont les meilleures. La plus grande partie des maisons ordinaires étaient couvertes en chaume. Quant au hameau dit de la Tuilerie, sis à Touest du village, depuis T abandon de la fa brique de tuiles et chaux qui a dû exister à Té poque très ancienne des constructions principales et primitives, il n'était resté là qu'un groupe d'une demi-douzaine d'habitations, dont les pro priétaires étaient tous manouvriers, vignerons et censitaires.

Ce hameau avait aussi une source d'eau vive, pour Tusage de ses habitants et de leur industrie. Sur le terroir, d'autres sources existent égale ment : Vers Touest, on trouve encore un vallon où coule un petit ruisseau ayant sa source au pied de la côte dite de Marot-l'Echelle, qui est aussi le nom du ruisseau. Plus loin, à Textrémité de la côte de vignes, est une petite fontaine portant le nom de la Pissotte. A Textrémité sud-est du territoire, il existe aussi une autre source d'eau vive, dite la fontaine de Gourguilleuse. Ni l'un ni Tautre de ces faibles ruisseaux ne parviennent à la Marne. Les autres petits cours d'eau situés sur le ter ritoire se trouvent sur la montagne. L'un, dit la fontaine Jean-Joly, placé entre la Censé et la Grange-aux-Bois, va rejoindre un autre courant nommé la fontaine des Pourceaux.

Enfin, à Tex trémité du terroir vers nord, se trouve le tor rent ou cours d'eau, souvent à sec, appelé le rû de Vandières, prenant sa naissance dans le bois dit du Lochet. Les eaux existantes au hameau de Trotte comprennent diverses sources alimentant les fon taines et lavoirs que nous indiquerons en leur lieu ; on ne peut citer ici que deux petits courants, dont l'un a sa source à Test de la ferme du bout de Trotte, et qui, après avoir traversé les prés et clos de cette ferme, descend au ruisseau dit de Brandouille, par le fond Valaru ; Tautre, ayant sa source à Tautre extrémité du hameau, suit son cours le long du sentier dit de la Messe, et arrive à peine au ruisseau. Le sol du territoire est de nature variée, com prenant : La terre végétale, plus ou moins compacte et profonde, plus ou moins fertile ; Le terrain d'alluvion ancien et moderne se trouvant dans la plaine ou la grève fortement mélangée ; Le calcaire grossier en deçà et au-delà de la montagne ; Le sable, aussi répandu sur diverses côtes, et à des profondeurs inégales ; La marne, employée par Tagriculture et qui se mélange avec le limon; La glaise ou argile plastique et autres; Le tuf que Ton emploie pour les mortiers ordinaires; , La pierre à chaux, et une autre pierre blanche et gelive, aussi de nature calcaire, servant pour les constructions; Lapierre calco-siliceuse, dure, serrée, lourde, vulgairement nommée Chaillou ; Le silex et la pierre meulière.

L'altitude moyenne du village est à peu près celle de Téglise de Binson, soit une centaine de mètres. Celle des points élevés de la montagne, vers Trotte , à la croix Julien, et vers la ferme du grand Essart, est d'environ 230 à 235 mètres au dessus du niveau de la mer. Anciennement le sol était, sous le rapport pro ductif, divisé en quatre grandes parties princi pales ; indépendamment du sol construit, qui était fixé généralement au centre de culture, où se devait réunir le résultat du labeur des habi tants ; Savoir : Les bois et broussailles formaient une partie notable du territoire : les uns ont été circons crits et aménagés, les autres ont disparu avec le temps, sous Textension de la culture. Les prés, pâturages et marais, situés aux abords des cours d'eau, ou vers les points abou tissant à ces courants.

Les terres labourables, situées dans les par ties saines de la plaine et sur les plateaux de la montagne, où se sont formés les fermes et cen tres d'exploitation agricole. Les terres incultes, ou friches et savarts, se subdivisant eux-mêmes : 1° En terrains situés sur les côtes à pentes ra pides, et que cette position rendait impropre à la culture avec les bestiaux. Ils ont été successivement plantés en vignes pour I.a majeure partie. 2° En terrains sur la montagne, couverts de roches et de pierres, ne laissant que peu d'es pace pour la terre végétale superficielle. Là où les pierres n'ont pu être extraites pour les constructions, une partie cle cette terre a été enlevée por^r en garnir les vignes plantées dans la côte. 3° Enfin les terrains éloignés, mal situés, ou dépourvus de bonne terre végétale, et d'une cul ture difficile ou d'une nature improductive.

Leur étendue a constamment diminué, grâce au Travail assidu et persévérant des cultivateurs et -ies vignerons, qui ont porté la culture à peu pr.-ès partout, et planté la vigne en bien des en droits peu recherchés par les premiers. Les prés et pâturages existaient sur les hauts, tant auprès des fermes de Trotte et de la Censé qu'à Textrémité du terroir, sur le rû de Van dières et sur le ruisseau de Brandouille, sous Trotte et vers le moulin le Comte ; Et à Vandières, au nord-est du village, aux lieuxdits le pré Bassin et le pré Regnault, puis entre le village et la Marne, aux lieuxdits les Grands et Petits-Prés, les Guains, le pré Na varre, le pré Michon et la Pâture ; ensuite à Touest, dans les fonds de Marot-l'Echelle et vers la fosse Liébart. Quelques-uns de ces prés ont été plantés d'arbres; d'autres ont été mis en culture; la fosse, les pâturages et marais de la fosse Liébart, successivement chargés de terres à la suite d'o rages ou des débordements de la rivière, ont été à peu près assimilés aux autres terres voisines.

LTsle et le pré du Pionnier ont été remplacés par Tétablissement du Barrage de la Marne. Quant aux bois et hroussa.il les, comprenant : le bois du Lochet, le bois de Nogent , ils ont été conservés. Le bois du Four n'existe plus q «ne de1 nom, ainsi que les Essarts , qui sont tou^' en b\ine culture. Le bois de Trotte et celui de la Censé forment encore Tune des grandes parties boisées' du ter roir. Le bois Tartarin, entre Trotte et Pareuil, sub siste pareillement. Le bois de Navarre n'existe que sur le terroir de Verneuil. Trois ou quatre autres bouquets de bois ou garennes existaient encore, isolés entre les au tres natures de terrains. Au-dessus du hameau de Trotte, le Bochet de ce nom était de peu d'étendue. La garenne Bouvelet, tout à fait sur le sommet de la montagne, est toujours existante.

La garenne Moterne ou Moiterne, au-dessous de la première côte de vignes, est remplacée par des vignes et quelques terrains plantés d'arbres. Enfin la garenne dite du Château, bien mo difiée, est renfermée dans le parc, comme ce qu'on appelait les Essarts, où est le potager actuel. I II- On peut affirmer que Vandières est un village très ancien, remontant à une haute antiquité. Quelques-uns prétendent, d'après une vieille tradition, que le nom de Vandières, qu'on écri vait autrefois Vendière, provient de deux mots latins, indiquant que, dans les premiers temps, il existait déjà des vignes, et que le pays produi sait du vin avec abondance. Ainsi, vinum dare fournirait comme la racine étymologique du nom actuel. Remarquons qu'anciennement on écrivait et on prononçait veigne pour vigne. Qu'y aurait-il d'invraisemblable que les deux mots originaires, transformés, corrompus si Ton veut, n'aient servi, au moment où notre langue usuelle se modifiait elle-même, à composer le nom actuel de Vendière, puis Vandières, pour distinguer notre village d'autres lieux ayant la même ap pellation et situés dans la même province de Champagne ?

On pourrait peut-être faire le même raisonne ment sur le mot vinarius, marchand de vin, et mieux encore, sur le mot latin vindemiare, vendange, d'où est venu vendangeoir, etc. Arrêtons-nous à ces indications, en laissant à d'autres le soin de fixer ces points, avec plus d'autorité. Tenons pour certain que la fondation de Van dières remonte à une époque fort éloignée, et tout au moins à Tépoque gallo-romaine. Nous n'avons découvert aucun titre qui puisse nous aider à la fixer avec certitude. Recueillons donc les indices qui peuvent éclai rer quelque peu notre sujet. Un savant numismate, M. le vicomte de Pon ton d'Amécourt, a publié dans TAnnuaire de la Société de Numismatique, pour 1873, un article au sujet de deux monnaies mérovingiennes de sa collection, et présentant le même type. L'une, trouvée en Champagne, ayant pour in scription le nom ancien Bainissone, représenté aujourd'hui par Binson, avec une croix potencée au revers ; L'autre, exhumée près de Reims, est pareille ment un tiers de sol, portant en légende le mot vindaria, et au revers, une croix grecque placée sur un globe, au-dessus d'un trait horizontal.

Par des raisons les plus concluantes, appuyées par la science de la numismatique et de Tar chéologie, jointes à Tétude de la géographie ancienne, M. d'Amécourt n'hésite point à affirmer qu'un atelier monétaire a existé à Binson et à Vandières, au temps de la première race de nos rois. Binson, en effet, était le chef-lieu d'un ancien Pàgus gaulois ou mérovingien. C'était une ville relativement importante, et le port à Binson n'était que le bac où la voie ro maine passait la Marne pour conduire à Binson et à Reims, quand on venait de Sens. Vandières, en raison de la proximité de ce passage, pouvait être comme une annexe des tinée au service accessoire du chef-lieu et à un stationnement de réserve. La terre de Vandières, d'après une Chronique (voir Flodoard, livre I", chapitre 24, page 200), aurait fait partie des domaines attribués par le roi Clovis à saint Remy, archevêque de Reims.

Nous n'avons pas été à même de vérifier per sonnellement ce point intéressant. Cependant, nous rencontrons une page d'histoire, contenant une indication de Vandières, correspondant à cette époque et à ce même fait. Le Révérend Père Dorigny, dans son histoire ou vie de saint Remy, imprimée en 1713, rapporte les faits suivants (livre 3e) ; nous le citons textuellement : « Clovis laissa quatre fils qui lui succé dèrent et partagèrent entr'eux la monarchie. Ils n'eurent pas moins que le premier de vénéra tion pour saint Remy, qu'ils reconnaissaient, aussi bien que lui, pour leur père en Jésus- Christ. » Thierry, Taîné, se distingua encore davantage dans la considération qu'il avait pour le saint. II était roi d'Austrasie ; Reims, par conséquent, entrait dans son partage. » Quelques auteurs ont écrit qu'il y faisait sou vent sa résidence, aussi bien qu'à Metz.

Ce prince, ayant plus d'occasions de voir le saint Prélat, en avait aussi plus, de lui marquer son estime et sa confiance. » Persuadé, comme le roi son père, du pouvoir qu'il avait auprès de Dieu, il le consultait et avait recours à lui dans ses peines. Le trône des rois n'est pas inaccessible aux chagrins. » Thierry en eut un très sensible, de la maladie dangereuse dont une de ses filles fut attaquée. » II députa aussitôt à Remy un exprès pour le prier de venir incessamment à Metz, voir la princesse, espérant qu'elle recouvrerait la santé, par Timposition de ses mains. » Le Prélat, que les infirmités d'un âge avancé enpêchaient d'entreprendre le voyage , s'en déchargea sur Thierry, son disciple. Le saint évêque lui ordonna de se rendre à Metz.

Thierry s'en défendit d'abord par modestie, mais Remy lui réitérant que c'était la volonté du Seigneur qu'il s'intéressât pour la santé de la princesse, il obéit et se mit en chemin. » Cependant, Dieu le permettant ainsi, pour faire éclater davantage son pouvoir et le mérite de Tobéissance dans son serviteur, la princesse se trouva plus mal, et fut emportée en peu de jours par la violence de la maladie, en sorte que Thierry la trouva morte à son arrivée. » Un tel accident, qui consterna toute la Cour, n'ébranla point la confiance de Thierry. » Espérant contre Tespérance et s'appuyant sur les promesses de son père Remy, il eut recours á la prière, et ce fut alors que le Seigneur, dont la main n'est point raccourcie, glorifia son obéis sance par le miracle le plus éclatant ; car il n'eut pas plus tôt achevé sa prière, que la princesse donna des marques d'une vie nouvelle et d'une santé parfaite, et par là, causa d'autant plus de joie dans le palais, que sa mort y avait causé plus de tristesse. » Le roi fut si sensible à cette grâce, qu'il donna au monastère de Thierry la ferme de Gaugi, qui était dans le territoire de Reims; et à Téglise de Reims, celle de Vandière-sur Marne ; en considération de Tarchevèque Remy, « dont » le disciple, aussi bien que le maître, avait » reçu du Saint-Esprit la grâce de ressusciter les » morts » ainsi qu'il est spécifié, à ce que Ton assure, dans Tacte de cette donation.

(Ceci se passait vers Tan 530.) » II arriva environ 300 ans après, du temps du roi Charles-le-Chauve (vers 860), une chose, à Toccasion de cette terre de Vandière, qui marque combien ce monarque, à Texemple des rois ses prédécesseurs, conservait de respect pour la mémoire de saint Remy. » Un de ses courtisans, nommé Engelram, qui ne savait point, ou qui ne se mettait point en peine de savoir à qui cette terre appartenait, la trouvant à sa bienséance, la demanda à ce prince, qui la lui accorda volontiers. Mais Tarchevèque de Reims (Hincmar), lui ayant fait voir les titres qui en justifiaient la possession, et en particulier Toccasion qui avait porté le roi Thierry à en gratifier son église, ce prince révoqua la faveur qu'il avait accordée à ce favori, et défendit que personne ne troublât, dans la suite, le Prélat dans la possession où il était de cette terre, qui, depuis ce temps là, fait encore un des principaux revenus de Tarchevêché de Reims. » En raison de ce que les anciens historiens sont muets sur l'origine positive de Vandières, nous nous sommes plu à rapporter toute cette partie légendaire de la vie de Tillustre patron du diocèse, comme se rattachant au pays.

Le père Dorigny ajoute que Ton croit que Gaugi est le village de Gueux, qui n'est pas loin de Tabbaye de Saint-Thierry. A Tappui du fait des donations que nous venons d'indiquer, il existe des actes d'aveu et dénombrement dont nous aurons occasion de par ler, et d'où nous extrayons les termes suivants : Est en mouvance de plein fief, foy et hommage » de notre seigneurie (de Vandières), la terre et » seigneurie de Gueux, circonstances et dépen » dances, appartenant à MM , sans pré » tendre au château, basse-cour, barrières et » fossés, etc., qui sont mouvants de Sa Majesté.» Une seule indication sur la propriété dont il s'agit existe encore dans le savant ouvrage de Dom Marlot, tome IIe, p. 278, nous la transcrivons : « Ils (les archevêques de Reims) avaient en- » core en Champagne » Vendière-sur-Marne, qu'ils tenaient de Théo » doric, roi d'Austrasie. »

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