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ra ra RH Mïffi . í i Ju ■5- GENEVE HISTORIQUE & ARCHEOLOGIQUE PAR J.-B.-G. GALIFFE, D' en droit & prof. Avec dejfins & fac-similé de HERMANN HAMMANN GENEVE H. GEORG, LIBRAIRE-EDITEUR ImpAimerie J.-G. Fick AVANT-PROPOS nisi si patria fit. (Tacite, Germ.) E T ouvrage n est au fond quune nouvelle édition, très-augmentée , du cours que nous avons répété par quatre fois, de 1864 a 1866, fousle titre de: Séances historiques & archéologiques fur Genève & ses environs. 1 Le succès de ces modestes leçons nous a prouvé, outre t intérêt général du sujet, quil y avait en cette matière un vide à combler dans notre historiographie nationale. Ce ríest pas que nous soyons le premier à traiter les sujets indiqués en tète de nos chapitres : depuis JBonivar d jusqu'aux vaillants auteurs du %égeste genevois, presque tous nos chroniqueurs , historiens & archéologues y ont touché dune façon ou de Vautre, plusieurs même dans des monographies très-complètes. éTAIals la plupart de ces travaux spéciaux, qui ne traitent ordinairement quun seul sujet à la fois, font inabordables pour la maste des leéleurs ; le reste se trouve disséminé dans quantité d 'ouvrages plus ou moins volumineux, dont plusieurs font restés inédits ; encore la simple compilation de toutes ces données épars es offrir ait-elle bien des lacunes, que T étude minutieuse des documents originaux pourrait feule combler.
U s'en faut d ailleurs que même au point de vue purement archéologique, nous soyons toujours de Vavis de nos prédécesseurs. La plupart ont trop aisément accepté, fans 1 En hiver 1864, dans la grande salle de l'Athénée, au profit du monument national destiné à commémorer l'entrée de Genève dans la Confédération helvétique ; dans Pété de la même année, avec plus de développement, à notre Académie ; en hiver 1865, derechef à l'Athénée, cette fois avec exhibition des pièces justificatives, en partie très-rares, que nous avions pu nous procurer; enfin, à la demande du Conseil d'Etat, dansl'hiver 18 66, en Sléances à l'Hôtel de Ville, dans la salle du Grand Conseil. On sait que ces cours ont eu leur bonne part dans Theureufe idée de multiplier par la photographie toutes les vues de l'ancienne Genève qu'on a pu retrouver, ainsi que dans le succès que ces Albums nationaux ont obtenu auprès du public genevois.
Depuis lors, plusieurs de nos collègues ont encore contribué à élever ce genre d'étude à la hauteur d'une spécialité. examen, ce qui avait été dit avant eux ; ils ont ainsi perpétué d'étranges malentendus, & presque toutes leurs étymologies font à changer; austl comptons-nous suivre notre propre route, avec la conviéìion que la chance de s égarer quelquefois en sortant des chemins battus, est amplement com pensée par la perspective de discussions plus éclairées & de découvertes nouvelles. Enfin les personnes qui ont assisté à nos séances historiques & archéologiques, remarqueront fans peine, tant dans le texte que dans les notes, les nombreuses additions de tout genre, qui eussent été déplacées devant nos auditoires mixtes de ïoAthénée & de VHòtel de Ville. ' %afsembler méthodiquement toutes ces choses d'une nature fi diverse, montrer par leur origine & leur développement les liens qui les rattachent les unes aux autres, en les groupant en un tout homogène, en une forte de manuel, affe-^ facile à consulter dans f es détails & affe\ complet dans son ensemble pour servir a la fois de guide & de cadre à F histoire genevoise prise dans le sens le plus étendu, telle est l œuvre que nous avons cherché à réaliser. , & bien que nous ayons la conscience d'avoir dans ce volume satisfait largement à toutes les promestes de notre 1 Quant à la partie justificative de l'ceuvre, le lecteur nous saura gré d'avoir évité les citations pour les généralités & les lieux communs qui n'en demandent aucune ou que cha cun fait où trouver,ainli que pour les choses Sc les faits admis aujourd'hui par tous nos his toriens &c archéologues.
Chapitre I
" Importance de s étude du pays & des monuments d'un peuple pour tintelligence de son histoire. Premier emplacement de la ■ville de Genève .- considérations sur l'époque ant'ehistorique des construisions lacustres ; modifications successives du littoral de la rive gauche du lac & du Rhône-, l'ancien Molard; atterriffement précoce du quartier de Longemale, étendue & richesse relatives de la paroisse de la Madeleine. Observations étymologiques & ethnographiques fur les noms des lieux circonvoifins (étymologies vicieuses) : les désinences. Les anciennes frontières fluviales ; importance des premiers ponts ; ceux de notre pays; l'ancien pont du Rhône-, preuves de l' existence jusqu'en 1546 du pont romain, devenu le Pont Bâti; ses transformations jusqu'à fa destruction par l'incendie de 1 6 70 ; poème fait a ce sujet. ' IL est vrai que « l'histoire doit être aux peuples ce que l'expérience est à l'individu >■> (notre axiome de prédilection), il est clair que Tétude des antécédents physiques, matériels, d'une nation iera intimement liée à l'étude de son passé moral & intellectuel.
Aussi personne ne contestera à quel point Tintelligence de l'histoire, du caractère <5c des mœurs d'un peuple quelconque est facilitée par la connaissance intime de les monuments & des lieux où il a vécu • car le pays même a des affinités incontestables avec ceux qui l'habitent de père en fils. On nous objectera que c'est faire la part bien belle aux Genevois; mais, outre le pays, il y a ses conditions climatériques, qui font au pays en quelque forte ce que le caractère, l'humeur & le tempérament sont à l'individu. Or si la patrie genevoise est belle, on n'en saurait dire autant de son climat qui, lans être malsain, bien loin de là,1 pourrait être cependant infiniment plus agréable. 1 On fait que la moyenne de la vie humaine est chez nous de quarante-un ans & demi, c'est-à-dire comparativement très-élevée (Ed. Mallet, Coup cl œil historique & descriptif sur le canton de Genève, 1856).
Par contre, il ressort des études généalogiques faites dans notre pays, que la durée des familles y est des plus limitées, surtout pour celles d'origine étrangère. De ce fait Se de l'intècondité croissante des mariages, il résulte que le recrutement conti nuel de la population par voie d'immigration est chez nous plus qu'ailleurs une nécessité Quoi qu'U en soit, si ces rapports entre le monde physique ou visible & le monde spirituel ou invisible existent réellement, ils seront naturellement bien plus intimes encore dans une ville où tout est le produit direct des générations qui s'y lont luccédé. II y a donc non-feulement intérêt, mais utilité, voire nécessité pour nous autres Genevois, dont la scène historique est limitée à notre vieille cité & à ses environs immédiats, à étudier dans ses transformations successives le passé de ces quartiers, de ces rues, de ces monuments que chaque époque a marqués de son sceau particulier.
Avec plus d'à-propos que beaucoup d'autres, nous pouvons nous appliquer le mot d'Ovide : CN^osce prius patriam ! vitale de premier ordre. Aussi est-ce l'une des questions dont l'efprit de parti s'est le plus souvent préoccupé, surtout pendant les trois derniers siècles, soit pour restreindre, soit pour activer ce recrutement. — Quant au climat, il semble résulter d'une foule de données sta tistiques, notamment de celles qui tiennent à l'économie rurale, qu'il était autrefois sensible ment plus doux que de nos jours. Les moissons, les vendanges surtout étaient plus précoces; pour ces dernières, le fait est d'autant plus facile à vérifier que leur ouverture était fixée officiellement chaque année. Même en tenant compte des différences de calendrier, de plant, de culture, &c, nous trouvons encore en faveur des XVe & XVIe siècles une avance moyenne de 15 jours au moins, différence d'autant plus concluante qu'on jugeait du degré de maturité fur les vignobles des environs de la ville, généralement moins précoces que ceux des communes rurales. 11 est non moins certain que la vigne prospérait alors dans quantité d'emplacements que personne ne songerait à lui donner aujourd'hui.
Ce refroidissement graduel est confirmé encore par la disparition complète de la culture de la soie, jadis li florissante dans notre pays, ainsi que par l'insuccès des tentatives faites de nos jours pour la relever. (Nous reviendrons en temps Se lieu fur cette culture qui parait avoir existé chez nous dès le XIIIe siècle.) Réfléchissons encore que ce fut feulement en 15 14 qu'on imagina d'établir un fourneau dans la salle du Conseil; qu'à cette époque & bien longtemps après, la plupart de nos maisons, même les plus riches, n'avaient d'autre foyer que celui de leur cuisine; enfin que le chauffage de nos églises est chose toute récente. La longueur de la vie humaine, comme le fait observer Mallet, n'en a pas moins toujours été en augmentant du XVIe au XIXe siècle; ce qu'il faut attribuer, selon nous, non-feulement aux progrès généraux des sciences médicales, ou à l'abolition trop tardive de l'ancien usage d'ondoyer &de baptiser les enfants presqu'aii sortir du sein maternel, ou à la diminution des morts violentes & accidentelles lî fréquentes encore au XVIIe siècle mais aussi au scepticisme & au calme relatif de notre époque comparée aux phases agi tées, pleines des émotions les plus fortes en tout genre, que nos aïeux ont dû traverser, sur tout dans la première moitié du XVIe siècle, lors des luttes continuelles pour la fondation de notre indépendance politique & religieuse. 11 n'était pas rare alors de voir nos concitoyens les plus énergiques se retirer des Conseils & des affaires avant la cinquantaine en alléguant « leur vieillesse & leurs infirmités. » Une mort précoce ne tardait pas à prouver que ces excuses étaient fondées.
Cette assertion, qu'on peut contrôler au moyen des No tices généalogiques Se mieux encore dans les Registres du Conseil, s'applique surtout aux patriotes de la première moitié du XVI'' ilècle. En toute chose, on se dépensait beaucoup plus qu'on ne le fait aujourd'hui. Genève, vue tirée de la Cosmographie de S. Munster A la simple inspection de l'emplacement de Genève, on com prend qu'une position pareille ne pouvait être négligée, & que l'origine de notre ville doit donc remonter bien au delà de l'époque où elle parait pour la première fois dans l'histoire écrite. On comprendra encore, en envisageant dans leur ensemble géographique & historique les contrées au milieu desquelles cette ville est située, qu'elle était, par cette situation même, comme prédestinée à jouer un rôle, non-feulement vis-à-vis de les alentours immédiats, mais encore (notre histoire le prouve) par rapport aux pays voisins & même au delà.
En effet, la mention de Genève dans l'histoire géné rale, même dans les phases les plus obscures de la sienne, se rat tache chaque sois à quelque état de choies ou à quelque événement majeur de cette partie de l'Europe ; de leur côté, nos aieux n'ont jamais perdu de vue ces antécédents de leur « insigne cité, » inclyta civitas, comme ils le plaisaient à la qualifier bien longtemps avant qu'ils eussent réussi à la débarrasser de íes langes municipaux. Cette situation, qui avait à la fois ses avantages & surtout ses dangers, avait naturellement avant tout son importance pour les Genevois eux-mêmes, dès qu'il leur viendrait l'idée de l'exploiter dans leur propre intérêt. On verra dans notre dernier chapitre les conséquences qu'il est permis de déduire de ces prémisses pour les conditions de notre existence.
Quelque paradoxal que cela puisse paraître à première vue, l'histoire de notre ville est là pour prouver que ce sont bien moins les avantages qui lui étaient assurés d'em blée par le seul fait de sa situation géographique, que les dangers permanents que fa position politique devait lui créer, qui en ont fait ce qu'elle est depuis trois siècles & demi. En un .mot, ces mêmes dangers, qui pour tant d'autres villes ont été des obstacles insur montables à toute vie propre, à tout développement individuel, l'énergie , la ténacité, la finesse & le lens pratique qui sont à la base du caractère genevois, ont su les faire servir à la conquête, au développement & au maintien d'une existence nationale, qu'il est permis de ne pas nous envier, mais à laquelle nos ennemis eux mêmes ont dû rendre la justice qui lui est due.
Du reste, il serait inutile de rechercher avant le XIIIe siècle la moindre trace suivie de cette autonomie nationale. Jusqu'à cette époque, l'histoire de Genève ne peut offrir que les faits bien connus qui sont mentionnés de loin en loin dans l'histoire générale de cette partie de l'Europe, & ceux qu'on peut tirer des chartes féodales ou ecclésiastiques de l'époque. Le reste est à deviner par induction, par analogie avec ce que nous savons des villes voisines placées dans les mêmes conditions, enfin par l'étude des lieux & des monuments. Les découvertes que l'on fait ainsi sont trop souvent simplement affirmatives ou négatives : mais c'est. déjà quelque chose que de pouvoir fixer définitivement, soit en oui, soit en non, ce qui était resté à l'état d'hypothèse; en ce lens, la preuve de Terreur est encore la décou verte de la vérité.
Les légendes ont beaujeu à propos des villes à origine inconnue, qui paraissent remonter jusqu'aux temps antéhistoriques. Celles qui ont eu cours fur Genève ne valaient certainement pas la peine qu'on s'est donnée pour les réfuter. Cequenous savons tous, c'est que la pre mière mention authentique de notre ville tombe fur l'an avant J.-C, & qu'elle est due à la plume de Iules-César. C'est donc à cette date, à coup lûr déjà bien respectable, & aux faits de premier ordre qui s'y rattachent, que commencent les histoires genevoises qui ne tiennent pas à faire de la mythologie nationale. Cependant, depuis qu'en iStf-j^la. baisse extraordinaire dés eaux dans le lac de Zurich indiqua & permit d'explorer, vis-à-vis de la petite ville de Meilen, pour la première fois en Suisse, un emplace ment d'habitations lacustres, exploration qui devint aussitôt le signal de quelques centaines de découvertes pareilles, dans tous nos lacs, fans en excepter les plus petits ; depuis lors, disons-nous, le champ idyllique des conjectures s'est ouvert plus vaste que jamais fur le passé nébuleux des villes qui ont l'avantage d'être 'situées près d'un lac quelconque.
C'est une mode qui passera, avec bon nombre des conclusions hypothétiques auxquelles certains archéologues sont arrivés, dans L enthousiasme des premières trouvailles, relativement à l'antiquité presque surnaturelle & à la durée de ces établissements ; — aux races distinctes qui répondraient aux trois périodes ou âges successifs de la pierre, du bron\e & du fer, admis par la science ; — aux invasions, aux incendies & aux guerres d'extermination qui, au dire de ces savants, auraient signalé le passage d'un âge à l'autre.1 Déjà l'on est revenu de l'idée de ces interruptions violentes, pour ne voir dans les trois âges en question que les trois phases princi pales de la civilisation d'une même race, lavoir, pour notre pays, de la nation gauloise ou celtique, qui occupait alors toute l'Europe centrale & occidentale.
Par conséquent, rien ne nous empêche d'ad mettre que la transition entre l'époque dite lacustre, & celle où l'on renonça définitivement à ces constructions aquatiques, n'ait eu lieu tout auíîî tranquillement qu'entre les âges précédents ; cela expli querait le fait, assez généralement reconnu, que la plupart des villes, bourgs & villages, actuellement ou jadis baignés par nos lacs, lont situés vis-à-vis ou à proximité de quelque ancien emplacement la custre encore submergé ou déjà recouvert par là tourbe, par le gravier ou par d'autres atterrissements ; en forte que la plupart de ces villes & bourgades, celles au moins dont le nom indique clairement l'origine celtique, ne seraient, lelon nous, que la continuation fur 1 Cette dernière hypothèse surtout, basée sur les vestiges d'incendie, non-feulement ne s'est pas confirmée, mais reçoit, pour ainsi dire, à chaque nouvelle découverte d'emplacement lacustre un nouveau démenti.
L'état & la position des très-rares squelettes humains qu'on y a trouvés n'indiquent que des accidents fortuits. Pour peu qu'on réfléchisse qu'il n'est probablement pas une feule localité bâtie en pierres, qui n'ait été depuis cinq siècles entièrement ou partiellement, & à plusieurs reprises, la proie des flammes, on conviendra que la destruction par le feu était, tôt ou tard, la destinée inévitable de ces amas de bois secs, résineux pour la plupart, qui constituaient la bourgade lacustre. L'incendie en 1670 de notre ancien pont bâti du Rhône, dont il sera question plus loin, peut donner une assez juste idée de ce que devait être aux temps antéhistoriques un sinistre pareil pour des loca lités qui ne pouvaient être secourues qu'en bateau ou par le pont étroit, également en bois & souvent très-long, qui les reliait à la terre ferme.
Aussi, les vestiges d'incendie se ren contrent-ils à toutes les phases de chacun des trois âges (de la pierre, du bronze à du fer) des habitations lacustres. II y a plus : en examinant attentivement les produits industriels de ces trois âges, on y reconnaîtra aisément une homogénéité de forme & une gradation de transition bien difficiles à concilier avec les violentes & tragiques interruptions qui au raient amené un changement dans remploi des matières premières. — Quant aux singu larités qui caractérisent plus particulièrement l'âge intermédiaire du bronze, notamment cette apparition, en plein âge de pierre, d'un métal compose, la supériorité incontestable de certains objets de cette période fur ceux des deux autres, les indices de quelques usages nou veaux, &c, — les savants scandinaves, Niellen entre autres, ont expliqué tout cela & selon nous, de la manière la plus heureuse, par les relations de ces peuplades primitives avec les navigateurs phéniciens & les comptoirs que ces derniers avaient établis fur les côtes de l'Europe occidentale; ainsi donc, par l'immixtion, fans transition préalable Sc fur une assez grande échelle, d'une civilisation étrangère & relativement très-supérieure, mais qui n'a pas eu besoin de s'imposer parles armes (à l'européenne) pour faire son œuvre. terre ferme, peut-être même sous les mêmes noms, des principaux groupes d'habitations construits autrefois dans l'eau, fur pilotis, à une certaine distance du rivage.
Cette transition toute naturelle qui, dans bien des cas, peut même avoir eu lieu fans déplacement sensible , expliquerait mieux que toute autre allégation l'emplacement si défectueux d'un grand nombre de ces anciennes localités côtières, situées aujourd'hui en face d'un marais, ou souvent même à une assez grande distance des lacs qui jadis baignaient leurs murs ; car il est évident que les rives peu prosondes, à blancs-fonds plus ou moins étendus, favorables aux constructions fur pilotis, étaient pré ciíément celles qui convenaient le moins aux localités riveraines obligées de compter fur la navigation pour l'alimentation de leur commerce & de leur industrie. Après cela, toutes les inductions que l'on peut tirer, en admettant cette transition, se réduilentauxquestionsd'emplacement&d'époque; c'est-à-dire qu'à Laide des objets trouvés & de L épaisseur des couches qu'ils occupent , on peut déterminer approximativement la période, loit Y âge auquel telle localité, lacustre a pris naissance, & celui où elle a été abandonnée ou détruite.
Or, pour la ville de Genève proprement dite, qui n'a existé jusqu'au XVe siècle que lur la rive gauche du lac & du Rhône (car nous verrons que l'origine & les premières phases de St-Gervais n'ont rien à faire avec la Cité), l'emplacement d'une Genève lacustre ne pouvait sc trouver que fur la rive gauche ; & c'est là, en effet, vis-à-vis des Eaux-Vives, que les rares objets qui datent de cette époque ont été recueillis. Ces objets, comme c'est assez généralement le cas de ceux trouvés dans les divers établissements lacustres du Léman, appartiennent, en ma jeure partie, à l'âge du bron\e. Mais comme c'est précisément sur la rive gauche que se trouvent les atterrissements les plus considérables, atterrissements auxquels la main de l'homme a contribué beaucoup plus encore que celle de la nature, & comme ces terrains conquis fur l'eau sont occupés depuis longtemps par les quartiers les plus 1 Entre autres le couteau & les deux petites haches trouvés au XVIIe siècle par des pêcheurs au pied de la plus grande des deux pierres dites de Niton ou de Neyton, qui parait avoir porté au XlVe siécle le nom de Pierre Dyolin (M. G., IX, 209.
II s'agit d'une délimitation de pêcherie). Nous représentons, en manière d'ornementation typographique, ces trois objets qu'on peut voir au Musée des antiquités de Genève. populeux de notre ville, il faut renoncer à découvrir & à déterminer jamais avec quelque certitude l'emplacement qui, il y a trois ou quatre mille ans, a pu être la Genève lacustre. Pour lé former une idée des modifications que le temps, aidé de l'industrie humaine, a apportées au littoral de la rive gauche, il faut sc rappeler (tous nos historiens en conviennent) qu'il fut une époque où les eaux du lac & du Rhône baignaient tout le pied du plateau fur lequel repose la ville haute, depuis les Tranchées de Rive jusqu'au bas de la Cité; c'est-à-dire que l'emplacement de la basse ville ac tuelle était entièrement submergé. Mais on a exagéré la durée de cet état de choses en le prolongeant julqu'en plein moyen âge, époque qui nous a laissé assez de chartes & de documents de toutes sortes pour nous permettre de nous former dès le XIIe siècle une idée assez exacte de l'ancien littoral & de son accroissement gradyel.
Seulement ne faut-il pas se laisser induire en erreur par la basse la tinité ou le vieux français local des termes de désignation. Ainsi, lorsqu'il est dit, dans un titre quelconque, que tel côté d'une maison f donne lur le Rhône, a ou qu'il c affronte le lac, » ou que le bâti ment tout entier est situé « juxta lacum, » 'cela ne signifie point tou- 1 C'est le terme employé pour désigner, entre autres, remplacement de la Madeleine jours qu'il plongeait dans l'eau, ni même qu'il en fût bien rapproché; car d'autres documents relatifs aux maisons voisines ou aux terrains adjacents nous prouvent qu'il ne s'agitsouvent là que d'une indication de direction. Le Salève, le Jura, le Mont de Sion, ou en core les principaux vents du pays étaient employés de la même manière, pour désigner le levant, le couchant, le midi, <Scc.
II n'en est pas moins certain que la majeure partie de l'emplacement de la basse ville a été conquise fur l'eau dans des temps par faitement historiques. Ainsi, il n'y a pas trois siècles & demi que le lac formait entre Longemale & la petite Fusterie une sorte de baie ouverte, qui pénétrait même dans la place actuelle du Molard, pres que jusqu'aux Rues basses, en manière de dock, de port intérieur, & en tenait lieu puisque c'était là, à portée d'une halle qui datait de L épiscopat d' Aymon du Quart (premières années du XIVe siècle) & qui fut agrandie, en 141s, par l'évêque Jean des Bertrands, qu'on débarquait les marchandises qui arrivaient par le lac; les deuji côtés, les quais de ce dock étaient plantés de tilleuls; le dock lui même le traverlait à Ion entrée dans la place fur un pont assez élevé pour laisser passer de petits bateaux ; ce pont était probablement adossé à la voûte crénelée qui formait comme une porte de ville de ce côté-là.
Tel était encore le Molard au moment de la Réformation. Les dépositions recueillies dans les enquêtes judiciaires de l'époque, entre autres dans celles relatives au meurtre du chanoine Werli, nous en fournissent des preuves détaillées.1 Ces quais ombragés, animés par l'industrie & le commerce, étaient alors, surtout vers le soir, la promenade favorite de toutes les classes de la population genevoise.2 Par la íuite, le port du Molard fut relégué tout entier en dehors, mais encore très-près de la voûte; il en existe des vues nombreuses & récentes, & bien des personnes encore vivantes se rappellent d'avoir navigué, naturellement avant l'exhaussement des nouveaux quais, fur l'emplacement occupé actuellement par la Place du Lac. Bien plus, nous en connaissons qui se souviennent dans la première mention connue de cette église, en mo, à une époque où elle était déjà séparée du lac par diverses propriétés occupant un espace qui, comme nous le ver rons, était au siècle suivant le quartier le mieux habité de toute la ville basse.
(R. G., n° 248.) *C.G. — ! Ibid. z d'avoir pu arriver en liquetie, par les hautes eaux, jusqu'à la fontaine de la place du Molard, près des Rues basses. Un des « tils -i ou tilleuls des anciens quais de cette place était encore debout en IÍ46-1 En tirant du Molard vers les derniers arbres de la Fusterie & de là vers Bel- Air une ligne légèrement arquée, on peut se former une idée assez juste de la portion de la Rue du Rhône & de la Fusterie qui, il y a trois ou quatre siècles, était encore submergée. Le quartier de Longemale, en revanche, s'avançait alors fur le lac, avec la partie adjacente de la rue du Rhône, en manière de presqu'île ou de promontoire. II fallait que cet atterrissement promontorial de Longemale fût bien ancien, puisque ce quartier était dès le XIIIe siècle (nos vieilles chartes le prouvent) l'un des mieux habités de tout Genève, à ce point que les particuliers les plus riches, les étrangers de distinction & les princes-évêques eux-mêmes le préféraient alors à celui du haut de la ville, — qui était cependant bien autrement ancien & surtout bien plus central, puisqu'il contenait, sur un espace relativement très-restreint, la cathédrale, le cloître des chanoines, plusieurs églises paroissiales & tous les bâtiments officiels du gou vernement ecclésiastique & civil de la cité épiscopale.
En effet, ce fut en 1 278 que l'évêque Robert de Genève, de la dynastie comtale de 1 C. G. ce nom, acheta de Simon, évêque d'Aoste, au prix de trois cents livres genevoises, pour son usage particulier & celui de ses succes seurs dans la dignité épiscopale, la maison dite Longimala avec le verger & les bâtiments y attenant, limitrophes de l'une des maisons des nobles Tavel.1 Le rôle de l'estimation des biens meubles & immeubles des Genevois, en 147s, 2 nous prouve que le quartier de Longemale était encore à la fin du XVe siècle celui qui contenait le plus de gens distingués, tant étrangers qu'indigènes (les de Ver sonnex, les Bolomier, l'évêque de Nice, les de Joinville, les d'An tioche, les de Veygier, le comte de la Chambre, les d'Alamand, de St-Michel, &c). Ce fait en explique un autre, qui a embarrassé nos historiens.
En considérant le quartier actuel de la Madeleine, l'un de ceux qui ont le moins changé, ils se sont demandé comment ce quartier, de si chétive apparence, avait pu autrefois être toujours le plus fortement impolé, à ce point que fa part de contributions, forcées ou volon taires, équivalait à celle de toutes les autres paroisses de la ville réunies. Notre prédécesseur, le baron Grenus, le Dr Chaponnière, M. Gaudy-LeFort & d'autres ont transcrit plusieurs de ces rôles de contributions paroissiales, pris à diverses époques, du XIVe au XVIe siècle, — & qu'il ne faut pas confondre avec les rôles des impôts plus ou moins forcés que les vidomnes savoyards levaient, pour des occasions analogues, fur les feux qu'ils avaient réussi à inféoder à leur office dans toutes les paroisses de la ville, ni avec ceux qui ne concernaient que le clergé.
Dans tous ces tableaux, on peut suivre, d'un siècle à l'autre, l'accroiflement rapide des deux paroisses de la Madeleine & de Saint-Gervais, relativement aux autres quartiers. Cela se voit non moins clairement dans le rôle 1 M. G., Vil, 339-340. Dans son ouvrage manuscrit fur les antiquités de Genève, de la Corbière prétend que cette maison épiscopale (qui, peut-être, avait donné son nom à tout le quartier) s'élevait fur l'emplacement occupé aujourd'hui par le N° 13. Le fait que B. Reymond, qui bâtit en 1726 la maison actuelle, comme l'attestent ses initiales Sc cette date placées au-dessus de la porte, avait acheté de la Seigneurie de Genève le bâtiment antérieur, vieil édifice ruiné qui avait servi de grenier à blé, semblerait con firmer cette opinion, d'ailleurs assez généralement admise.
Dans ce cas, la situation de cette maison, presque en face de la halle aux grains, nous montre à quel point l'atterrisse ment était déjà avancé, de ce côté-là, an XIIIe siécle, alors qu'elle était d'ailleurs entourée de'terrains Sc de bâtiments qui en dépendaient. 2 Publié dans les M. G., VIII, 289, par le Dr Chaponnière. des réceptions à la bourgeoisie, qui donne à chaque nom celui de la paroisse urbaine où le nouveau bourgeois était domicilié. Or, pour revenir à la question, il est évident que ces preuves palpables de la richesse de la dite paroisse ne venaient pas des petites rues qui entourent l'église de la Madeleine, & dont plusieurs se confondaient d'ailleurs anciennement avec le cimetière de cette église, mais bien du quartier aristocratique de Longemale (Longimala, cAula longa) & en général de toute la basse ville, qui faisait partie de la paroisse de la Madeleine, depuis Rive jusqu'au bas de la Cité, y compris les rues en pente roide qui descendaient vers ce quartier non-seulement beaucoup plus étendu, mais ausiî plus commerçant & plus riche que le haut de la ville.
L'église paroissiale de Sainte Marie-Madeleine, comme telle sans doute moins ancienne que les autres églises paroissiales de la cité, bien qu'elle remonte au commencement du XIIe siècle1 (nous disons moins ancienne comme fondation ou appropriation, non pas comme monument), avait donc très-probablement été créée en vue de cette extension rapide de la ville entre le plateau & le lac. Cette opinion est confirmée par la position exceptionnelle de cette église, à mi-côte de la colline, au-dessous & par conséquent en dehors de la première enceinte de la cité, & non pas à l'intérieur de la ville, comme M. le pasteur Archinard traduit les mots : infra civitatem de l'acte de 1 1 10 ;'2 les nouveaux quartiers, en vue desquels cette églile avait été construite ou appropriée, étaient devenus en peu de temps la paroisse la plus riche, la plus étendue & la plus populeuse de la cité épiscopale.
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