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Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méridionale. (Table générale et alphabétique publiée par ... Henry Boutiot, dressée par A.-S. Det.)

Théophile Boutiot · 1870 · Scanned text

359,131 words · about 25 h 9 min to read

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About this book

Author
Théophile Boutiot
Language
French
Published
1870
Length
359,131 words · about 25 h 9 min
Sections
14 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (14)
  1. Front matter under 1 min
  2. Introduction about 24 min
  3. Chapitre 1 about 1 h 59 min
  4. Chapitre II about 1 h 27 min
  5. Chapitre III about 2 h 12 min
  6. Chapitre IV about 1 h 36 min
  7. Chapitre V about 1 h 11 min
  8. Chapitre VI about 2 h 56 min
  9. Chapitre VII about 2 h 16 min
  10. Chapitre VIII about 2 h 37 min
  11. Chapitre IX about 1 h 42 min
  12. Chapitre X about 1 h 54 min
  13. Chapitre XI about 3 h 18 min
  14. Chapitre XII about 1 h 36 min

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Front matter

HISTOIRE DE LA VILLE DE TROYES ET DE LA CHAMPAGNE MÉRIDIONALE HISTOIRE DE LA VILLE DE TROYES ET DE LA CHAMPAGNE MÉRIDIONALE PAR T. BOUTIOT MEMBRE RÉSIDANT DE LA SOCIÉTÉ ACADEMIQUE DE L'AUBE CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE Si chacun est réputé connaître la loi, nul nc devrait ignorer l'histoire de son pays. premier volume PARIS TROYES AUG. AUBRY, LIBRAIRE rue Séguier, 18 DUFEY-ROBERT, LIBRAIRE rue Notre-Dame, 83 Et chez tous les Libraires du département de l'Aube 1870 Droils réservé»

Introduction

Le 18 juin 1851, le maire de Troyes, M. Ferrand- Lamotte, de regrettable mémoire, me chargeait, de con cert avec MM. Ph. Cuignard, archiviste du département de l'Aube, et Dubois, secrétaire de la mairie, de classer et de mettre en ordre les archives municipales. Le travail demandé par l'administration municipale fut immédiatement commencé. Kn 1769, M. Delion avait fait un premier choix. Conjointement avec M. Guigna rd, je fis le récolement de cette partie. Bientôt après, ce savant archiviste alla occuper un nouveau poste à Dijon et M. Dubois fut em porté par une cruelle maladie. Je restai donc seul chargé du classement des pièces et registres, laissés en dehors du choix fait il y a un siècle, et abandonnés dans un grenier. Sans métaphore, ce dépôt considérable était couvert d'un épais manteau de poussière et les rongeurs n'y avaient pas commis d'avaries vraiment regrettables.

Ce travail, suspendu pendant environ deux ans, fut repris en 1855, sous la mairie de l'honorable M. Parigot; il était mis à fin en janvier 1857, par un inventaire en quatre volumes in-folio. a

INTRODUCTION.

. II Cette seconde série ne renferme pas moins de 1,800 registres et environ 120,000 pièces. Elle se compose de documents importants et comprend notamment : 1" les registres des délibérations du conseil de ville, commen çant en 1429, sc poursuivant jusqu'en 1789 et sans lacune importante depuis 1499 ; 2o les comptes des deniers communs, ceux de la voirie, des fortifications, du grenier à sel et les pièces à l'appui de ces comptes; 3° les cahiers des Etats généraux ; 4° un °-rand nombre de pièces relatives aux guerres des différentes époques, surtout à celles de religion et à la Réforme; 5° aux cou tumes; 6° la correspondance des rois de France, de Louis XI à Louis XIV, avec les habitants de Troyes; celle des intendants, etc., etc. (1). Entre le classement de M. Delion et le nôtre, il y a un autre esprit.

Le choix, fait au XYIIIe siècle, avait sur tout pour but de mettre en ordre les documents établis sant les droits anciens, bien plus que les faits se rattachant à l'administration ou à l'histoire de la ville de Troyes. Au contraire ceux que j'ai classés sont ceux qui conservent le souvenir des fails et l'application Ju droit. Ils renferment surtout les matériaux de l'histoire de notre ville. Ce travail, aride au premier aspect, eut pour moi un attrait singulier. La vie d'une grande cité, d'une po pulation active et industrieuse, se déroulant sous mes yeux, me charma. Retracer ce qu'elle fût, pendant des (1) Voir à ce sujet : Rapport adressé à M. le Ministre de l'Intê rieur sur les archives municipales de la ville de Troyes, Janvier 1857. — Lettre sur les archives municipales de Troyes. 9 Juin 1862. — Délibérations du Conseil municipal de Troyes des 21 novembre 1855 et 8 décembre 1860.

INTRODUCTION.

. III siècles, tenta mon ambition. Je résolus d'exposer ce passé à mes concitoyens. Pour mettre en œuvre les documents que j'avais sous les yeux et que je venais de classer, pour dresser cette histoire, quelle forme devais-je suivre? J'hésitais? Fallait-il publier un inventaire sommaire ou, suivant la méthode de certains érudits, les documents avec notes? Cette forme laconique, appropriée seulement à un petit nombre de lecteurs, fut vite abandonnée par moi, comme n'étant ni la meilleure ni la plus accessible à tous. Dans le premier mode, je sacrifiais trop d'événements intéressants; dans le second, mon travail n'était plus qu'à l'adresse des savants. Fallait-il faire un choix des documents concernant l'administration, avec aulant de chapitres pour chacune de ses branches? Cette méthode, je l'abandonnai encore après l'avoir essayée, car elle ne convenait qu'aux éco nomistes.

La vie municipale, avec ses émouvantes et douloureuses péripéties de la guerre des Anglais, de la Réforme, de la Ligue, etc., disparaissait totalement. Fallait-il tracer un récit chronologique de tous les événements, sans distinction d'ordre d'idées, depuis les temps les plus reculés, jusqu'en 1789? Fallait-il faire passer sous les yeux du lecteur tous les faits religieux, civils, militaires, commerciaux ou artistiques, de Tordre politique ou municipal, local ou national, ayant la ville de Troyes pour théâtre et les troyens pour principaux acteurs? Cette forme m'a paru mieux répondre aux sentiments d'une légitime curiosité. Ce fut donc celle que je choisis. On aime, en général, à connaître l'humanité, son his-

INTRODUCTION.

. toire passée, sa marche, son œuvre toujours complexe dans les faits moraux et physiques. Les sociétés ont leur âge comme les individus et chaque âge a ses pré occupations spéciales. On aime, en particulier, à con naître à fond l'histoire de la province ou de la cité dans laquelle on a vécu, où sont nés et où sont morts ses ancêtres, et à laquelle chacun de nous est attaché par d'invincibles liens et de puissants intérêts. D'ailleurs, je pouvais en même temps être utile à l'économiste, à l'érudit, à l'historien, en même temps qu'agréable et utile au lecteur, simple curieux. Voilà pourquoi j'ai donné à cette forme la préférence sur toutes les autres. La vie municipale peut se dérouler complètement et dans ses moindres détails. Je m'en suis fait le reporter. A ce point de vue, d'où l'on découvre les horizons les plus variés, les archives de l'Hôtel-de-Ville de Troyes constituaient un véritable trésor.

Puis il m'était permis de mettre en usage les matériaux si nombreux renfermés dans les grands dépôts publics, les Archives de l'Empire, la Bibliothèque de la rue de Richelieu, comme les Ar chives départementales, les mémoires restés manuscrits, les documents imprimés. Je pouvais faire en trer, dans mon travail, des faits et des considérations touchant à toutes les branches de l'activité humaine, tels que les arts, le commerce, l'industrie, etc., qui n'ont pas d'archives pro prement dites. Les événements, qui se rattachent à la nation, au développement de la vie publique, à Tordre civil, politique, militaire, religieux, etc., dont la nature variée sollicite toujours Tattention, soit par le côté moral, soit par le côté dramatique, y trouvaient leur place.

INTRODUCTION.

. V Si cette méthode permet, — chose importante, — de varier la narration, quant à la nature des faits, elle de mande aussi de faire remonter le récit au-delà du moyen-âge et, autant qu'il était possible, d'atteindre les temps gallo-romains et même les temps celtiques: époques mieux étudiées à Taide de Tarchéologie que par les récits historiques, lesquels laissent trop souvent en dehors les faits recherchés avec avidité par la curiosité. Une fois mon plan bien arrêté, je me suis mis à Tœuvre. Mon récit embrasse donc tous les faits que j'ai pu recueillir depuis vingt ans sur le passé de la ville de Troyes et sur celui de la Champagne méridionale. II était dif ficile de faire l'histoire complète de la ville de Troyes, chef-lieu ou ville principale d'un grand territoire, capitale d'un ancien comté, sans y comprendre celle des po pulations qui gravitaient autour d'elle.

J'ai pris pour objet de mon travail, Troyes et la Cham pagne méridionale. Quant à la ville de Troyes, le point est précis, la limite est bien accusée. Celles de la Cham pagne méridionale sont plus vagues, quelques mots ser viront d'explication. Je n'ai pas voulu faire l'histoire ni du comté, ni du diocèse, ni du bailliage de Troyes, ni de Tintendance de Champagne. J'entends ici faire l'his toire de la contrée arrosée par la Seine, par TAube et leurs affluents, au milieu de laquelle la ville de Troyes est assise et celle d'un rayon d'environ cinquante à soixante kilomètres. Cette contrée est tributaire de son chef-lieu. Elle représente à peu près le déparlement de TAube, sauf l'extrémité orientale de Tarrondissement de Bar-sur-Aube; elle comprend souvent Saint-Florentin et

INTRODUCTION.

. VI ses environs, Sézanne, Joinville, etc. Les événements le veulent ainsi. Telle ville est attachée à Troyes par des liens féodaux, telle autre par les besoins de Tadminis tration politique ou ecclésiastique; telle autre enfin par ceux d'une défense commune, par des sympathies ou par des antipathies religieuses ou politiques. Tous ces liens ont des époques diverses. Par Champagne méridionale, j'entends parler des po pulations qui s'agitaient autour de la cité tricasse; de la ville, capitale de l'une des confédérations gauloises; de l'une des soixante cités de la Gaule romaine, devenue le chef-lieu de l'un des plus anciens diocèses .ecclésiastiques; de la capitale du comté qui, après avoir pris son nom, reçut celui de Champagne ; du siège du bailliage le plus important de ce comté et d'une des trois cours souveraines, que la France possédait à la fin du Xllle siècle (Paris, Rouen et Troyes).

Aussi ces limites ont-elles Tincertitude de celles des différentes institutions que je viens d'indiquer et dont aucune ne s'arrêtait aux mêmes lieux. J'ai déjà dit que la principale source, à laquelle j'ai puisé, est le trésor des archives de THôtel-de-Ville, jus qu'à ce jour inexplorées ou dont il n'a été livré à la publicité que quelques rares documents. Là, dans ces riches archives, j'ai puisé à pleines mains sous les ad ministrations de MM. Ferrand-Lamotte et Parigot. J'ai donc pu traiter, avec une certaine autorité, de l'ancienne administration de la ville de Troyes, du pouvoir des Conseils de ville, des Echevins et des Maires, et de la source mème de ce pouvoir ; j'ai pu faire connaître les

INTRODUCTION.

. VII finances et les ressources financières ; la voirie, ses recettes et ses dépenses; les anciennes fortifications, les approvisionnements d'armes et de munitions de guerre; Tindépendance des officiers municipaux, Tasservissement des intérêts de la cité au pouvoir souverain, à partir de Henri IV, et la perte de cette ancienne indépendance. Dans une ville dont la population est surtout livrée aux travaux de l'industrie et du commerce, j'ai dû, ayant entre les mains les statuts du plus grand nombre des corporations, m'occuper du commerce, de l'industrie, des arts et des métiers. J'ai essayé de faire connaître, pour les siècles passés, les produits artistiques de notre région, qui possède de précieux souvenirs en architec ture, en sculpture, en peinture sur verre. Je n'ai oublié ni les mystères représentés à Troyes, en grand nombre, pendant trois-quarts de siècle, ni le théâtre proprement dit, pour lequel écrivait un scribe de l'un de nos chapitres, le fécond Larivey, l'un des précurseurs de Molière.

Ne devais-je pas rappeler surtout la littérature champenoise qui, de tous les siècles, laissa des œuvres curieuses et utiles. Le comté de Champagne ayant eu, sous la monarchie, pour gouverneurs, pendant plus de soixante ans, les membres les plus puissants de la fa mille des Guise, je ne pouvais passer sous silence l'in fluence de cette famille sur les événements dont notre province fut le théâtre. Possédant la connaissance de faits nombreux et pleins d'intérêt sur la réforme, les guerres civiles et religieuses, la Ligue et l'avénement au trône de Henri IV, et sur les événements qui se passèrent en Champagne, se reliant directement à ceux de Paris et des provinces voisines, devais-je laisser dans Toubli

INTRODUCTION.

. celte époque de luttes toujours si curieuse à étudier. Les cahiers de remontrances et de doléances, dressés pour le grand bailliage de Troyes et ceux des châtellenies relevant de ce bailliage, dépeignaient, avec de trop vives couleurs, les événements de la province, en 1484, 1560, 1576, 1588, 1593, 1614 et 1789, pour que je néglige de mettre en lumière les droits de nos populations à la représentation nationale, et les plaintes qu'elles dépo saient, par ce moyen, aux pieds du Souverain. Pour les faits généraux et particuliers touchant à la création et à l'existence de nos grands établissements re ligieux, à nos chapitres, à nos couvents, centres de la vie, de la civilisation et du progrès, au xne siècle, j'ai mis à profit nos archives départementales : dépôt immense où sont conservés les souvenirs les plus précis sur tout ce qui touche au temporel de ces établissements, depuis leur origine jusqu'à leur suppression.

Si j'ai consulté un grand nombre de documents appar tenant aux archives impériales, à la grande bibliothèque de Paris, j'ai surtout feuilleté la collection de Cham pagne ou Portefeuille de Levesque de la Ravallière, ce troyen du siècle dernier, qui collectionna une mul titude de documents sur la ville de Troyes et la pro vince de Champagne Ce portefeuille renferme le plus grand nombre de ceux que M. Morel (Louis-François), lieutenant-général au bailliage de Troyes (de 1729 à 1749), né à Paris en 1690, mort en septembre 1762, avait réunis pour écrire l'histoire de Troyes. Dans cette collection importante, se trouvent les originaux et les copies réunis par M. Morel, dans le but d'en com-

INTRODUCTION.

. IX poser une histoire qui n'a point encore été faite et que nous essayons d'entreprendre. Je dirai de suite que M. Morel publia deux prospectus. Je ne connais pas le premier. Le second, répandu deux ans après celui qui l'avait précédé, annonçait la publication d'un ouvrage intitulé : Annales et titres de la ville de Troyes. L'au teur remercie ceux qui lui ont fait des communications et demande qu'on veuille bien les lui continuer. II ex pose le plan de son ouvrage, qui devait se composer de cinq volumes. Courtalon, dans sa Topographie du diocèse de Troyes, a suivi en grande partie le plan de M. Morel, pour ses quatre premiers volumes, et Grosley a fait le cinquième en écrivant ses Troyens illustres. M. Morel écrivit une partie de l'ouvrage qu'il projetait, mais rien n'en fut imprimé. II ne reste plus de lui qu'un pouillé du diocèse, aujourd'hui à la bibliothèque de Troyes.

En 1759, Louis XV, cédant au courant de son épo que, ordonna la formation du dépôt de législation, et, en 1762, le ministre Berlin établit un cabinet d'histoire dirigé par Moreau. Un grand nombre de copies, titres et chartes furent ensuite envoyés à Paris, de 1764 à 1789. Ces copies forment, à la bibliothèque impériale, la collection Mo reau, comprenant 284 volumes. Plusieurs dépôts de Champagne furent explorés par les Bénédictins. Mais les résultats n'auraient pas répondu au nombre de correspondants. Une vingtaine d'établissements y furent visités et examinés par neuf bénédictins. Les archives des abbayes de Montiéramey et de la Cha pelle-aux-Planches, de la baronnie de Vendeuvre et de la seigneurie de Gérosdot, furent visitées par D. Brin- X

INTRODUCTION.

. court; celles du prieuré de Sézanne, de THôtel-de-Ville de Bar-sur-Aube, du chapitre de Saint-Maclou, des prieurés Saint-Pierre et de Sainte-Germaine de Bar, de l'hòpital de Saint-Nicolas, du prieuré de Belroy et le cabinet du seigneur de la Bande, par D. Mareschal (1). Je n'ai point la prétention de donner ici la bibliogra phie historique de Troyes et de la Champagne, notre bien regrettable ami, M. Vallet de Viriville, en a publié une que l'on peut encore considérer comme complète pour l'époque à laquelle elle a été dressée. C'est un essai qui remonte à trente ans et qu'il sera toujours utile de consulter. Mais je m'empresse de rappeler au moins les noms des auteurs et le titre des œuvres his toriques qui intéressent la ville de Troyes et la Cham pagne méridionale. En tète de cette liste je placerai Pierre Pithou, qui s'appliqua le premier à commenter les coutumes de Troyes, rechercha les documents historiques et en fit des collections importantes, aujourd'hui dispersées.

A la suite, Nicolas Camusat et le bon Desguerrois, qui, tous deux, s'occupèrent surtout de l'histoire ecclésiastique de la ville et du diocèse de Troyes; Grosley, qui, avec son esprit malin illustré par Sainte-Beuve (2), avait plus de connaissances littéraires que de savoir historique et archéologique; Courtalon, ecclésiastique instruit, qui fit plutôt la statistique du diocèse de Troyes qu'il n'en écrivit l'histoire, mais dont la Topographie restera toujours un monument exact et impartial sur les annales, les (1) Léopold Delisle. Histoire générale de Paris ; Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque impériale, 1801 . (2) Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au XVI" siécle, 1843. Édition Charpentier.

INTRODUCTION.

. XI institutions, les juridictions, la statistique du diocèse et de la ville de Troyes et la biographie des évêques. Après ces cinq écrivains, celui qui a fait le plus pour l'histoire de Troyes, est Du Halle ou Duhalle (Louis), commerçant, (né en 1/03 et mort en 1770), qui, dans le cours du xvme siècle, composa et écrivit trois volumes in-8°, sur le plan indiqué par le lieutenant-général Morel, et qu'il eut la satisfaction de mettre à fin. Ces trois vo lumes sont en la possession de la ville de Troyes el font partie, non de sa bibliothèque, mais de ses archives. Ce ma nuscrit important a Tinconvénient de n'indiquer aucune des sources consultées par l'auteur, mais il est facile de reconnaître que ces renseignements sont le plus souvent puisés dans les archives des chapitres et des communau tés religieuses et dans des recueils historiques généraux ou particuliers, et que les archives municipales, alors fort dédaignées, ne furent point consultées par lui.

A ces noms, j'ajouterai ceux qui suivent : Jacques de Brienne, fils de Guillaume, dit Roturier, et aussi Chan celier, qui vivait au milieu du x\i° siècle et qui nota, en annaliste, les faits de son temps et notamment ceux qui intéressaient la Sotte Bande, ou confrérie de la Pas sion, jouant les mystères jusque vers 1550 étayant à sa tète, le Prince des Sots. Poncelet Meunier, autre troyen, mentionnant aussi certains faits contemporains, el dont des notes s'appliquent au troisième quart du xvr siècle (T). L'échevin Nicolas Dard recueillit aussi des notes sur son époque et sur les événements auxquels il prit part de (1) Une partie des annales de Jacques de Brienne et de Poncelet Meunier, font partie, de la collection de Champagne, à la bibliothèque impériale, vol. 61.

INTRODUCTION.

. 1580 à 1609. Espérons qu'un jour ces mémoires, dont nous avons eu la gracieuse communication par M. René de Saint-Mauris, seront publiés. Dom Titon, religieux de Montier-la-Celle, a mis à large contribution les archives de sa riche abbaye, avec une indépendance de caractère, rare à l'époque où il travail lait (vers 1676). Ce volume d'un grand intérêt n'est pas conservé, croyons-nous. Mais nous avons pris connais sance de l'histoire de la même abbaye, écrite, au xvme siècle, par don Sébastien Dieudonné, autre religieux de Montier-la-Celle, mort en 1776, et aujourd'hui en la pos session de M. Tabbé Cofsinet, qui a bien voulu nous le communiquer. Le chanoine Jean Hugot, du chapitre de Saint-Etienne de Troyes, et chapelain de Madame laDauphine, mort en 1712, réunit aussi un grand nombre de faits sur l'histoire de Troyes.

Ils sont puisés dans des travaux imprimés et dans les archives du chapitre auquel il appartenait. Une copie de ce recueil appartient aujourd'hui à M. Auguste Millard, ancien représentant. M. Desmarets de Palis, avocat à Troyes, ayant recueilli, par voie de succession, beaucoup de documents réunis par les frères Pithou, ajouta à cette collection un grand nombre de pièces, qui, après avoir passé entre les mains de M. Morel, sont comprises dans la grande collection de Levesque de la Piavaillière. Nous citerons aussi un manuscrit original dont l'au teur n'est pas connu et qui est possédé par M. Corrard de Breban, président honoraire du tribunal de Troyes. Sous le titre de Généalogie de la famille Hennequin, il contient de précieux renseignements sur le plus grand

INTRODUCTION.

. XIII nombre des premières familles de Troyes, nobles et bourgeoises; quelques notes continuent la généalogie de certaines familles jusqu'à nos jours; c'est le livre d'or de la bourgeoisie troyenne depuis le xive siècle. II était pos sédé par M. Comparût de Longsols, qui, en 1828, l'offrit à l'honorable président du tribunal de Troyes. L'avocat Sémillard a réuni, sous la forme d'annales, des faits nombreux puisés à des sources diverses, depuis l'antiquité jusqu'au courant du xvnie siècle. A son recueil, il ajouta des documents manuscrits et imprimés, intéressant surtout les querelles dujansénisme, dans lesquelles il se trouvait mêlé. Jacques Breycr, chanoine de Saint-Urbain, a écrit aussi quelques mémoires sur Troyes, continués par son neveu Remy Rreyer, chanoine de Saint-Pierre. Un autre chanoine de Saint-Pierre, Trasse de Mont musard, curé de Romilly-sur-Seine, s'occupa aussi de recherches historiques sur Troyes et la Champagne.

Mê lé aussi aux affaires du jansénisme et honoré de Tamitié de M. Poncet de la Rivière, il mourut en exil à Dijon, vers 1750, laissant cinq volumes manuscrits de mémoires his toriques. La bibliothèque de Troyes en possède deux, les trois autres sont probablement à jamais perdus. Un autre chanoine de Saint-Pierre, M. Rertrand, écrivit, dans des publications périodiques, un certain nombre de mémoires, aujourd'hui peu connus et surtout peu consultés, quoique touchant à notre histoire locale. Le chanoine de Saint-Urbain, Tremet, recueillit aussi des notes intéressantes sur les vingt années qui précé dèrent les événements de 1789. Elles sont à la biblio thèque communale.

INTRODUCTION.

. Je m'entionnerai tout particulièrement, sous le rapport de l'histoire de l'art architectural, le Voyage archéologique de M. Arnault, ouvrage qui ouvrit, à Troyes, la série des études historiques et artistiques au xixe siècle. Publié après les événements de 1830, ce volume se re commande autant par ses notices et son texte que par les dessins exacts qui constituent le but de Touvrage. L'ouvrage intitulé : Les monuments du département de l'Aube, se recommande aussi parles magnifiques dessins de M. Fichot, artiste dont s'honore la ville de Troyes, comme le Portefeuille archéologique de Alfred Gaussen, nous garde, par la chromo-lithographie, le souvenir des plus précieux objets mobiliers des siècles passés appartenant à la Champagne. Je dois aussi une mention particulière aux savants travaux de mes confrères de la Société académique de TAube.

Je ne puis donner la liste de ces travaux bien divers, contenus dans les Mémoires de cette société, mais je suis heureux de pouvoir rendre un public hommage à MM. Corrard de Breban, Harmand, Camusat de Vaugour don, Coffìnet, Phil. Guignard, Lebrun, Gréau, Socard, d'Arbois de Jubainville, etc., pour leurs études sur l'his toire et les arts dans notre contrée. Ils m'ont aidé à préciser et à éclaircir certains points, qui appartiennent à notre ville et à notre province. Si mon ouvrage est jugé digne de prendre rang parmi les travaux de ce genre, la ville de Troyes le devra à MM. Ferrand-Lamotte et Parigot, maires, dont l'administration loyale, intelligente et sympathique, laisse d'ex cellents souvenirs. L'un et l'autre, par leur propre initia tive, ont veillé, avec sollicitude, à la conservation et à la

INTRODUCTION.

. XV mise en ordre de l'un des dépôts d'archives municipales les plus considérables de France. Les excitations au travail ne m'ont pas fait défaut. Si mes amis de Troyes, de la Champagne, de Paris mème; si quelques écrivains : MM. Vallet de Viriville, J. Quicherat, A. de Barthélemy, Tailliar, de Douai; E. Bonvalot, de Colmar; etc., m'ont témoigné de la sym pathie pour Tœuvre que j'ai entreprise, MM. Guizot et Henri Martin m'ont particulièrement encouragé à la réaliser. Avec les matériaux que j'ai pu réunir et consulter, j'ai tenté un travail sans doute au-dessus de mes forces et surtout au-dessus de mes facultés. Si j'ai hésité à prendre le parti de retracer le passé de la province dans laquelle je suis né, de la ville que j'ai constamment ha bitée et qui est devenue ma patrie d'adoption, j'ai travaillé, autant qu'il était en moi, à me rendre le moins inca pable possible pour raconter les événements et donner, à chaque époque, par le récit, le caractère qui lui est propre.

Dans quelques études spéciales, j'ai traité certaines questions historiques particulières, ou peu con nues ou dignes d'être travaillées avec un peu de développement, pour les raconter avec précision et d'une façon saisissante. Mon travail comprendra quatre volumes. II sera l'his toire de la population troyenne dans son ensemble. II sera facile de reconnaître que cette histoire est surtout celle de la bourgeoisie. Le premier chapitre est un prolégomène historique,

INTRODUCTION.

. comme le premier volume est le prolégomène de l'his toire du tiers-état dominant à Troyes et en Champagne. Ce premier chapitre comprend ce qu'il importe de con naître en géologie, en philologie et en archéologie. Ces connaissances sont indispensables pour établir les origines des populations dont on veut raconter l'histoire. La géologie sert à reconnaître les divisions super ficielles du sol, ses régions naturelles, sa topographie. Elle explique les relations des populations entre elles, l'affinité ou Topposition de communauté, dans leurs inté rets, leur industrie, leurs procédés agricoles, dans la mise en œuvre les matières fournies par le sol ou cher chées au loin. La philologie aide à retrouver, par les noms de lieux, de rivières, de régions naturelles, les traces des popula tions disparues (1), et mes autorités sont surtout: Eusèbe Salverte, Leibnitz, de Humboldt, Alfred Maury, Thiers, Le Prévost, Passy, etc.

Je n'ai fait que la stricte application des principes pro- (1) « Tous les noms propres ont été originairement significatifs. » (Eusèbe Salverte.) « Les noms de lieux sont les plus propres à conserver les restes des idiomes perdus et les traces des nations détruites » (Leibnitz.). « Dans tous les pays du monde, les noms des montagnes et ceux des rivières appartiennent aux monuments les plus anciens et les plus certains des langues. » (De Humboldt, Tableaux de la nature.) « II en est de même pour les noms des régions naturelles, toujours choisis, comme ceux des montagnes et des rivières, pour indiquer l'un des côtés les plus apparents, les plus saillants, au point de vue de la nature, de la contrée qu'ils désignent. Les langues s'en vont, mais les noms de lieux gardent l'empreinte puissante de leur vocabulaire, et ces noms disent aux générations suivantes quelques mots des idiomes qu'on ne parle plus. » (Alf.

Maury.) « Napoléon s'appliquait à étudier le sol et cherchait à trouver, dans ses dispositions, la solution des phénomènes de la politique, comme des problèmes de la guerre. » (Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. xx, p. 759).

INTRODUCTION.

. XVII fessés par ces hommes éminents. J'ai négligé, j'en con viens, les lois si souples et si fantaisistes de l'étymologie, dont les règles admettent si facilement la substitution des lettres les unes aux autres. Par cette étude, il m'a été facile de reconnaître les traces des trois civilisations qui ont déjà passé dans nos contrées. L'archéologie m'a aidé à reconnaître les restes des ci vilisations, celtique, gallo-romaine et franque ou mérovingienne, et de plus, à marquer les lieux, qui ont été habités aux différentes époques historiques et même anté historiques, à Taide de la découverte ou de la constatation récente de monuments mégalithiques, dolmens, menhirs, cimetières, substructions, monnaies, objets mobiliers, etc. Je pars donc de ces époques reculées pour arriver, de siècle en siècle, jusqu'en 1789, en m'efforçant de donner, à chaque époque, son caractère propre, déterminé par les idées dominantes ou par les événements qui s'ac complissaient alors.

Si mon premier volume forme le prolégomène de l'his toire du tiers-état, dans notre contrée, le deuxième et le troisième comprendront le développement de l'histoire de cette partie importante de la nation et le quatrième sera le récit de Tamoindrissement, de la chute de cette classe, qui, elle aussi, comme la noblesse, dut, malgré sa vive résistance, s'incliner devant la monarchie absolue, fondée par Henri IV, et dont les principes furent déve loppés sous Louis XIV, avec tant d'énergie et de rigueur, par Richelieu et parMazarin. Pour moi, la bourgeoisie, le tiers-état, ne forme pas une classe dont on ne peut faire partie qu'à Taide d'un b

INTRODUCTION.

. brevet spécial: c'est la grande majorité de la nation. Ce n'est point une classe sociale, proprement dite, mais une agglomération, une confédération d'individus et de fa milles constituant la force vive du pays, le siège de toutes les connaissances humaines, la grande treso rière de l'Etat. Cette confédération attire à elle, reçoit parmi les siens tous ceux qui vivent du produit de leur travail, tous ceux qui règlent leur vie sur Tordre, Téco mie, la probité, la loyauté, en un mot, sur la juste pon dération des lois naturelles et des lois sociales. Ceux-là sont toujours les siens, qui, sur le produit d'un travail assidu, économisent pour eux-mêmes, pour leurs en fants, pourles besoins de l'Etat, etédifìentun patrimoine, quelquefois à grande peine. Ce patrimoine, fruit d'un labeur persistant, el auquel trop souvent, à notre épo que, on porte envie et parfois de la haine, n'en est pas moins la garantie la plus sûre de toute indépendance et la base de Tintérêt de tout individu dans tout corps social.

Le travail est aujourd'hui rémunéré, de façon à vivre et à pratiquer quelques économies. Le travail est le commencement d'un patrimoine, qui s'augmente par Tassiduité, Tintelligence et Tordre, quand ses qualités président à l'administration de la famille. La bourgeoisie veut le calme et la paix qui donnent le travail : elle aime Tordre, elle estime la règle dans la conduite. Elle repousse les entreprises aléatoires ; elle ne se livre point au hasard. Elle peut bien ne pas possé der tous les dons de l'esprit; mais en échange, elle a au moins la plus grande partie de ceux qui constituent Tintelligence pratique des affaires et des besoins de la

INTRODUCTION.

. XIX vie. 'On sait qu'en Champagne, le sel gaulois assaisonne la conversation, presque toujours, et le style, souvent. Ces quelques réflexions me sont suggérées par l'étude à laquelle je me suis livré. La population champenoise, par son génie naturel, par ses principes, constitue cette confédération d'individus et de familles. Chacun de ses membres a les mêmes habitudes d'ordre et de vues. On ne trouve pas chez eux ce besoin de luxe ou de jouissance matérielle qui, trop souvent, cause la ruine des familles et met les Etats en péril. Cette population se contente de peu. Depuis plus de sept siècles qu'il est possible de la suivre, les familles qui la composent s'é lèvent, parles moyens que je viens d'indiquer, rarement à la fortune, mais presque toujours à Taisance. Arrivées à ce but, elles s'arrêtent et jouissent avec modestie, mais avec sécurité, du fruit de leur travail.

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