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Fuite de Louis XVI. à Varennes ... Deuxième édition, etc

J. Eugène Bimbenet · 1868 · Scanned text

187,941 words · about 13 h 10 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
J. Eugène Bimbenet
Language
French
Published
1868
Length
187,941 words · about 13 h 10 min
Sections
6 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (6)
  1. Front matter about 2 h 8 min
  2. Chapitre II Depart Et Voyage about 32 min
  3. Chapitre III Emploi Du Temps about 51 min
  4. Chapitre IV Fuite De Monsieur about 2 h 14 min
  5. Chapitre V about 4 h 10 min
  6. Part I about 3 h 16 min

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Front matter

LYCÉE FONTANES ?- — ©3—* Distribution des Prix Année scolaire 187 j -187 /f £*- SEMESTRE CLASSE DE J(l^2/M^l^kM^ L'Éleve Àm§£/ a obtenu le /jt^f Prix fi&íy Le Proviseur> 1 FONTANES F J TYPOGRAPHIE SEBINGE FRÈRES, PLACE DU CAIRE, 2. FUITE DE LOUIS XVI A VARENNES Orléans, imprimerie de G. JACOE. FUITE Dí LOUIS XVI A VARENNES D'APRÈS LES DOCUMENTS JUDICIAIRES ET ADMINISTRATIFS DÉPOSÉS AU GREFFE DE LA HAUTE COUR NATIONALE ÉTABLIE A ORLÉANS PAU Eucène BIMBENET/-C Ancien greffier cn chef de la Cour impériale d'Orléans DEUXIÈME ÉDITION Enrichie de fac-similé el de pièces inédites. PARIS LIBRAIRIE ACADKMtQII* DIDIER ET C"*, LIBRAIRES-EDITEURS 35, QUAI DES AUGUSTINS, 35 I S 6 8 Tous-slroiis réservés. AVERTISSEMENT Montaigne termine ainsi le trente-cinquième cha pitre du livre II, intitulé : Des trois bonnes femmes : « Voilà mes trois contes très-véritables que je treuve « aussi plaisants et tragiques que ceulx que nous for « geons à nostre poste pour donner plaisir au commun ; « et m'estonne que ceulx qui s'addonnent à cela ne « s'advisent de choisir plustost dix mille très-belles « histoires qui se rencontrent dans les livres, où ils « auroient moins de peine, et apporleroient plus de « plaisir et proufit : et qui en vouldroit bastir un corps ' entier et s'entretenant, il ne fauldroit qu'il fournist < du sien que la liaison, comme la souldure d'un aultre « mêlai; » AVANT-PROPOS La fuite du Roi Louis XVI et de sa famille, accompagnés de quelques serviteurs courageux et fidèles, est l'un des événements les plus considérables et les plus dramatiques de la Révolution.

A ce titre il devait, êlre et il a été le sujet de nombreu ses publications. II appartient à l'économie d'une histoire générale de celte mémorable époque. 11 devait être l'objet d'un récit spécial de la part de ceux qui. ayant accepté la périlleuse mission de mettre à exécution ce projet, et de. ceux qui, ayant accepté la mission plus périlleuse encore de protéger la famille royale pendant ce redoutable voyage, se croyaient en possession ex clusive de la connaissance de tous ses détails. Ensin cet événement devait singulièrement émouvoir le sentiment littéraire et convier un grand nombre d'écrivains distingués à le raconter. Aussi les historiens, les organisateurs de cetle fuite, les modestes et nobles compagnons de voyage des augustes fugitifs, les littérateurs les plus renommés, tous ont ac quitté cette dette que, par la nature de leurs travaux ou de leur position particulière, ils avaient contractée envers leurs contemporains et la postérité.

Et cependant on se demande comment il se fait que ces relations ne peuvent inspirer une entière confiance et donner satisfaction à la légitime curiosité publique. La réponse à cette question nous parait simple et facile. La fuite à Varennes appartient à deux ordres d'idées : elle est un événement politique d'une grande importance; elle a pris naissance dans les dangers dont la marche de la Révolution menaçait le principe monarchique. A cet aspect, elle peut être diversement appréciée. Mais elle a été précédée el accompagnée de traitements odieux, prodigués à la famille royale avec une fureur inexplicable ; et ces traitements, après leur retour ont été suivis eux-mêmes du plus grand des crimes politiques ré pété sur quatre, et on peut aller jusqu'à dire sur cinq membres de cette auguste famille, les seuls qui pussent être mis entre les mains des bourreaux, et les seuls qui eussent pris part à cette tentative.

Chapitre II Depart Et Voyage

— ARRIVÉE A VARENNES. Vussitòt après que les gens de service se surent retirés, le Roi, la Reine, Mmc Elisabeth sc levèrent ; en un instant ils surent prêts ù partir, car lc Roi avait élé vu dans son lit ù onze heures et quart (1), cl lout le monde se réu nissait à onze heures et demie et sortait du château à peu près en mème lenips (2). Les enfants avaient été préparés pour le départ, mème avant le coucher du Roi et de la Reine. A peine Madame fut-elle dans son lit, où elle s'était mise vers dix heures, qu'un bruit se sit entendre à la porte de sa chambre. Madame T entendit la première; elle en avertit sa femme (I) M.M"*<*S Brunier cl Neuville disent qu'il élait onze heures; Mme ut. Tourzel dil qu'il était onze heu: es et quai t. La suite des événements démontrerait, alors qu'on n'aurait pas la fraction de Theure, par la déposition de Pierre Hubert, qu'il était bien plus de onze heures et quart.

(-2) Pièces justif., av.-pr., déposition de Pierre Hubert, 5*-' témoin de l'ii formation, p. 1 í. de chambre. Celle-ci hésitait; mais la Reine éleva la voix : alors Mme Brunier s'empressa d'ouvrir. Aussitôt que la Reine fut entrée, elle annonça à cetle dernière lc projet de fuite; lui apprit qu'elle l'avait désignée, ainsi que Mme Neuville, pour raccompagner, et lui ordonna d'ha biller Madame et de la conduire auprès de M. le Dau phin (1). M. le. Dauphin n'était pas encore habillé à ce moment (2); ce ne fut qu'à onze heures inoins un quart que la femme de chambre réveilla et le sit sortir de son lit. Lorsque la Reine fut levée, et au moment de sortir de son appartement pour gagner la porte extérieure du chaleau, Madame el M. le Dauphin, conduits par MMmes Brunier et Neuville, se réunirent à elle dans son cabinet, où vint également Mmc de Tourzel (3).

La Reine ouvrit elle-même la porte de ce cabinet, con duisant ses enfanls par la main. MMmcs de Tourzel, Bru nier el Neuville marchaient après eux (A). En sortant du cabinet de la Reine, et après avoir des cendu un escalier, on suivit un corridor communiquant à une des portes de Tappartement de M. de Villequier, si tué à Tentresol ; mais au moment où on arriva à celle porle, elle n'élait pas encore ouverte ; il fallut attendre assez longtemps (5), et Mmc Neuville, pour soulager M. le Dauphin, que ['interruption de son sommeil avait faligué, (1) Pièces justif-, av.-pr., V, interrogatoire de M™« Brunier, p. 74. (2) Pièces ju-lif., av.-pr., V, p. 71. (3) Pièces justif., av.-pr., IV, interrogatoire de M"*"- Neuville, p. G3. (i) Id., ibid. (5) Id., ibid. — Monsieur eut aussi un moment d'in |uiétude quand il voulut sortir du Luxembourg : une clé avait refusé de tourner dans la serrure.

(Relation d'un voyage à Bruxelles et á Coblentz, ci-après rapportée.) s'accroupit par terre el appuya la tête de l'enfant sur ses genoux (1). La porle ayant ensin été ouverte, la Reine, ses enfants et Mme de Tourzel entrèrent dans Tappartement (2) ; MMmes Neuville et Brunier remontèrent l'escalier qu'elles venaient de descendre. La personne qui avait ouvert la porte de Tappartement de M. de Villequier élait un homme (S); il prit M. le Dau phin par la main ; Mme de Tourzel prit la main de Madame Royale, el lous gagnèrent ainsi la porle donnant sur la cour des Princes (-4). Une voiture s'y trouva prête à recevoir M. le Dauphin et Madame; Mme de Tourzel, aidée parle cocher, c'esl-à-dire M. de Fersen (5), les y plaça, y monla ensuite, et tous trois furent conduits au Carrousel (6). Cependant, le Roi partait de son côté.

A neuf heures el demie du soir, M. Maldent, prévenu par M. de Moustier, se tenait dans la cour du château avec le coslume de courrier, livrée jaune et bleue, lorsqu'une personne se présenta à lui et l'invita à monter dans les appartements ; elle le conduisit jusqu'à un endroit qu'il ne sait être ou une armoire ou un entre deux portes ; il y fut enfermé el allendit là qu'on vînt Tinstruire de ce qu'il devait faire. Ce fut le Roi qui, ouvrant lui-même Yenlre deux porles ou ['armoire (ce qui correspond bien à Tarmoire à double ouverture dont on a parlé plus haut), engagea M. Maldent à le suivre; il le suivit, en effet, jusqu'à une voiture dans (I) Pièces justif., av.-pr., IV, interrogatoire de M""** Neuville, p. Gô. (2) Id., ibid. (3) Pièces justif., av.-pr., VI, interrogatoire de M*"1» de Tourzel, p. S:'.

(i) Id., ibid. (5) Mémoires de MM. de Valory et de Bouille. (6; Pièces justif., interrogatoire de Mm" de Tourzel, ci-dessus cité. laquelle le Roi monla, après lui avoir dit de se placer derrière ; M. Maldent exécuta cet ordre (1). La Reine, Madame Elisabeth, accompagnées de deux per sonnes (2), et le Roi, pour ne pas faire groupe, arrivèrent séparément à la voiture. (1) Pièces justif., av.-pr., VII, interrogatoire de M. Maldent, p. 92. (2) On lit dans le Précis historique publié par M. de Valory, p. 261 : « M. de Moustier donnait le bras à la Reine, M. le chevalier de Maldenl « donnait le sien à Madame Elisabeth, M. de Valory suivait le Roi. » Les souvenirs de M. de Valory sont en défaut sur ce point, comme sur celui de la forme du passeport, et comme sur celui d'une prétendue promenade de. la Reine avant d'entrer à Varennes, et dans laquelle celle-ci aurait été frapper à la porte de M. de Préfontaine, en s'ap puyant sur le bras de M. de Moustier.

M. Maldent accompagnait le Roi; la Reine sortait des Tuileries avec ses enfanls et Mme -Je Tourzel, mais sans accompagner le Roi; M"*c Éli sabeth soi tait, de son côté, séparément du Roi et de la Reine. Et comment supposer d'ailleurs que ces princesses, dont le costume, pour êlre simple, n'était pas un travestissement, eussent donné le bras à des'counies? car il ne faut pas oublier que les trois gardes du corps élaient boites et revêtus de la livrée jaune et bleue. C'eût été un contraste, et en mème temps une réunion nombreuse, ìíiì grouse que l'on voulait éviter, parce qu'il aurait éveillé l'altenlion des personnes que l'on pouvait rencontrer, et qu'on a en effet rencontrées sur son passage, comme il élait impossible qu'il en fùt autrement, ainsi que cela est attesté, d'ailleurs, par les interrogatoires de MM*'11*** Brunier et Neuville, el par les Mémoires de M. de Rouillé. 11 est certain aussi que M. de Moustier ne pouvait êlre au château il celle heure; il élait sur le quai, attendaU là MMmcs Brunier et Neu ville.

H s'est ensuite rendu à I hôtel de M. de Fersen, puis de cet hôtel á celui de M. Crafford, rue de Clichy, pour y chercher la voiture qui devait recevoir la famille royale, et la conduire à la porte Saint-Martin ; el M. de Valory accompagnait M. de Moustier. Voilà ce qui résulte de l'informalion ; il est impossible que les choses se soient passées au renient. II semble qu'une idée lixe, chez M. de Valory, l'engage à représenter la Reine comme s'étant appuyée sur le bras de ses gardes, transformés pour un inslant en simples domestiques; Téclat imprudent doïmé à celle fuile, exécutée dans une voilure royale traînée par six chevaux et D'abord M"10 Élisabeth, puis le Roi, enfin la Reine, qui se lit attendre quelques minutes (1). H parait que tout le monde apporta quelque lenteur dans faction de se rendre à la voiture, car ce ne fut que Irci. quarts d'heure après qu'elle fut rendue au Carrousel que lc Roi, Mme Élisabeth et la Reine s'y trouvèrent réu nis à M. le Dauphin, à Madame et à Mme de Tourzel (2).

MMmcs Neuville et Brunier, qu'on a laissées remontant Tescalier du premier à Tentresol, trouvèrent, à leur retour au premier élage, un homme qui les conduisit jusqu'à la porle donnant sur la cour des Princes, par un escalier différent de celui qu'avait suivi la famille royale ; cel escalier établissait un moyen de communication avec Tap parlement de Mme de Tourzel. Toutes les porles furent ouvertes, soit par cet homme, soit par Mme Thibaut, première femme de chambre de la Reine. Après avoir traversé la cour des Princes, ces dames se deux postillons, précédée d'une aulro voilure, d'un courrier faisant pré parer les relais, accompagnée de deux domestiques en livrée remarquable par sa forme et sa couleur, démontre assez (pie le Roi de France ne voulait pas abandonner la dignité de son rang, mème dans celle circonstance où ileùt élé bien plus sage de Poublier, et mème les règles d'une étiquette qui régnait encore en despote dans tous les actes de la vie du souverain.

(In affirme qu? c'est en vertu de celle étiquette que M™** de Tourzel, qui, en sa qualité de gouvernante de M. le Dauphin, ne devait pas le quitter un instant, exigea, malgré la gène qui en résultait pour tous et pour elle-même, de ne pas partir avec les dames femmes de chambre, mais de prendre place dans la voiture de la famille royale. Celle manière de voyager, ces formes servilement observées dans ces baules régions, sont exclusives de ces familiarités dont M. de Valory a voulu se parer au moment uú il pouvait en attendre, sinon une royale récompense, au moins une grande considération. (I) Pièces justif. , interrogatoire de M'*"* de Tourzel, ci-dessus cité. {-ì Pièces justif., interrogatoires de .MMmcs Brunier et Neuville, c; dessus cités. dirigèrent à pied* vers le quai, où se trouvait la voilure dans laquelle elles devaient voyager (1).

Celui qui les avait fait sortir du chaleau les accom pagna jusqu'à cette voilure et ne les quilla que lorsqu'elles y surent montées; il ne leur dil rien, mème en les quil tant ; il se borna à les saluer (2). La voilure les attendait depuis longtemps ; le postillon nage loué par M. de Fersen, composé d'un conducteur et de trois chevaux, devait se rendre chez lui à neuf heures; lc postillon avait été exact. M. de Fersen ne sc trouva chez lui qu'à dix heures ; il y avait été précédé par trois personnes qui engagèrent la conversation avec le postillon et lui dirent d'attendre, que Monsieur n'était pas encore arrivé. Aussitôt qu'il fut rentré, M. de Fersen sit metire les chevaux à la chaise, el quand ils surent attelés, deux des trois personnes se pla cèrent dans la voiture; la troisième monta derrière.

M. de Fersen dit au postillon de les conduire sur le quai, vis-à-vis les bains Poitevin ; mais celui-ci ne les connaissait pas. Une des personnes placées dans la voi lure se chargea de le guider jusque-là. A peine arrivées sur le quai, à Tendroil indiqué, les deux personnes qui étaient dans la voilure et celle monlée derrière descendirent ; elles la firent tourner du coté opposé à celui qu'elle occupait en arrivant, puis elles dirent au postillon d'attendre, qu'elles allaient boire le rogome. Le postillon attendit, cn effet, jusqu'à minuit, heure à laquelle arrivè rent les deux dames accompagnées d'un monsieur (3). (I) Pièces jusìif., interrogatoires de MM'"1" Rrunier et Neuville, ci dessus cités. (2) Pièces justif., av.-pr., dépositions de François Lebas, I*-*** témoin de l'informalion, p. 7, et de Pierre Lebas, "2» témoin, p. 9.

(3) Pièces jusìif., déposition de François Lebas, ci-dessus indiquée. Lorsqu'elles furent montées dans la voiture, le postillon leur demanda où il fallait les conduire; elles répondirent : « A Gaves. » Mais dés huit heures moins un quart, M. de Fersen avail averti son cocher de se tenir prêt à partir haut le pied pour Valenciennes, où il conduirait quatre chevaux ; il lui donna en mème temps Tordre d'aller Petilc-Rue-Yerle, porter un bridon chez un marchand de chevaux auquel il avait acheté un cheval anglais, et de le prier de tenir prêt ce cheval, pour quelque heure de la soirée que ce soit (I). Le cocher était de retour à dix heures du soir, lorsque M. de Fersen entra dans ses écuries accompagné de deux particuliers qu'il lui désigna comme étant deux domestiques, dont l'un était vêtu d'une veste jaune, l'autre d'une redingote.

Tous deux avaient des bottes à Tanglaise; mais l'un d'eux n'avait pas d'éperons. M. de Fersen engagea son cocher à lui donner une paire des siens, lui promettant de lui en rembourser la valeur (2). Le cocher el ces deux personnes partirent aussitôt, em menant les quatre chevaux commandés pour le voyage de Valenciennes. Tous se rendirent d'abord chez le marchand de chevaux, Petite-Ruc-Yerte; celle des deux personnes qui avait mis des éperons monta le cheval anglais, tenu prêt, suivant les ordres de M. de Fersen. Lorsqu'il fut à cheval, les trois hommes el les cinq che vaux se rendirent rue de Clichy, où avait été conduite la (h Pièces justif., av.-pr., déposition de Balthazar Sapel, cocher de M. de Fersen, 10" témoin de I information, p. 57. (-2) id , ibid. voiture commandée par Mme la baronne de Koriïf et lors que les quatre chevaux, dont deux étaient montés par le cocher de M. de Fersen et l'un des deux domestiques que ce dernier avait amenés, curent été attelés à la voilure, ceíui de ces deux domestiques qui montait un de ces che vaux se plaça sur le siège; le cocher monta cn postillon.

La pjrsînne déjà sur lc cheval anglais depuis la Petile- Rue-Verle accompagna la voilure, qui fut conduite à la nouvelle barrière du faubourg Saint-Martin (I). On allendit là à peu près deux heures. Pendant ce lemps, le cocher, croyant être avec des hom mes de son état, leur dit : Quels sont donc vos maîtres, camarades? Us paraissent bien riches, A quoi Tune des deux personnes lui répondit: Camarade, on vous l'appren- (I) Pièces justif., déposition de Balthazar Sapel, ci-dessus citée. On lit dans le Précis historique ci-dessus cité : « M. de Valory partit « lout de suite à cheval pour aller commander le relais à Rondy ; M. de « Moustier y monta de même pour suivre la voiture, et M. de .Maldent « s'établit derrière. Ce fut ainsi qu'on alla gagner le carrosse qui al « tendait au dehors de la porte Saint-Mai lin. > Si la voilure du Roi était ainsi sortie de Paris, elle n'aurait pas tra versé deux rues sans être arrètúe; et d'ailleurs celle qui l'allendait à la barrière Saint-Martin aurait été confiée au cocher de M. de Fersen seul.

On aurait couru le double risque de compromettre le trajet dans Paris par un appareil qui aurait certainement éveillé l'attenlion de Ioules les personnes qui se seraient trouvées sur le passage de cette voiture, des. différents postes militaires et des nombreuses patrouilles répandues aux environs du château, et de ne pas trouver á la barrière la voiture indispensable pour le voyage. Ici les erreurs de M. de Va'ory prennent un caractère tellement sé lieux, qu'elles deviennent inexplicables. 11 a moulé le cheval anglais, et M. de Moustier et lui ont guidé et surveillé le cocher de M. de Fer sen ; ils ont accompagné la voilure prise dans li rue de Clichy à la barrière Saint-Martin, tandis que M. de Fersen conduisait et que M. de .Maldent accompagnait la famille royale dans les rues de Paris.

Les détails contenus dans la déposition de Rallbazar Sapel corrigent toutes les invraisemblances et les contradictions des récits antérieurs. dra. 11 voulut mettre la conversation sur d'autres sujets, mais ce fut en vain. Un quart-d'heure après, celui des deux domestiques monté sur le cheval anglais s'éloigna, en disant qu'il partait pour Bondy. Le cocher resta avec l'autre personne, sans qu'aucune parole s'échangeât entre eux. Ils attendirent ainsi jusqu'à deux heures ou deux heures et demie du malin. Le jour commençait à poindre lorsqu'une voiture arriva grand train (1). On accula les deux voilures de portière à por tière; on les ouvrit Ioules les deux, et les personnes que Tune des voilures contenait passèrent dans l'autre (2). M. de Fersen ferma les deux portières;' il laissa sur la route la voiture qui avait amené la famille royale, et fit tomber un des chevaux dont elle était attelée dans un fossé (3).

Ensuite il se plaça sur le siège, à côté de la personne qui y était déjà (M. de Moustier), et M. Maldent s'étant assis derrière la voiture (-4), il dit à son cocher : Allons, hardi! menez vite! et le long du chemin il faisait claquer un fouet, en disant au cocher: Allez, Balthazar! Vos che vaux ne sont pas bien en haleine ; allez meilleur train : les chevaux auront le temps de se reposer au régiment (5). Le cocher, obéissant à ces excitations, conduisit ses chc- (I) Pièces justif., déposition de Rallhazar Sapel, ci-dessus citée. Ce retard, auquel il faul, entre autres causçs, attribuer l'arrestalion du Roi, a tenu à la lenteur avec laquelle la Reine, qui s'est égarée en sortant, a gagné la voiture au Carrousel, et à ce que M. de Fersen, par un excès de précaution, avant de se rendre à la porte Saint-Martin, passa à son hôtel et à l'hôtel de lord Cralîord, rue de Ciichy, pour s'assurer du départ des chevaux et de la voilure conduits à cet endroit.

("2) Pièces jusìif., déposition de Rallhazar Sapel, ci-dessus citée. il) Pièces jusìif., interrogatoire de M. Maldent, ci-dessus cilé. {■>) Pièces justif., déposition de Rallhazar Sapel, ci-dessus citée. vaux avec une telle promptitude, qu'il arriva à Bondy en moins d'une demi-heure. A Bondy, la voiture retrouva le courrier parti devant elle; il avait fait préparer un relais composé de six chevaux. Lorsque les chevaux de posle eurent été mis à la place des siens, M. de Fersen donna Tordre à son cocher, remplacé par un postillon, d'aller le trouver à Yalenciennes. A partis de ce moment, il qnilla la voilure du Boi. Cependant, MMmes Brunier et Neuville élaient arrivées à Clayes. Elles demandèrent trois chevaux: cl comme les postillons se niellaient cn devoir de relayer, elles leur di rent : A votre temps : nous attendons une voilure.

Et* lors qu'enfin cette voiture arriva, elles dirent au courrier : Vous avez bien lardé : voilà cinq quarts d'heure que nous vous attendons. Les postillons élaient émerveillés île la générosité des voyageurs ; ils sc disaient : Qu'est-ce que c'est que ce sei gneur-là , qui paie si bien? On a donné quatre livres dix sous déplus pour boire (1). Ce n'était pas cependant le Roi qui payait : M. de Va lory puisait dans un sac en allongeant le bras par la por tière de la voiture. On se remit bientôt en route. MMmcs Brunier et Neu ville donnèrent Tordre dépasser devant la voiture du Roi, parce que, disaient-elles, elles voulaient commander les chevaux (2). II paraît qu'à partir de ce relais M. Maldent prit aussi un cheval, et qu'il était aussi cn courrier, car il y en avait deux vêtus d'habits couleur ventre de biche (S).

(I) Pièces justif., déposition de Pierre Lebas. ci-dessus citée. (2) Précis historique de M. de Valory. A) Pièces justif., déposition de Lebas, postillon, ci-dessus citée. On était heureux; on se llattait déjà du succès : Tout ira bien, disait-on ; si on avait du nous arrêter, nous lc serions déjà (1); et cependant, plus on avançait, plus le danger devenait imminent. Les dispositions de M. de Bouille, quelque habiles qu'elles fussent, excitèrent une grande défiance dans les populations, et chaque mouvement de ses troupes, quelque mor cellement qu'il en opérât, donna Téveil dans toules les communes où il les plaça. On rechercha le motif de leur présence, on les entoura, on ne les perdit pas de vue. Le procureur de la commune de Varennes, M. Sauce, fut le seul qui trouva Tarrivée des dragons chose toute simple; bien plus, sa vanité élait singulièrement flattée de voir son importance administrative s'accroître parles rapports qu'il avait avec les officiers supérieurs de Tarmée, et les soins que lui donnait la -distribution des soldats dans la petite ville dont il était devenu le premier ciloven. 11 écrivait, le 20 juin, on ne sait à qui d Monsieur , « Soixante-quatre dragons au lieu de cinquante nous s sont arrivés hier, ce qui fait cent vingt-deux en tout ; « tout est logé commodément, et tous sont contents.

Lc « général Yolgla, aide-de-camp du général de Bouille, est « ici, et me témoigne, son contentement de la manière « gracieuse avec laquelle nous avions placé sa troupe. 11 « m'a dit qu'il venait de visiter la ligne du Rhin, et m'a as « sure que Tennemi n'était pas prêt encore; qu'on pouvait lui « Taire face en cas d'alerte, et qu'on allait établir un camp s près Montmédy, incessamment. II attend ici M. de Bouille, (lj Précis historique de M. de Valory. « qui doit arriver demain. Cinquante de ces hussards vien « nenl de par U r pour Chàìons-sur-Marne . Leur ordre, que ■< j'ai vu, porle qu'ils se rendronl à Chàlons-sur-Marnc, « pour enlever un trésor d'argent pour la subsislancc des « Iroupes ; c'est probablement pour le camp. Noire homme « d'affaires du colonel de Royal-Dragons est toujours ici « avec ses chevaux. « Un hussard du régiment de Stérazie (c'est d'Esthé « razy qu'il aurait fallu écrire) esl arrivé ici avec des « chevaux de main d'un autre général, aussi aide-de-camp « du général de Bouille; son ordre porle qu'il sc rendra « à Varennes, où il restera avec ses chevaux en attendant <■ ce général. // donnera connaissance de son arrivée à la « municipalité, au commandant de la garde nationale cl au '< commandant des Iroupes de ligne, afin que le général, a « son arrivée, retrouve à l'instant ses chevaux. - Voyez si maintenant nous ne sommes pas une grande « ville: généraux, aides-de-camp, colonels, voilà nos vi « sites; et vous croyez encore que nous ne sommes pas « une vraie capitale! « Ces Messieurs regardent la guerre comme impratica . ble dans ce moment-ci; ainsi, point d'inquiétude (1). » Celle tranquillité de M. le procureur de la commune de Varennes tenait à son ignorance absolue des préparatifs du voyage du Boi.

Altestée par cetle lellre, elle Test encore pat un passage de celle que M. de Goguelat écrivait le 20 juin à M. de Bouille. II lui disait : « J'ai vu lc maire cl le com mandant de la garde nationale; ils sont à cent lieues du (I) Pièces justif., LU, p. 18:2. — Celle lettre ne porte aucune sus cription. On a négligé de la reproduire avec ses nombreuses saules d'orthographe, el cela dans l'intérêt de sa propre intelligence. vrai; ils désirent que vous veniez ici. » Et joignant Tiro nie à son récit, il ajoute : « Je leur ai dit que j'allais vous faire part de leurs vœux et que j'espérais que vous y vien driez. Je couche celte nuit à Sainte-Menehould, avec lc dé tachemenl, et demain nous serons, cn deux heures, à Pont de-Sommevesle. Soyez tranquille surtout ceci; j'espère que tout se passera bien.

Au surplus, au cas contraire, vous cn serez averti à temps (1). » Cependant le 21, à midi, les hussards envoyés à Ponl de-Sommeveslc surent mis en mouvement. M. de Choi-seul- Slainvillc, qui les commandait, attendait, une heure avant elle, le courrier dont la voilure du Roi était précédée; il amplait le voir arriver à deux heures. Les paysans, en contestation avec le propriétaire de la terre naguère seigneuriale, à laquelle étaient encore atta chées des redevances non rachetables distinctes des droits féodaux supprimés depuis peu, et que, cependant, ils confondaient ou feignaient de confondre avec ceux-ci, sc refusaient à les acquitter ; el comme on voulait que force, restât à la loi, les autorités locales avaient annoncé que si la résistance des débiteurs continuait, elles auraient recours à la force armée pour les y contraindre.

La présence des hussards à ce momeut devait doue exciter Tatention générale; il s'y joignait un soupçon vague que quelque chose d'extraordinaire les amenait à ce poste; lespaysans disaient : « Les hussards sont bien fins, mais nous le sommes plus qu'eux. >, Le bru il circulait déjà que la iroupe allcndail la Heine. On commença à surveiller ce petit corps de troupes; cl comme depuis midi les chevaux élaient au piquet; que les officiers allaient el venaient, manifestant quelque impa- (l) Pièces justif., XLI11, p. 105. licncc; que l'un d'eux élait en observation sur une hauteur dominant la route de Paris, les habitants da bourg, auxquels s'étaient réunis beaucoup d'habitants des environs, sc pres saient autour des hussards, et manifestaient une inquié tude du caractère le plus dangereux (I). A quatre heures, M. de Choiseul-Stainville n'apercevant pas la voiture, menacé par Taltitude de la multitude qui l'en tourait, jugeant que sa présence amenait une quantité si considérable d'hommes hostiles s'excilant les uns les autres, qu'il lui serait impossible, avec sa petite troupe, de résister, si on s'opposait à la continuation de la marche du Roi, prit le parti trop absolu de se replier sur Va rennes, en abandonnant la grande route.

II hésita longtemps; il se borna d'abord à y envoyer sa voilure, conduite parle coiffeur de la Reine qu'il avait amené avec lui, personnage qu'on éprouve un certain étonnement à voir apparaître dans une telle circonstance et dans un tel lieu; mais, à cinq heures et demie, forage grossissait, le peuple devenait de plus cn plus menaçant , il sc raillait du prétendu trésor que M. de Choiseul disait devoir escor ter; alors celui-ci se retira, emmenant tous ses soldats (2). (1) Ces derniers délails, étrangers aux pièces que nous analysons, et empruntés aux Mémoires de M. de Choiseul-Stainville, peuvent être révoqués en doute, et doivent plutôt être considérés comme un argu ment pour justifier sa conduite à Pontle-Sommevesle, vivement atta quée par M. de Rouillé, ainsi que nous Tavons dit dans l'inlroduction, que comme un fait d'une exactitude absolue.

L'inquiélude des paysans et le propos qu'on leur attribue ne peuvent manifestement s'appliquer qu'à la contestation qu'ils avaient avec leur seigneur; et ce serait cer tainement en abuser, que de les attribuer au projet de fuite qui, par une coïmidence singulière et bien malheureuse pour la famille royale et le succès de son entreprise, faisait arriver des soldats au moment où les habitants de ces campagaes en redoutaient la survenauce pour une tout autre cause. Ci) Ici le récit de M. de Choiseul devient inexplicable. Comment a- La famille royale continuait paisiblement son voyage; mais, par une imprudence inexpliquable, le Boi se inon- Irail à tous les regards. A Vauderlans, route de Senlis, il descendit pour satisfaire des nécessités naturelles : il fut reconnu par un voiturier. Ce voiturier reconnut aussi dans la berline, arrêtée en attendant que le Roi y remontât, sa femme et ses enfants.

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