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PRECIS H ISTORIQUE ne NICE DEPUIS SA FONDATION jusqu'en 1860 PAR It CjT S.-J8. «n0îlli. PREMIERE PARTIE : NICE DEPUIS SA FONDATION JUSQU'EN i 789. NICE, Typographie &• J-ibrairie put. Pauvin , lìae de la Préfecture, 6. MDCCCLXVII. L'auteur ayant rempli les formalités prescrites par les lois, entend jouir du privilège quelles accordent. PRÉFACE. Si vous ne trouvez plus la patrie autour de vous , cherchez-la dans la littérature; elle y est tout entière. L' histoire de Nice offre un intérêt tout particulier, par sa position sur les confins de la France et de V Italie. Nice, en tout temps battue par les orages, les ambitions et les rivalités, dut subir, tour-à-tour, la domination de l'une et de l'autre , selon que la balance des destins penchait sur ces deux nations voisines. Célèbre par le mâle courage qu'elle opposa à la puissance Romaine, illustrée par la constance de ses efforts, au sei?i des plus grands désastres, cimentée par de rudes épreuves et par de mémorables vicissitudes , elle lutta constamment avec énergie contre toute agression, et les sentiments les plus généreux de nationalité et d'indépendance honorent les pages de nos annales.
Le courage et la persévérance de nos ay eux arrachèrent souvent la concession de ses privilèges et de ses droits à l' insolence d'un vainqueur barbare. Les Niçois, en confiant leurs destinées à la Maison de Savoie, virent briller des jours heureux et furent comblés de ses bienfaits. M. l' Abbé Tisserand, dans son histoire sur la Cité de Nice, dit « qu'on ne sait trop qui mérite le plus d'éloge, du Duc de Savoie ou de ses sujets. La Cité très-fidèle, dit-il, l'aida constamment de tout son pouvoir, sans que pourtant elle cédât de ses libertés. » J Le calme dont elle jouit aujourd'hui a été acquis par bien des souffrances, bien des luttes et bien des désastres. Comme on le verra, en parcourant cet abrégé historique, elle n' a échappé aux ravages des bouleversements politiques que par sa constante et opiniâtre énergie ; les chances successives que lui fit éprouver la fortune , présentent , à chaque pas, d'utiles et précieux enseignements, et Usera facile d'apercevoir, par les faits, que les Niçois ont toujours conservé cette constance de caractère qu'ils doivent à leur soleil et à leur doux climat.
Nice a tous les droits de se faire aimer ; aussi , nous, fils dévoué, nous l'aimons avec tendresse et nous sommes fier de V entendre louer, comme aussi, notre cœur est plein d'amertume quand nous voyons certains individus, après deux jours qu'ils sont dans tios murs, publier des écrits de toute espèce, changeant et variant tout , noms des personnes, des places, des rues, écrivant à tort et à travers, pourvu qu'ils puissent faire distribuer quelques pages aux étrangers que notre beau ciel attire chaque hiver, ne s' inquiétant nullement s'ils sont dans le vrai ou datis le faux. Un fait assez remarquable , par rapport à ces publications , m arriva il y a peu de temps ; le voici : Un jour, en entrant ait Cercle Philharmonique, je fus accosté par un sociétaire, une des plus fortes tètes de notre Conseil Municipal , qui me dit , sans aucun préambule : — Vous avez oublié de porter, dans votre Biographie, des personnages très-illustres de notre patrie ! . . . — C'est une chose qui peut m être arrivée , lui répondis-je , et je vous serai bien reconnaissant si vous vouliez me faire voir l' oubli que j'ai commis. — Vous avez oublié de porter la famille Dupuy. — La famille Dupuy je n'en ai aucune connaissance et je puis vous assurer que jamais je n'ai vu figurer les noms des Dupuy dans les familles du Comté de Nice. — Je vais vous en donner la preuve Se faisant donner un livre qu'il avait déposé chez le portier, il me dit : — Lisez cet article.
Chapitre II. Sommaire
Luttes de Jules-César et Pompée. — Levées dans les Alpes-Maritimes. — Guerre civile. — Nice se soumet aux lois du conquérant. — Passage de 60,000 hommes. — Siège et capitulation de Marseille. — Guerre du Triumvirat. — Triomphe d'Auguste. — Monument de la Turbie. — Cimiez, capitale de la Province Romaine. — Yoic Domitienne. — Monuments. — Nice placée sous la dépendance de Cimiez. — Prospérité de Nice, par suite de l'affluence des Romains et du commerce. Notre consciencieux historiographe Gioffredo , dans son His toire des Alpes-Maritimes, après avoir relaté toutes les batailles que nous venons d'énumérer dans le premier chapitre, ajoute : « Non si ha memoria che vedessero le Alpi Marittime altro notabile evenimento, sino ai tempi dei gran Pompeo. » Durant les luttes cruelles de César et de Pompée, luttes aux quelles s'était intéressé lc monde entier, les peuples des Alpes- Maritimes, sans cesse refoulés, écrasés, ressentirent vivement les tragiques péripéties de la guerre civile.
César, franchissant les Alpes, pour combattre le parti de Pompée, recruta des levées nombreuses , et ces contingents d'hommes lui furent fournis par les riverains du Var, du port d' Hercule, de la station de Monaco. Attachés à la destinée des Romains , ils durent supporter les dé» chirements qui suivirent la mort de ces deux grands capitaines et virent leurs demeures ensanglantées par les brusques revirements dela guerre civile. Marseille et Nice embrassèrent le parti de Caton. César reparut à la tête de ses légions et s'empara de Cimiez qui n'opposa au cune résistance ; Nice, après quelques hésitations, ouvrit elle aussi ses portes aux légions romaines ; Thabile conquérant lui laissa la jouissance de ses anciennes lois, et le privilège d'élire ses magistrats. Marseille, persistant dans son opposition, le général vainqueur fit passer le Var aux soixante mille hommes qui étaient campés dans les campagnes environnantes ; prit position au-delà de TEsterel , dans le site du moderne Fréjus , et alla ensuite atta quer Marseille qui succomba après une opiniâtre résistance.
A la mort du Dictateur, Cimiez, Nice et Marseille se rangèrent du parti d'Antoine, qui vint camper entre Nice et le Var, peu avant son avènement au Triumvirat, en compagnie de Lépide. Les dix années de gestion de ce dernier furent assez favorables au développement de Nice, et ménagèrent un reste de liberté qu'Octave Auguste , à Texpiration du Triumvirat, entreprit d'étouffer, dans le but , disait-il , de préserver le pays des incur sions dévastatrices des peuplades de Tintérieur, toujours prêtes à intercepter les routes et à se livrer au brigandage. U répandit la guerre non-seulement sur le littoral , mais jusque sur les cimes lointaines de la chaîne des Alpes. Cette région montagnarde soumise fut divisée en Provinces Romaines dont le chef-lieu fut Cimiez. Le Sénat perpétua ce triomphe d'Auguste en érigeant le monu ment colossal de la Turbie.
Le règne d'Auguste ne fut pas trop favorable à la ville de Nice, car, en transportant les chantiers et les arsenaux de notre port à Fréjus, il lui porta une rude atteinte. Nice commença à se dé peupler. Cimiez, son ancienne rivale, devenant la métropole de la province, s'accrut et resta florissante au détriment de sa voisine. Elle fut gouvernée par un Préfet Romain ; une légion y tint gar nison en permanence. Son climat , les agréments de sa position lui attirèrent la visite d'une foule de patriciens et lui valurent un développement extraordinaire. Une route convenable fut ouverte , reliant Rome à la Province Romaine, c'est-à-dire jusqu'à la voie Domitienne. Elle traversa Cimiez. Des aqueducs, des thermes, des temples, un cirque d'une admi rable construction, s'élevèrent, comme par enchantement, sous les successeurs d'Auguste.
L'abaissement progressif de Marseille, la prospérité de Cimiez , déterminèrent Tibère à subordonner de plus en plus Nice à sa voisine, dont elle fut Tappendice et le port d'approvisionnement. Du reste, leurs intérêts étaient telle ment communs et les édifices les reliaient de si près, qu'on pouvait les considérer comme les deux quartiers d'une même ville. Nice, cependant , conserva la faculté de se régir par ses propres lois et de se donner des magistrats spéciaux. On peut trouver dans ces immunités les symptômes d'une certaine indépendance et d'une importance réelle. Elle eut , en outre, un cirque et un champ de Mars. Bien que Cimiez eût la suprématie, ses ressour ces augmentèrent par les arrivages des navires et Taffluence continuelle des Romains , ayant elle le monopole du commerce de la côte.
Nice resta donc passablement florissante jusqu'à Tépoque où Tintroduction du Christianisme dans les Gaules et les Alpes- Maritimes excita des luttes entre le polythéisme expirant et la religion nouvelle, et suscita de sanglantes persécutions contre les néophytes du Christ.
Chapitre III. Sommaire
Introduction du Christianisme. — Prédication de la Foi par Saint-Barnabé. — Persécutions exercées par les Payens. — Saint-Celse de Cimiez. — Débats entre Othon, Vitellius et Vespasien. — Cimiez et Nice se déclarent pour Vespasien. — Règne d'Antonin. — Rectification de la biographie de l'empereur Pertinax. — Nouvelles persécutions contre les Chrétiens. — Saint-Dalmas parcourt les Alpes-Maritimes. — Saint-Basse, premier évêque de Nice. — Martyre de Saint-Pons. — Séjour à Nice de Timpératriee Salonine. — Les Saints Vincent et Oronce. — Sainte-Dévote. La chronologie, comme Ton sait, se divise en deux périodes distinctes : la première s'étend de la création du monde jusqu'à la naissance de J.-C. ; la seconde court depuis cette ère de ré demption jusqu'à nos jours. Nous constatons, en toute certitude, que , dès les premiers siècles de cette époque de transformations sociale et religieuse, Nice eut le bonheur d'être appelée à la vraie Foi.
Durant plus de deux siècles, les destinées de Nice semblent cachées par Teffusion de sang qui inonde les Gaules. Au commencement du règne de Tempereur Claude, Saint- Barnabé, après avoir évangélisé avec ardeur les contrées alpestres, vint se signaler à Nice par de nombreuses conversions. Sous le règne de Néron, Saint-Nazaire, débarquant d'Afrique, entreprend la conquête de notre littoral à la parole du Dieu fait homme, et enrôle sous sa bannière plusieurs disciples, en tête desquels se place Celse (1) qui , après avoir longtemps servi de coadjuteur à son maître, fut martyrisé à Milan. Lors des dissensions entre Othon et Vitellius, Nice et Cimiez se prononcèrent ouvertement en faveur de ce dernier. Lorsque la fortune abandonna ces deux compétiteurs pour assurer le pou voir suprême à Vespasien, Nice et Cimiez n'acceptèrent point Tarrêt qui conférait Tempire au plus digne, et ce ne fut qu'après une longue résistance que les deux cités jumelles reconnurent ce nouveau triomphateur.
Son gouvernement, quoique de courte durée, put être appelé un régime paternel , par conséquent, bienfaisant. Sans approfondir la nature variée des diverses administrations qui se succédèrent, nous signalerons le pouvoir d'Antonin , sous lequel furent ouvertes de nouvelles voies de grande communi cation. A la suite de leur achèvement , fut rédigé ce célèbre Itinéraire qui porte le nom de Tempereur régnant et qui donne la mesure des distances routières , depuis le milliaire d'or du Forum Ro main, en passant par nos Alpes, jusqu'en Catalogne. Nous arrivons à une phase historique des plus mémorables. Les vertus pacifiques du conquérant qui régit alors le monde, ont inspiré les panégyriques enthousiastes de plusieurs écrivains. Nous croyons pourtant de notre devoir de rectifier sur ce point (1) Voir la Biographie Niçoise, vol. t", pag. 207. maintes erreurs, certainement involontaires, ou inspirées peut être par excès de patriotisme.
Loin de nous la pensée de dénigrer, cependant, un sentiment pieux, s'il en fût , et pour lequel nous croyons avoir nettement démontré nos affections. Malgré nos réserves sur ce point , établissons la vérité. Redde quœ sunt Cœsaris Cœsari, et quœ sunt Dei Deo. Ce ne serait pas pour notre pays une gloire médiocre que d'avoir été le berceau de ce grand guerrier qui sut , par ses vertus, de simple soldat s'élever à la pourpre romaine. Je me croirai sincè rement coupable, si j'eusse oublié un nom aussi illustre dans mon Dictionnaire Biographique. Après de consciencieuses recherches, après Texamen froidement critique des auteurs les plus versés dans les éphémérides de cette époque , je me suis convaincu qu'IIelvétius Pertinax est né dans le Montferrat (Alba Pompea ); et non pas entre Nice et Monaco, ou soit dans les environs de la Turbie.
Une inscription , déposée actuellement dans TUniversité de Turin , dissipe tous les doutes à cet égard et réfute les assertions erronées ; sachons, dans notre amour pour la vérité, renoncer à une célébrité qui n'appartient pas à notre sol natal. Les persécutions, les terreurs qu'inspiraient les Caracalla, les Héliogabale, les Maxime, les Décius ; les luttes vigoureuses qui sévirent entre les Payens et les Chrétiens, nous privent des anna les de ces époques infortunées. Malgré les cruautés de ces tyrans éphémères , nous voyons un apôtre du Christ, Saint-Dalmas, parcourir courageusement les Alpes et augmenter, par ses prédications, le nombre des conver tis, dont plusieurs payèrent de leur sang généreux leur adhésion à la doctrine de vérité. Les prédications de Saint-Dalmas exaltèrent le zèle de Bassus, son disciple (l), né à Nice.
Rien ne put arrêter son intrépide dé vouement. A cette époque, la cause du Christianisme avait déjà atteint, à Cimiez et à Nice, un haut degré de développement. (1) Voir la Biographie Niçoise, vol. 1er, pag. 69. Les fidèles, voulant se nommer un pasteur, élurent Bassus pour premier évêque. Perennius, préfet de Cimiez, irrité de sa constance, le fit périr dans les tourments les plus atroces. La rigueur des supplices ne fit qu'accroître Tentraînement de la population initiée aux nou velles croyances. Elle donna, pour successeur au saint prélat, Pontius, né à Rome d'une famille patricienne. Pour se soustraire aux fureurs de Décius, il quitta la maison paternelle et vint cultiver, dans les Alpes-Maritimes , les germes déjà vivaces de la vraie Foi. Les églises de Cimiez et de Nice le choisirent pour leur évêque, avec d'autant plus d'empressement que Pontius avait osé attaquer le paganisme au centre de sa puissance, dans la capitale même de Tempire et y renverser les idoles.
Marius Claudius, préfet de Cimiez , successeur de Perennius, après avoir en vain employé toutes les menaces, fit emprisonner le Saint et , sur Tordre venu de Rome, le fit décapiter, le 11 mai de Tan 261 , sur le sommet d'un roc taillé à pic, où se trouvent encore les ruines d'une antique chapelle qui domine le lit du torrent Paillon. Plus tard , la munificence de Charlemagne érigea le monastère de St-Pons, en mémoire du martyr. L'impératrice Cornélie Salonine, femme de Gallien, sentant faiblir sa santé, vint respirer Tair pur et salutaire de notre climat ; elle demanda des soulagements aux sources thermales du vallon de Lancioures, près de Roccabiglière, dont les vertus curatives étaient déjà célèbres dans toute TItalie. Elle sut conquérir Taffec tion des populations locales, et sa miséricordieuse intervention suspendit les persécutions à Nice et à Cimiez.
Elle fit révoquer le préfet Claudius, exécré de tous les citoyens par ses continuelles barbaries. Aurélius qui lui succéda , à la demande de la population, fit placer sur la principale porte de Cimiez une inscription gravée dans le marbre, pour attester les bienfaits de Cornélie Salonine. A la liste des martyrs de cette époque s'ajoutent divers noms, entre autres ceux de Vincent et Oronce, natifs de Cimiez, frères inséparables dans leur zèle et dans leur héroïsme (1). Ils répondirent à Rosas en Espagne , au préfet Ruffin qui , irrité des conversions qu'on leur attribuait, voulait les faire sacrifier aux faux Dieux : « Nous adorons un Dieu , pur esprit , qui nous a promis un royaume éternel. » Us payèrent ces fermes paroles du coup mortel qui les unit dans la mort comme ils Tavaient désiré.
Une jeune fille de Nice, du nom de Dévote (2), renommée par ses rares vertus, émigra en Corse, pour échapper au fer de la per sécution, et tomba dans les mains d'un gouverneur plus cruel que ceux qu'elle fuyait. II la fit traîner sur des pierres aiguës, mettre à la torture et mourir dans les tourments. A partir des empereurs Dioctétien et Maximien, le ciel parut se rasséréner pour les Chrétiens et amener le terme des persécu tions. La religion, marquée du sceau divin, entra dans une phase de tranquillité et de progrès incessant , comme nous allons le constater en continuant cette histoire.
Chapitre IV. Sommaire
Nice réduite à l'état d'un bourg misérable. — Irruptions des barbares. — Incendie de Nice. — Les Saints Valérien et Valère, évêques de Nice. — Division des Évêchés de Nice et de Cimiez. — Nice, après avoir supporté diverses dominations, tombe aux mains débiles d'Augustule. — Episcopat de Dutaire. — Domination des Hérules, des Bourguignons, des Goths et des Visigoths. — Invasion des Lombards. — Destruction de Cimiez. — Prophétie de Saint-Hospice. Nous abordons une époque marquée par la Providence pour Tabaissement du Paganisme , enfin dompté par le triomphe de (1) Voir la Biographie Niçoise, vol. 2e, pag. 337. (2) Voir la Biographie Niçoise, vol. 1er, pag. 260. croyances plus pures, plus morales, plus appropriées aux desti nées de Thomme. Le règne de Dioclétien et de ses successeurs avait été, nous Tavons dit, le dernier et terrible effort d'une rage impuissante.
Après avoir gémi sous ces derniers instigateurs des bourreaux, Nice et Cimiez retrouvèrent une vie plus énergique sous Constan tin. Ce chef arborait Tétendard du Christ et régularisait le côté moral. Les mains débiles de ses successeurs, incapables de gérer un empire aussi immense, dont la capitale était trop éloignée, laissèrent Taigle romaine s'abaisser sur la pente de la décadence et de la ruine. Rome divisée ne put plus contenir les hordes barbares qui se ruèrent sur son trône et qui envahirent les plus opulentes pro vinces du midi de la Gaule. Cette époque funeste vit les cités florissantes renversées, détruites par le pillage et Tincendie. Les barbares semblèrent avoir pris à tâche de raser du sol toutes les agglomérations d'édifices qui offusquaient leurs habitudes. Le fil de Thistoire est interrompu ; la tradition locale s'arrête épouvantée et se perd dans de sinistres catastrophes.
Vers la fin du nre siècle, Nice n'était plus : « qu'un misérable bourg , presque désert, sans mouvement et sans vie. » Au concile d'Arles, Innocent , diacre ; Agapit, exorciste, qua lifiés du titre de : Ambasciatores a portu Niciœ, dans le rapport qu'ils présentent sur les calamités dont leur patrie est affligée, disent : « On n'y trouve plus que quelques malheureux abandon nés à Tindigence , manquant de toute espèce de secours spi rituels. » Cette crise désastreuse se prolongea ; car nous trouvons que vers 335, Saint-Marcellin et ses deux compagnons Donnine et Vincent, par ordre du Pape Saint-Eusèbe, se rendirent à Nice, et qu'après avoir reconforté de leurs prédications le peuple de cette contrée , ils gagnèrent Embrun , dans les Alpes. Marcellin fut nommé évêque par les fidèles de cette dernière localité.
Le cardinal Baronius, dans ses Annales Ecclésiastiques, déclare qu'à cette époque Nice ne portait plus le titre de cité et qu'elle était devenue une simple station maritime, dépendante de la ville de Cimiez. II ajoute qu'en 381 Tévêque de Nice, Amance, intervint au concile d'Aquilée, pour fulminer sa réprobation contre TArianisme. Sous le règne d'Honorius ( an 407 ), les habitants des Alpes- Maritimes furent accablés par de nouveaux désastres résultant d'un nouveau débordement de barbares. Le torrent des Goths et des Vandales, entraîné parRadagaise, mit la Gaule Narbonnaise à feu et à sang. Aix, Marseille, Fréjus, Antibes, Grasse, les territoires de Nice et de Cimiez furent suc cessivement ravagés. Les habitants de Nice, trop affaiblis pour supporter le choc et la furie de ces barbares, s'abritèrent derrière les remparts de Cimiez , et , de cette position , ils assistèrent au désolant spectacle de la destruction de leurs foyers, malgré la vaillante diversion opérée par Ezio, capitaine romain , pour détourner une telle catastrophe.
Cimiez probablement , grâce aux renforts fournis par sa déplorable voisine, eut le bonheur d'échapper à ce désastre, car on retrouve plus tard cette place populeuse et florissante. Dans ces temps-là , le suffrage universel des fidèles pouvait élever à la dignité épiscopale les personnages les plus distingués par leurs vertus et leur science parmi les familles locales. Ce fut ainsi que Saint-Valérien (1), contemporain de Saint- Valère, dont il avait été le compagnon dans le monastère de Lérins, fut élu évêque de Nice en 460 ; le second lui succéda en 465 (2). Saint-Valérien nous a laissé une vingtaine d'homélies pleines d'onction et de simplicité touchante. Des contestations de privilèges survenant fréquemment entre les deux évêchés si rapprochés, Nice et Cimiez , on sentit Tindis pensable urgence de leur réunion.
Cette fusion s'opéra peu de temps après. Sur ces entrefaites, Genséric, roi des Vandales , après avoir dévasté TEspagne, dominait sur TAfrique et la Sicile. (lj Voir la Biographie Niçoise, vol. 2e, pag. 322. (2) Voir la Biographie Niçoise, vol. 2e, pag. 324. Euric, roi des Visigoths, écrasait sous son joug la Navarre, la Catalogne, T Aragon et la Gaule Méridionale. De son côté, Attila, roi des Huns , avait inondé de sang la Gaule Narbonnaise et TItalie ; le royaume de Bourgogne arrivait aux portes de Lyon ; la Monarchie Franque se constituait puissamment sous le roi Clovis ; quant à TEmpire d'Occident , il s'en allait en lambeaux sous les mains inertes de Romulus Augustule. Dutaire, évêque de Nice, embarqué pour Toulon où il allait porter d'augustes consolations à cette population chrétienne, ne put préserver cette ville.
Les Vandales la surprirent et, profitant d'une fête où les habitants emplissaient Téglise , ils égorgèrent la population et ses pasteurs. L'évéque Dutaire fut du nombre des martyrs (1). Odoacre, général d'Attila, profitant de la rivalité des peuples de TItalie, fondit sur la péninsule, battit les troupes d'Augustule. Rome, lâchement abandonnée, ouvrit ses portes au conquérant. En moins de six mois, TEmpire d'Occident fit place au royaume d'Italie. Odoacre avait un voisin redoutable dans Euric , roi des Visigoths, déjà possesseur des places importantes et d'une partie de la Gaule Narbonnaise. B avait résolu de s'emparer aussi des Alpes-Maritimes ; après maintes contestations à main armée, les deux rois conclurent un traité par lequel le Var fut assigné comme limite entre les deux royaumes. Cette convention mit provisoirement Nice et Cimiez hors de péril.
Mais à Tapparition de Théodoric, roi des Goths, les Bour guignons, sous la conduite de leur roi Gondobald, sous prétexte de seconder Odoacre, dévastèrent le Piémont, les alentours de Milan et se jetèrent par bandes sur les côtes de la Ligurie. Nice, qui avait mis tant de temps à se relever de ses décombres, fut saccagée de nouveau par ces hordes barbares , et retomba dans un gouffre de calamités. Théodoric, successivement vainqueur du roi des Bourguignons et de celui des Francs, prit le double titre de roi des Visigoths et de TItalie. Pendant son gouvernement, ce prince engoué d'une (1) Voir la Biographie Niçoise, vol. 1er, pag. 280. civilisation qu'il avait failli abolir, étendit sur nos contrées une main protectrice. Nice put respirer à Tabri de son sceptre paternel. Malheureu sement les persécutions de TArianisme souillèrent les tentatives de restauration de ce règne.
Après Théodoric, Justinien resaisit une partie de TEmpire d'Occident. Sa mort permit à Narsès de conclure alliance avec Albion, roi des Lombards. Ce chef féroce, envahissant la Lom bardie, décima les populations par le carnage ; s'installa dans l'ancienne Gaule Cisalpine et ceignit la couronne de fer. A sa mort , les principaux chefs se partagèrent le royaume de Lombardie et formèrent une fédération qui dura dix ans, pendant laquelle TItalie supporta les chaînes du plus horrible despotisme. Les Francs , les Bourguignons profitèrent des animosités qui régnaient dans cette fédération, pour ravager la Lombardie. Trois des dix ducs alliés, Amond, Zaban et un Alboin, voulant tirer vengeance des envahisseurs occidentaux, traversèrent les Alpes. Amond franchit les cols d'Embrun ; Zaban ceux de Digne ; Alboin côtoya le littoral du Var.
Les peuples Céménéens, se confiant dans la force de leurs positions, résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Alboin, irrité de cette résistance imprévue , jura d'anéantir la place qui lui faisait perdre Topportunité du pillage. Cimiez, investi étroitement, livré aux horreurs de la famine, vit ses remparts envahis par les Lombards. Ni l'àge, ni le sexe n'obtinrent pitié dans ce massacre impitoyable. L'incendie, allumé aux quatre coins de la ville, confondit les édifices dans un chaos de décombres fumants. Ainsi disparut à jamais du sol cette citadelle qui avait été tant de fois la capitale et le refuge des défenseurs des Alpes-Maritimes. La ruine de cette vénérable et antique cité servit de confirmation aux prophéties de Saint- Hospice, qui avait annoncé la vengeance effroyable des Lom bards (O. Venient in Galliam Longobardi, et vastabunt civitates septem.
(1) Voir la Biographie Niçoise, vol. 28, pag, 1. Les sept cités désignées étaient : Glandevès, Embrun , Gap, Avignon, Marseille, Arles et Cimiez. De ces sept centres de population, Cimiez et Glandevès ne se sont pas relevés ; les cinq autres reprirent peu à peu leur ancienne splendeur. Saint-Hospice vécut encore longtemps sur sa presqu'île, illustré par la réalisation toujours immanquable de ses pro phéties. La tardive soumission de Nice ne la préserva pas de Torage. Ses demeures croulèrent aussi incendiées par les hordes bar bares. Sa destruction fut moins radicale ; le flot des dévastateurs disparut avec la même folle impétuosité qu'il s'était présenté et il alla se dissiper comme les tempêtes en épuisant sa furie au-delà du Var et sur la Gaule Narbonnaise.
Chapitre V. Sommaire
Renaissance de Nice. — Domination des Francs. — Nouvelles calamités. — Nice se donne successivement aux rois d'Australie, à la République de Gênes et à Charles-Martel. — Puissance de Charlemagne. — Fondation de l'Abbaye de S'-Pons. — Faveurs accordées par ce Monarque au Monastère et à Saint-Siagre, son parent. — Création d'une milice permanente. — Nomination du Marquis des Alpes-Maritimes et du Comte de Nice. — Guerriers Niçois faisant escorte à Charlemagne. — Installation des Sarrasins dans les Alpes-Maritimes. Nice s'accrut des débris de son infortunée voisine et se recons titua ; les populations dispersées se réunirent et ne formèrent plus qu'une seule agrégation. La cité reconquit une nouvelle et décisive importance , puisque Childebert , douze ans après la chute de Cimiez, la jugea digne de compléter le royaume d'Aus tralie.
Elle passait donc , à peine libérée, sous une domination nouvelle. Clotaire II obtint d'Agidulfe, roi des Lombards, la garantie de sa primauté sur Nice, parl'annulation du traité conclu jadis entre Euric et Odoacre. La ville fit partie du royaume des Francs. D'affreux cataclysmes sévirent alors sur les Alpes-Maritimes ; des villages furent écrasés ; les villes désertées ; la lèpre, impor tée par les barbares, vint s'ajouter à toutes ces péripéties. On construisit, pour lutter contre la contagion, un refuge de lépreux qui s'appela Lazaret. Cette institution philantropique fut due aux soins des administrateurs communaux et à la pieuse bienfaisance d'un moine, nommé Ganton, envoyé de Provence par Saint-Co lomban, pour secourir les malades et leur prodiguer Tassistance spirituelle. Les désordres politiques des successeurs de Clotaire condamnè rent Nice à un complet abandon.
La population se décida à se placer sous le protectorat de Gênes et s'affilia à cette confé dération, formée par maintes cités de TItalie, pour réagir contre la domination mal affermie des rois Francs. Elle s'applaudit bientôt de cette mesure, quand les Sarrasins tentèrent de pénétrer en Italie. Les populations soulevées et les côtes protégées par les galères génoises, les repoussèrent sur la Provence. Ces hordes sanguinaires et fanatiques remplissaient de deuil et d'épouvanté les contrées où ils mettaient leurs pieds. L'intervention de Charles-Martel et d'Eudes d'Acquitaine arrêta Taudace de ces pirates venus de TAfrique. Ces cruels conquérants se rejetèrent sur TEspagne. Cependant , une seconde fois, ces infidèles envahirent la Pro vence , les Alpes-Maritimes et la Ligurie ; mais les forces de Charles-Martel , réunies à celles de Liutprand, roi des Lombards, les firent battre en retraite au-delà des Pyrénées.
Plus tard, ils reparurent dans le Languedoc, le ravagèrent et finirent par s'y maintenir. Charles-Martel réunit la Provence au domaine des Francs. Nice, qui avait à se louer du protectorat fédéral de la République de Gênes, sous lequel son commerce et sa population avaient pris une extension prompte, eut à se garder contre les discordes et les factions qui éclatèrent dans les ports alliés avec Tambitieuse rivalité des patriciens. Entre deux dangers, elle choisit le moindre, et reconnut la suzeraineté du roi des Francs. Elle fut, dès lors, gouvernée par des Comtes, désignés par le souverain ; ses lois s'améliorèrent. Elle recueillit les avantages de la paix et d'une protection directe. Pépin et Carloman, successeurs de Charles-Martel, sentant la supériorité des villes où se conservait la tradition des institutions romaines, décernèrent à Nice les mêmes privilèges qu'aux prin cipaux municipes de la Provence.
Didier, roi des Lombards, laissa sa monarchie s'évanouir devant le génie victorieux de Charlemagne, qui reçut la couronne de fer des mains du Pape Adrien. Dès lors les peuples de TItalie connurent quelques beaux jours. Le restaurateur des lumières vint, en 777, visiter Saint-Siagre, évêque de Nice , son parent. II exempta la ville de toutes charges de guerre ; il combla d'honneurs son illustre parent , fit des dons précieux à son église (Ste-Marie), et ne ménagea pas ses marques de munificence pour la fondation de T Abbaye de St-Pons, déjà renommée par toute la Provence. Des députations des riverains de la Ligurie et de la Provence se joignirent aux habitants de Nice pour solliciter des subsides de l'Empereur, afin d'agir énergiquement contre les pirates afri cains qui ne laissaient aucune trêve au littoral.
Charles, ému du tableau affligeant qu'on lui fit, institua une station maritime et plaça les forces navales sous le commande ment de Guido Guerra, guerrier d'une vaillance éprouvée, auquel il conféra le titre de marquis des Alpes-Maritimes. En outre, il lui donna en fief la ville de Vintimille, à charge d'entretenir un nombre suffisant d'hommes pour assurer la défense du littoral. Guido Guerra , avec Tautorité de lieutenant impérial , siégeait tantôt à Nice, tantôt à Vintimille. Son fils Odon, vaillant capi taine, fut élu comte de Nice et gouverneur de la tour Bellanda (belle terre). Au nombre des paladins qui suivirent Charlemagne en Espa gne, nous trouvons divers Niçois qui se signalèrent par leur bravoure , parmi lesquels on remarque le susdit comte Odon ( avec ses hommes des Alpes-Maritimes); Roland, Richard Miron, Ar mand de Bellanda, etc.
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