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Histoire de la ville d'Orléans

J. Eugène Bimbenet · 1884 · Scanned text

121,529 words · about 8 h 31 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
J. Eugène Bimbenet
Language
French
Published
1884
Length
121,529 words · about 8 h 31 min
Sections
9 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (9)
  1. Front matter about 40 min
  2. Chapitre II about 1 h 39 min
  3. Chapitre III about 56 min
  4. Chapitre IV about 51 min
  5. Chapitre V about 29 min
  6. Chapitre VI about 1 h 15 min
  7. Chapitre VIII about 1 h 24 min
  8. Chapitre IX about 15 min
  9. Chapitre X about 1 h 2 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE DE LA VILLE D'ORLÉANS Orléans. — Imprimerie Puget^Jjeorges MICHAU et Cie, S". HISTOIRE DE LA VILLE D'ORLÉANS Par Eugène BIMBENET Ancien Greffier en chef de la Cour d'appel, Président de la Société d'Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts, Membre de la Société archéologique et historique de TOrléanais. ORLÉANS H. HERLUISON, LIRRAIRE-ÉDITEUR 17, rui jeanne-d'arc, 17 AVANT-PROPOS Sœpe clamitans liberum se, liberceque civitatis esse. (Dernières paroles de Dumnorix. Cies. liv. V.1 Les Sociétés savantes des départements, et, particulièrement, la Société archéologie et historique de TOrléanais, se sont constituées sous Tinfluence de cette pensée, que Thistoire locale est d'un haut intérêt pour Thistoire générale. C'est en sa qualité de l'un des membres fondateurs de cette Société que Tauteur croit devoir entreprendre la tâche d'écrire Thistoire de la ville d'Orléan3.

II est facile d'adopter notre proposition, lorsqu'on se livre aux études nécessaires à Taccomplissement d'une telle œuvre. Ces études nous montrent la Gaule, avant la conquête de César, morcelée en tribus ayant chacune leur constitution, leur culte, leurs mœurs ; parquées dans des circon scriptions fermées par des marches ou territoires neutres, partagées par une viabilité semée d'obstacles et de lieux de refuge, au milieu de marécages et de forêts. Elles nous permettent d'observer ces tribus dans la Gaule celtique, surtout dans la ville de Genabum, où nous les voyons entretenir, parmi elles: la haine de Tadmi nistration romaine par les inquiétudes, sans cesse renaissantes, qu'elles donnent à TEmpire. Ces études nous font voir la Gaule romaine, devenue la Gaule franque, subissant la constitution féodale, continuer la pratique de ses anciennes traditions ; s'attacher à ses coutumes qui semblent avoir été sa consolation; borner son patriotisme à l'amour de la cité qu'elle pousse jusqu'à la passion; se représenter la ville natale comme le seul lieu que Ton dût être heureux et fier d'habiter, où se trouvaient réunis les avantages d'une nature et gracieuse et féconde, et ses habitants comme supérieurs aux habitants des autres villes, par Tintelligence, le courage, Turbanité et la douceur et, peut-être même, par la beauté.

Mais le cercle s'étend, les événements se pressent; les voies de communication se multiplient; Tautorité des pouvoirs publics se décentralise, ils se fortifient; la police intérieure des cités, celle des routes s'organisent; le com merce donne au contrat d'échange une plus grande activité; le droit coutumier se modifie, il s'enrichit des dispositions des coutumes établies sur des bases plus larges ; il s'éclaire par Tétude du droit canonique et du droit romain. Avec la sécurité individuelle s'introduit le goût des arts ; Tétude des lettres charme Tesprit, adoucit les mœurs, ouvre à Tintelligence des horizons nouveaux. L'étude des lois acquiert une méthode plus sûre par Tintroduction des grades universitaires. L'esprit de secte s'agite, rappelant les controverses dogmatiques qui ont troublé la primitive Église ; les hérésies nouvelles, les nouveaux schismes exercent une grande influence sur le développement de Tintelligence.

Chapitre II

Genabum sous Tadministration romaine. Si nous poursuivons Tétude des événements qui doivent s'accomplir à Genabum presque'aussitôt après que César eut connu le meurtre des citoyens romains, nous sommes conviés à considérer cette ville à Textérieur et sa distribution intérieure. II est bien difficile de se rendre compte de ce que pouvaient être les associations de familles réunies et les familles elles mêmes dans des habitations agglomérées et contiguës. Genabum, que César trouva dans un tel état qu'il la qualifie d'oppidum (place fermée et fortifiée) et que Strabon, son presque contemporain, qualifie d'emporium, de forum (marché, place du dehors où s'exerce le commerce, du mot latin foras), et dont, pour s'en rendre maître, il est obligé d'in cendier ses portes, devait être une place d'une certaine étendue, d'une assez nombreuse population et dont Tenceinte de vait offrir une assez puissante résistance.

César prend soin de nous en donner la description en par lant de ces oppida qui, dit-il, dans les Gaules, ont presque tous la même forme : « Mûris autem omnibus Gallicis hxc f ère forma est. » Ils couchent de grosses poutres à deux pieds de distance Tune de l'autre, ils les attachent ensemble à l'intérieur par des traverses, ils comblent les vides avec de la terre, ils les revê tent de grosses pierres à Textérieur, en sorte que les grosses pièces de bois ne se touchent pas. Ces poutres avaient ordinairement 40 pieds de longueur sur 4 d'épaisseur; les pierres les mettaient à Tabri des béliers; elles ne pouvaient donc être incendiées ni démoli s : « Qux perpetuis trabibus pedes quadragenos plerumque introrsus revincta, neque perrumpi, neque distrahi potest. » (Commen taires, liv. VII.) II est probable que, suivant le peu de progrès de Tart de la construction, et, peut-être, dans Tintérêt de la défense indivi duelle, ces habitations, réduites à un rez-de-chaussée, étaient rondes, forme remarquée dans toutes les habitations des peu ples primitifs.

(Thierry, t. II, p. 53, d'après Vitruve et Strabon.) Ainsi, dans ces villes, on ne pouvait rencontrer aucun mo nument, pas même un seul consacré au culte : Tespace était le temple ; les forêts, le sanctuaire. On ne dit nulle part à quel chiffre s'élevait la population de Genabum; tout autorise à penser qu'elle était assez considé rable. Malgré les détails dans lesquels entre César pour faire con naître la constitution de ce peuple, au moment où il s'en rend maître, on ne doit pas hésiter à considérer la nation gauloise, et plus encore les Celtes et les tribus de Textrême Ouest et du Nord, comme* étant dans un état très voisin de la barbarie. Leur culte, d'un ordre intellectuel élevé, était dégradé par la superstition allant jusqu'à la cruauté ; ils admettaient l'existence de Tâme et son immortalité, mais aussi la métempsycose d'un corps humain à un corps humain : «.

In\primis hoc volunt persuadere, non interire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios. » César, qui ne croyait peut-être pas à l'existence de Tâme, exprime son propre scepticisme]par ces mots : < Volunt persua dere, t> continue : » Pour obtenir la guérison d'une grave ma ladie ou le succès d'une entreprise, ils immolent des victimes humaines et font vœu de s'immoler eux-mêmes. • (Aut pro victimis homines immolant aut se immolaturos vovent.) Ils avaient un clergé puissamment organisé, mais cette puissance était poussée jusqu'à la tyrannie ; une aristocratie que César qualifie par une épithète toute romaine: « Genus equi tum, » mais n'exerçant sa protection que sur des esclaves, et leur nombre était la mesure de Timportance de ceux qui compo saient cette classe. « Plurimos circum se ambactos (1) clien tesque habent, hanc unam gratiam patentiamque noverunt. ■> Ils connaissaient le droit de propriété à ce point, qu'il est question dans cette constitution de contestations entre hén. tiers, d'actions en bornage ; mais ils n'avaient d'autre règle de décision que Tarbitraire de leurs prêtres : « Si de hxreditate, si de finibus controversia est, iidem decernunt. » Le régime nuptial était constitué de manière à ce que nos jurisconsultes modernes se sont demandé s'il ne comportait pas le système de la communauté de notre législation : les époux apportaient la même somme à titre de dot.

Cette disposition démontre aussi que le système monétaire avait pris un développement assez considérable, puisque ces dots étaient données en argent et que les revenus qu'elles produisaient de vaient être cumulés pour servir de douaire au survivant : « Uter eorum vita superavit ad eum pars utriusque cum fructibus superiorum temporum pervenit. » En donnant tous ces détails qu'il convient d'abréger, on pourrait croire à un régime légal unitaire, mais César nous dit: « Toutes ces tribus diffèrent entre elles de langage, de mœurs et de lois. » (Lingua, institutis, legibus inter se differunt.) II ne faut donc considérer cette législation comme n'ayant pu exister que dans les parties les plus riches de la Gaule et ne réglant pas les habitants de la Celtique, moins encore ceux de TArmorique et du Nord.

Au contraire, on comprend ces parties de la Gaule à cet état à peu près primitif, lequel n'a reçu une première atteinte que par la nécessité d'assurer la sécurité personnelle et de la famille par la protection collective. Cette nécessité résultait des solitudes boisées, marécageuses, remplies de bêtes fauves, plus communes, il est vrai, dans la (1) Une édition de la librairie classique, en usage dans les maisons de Tenseignement de TEtat, au mot ambactos, renvoie à une note où on lit : « César donne le sens de ce mot par le mot clientes. » Nous croyons qu'une différence existait entre les ambacti et les clientes, distinction qui résulte du texte lui-même. forêt Noire, 'dont César prend le soin de décrire les principales.

II parle d'une espèce de bœuf semblable au cerf, cervi forma, qui porte, au milieu du front, une corne plus grande et plus droite que celles à nous connues : « Qux nobis notasunt, » dont le haut en forme de palme se partage en plusieurs branches : Rami quam laie diffunduntur. » De Télan, semblable à la chèvre, mais d'une plus grande taille, qui n'a ni corne à la tête, ni jointures aux jambes, et qui ne peut ni se coucher ni se relever, auquel les arbres ser vent de lit en s'appuyant contre, ce qui permet de les chasser en sciant Tarbre qu'ils ont adopté pour cet usage, et que cet animal renverse par sa pesanteur : « Hue cum se ex consuetu dine reclinaverint, infirmas arbores pondère affligunt, atque una ipsx concidunt. n De taureaux sauvages, un peu plus petits que les éléphants, ressemblant aux taureaux privés, mais si forts et si rapides qu'il n'y a ni hommes ni bêtes qu'ils épargnent quand ils les ont ont aperçus : « Neque homini neque ferx quam conspexe rinl parcunt. * La seule manière de les chasser était de les faire tomber dans des fossés dissimulés sous Tapparence d'une terre plane et de les y assommer ; on exerçait les jeunes gens à cette chasse, afin de les endurcir à la fatigue; on les y encourageait en donnant de grandes louanges à ceux qui en rapportaient des cornes, dont on garnissait d'argent les extrémités et que Ton employait comme coupes dans les festins solennels : « Atque in amplissimis epulis pro poculis utuntur. » A ces causes de craintes, contraignant les habitants à se réunir dans ces enceintes fortifiées, il faut ajouter celles que César nous fait connaître.

Les peuples composant la nation gauloise, les villes, les bourgs, les villages, les familles, sont, dit-il, divisés en factions à la tète desquelles sont ceux/qui ont le plus de crédit: *Earum que factionum sunt principes qui summam autoritatem eo rum judicio habere existimantur . » Telle était la Gaule et particulièrement la ville de Genabum dans ses principales conditions d'existence, ses institutions, la situation topographique, religieuse, morale, politique, sociale. Lorsqu'elles ont perdu leur indépendance, César les a trouvées telles qu'elles viennent d'être décrites par lui-même. Et comme Orléans est, entre toutes les villes gauloises, celle qui, à plusieurs reprises, lui a opposé le plus de résistance, et qui, par conséquent, lui a donné le plus d'occasions et de mo tifs d'étudier sa forme, son assiette et ses moyens de défense, il est tout naturel de voir, dans la description qu'il fait des places fermées et fortifiées (oppida) de la Gaule, la description de celle dont nous nous occupons.

Elle était, comme on Ta dit, construite sur le sommet d'une colline, s'inclinant, dans quelques-unes de ses parties, jus qu'aux eaux de la Loire, celle-ci formant, de Test à Touest, une anse en moyenne : de 75 kilomètres 300 mètres, du pont de Sully au pont de Raugency, en suivant l'axe du fleuve (1). On a recherché si son assiette était bien la même que celle de la ville actuelle, avant ses accrues successives ; ces recherches n'ont abouti qu'à des appréciations très douteuses. La difficulté qui se présente aujourd'hui de reconnaître les traces de cet oppidum, dont les fondations, d'après les renseignements que nous donnent les Commentaires , étaient à fleur de terre, est telle qu'il est évidemment inutile de se livrer à ce travail. II en est de même du pont dont elle était accompagnée. II exige, cependant, malgré ce qui en a été dit plus haut, qu'on s'arrête sur les textes des Commentaires dans lesquels il en est question.

L'armée, dit César, retraçant sa marche dirigée vers Gena bum, arrive de Vellaunodunum à Genabum, ville dépendante des Carnutes, « Genabum carnutum hue biduo Cxsar per venit. » Cette marche fut pénible ; en arrivant, il fallut former un (1) Rive droite : 74 kilomètres 200 mètres ; rive gauche : 74 kilomètres 500 mètres. (Renseignements dus à la savante obligeance de M. Sainjon, ingénieur en chef de la Loire pour le département du Loiret.) camp et remettre Tattaque au lendemain : « Castris ante oppi dum positis, diei tempore exclusus in posterum oppugnatio nem differt. » On se prépare au combat, et comme le pont était contigu à la ville et que César craignait que les habitants ne profitassent de la nuit pour, àl'aidedu pont, traverser le fleuve, il mit deux lé gions en observation : « Duas legiones in armis excubare jubet . » Nous devons, avant d'approfondir cette partie du texte, faire remarquer les expressions dont se servent les Commentaires pour faire connaître la situation du pont à Tégard de la ville, et réciproquement; il dit que cette crainte de la fuite des habitants par le passage du pont tenait à ce que celui-ci adhérait à la ville : « Et quodoppidum Genabumpons fluminis Ligeris continebat. » Ce dernier mot a donné lieu à de nombreuses controverses ; il est de savants traducteurs qui lui ont substitué le mot Con tingebat.

Mais cette variante est absolument arbitraire ; elle n'est cer tainement adoptée que comme mode de préciser plus affirma tivement le sentiment de ces auteurs sur la situation du pont à Tégard de la ville. La différence qui existe entre ces deux mots n'est pas grande. Lemaire, dans sa grande collection des Classiques, emploie le mot continebat, et, dans une note, il lui donne la synonymie d'adherebat, en enseignant que quelques auteurs célèbres, tels que Cujas et le R. P. Petau, préfèrent et emploient le mot contingebat ; mais il ajoute qu'il n'oserait : non ausim. Ozaneaux adopte, comme Lemaire, le mot continebat; et, se rappelant sans doute ce passage de Cicéron : «Pars oppidi ponte continetur, » il traduit ainsi le passage des Commentaires: Un pont sur la Loire rattachait la ville à l'autre rive ; traduction qu'en toute humilité nous croyons vicieuse : le mot continebat ne s'appliquant pas aux rives du fleuve, mais s'appli quant au pont et à la ville, dans leurs rapports réciproques (1).

(1) Continebat pour Continens erat, Continuus, qui tient, qui con tinue. (Nouvelle édition des classiques Commentaires de César, par M. Gidel, professeur de logique au lycée de Nantes, adoptée par TUniversité.) Cependant, il faut attribuer à la nuance qui sépare le sens des deux mots continebat et contingebat la discussion suggé rée aux savants latinistes qui viennent d'être cités. Si on adopte le mot continebat, on pourra concevoir l'existence d'un certain espace entre le pont et la ville ; si, au con traire, on admettait le mot contingebat, synonyme d'adhere bat, il faudrait admettre une cohésion si parfaite entre la ville et le pont qu'ils se touchaient, .et que la ville, de ce côté, n'était défendue que par une porte ouvrant sur le pont. Et alors les mots pontis et itinerum angustix devraient s'entendre en ce sens que Tencombrement survenu sur le pont tenait non-seulement à son peu d'étendue en largeur, mais aussi à celle des chemins auxquels le pont aboutissait sur la rive gauche du fleuve.

Tandis, au contraire, que, si on s'en tient au mot continebat, on peut concevoir une certaine distance entre le pont et la ville, et l'existence de chemins étroits les reliant, mode straté gique en usage chez les Gaulois, qui s'est prolongé pendant tout le cours du moyen âge. Cette interprétation est justifiée par ce qu'enseigne un éminent ingénieur, M. Jallois, dans Touvrage considérable qu'il a laissé, intitulé : les Antiquités celtiques et romaines de la ville d'Orléans. II est bien évident que, dans le passage de son œuvre intéressant le pont de Genabum, il entend, ainsi que nous venons de Tentendre, le mot continebat, puisque après avoir signalé sa bizarrerie, il constate que les ponts des anciennes villes gauloises étaient séparés des murailles ; il cite, comme étant dans ce cas, Cxsarodunum (Tours), la ville des Nannetes (Nantes), Autissidunum (Auxerre).

Quelle qu'ait été la situation du pont et de la ville ; qu'on emploie pour Texpliquer l'un ou l'autre mot, on ne peut hési ter un instant sur ce qui se serait passé dans le cas où Tarmée romaine eût été à Gien-le-Vieil. Nous avons vu que ce bourg, ou plutôt ce castrum, était séparé de son pont, si jamais, ce qui est resté à Tétat négatif le plus absolu, il en a existé un à cet endroit du cours de la Loire, par un espace de 1,000 mètres, espace plus que suffisant pour permettre Tinvestissement de la ville et empêcher les habitants de gagner le pont. Si on se reporte au siège mis devant la ville par Attila, ces considérations sont pleinement justifiées ; ce barbare est resté vingt-cinq jours, du 21 mai au 18 des calendes de juillet (14 juin), devant la ville, avec son armée qui Tinvestissait de tous les côtés, et cependant saint Aignan a pu se rendre à Arles et y envoyer un émissaire auprès d'Aétius, sans qu'Attila ait pu empêcher ces sorties.

Et, d'ailleurs, les sorties des habitants, au moment du siège mis devant la ville par César, n'ont pu être empêchées par les deux légions qu'il avait mises en surveillance ; il fallut, pour arrêter cette fuite, qu'il pénétrât dans la ville, après avoir incendié ses portes, pour atteindre les fuyards. Ce côté était donc inaccessible pour Tarmée ennemie, tant le pont était en rapport avec la ville par ces chemins étroits, bien évidemment protégés non-seulement par la surélévation du coteau de la rive droite, mais encore par de fortes dé fenses. Le texte continue : « Aussitôt que César eut appris par ses explorateurs (exploratores) que les habitants commençaient, au milieu de la nuit, à sortir sans bruit et à traverser le fleuve, il met le feu aux portes et il entre avec ses légions; les habitants se précipitent en se dirigeant vers le pont ; peu échappent, parce que la multitude, la foule était enfermée dans l'étroit espace du pont et des chemins. » (Portis incensis, intromittit, atque oppido potìlur, perpaucis ex hostium numéro desideratis, quin cuncti caperentur, quod pontis atque itinerum angustix multitudini fugam inclusei^ant.)' On peut donc, d'après ces textes, assister à Thorrible scène qui se passe dans la ville et sur l'étroit passage reliant les deux rives du fleuve ; les Romains pénètrent dans Tenceinte de la ville dont les portes sont réduites en cendres , les habi tants s'enfuient tumultueusement dans les voies conduisant au pont , la multitude s'y accumule , elle s'y entasse ; il se produit alors un tel encombrement, que les soldats romains ne rencontrent aucune résistance , et que ceux épargnés par Tépée sont facilement faits prisonniers.

César lui-même, après un court séjour dans cette ville in cendiée, dévastée et déserte, passe le pont et se dirige vers le Rerri. » Atque in Biturigum fines pervenit. » Ici se manifeste une nouvelle difficulté : Gien est séparé du Rerri par la Loire, d'où on a conclu que César était à Gien, puisque, aussitôt la réduction de Genabum, il parvint aux limites du pays des Rituriges. On ne remarque pas que, s'il en eût été ainsi, il n'eût pas été besoin de le dire, le territoire de Gien s'arrêtant aux limites du Rerri, ou même le comprenant dans une certaine partie. Si on est à Genabum, il n'en est pas ainsi ; alors et dans ce cas, il faut employer le mot pervenit pour exprimer Taction de se rendre du territoire des Genabiens, en traversant la Loire et ce qu'on appelle la Sologne , aux limites du Rerri. « Ad fines Biturigum pervenit. » II est certain que le mot pervenit implique une idée de distance parcourue , ou même un effort intellectuel ou physique pour obtenir ce résultat.

C'est bien dans ce sens que César emploie ce mot. Parlant du régime nuptial des Gaulois, nous Tavons vu dire que Thomme apportait une dot égale à celle de la femme, dont les fruits ou revenus accumulés pendant le cours du mariage appartenaient à celui des deux époux parvenu aux fruits des temps précédents : « cum fructibus superiorum temporum pervenit; » il y a bien là un espace à parcourir entre le point de départ et le point d'aboutissement de Texécution du contrat. Dans le récit du passage des Cévennes, il dit : « Quoique les montagnes des Cévennes, qui séparent les Helvétiens des Arvernes, fussent couvertes de neige et que Ton'fût alors dans la saison la plus rude de Tannée , cependant, à force de tra vail, les soldats écartèrent la neige, lui ouvrirent un chemin, et il parvint aux limites du territoire des Arvernes (ad fines Arvernorum pervenit); » employant dans ce passage la même forme de langage que celle employée lorsqu'il s'est agi de parvenir aux limites du territoire des Rituriges.

II dit aussi : être parvenu à la fin de son travail : « Quoniam ad fines laborum esse perventum. » A partir de la destruction de Genabum, la Gaule marche rapidement à la perte de sa nationalité ; déjà elle n'est plus elle-même ; elle est réduite à la disputer au vainqueur. Nous n'avons plus qu'à suivre la destinée de la tribu des Carnutes et de la ville, celle-ci continuant à être, après sa lente restauration, le point central du commerce de la Gaule, au milieu des tentatives de révolte et des révolutions exté rieures qui, en affaiblissant TEmpire, substitué à la Répu blique, hâteront sa chute et livreront le sol de la nouvelle province à un nouvel envahisseur. La période qui sépare la conquête des Romains de la prise de possession par les Francs est marquée par Tavènement du christianisme ; pour la Gaule , en particulier, par Texpansion pratique de la religion nouvelle , et pour Orléans, par sa prédication et son établissement dans son enceinte et sur toute l'étendue de son territoire.

En outre, cette période sera marquée par la substitution du nom d' Aurélia à celui de Genabum. Ce sont ces deux grands faits historiques, surtout, qui de vront être Tobjet d'une attention particulière. Leur étude doit avoir pour résultat nécessaire d'établir la situation de la ville au triple point de vue politique, social moral et monumental. Mais, pour réussir dans cette tâche , il est indispensable de rattacher Thistoire de Tantique cité d'Orléans à Thistoire générale. Si les écrivains, auxquels nous devons, d'ailleurs, de pré cieux enseignements sur les origines de la ville, sur les grands événements et les institutions dont elle a été le théâtre et le siège, avaient moins négligé Thistoire générale ou en avaient été mieux instruits, on n'aurait pas à regretter les erreurs qu'on est obligé de redresser ou les lacunes qu'on est obligé de combler.

On a vivement reproché à la mémoire de César les cruautés qu'il a exercées sur le peuple gaulois, et, certainement, pas même les fureurs de la guerre, Tirritation que peuvent excuser les résistances sans cesse renaissantes qu'il rencontre dans Taccomplissement d'une si grande entreprise que celle de conquérir et de dénationaliser un peuple , ne peuvent affaiblir Thorreur qu'inspirent les massacres exécutés à Avaricum (Rourges), ceux du Morbihan et, surtout, pour employer. Texpression d'Ozaneaux, réfutant Téloque qu'Hirtius Pansa fait de César, Texécrable meurtre de Vercingétorix. Et, cependant, il ne paraît pas à quelques-uns que César fût cruel. Hirtius Pansa insiste sur ce point; il attribue ces actes à la nécessité d'intimider; il va jusqu'à dire que tout le monde rendait hommage à sa douceur : » Cum suam lenitatem cogni tam omnibus sciret. » Charles Giraud (du Droit romain au moyen âgé) vante la prospérité de la Gaule sous Thabile et bienveillante administration de César; et Michelet, dans le style soufflé, peu con forme à celui de Thistorien qui lui appartient, rapprochant Alexandre de César, dit : « Qu'ils eurent cela de commun : d'être aimés et pleurés des vaincus et de périr des mains des leurs; de tels hommes, ajoute-t-il, n'ont point de patrie, ils appartiennent au monde entier, i Oubli des massacres dont Thistoire de ces hommes, et surtout de ce dernier, est remplie ; déclamations oiseuses et stériles 1 César, il est vrai, s'occupa de Torganisation de la province désignée désormais sous le nom de Gallia comata, Gaule che velue, et il le fit dans un remarquable esprit de modération.

II conserva aux nouveaux sujets de Rome leur autonomie ; il n'exigea d'eux qu'un tribut de 40 millions de sesterces (8 millions 200,000 francs), qu'il déguisa sous le nom de taxe militaire. II donna le droit de cité à plusieurs villes : honorificè civi tates appellando. Mais ces actes sont plutôt le fruit de Tastuce qu'il avait dé ployée dans la guerre que le signe d'un caractère généreux. A ce moment, César n'avait plus rien à redouter de la Gaule qu'il venait de dévaster et de dépeupler. Un million de combattants gaulois avait péri; un million avait été réduit en esclavage, et le dernier des trois millions se composait de vieillards, de femmes et d'enfants répandus sur ce vaste territoire. Encore le diminua-t-il de 6,000 hommes d'infanterie et de 3,000 hommes de cavalerie, dont il forma une légion qu'il appela Y aile ou Y alouette , parce que le casque de ces soldats était surmonté de Timage de cet oiseau; ou, peut-être, comme le symbole de leur légèreté à la course, ou même de la légèreté du caractère national.

II prit bientôt un parti qui aurait pu exercer une fâcheuse influence sur le sort de Genabum, au point de vue des rela tions commerciales dont, avant cette guerre désastreuse, cette ville était le centre. En Tannée 49 avant J.-C, il détruisit la colonie phocéenne établie à Marseille, en punition de ce qu'elle avait pris le parti de Pompée; mais, comme cette mesure atteignait l'existence de cette ville plus particulièrement au point de vue de ses droits politiques et de ses institutions, les grandes entreprises commerciales n'en furent pas amoindries, et le commerce de Teau, sur les cours de la Seine et de la Loire, à Taide des bateaux remontant le Rhône et la Saône, et de portages à mulets organisés [entre ces grandes voies de communications fluviales, s'y perpétua. Auguste, inquiet de quelques symptômes de troubles se manifestant dans la province (de Tannée 46 à Tannée 37), lui donna une organisation qu'il croyait propre à les prévenir.

Pendant un séjour qu'il fit à Narbonne, il dressa, après Tavoir fait occuper militairement, le cadastre de la Gaule et le recensement de sa population ; dès ce moment, les noms celtiques commencèrent à disparaître ; il y eut Y Aquitaine, la Belgique, la Lyonnaise, celle-ci comprenant Je territoire des Séquanais. Ces dénominations se renouvelèrent et s'étendirent dans la suite. Les villes perdirent également les noms de la nationalité gauloise, Autrick et Genabum les conservèrent. On constitua les confédérés (fœderali), les alliés (amici) et les indépendants (liberi) ; tous étaient exempts du service mi litaire, mais tous restèrent tributaires. Les Carnutes étaient au nombre des fœderati. On s'est demandé à quoi il fallait attribuer cette marque de bienveillance envers une tribu aussi persistante dans ses actes d'hostilité; on a répondu à cette question en T attribuant au respect qu'inspirent, même aux vainqueurs, le courage et le malheur des vaincus.

Les noms des villes furent transformés en appellations adu latrices des empereurs : Bibracle, capitale de la tribu des Eduens, Augustodunum ; Limmous, capitale de la tribu des Pietés ou du Poitou, Augustorium, et la capitale de la tribu des Arvernes, Gergovie, Augustonometum. Les villes d'Autrick et de Genabum qui avaient conservé, ainsi qu'il vient d'être dit, leur nom lors du changement de noms des provinces, résistèrent encore à cette innovation ; aussi la tribu des Carnutes garda longtemps sa religion, ses rites, ses magistratures, et resta plus longtemps que les autres étrangère au mouvement civilisateur que Tadministration romaine voulait lui donner. D'ailleurs, ce bienfait était corrompu par Tinsatiabie'fiscalité de TEmpire et de ses agents ; les cruautés de la guerre et] ses désastres furent presque dépassés par Tavidité des gouver neurs donnés à la nouvelle province.

Partout se manifestait un mécontentement qui ne pouvait se terminer que par une insurrection générale. Tibère rendit la situation tellement intolérable que ce sou lèvement eut lieu à la suite d'une alliance qui se forma entre les Trevires et les Eduens, auxquels se joignirent les Turons et les Andegaves (la Touraine et TAnjou). II est difficile de croire que les Carnutes, enclavés dans ces tribus, ne prirent aucune part à ce mouvement. II fut bientôt comprimé, et le règne de Claude] fut marqué par des actes de bienveillance qui ont consisté à étendre à un grand nombre de villes gauloises les privilèges appartenant aux villes italianisées. II attachait, il est vrai, à cette faveur, une condition à Tac complissement de laquelle les Carnutes se refusèrent long temps, et plus que les autres tribus : Tabandon du culte drui dique.

Cette résistance poussa Claude à Texpulsion des druides qui abandonnèrent même le territoire celtique,- siège de leur reli gion et de leur autorité; ils se retirèrent dans TArmorique et la Germanie. Tout ceci se passait un siècle, à peine, depuis la conquête (de 54 avant J.-C. à 48 de Tère chrétienne). La suppression du culte national arriva au moment même où le christianisme s'élevait chez les peuples de TOrient, pour se répandre, dans un très court espace de temps, jusqu'aux dernières contrées de TOccident. On peut ajouter que le polythéisme, effrayé de son affai blissement, hâtait le triomphe de la religion unitaire qui de vait le remplacer; Tadministration précipita la dénationalisa tion de la Gaule, elle y rendit la langue latine obligatoire pour la rédaction des actes publics. Les Gaulois répondirent à ces provocations par une nouvelle tentative d'insurrection générale, sous le nom de Bagau die, et pendant la guerre soutenue par Vitellius contre Galba, dirigée par Marie, du pays de Gergovie des Doyens, c'est-à-dire des bords de l'Allier, ils proclamèrent la délivrance de la nation, et donnaient à leur chef le titre de dieu et de libérateur.

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