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Découverte de l'Albert N'yanza ... Ouvrage traduit ... par G. Masson. Illustré ... et accompagné de 2 cartes

Samuel White Baker · 1868 · Scanned text

182,354 words · about 12 h 46 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Samuel White Baker
Language
French
Published
1868
Length
182,354 words · about 12 h 46 min
Sections
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DÉCOUVERTE DE L'ALBERT N'YANZA NOUVELLES EXPLORATIONS DES SOURCES DU NIL PAR SIR SAMUEL WH1TE BAKEM OUVIÍAGE TRADUIT D~ l'aNGLAIS PAR GUSTAVE MASSON ILLUSTRÉ DE 3? GRAVURES SUR BOIS 1.1 ACCOXPAGXÉ DE -2 CARTli.^ PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C* BO'JLEVAKD SAINT-GERMAIN, N° 77 18G8 DÉCOUVERTE DE L'ALBERT N'YANZA NOUVELLES EXPLORATIONS DES SOURCES DU NIL IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE Rue de Fleurus, 9, à Paris 51» SAMUEL WU1I1S BAKER ET LADÏ BAKER DÉCOUVERTE DE L'ALBERT N'YANZA NOUVELLES EXPLORATIONS DES SOURCES DU NIL PAR SIR SAMUEL WHITE BAKER OUVRAGE TRADUIT DE L'ANGLAIS PAR GUSTAVE MASSON ILLUSTRÉ DE 30'GRAVURES SUR BOIS ET ACC0J1PAG1VÉ DE ! CARTES PARIS LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET L? BOULEVARD SAINT-GERMAIN, N° 77 1868 Droits réservés A MON CHER COLLÈGUE LE RÉV. F. W. FARRAR PROFESSEUR AU COLLÈGE DE HARROW ET MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES Cette traduction du Voyage de sir S. Baker est affectueusement dédiée, GUSTAVE MASSON PRÉFACE.

L'histoire du Nil contenait jusqu'ici une page blanche; per sonne n'avait éclairci le mystère des sources de ce fleuve. Les anciens consacrèrent, mais en vain, beaucoup de soin et de temps à la solution du problème. Sénèque nous décrit une ex pédition envoyée par l'empereur Néron, sous les ordres de deux centurions. L'énergie romaine elle-même échoua devant cette difficulté ; enfin le voyage de recherches que le célèbre ex-roi d'Égypte Mehemet ,\li Pacha organisa de nos jours, clôt la longue série d'efforts infructueux. La tâche est maintenant accomplie. Trois expéditions an glaises, trois seulement, ont, à intervalles inégaux, poursuivi cette mission enveloppée de tant d'obscurité. Chacune d'elles a atteint son but. Bruce découvrit les sources du Nil bleu; Speke et Grant ont trouvé la source Victoria du Nil blanc; il m'a été donné de compléter cette découverte par celle de l'Albert Nyanza, — le grand réservoir des régions équatoriales d'où sort le fleuve tout entier.

Ayant ainsi atteint le but que je m'étais proposé, après un séjour de près de cinq ans en Afrique, il me reste encore quel que chose à faire. II faut que je prenne le lecteur pour ainsi dire par la main ; je le conduirai pas à pas depuis le commencement jusqu'à la fin de mon dangereux voyage,— à travers des déserts A PRÉFACE. II brûlants et des sables arides,— au milieu d'épaisses forêts et de marais interminables. De difficultés en difficultés, de fatigue en fatigue, de maladie en maladie, je ramènerai épuisé jusqu'au rocher élevé , du haut duquel le but de tant d'efforts se décou vrira à sa vue; il 'contemplera le vaste lac Albert et s'abreu vera avec moi aux sources du Nil. J'ai dit le lecteur. Comment, en effet, inviter des lectrices à me suivre à travers ces dangers et ces fatigues? Comment leur révéler les différents épisodes de la vie chez les sauvages?

Preface

. III qu'imparfaitement connues. Je mettrai à la disposition de l'eth nologue l'expérience que j'ai péniblement acquise, et il en sera éclairé ou troublé. Pendant tout ce voyage dans l'Afrique centrale, le géologue se trouvera au milieu des roches de Pépoque primitive. En parcourant les hauts fourrés d'herbes et de lianes, l'amateur de zoologie rencontrera des échantillons qu'il est souvent difficile de se procurer. Je le renvoie, ainsi que le chas seur, au récit prochain démon voyage aux cours d'eau abyssins, tributaires du Nil; là aussi nous aurons à décrire bien des choses intéressantes. Quant au philanthrope, qu'ai-je à lui pro mettre afin de le déterminer à m'accompagner? Je lui montrerai le sauvage tel qu'il est, tel que je Pai vu, tel que je Pai apprécié, en toute impartialité. Je peindrai aussi , avec ses véritables couleurs, la traite des nègres, — cette abomination qui a été la lèpre de l'Afrique.

Non-seulement les philanthropes, mais tous les êtres policés se réuniront, je l'espère, afin d'effacer une tache aussi scandaleuse, et d'ouvrir ainsi la voie jusqu'à présent fermée à la civilisation et aux travaux des colonies chrétiennes. .\u missionnaire, — à cet exilé volontaire qui travaille trop souvent à défricher un champ stérile, je répéterai le conseil d'attendre. Pour lui, point d'espérance de succès jusqu'à l'en tière abolition de la traite. Le voyage est long , le pays sauvage. II n'y a aucune vieille légende qui puisse charmer le présent par le souvenir du passé. Brutal, dur et sans pitié, l'homme n'y a pas mème cette foi en un Dieu, cet instinct sacré que la nature semble nous avoir enra ciné dans le cœur. — Tel est le désert, perdu au milieu de l'Afrique centrale, où se trouvent les sources du Nil. <êí5§)

Introduction

. Le premier but des voyages d'exploration est d'ouvrir au commerce les parties de notre globe qui peuvent être utiles au genre humain. L' explorateur est le pionnier du colon; celui-ci, à son tour, est Pinslrument au moyen duquel doit s'accomplir la civilisation du monde, — ce grand œuvre , — cette entreprise la plus considérable et la plus difficile de toutes. Le progrès de la civilisation dépend de la situation géographi que. La surface de la terre présente — ici certaines facilités, — là certains obstacles aux relations de peuple à peuple; les points de l'accès le plus facile jouiront toujours d'une civili sation plus grande que celle des localités auxquelles on arrive malaisément. Nous pouvons donc poser en fait que le progrès de la civilisation dépend de la facilité des moyens de transport.

Les pays où les communications sont naturellement difficiles peuvent, par Pindustrie humaine, devenir d'un accès commode; alors les denrées et autres produits de ces régions seront transportés à la côte afin d'y être échangés contre des marchandises étran gères ; et le commerce, ainsi organisé, deviendra le pionnier de la civilisation. L'Angleterre étant à la tête du monde commerçant, jouit d'un pouvoir qui entraîne avec lui une sérieuse responsabilité. Elle a la force civilisatrice ; la nature lui a assigné la tâche de coloniser

INTRODUCTION.

. VI le globe. Dans le court espace de trois siècles, l'Amérique du Nord, enfantée, pour ainsi dire, par elle, a pris des proportions gigantesques ; une nouvelle époque a commencé dans Phis toire de Phumanité, une nouvelle puissance s'est manifestée dont les destinées auront une influence incalculable. Plus récemment, et avec un développement encore plus rapide, PAustralie a conquis sa place au soleil : preuve irréfutable de Paptitude de PAngleterre à défricher les terres incultes, et à soustraire à la barbarie ces immenses espaces restés impro ductifs depuis la création du monde, et qui étaient comme des foyers de ténèbres au milieu desquels la colonisation an glaise a versé des flots de lumière. Devant les progrès de la ci vilisation, les féroces habitants de ces déserts se sont retirés ; des pays jusqu'alors cachés, et ne comptant pour rien dans la somme totale de Punivers, ont pris le premier rang parmi ceux auxquels sont commises les destinées du monde.

La semence de PAngleterre ainsi jetée sur la surface de la terre, germe partout où elle trouve un sol propre à sa repro duction. L'énergie et Pactivité de la mère patrie se transfor ment pour ses enfants en instincts naturels partout où se trouvent réunies les conditions nécessaires à leur développement; les pays aptes à Pagriculture et dont la position géographique est favorable, deviennent, à coup sûr, quoique lentement, des foyers civilisateurs. Le christianisme véritable ne saurait co-exister avec la barba rie; sa diffusion dépend donc du développement de la civilisation ; ce développement, à son tour, dépend du commerce. En vain le philanthrope et le missionnaire s'efforceront de lutter contre Pabrutissement des tribus barbares, jusqu'à ce que le commerce ait planté les premiers jalons qui doivent mener par degrés à la civilisation.

II faut que le sauvage sache toute la portée du mot besoin; il faut éveiller en lui les sentiments d'am bition, et lui apprendre à désirer quelque chose de mieux que

INTRODUCTION.

. VII sa nourriture. Or. les relations avec des hommes civilisés peuvent seules produire ce résultat; en voyant des individus bien vêtus, le sauvage désirera des vêtements à son tour, et éprou vera ainsi un besoin. De 1 1 surgira une première opération de commerce. Afin de se procurer ce qu'il désire, le sauvage proposera en échange quelque produit de son pays, suivant les nécessités ou le caprice du négociant avec lequel il a noué des relations. A mesure qu'il fréquentera les Européens, ses be soins s'augmenteront; il lui faudra donc, dans le mème rapport, développer ses ressources productives et devenir industrieux; car Pindustrie est le premier pas vers la civilisation. L'énergie naturelle des habitants de tous les pays dépend essentiellement du climat, et comme la civilisation résulte de Pindustrie ou de l'énergie humaine, elle varie suivant les conditions géographiques des différentes localités.

Sous les tropiques, point de progrès. Énervés par une chaleur accablante, les natifs sont plus enclins au repos et au plaisir qu'au travail. N'ayant pas à craindre les rigueurs de Phiver, n'étant pas réveillés par les variations qui accompagnent les saisons, ils ont dans leur caractère la monotonie qui distingue fa température du pays. Point de difficultés naturelles à surmonter; aucune lutte avec les tempêtes, les vents glacés, le sol endurci par les frimas. L'été dure sans interruption, et comme la fertilité n'exige que très-peu de culture, on ne sent pas que l'activité soit nécessaire; Pintelligence n'ayant aucun problème à résoudre, languit et finit presque par s'éteindre. Le défaut d'industrie, la mollesse de caractère entraînent à leur suite la passion de l'aisance et du luxe; cette pente conduit à la polygamie, qui ravale la femme , et dans Pordre naturel et dans Pordre social.

Ainsi avilie, elle perd Pinfluence qu'elle aurait dû exercer sur l'homme; elle devient l'esclave de ses passions, et entrave le mouvement ci vilisateur au lieu d'en être Pemblème. L'absence d'un amour véritable, résultat de la polygamie, s'oppose à tout progrès; vm

INTRODUCTION.

. avec la pluralité des femmes légalisée, le développement de la civilisation est impossible. Sous les tropiques la polygamie est le vice prédominant, et forme le plus grand obstacle au succès du christianisme. Soigneusement conçue en vue des mœurs orientales, la religion mahométane permettait la pluralité des femmes, aussi prit-elle de grands développements. On peut en seigner au sauvage l'existence de Dieu et en faire un musulman; mais la prescription obligatoire de la fidélité conjugale, l'empê chera de devenir chrétien. Ainsi, on voit que sous les tropiques la civilisation fera toujours des progrès moins rapides que dans les zones tempérées. A Porigine, la seule portion du globe où la barbarie ne régnât pas, était comprise entre la Perse, PÉ gypte, la Grèce et PItalie. Là s'est trouvée concentrée toute Phis toire primitive du monde, et quoique Pimportance spéciale de cette région ait changé, elle n'a perdu, de nos jours, rien de sa signification géographique.

Le pouvoir etl'intelligence de l'homme atteindront leur plus haut développement entre les limites de certaines latitudes , et les passions naturelles et les caractères distinctifs propres à chaque race, dépendront des localités et de la température du climat. U y a dans telle ou telle région des circonstances d'attraction qui déterminent les premiers établissements humains; de mème que certaines conditions de localité attirent certains oiseaux, certains quadrupèdes. La nourriture est le premier besoin de l'homme et des autres animaux ; ainsi, un sol fertile et d'abon dants pâturages réunis à un climat salubre et à la présence de cours d'eau navigables, attireront toujours les hommes, tandis que les oiseaux et les quadrupèdes se rassembleront dans le voisi nage des forêts, des prairies, des districts aboudammentpourvus de graminées.

La terre présente sur certains points des avantages spéciaux à l'homme et aux autres êtres animés; et à très peu d'exceptions près, ces localités sont toujours naturellement

INTRODUCTION.

. IX habitées. Depuis les temps les plus reculés, il y a eu des con trées tellement favorisées de la nature sous le rapport de la position géographique, du climat et de la fertilité, que l'on s'en est disputé la possession. Ce sont ces pays qui ont eu le plus d'in fluence sur la civilisation du monde, les berceaux auxquels on rattachera jusque dans l'avenir le plus éloigné la culture intel lectuelle et morale. Ainsi, les ressources particulières de PÉgypte ont éveillé le désir de sa conquête, et Phistoire primitive du monde est intiment liée aux annales de ce pays. L'Égypte est un exemple frappant de la formation d'un sol par des dépôts successifs d'alluvions; elle doit sa création, strictement pariant, à un seul fleuve. Le vaste désert du Sahara, cet elfrayant plateau de sables brûlants, s'étendant depuis la mer Bouge jusqu'à Pocéan Atlantique, est traversé par un seul cou rant d'eau.

Bien des siècles avant que l'homme pût exister sur cette terre inhospitalière, ce courant unique poursuivait sa tâche. Pendant des myriades d'années il a crû, il a débordé, il est rentré dans son lit, toujours déposant sur le sable aride le legs inappréciable d'un sol gras et fertile ; ainsi s'est formé le Delta. A une époque si éloignée que nous ne saurions en fixer la date même d'une manière approximative, l'homme prit possession du territoire auquel le Nil avait ainsi donné naissance; bref, ce coin de la sauvage Afrique arraché à la stérilité, devint PÉgypte, et se plaça au premier rang dans Phistoire de notre globe. Le monde s'est toujours disputé, et se disputera toujours la possession de ce pays extraordinaire. Bien qu'elle ait été le théâtre de luttes continuelles, depuis la conquête des Perses jusqu'à nos jours, PÉgypte n'a presque pas cessé de produire.

Sa position géographique offrait au com merce des avantages hors ligne. Bornée à Pest par la mer Rouge, au nord par la Méditerranée, présentant à l'intérieur des moyens faciles de transport, grâce au cours fertilisateur du Nil,. PÉgypte

INTRODUCTION.

. X devint le pays du monde le plus prospère et le plus civilisé. Non-seulement elle devait son origine au fleuve qui la traverse. mais des inondations périodiques de ce fleuve dépendait l'exis lence des habitants. Tout ce qui se rapportait au Nil acquérait donc la plus grande importance dans l'esprit des Égyptiens, car le Nil était le dispensateur de leur nourriture. Rien de plus naturel, par conséquent, que le désir souvent conçu par des hommes sérieux, de rechercher la source de ces eaux mystérieuses. Le Nil ne ressemble à aucun autre fleuve. Aux mois de juillet et d'août, lorsque les rivières d'Europe sous Pinfluence des chaleurs de Pété sont au plus bas de leur étiage, le Nil déborde! Point de pluies en Égypte, pas même une goutte de rosée dans ces déserts arides que le fleuve magnifique par court sur une étendue de plus de 860 milles en latitude sans être alimenté par un seul tributaire.

Malgré toutes les pertes que Pévaporation et Pabsorption lui font éprouver, le Nil verse chaque année ses bénédictions sur PÉgypte; fleuve anomal, débordant pendant la saison la plus sèche de Pannée, n'sistant aux sables du désert; quelle était son origine cachée? Où fallait-il chercher ses sources? Tel était, dès les âges les plus reculés, le grand problème de la géographie. Au milieu de la civilisation avancée du dix-neuvième siècle, nous voyons à regret les Turcs posséder les plus belles régions du globe, des pays tellement favorisés par leur climat et leur position géographique, que dans les temps anciens on s'en dispu tait la jouissance. Nous gémissons de ce que, sous le gouvernement des successeurs de Mahomet, ces contrées restent en de 'hors du progrès vers lequel gravitent des localités bien moins avantagées par la nature.

Supposons un régime politique civi lisé et chrétien, il n'est pas de pays plus riche, capable d'oc cuper une position plus importante dans la famille des nations que la Turquie d'Europe, PAsie Mineure et l'Égjpte.

INTRODUCTION.

. XI De ces trois contrées, la dernière intéresse le plus les Anglais. parce que c'est la grande route des Indes. Et comme elle doit au Nil sa fertilité extraordinaire, j'espère avoir versé au trésor de la science ma quote-part individuelle, en découvrant les sources de ce fleuve magnifique. J'espère avoir aussi ouvert jus qu'au cœur mème de l'Afrique un chemin qui, dans Pavenir, pourra être celui de la civilisation, quoique à notre vue bornée il semble enveloppé d'obscurité. J'offre au public le récit de beaucoup d'années de fatigues et de difficultés consacrées, non vainement je l'espère, à cette grande entreprise. Quelques personnes dépourvues d'ambition se diront peut-être que le résultat obtenu méritait à peine le sa crifice de la meilleure partie de ma vie dévouée à l'exil et à la souffrance.

Je prie ces personnes de se rappeler que « nous sommes placés dans ce bas monde pour un temps limité, afin de remplir, chacun selon les conditions et la portée de son intelli gence, les devoirs au moyen desquels l'humanité poursuit sa marche de siècle en siècle1. » I. LordLUon, Lise, literature and manners. Qj^A^LP NOTE DU TRADUCTEUR. Ce serait une prétention au moins superflue que d'ajouter le moindre trait aux larges vues indiquées par sir Samuel W. Baker, dans sa préface et dans son introduction. Inutile aussi de faire ressortir les mérites divers d'un ouvrage qui, dès sa publication, s'est emparé de Pattention générale, et où les détails scienti fiques se trouvent réunis aux récits les plus émouvants, ainsi qu'aux considérations politiques et philosophiques de la plus haute portée. Le livre de sir Samuel Baker prend naturellement sa place à côté de ceux qui ont déjà rendu si justement populaires les noms de Livingstone, de Palgrave, de Speke et de Grant J'ai visé, avant tout, dans ma traduction, à une scrupuleuse fidélité, me bornant à rejeter dans des notes quelques courtes explica tions pour faciliter Pintelligence du texte.

Gustave Masson. Harrow on the Hill. ce 25 janvier 1867. CHAPITRE PREMIER. DU CAIRE A GONDOKORO. Au mois de mars 1861 , je me mis eu route pour une expé dition dont le but était de découvrir les sources du Nil; j'espérais rencontrer les capitaines Speke et Grant qui parcouraient l'Afrique orientale, et qui étaient partis de Zanzibar, envoyés par le gouvernement anglais pour le méme motif. Je n'avais pas la présomption de faire connaître l'objet de mon voyage, car jusqu'alors les sources du Nil semblaient enveloppées d'un voile mystérieux ; mais ma résolution intime était de surmonter cette tâche si difficile au péril même de ma vie. Dès ma jeunesse, je m'.étais endurci à la fatigue et aux privations dans les climats des tropiques, et lorsque j'étudiais la carte de l'Afrique, j'éprou vais une vague espérance mêlée d'humilité, qu'à force de per sévérance je pourrais pénétrer jusqu'au cœur de ce continent.

Ainsi on voit le ver le plus insignifiant percer le bois de chêne le plus dur. Selon moi, rien au monde ne pouvait résisteï à une force de volonté bien arrêtée, pourvu que la santé et la vie ne fissent pas défaut. Je n'étais pas surpris du peu de succès de toutes les tentatives précédemment faites pour arriver aux sources du Nil; dans ces expéditions, en effet, composées de plusieurs personnes, les moindres difficultés aboutissaient généralement à des avis opposés, et à la retraite. Je résolus donc de partir seul, me fiant à la conduite de la Providence divine, et à la bonne fortune qui quelquefois accompagne une résolution inébranlable. Je pesai avec soin les chances de l'entreprise. Devant moi, la portion inexplorée de PAfrique; contre moi, les obstacles qui avaient défié le monde depuis sa création ; pour moi, un tempérament passablement robuste, une liberté absolue, une longue expérience de la vie sauvage, le loisir et les ressources que je mè proposais de consacrer sans restriction à mon objet.

L'expédition commandée par MM. Speke et Grant était la seule que PAngleterre eût envoyée pour découvrir les sources du Nil. U y a quatre-vingt-dix ans, Bruce ' avait réussi à reconnaître celle du Nil Bleu ou du Nil inférieur; Phonneur de cette découverte appartenait donc à PAngleterre ; Speke, parti du Sud, était déjà en route; et j'avais la conviction que mon courageux ami, plutôt que d'accepter l'humiliation de l'insuccès, ferait le sacrifice de sa vie. J'aimais à croire que mon pays ne se laisserait pas distancer dans cette voie, et quoique je n'osasse guère espérer réussir lì où d'autres voyageurs meilleurs que moi avaient failli, je décidai de tout risquer pour arriver à mes fins. Si j'avais été seul, la perspective de mourir sur la route où je m'aventurais le premier nem'eûtpas effrayé ; mais je devais songer à celle qui, tout enétar1 h source de ma plus grande consolation, réclamait aussi mes soins les plus assidus ; — sijeune que Page mûr pour elle était encore une question d'avenir.

Je frissonnais en pensant que Péventualité de ma mort l'abandonnerait seule et sans protection au milieu des déserts; et c'est avec bonheur que je l'eusse laissée environnée des douceurs du foyer au lieu de "s'exposer aux privations qui lui semblaient réservées en Afrique. En vain je la suppliai de rester; en vain je lui peignis les difficultés et les périls en couleurs plus sombres que je me les figurais moi-même : avec la constance et le dévouement de son sexe 1. Jacques Bruce, 1730-1794. Voyez le Diclionnaire de Bouitlet. La petite relation de son voyage publiée en 1773, fut traduite en français en 1790. (M.) DQ CAIRE A GONDOKORO. 3 elle était résolue à partager tous mes dangers et à me suivre dans le sentier rugueux de la vie sauvage qui s'ouvrait devant moi. A des objections analogues Ruth n'avait-elle pas répondu : « Ne vous opposez point à moi, en me portant à vous quitter et à m'en aller; car en quelque lieu que vous alliez, j'irai avec vous, et partout où vous demeurerez, je demeurerai aussi : votre peuple sera mon peuple, et votre Dieu sera mon Dieu.

La terre où vous mourrez me verra mourir, et je serai ensevelie où vous le serez. Que Dieu me traite dans toute sa rigueur, si jamais autre chose que la mort me sépare de vous '. » Ainsi accompagné par ma femme, je partis du Caire le 15 avril 1861, et remontai le Nil. Un vent fort soufflait du Nord, nous voguions contre le courant dans la direction du Sud, contemplant ces eaux mystérieuses avec la ferme résolution d'en poursuivre la trace jusqu'à leur origine éloignée Vingt-six jours après notre départ du Caire nous arrivâmes à Korosko (lat. 22° <±4'); de là nous nous mîmes en route à travers le désert de Nubie, évitant ainsi la courbure occidentale du Nil ; en sept jours de marche forcée nos chameaux atteignirent de nouveau le fleuve à Abou Hamed. Bien de plus fatigant que ce voyage dans le désert ; chaque journée démarche est en moyenue de quinze heures, au milieu d'un sable brûlant et d'éblouissantes roches de basalte.

Dans cette saison de Pannée (mai), le Simoun avait sa plus grande force, et le thermomètre placé à Pombre près de nos outres marquait 1 1 4» Fahrenheit. Comme nous ne pouvions pas nous procurer d'eau potable en route, nos provisions étaient presque épuisées lorsque nous attei gnîmes ;e Nil. Nous poursuivîmes notre voyage en suivant le cours de la rivière depuis Abou Hamed; nous traversions encore le désert, mais sans perdre de vue les palmiers qui côtoient le Nil. Après huit jours de fatigues, nous arrivâmes à Berbèr, ville importante située sur les bords du fleuve à une latitude de 17° 58'. Berbèr est à huit journées de caravane de Khartoum (à la jonction du Nil Blanc et du Nil Bleu, lat. 15° 30'); c'est la route ordinaire des voyageurs entre Khartoum et le Caire. Le peu d'expérience que j'avais obtenu pendant mon voyage à Berbèr, me convainquit que le succès de mon expédition serait 1.

Ruth, I, 16, 17. impossible si je ne connaissais pas la langue arabe. J étais absolument sous le pouvoir de mon drogman, et je résolus de me rendre aussitôt que je le pourrais indépendant de tout inter prète. Voici donc le plan que je formai en conséquence. Je con sacrerais la première année de mon voyage à explorer les affluents du Nil depuis les montagnes d'Abyssinie; je suivrais l'Atbara depuis sa jonction avec le Nil à vingt milles sud de Berbèr (lat. 17" 37), et j'examinerais tous les tributaires du fleuve depuis le sud-est jusqu'au Nil Bleu, que j'espérais enfin redescendre jnsqu'à Khartoum. Douze mois me semblaientdevoir suffire pour mener à bien cette expédition ; dans Pintervalle j'aurais appris assez d'arabe pour pouvoir m'éloigner de Khar toum, et commencer mon voyage d'exploration du Nil blanc.

Je quittai donc Berbèr le 11 juin 1861, et le 13 j'arrivai au confluent de l'Atbara et du Nil. Le Nil n'est nulle part d'un volume plus considérable. L'At- Dara a enriron 450 verges1 de largeur moyenne, et pendant la saison des pluies il a de vingt-cinq à trente pieds de profondeur. II amène avec lui toutes les eaux de PAbyssinie Orientale, car il compte parmi ses affluents la grande rivière Taccazy (ouSettite) outre le Salaam et PAngrab. Le point de confluence du Nil et de l'Atbara (lat. 17° 37' N.) est donc, en suivant la ligne droite, à en viron 840 milles géographiques de latitude dAlexandrie ; et si l'on comprend la courbure occidentale, le lit du fleuve s'étend sur une longueur d'environ 1100 milles, depuis son confluent avec l'Atbara jusqu'à son embouchure. Ainsi entre cet espace le Nil est soumis à Pévaporation et à l'absorption à travers les sa bles du désert et le delta, dans un parcours de 1100 milles ; il s'ensuit une immense perte d'eau, et par conséquent c'est im médiatement au-dessous du confluent de l'Atbara que le Nil doit avoir son plus grand volume.

Je n'ai pas Pintention aujourd'hui d'entrer dans les détails de inon voyage d'exploration sur la frontière d'Abyssinie, voyage qui occupa ma première année; cet épisode est en mème temps si étendu, et si distinct de celui qui eut pour objet le Nil Blanc, que le mélange des deux récits entraînerait de la confusion. Je J. La verge (yard) anglaise équivaut à peu près à un mètre. Strictement par ant 1 mètre = 1.093633 yard. (V.) réserverai donc pour un second ouvrage mon excursion en Abys sinie, etje bornerai aujourd'hui ma description des cours d'eau de ce pays à un coup d'œil général sur l'Atbara et le Nil Blanc, de manière à expliquer Porigine de leurs débordements, et les effets de ces inondations dans la basse Égypte. Je suivis les bords de l'Atbara jusqu'à sa jonction avec le Set tite ou Taccazy ; de là je remontai cette dernière grande rivière jusqu'aux montagnes d'Abyssinie dans le pays de Basé.

Arrivé à ce point, je me dirigeai vers les rivières Salaam et Angrab au pied de la magnifique chaîne de montagnes d'où elles coulent immédiatement dans l'Atbara. Ayant exploré ces rivières, je tra versai un pays étendu et d'une rare beauté formant une portion de P Abyssinie sur le bord méridional du Salaam; puis retraver sant l'Atbara, j'arrivai à la ville frontière de Gellabat que Bruce dé signepar le nomde«Rasel-Feel.i>Enprenant alors une direction ouest je me trouvai sur les bords de la rivière Rahad (environ à 12° 30' de lat.); redescendant ce cours d'eau, j'atteignis le Dinder, et suivant ces rivières jusqu'à leur jonction avec le Nil, je cô toyai ce fleuve pour revenir jusqu'à Khartoum, exactement un an après mon départ de Berbèr. Toutes les eaux de P Abyssinie arrivent par les rivières que je viens de nommer : l'Atbara, le Settite, le Salaam, PAngrab, le Rahad, le Dinder et le Nil Bleu ; leur direction uniforme est du sud-est au nord-ouest, et elles atteignent le Nil sur deux points, par le Nil Bleu à Khartoum (15° 30') et par l'Atbara (17° 37').

Pen dant la saison sèche, le Nil Bleu est si bas qu'il n'y a pas même assez d'eau pour les petits bâtiments qui transportent les marchandises de Sennaar à Khartoum; Peau est alors d'une trans parence admirable, et réfléchissant comme elle le fait un ciel sans nuage, elle a obtenu le surnom de Bahr-el-Azrak, ou Nil Bleu. Cette eau, de plus, est excellente au goût, formant un con traste frappant avec celle du Nil Blanc qui n'est jamais limpide, et qui a une saveur désagréable provenant de matières végétales. Cette différence dans la qualité des eaux constitue le caractère distinctif des deux rivières; le Nil Bleu est un torrent rapide sortant des montagnes, et tombant avec une immense vitesse; le Nil Blanc, au contraire, sort d'un lac, et coule à travers de vastes marécages. Le cours du Nil Bleu s'étend sur un terrain fertile ; il est donc sujet à une légère absorption qui lui fait perdre de son volume ; pendant la saison des pluies il entraîne avec lui une grande quantité de matière terreuse d'une couleur rouge, qui contribue au grand dépôt fertilisateur du Nil dans la basse Égypte.

Quoique l'Atbara, pendant la saison pluvieuse de P Abyssinie, soit une rivière d'une telle importance, il est parfaitement à sec durant plusieurs mois de Pannée ; et lorsque je le vis pour la première fois, le 13 juin 1861, c'était une nappe de sable éblouissant, formant, pour ainsi dire, partie du désert qu'il traversait. Sur une étendue de plus de cent cinquante milles, à partir de sa jonction avec le Nil, depuis le commencement de mars jusques en juin, l'Atbara est complètement à sec. A des intervalles de quelques milles, on voit des flaques d'eau dans les profondes cavités qui sont au-dessous du niveau moyen de la rivière. Quelques-uns de ces lacs ont environ un mille de longueur, et servent de refuge aux animaux qui, à mesure que la rivière tarit, cherchent dans ces étroits domiciles un abri où ils ne sont pas fort à leur aise.

Crocodiles, hippopotames, poissons et tortues d'une grande espèce, s'y trouvent entassés en quantités prodigieuses, jusqu'à ce que le commencement des pluies en Abyssinie leur rende la liberté, en alimentant de nouveau la rivière. La saison pluvieuse s'ouvre en Abyssinie au mineu de mai ; cependant, comme les longues chaleurs de Pété ont desséché le sol, les premières pluies sont immédiatement absorbées, et ce n'est que vers la mi-juin que les torrents commencent à se remplir. Depuis cette date, jusqu'au milieu de septembre, les orages sont terribles; chaque ravin est transformé en un torrent impétueux, les arbres sont déracinés par les cours d'eau débordés, et l'Atbara devient un vaste fleuve, amenant, dans un courant irrésistible, les eaux des quatre grandes rivières : le Settite, le Royan, le Salaam et PAngrab, sans compter les siennes propres.

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