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Les petits livres ont l’avantage des prières courtes : s’ils ne vont pas tous au ciel, ils vont droit au cœur du lecteur contemporain, qui est toujours pressé. Mais ils ont l’inconvénient d’induire le critique en erreur, faute de développements suffisants. Celui-ci a eu la chance de rencontrer beaucoup de bienveillance sur son chemin ; mais des objections lui ont été adressées, qui parfois naissaient de malentendus. L’espace me manquerait si je devais répondre à toutes, ou même seulement à celles que le traducteur espagnol, , professeur à l’Université de Oviedo, a glissées dans le commentaire savant qu’il m’a fait l’honneur de joindre à sa traduction. Pour le moment, je dois donc me résigner à conserver presque sans changement, le texte de la première édition. Toutefois, il me paraît à propos de reproduire certaines explications qui, ayant déjà été publiées dans la Revue philosophique à l’adresse d’un de nos contradicteurs les plus distingués, sont propres à dissiper aussi bien d’autres interprétations erronées auxquelles ce que je me permets d’appeler mon point de vue sociologique a donné lieu, un peu par ma faute peut-être.
« Est-il vrai que j’aie fait « une œuvre de polémique négative, dirigée à la fois contre le principe des études nouvelles et contre ses applications » ? Nullement ; ce ne sont pas ces études que j’ai combattues, mais les conclusions prématurées, les généralisations précipitées qu’on a bâties sur elles, et le principe même de ces généralisations abusives, à savoir l’hypothèse sans preuve et sans vraisemblance que, malgré la dissemblance des races et des circonstances, toutes les sociétés ont eu le même point de départ et suivent ou tendent à suivre normalement la même série de phases. Si je nie que le normal soit l’uniforme, j’affirme partout la nécessité d’un développement, d’une genèse par transformisme. Ce que je repousse, c’est un transformisme unilinéaire, qui n’est qu’un déterminisme renforcé. Je me contente du déterminisme simple qui se borne à exiger de tous les phénomènes l’obéissance aux lois de la mécanique et de la logique, mais qui ne les contraint pas, en outre, à subir les exigences de ces tyrannies subalternes dont chacune s’intitule : « la formule de l’Évolution… ». Admettant l’hétérogène initial, non sans quelques raisons, je crois à la pluralité des lignes de développement, et il faut convenir que l’observation des faits est loin de m’être contraire.
Au début des études philologiques, on admettait généralement, on jugeait scientifique et philosophique d’admettre, que toutes les langues devaient procéder d’une même langue mère, et il reste encore quelque chose de ce préjugé chez les linguistes qui prétendent encore assujettir tous les idiomes à traverser les quatre états successifs du monosyllabisme, de l’agglutination, de la flexion… et de l’analytisme. Est-ce qu’on a battu en brèche les études linguistiques, est-ce qu’on ne leur a pas rendu au contraire le plus grand service, quand on a reconnu qu’il existe un certain nombre de familles de langues, sans parenté entre elles, évoluant chacune à part et suivant sa loi propre, comme chaque idiome suivant son propre génie ? Bopp se moque agréablement de ce grammairien unitaire qui, parce que les déclinaisons grecque, latine, allemande, seules connues à son époque, ne dépassaient jamais le nombre de six cas, démontrait savamment la nécessité de ce nombre et l’impossibilité d’un nombre supérieur. Il publiait cela juste au moment où la découverte du sanscrit révélait l’existence d’un septième, d’un huitième cas et d’autres encore. — Est-ce que l’on a fait tort aux études de religion comparée, quand on a prouvé à Max Müller que sa théorie des mythes formés par calembours inconscients, ou à Spencer que son évhémérisme renouvelé, étaient applicables à tel ou tel mythe, mais non universellement ? Est-ce qu’on nuirait même à ces hautes recherches et à l’enfantement de la science future qu’elles portent dans leur sein, si l’on venait à démontrer qu’il y a différentes familles de religions et divers types d’évolution religieuse — j’ajouterai politique, économique, esthétique, morale, juridique enfin, — au lieu du type unique qu’on est trop disposé encore à dogmatiser ?
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