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PROLOGUE.
Votre sainteté s’en souvient : nous avions l’habitude de vous lire d’une manière suivie l’Évangile selon Jean, et de vous en donner l’explication ; mais voilà que se présente à nous la solemnité des saints jours, qui nécessite la lecture de certains passages spéciaux de l’Évangile, dans l’assemblée des fidèles comme ces passages doivent être récités tous les ans, et qu’il est impossible de les remplacer par d’autres, il nous a fallu pour quelque temps interrompre l’ordre précédemment adopté, sans néanmoins en faire tout à fait l’abandon. J’ai réfléchi à ce que, Dieu aidant, je pourrais pendant cette semaine vous dire sur les Écritures, de plus conforme à l’esprit des fêtes joyeuses que nous célébrons ; il me fallait, d’ailleurs, choisir un sujet capable d’être épuisé dans l’espace de ces sept ou huit jours ; ma pensée s’est donc portée sur l’Épître du bienheureux Jean ; de cette façon, en expliquant son Épître, nous ne le perdrons point de vue, quoique nous ayons dû interrompre l’explication de son Évangile. Un autre motif plus pressant encore a décidé notre choix ; le voici : La charité nous est particulièrement recommandée dans cette Épître déjà si agréable pour tous ceux qui ont au cœur assez de goût pour savourer le pain de Dieu, et si précieuse aux yeux de toute la sainte Église du Christ. L’Apôtre y a dit bien des choses, et presque tout ce qu’il a dit a rapport à la charité. Quiconque trouve en soi des dispositions à écouter, doit nécessairement se réjouir en entendant un pareil langage ; car la lecture de cet écrit fera sur son âme un effet pareil à celui que l’huile produit sur le feu ; s’il y a en nous de quoi l’entretenir, elle l’entretiendra et lui donnera du développement et de la consistance. Pour quelques-uns, elle ressemblera encore à la flamme qu’active un soufflet ; si la charité se trouve éteinte en eux, le feu de cette charité y sera allumé par le récit de telles paroles. Par là seront alimentées les bonnes dispositions de ceux-ci ; ceux-là y puiseront celles qui leur manquent, et nous trouverons tous à nous réjouir dans les sentiments d’une charité réciproque. Où est la charité, là est la paix, et où se rencontre l’humilité, on trouve la charité. Hâtons-nous donc d’écouter l’Apôtre ; expliquons ses paroles, et daigne le Seigneur nous suggérer ce que nous devons en dire et vous accorder la grâce de nous bien comprendre.
LUMIÈRE ET TÉNÈBRES.
LA CHARITÉ, SOURCE DE LUMIÈRES.
Le Sauveur est mort, mais il est ressuscité et il a fondé son Église : cette Église est répandue parmi toutes les nations ; si les hérétiques ne la voient pas, c’est qu’ils sont plongés dans les ténèbres du péché : s’ils ne sont pas en union avec elle, c’est qu’ils n’ont pas la charité. Voulons-nous bien connaître Dieu, aimons-le ; mais que notre amour pour lui soit dégagé de l’amour exclusif du monde : pour nous préserver de cet amour adultère des créatures, jetons les yeux sur le Sauveur : il nous apprendra, de parole et d’exemple, ce que nous devons dire et faire au moment où il nous tentera.
1. Les passages de nos saints livres dont on nous fait lecture, sont destinés à nous instruire et à nous sanctifier ; aussi devons-nous les écouter avec la plus sérieuse attention. Mais s’il en est parmi eux que nous devions plus particulièrement graver dans notre mémoire, ce sont ceux à l’aide desquels il est plus aisé de réfuter les hérétiques ; car ils ne cessent, par leurs insidieuses erreurs, de circonvenir les plus faibles et les plus insouciants d’entre les chrétiens. Ne l’oubliez pas : notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous ; oui, il est mort à cause de nos fautes, et il est ressuscité pour notre justification. Ainsi, tout à l’heure vous avez entendu que les disciples dont il avait fait la rencontre avaient les yeux comme fermés et ne pouvaient le reconnaître. Au moment où il les avait joints, ils n’avaient plus de confiance en la rédemption du Christ ; à leur sens, l’homme, en lui, avait souffert et il était mort ; mais ils étaient loin de penser que, comme Fils de Dieu, il fût encore vivant ; à les entendre, il était si bien mort, que jamais il ne reviendrait à la vie, pareil en cela aux Prophètes du nombre desquels il leur semblait faire partie. Voilà le sens de leur conversation ; voilà ce que vous avez entendu tout à l’heure si vous étiez attentifs à ce qu’on nous lisait. Alors Jésus leur fit connaître le sens caché des Écritures commençant par Moïse et continuant par tous les Prophètes, il leur montra que toutes les circonstances de sa passion avaient été annoncées par avance ; son dessein, en cela, était d’empêcher que la résurrection du Seigneur vînt à les ébranler davantage encore lorsqu’elle leur serait connue ; il voulait aussi préserver leur foi d’un affaiblissement plus complet, en leur faisant voir que tous ces événements avaient été prédits dès longtemps. Ce qui donc affermit particulièrement notre foi, c’est que tous les événements de la vie et de la mort du Christ ont été prédits. Les disciples ne le reconnurent qu’à la fraction du pain ; de fait, quiconque ne boit ni ne mange son jugement, reconnaît le Christ à la fraction du pain. Plus tard, les onze disciples eux-mêmes s’imaginèrent voir un fantôme ; après s’être livré aux Juifs pour être crucifié, le Sauveur s’offrit à ses Apôtres pour être touché ; pour être mis à mort par ses ennemis et pour être touché par ses amis ; et c’était pour les guérir tous, ceux-là de leur impiété, ceux-ci de leur incrédulité. La lecture des Actes des Apôtres vous a fait connaître combien d’hommes, parmi les bourreaux du Christ, ont cru en lui. Si ceux qui l’ont mis à mort ont ensuite cru en lui, ceux qui éprouvaient à son égard un doute de quelques instants, devaient-ils lui refuser l’hommage de leur foi ? Néanmoins (et vous devez remarquer particulièrement et vous souvenir que Dieu a voulu nous faire trouver dans les Écritures le plus solide soutien de notre foi ; car quiconque prétend aujourd’hui ; être considéré comme chrétien, respecte ces saints livres au moins dans ses paroles) ; néanmoins, après s’être offert à ses disciples pour en être touché, il aurait cru ne pas les avoir assez profondément convaincus, s’il ne leur avait encore apporté le témoignage des Écritures. En effet, nous qui devions venir plus tard, nous étions présents à sa pensée ; et puisque nous ne pouvons le toucher, nous avons du moins sous les yeux la preuve écrite de sa nouvelle vie. Ses disciples ont cru en lui parce qu’ils l’ont possédé au milieu d’eux et touché de leurs mains. Et nous, quelle sera la cause de notre foi ? Jésus est maintenant au ciel, et il n’en descendra qu’à la fin des temps, pour juger les vivants et les morts ; qu’est-ce donc qui nous portera à croire en lui, sinon lemotif qu’il a voulu mettre à leur disposition, lors même qu’ils le touchaient déjà de leurs mains ? De fait, il leur donna le sens des Écritures, leur montrant qu’il fallait que le Christ souffrît, et qu’en lui fût accompli ce. qui avait été écrit de lui dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et les Psaumes ; il épuisa ainsi tous les passages de l’Ancien Testament tout ce qu’ils renferment nous parle du Christ, à condition pourtant de rencontrer en nous des oreilles attentives. Le Sauveur ouvrit donc à ses disciples le sens des Écritures, afin de les leur faire comprendre, et si nous avons une prière à lui adresser, c’est qu’il veuille bien aussi éclairer notre entendement.
2. Le Seigneur leur fit voir ce qui était écrit de lui dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et les Psaumes ; mais qu’est-ce qui y était écrit ? Que leur montra-t-il ? Il va nous le dire lui-même. L’Evangéliste résume en peu de mots tous ces passages des livres saints, et nous fait ainsi brièvement connaître ce que nous devons croire et la manière dont nous devons le comprendre. Les pages et les livres qui composent nos Écritures sont en grand nombre, et tous renferment ce que le Christ a dit, en quelques mots, à ses disciples. Que leur a-t-il dit ? Ecoute : « Il fallait que le Christ souffrît et ressuscitât le troisième jour ». Tu es donc déjà instruit de ce qui concerne l’époux : « Il fallait que le Christ souffrît et ressuscitât ». Voilà pour l’époux. Voyons maintenant ce qu’il a dit de l’épouse ; alors, quand tu auras appris à connaître l’époux et l’épouse, tu ne viendras pas aux noces sans savoir pourquoi. Toute fête chrétienne est une cérémonie nuptiale : on y célèbre les noces de l’Eglise. Le fils d’un roi doit se marier, et ce fils de roi est roi lui-même ; tous ceux qui assistent à la solennité, sont l’épouse qu’il doit prendre. Hyménée bien différent des noces charnelles où l’on voit, d’une part les assistants, et de l’autre celle qui contracte l’union conjugale ; dans l’Eglise, en effet, ceux qui fréquentent nos solennités deviennent eux-mêmes l’épouse, à condition d’y bien assister ; car toute l’Eglise est l’épouse du Christ ; la chair du Christ en est le chef et les prémices ; l’époux et l’épouse y sont unis dans la chair. Pour appeler l’attention de ses disciples sur ce mystère de son corps, Jésus rompit le pain, et ce fut avec raison qu’à la fraction du pain les disciples ouvrirent les yeux et le reconnurent. Au dire du Sauveur, qu’est-ce qui était écrit de lui dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et les Psaumes ? « Il fallait que le Christ souffrit et ressuscitât ». S’il n’avait ajouté : « et ressuscitât », ces hommes dont les yeux étaient fermés se seraient chagrinés justement ; mais il avait été prédit « qu’il ressusciterait ». Pourquoi cela ? Pourquoi fallait-il que le Christ souffrît et ressuscitât ? A cause du psaume que nous avions si particulièrement recommandé à votre attention mercredi, jour de la semaine dernière où nous nous sommes réunis pour la première fois : « Les peuples les plus éloignés se souviendront du Seigneur et se tourneront vers lui ; toutes les nations se prosterneront devant lui et l’adoreront ». Sachez qu’il fallait « que le Christ souffrît et ressuscitât ». En effet, après nous avoir parlé de l’époux, en quels termes nous parle-t-il de l’épouse ? Qu’ajoute-t-il ? « Et qu’on prêchât en son nom la pénitence et la rémission des péchés à tous les peuples, en commençant par Jérusalem ». Vous avez entendu, mes frères ; n’oubliez pas. Personne ne peut douter qu’il soit ici question de l’Eglise, puisqu’elle se trouve dans tous les pays ; encore une fois, le doute n’est permis à personne, puisqu’elle a pris naissance à Jérusalem, et que de là elle s’est répandue par toute la terre. Nous savons en quel champ la vigne a été plantée ; mais depuis qu’elle est devenue grande, nous ne la distinguons plus des autres, car on la voit partout. Où l’Eglise a-t-elle commencé ? « A Jérusalem ». Jusqu’où s’est-elle étendue ? « Jusqu’aux extrémités du monde ». Des peuples en petit nombre sont encore en dehors de son domaine ; plus tard, ils lui appartiendront tous. En attendant qu’elle exerce sur eux tous sa puissance, le maître de la vigne voyant que certains sarments étaient inutiles, a jugé à propos de les couper ; de là des hérésies et des schismes. Puissent ces malheureux sarments, retranchés du cep, ne point vous entraîner avec eux ; car vous en seriez aussi séparés ; exhortez plutôt ces branches mortes à se regreffer sur le pied de vigne auquel elles n’appartiennent plus. Il est évident que le Christ a souffert, qu’il est ressuscité et monté au ciel ; l’Eglise a paru, puisqu’on prêche en son nom la pénitence et la rémission des péchés parmi tous les peuples. Où a-t-elle commencé ? « En commençant par Jérusalem ». L’insensé entend, l’homme léger ne voit rien ; pourrais-je lui donner un autre nom que celui d’aveugle, puisqu’il n’aperçoit point cette immense montagne, puisqu’il ferme les yeux pour ne pas contempler le flambeau placé sur le candélabre ?
3. Quand nous leur disons : Si vous êtes chrétiens catholiques, mettez-vous donc en communion avec cette Église qui évangélise toute la terre ; vivez en accord avec cette Jérusalem ; quand nous leur parlons ainsi, ils nous répondent : Nous ne communiquons pas avec cette ville où notre roi a.été. mis à mort, où Notre-Seigneur a été assassiné comme s’il était question de la cité déicide où est mort notre Sauveur ! Les Juifs ont crucifié Jésus pendant qu’il vivait sur la terre ; ceux-ci le maudissent, maintenant qu’il règne dans les cieux. Quels sont les plus méchants ? Ceux qui l’ont méprisé parce qu’ils le croyaient un pur homme, ou ceux qui rejettent ses sacrements, quoiqu’ils reconnaissent sa divinité ? Mais oui, ils détestent la ville témoin du meurtre de leur Dieu. Les hommes pieux et pleins de tendresse ! Ils pleurent amèrement sur la mort violente du Christ, et ils ne craignent pas de le tuer dans le cœur des hommes ! Pour lui, il a aimé cette ville, et il en a eu pitié ; il a dit que la prédication de son Evangile y prendrait naissance : « En commençant par Jérusalem ». Il a établi à Jérusalem le berceau de la prédication de son nom, et tu as horreur de vivre en communion avec cette ville ! Ah ! je ne m’étonne plus que tu la détestes ; tu en as été arraché comme de ta racine ! Qu’est-ce que Jésus dit encore à ses disciples ? « Demeurez dans la ville, parce que je vous enverrai bientôt celui que je vous ai promis ». Voilà quelle ville ils haïssent. Peut-être l’aimeraient-ils, si les meurtriers du Christ, si les Juifs l’habitaient encore. Or, il est de notoriété publique que tous les assassins de Jésus, c’est-à-dire. les Juifs ; en ont été chassés, et la cité qui abrita jadis les bourreaux du Sauveur n’a plus aujourd’hui, pour habitants, que des adorateurs de l’Homme-Dieu. Si donc les hérétiques la détestent, c’est qu’elle ne renferme que des chrétiens. Jésus a voulu que ses disciples y demeurassent, et que l’Esprit-Saint y descendît sur eux. En quel lieu l’Eglise a-t-elle prisnaissance, si ce n’est là où le Saint-Esprit, venant d’en haut, a rempli de ses, dons les cent vingt personnes qui s’y tenaient ensemble ? Le nombre primitif de douze se trouve décuplé. Les cent vingt hommes étant là, le Saint-Esprit descendit du ciel et remplit toute la maison, et l’on entendit comme le bruit d’un vent violent qui s’approchait, et on vit comme des langues de feu qui se partageaient. On vous a lu, tout à l’heure, les Actes des Apôtres, et vous avez entendu précisément le récit de cet événement : « Ils commencèrent à parler diverses langues, selon que l’Esprit-Saint les faisait parler ». Et tous les Juifs de nationalités différentes qui se trouvaient là, reconnaissaient leur propre langage et s’étonnaient que des hommes ignorants et sans lettres eussent appris à parler, non pas une ou deux langues, mais toutes les langues sans exception. Dès lors que toutes les langues se faisaient entendre, il était évident que toutes les langues embrasseraient la foi. Mais pour les hérétiques qui aiment le Christ de tout leur cœur et refusent, en conséquence, de se mettre en rapport avec la ville où il a été mis à mort, ils honorent le Christ au point de dire qu’il s’en est tenu à deux langues, la langue latine et la langue punique, ou africaine. Le Christ ne tient-il sous sa puissance que les peuples de, deux langues ? C’est à ces deux langues toutes seules que se borne le parti de Donat ; il n’y en à pas davantage. Alertes, mes frères ; considérons, plutôt le don de l’Esprit de Dieu ; croyons à ce qui a été dit de lui avant sa venue, et reconnaissons comme accompli l’oracle prononcé dès avant lui par le Psalmiste. « Il n’est point de discours, point de langage dans lequel on n’entende cette voix ». Ne t’imagine pas que ces langues aient retenti en un seul lieu ; crois plutôt que le don du Christ s’est étendu à toutes langues, car écoute ce qui suit : « Son éclat s’est répandu dans tout l’univers, il a retenti jusqu’aux extrémités de la terre ». Pourquoi cela ? « Parce que Dieu a placé son pavillon dans le soleil », c’est-à-dire à la vue de tous. Son corps, voilà son pavillon ; son pavillon, c’est l’Église ; elle a été placée dans le soleil, non pas au sein des ténèbres, mais à la lumière du jour. Mais pourquoi les hérétiques ne la reconnaissent-ils pas ? Revenez-en à la leçon àlaquelle nous nous sommes arrêtés hier, et vous remarquerez bien la cause de leur aveuglement : « Celui qui hait son frère marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres lui ont fermé les yeux ». Voyons donc ce qui suit, et nous ne serons point plongés dans les ténèbres. Comment parviendrons-nous à rester dans la lumière ? En aimant nos frères. Et comment prouverons-nous que des sentiments fraternels à l’égard de nos semblables nous animent ? En ne détruisant pas l’unité, en conservant la charité.
4. « Je vous écris, mes petits enfants, parce a que vos péchés vous sont remis à cause du « nom de Jésus-Christ ». Vous êtes donc mes petits enfants, parce qu’à votre naissance vos péchés vous sont replis. Mais au nom de qui les péchés sont-ils remis ? Serait-ce au nom d’Augustin ? Ce n’est donc pas davantage au nom de Donat. Car qu’est-ce qu’Augustin ? Qu’est-ce que Donat ? Tu le sais. Ce n’est non plus ni au nom de Paul, ni au nom de Pierre. Tandis que quelques-uns se partageaient l’Eglise et tâchaient d’établir des partis aux dépens de l’unité, notre mère, la charité, mettant au mondé des enfants, montrait son sein, déchirait, d’une certaine manière, en paroles, ses mamelles, pleurait les nouveau-nés qu’on arrachait de ses entrailles, s’efforçait de ramener à l’unité de nom ceux qui voulaient lui en substituer plusieurs, les engageait à N’oublier eux-mêmes pour n’aimer que le Christ, et leur disait par l’organe de Paul : « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? Ou bien « Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » Que dit-elle par là ? Je ne veux pas que vous soyez à moi, mais je veux que vous soyez avec moi ; soyez donc avec moi ; soyons tous à Celui qui est mort et qui a été crucifié pour nous. De là ces paroles de Jean a vos péchés vous sont remis en son nom », et non pas au nom d’un homme, quel qu’il soit.
5. « Je vous écris, pères ». Pourquoi, d’abord, les a-t-il appelés enfants ? « Parce que vos péchés vous sont remis à cause de son nom », et que vous êtes régénérés pour une nouvelle vie. Vous êtes donc enfants. Mais pourquoi pères ? « Parce que vous avez connu Celui qui est dès le commencement ». Car le commencement a rapport à la qualité de père. Comme homme, le Christ est de fraîche date, mais il est ancien en tant que Dieu. Selon nous, à quelle époque remonte son grand âge ? quel est le nombre de ses années ? Est-il, à notre avis, plus ancien que sa mère ? Oui, certes, il est plus ancien qu’elle ; car par lui toutes choses ont été faites. S’il a créé toutes choses, il était donc assez âgé pour créer aussi sa mère, pour donner aussi l’être à celle qui devait lui donner la vie du temps. Mais n’existait-il qu’avant sa mère ? Il était si ancien qu’il existait même avant les ancêtres de sa mère. Abraham était du nombre des aïeux de Marie, et le Seigneur a dit : « Avant qu’Abraham fût, je suis ». Nous disons qu’il existait avant Abraham. Avant le premier homme ont été faits le ciel et la terre : et, avant eux a été le Seigneur, ou, pour mieux dire, avant eux il est. Pour une raison profondément juste, il a dit, non pas : J’ai été avant Abraham ; mais : « Avant qu’Abraham fût, je suis ». Ce dont on dit : Il a été, n’est plus ; et ce dont on dit : Il sera, n’est pas encore. Le Christ ne connaît que l’être. En tant que Dieu, il connaît l’être ; mais il ignore ce que c’est qu’avoir été ou devoir être. Son existence ne compte qu’un jour, mais un jour éternel, mais un jour qui ne peut être ni précédé d’une veille ni suivi d’un lendemain. Lorsque, en effet, le jour d’hier a pris fin, aujourd’hui a commencé pour laisser bientôt sa place à demain. Ce jour unique qui est celui de – Dieu, ne connaît ni ténèbres, ni ombres nocturnes ; on n’y compte ni espaces, ni dimensions, ni heures. Dis de lui ce que tu voudras : si tu veux, c’est un jour, une année, des milliers d’années ; car il est dit de lui : « Et vos années ne s’écouleront pas ». Mais quand a-t-il reçu le nom de jour ? quand il a été dit au Seigneur : « Je vous ai engendré « aujourd’hui ». Eternellement engendré par son Père, engendré de l’éternité, engendré dans l’éternité, il est sans commencement, sans fin, sans étendue, parce qu’il est ce qui est, parce qu’il est celui qui est. Il s’est ainsi nommé en parlant à Moïse : « Tu leur diras : Celui qui est m’a envoyé vers vous ». Était-il donc avant Abraham ? avant Noé ? avant Adam ? Ecoute ce passage de l’Ecriture : « Je vous ai engendré avant l’aurore ». Il était même avant le ciel et la terre. Pourquoi ? Parce que « toutes choses ont été faites par lui, et que sans lui rien n’a été fait ». Comprenez donc pourquoi Jean emploie le nom de pères : puisqu’on devient père en reconnaissant ce qui est dès le commencement.
6. « Je vous écris, jeunes gens ». Ils sont tout à la fois enfants, pères et jeunes gens enfants, parce qu’ils naissent ; pères, parce qu’ils reconnaissent le principe ; et jeunes gens, pourquoi ? « Parce que vous avez vaincu l’esprit malin ». Aux enfants la naissance, aux pères l’ancienneté, aux jeunes gens la force. Si les adolescents remportent la victoire sur le malin esprit, c’est qu’il lutte avec nous : il nous livre bataille, mais il ne nous met pas hors de combat. Pourquoi? Est-ce parce que nous sommes forts par nous-mêmes, ou parce que nous puisons notre force en celui qui, entre les mains de ses ennemis, s’est montré revêtu de faiblesse ? Celui qui n’a pas opposé la moindre résistance à ses bourreaux, nous a remplis de vigueur ; car il a été crucifié selon la faiblesse de la chair, mais il est vivant par la puissance de Dieu.
7. « Enfants, je vous écris ». Pourquoi enfants ? « Parce que vous avez connu le Père. Pères, je vous écris ». Il revient à la charge, pour nous recommander ces paroles : « Parce que vous avez connu Celui qui est dès le principe ». Souvenez-vous que vous êtes pères : si vous oubliez celui qui est dès le principe, vous avez déjà perdu ce beau titre. « Jeunes gens, je vous écris ». Considérez attentivement, oui, considérez bien que vous êtes jeunes ; combattez donc de manière à remporter la victoire : devenez vainqueurs pour mériter la couronne ; soyez humbles, pour ne point périr dans la lutte. « Jeunes gens, je vous écris, parce que vous êtes forts, parce que la parole de Dieu demeure en vous et que vous avez vaincu le malin esprit ».
8. Nous sommes tout cela, mes frères, et parce que nous connaissons ce qui est dès le principe, et parce que nous sommes forts, et parce que nous connaissons aussi le Père, et nous devons y trouver un motif puissant d’acquérir cette science divine ; mais ne devons nous pas y trouver encore un motif de charité ? Si nous apprenons à connaître, apprenons, de même, à aimer ; car la connaissance, sansl' amour, est incapable de nous conduire au salut. La science enfle, la charité édifie. Si vous prétendez confesser de bouche sans aimer, vous ressemblez déjà aux démons. Les démons reconnaissaient hautement le Fils de Dieu, et disaient : « Qu’y a-t-il entre toi et nous ? » Et ils se voyaient repoussés. Confessez-le, et l’affectionnez. Les démons le craignaient en raison de leurs iniquités. Pour vous, aimez-le, car il vous a pardonné vos fautes. Mais comment pouvons-nous aimer Dieu, si nous aimons le monde ? Il nous dispose donc à devenir la demeure de la charité. Il y a deux amours, celui du monde et celui de Dieu ; si l’amour du monde habite en nous, il n’y a plus de place pour l’amour de Dieu ; que celui du monde s’éloigne de notre cœur, que celui de Dieu y habite ; donnons-y place au meilleur des deux ; dès lors que tu auras retiré ton âme du milieu des affections terrestres, tu puiseras à la source de l’amour.divin, et alors habitera en toi la charité qui ne peut aucunement engendrer le mal. L’Apôtre émonde maintenant nos cœurs ; écoutez donc ses paroles. Pour lui, le cœur humain est comme un champ ; mais dans quel état le trouve-t-il ? S’il y rencontre des épines, il les arrache ; si ce champ lui apparaît bien émondé, il y fait une plantation. Il veut y planter un arbre, la charité. Quelles épines veut-il en arracher ? L’amour du monde. Jean veut donc débarrasser le champ de ce malfaisant buisson ; écoute-le : « N’aimez point le monde », et il ajoute : « ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’habite point en lui ».
9. Vous l’avez entendu : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour de Dieu n’habite point en lui ». Mes frères, que personne d’entre nous ne taxe intérieurement de fausseté ces paroles : elles viennent de Dieu lui-même ; en les prononçant, l’Apôtre n’est que l’organe de l’Esprit-Saint ; par conséquent, rien de plus vrai. « Si quelqu’un aime le monde, l’amour de Dieu n’est point en lui ». Veux-tu posséder l’amour de Dieu, pour devenir le cohéritier de son Fils ? N’aime pas le monde, débarrasse-toi de ce misérable attachement aux choses de la terre ; ainsi acquerras-tu l’amour de Dieu. Tu es un vase, mais un vase encore plein ; répands au dehors ce que tu contiens, et l’on te remplira de ce que tu ne contiens pas encore. Évidemment nos frères ont reçu dans l’eau et le Saint-Esprit une nouvelle naissance que nous y avons nous-mêmes puisée depuis un certain nombre d’années. Il nous est avantageux à tous de ne pas aimer le monde, car les sacrements serviraient à nous faire condamner, au lieu de nous affermir dans la voie qui mène au salut. Être affermi dans le chemin du salut, c’est être enraciné dans la charité ; c’est avoir la vigueur, et non pas seulement l’apparence de la piété. Cette apparence est déjà précieuse, elle est sainte ; mais à quoi bon l’apparence sans la racine de la charité ? Ne jette-t-on pas au feu le sarment qu’on a retranché du cep ? Aie donc cette forme de la piété, mais qu’elle soit soutenue par la charité. Or, comment vous enraciner de manière a ne pas être déracinés ? Attachez-vous à la charité, selon l’expression de l’Apôtre Paul : « Soyez enracinés et fondés dans la charité ». Et toutefois, par quel moyen s’enracinera-t-elle en nous au milieu des ronces et des épines que l’amour du monde y fait croître en foule ? Arrachez tous ces buissons sauvages : vous devez jeter dans le champ de votre âme une semence qui réclame beaucoup de terrain ; il n’y faut, par conséquent, rien laisser dont cette semence puisse souffrir ; voici qui nous aidera à défricher le champ de votre âme ; ce sont les paroles de Jean, précédemment citées : « N’aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde ; si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est point en lui.
10. « Car tout ce qui est dans le monde, est ou convoitise de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie », trois choses distinctes, « et tout cela ne vient point du Père, mais du monde ; or, le monde passe, et, aussi, sa concupiscence, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement ». Pourquoi n’aimerais-je pas ce que Dieu a fait ? Que veux-tu ? Aimer les choses du temps et passer avec lui, ou ne pas aimer le monde et vivre éternellement avec Dieu ? Il y a danger à se laisser entraîner par le courant des choses de ce temps ; mais l’on a vu apparaître comme un arbre, sur le bord de ce fleuve rapide : c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il a pris un corps, il est mort, ressuscité et monté au ciel, il a voulu se planter en quelque sorte sur les rives du fleuve des choses terrestres. Les eaux de ce fleuve te poussent vers l’abîme ? Accroche-toi aux branches de cet arbre. L’amour du monde t’entraîne ? Embrasse fortement le Christ ; il est devenu temporel pour toi, afin de te rendre éternel ; car il est devenu temporel, de manière à demeurer lui-même éternel. Il a pris quelque chose du temps, sans rien perdre de son éternité. Pour toi, tu es né dans le temps, le péché t’a rendu temporel ; tu es devenu temporel par l’effet de tes fautes ; et lui s’est fait tel en raison de sa miséricorde, afin de te les pardonner. Lorsque deux personnes se trouvent dans la même prison, l’une en qualité de coupable, l’autre pour la visiter, quelle différence y a-t-il entre elles ? Il arrive parfois, en effet, qu’un homme entre dans une prison pour y rendre visite à son ami : on les y voit donc tous les deux en même temps ; mais quelle distance les sépare, et qu’ils sont différents l’un de l’autre ! Celui-ci s’y trouve retenu par sa faute, celui-là y a été amené par un sentiment d’humanité. Ainsi en est-il de notre condition ici-bas ; nous y étions captifs en punition de nos crimes ; la miséricorde y a fait descendre le Christ ; il s’est approché de nous pour briser nos chaînes, et non pour les river. Il a donc répandu son sang, il nous a rachetés, il a complètement changé notre avenir. Nous portons encore le fardeau de notre chair mortelle, mais nous espérons l’immortalité future ; les flots de la mer nous ballottent, mais l’ancre de l’espérance nous tient déjà fixés au port.
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The end
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