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TEODOR DE WYZEWA
PEINTRES
DE JADIS ET D'AUJOURD'HUI
II
C'est alors que quelques-uns d'entre nous s'enhardirent à regretter tout haut la vieille foi chrétienne. Un mouvement de sympathie se forma peu à peu dans les âmes en faveur de ce culte, qui avait si longtemps distrait et consolé la souffrance profonde de l'humanité. Personne ne songeait encore, en vérité, à rappeler Jésus de l'exil, pour l'installer de nouveau sur son trône divin. L'orgueil nous en retenait, à moins que ce ne fût la faiblesse. Mais, à défaut de la personne du Christ, que nous nous figurions à jamais perdue, sa doctrine nous restait, la doctrine sublime qui, bien mieux que toutes les sciences et toutes les philosophies, avait jadis montré aux hom-mes la voie du bonheur. Nous lui offrîmes notre amour, comptant bien qu'en échange elle nous guérirait de nos maux. Et, de même qu'autrefois Renan s'était chargé de ramener en Galilée le Dieu dont nous étions las, ce fut un autre poète, le comte Léon Tolstoï, qui prii sur lui de ramener parmi nous ce Jésus nouveau, un Jésus pour ainsi dire impersonnel et abstrait, qui n'était plus d'aucun temps ni d'aucun pays, un pur esprit de justice et de charité.
Il le ramena et nous le présenta, avec une haute éloquence qu'on ne peut avoir oubliée. La flamme des anciens apôtres semblait s'être rallumée en lui. « Il n'y a d'important pour moi, disait-il, que cette lumière qui, depuis dix-huit cents ans, éclaire les hommes. Mais de savoir quel nom je dois donner à la source de cette lumière, d'oii elle a jailli, et dans quelles circonstances, de cela je ne m'occupe en aucune façon. Je cherche une réponse au problème de la vie, et non pas à une question théologique ou historique ; et voilà pourquoi il m'est indifférent de discuter si Jésus-Christ était bien tel que nous l'ont montré les évangélistes. Qu'ai-je à faire de la façon dont il est né, dont il a été élevé, dont il a vécu et dont il est mort? N'est-ce pas assez pour moi que sa doctrine soit la seule qui donne un sens à ma vie ^ ? »
Aussi, dans cette singulière Traduction des Evangiles qui est en quelque sorte sa Fie de Jésus, nous prévient-il dès le début qu'il a omis à dessein (( tous les passages ayant trait aux points que voici : la conception du Christ, sa naissance, sa généalogie, la fuite en Egypte, les miracles de Cana et de Capharnaûm, les exorcismes, la marche sur la mer, la malédiction du figuier, la résurrection, et toutes les allusions aux prophéties que la vie du Christ a réalisées ». C'était dire expressément qu'il n'y avait plus rien à faire pour nous, désormais, de la personne de Jésus. Le comte Tolstoï la laissait aux bords du lac désert où on l'avait reconduite.
1. Léon Tolstoï, les Evangiles^ traduction française, 1 vol. Perrin, 1895.
LES PEINTRES ET LA VIE DU CHRIST \i
Mais il ajoutait, après cela, que la doctrine de Jésus ne pouvait être d'un homme ; et il ne nous en fallut point davantage pour éprouver, en l'entendant, une impression pareille à celle que durent ressentir les disciples du Christ, lorsqu'il iie voix leur cria dans la nuit: « Il est ressuscité ! » En effet, à la voix de l'apôtre russe, la confiance et l'espoir se ranimèrent en nous. Consciemment ou non, en vertu d'un de ces miraculeux « syiichronismes » dont parlait Renan, le monde se reprit à rêver de Jésus. Ce fut le temps où les poètes le représentèrent comme un poète harmonieux et doux, les philosophes comme un penseur aux vues magnifiques, les utopistes comme un révolté prêchant la vie libre et le mépris des lois. Mais les peintres surtout, on s'en souvient, s'ingénièrent à glorifier ce néo-chrétien. Ils nous le tirent voir s'asseyant à table avec des paysans bavarois, ou interrogeant les petits élèves d'une école primaire Scandinave. Du « bon pasteur » galiléen ils firent une espèce de bon « pasteur » protestant, promenant à travers notre monde sa mine pensive et ses grands yeux inspirés. N'est-ce pas M. Béraud qui l'introduisit un jour dans un de nos restaurants à la mode, oii il nous le montra enseignant la bonne nouvelle à quelques sportsmen, avec M"""" Sarah Bernhardt assise à ses pieds ? Tous suivaient, à leur insu peut-être, l'exemple vénérable du comte Tolstoï. Mais aucun ne l'a aussi fidèlement suivi qu'un peintre russe, Nicolas Gay, qui a exposé à Moscou, il y a quelques années, une image du Christ mourant sur la croix. Celui-là avait fait de son Christ un moujik des environs de Moscou ; mais il lui avait donné en outre un visage si laid et des manières si communes que son œuvre fit scandale ; on dut la retirer de l'exposition. Seul le comte Tolstoï la trouva sublime ; et l'on raconte qu'après l'avoir pieusement contemplée il se jeta dans les bras du peintre, avec des larmes de joie. « Ah ! lui dit-il, vous avez peint le Christ tel que je le vois dans mon cœur ! »
Cette façon de înoderniser le Christ — avons-nous besoin de le dire? — n'était pas nouvelle. On la retrouve à l'origine même de la peinture chrétienne, dans les fresques de Giotto et des Siennois primitifs; et ce n'est guère que depuis notre siècle que les peintres s'en sont communément départis. Quatre cents ans durant, les Italiens ont placé en Italie les scènes de l'Evangile, les Flamands dans les Flandres, et les Hollandais en Hollande. Paysages, intérieurs, costumes, et jusqu'aux figures, tout cela, dans leurs ouvrages, était pris directement à leur temps et à leur pays ; et ce qu'ils y mêlaient de fantaisie n'avait rien, non plus, de très historique. C'est ainsi qu'on peut voir, au Louvre, un Christ descendu de la croix sur les hauteurs de Montrouge, avec l'abbaye de Saiiit-Germain-des-Prés, la Seine, et la butte Montmartre fermant l'horizon. Une Annonciation^ attribuée jadis à Juste d'Allemagne, et qui doit bien être en effet d'un maître d'origine allemande, nous montre une Vierge blonde et grasse, attendant le salut de l'ange sur le seuil d'une élégante villa, dans un frais paysage de la plaine lombarde. La Sainte Famille de Rembrandt, au Salon-Carré, est si profondément dénuée de toute vraisemblance historique, la Hollande du xvii*" siècle y est si complètement substituée à la Palestine dii temps des Bérodes, que nous n'avons pas même osé lui laisser son vieux titre; elle n'est plus désormais que le Ménage du memiisier. Dans un curieux Christ mort sur les genoux de la Vierge, de Cosimo Tura, au musée municipal de Venise, la Vierge est une petite paysanne de quinze ou seize ans, au type mantouan fortement accusé; elle est assise sous un citronnier, et un singe la contemple avec des grimaces comiques, tandis que, pensive elles yeux baissés, elle baise tendrement la main de son fils»
Ce sont là, certes, des modernismes au moins aussi hardis que ceux de M. de Uhde et de Nicolas Gay : mais qui ne sent combien le point de départ en est différent? Non pas que, comme on Fa dit, ces peintres anciens aient poussé l'ingénuité jusqu'à concevoir l'univers entier sur le modèle des villages où ils étaient nés. lis n'ignoraient pas, tout au moins, que Jésus était Juif, et, sans être allés en Palestine, le type juif, à coup sûr, leur était connu : ce qui ne les empêchait pas de donner à Jésus, à sa mère, à ses disciples, les figures les moins juives qu'ils pouvaient imaginer, à l'exception du « pauvre Judas » et du mauvais larron, dont ils trouvaient les modèles dans les ghettos de leurs villes. Us savaient que la véritable vie du Christ avait été tout autre que celle qu'ils peignaient ; mais ils la peignaient ainsi, entre mille raisons, pour que l'image qu'ils en offraient parût plus réelle, et pour qu'on en reçût mieux l'impression profonde, ils voulaient, en quelque sorte, rendre plus concrets les récits des évangélistes. C'était Thistoire, et non pas le symbole, qui les occupait ; tandis que c'est du symbole que s'occupaient uniquement nos néo-chrétiens. En nous présentant Jésus dans notre milieu d'à présent, en le dépouillant des attributs traditionnels que lui avaient laissés encore les Flandrin et les Signol, ces messieurs nous donnaient à entendre que Jésus n'était pas pour eux une personne véritable, ayant vécu dans des conditions déterminées de temps et de lieu, mais simplement l'incarnation d'une doctrine morale, quelque chose comme un type abstrait de parfaite bonté.
C'était un christianisme nouveau qu'ils nous recommandaient, sans que la plupart, d'ailleurs, semblent s'en être aperçus : « un christianisme d'esprit et de vérité», infiniment supérieur déjà, sous le double point de vue idéal et pratique, au miorne positivisme des générations précédentes. Ils nous invitaient à adorer en Jésus « l'éternelle loi de la vie», négligeant ce qu'il y avait eu en lui de personnel et de périssable. Et peut-être nous serions-nous résignés plus aisément à ce nouveau christianisme, s'il n'avait réveillé dans nos cœurs le souvenir de l'ancien, si aimable et si doux, et qui, en outre de la «loi de la vie», nous avait offert tant d'espoirs bienfaisants, tant de chères croyances et tant de beaux rêves! C'était de lui que nos cœurs avaient soif ; et tous les efforts des néo-chrétiens n'aboutirent qu'à raviver en nous le cruel regret de l'avoir perdu.
Devant le philosophe suhlime dont le comte Tolstoï nous exposait la doctrine, devant le solennel et impassible héros des tableaux de nos peintres, nous songions avec attendrissement à l'autre Jésus, à celui de l'Evangile et de la Tradition, à celui qui avait été pour nos pères un si bon et fidèle ami, jusqu'au jour où, las de l'aimer, nous l'avions renvoyé vers ses collines natales. Celui-là seul pouvait nous rendre le repos, et non pas ce Dieu abstrait qu'on nous présentait sous son nom ! Mais en vain nous rappelions : la distance était trop grande que nous avions mise entre lui et nous. On nous avait trop accoutumés à ne pas croire en lui. Trop de lectures et de réflexions inutiles avaient troublé en nous cette « pureté de cœur » dont il disait lui-même qu'elle était nécessaire pour qu'on pût <( voir Dieu ». Nous l'appelions, et à sa place nous voyions surgir « l'admirable figure humaine » que Renan nous avait ramenée en échange de lui. Encore cette figure ne nous apparaissait-elle, le plus souvent, qu'entourée d'un épais brouillard d'exégèse ; non que nous ayons attaché plus d'importance qu'il ne convenait aux arguments soi-disant critiques de Renan et de ses confrères sur l'existence d'un « protévangile », sur l'inauthenticité de l'Evangile de Jean, sur les contradictions des trois Synoptiques; tout cela, en vérité, nous l'avions oublié, comme un choc passager de vaines paroles; mais il nous en était resté de vagues formules qui nous bourdonnaient aux oreilles, et l'ombre même du Christ nous apparaissait indistincte. Celui que nous appelions était décidément trop loin. Nous sentions que, pour retrouver la foi en lui, il nous faudrait un miracle, qu'il faudrait qu'il se montrât à nous en chair et en os, comme à Thomas Didyme après sa résurrection, qu'il nous fit voir dans ses mains la marque des clous, et toucher du doigt la plaie de son côté.
Aussi l'émotion fuî-elle grande, il y a trois ou quatre ans, lorsque nous apprîmes que M. Pierre Loti s'était mis en route pour chercher la trace du Christ à Bethléem, à Jérusalem et sur les bords déserts du lac de Galilée. N'allait-il pas retrouver Jésus lui-même, et nous le ramener? L'heure n'avait-elle point sonné de ce nouveau miracle que nous attendions ? Hélas ! nous dûmes bientôt nous résigner à attendre encore. M. Loti était revenu seul de son voyage aux lieux saints : il nous disait bien qu'aux approches de Nazareth (( le fantôme ineffable du Christ, deux ou trois fois, s'était montré à lui », mais il ajoutait qu'il l'avait «laissé fuir». Et, en effet, à peine si l'on en découvre çà et là une trace légère dans son livre, parmi tant de couleurs et tant de parfums, sous la délicieuse caresse d'une langue magique. En vain on s'attarde avec lui sur les montagnes qui dominent Nazareth, « ces mélancoliques étendues veloutées d'herbe et de lin » ; en vain on regarde les femmes de la ville de Marie se pencher à la fontaine « avec une souplesse lente, dans un rayon de soleil », et puis « se cambrer pour poser sur leurs épaules nues leur vase plein d'eau »; en vain, sur les bords du lac de Tibériade, « la vraie patrie sacrée », on écoute « le rappel des chèvres au chalumeau des bergers». C'est un autre chant qu'on
LES PEINTRES ET LA VIE DU CHRIST il
voudrait entendre, « le chant des revoirs éternels, que Jésus a chanté comme aucun prophète n'avait su le faire ». Et ce chant-là, M. Loti assure qu'il ne l'a pas entendu. <( Les paroles d'espérance et les paroles d'amour, jadis prononcées ici même, nous dit-il, sont mortes aujourd'hui presque autant que le rivage de cette mer. » Mortes, oui ; mais un miracle ne pouvait-il pas les ressusciter?
IIÎ
C'est ce que s'était demandé, il y a dix ans déjà, un artiste de talent, le peintre James Tissot; et il avait alors résolu, lui aussi, d'aller en Palestine à la recherche du Christ, mais en se promettant d'avance de ne pas le « laisser fuir» s'il avait le bonheur de le retrouver. Et il l'a retrouvé, il le croit du moins. A force d'interroger pieusement les lieux qui avaient été témoins de l'existence terrestre du Sauveur, les rues où, enfant, il s'était promené, les collines où il avait prêché sa bonne nouvelle, et le lac où il s'était fait « pêcheur d'hommes», à force de lire l'Evangile à la place même où il avait été vécu, puis écrit, il a cru voir celui que nous cherchons tous surgir devant lui, dans sa double réalité humaine et divine, tel qu'il était apparu jadis aux yeux naïfs de ses compagnons. Mais écoutons-le plutôt nous raconter lui-même sa miraculeuse aventure :
Attiré par la figure divine de Jésus et les scènes si attachantes de TEvangile, je me décidai à partir pour la Palestine, à la visiter en pèlerin recueilli. Toute œuvre, quelle qu'elle soit, a son idéal : le mien a été la vérité, la vérité dans la vie du Christ. Il a fallu m'identifier le plus que j'ai pu aux Evangiles, les relire cent fois; et, en vérité, c'est bien là, sur les lieux où se sont déroulées toutes ces sublimes scènes, qu'on se sent plus apte à en saisir toutes les impressions. Ainsi parfois, dans tel sentier parcouru fréquemment par le Christ, sentant mes yeux refléter le même paysage qu'avaient reflété les siens, je croyais voir certaine sensibilité s'exalter en moi, et aviver de telle sorte mon intuition que la scène évoquée se représentait à mon esprit d'une façon particulière et frappante. De même quand, pénétré de l'esprit de la race à laquelle appartenaient mes personnages, du caractère des lieux où ils devaient se mouvoir, de la couleur des choses qui leur étaient familières; quand, affecté ainsi, je méditais tel sujet dans son propre sanctuaire, mes idées, mises au point par l'exactitude du cadre, me révélaient dans toute leur idéalité, et sous forme d'images saisissantes, les faits que j'avais voulu évoquer. Je n'entrerai pas dans le détail des illuminations en quelque sorte divinatrices qui m'ont été suggérées par la vue de certains détails topographiques en apparence insignifiants ; je craindrais de me faire accuser de mysticisme. Le souvenir des œuvres des maîtres ne m'obsédait nullement, car mon but était tout autre que le leur. Ce que je cherchais, je le répète, c'était à être émotionné directement par la vie de Notre-Seigneur, en passant dans les mêmes lieux, en contemplant les mêmes paysages, en cherchant les traces de la même civilisation.
On le voit, c'est bien pour y trouver le Christ que M. Tissot est allé en Palestine. Il a voulu donner à sa foi la base matérielle et concrète dont il sentait qu'elle avait besoin. Le (( délicieux jeune homme» que nous avait ramené Renan ne lui suffisait point, non plus que le pur esprit de Tolstoï et des néo-chrétiens. Il lui fallait un Christ qu'il pût à la fois toucher et adorer, qui fût à la fois le Fils de riiomme et le Fils de Dieu. Et, comme nous étions en cela semblables à lui, non content d'avoir retrouvé ce Christ, il s'est proposé de nous le ramener. C'est pour nous faire partager son pieux enthousiasme, et pour nous admettre, nous aussi, à la bienheureuse vision, qu'il a peint une série de huit cents petits tableaux, traduisant ou, pour mieux dire, ressuscitant scène par scène le grand drame divin de la vie de Jésus.
La série fut exposée, en 1894, au Salon du Champ-de-Mars. Ce n'est pas assez de dire qu'elle y fut remarquée : trois mois durant la foule se pressa devant elle, avec un mélange de surprise et de respect que l'effort artistique du peintre, d'ailleurs, aurait déjà à lui seul amplement justifié.
Mais ce qui nous touchait plus encore que le talent de l'artiste, ce qui achevait de faire pour nous de cette série de peintures une œuvre d'un genre spécial, dans un Salon où M. Béraud avait précisément exposé un Christ en Croix et M. de Uhde une Fuite en Égyj^te, c'est que nous devinions que l'art n'était ici qu'un moyen, tandis que l'objet véritable de M. Tissot avait été de ramener vivante, parmi nous, la divine personne du Christ. Nous le devinions, et lui-même, on s'en souvient, avait pris la peine de nous l'expliquer. Au centre de la série, il avait placé un grand tableau oii deux vieillards infirmes et misérables, tristement assis parmi des ruines, voyaient s'approcher d'eux un voyageur inconnu, un être plus infirme encore et plus misérable, mais dont la seule approche les rappelait à la vie. « Ruines récentes, avait écrit le peintre au bas du tableau, ruines de la civilisation moderne qui s'est fiée vainement à la science et à la liberté pour la conduire au bonheur, et qui se sent mourir dans des convulsions d'envie et de haine, faute d'une foi morale et d'une haute espérance. « Les deux vieillards se désespèrent. (( Mon Dieu ! mon Dieu ! » gémissent-ils sans même plus savoir ce que c'est qu'un Dieu. « Mais, au contact du nouveau venu, une chaleur se dégage de tout leur être ; ils se réconfortent, prennent courage en écoutant des voix intérieures. » Ce nouveau venu, c'est le Dieu qu'ils appelaient, c'est Jésus leur Seigneur miraculeusement retrouvé. Ainsi il s'est approché de M. Tissot, sur les bords désolés du lac de Génésareth ; et c'est lui que M. Tissot a voulu nous ramener, pareil à ce disciple qui jadis, ayant cru en lui, l'emmena dans sa maison pour qu'il convertît ses deux frères.
De même encore, c'est Jésus que nous cherchons au travers du livre somptueux oii M. Tissot a recueilli la série de ses dessins ; nous l'y cherchons avec l'inquiète passion qu'a mise l'auteur à le chercher sur les collines de Galilée et parmi les vieilles pierres de Jérusalem. Aussi bien l'artiste n'a-t-il rien négligé de ce qui pouvait nous aider à le retrouver. Non content de nous donner, en marge de ses peintures, le texte de l'Evangile en latin et en français, il a encore recueilli, à notre intention, les documents les plus divers, vues de villes et de villages, plans, dessins de chapiteaux, de vases, d'ornements sacrés, tout cela accompagné d'explications et de commentaires, lia voulu, à la fois, nous restituer directement sa vision de la vie du Christ et nous fournir en quelque sorte les moyens de la compléter, ou de la modifier au besoin, pour l'usage de chacun de nous. C'est, comme on l'a dit, « la plus complète tentative qu'on ait faite pour rajeunir l'iconographie chrétienne » ; mais, plutôt encore, c'est une tentative pour nous rendre l'antique foi chrétienne, pour raviver dans nos âmes, par l'entremise de nos sens et de notre raison, la divine présence du Consolateur.
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The end
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