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A propos de ce livre
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Avant-propos
L'Histoire de l'Eglise de France pendant la période révolutionnaire a reçu un large développement par suite des travaux d'érudition qui ont signalé le dernier quart de siècle. Le regretté Ludovic Sciout avait, l’un des premiers , mis à contribution les documents provenant de la Police Générale pour écrire son Histoire de la Constitution Civile. Grâce à ses indications, un certain nombre de monographies particulières ont pu jeter un nouveau jour sur les données souvent trop peu précises des traditions locales.
Il g a quelques années , un de nos confrères , M. l'abbé Delarc, commençait une élude sur /’Eglise de Paris pendant la Révolution française. Deux volumes considérables avaient déjà paru, et le troisième était en préparation , quand la fatigue , précurseur d'une mort prochaine , l'arrêta dans son œuvre. Des amis dévoués recueillirent les notes qu'il avait laissées, et les publièrent à la suite de la Partie qu'il avait à peu près achevée (1897).
Les recherches qu'il nous a été donné de faire
II
AVANT-PROPOS pour écrire nos monographies sur la Paroisse Saint-Jacques du Haut-Pas, et sur V intéressante localité de Basse-Normandie qui s' appelle Villedieu-les-Poëles, nous ont porté à essayer de compléter et de classer pour toutes les paroisses de laVillede Paris , les renseignements que nous avions eu V occasion de rencontrer çà et là. Il était inutile de revenir sur V œuvre achevée de Monsieur Delarc ; les quelques additions que nous pouvions avoir à faire trouveront facilement leur place dans des notes rétrospectives. Nous avons restreint notre travail à l'époque de transition qui s'étend de la fin de la Terreur à V organisation définitive qui suivit la publication du Concordat.
Les recherches de M. Sciout, les travaux de M. Victor Pierre sur l'époque du Directoire; les Etudes de M. Gazier: les publications de Messieurs Schmidt et Aulard nous ont aidé, sans nous dispenser de consulter les documents eux-mêmes.
Outre le dépôt des Archives Nationales, nous avons été admis à consulter les collections des Archives de la Préfecture de Police, celles des Archives Départementales déjà inventoriées par M. Barroux; MM. Coyecque et Lazard ont bien voulu nous donner communication du dépouillement encore inachevé du fonds du Domaine national versé récemment aux Archives de la Seine.
Les Archives de V Archevêché, peu fournies depuis le sac de 1830 , celles des Paroisses et Fabriques de Paris, nous ont été d'un grand secours .
AVANT-PROPOS
III
Si nous ri avons pas la prétention d'avoir tout au, ni tout recueilli, notre travail pourra du moins offrir quelques indications pour les œuvres plus développées qui pourraient être tentées plus lard .
Dans une Première Partie, nous donnons un aperçu général, où prennent place les faits qui intéressent V ensemble de la Ville. Nous réservons pour la Seconde Partie, les renseignements qui ont un caractère plus restreint , en les classant par ordre de paroisses suivant la division des anciens Arrondissements . Quelques extraits de plans du XVIII e siècle permettront au lecteur de retrouver l'emplacement des églises ou établissements aujourd'hui disparus.
De /’opportunité de cet ouvrage nous ne dirons qu'un mot. Depuis sept ans que nous avons commencé nos recherches sur l'époque troublée qu'il est destiné à faire connaître, il s'est produit plus d'un événement qui rappelait les événements que nous avions à raconter. Les épreuves de l'Eglise ne sont pas un fait nouveau. A toutes les époques de son existence, il a été vrai, et il sera toujours vrai , de lui appliquer la devise de notre Ville : Fluctuât, nec mergitur ! Dans les circonstances pénibles , le courage et la prudence de nos devanciers ne sont- ils pas le meilleur modèle qui puisse nous être proposé ?
LE CULTE CATHOLIQUE A PARIS DE LA TERREUR AU CONCORDAT
PREMIÈRE PARTIE
Aperça général sur l’histoire religieuse de Paris ligitized by
GoogI
Chapitre Premier
Fin de la Terreur. — Réaction lente au point de vue religieux. — Les prisonniers relâchés. — L’Eglise Constitutionnelle n’existe plus légalement. — Projet de fêtes décadaires. — Loi du 3 ventôse sur la liberté des cultes. — Le 12 floréal. — Décret du 11 prairial : réouverture des oratoires publics. — Administration temporelle de ces oratoires. — Les ministres du culte catholique ; leur situation légale.
La chute de Robespierre marque la fin des hécatombes sanglantes de la Terreur . Cependant la paix et la liberté sont encore loin de devenir le partage de tous les Français. Le Clergé, en particulier, restera jusqu’au Concordat sous la menace d’une ùiort imminente pour ceux de ses membres qui auront eu le malheur de quitter la France afin d’échapper à des poursuites iniques. Les prisons de Paris, pour ne nous occuper que de celles-là, s’ouvriront lentement pour rendre à leurs fidèles les nombreux ecclésiastiques (1) qui attendaient leur arrêt de mort à l’époque du 9 thermidor.
(1) Nous avons recueilli aux archives de la Préfecture de Police, dans le Répertoire général des prisonniers de Paris de cette époqu e > les noms de ces confesseurs de la foi arrêtés
RÉACTION THERMIDORIENNE
Sept de ces prêtres seront encore victimes du tribunal révolutionnaire; et, parmi eux, nous trouvons un ecclésiastique du clergé de Paris, ancien chapelain de l’Hôtel-Dieu, Pierre Leforestier. Arrêté dès le mois de germinal an II avec Pierre Leprince, ancien chanoine de Mantes, comme soupçonné de vouloir passer en Suisse (1), il fut envoyé avec lui à l’échafaud le 4 vendémiaire an III ( 25 Septembre 1794).
Satisfaits d’avoir échappé eux-mêmes à la guillotine, la plupart des membres de la Convention restaient trop imbus dçs préjugés qu’on affectait de confondre avec Y esprit républicain , pour laisser sans défiance se rétablir les manifestations du « fanatisme religieux ».
L’Église constitutionnelle avait eu à subir les attaques des persécuteurs tout aussi bien que le clergé non assermenté. Des évêques, des curés de Paris avaient payé de leur tête la faiblesse de leur abdication ou la fermeté de leur résistance aux sollicitations comme aux menaces. D’autres avaient partagé la captivité des prêtres fidèles ; et le con-
pour un motif religieux. Nous indiquerons à l’occasion, dans le courant de l’ouvrage, les circonstances particulières à l’incarcération de chacun.
(1) Pierre Leforestier, chapelain de l’Hôtel-Dieu, 39 ans. Prêtre réfractaire ayant refusé de prêter serment et ayant essayé de passer en Suisse. Prisonnier à la Force le 24 germinal an 2, envoyé par l’Accusateur du tribunal criminel du Doubs. Transféré à la Conciergerie sur Tordre de l’accusateur du tribunal révolutionnaire le 20 floréal, puis au Plessis le 28 du même mois. Au tribunal Révolutionnaire, condamné à être guillotiné le 4 vendémiaire an 3 (25 septembre 1794).
SUPPRESSION LÉGALE DE L’ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE 5
tact de ces compagnons d’infortune devait servir à un rapprochement si désirable pour réparer le scandale du schisme.
Le 18 septembre 1794, la ruine de cette Eglise nationale est consommée en principe : « La République française ne paie plus les frais ni les salaires d’aucun culte ». Une pension remplace les traitements pour tous les ministres, qu’ils aient continué, abdiqué ou cessé leurs fonctions.
Les églises étaient fermées depuis un an ; les presbytères venaient de recevoir une nouvelle destination (27 thermidor an II, 13 août) : les instituteurs publics en deviendront les nouveaux habitants.
L’instruction, ou la philosophie, voilà désormais les grands moyens auxquels on aura recours pour faire disparaître tous les fanatismes. Le projet du Comité d’instruction publique sur les fêtes décadaires est attendu avec impatience commme l’instrument le plus autorisé de cette lutte contre les antiques préjugés.
Des moyens de cette nature, disait Chénier dans la discussion du l* p Nivôse an III (21 décembre 1794), sont les seuls dont la réussite ne soit pas incertaine, dont les conséquences ne soient pas désastreuses quand on veut s’opposer au torrent des erreurs superstitieuses.... La guerre redoutable aux préjugés est une guerre philosophique ; les préjugés sont des opinions : on ne tire pas le canon contre eux. On peut tuer des hommes, on ne saurait tuer l’opinion. Tout pouvoir fondé sur la violence doit périr, la raison seule est éternelle. L’opinion publique peut
PROJET DE FÊTES DECADAIRES suivre quelquefois une direction dangereuse : alors un gouvernement habile lève des philosophes et non des armées....
Ces principes d’un naturalisme sûr de lui-même n’étaient pas capables de convaincre la Convention* Dans la même séance, Grégoire, qui eut le courage de réclamer l’absolue liberté des cultes, s’attirait des interruptions et des répliques qui indiquent suffisamment l’esprit sectaire de la majorité :
Je croyais, — lui criait Legendre, aux applaudissements de l’Assemblée, — que nous étions assez avancés en révolution pour ne plus nous occuper de religion... Être bon mari, bon fils, bon père, bon citoyen, c’est la seule religion du républicain. Le républicalisme est le complément de toutes les vertus.
L’ordre du jour adopté au milieu des plus vifs applaudissements faisait comprendre à Grégoire qu’il s’était trop avancé.
Cependant la majorité de la nation n’entendait pas se contenter de l’organisation des fêtes décadaires pour satisfaire les exigences du sentiment religieux.
Les prêtres sortis de prison, bon nombre de déportés revenus aussitôt qu’ils avaient cru pouvoir échapper sûrement à la mort de l’échafaud, étaient retournés au milieu de leurs fidèles sans se donner la peine de dissimuler leur présence. La Convention s’en émeut; et les 21 et 22 nivôse an III (10 et 11 janvier 1795), elle donne l’ordre aux agents nationaux de poursuivre les émigrés et les prêtres dé-
RENTRÉE DES PRÊTRES portés, qui seraient rentrés sur le territoire de la République.
L’opinion publique, plus forte que le fanatisme antireligieux, devait bientôt contraindre les Conventionnels à céder. La réaction violente des Parisiens contre le Jacobinisme et ses idoles, le désir de donner aux Vendéens le gage le plus sérieux et le plus impérieusement réclamé d’un sincère désir de la paix, furent autant de motifs qui firent imposer silence pour un temps aux athées les plus farouches. Le rapport sceptique de Boissy d’Anglas amena le vote de la loi du 3 ventôse (21 février 1795), sur la liberté des cultes .
Ce n’était pas une liberté sans entraves : soumise à la surveillance des autorités constituées, surveillance renfermée d’ailleurs dans des mesures de police et de sûreté publique, cette liberté se trouvait restreinte à l’intérieur des édifices particuliers, sans aucun concours possible de l’Etat ou des communes, ni pour le local, ni pour l’entretien du culte, ni pour le logement des ministres.
La première partie de l’article V : « La loi ne reconnaît aucun ministre du culte », était peut-être imprudente, surtout rapprochée de l’article XII: « Tout décret dont les dispositions seraient contraires à la présente loi, est rapporté ». Mais un des législateurs, Oudot, eut bien soin d’en faire préciser le sens : « Il est bon de dire que, par cette loi, vous n’avez pas voulu rapporter celle relative aux
LOI SUR LA LIBERTÉ DES CULTES hommes qui n’ont pas prêté le serment à l’égalité. — Plusieurs voix : Non, non ! »
Les rapports de police et les articles des journaux de toute nuance (1) cités par Schmidt et Aulard (2) nous édifient mieux que tout autre récit sur l’enthousiasme avec lequel ce décret fut accueilli à Paris, malgré les restrictions qu’il comportait.
4 ventôse 3. — Plusieurs marchandes des Halles, qui avaient connaissance du décret sur la liberté des cultes, disaient hier que Ton devait dire la messe aujourd’hui aux Vertus, et qu’elles iraient l’entendre.
11 ventôse (l ar mars). — Il a été dit hier au ci-devant couvent Magloire, où est maintenant l’Institution des sourds-muets, une messe à laquelle ont assisté environ cent personnes ; l’inspecteur n’a pénétré que par ruse, la porte refusée ;... sans rassemblement au dehors, avec décence et tranquillité au dedans.
12 ventôse. — ... Hier il y a eu plusieurs messes et autres services catholiques Maison François, section de l’Homme- Armé... Dans quelques autres endroits, pareils rassem-
(1) Pour les journaux de l’opposition, c’est un véritable soulagement de voir enfin la possibilité de prononcer le nom de Dieu non seulement dans les églises, mais encore dans les écoles, où l’on a tant souffert de l’instruction athée. — Le Courrier Républicain du 5 ventôse trouve une raison peu banale de se réjouir du décret du 3 : sans qu’on y ait pris garde, c’est une excellente opération financière. 50,000 églises ou temples au moins vont être nécessaires pour les différents cultes : « Que ces bâtiments soient vendus 10.000 livres, le fort emportant le faible ; voilà 500 millions au moins en assignats qui vont rentrer, et il est possible que cette vente s’élève à plus d’un milliard ».
(2) Schmidt, Tableaux de la Révolution française (Tome II). — Aulard, Paris pendant la Réaction thermidorienne et sous le Directoire (Tome I).
PREMIERS ORATOIRES OUVERTS A PARIS blements ont eu lieu pour le même motif. Mais attendu la loi concernant la liberté des cultes, qui met les sociétés religieuses, ainsi que toutes les autres, sous la surveillance de la police, nous croyons devoir prévenir les citoyens qui désirent composer ces diverses sociétés de faire leurs déclarations préalables.
Seclion des Droits de V Homme. — Un homme avec une sonnette annonçait que, demain 13, on bénirait l’église du couvent des ci-devant Billettes, et que, dimanche prochain, on y dirait la messe. Ordre pour amener cet homme se trouvant en contravention avec la loi sur l’exercice des cultes art. 7 (1).
18 ventôse . — Le Curé du ci-devant Germain-des-Prés invite après chaque messe au respect de la loi et de la représentation nationale.
19 ventôse. — La liberté des cultes fait sur les opinions une agréable diversion ; ces associations religieuses profitent du décret pour ouvrir dans nombre d’endroits des temples à leurs usages.
25 ventôse . — La porte de l’église ci-devant des Billettesdonnant sur la rue est restée ouverte ce matin à cause de l’affluence considérable des fidèles ; on a pu la faire fermer l’après-midi. — Le dimanche est respecté; la plupart des boutiques sont fermées, et l’on fait queue à la porte des églises.
14 germinal (3 avril). — L’Office a été célébré ce matin à Saint-Germain-des-Prés dans le local de la ci-devant église, avec beaucoup de silence et de calme.
16 germinal. — Section des Amis delà Patrie . — Plusieurs citoyens ont trouvé hier matin dans leurs demeures des
(1) A. Police. Seclion des Droits de l'Homme. — 14 ventôse : Interrogatoire d’un individu qui, une clochette à la main, a annoncé la célébration d’une messe dans l'église des Billettes. — C’était un employé du salpêtre qui agissait par pur divertissement, d’après son aveu et le récit des témoins.
SOLENNITÉ DE PAQUES EN 1795 billets portant : « Tous ceux qui ouvriront demain, seront regardés comme Jacobins ». Il y a lieu de croire qu’il est question des boutiques, attendu la fête de Pâques d’aujourd’hui.
Grégoire lui-même officie pontificalement en ce jour, et son absence empêche à la Convention une discussion sur les colonies.
21 germinal . — Faubourg Marcel, les femmes disaient que c’était hier l’avant-dernière décade que l’on fêtait, que l’autre décade tomberait un dimanche, et qu’à partir de ce jour l’on suiyrait l’ancien calendrier; qu’un ouvrier ne pouvait travailler neuf jours sans se reposer.
24 germinal. — L’office catholique a été célébré hier dans différents lieux de Paris avec toute la tranquillité désirable ; beaucoup de personnes y ont assisté, la majeure partie des boutiques étaient fermées. Les promenades et les spectacles ont été fréquentés ; on y a remarqué que presque toutes les femmes n’avaient point de cocarde.
Cet enthousiasme ne pouvait manquer d’émouvoir les législateurs. Le 25 germinal, des récriminations se font entendre à l’Assemblée contre les prêtres qui disent la messe dans toutes les églises et fanatisent. Chénier, reprenant son idée fixe, fait adopter une motion obligeant le Comité d'instruction publique à présenter, dans les trois jours, un plan de fêtes décadaires.
L’émeute du 12 floréal (1 er Mai) fournit à la Convention urie nouvelle occasion de manifester ses sentiments à l’égard du Clergé.
Le Rapport présenté par Chénier au nom des Co-
INDIGNATIONS DE LA CONVENTION mités du Salut Public, de Sûreté Générale et de Législation réunis, faisait retomber la responsabilité de l’agitation populaire sur les nombreux émigrés dont la rentrée était constatée par des lettres de Suisse. Il s’en prenait également aux prêtres insermentés qui reparaissaient surtout dans les campagnes et jetaient la terreur dans les consciences, soulevant contre la Convention tous les préjugés, et persécutant les assermentés, en même temps qu’ils provoquaient à la royauté...
On veut, disait-il, une religion dominante malgré la loi sur la liberté des cultes : « le fanatisme veut armer contre le sein de la République son poignard usé par les siècles, mais que n’ont que trop aiguisé, dans ces derniers temps, le fléau de la guerre civile, l’oubli de la saine philosophie et les déplorables extravagances d’un athéisme persécuteur. Jamais, sans doute, la Convention Nationale ne voudra étendre son joug sur les consciences, et j’en atteste les deux traités de paix qui viennent d’être signés, au nom de la République, avec les chefs de la Vendée et les chefs des Chouans ; mais les ministres de la religion catholique, habitans de ces contrées, ont du moins offert un modèle que tous les autres doivent imiter : depuis les premières propositions de paix, ils ont respecté les lois de la République... tandis qu’au Centre, dans quelques départements de l’Est, et sur les frontières qui bordent la Suisse, les rameaux de l’arbre de la liberté, courbés vers la terre, sont desséchés par
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12 MESURES CONTRE LES EMIGRES ET DEPORTES
le fanatisme, apôtre et précurseur de la royauté ».
L’émeute des femmes, prétextée par la disette, n’est qu’un moyen d’action de l’anarchie unie à la royauté, de tous ceux qui prétendent regretter à la fois Robespierre et Louis XVI.
A la suite de ce rapport, l’Assemblée vota un décret dont voici les principales dispositions :
1° Tout émigré sera jugé sur-le-champ.
2° Les déportés ont un mois pour quitter le territoire de la République; après quoi ils seront traités comme les émigrés.
On ajoute à cette seconde classe les prêtres condamnés à la déportation, à qui l’on donne deux mois pour disparaître.
7° « Le Comité d’instruction publique prendra tous les moyens d’encouragemens nécessaires pour diriger les écoles, les théâtres, et généralement les arts et les sciences, vers le but unique des travaux de la Convention Nationale, celui d’affermir la République. »
La surveillance extérieure de la police était-elle possible si les oratoires se multipliaient sans contrôle ? Plusieurs Commissaires avouaient, en germinal et floréal, ne pas connaître les édifices ouverts au culte dans leur section. Les noms des ministres étaient également difficiles à obtenir s’il n’y avait pas contre eux de sanction. Sous le spécieux prétexte « d’assurer et de faciliter de plus en plus le libre exercice des cultes », la Convention essaya.
RÉOUVERTURE OFFICIELLE DES ÉGLISES 13
par son décret du 11 prairial (30 Mai), de donner au gouvernement la facilité d’intervenir à son gré dans l’exercice des cérémonies publiques de tous les cultes. Le rapport de Lanjuinais nous montre bien les intentions et les préoccupations des législateurs.
<c Trois grandes causes aliènent encore de vous et de la République un grand nombre de citoyens ; et, s’il faut le dire, beaucoup de républicains très purs. Je mets au premier rang la suppression des cultes effectuée en votre nom, avec toutes sortes de violences, de délire et de fureur, par les lieutenans, par les agens de Robespierre. Tiennent ensuite la baisse énorme du papier monnaie et la disette des subsistances... »
Il faut traiter les départements fidèles avec au moins autant de justice que les rebelles pacifiés qui ont retrouvé l’usage de leurs églises.
« L’impossibilité de surveiller les rassemblemens en chambre, l’extrême facilité d’y exciter le fanatisme et la rébellion, devraient seuls vous engager à permettre l’usage des temples pour l’exercicç des cultes. » — La sécurité des fidèles serait un autre motif.
D’ailleurs ces édifices n’en resteront pas moins la propriété de la nation. « Vous réglerez dans la suite, si vous jugez convenable, des conditions plus ou moins onéreuses pour l’occupation des temples ; il ne s’agit maintenant que d’un usage provisoire, et tel que vous l’avez décrété déjà pour les départements de l’Ouest.
Vos comités vous proposeront, sur l’exercice des cultes, une loi de police que vous avez désirée, et qui se rédige en ce moment. Mais ils croient qu’on ne peut différer d’interdire tout ministère de culte à celui qui n’aura pas fait une profession publique de soumission aux lois et au
LOI DU 11 PRAIRIAL AN III gouvernement. Il est honteux qu’il y ait encore des hommes qui la rendent nécessaire
Dans la discussion, quelques notes discordantes furent écartées : ainsi l’interruption de Massieu : « Le Comité d’instruction Publique a été chargé de faire un rapport sur les fêtes décadaires. (On murmure ).. Plusieurs voix : « L’ordre du jour !... »
L’ajournement, demandé par Fressine, fut repoussé par Guillemardet : « Les Comités réunis ne se sont déterminés à vous présenter ce projet qu’après s’être convaincus par la correspondance de divers représentants du Peuple en mission que cette mesure était indispensable. Je sais qu’un autre ordre de chose serait désirable ; mais je sais aussi que la sagesse du législateur consiste à savoir se conformer au caractère du Peuple qu’il est chargé de régir. Il faut prendre le Peuple tel qu’il est et non tel qu’il devrait être... Je suis persuadé que le décret attirera sur la Convention les bénédictions de la plus grande partie du Peuple Français ».
Le sens et la portée des prescriptions de cette loi sera maintenant facile à saisir :
La Convention nationale, voulant assurer de plus en plus le libre exercice du culte, décrète :
Art. I. — Les citoyens des communes et sections de commune de la République auront provisoirement le libre usage des édifices non aliénés, destinés originairement aux exercices d’un ou de plusieurs cultes, et dont elles étaient en possession au premier jour de l’an 2 de la république. Ils pourront s’en servir sous la surveillance des
ORATOIRES OFFICIELS A PARIS autorités constituées, tant pour les assemblées ordonnées par la loi que pour l’exercice de leur culte.
Art. II. — Ces édifices seront remis à l’usage des dits citoyens, dans l’état où ils se trouvent, à la charge de les entretenir et réparer, ainsi qu’ils verront, sans aucune contribution forcée.
Art. III. — Il ne sera accordé qu’un seul de ces édifices pour chacun des douze arrondissements de Paris ; dans la prochaine décade, au plus tard, le directoire du département de Paris désignera ces douze édifices, en préférant parmi les anciennes églises, celles qu’il jugera les plus convenables, eu égard à la centralité, à l’étendue et au meilleur état de conservation.
Art. IV. — Lorsque des citoyens de la même commune ou section de commune exerceront des cultes différents ou prétendus tels, et qu’ils réclameront concurremment l’usage du môme local, il leur sera commun ; et les municipalités fixeront pour chaque culte les jours et heures les plus convenables, ainsi que les moyens de maintenir la décence et d’entretenir la paix et la concorde.
Art. V. — Nul ne pourra remplir le ministère d’aucun culte dans les dits édifices, à moins qu’il ne se soit fait décerner acte devant la municipalité du lieu où il voudra exercer, et de sa soumission aux lois de la république. Les ministres des cultes qui auront contrevenu au présent article et les citoyens qui les auront appelés ou admis, seront punis chacun de mille livres d’amende par voie de police correctionnelle.
Art. VI. — Les municipalités et les corps administratifs sont chargés de l’exécution de la présente loi, et les procureurs généraux syndics de département en rendront compte au comité de sûreté générale, de décade en décade.
Conformément à l’article III de la loi, le di-
RÉOUVERTURE CLANDESTINE rectoire de Paris désigna les églises qui seraient rouvertes ; c’étaient Saint-Thomas d’Aquin, Saint- ■Sulpice, Saint-Jacques du Haut-Pas, Saint-Étienne du Mont, Notre-Dame, Saint-Médard, Saint-Roch, Saint-Eustache, Saint-Germain-l’Auxerrois, Saint- Merry, Saint-Nicolas-des-Champs, Saint-Gervais.
Cependant, à Paris, moins qu’ailleurs, l'impatience populaire n’avait eu garde d’attendre ce décret pour reprendre possession de plusieurs des anciennes églises. L’Administration des Domaines n’avait pu s’y opposer (1). Le Commissaire de police de la section du Finistère dénonce, dans son rapport du 26 germinal, la réouverture clandestine de la ci-devant église Saint-Médard (voir notre 2 e Partie). On s’aperçoit que plusieurs autres bâtiments nationaux ont pareillement été livrés au culte, sans aucune location, avant le décret de prairial : on cite le Presbytère de Saint-André-des-Arts, les Orphelins du Vieux -Colombier, le Saint -Sacrement de la rue Cassette, la Visitation de la rue .Jacques, une salle du Séminaire Magloire même rue, les Filles - Bleues dites Annonciades rue Culture Sainte - Catherine, le Presbytère Nicolas des Champs, Saint - Cosme rue de l’École de Santé, la Maison Nationale du n° 66 rue de la Fraternité.
Le Ministère des Finances veillera avec plus de soin désormais ; la liberté des cultes n’empêchera pas l’œuvre d’aliénation des anciens biens ecclé-
(1) Arch. Seine. Domaines. Carton 2, 4021.
d’édifices nationaux siastiques de s’achever. De jour en jour, on verra la location des édifices non officiellement restitués aux citoyens, se transformer en vente définitive. Ajoutons que, fort heureusement, il nous sera donné de le constater, un certain nombre de chrétiens sérieux, en se portant acquéreurs, n’eurent pour tyùt que de sauver les églises ou lieux sacrés, et df’en assurer la jouissance légale à leurs prêtres.
Le culte catholique s’empressa de profiter à Paris de la part de liberté conquise. Les rapports de Police (1) en font foi :
13 prairial (1 er juin). — Les boutiques sont presque toutes fermées, sans doute à cause du dimanche.
14 prairial. — Dans les oratoires desservis par les ministres réfractaires et les prêtres sermentés, tout s’y est passé avec ordre, et on n’y a proféré aucune maxime contraire aux principes du gouvernement.
17 prairial . — Beaucoup de boutiques ont été fermées hier à cause de la fête ( Fête-Dieu ).
Le 30 prairial, le Directoire du Département ajoutait aux 12 églises désignées pour les arrondissements de Paris, trois nouveaux édifices pour les faubourgs : Saint-Philippe du Roule, Saint-Laurent et Sainte-Marguerite.
4 messidor (22 juin). — C’est hier que le culte a été rétabli officiellement; quelques citoyens trouvent qu’on donne trop d’extension au culte ; d’autres déclarent que le libre exercice du culte catholique vient de répandre la joie. La distribution du pain béni à Saint-Gervais a excité un petit mouvement, chaque citoyen voulant prendre plus 1 d’un morceau.
(1) Auteurs cités. Ibidem.
PREMIERS OFFICES A SAINT-GERVAIS
5 messidor . — Culte. — A propos de la distribution du pain béni à Saint - Gervais, on pense qu’il serait prudent de faire suspendre cette distribution pendant le temps que durera la cherté du pain.
Compte rendu par le département de Paris au Comité de législation pour messidor an 3.
I e décade. — Culte. — Parmi les édifices désignés par la loi du 30 prairial, plusieurs sont actuellement ouverts’ Mais d’autres pas encore. Le département demande des ordres pour l’ouverture des édifices encore remplis de denrées et des marchandises dépendantes des commissions. Le département surveillera avec le plus grand soin la conduite des ministres et des (fidèles), préviendra les troubles qui pourraient naître et que la malveillance chercherait à entretenir. Le 3, l’église Saint-Gervais... a été ouverte. Le culte a été célébré matin et soir par le représentant Royer, évêque de l’Ain. Les deux discours qu’il a prononcés étaient dans les meilleurs principes et respiraient cette philosophie douce et persuasive capable de consoler des maux passés, et de ramener les esprits à des idées d’ordre et de tranquillité, seules bases de bonheur des États.
2 e décade. — Culte. — Notre-Dame et Saint - Sulpice ne sont pas encore ouverts. Le département a plusieurs fois écrit dans ce sens. — Môme plainte relativement à Saint-Laurent et Saint-Nicolas-des^Champs.
Le 26 thermidor (13 août), Saint-Laurent était ouvert.
Le 28 thermidor, fête de l’Assomption, au milieu d’une assistance immense, avait lieu la purification et la bénédiction de Notre - Dame. Et le rapport de la 3 e décade constatait qu’aucun fait contre
CONSTITUTIONNELS ET REFRACTAIRES 19
l’ordre et la décence, ni contre les principes du Gouvernement, ne s’était produit dans les églises.
Dans ces rapports de police, on a pu remarquer que les églises occupées par le clergé assermenté et celles qui étaient rendues aux anciens réfractaires, mais qui avaient fait la promesse de soumission aux lois de la République, étaient traitées sur le pied d’une égalité complète. La défiance de la Convention et de son Comité de sûreté générale en sera bientôt mal impressionnée. Une circulaire invite l’administration départementale à préférer les prêtres constitutionnels aux autres pour la remise des églises. La réponse fut assez ferme [Rapport du Département pour fructidor) : C’est aux citoyens, d’après la loi, à choisir leurs ministres des cultes, et non à l’administration. D’après le Comité de législation (1), seule la déclaration de soumission est exigible pour exercer le culte ; rien ne demande un retour sur le passé.
A la suite de la loi du 20 fructidor, que nous apprécierons plus loin, on demandait aux différentes sections de Paris d’exiger l’acte de soumission de tous les prêtres desservant les oratoires tant privés que publics. « Les Comités civils (2) des Sections du Contrat Social, du Luxembourg, des Champs - Élysées, de l’Arsenal, du Muséum et de Brutus répondent que les ministres qui exer-
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