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Préface
Chargés, par une disposition testamentaire de M. Demarquay, de publier un ouvrage sur les maladies chirurgicales du pénis dont il s'occupait depuis longtemps, nous n'avons pas cru devoir en décliner l'honneur ni la lourde responsabilité. Notre regretté maître a sans doute pensé qu'ayant été à différentes époques invités par lui à rechercher des matériaux en vue de cet ouvrage, nous serions par là mieux à même de surveiller la publication de son manuscrit.
Pour remplir notre tâche, nous avions à choisir entre deux partis : mettant à profit les documents considérables réunis par notre maître, nous pouvions y ajouter le résultat de notre travail personnel et en faire ainsi un tout assez complet, qui se serait rapproché le plus possible du livre tel que le concevait son auteur ; ou, autrement, nous n'avions qu'à coordonner ces matériaux , y faire les raccords nécessaires et les publier à peu près tels quels.
Nous avons songé un instant à mettre le premier projet à exécution; mais certaines circonstances extrascientifiques nous en ont détournés. L'un de nous le reprendra plus tard, parce qu'en somme il y a là une foule
VI PRÉFACE.
de points à peine indiqués par les auteurs, un peu incomplètement traités dans cet ouvrage, et qui mériteraient de plus amples développements.
En définitive, c'est au dernier parti que nous nous sommes arrêtés.
Nous regrettons vivement que cette publication ne réalise pas les espérances qu'avait conçues M. Demarquay : le sujet qui y est traité faisait depuis si longtemps l'objet de ses préoccupations, qu'il en aurait certainement tiré une œuvre tout à fait remarquable, telle qu'on était en droit de l'attendre de lai après les travaux qu'il avait déjà fait paraître, surtout après son livre sur la Régénération des tissus. Le choix seul du sujet témoigne au moins de l'esprit d'originalité dont notre maître a donné plus d'une preuve dans sa carrière si bien remplie et si brusquement interrompue.
G. Voelker et J. Gyr.
TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES
Préface v
Préliminaires. Considérations ahalom'iqucs sur le pénis 1
Enveloppes de la verge 1
Corps caverneux 3
Urèthre et gland 4
Vaisseaux et nerfs 9
Chapitre I. Des contusions du pénis 13 Chapitre IL Des plaies du pénis 19
Art. i. Plaies par instruments tranchants 19
Art. ii. Plaies par instruments piquants 29
Art. m. Plaies contuses 35
Art. iv. Plaies par armes à feu 59
Art. v. Plaies par morsure et arrachement 73
Chapitre III. Fractures et luxations 86
Art. i. Fracture du pénis 86
Art. ii. Luxation du pénis 94
Chapitre IV. Corps étrangers du pénis 104
Art. i. Corps étrangers d'origine interne 104
§ 1. Calculs urinaires 104
A. Calculs arrêtés dans la région membraneuse 107
B. Calculs arrêtés dans la portion spongieuse 120
C. Calculs situés entre le gland et le prépuce 138
§2. Corps étrangers constitués par la matière sébacée. 145
Art. h. Corps étrangers introduits dans l'urèthre 146
Chapitre IV. Phlegmon et abcès du pénis 183
Art. i. Inflammation du tissu cellulaire 183
§ 1. Phlegmon et abcès ne se rattachant pas à une lésion du canal 484
VIII TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES.
§ 2. Phlegmons et abcès succédant à un état pathologique de l'urèthre ''86
Art. h. Inflammation des glandes bulbo-uréthrales 202
Art. m. Inflammation du bulbe et du corps caverneux.. . . 227
Chapitre I. Tumeurs liquides du pénis 276 Art. i. Œdème du pénis 276
Art. ii. Tumeurs urineuses -81
§ 1 . Tumeur formée par l'urine accumulée 'dans une
des cavités du pénis 281
A. Tumeur formée par un épanchement d'urine dans
la cavité du prépuce 282
B. Tumeur formée par l'accumulation de l'urine dans
une dilatation de l'urèthre 28-4
§ 2. Tumeurs formées par l'urine épanchée dans le
tissu cellulaire -92
A. Tumeurforméeparuneinfiltrationsous-muqueuse. 293
B. Tumeur formée par une infiltration d'urine clans
les tissus du pénis 294
Art. ni. Tumeurs vasculaires *98
§ 1 . Anévrysmes et épanchements sanguins 298
§ 2. Varices du gland et du prépuce 306
§ 3. Dilatation des lymphatiques 309
Chapitre II. Tumeurs solides 3J5
Art. i. Kystes sébacés 31o
Art. h. Végétations du gland et du prépuce 318
Art. m. Productions cornées du gland 326
Art. iv. Polypes de l'urèthre 333
Art. v. Inflammation chronique des corps caverneux 341
Art. vi. Induration plastique des tissus érectiles du pénis. 344
Art. vu. Ossification du pénis 352
Chapitre III. Affections cancéreuses du pénis 335
Art. i. Anatomie pathologique 355
§ 1 . Du cancroïde du pénis 357
1° État des diverses parties du pénis dans le cancroïde de cet organe 360
TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES. IX
2° Étude microscopique du cancroïde du pénis. . 371 2. Du cancer de la verge 37G
1° Description générale du cancer du pénis .... 377 2° Examen des diverses parties du pénis dans le
cancer de cet organe 378
3° Propagation du cancer du pénis 381
4° État des principaux viscères dans le cancer du
pénis 385
5° Examen microscopique du cancer du pénis. . . 386
Art. ii. Étiologie 387
Art. m. Symptômes, marche, complications, diagnostic et
pronostic 393
Art. iv. Traitement 413
§ 1 . Considérations générales , 415
§ 2. Méthodes d'amputation du pénis :
1° Par la ligature 421
2° Par l'écraseur linéaire 423
3° Par le cautère actuel 426
4° Par la galvanocaustie 427
5° Par l'instrument tranchant 430
§ 3. Des suites de l'amputation du pénis 456
A. Pendant le cours du traitement :
1 ° Hémorrhagie 456
2° Tétanos 457
3° Érysipèle simple 458
4° et 5° Érysipèle gangreneux et infiltration uri-
neuse 458
6° Rétrécissement momentané de l'urèthre 565
7° Phlébite et infection purulente 470
8° Disparition de l'engorgement inguinal 471
B. Après la guérison de l'opération :
1° Rétraction du moignon -471
2° Engorgement des ganglions inguinaux et récidive 473
3° Généralisation du cancer 478
4° Aggravation de l'état général 479
5° Influence de l'amputation du pénis sur le moral
des opérés 479
6° Emission des urines après l'amputation du
pénis 481
7° Degré de gravité de l'amputation du pénis. . . 481
Tableau synoptique de 134 cas de cancer du pénis 484
Chapitre IV. Anomalies de l'urèthre 568
Art. i. Absence de Purèthre. . 568
Art. ii. Occlusion de l'urèthre 568
§ 1 . Atrésie du méat 569
§ 2. Rétrécissement congénital de l'urèthre 572
§ 3. Occlusion complète 575
1° Par les téguments seuls 575
2° Par la muqueuse seule 576
3° Par transformation en cordon plein 577
Art. m. Dilatation congénitale de l'urèthre 583
Art. iv. Hypospadias 5b'5
§ ] . Variétés d'hypospadias :
1° Hypospadias balanique 586
2° Hypospadias pénien 589
3° Hypospadias scrotal 592
§ 2. Troubles fonctionnels liés à l'hypospadias :
1° Emission de l'urine 593
2° Fonctions génératrices 596
§ 3. Diagnostic 596
§ 4. Mode de formation 597
§ 5. Traitement 597
1° Perforation 599
2° Uréthroraphie 601
3° Uréthroplastie 602
Art. v. Épispadias 606
Art. vi. Embouchure anormale du méat 625
Art. vu. Gland à orifices multiples 626
MALADIES CHIRURGICALES
DU PÉNIS
Au point de vue chirurgical, on pourrait distinguer dans le pénis cinq organes différents, dont un double ; ce sont : l'enveloppe de la verge, le prépuce, le gland, l'urèthre et les corps caverneux. Mais, anatomiquement, on doit considérer le prépuce comme un repli de la peau qui sert d'enveloppe au pénis, et le gland comme une simple expansion du tissu spongieux de l'urèthre. Nous décrirons donc successivement les enveloppes de la verge et le prépuce, les corps caverneux, l'urèthre et le gland ; nous terminerons enfin par les vaisseaux et nerfs de l'organe.
ENVELOPPES DE LA VERGE.
On a décrit quatre enveloppes ou plutôt quatre couches d'éléments anatomiques différents. Bien que cette division soit un peu artificielle, nous l'adopterons pour la commodité de la description.
(1) Le lecteur ne doit pas s'attendre à trouver ici une étude complète du pénis : les traités classiques d'anatomie descriptive et topographique y pourvoient d'une façon très-suffisante. Nous voulons simplement rappeler les notions qui nous ont paru les plus intéressantes et les plus utiles pour la connaissance des maladies que nous allons décrire.
DEMARQUAY. t
1° Enveloppe cutanée. — Elle s'étend supérieurement du pubis et inférieurement du collet du scrotum jusqu'à la base du gland. Toutefois sa longueur est en réalité plus considérable que ne semble l'indiquer l'espace circonscrit qu'elle occupe, si l'on tient compte que chez la plupart des sujets elle se réfléchit pour recouvrir en totalité ou en partie la surface du gland. Ses caractères extérieurs aussi bien que sa structure varient suivant ses différentes régions : assez mince, plus ou moins velue, assez riche en tissu graisseux dans sa portion pubienne, l'enveloppe cutanée est devenue très-mince, glabre, et à peu près complètement dépourvue de tissu graisseux quand elle atteint la couronne du gland. Sa mobilité, si remarquable sur toute sa surface, est un peu diminuée à la partie postérieure du pénis, c'est-à-dire au niveau du raphé médian qui est en continuité avec celui des bourses. Le derme de l'enveloppe cutanée est très-riche en éléments élastiques.
2° Enveloppe musculaire. — Cette couche, décrite par Sappey, ne paraît pas généralement admise, bien qu'on ne conteste pas la présence de fibres lisses sous l'enveloppe cutanée. D'après l'auteur que nous venons de citer, elle suivrait le même trajet que la couche cutanée, et consisterait en faisceaux innombrables de fibres lisses dont l'ensemble est désigné par Sappey sous le nom démuselé péri-pénien. La direction des fibres est généralement circulaire ; au niveau de l'orifice du prépuce, leur continuité constituerait un véritable sphincter. Nous laissons au savant professeur la responsabilité de cette opinion, qui ne nous paraît pas très-fondée.
3° Enveloppe celluleuse. — Cette couche est formée par du tissu cellulaire complètement dépourvu de graisse et doué d'une grande laxité qui rend compte de l'œdème dont s'accompagnent souvent les lésions du pénis, et notamment le cancer. C'est dans cette enveloppe que se trouvent les vaisseaux de la peau de la verge.
4° Couche fibro-élastique et ligament suspenseui\ — La verge est entourée en arrière par des bandelettes fibreuses qui, parties de la symphyse et des branches du pubis, forment, en se réunissant au-dessous du pénis, une sorte de collier qui a pour effet de donner une certaine fixité à cet organe pendant l'érection. Les fibres du ligament suspenseur viennent se confondre avec celles de l'enveloppe élastique pénienne. Celle-ci forme autour des corps caverneux et de l'urèthre une gaîne assez résistante, quoique très- flexible, qui maintient ces organes solidement unis, en même temps qu'elle se prête aisément à la dilatation considérable du pénis durant l'érection.
PRÉPUCE.
La peau de la verge, en se repliant sur elle-même à partir du niveau de la couronne du gland, constitue le prépuce. Cet organe est donc formé des mêmes éléments anatomiques que la peau du pénis, si ce n'est que leurs couches s'y trouvent en double . Il y a encore cette différence que la couche cutanée, en se repliant, perd un peu de son aspect habituel et tend à ressembler à la muqueuse du gland avec laquelle elle s'unit à la base de cet organe. Le prépuce est fixé à la partie postérieure et médiane du gland par un prolongement auquel on a donné le nom de frein de la verge, et qui est remarquable par sa richesse en vaisseaux sanguins et lymphatiques. C'est également près de la couronne du gland que se trouvent les glandes sébacées préputiales, dont la sécrétion accumulée et durcie a parfois fait croire à l'existence d'une tumeur de tout autre nature.
CORPS CAVERNEUX.
Les corps caverneux sont deux organes similaires, juxtaposés, constitués par du tissu érectile ; ils forment en quelque sorte la charpente de la verge : c'est en effet- à leur gonflement qu'est dû en grande partie le développement que présente la verge dans l'érection. Ils s'étendent de la tubérosité ischiatique, où prennent attache leurs racines, jusqu'à la base du gland dans lequel ils s'enfoncent. Séparés à leur origine, les corps caverneux suivent la branche ascendante de l'ischion jusqu'au niveau de la symphyse pubienne, où ils se réunissent à l'urèthre pour former la verge. Les corps caverneux présentent assez l'aspect des deux canons d'un pistolet à deux coups ; ils sont assez sensiblement aplatis de haut en bas ; de leur juxtaposition résultent deux dépressions parallèles et en quelque sorte adossées, destinées à recevoir, l'une, la supérieure, les principaux vaisseaux du pénis ; l'autre, l'urèthre. Leur volume diminue un peu à leur extrémité antérieure, sans cependant être fusiforme comme leur racine. Bien qu'indépendants pendant une partie de leur trajet et séparés par une cloison fibreuse dès qu'ils se trouvent accolés, les corps caverneux communiquent cependant entre eux assez largement par plusieurs ouvertures percées dans cette cloison, surtout en avant.
Structure des corps caverneux. — Les corps caverneux sont constitués par un tissu composé d'une multitude de trabécules fibreuses, se croisant en tous sens et se fixant à la tunique fibreuse qui sert d'enveloppe aux corps caverneux et fournit leur cloison. Ce tissu, appelé spongieux à cause de son aspect, est un mélange de fibres celluleuses, de fibres élastiques et de fibres musculaires lisses. L'utilité physiologique de leur association se comprend aisément : les celluleuses et les élastiques permettent au corps caverneux de se laisser distendre et lui font reprendre son volume primitif; les fibres lisses sont destinées à relâcher ou resserrer les parois des petits vaisseaux qui s'y trouvent en si grand nombre. Nous reviendrons plus tard sur ces derniers.
URÈTHRE ET GLAND.
Divisions. — L'urèthre a été divisé en plusieurs portions, suivant les divers tissus ou régions avec lesquels il est en rapport. Ainsi , on distingue une portion spongieuse, qui s'étend du méat au cul-de-sac du bulbe; une portion musculeuse ou membraneuse, qui va du bulbe au sommet de la prostate, et une portion prostatique, qui fait suite à la précédente et atteint le col de la vessie. On" a proposé de ne diviser l'urèthre qu'en deux parties, l'une pénienne et l'autre périnéale. Toutes ces divisions sont aussi rationnelles les unes que les autres : toutefois' la première nous semblerait préférable, parce qu'elle est plus chirurgicale qu'anatomique.
Etendue. — Quelle est l'étendue de l'urèthre ? Les auteurs, anatomistes et chirurgiens, sont fort peu d'accord sur cette question, et leurs divergences tiennent uniquement à la variété des procédés employés pour cette mensuration. Nous ne pouvons ici entrer dans les détails, ni discuter les procédés et leurs résultats. De l'étude comparée des documents sur cette question, ainsi que de nos propres recherches, nous pouvons déduire les données suivantes : dans l'état de flaccidité du pénis, l'urèthre a une longueur moyenne de 14 à 16 centimètres ; dans l'érection, il peut acquérir de 20 à 22 centimètres. Les mêmes variations se présentent pour déterminer la longueur relative de chacune des trois portions énumérées plus haut. Toutefois on admet généralement que la portion spongieuse occupe les trois quarts de la longueur totale de l'urèthre, et que la portion prostatique a une longueur double et quelquefois triple de celle de la région membraneuse. Il est à peine besoin d'ajouter que, le tissu de l'urèthre étant très-extensible, les tractions que l'on exerce sur la verge suffisent pour modifier notablement les dimensions que nous avons indiquées.
Direction. — Il en est de la direction comme de l'étendue : le désaccord entre les auteurs tient aussi à la façon dont on étudie l'urèthre, à l'inclinaison du bassin, etc. Tout le monde cependant admettra dans l'urèthre une portion mobile et une portion fixe, cette dernière s'étendant de l'angle du pénis, situé au niveau du ligament suspenseur, jusqu'à la vessie. La portion mobile étant à peu près rectiligne, on comprend qu'en l'élevant suffisamment, on puisse arriver à la mettre en continuité de direction avec la portion fixe. Toutefois ces deux parties ne peuvent former une ligne rectiligne bien ré-
6 PRELIMINAIRES.
gulière, attendu que la partie postérieure de Furèthre décrit une courbe très-sensible dont la concavité regarde en haut et un peu en avant. Somme toute, on peut, sans adopter complètement l'opinion d'Amussat, reconnaître que l'urèthre, quoique rectiligne d'abord et curviligne ensuite, est susceptible de prendre une direction à peu près tout à fait rectiligne, et cela se constate tous les jours par la facilité avec laquelle le canal admet et garde sans inconvénient des sondes droites rigides, sans qu'il soit besoin de l'aider en tirant à soi la verge, manœuvre qui ne paraît pas avoir pour effet de diminuer notablement la courbure de la portion périnéale.
Calibre. — Le canal de l'urèthre présente un calibre très-irrégulier, ou plutôt une série de coarctations et de dilatations, se succédant les unes aux autres. Ainsi, en commençant par l'extrémité libre du canal, nous trouvons : 1° Un rétrécissement au méat ;
2° Une dilatation au niveau du gland, à laquelle on a donné le nom de fosse naviculaire; 3° Une partie rétrécie entre le gland et le bulbe ; 4° Une deuxième dilatation au niveau du bulbe, désignée sous le nom de cul-de-sac du bulbe;
5° Un rétrécissement au niveau de la portion membraneuse ; 6° Une autre dilatation à la région prostatique ; 7° Une dernière partie rétrécie, qui n'est autre que le col de la vessie.
Chez la grande majorité des sujets, les choses se passent ainsi. Toutefois il est important de noter que la région prostatique et la région du col vésical sont, au point de vue du calibre, un peu en raison inverse de l'âge, c'est-à-dire que plus on avance en âge et plus le calibre de la région prostatique l'emporte sur celui de la région du col vésical ; le contraire a lieu chez les jeunes sujets, sur lesquels cette dernière peut être plus large que l'autre. Quoi qu'il en soit, la portion la plus rétrécie du canal chez la plupart des individus, c'est la région membraneuse, de même que la région prostatique est généralement la plus large. Du reste, de même que nous avons vu l'urèthre s'étendre considérablement par la traction, de même son calibre est susceptible aussi de se dilater proportionnellement dans ses diverses régions, sauf au niveau du méat, lequel est très-peu extensible. C'est au niveau de l'union de la portion spongieuse avec la portion membraneuse que se trouve le collet du bulbe, formé par une bride musculofibreuse ; au-dessous du collet existe une légère dépression ou cul-de-sac du bulbe, contre lequel vient très-souvent buter le bec de la sonde, et qui par ce fait se trouve assez fréquemment le point de départ de déchirures et de fausses routes.
Structure de l'urèthre. — Dans sa portion spongieuse, l'urèthre est enveloppé du corps spongieux, qui forme sa charpente, et dans lequel il est en quelque sorte creusé, mais de manière que la couche supérieure du tissu spongieux soit beaucoup moins épaisse que la couche inférieure. Le corps spongieux de l'urèthre est terminé à ses deux extrémités par un renflement, dont l'un, le postérieur ou bulbe, est situé au-dessous du canal, tandis que le renflement antérieur ou gland se trouve au-dessus; ce qui explique pourquoi l'axe du pénis n'est pas complètement parallèle à celui du canal uréthral.
Le gland, expansion terminale du corps spongieux, ne présente rien de bien particulier à signaler. Le développement qu'il paraît avoir extérieurement au niveau de sa base est un peu fictif, attendu que l'extrémité arrondie de chaque corps caverneux pénètre assez avant dans sa substance, ou du moins dépasse très-sensiblement le plan qu'on mènerait par cette base. Le gland est maintenu en connexion avec les corps caverneux au moyen d'un tissu cellulaire très-dense. Des vaisseaux établissent une communication assez large entre ces divers organes. Ajoutons encore que la muqueuse n'offre point de glandes.
Le bulbe présente cette analogie avec les corps caverneux, qu'il est séparé en deux parties égales par une cloison fibreuse formée par un prolongement de la tunique albuginée qui l'enveloppe.
La structure du tissa spongieux de l'urèthre est à peu près la même que celle des corps caverneux. Les différences qu'on signale sont de peu d'importance : ainsi , d'après Frey, son enveloppe serait plus mince, ses capillaires plus étroits et ses trabécules plus délicats.
La portion membraneuse est appelée aussi musculeuse, à cause des muscles importants avec lesquels elle se trouve en rapport. C'est la région la plus étroite du canal ; c'est également le siège le plus fréquent des spasmes de l'urèthre, qui rendent parfois le cathétérisme fort difficile et même momentanément impossible. La portion membraneuse de l'urèthre est en rapport par sa face supérieure avec le muscle de Wilson et le plexus de Santorini ; en bas, avec la couche musculaire qui la sépare de la partie inférieure du rectum, c'est-à-dire avec les muscles bulbo-caverneux, transverse et le sphincter externe de l'anus. C'est dans cette couche musculaire que se trouvent les glandes bulbo-uréthrales qui occupent l'angle formé par l'union du bulbe avec le corps de l'urèthre et dont le conduit excréteur, long de 25 à 35 millimètres, s'ouvre dans la portion spongieuse du canal.
Je ne parlerai pas de la portion prostatique de l'urèthre ni de la prostate, organe dont la description ne peut se séparer de celle de la portion correspondante de l'urèthre. L'étude de cet organe et de cette région intéresse spécialement les maladies des voies urinaires, qui n'entrent pas dans le cadre que je me suis tracé et dont je ne m'occuperai dans ce livre que tout à fait accidentellement.
Structure générale de la muqueuse. — La muqueuse uréthrale est constituée par deux couches, l'une épithéliale, et l'autre, la plus importante, élastique. Cette dernière se compose d'une quantité considérable de fibres élastiques qui se croisent dans tous les sens, et qui s'unissent avec la couche sous-jacente, formée de faisceaux de fibres lisses longitudinales et offrant une épaisseur d'environ un demi-millimètre. La prédominance des fibres élastiques dans la muqueuse rend compte de sa grande extensibilité en même temps que de son pouvoir rétractile.
La muqueuse présente sur toute la longueur de sa face interne un grand nombre d'orifices dont les plus larges peuvent donner au rebord muqueux qui les entoure l'apparence d'un repli valvulaire : ces petits pertuis ne sont autre chose que les orifices excréteurs des petites glandes disséminées dans la couche musculaire sous-muqueuse. Parmi ces glandes, celles de Littre sont les plus connues. Il est utile de se rappeler que ces foramina, comme les appelait Morgagni, assez larges parfois pour admettre et par conséquent arrêter l'extrémité des bougies de fin calibre, se trouvent situés principalement à la paroi supérieure du canal.
VAISSEAUX ET NERFS DU PÉNIS.
Artères. — Les artères de la verge sont fournies par la honteuse interne, branche terminale de l'hypogastrique , sauf quelques branches peu importantes qui se distribuent aux enveloppes de la verge et qui viennent de la honteuse externe, branche de la fémorale. L'artère honteuse interne longe la branche ischio-pubienne, fournit l'artère bulbeuse et se termine au niveau de l'angle de réunion des deux corps caverneux en donnant l'artère caverneuse et la dorsale de la verge.
\J artère bulbeuse se distribue principalement à la base et aux parties latérale et inférieure du corps spongieux. Les divisions se ramifient en bouquets d'artérioles, comme les artères des corps caverneux, et se terminent la plupart dans les aréoles ; d'autres se distribuent aux trabécules et à la tunique musculaire de l'urèthre.
\ï artère dorsale chemine le long du dos de la verge après avoir été en rapport avec la racine des corps caverneux et le ligament suspenseur de la verge. Dans son trajet elle fournit un certain nombre de branches demi-circulaires qui s'anastomosent avec celles du côté opposé, alimentent en partie les
PRÉLIMINAIRES.
corps caverneux, et qui se divisent en rameaux très-fins destinés au corps spongieux'. L'artère dorsale se termine dans le gland.
lî artère caverneuse pénètre dans chaque corps caverneux par sa racine, chemine le long de la cloison par où elle communique avec celle de l'autre côté, et fournit des branches d'où se détachent quantité de rameaux qui eux-mêmes donnent naissance à des touffes de ramuscules ; ces derniers se contournent en spirale, d'où le nom (¥ artères hélicines qu'on leur a donné, et vont s'ouvrir dans les aréoles du tissu caverneux.
Ces divisions artérielles sont très-riches en fibres musculaires et jouent le principal rôle dans le phénomène de l'érection.
Veines. — De même que dans le corps de la verge le système artériel est prédominant, de même les veines présentent plus d'importance dans les téguments de cet organe. Les radicules veineuses les plus fines donnent lieu à deux troncs qui tantôt s'anastomosent ou plus rarement se réunissent pour ne former qu'un seul tronc médian; dans ce dernier cas, on lui donne générale-
Fig. l.-Artère^veinesetnerfs ment le nQm de ^ méd(ane Qn mim
La veine dorsale occupe la dorsale superficielle, pour la distinguer
partie médiane ; l'artère dorsale
raccompagne des deux côtés, et de laveine dorsale des corps caverneux,
au-delà de l'artère se voient les ... . . , ■
principales ramifications ner- quin estjamais apparente sous la peau. veuses- Les veines dorsales superficielles se
jettent dans la saphène interne.
Dtis aéroles des corps caverneux ou des gros capillaires qui s'y terminent naissent les veines qui parcourent la cloison et
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES SUR LE PÉNIS. H
les parois des corps caverneux et se rendent, les unes dans les veines superficielles, d'autres dans les plexus veineux, ou enfin dans la veine dorsale profonde, qui reçoit aussi les bran-
Fig. 2. — Vaisseaux lymphatiques du pénis.
ches veineuses qui viennent du corps spongieux de l'urèthre.
Dans le corps spongieux de l'urèthre, comme dans les corps
caverneux, les veines naissent des capillaires qui baignent
dans les aréoles. Celles du gland, ainsi que les veines latérales, forment la veine dorsale. Celles du bulbe se rendent dans le plexus de Santorini; d'autres moins importantes se rendent dans les veines honteuses internes.
Lymphatiques. — Le pénis possède un réseau lymphatique superficiel très-riche, principalement au gland, ainsi qu'on peut le voir sur plusieurs belles préparations déposées dans les musées d'anatomie, et comme le représente la figure 2. Ce réseau , constitué par des ramifications très-fines, s'anastomose avec un autre réseau plus profond, à mailles plus larges, d'où résultent deux troncs lymphatiques qui cheminent sur le dos de la verge et se rendent dans les ganglions inguinaux internes. Les lymphatiques du prépuce, très-remarquables également, se réunissent au niveau de la base du gland à ceux de ce dernier organe, de même d'ailleurs que ceux de la muqueuse de l'urèthre,
Nerfs du pénis, — Les nerfs de la verge, appartenant au système rachidien, viennent du nerf honteux interne qui fournit deux branches ; l'une, supérieure, est la continuation et la terminaison du nerf honteux interne ; c'est la branche dorsale ou pénienne, qui suit la direction de l'artère dorsale depuis le pubis jusqu'au gland, distribue en route des rameaux à la face supérieure et aux parties latérales du pénis, aux corps caverneux, et même au corps spongieux, ainsi qu'à la muqueuse de l'urèthre, et se termine dans le gland et le prépuce. La branche inférieure ou périnéale fournit des filets nerveux à la face inférieure du pénis, aux muscles de l'urèthre, au bulbe et à la muqueuse. Ajoutons enfin que quelques filets de la branche génitale du petit nerf sciatique se distribuent à la peau du pénis.
Chapitre I Des Contusions Du Pénis
La contusion du pénis réclame rarement l'intervention chirurgicale : j'entends la contusion simple et superficielle et non celle qui atteint les parties profondes de l'organe et qui entraîne avec elle des désordres plus ou moins considérables.
Elle peut siéger sur la portion libre du pénis , portion pénienne proprement dite, ou sur sa partie profonde, interne, ou périnéale. Elle intéresse alors, suivant son intensité, la peau, le tissu cellulaire, le tissu spongieux ou caverneux, les vaisseaux et nerfs, l'urèthre enfin ; et sa symptomatologie varie suivant les tissus affectés.
La contusion superficielle s'observe rarement à la portion pénienne; comme dans toutes les autres parties du corps, elle est produite par la chute d'un corps plus ou moins lourd, ou par un coup porté sur la verge, surtout si l'organe est en érection. Voillemier cite le fait d'un homme qui, se trouvant en érection, reçut un coup de pincettes un peu en avant du scrotum. Il eut une déchirure du canal sans que la peau fût intéressée. Dufour a rapporté, dans la Gazette médicale (26 avril 1834), le fait de la rupture de la veine dorsale du pénis par une cause au moins singulière. Il s'agit d'un jeune homme assis dans un salon et sur lequel était tombée une jeune fille qui en reculant avait frappé de tout son poids le pénis en demi-érection : une hémorrhagie assez considérable se produisit aussitôt, mais l'accident n'eut pas de suite.
D'autres fois, la contusion est le résultat d'une compression exagérée, continue, anormale toujours, produite par la présence d'un calcul uréthral ou d'un corps étranger quelconque, traversant le canal ou y séjournant. Cette cause n'est point si rare qu'on le pense ; et telle uréthrite ne reconnaît d'autre origine que le passage brusque ou répété de sondes ou de corps durs dirigés par la main du malade lui-même : c'est là assez souvent la cause de ces uréth rites traumatiques que les malades hésitent à faire connaître et qui cèdent à l'emploi des émollients ou antiphlogistiques ordinaires.
Un calcul uréthral devient quelquefois, par sa présence, le noyau d'une inflammation traumatique qui est loin d'avoir toujours un caractère bénin ; j'ai même vu, dans ces cas, survenir rapidement des accidents redoutables de gangrène, ceux de la simple contusion ayant passé inaperçus. Mais qu'elle vienne du dedans ou du dehors, la contusion du pénis peut être le résultat d'une action perpendiculaire ou oblique aux tissus. Dans le premier cas, ou elle passe inaperçue, tant elle est légère, ou alors elle produit des phénomènes d'écrasement et de mortification, et donne lieu à des plaies contuses, graves, que nous étudierons dans un prochain chapitre. Dans le second cas, elle produit des éraflures, des décollements, et quelquefois des déchirures plus ou moins sérieuses de la peau, des vaisseaux et des nerfs. Il faut toutefois reconnaître que, par suite de la mobilité du pénis, ce mode d'action de la cause traumatique s'observe rarement.
Quoi qu'il en soit, la contusion du pénis est le plus souvent suivie d'une ecchymose ; celle-ci peut s'étendre au loin, en raison même de la laxité du tissu cellulaire sous-cutané 5 le plus ordinairement elle tend à gagner la région du prépuce, saiis cependant abandonner le voisinage de la racine du pénis» La peau devient souvent rapidement noirâtre, livide, surtout s'il y a eu rupture de quelques veines sous-cutahées. L'infiltration se fait alors très-rapidement, la peau de la verge se colore en entier et quelquefois simule au premier abord là gangrène du membre, Mais peu à peu cette coloration se mo-
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