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L'Occident à l'époque byzantine; Goths et Vandales

F. Martroye · 1904 · Scanned text

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Author
F. Martroye
Language
French
Published
1904
Length
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Contents (14)

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Introduction

La ruine de l'Empire Romain était consommée en Occident dès le milieu du v^ siècle de notre ère. Ses provinces, dévastées par une longue série d'invasions, présentaient le spectacle de la plus effroyable détresse, de la désorganisation la plus complète. « Si tout l'Océan avait inondé ce pays, dit un auteur contemporain, il n'y aurait pas fait de plus horribles dégâts. On nous a pris nos bestiaux, nos fruits, nos grains. Nos maisons, dans les campagnes, ont été ruinées par le feu et par l'eau. Le peu qui nous reste demeure désert et abandonné. Ce n'est là que la moindre partie de nos maux. Depuis dix ans, les Gotlis et les Vandales font de nous une horrible boucherie. Les châteaux bâtis sur les rochers, les bourgades situées sur les plus hautes montagnes, les villes environnées de rivières, n'ont pu garantir leurs habitants de la fureur de ces barbares. Partout, on a été exposé aux dernières extrémités. Si je ne puis me plaindre du massacre qu'on a fait, sans discernement, de tant de personnages considérables par leur rang, de tant de peuples, qui peuvent n'avoir reçu que le juste châtiment des fautes qu'ils avaient commises, ne puis-je pas, au moins, demander ce qu'ont fait tant de jeunes enfants, encore incapables de pécher et enveloppés dans le même carnage.

Il INTRODUCTION

« Pourquoi Dieu a-t-il laissé consumer ses temples par le feu ? Pourquoi a-t-il permis qu'on profanât les vases sacrés, la sainteté des vierges, la religion et la piété des veuves ? Les solitaires eux-mêmes, qui n'avaient point d'autre occupation, dans leurs grottes et dans leurs cavernes, que de louer Dieu nuit et jour, n'ont pas eu un meilleur sort que les plus profanes d'entre les hommes. C'est une tempête qui a emporté indifféremment les bons et les méchants, les innocents et les coupables. La dignité du sacerdoce n'a pas exempté ceux qui en étaient revêtus, de souffrir les mêmes indignités que la lie du peuple. Ils ont été enchaînés, déchirés à coups de fouet et condamnés au feu comme les derniers des hommes ^ »

Ces plaintes n'étaient point exagérées. L'auteur de ce poème eut lui-même part aux malheurs qu'il décrit. Il fut emmené captif, contraint de marcher, à pied et chargé, au milieu des chariots et des armes des barbares, avec la triste consolation de voir dans le même état son évêque, qui était un saint vieillard, et tout le peuple ^

A tant de maux, s'ajoutaient les souffrances causées par une administration tracassière et absorbante, par la rapacité du fisc, par l'avidité éhontée des magistrats et des fonctionnaires. L'administration romaine, prétendant tout régler, gens, choses et croyances, avait supprimé toute activité individuelle et ne permettait de se mouvoir qu'à travers un dédale de lois et de règlements. Elle ne cessait de resserrer, de plus en plus, les liens qui ligotaient la

1. Carmen de Providentia clivina, v. 26-b6(Migne, Patrologic Latine, t. LI, p. 617-618). Ce poème semble n'être pas de saint Prosper d'Aquitaine auquel il a été attribué (Migne, Patrologie Latine, t. LI, p. 615. — Gaston Boissier, La fin du Paganisme, t. II, Liv. V, chap. iv, p. 403).

2, Carmen de Providentia divina, v. .o7-60 (Migne, Patrologie Latine, t. LI, p. 618).

INÏRODUGTrON m

société tout entière. Prescrivant ce qu'il fallait croire, sous peine de châtiments, ordonnant quand et comment il fallait se marier, à quel âge et dans quelles conditions on pouvait entrer en religion ou dans le clergé, où et de quelle façon on devait vivre, le pouvoir impérial enlevait à ses sujets toute liberté de disposer de leurs personnes et de leurs biens, les écrasait de charges, auxquelles aucun asile ne pouvait les soustraire, et ne leur laissait d'autre espoir que la destruction de cet Empire, rendu odieux par tant de persécutions, de contraintes et d'exactions. Ce système de gouvernement, joint aux invasions, aux luttes religieuses et politiques, avait achevé de tarir les sources de prospérité. La diminution des fortunes acquises, la difficulté de créer des ressources nouvelles avaient amené partout la dépopulation des villes et des campagnes.

Un procès, qui fît grande sensation à Rome, en l'année 469, montre ce qu'étaient devenus les fonctionnaires romains ^ Un personnage, nommé Arvandus, nom qui semble indiquer qu'il pouvait être Perse ou Arménien, soit de naissance, soit d'origine, avait été, à deux reprises, préfet dans les Gaules. La première fois, il s'était acquis de la popularité ; mais la seconde fois, il mit sa province au pillage. Ruiné et perdu de dettes, il commit toutes sortes d'extorsions, par crainte de ses créanciers. Il n'épargna aucun moyen pour forcer les gens, même de la plus haute qualité, de lui fournir de l'argent. Non seulement il s'était rendu coupable de malversations, mais il avait adressé à Euric, roi des Visigoths, une lettre dans laquelle il lui conseillait de partager les Gaules avec les Burgundes et le

1. Cassiodori Chronica, ann. 469 ((''dit Mommscn, Monumenta Germanidî, in-i", Aiictores antiquissiini, t. X[, pars I, p. 158).

IV IINTRODUCTION

dissuadait de faire la paix avecTempereur Anthémius, qu'il appelait l'empereur grec ^

Un mag-istrat de Fétrange espèce d'Arvandus n'était pas alors une rare exception. Après lui, il y eut en Gaule un autre préfet, nommé Séronatus, qui commit les plus scandaleux excès et les plus effroyables violences". Ce Catilina de son siècle, comme l'appelle Sidoine Apollinaire, en vint à une véritable fureur. Ouvertement envieux, abjectement faux, orgueilleux comme un esclave parvenu, il ordonnait en maître et agissait en tyran \ Calomniant conmie un barbare et, comme juge, prononçant des confiscations, il ne cessait de punir de prétendus vols et volait lui-même, si publiquement qu'en sa présence, on ne pouvait s'empecber d'en rire. Toutes les ressources de son esprit étaient sans cesse employées à inventer de nouvelles taxes et à recbercber d'anciens délits. De sorte qu'il remplissait les forets de fugitifs et les prisons de prêtres '.

Il n'avait d'alfection et de bienveillance que pour les barbares. Insultant les Romains et exaltant les Gotbs, il foulait aux pieds les lois de Tbéodose et leur préférait les lois de Tliéoderic% Il se rendait fréquemment auprès

1. S'ulonii Apollinans epistolarum lib. I, episL. vu (\Iigne, Patrologie Latine, t. LVIII, p. 457-458. — Monumcnta Gennaniic, ia-4°, Auctores antiquissiini, t. VIH, p. 10).

2. Sidonii Apolliiiaris epistolarum lib. I[, epist. i (Migne, Patrologio Latine, t. LVIII, p. 471. — Monuai. Germ., in-4'', Auct. Antiq., t. VIll, p. 21).

3. Sidonii Apollinaris epistolarum lib. Il, epist. i (Migne, Patrologie Latine, t. LVIII, p. 471. — Monuni. Germ., in-4'', Auct. Antiq., t. VIII, p. 21).

4. Sidonii Apollinaris Epistolarum lib. II, epist. i (Migne, Patrologie Latine, t. LVIII, p. 472. — Monuni. Germ., in-4», Auct. Antiq., t. VIII, p. 21).

5. Sidonii Apollinaris epistolarum lib. II, ejois^.i (Migne, Patrologie Latine, t. LVIII, p. 472. — Monum. Germ., Jn-4o, Auct. Antiq., t. VIII, p. 22). Sidoine ApollinaiFo oppose les lois de Théodose aux; lois de Théoderic, à

INTRODUCTION v

d'Euric, le roi des Visigotlis, dont il favorisait les intrigues et que, suivant l'exemple d'Arvandus, il encourageait à se rendre maître des provinces de la Gaule ^ Ses rapines et sa tyrannie dit Sidoine Apollinaire, réduisirent toute la noblesse à l'alternative d'abandonner le pays ou d'entrer dans le clergé.

Les mœurs dont Tbistoire d'Arvandus et de Séronatus nous montre des exemples, n'étaient pas cboses nouvelles. « Cène sont pas seulement les magistrats qui commettent toute espèce d'excès, dit un auteur qui écrivait après l'an 435% ce sont aussi les fonctionnaires sous leurs ordres. Je ne dis pas seulement dans les villes, mais jusque dans les municipes et les bourgs, autant il y avait de curiales, autant il y a maintenant de tyrans; peut-être se féliciteront-ils d'être appelés de ce nom; peut-être s'en feront-ils un honneur ! Les bandits se glorifient quand on les dit plus atroces encore qu'ils ne sont. Quelle est, dis-je, la localité où les veuves et les orphelins ne sont pas dévorés par les principaux de la ville et oi^i les saints n'ont pas le même sort? Car ceux-ci ne veulent pas se défendre par zèle pour leur profession ou ne le peuvent pas, à cause de leur simplicité ou de leur humilité '\

« Quant aux magistrats, ils ne gouvernent pas ceux qui cause de la similitude dos noms et de l'effet qu'il reclierclie. Mais ce fut Euric et non Théoderic qui codifia les lois des Visigoths, comme nous l'apprend l'histoire d'Isidore [Isidori Historia Gothorum; Edit. Mommsen, Monum. Germ., in-i", Auct. Anti({., t. XI, p. 281).

1. Sidonii Apollinaris epistolarum lib. V, epist. xiir et lib. YH, episl . VII (Migne, Patrologie Latine, t. LVIII, p. 5i3 et p. 572-573. — Monum. Germ., in-4o, Auct. Antiq., t. VIII, p. 86 et p. 110-111).

2. Salviani Massiliensis presbyten de Gubernalione Dei (Migne, Patrologie Latine, t. LUI, Prolegomena, p. 2).

3. Salviani Massiliensis presbyteri de Gubernalione Dei, lib. V, § 4 (édit. Migne, Patrologie Latine, t. LUI, p. 98. — Edit. Ilalm, Monum. Germ., in-4», Auct, Antiq., t. I, p. 58-59).

VI INTRODUCTION

leur sont livrés ; comme desbetes féroces, ils les dévorent. Ils ne se contentent point de leurs dépouilles, comme le font d'habitude les bandits ; ils les déchirent, pour ainsi dire et se repaissent de leur sang^ Il est arrivé ainsi que des gens, étranglés et meurtris, se sont mis à être des Bagaudes -, parce qu'il ne leur était plus permis de vivre autrement. Ils sont devenus ce qu'ils n'étaient pas, parce qu'il ne leur a plus été possible d'être ce qu'ils étaient. Après avoir perdu toute liberté, ils ont été contraints de défendre leur vie. Que pouvaient faire d'autre des malheureux ruinés continuellement, sans aucun répit, par le fisc, toujours menacés de proscription, forcés de déserter leurs demeures pour ne pas être torturés dans leurs propres maisons, réduits à s'exiler pour échapper aux supplices. Les ennemis leur paraissent plus cléments que les exacteurs ; ils fuient vers l'ennemi pour se sauver de la rigueur des exactions^.

« Oii, chez quel peuple, autre que les Romains, voit-on de pareils maux? De semblables injustices n'existent que chez nous. Les Francs ignorent ces crimes ; les Huns n'ont point de ces scélératesses. Rien de pareil ne se voit chez les Vandales ou chez les Goths. Chez les Visigoths, ces procédés sont si complètement inconnus que, non seulement ces barbares, mais les Romains qui vivent parmi

1. Salviani de Gubernatione Del, lib. V, § 6 (Monum. Gerni., in-4», Auct. Antiq., t. I, p. 60).

2. On donnait, dans les Gaules, le nom de bagaudes à des vagabonds, esclaves fugitifs, colons pressurés par leurs maîtres, paysans sans feu ni lieu, débiteurs insolvables, qui s'étaient faits brigands et se liguaient entre eux pour se soustraire aux violences des riches, aux injustices des magistrats et aux vexations de ceux qui levaient les impôts. Selon Ducange, dans la langue celtique, bagad signifie une bande (Tiilemont, Empereurs, t. VI, Yalenlinien III, art. XI. — Duruy, Histoire des Romains, chap. lxxvi; édit. in-8», t. VII, p. 6).

3. Salvioni de Gubeimatione Del, lib. V, § 7 (édit. Migne, Patrologie Latine, t. LUI, p. 100. — Édit. Ilalm, Monum, Germ,, in-4°, Auct. Antiq., t. I, p. 60).

INTRODUCTION vu

eux, n'ont pas à les souffrir \ C'est pourquoi dans les pays

(ju'occupent les barbares, le vœu de tous les Romains est de n'avoir jamais à passer sous la domination romaine. Dans ces pays, la prière du peuple romain est qu'il lui soit donné de continuer à vivre avec les barbares. 11 n'est pas étonnant que nos pères n'aient pas vaincu les Gotbs, puisque les Romains aiment mieux être chez eux que chez nous. Non seulement nos frères ne veulent en aucune façon les quitter pour venir à nous, mais ils nous quittent, pour se réfugier auprès d'eux. La seule chose dont on ne peut assez s'étonner, c'est que tous les tributaires, appauvris et réduits à la misère, ne fassent pas de même. La seule raison qui les en empêche, est qu'ils ne peuvent transporter chez les barbares leurs toits, leurs biens et leurs familles '\ »

Les faits que révèle cette sombre description, sont attestés par le texte même d'une loi, datée de Ravenne, le VIII des ides de novembre, sous le consulat de Léon et de Majorien (6 novembre 458). « Il faut, écrit l'empereur, considérer les Curies, que les anciens appelaient, avec raison, des petits Sénats, comme l'âme des villes et le nerf de la république. Cependant, elles ont été tellement opprimées, par l'injustice des magistrats et par la vénalité des ex acteurs, que la plupart de leurs membres, renonçant à leur dignité et à leur pays, ont cherché un asile obscur dans des provinces éloignées ^ » Ainsi, après les avoir habitués à supporter passivement une tyrannie qui s'étendait à tous les actes de la vie, l'administration impériale avait fini

. 1. Salviani de GuhernaLione Dei, lib. V, § 8 (édit. Mignc, p. 102. — Édit. Halm, p. 62).

2. Salviani de Gubernatione Dei, lib. V, § 8 (édit. Migne, p. 102. — Édit. Halm, p. 62).

3. Legum Novellarum divi Majoriani tit. VII, de Curlalibus (édit. Haenel, Bonn, 1844, p. 315).

VIII INTRODUCTION

par lasser la patience des peuples et les préparait, suivant Texpression de Salvien, à mieux aimer vivre libres sous la domination des barbares qu'esclaves sous les Romains \ L'exaspération, le dégoût de la population expliquent comment les Vandales, d'abord, puis les Gotbs purent, après des années de courses dévastatrices, faire de FAfrique, de l'Espagne, de Tltalie des royaumes séparés. Déjà, en 429, quand les Vandales envahirent l'Afrique, tout un peuple de proscrits les attendait comme des libérateurs et, constituant un parti prêt à leur être dévoué, facilita l'établissement du premier royaume barbare.

En Italie, à Rome, il ne pouvait être question des tendances séparatistes qui se manifestaient dans les provinces. Mais les mêmes causes produisaient des effets analogues. Les procédés et les exigences du fisc, ses continuelles vexations qui fatiguaient les peuples; l'insécurité, sans cesse grandissante, qui ruinait l'industrie et le commerce ; Tabolition des anciens cultes qui avait divisé les populations en deux partis hostiles; l'autorité absolue de l'empereur qui ne donnait aux citoyens aucune part aux affaires publiques et ne leur permettait aucun effort pour porter remède aux maux dont ils étaient victimes ; l'organisation de la cour impériale qui faisait de l'empereur le jouet des intrigants, des coteries et des ambitieux; toutes ces causes de découragement avaient produit, dans toutes les classes de la société, la lassitude, l'indifférence, l'abaissement des caractères et de la moralité publique.

A Rome, la misère et l'éloignement de la cour avaient dépeuplé la ville, désormais trop grande pour ses habi-

1. Salviani de Guhernatione Dei, lib. V, § 5 (édit. Migne, Patrologie Latine, t. LUI, p. 99. — Édit. Halin, Monum. Germ.. in-4°, Auct. Antiq., t. I, p. 59).

INTRODUCTION ix

tants. Le second sac de Rome, prise par les Vandales de Genséric en 435, avait porté le coup fatal à la malheureuse capitale de l'Occident. Elle ne se releva plus. Un grand nombre d'habitants avait péri ; d'autres avaient été traînés en esclavage. Ceux qui avaient pu échapper ne rentrèrent pas et continuèrent à mener leur misérable existence dans les provinces de l'Empire. Rome, dépeuplée, couverte de décombres et de ruines, commença alors à prendre son aspect de majestueuse désolation \

Après la mort de Valentinien III, la dynastie de Théoxlose étant éteinte en Occident, nul n'y pouvait prétendre des droits à l'Empire. La dignité impériale devint alors le jouet de chefs barbares qui, n'osant la prendre pour eux-mêmes, en disposèrent à leur gré. En vingt ans, neuf empereurs se succédèrent à Rome et à Ravenne, élevés et presque aussitôt précipités du trône par les intrigues et par les violences des barbares. Maximus, qui usurpa le pouvoir, le 21 mars 453, périt, déchiré par le peuple, au mois de juin de la même année, trois jours avant la prise de Rome par Genséric. Il avait régné soixante-dix-sept jours-. Avitus, créé empereur à Toulouse, par les Visigoths, le 10 juillet 455, fut renversé par Récimer et sacré évêque de Placentia, le 6 ou le 16 octobre 450^.

Majorien fut proclamé empereur, après un interrègne de

1. Grégorovius, Histoire de la ville de Rome au Moyen âge, liv. I, cli. vt, §3.

2. Marcellini Comilis Chronicon, ann. 455 (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-4«, Auct. Antiq., t. XI, pars I, p. 86). — Cassiodovi Chronica, ann. 455-456 (ibid., p. 157). — Viclovis Tonnennensis Chronica^ ann. 455 456 (ibid., p. 186).

3. Theophanis Chronor/raphia, ann. 447 (Corpus scriptorum Historitc Byzantinœ, édition de Bonn, p. 169). — Victoris Tonnennensis Chronica, ann. 456 (édit. Mommsen, Monum. Germ., in^", Auct. Antiq., t. XT, p. 186).

X INTRODUGTIOxX

plusieurs mois, le 1^' avril 457, ou plus probablement à la fm de cette année. Les grandes espérances que faisaient concevoir ses vertus et ses qualités éminentes, furent rendues vaines par les intrigues de Récimer qui, le 2 août 461, réussit à s'emparer de lui, dans Dortona, le déposa et le fit mettre à mort, cinq jours après, le 7 de ce mois ^ Sévère, placé sur le trône par Récimer, mourut, empoisonné par Récimer, moins de quatre ans plus tard, en 463 ^

Après un nouvel interrègne, Anthémius, désigné par Tempereur Léon qui régnait en Orient et proclamé à Constantinople, prit possession de l'Empire à Rome, en 467 \ Deux ans plus tard, en 469, il ne réussit à éviter la guerre civile, dont le menaçait Récimer, que grâce aux habiles négociations de saint Épiphane, le vertueux évoque de Ticinum \ Il périt en 472, lors de la prise de Rome par Récimer ^ Récimer mourut, de la peste selon toute probabilité, le quarantième jour après sa victoire*. Olybrius, proclamé empereur par Récimer, dès avant la prise de

1. Cassiodori Chronica, ann. 457-461 (édit. Mommscn, Monum. Gerin., in-40. Auct. Antiq., t. XI, p. 137). — Victoris Tonnennensis Chronica, ann. 458 et ann. 461-463 (ibid., p. 186-187). — Marcellini Comilis Chvonicon. ann. 461 (ibid., p. 88). — Marii Aventicensis Chronica, ann. 461 (ibid., p. 232).

2. Marcellini Comitis Chronicon, ann. 461-465. — Cassiodori Chronica, ann. 465 (édit. Mommsen, Monum, Gerni., in-4'', Auct. antiq., t. X[, p. 88-89 et 158).

3. Marcellini Comitis Chronicon, ann. 467. — Cassiodori Chronica, ann. 467. — Victoris Tonnennensis Chronica, ann. 467 (édit. Mommscn, Monum. Germ,, in-4o, Auct. antiq., t. XI, p. 89, 158 et 186).

4. Ennodii episcopi Ticinensis Vita B. Epiphanii Episcopi Ticinensis (édit. Migne, Patrologie Latine, t. LXIII, p. 215-216.— Édit. Vogel, Monum. Germ., in-4o, Auct. antiq., t. VII, p. 90-93).

5. Marcellini Comitis Chronicon, ann. 472. — Cassiodori Chronica, ann, 472 (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-4», Auct. Antiq., t. XI, p. 90 et 158).

6. Cassiodori Chronica, ann. 472 (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-i», Auct. antiq., t. XI, p. 158).

INTRODUCTION xi

Rome, le suivit dans la tombe, le 23 octobre de la même année, après un règne de sept mois, en comptant du jour où il avait pris la pourpre \

Glycérius, dont l'histoire ne nous a rien appris, sinon qu'il était d'une probité estimable ^, fut fait empereur par Gundibald, neveu de Récimer. 11 fut créé César, plus par usurpation que par élection, dit un clironiqueur ^. Il ne garda pas longtemps le pouvoir qu'il avait usurpé. L'empereur Léon déclara Auguste Julius Nepos, fils de Népotianus, originaire de la Dalmatie, et dont la mère était sœur du patrice Marcellinus qui s'était rendu souverain de cette province*. Népos, envoyé ainsi en Occident, comme empereur légitime, expulsa Glycérius, dont il s'empara dans la ville de Portus. Il le fit sacrer éveque de Salone, en Dalmatie". De Népos et de son successeur qui fut le dernier empereur à Rome, on peut dire, selon l'expression d'un historien, qu'ils ne sont connus que pour avoir enseveli avec eux FEmpire romain dans l'Occident \

L'établissement des royaumes barbares marque le commencement d'une période de l'histoire qu'on peut nommer proprement l'époque byzantine. L'Empire, réduit à ses provinces d'Orient, achève de prendre à Byzance une

1. Marceli'mi Clironicon, ann. 472. — Casstodorl Chronica, ann. 472. — Victoris Tonnennensis Chronica, ann. 473 (édit. Mommsen, Monuni. Germ., in-4», Auct. antiq., t. XI, p. 90, 158, 188).

2. Theophanis Chroiiogniphia, ann. 463 (Corpus Scriptorum Historiœ Byzanlinir, édit. de Bonn, p. 184, lig. 8).

3. Maixellini Comitis Chronicon, ann. 473 (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-4'', Auct. antiq., t. XI, p. 90).

4. Marcellini Comilis Chronicon, ann 474 (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-4», Auct. antiq., t. XI, p. 91).

5. Marceliiyii Comitis Chronicon, ann. 474 (ibid., p. 91), — Cassiodori Chronica, ann. 474 (ibid., p. 158). — Theophanis Chronograpliia (Corpus Script, llist, Byzant., p. 184).

6. Tillcmont, Empereurs, t. VI, Odoacre, art. I.

XII INTRODUCTION

forme nouvelle. En Ai'ricfue, en Espagne, en Italie, des conquérants, Gotlis et Vandales, exercent la souveraineté et, dans les pays dont ils se sont rendus maîtres, leurs guerriers demeurent distincts du reste de la population, par leur origine, leur langue, leurs lois, leur religion, leurs mœurs et leurs conditions d'existence. Les peuples de rOccident, et en particulier les Italiens, ayant horreur des barbares, qui appartiennent à la secte des ariens, se groupent autour de l'Eglise, comme autour d'un centre d'opposition et d'une autorité morale capable de les protéger. L'Église romaine dont l'importance n'a cessé et ne cesse de croître, s'efibrce de soumettre toutes les Églises à son autorité et revendique son indépendance, à la fois contre les princes dont la domination s'est établie dans les anciennes provinces romaines, et contre les empereurs de Byzance. Ainsi les causes et les origines du Moyen âge apparaissent à cette époque, dont on s'est proposé de retracer les événements et de reproduire la physionomie, d'après les auteurs originaux.

L'OCCIDENT

A L'ÉPOQUE BYZANTINE

Chapitre I Établissement Des Goths En Italie

Fin de l'Empire en Occident. — Domination d"Odoacre. — Julius Nepos en Dalmatie. — Guerre contre les Ruges. — L'opposition. — Le Sénat et l'Église. — Le Pape Félix III. — Théodoric, roi des Ostrogoths. — Sa jeunesse, ses guerres et ses traités avec l'Empire. — Conquête de l'Italie. — Défaites d'Odoacre. — Prise de Vérone, de Milan et de Pavie. — Ruse de Tufa. — Invasion des Burgundes. — Bataille de la Pinéta. — Prise de Rimini. — Siège et Capitulation de Ravenne. —Mort d'Odoacre. — Soumission de l'ItaHe.

Julius Nepos fut proclamé empereur dans Rome le 24 juin 474 ^ A celte époque, vivait en Italie un personnage originaire de la Pannonie, nommé Oreste, qui avait jadis servi de secrétaire à Attila et avait été envoyé par le roi des Huns en ambassade à Gonstantinople '\ Après la mort d'Attila, Oreste était venu en Italie et avait fait fortune à la Cour d'Occident. C'était, dit Procope, un homme d'une singulière prudence^. Julius Nepos le nomma maître de la milice et lui donna le commandement des troupes \ Avec l'armée qu'on

1. Marcellini Comitis Chronicon, ann. 474(édit. Mommsen, Monumenta Germaniœ, in-4°, Auct. Antiq., t. XI, pars I, p. 91).

2. Ecccerpta e PrisciHistoria (Corpus Scriptorum Historiée Byzantinae, t. I, p. 150 et 212).

3. Procope, de Bello Gothico, lib. I, cap. 1 (Corpus Script. Hist. Byzant., édit. de Bonn).

4. Jornandés, de Rébus Geficis ou Getica (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-4», Auct. Antiq., t. V, pars I, cap. xlv p. 120 et Rerum Italicarum Scriptores, t. I, cap. xlv).

lui confiait, cet aventurier vint mettre le siège devant Ravenne. Julius Nepos, qui s'y était enfermé, ne put s'y maintenir et se vit réduit, le 28 août 475, à s'embarquer pour aller chercher un refuge dans Salone. C'était son pays: il continua à y régner ' .

Oreste ne prit point la pourpre pour lui-même. Le 31 octobre 475, il fit proclamer empereur à Rome son fils Romulus Momulus Augustule à peine sorti de l'enfance 2. Le surnom d'Augustule, diminutif du titre d'Auguste dont son père l'avait revêtu, fut donné à cet enfant soit à cause de son jeune âge, soit par dérision.

Un acte de violence militaire avait élevé Oreste et son fils, un autre acte semblable les précipita du trône ^ L'armée romaine était composée de barbares. Ces mercenaires, devenus tout-puissants, exigèrent qu'on leur donnât le tiers des terres de l'Italie. Le refus que leur opposa Oreste les disposa à la révolte. Odoacre fut leur chef. Le père de cet aventurier se nommait Edecon, ce qui a fait conjecturer qu'il était fils d'Edicone, le principal ministre d'Attila. Mais, suivant un auteur, il était de basse naissance \ On ne sait quelle était sa nation. Scythe suivant les uns^, Ruge ou Goth suivant d'autres ^ il avait quitté son pays, étant encore jeune, pour aller, avec quelques autres barbares, prendre du service en Italie. Passant par la Norique, lui et ses compagnons se détournèrent de leur route pour obtenir la bénédiction de saint Séverin, dont la réputation était alors fort grande dans cette contrée. Saint Séverin lui prédit ses brillantes destinées, malgré les pauvres habits et les mauvaises peaux dont il était

1. Anonymi Valesiani pars posterior (édit. Mommsen, Monum. Germ., in-40, Auct. Antiq., t. LX, p. 308, n» 36).

2. Vrocope, de Bello Goth. lib.I, cap. 1. — Jornandes, deRehusGet., cap. xlv (édit. Mommsen, Monum. Germ.,m-4°, Auct. Antiq., t. V, pars J, p. d20).

3. Procope, de Bello Goth., lib. I, cap. 1 (Corpus Script. Ilist. Byzant.).

4. Eugippius, Vitasancti Severini,yu-2 (Monum. Germ., in-4", Auct. Antiq., t. I, pars II).

o. Excerpta e Prisai Historia (Corpus Script. Ilist. Byzant., t. I, p. 146).

6. Jornandes, Romana {de Regnorum Successione) (édit. Mommsen, Monum. Germ., in^», Auct. Antiq., t. V, pars I, n° 344, p. 44). — Tlieophanes, Chronofjraphia A. C, 465 (Corpus Script, Hist. Byzant., édit. de Bonn, p. 184).

couverte Cette anecdote, rapportée dans la vie de saint Séverin, fait voir qu'Odoacre était peu fortuné et de bien modeste origine. Elle nous apprend encore qu'il était de très grande taille ; car il est dit que pour entrer dans la cellule du saint, il fut obligé de se baissera II paraît avoir passé sa jeunesse en Italie et, à Fépoque de la révolte dont il devint le chef, il servait dans les gardes de Tempereur Augustiile^

Oreste s'était retiré à Ticinum, aujourd'hui Pavie, dont les fortifications lui offraient un refuge. Odoacre Fy poursuivit et la place fut prise d'assaut. La malheureuse cité fut pillée, saccagée et brûlée \ Oreste, tombé aux mains du vainqueur, fut traîné à Placentia où il fut massacré, le 28 août 476.

Non loin de Ravenne, s'étend le long de l'Adriatique une sombre et vaste forêt à laquelle les pins qui la composent ont fait donner le nom de Pinéta. Ce fut dans la plaine marécageuse qui s'étend entre ces bois et la ville, qu'Odoacre acheva sa victoire, le 4 septembre de la même année. Paul, frère d'Oreste, y fut vaincu et y perdit la vie '\ Le même jour, Odoacre entrait dans la seconde capitale de l'Occident. Toute résistance était désormais impossible. Odoacre arriva jusque dans Rome, sans qu'aucun obstacle eût retardé sa marche. Romulus Augustule devint son prisonnier. On ne sait si ce fut dans Ravenne ou dans Rome, qu'il s'empara de cet enfant. Plus clément qu'il ne l'avait été pour Oresle, Odoacre ne fît point périr le dernier des empereurs d'Occident. Il se contenta de le reléguer à Lucullanum en Campanie, dans un château fort, lui assignant une rente de six mille sous ou livres d'or, afin qu'il pût y vivre avec ses parents ^

1. Eugippius, Vita sancii Severini (Monum. Germ. 111-4», Auct. Antiq., t. I. pars II (vii-2). — Baronius, anti. 475, III. — Anonymi Valesiani parsposlerior (Monum. Germ., in-4°, Auct. Antiq., t. IX, p. 314).

2. Baronius, ann. 475, III.

3. Procope, de Bello Goth., lib. I, cap. 1 (Corpus Script. Ilist. Byzant. Procopii vol. If, p. 6).

4. Ennodius, Vita sancti Epiphanii (Migne, Patrologie Latine, t. LXIII, p. 222.— Edit. Vogel, Monum. Germ., in-4o. Auct. Antiq., t. VII, p. 96 (97 et 99).

5. Cassiodori Chronica (édit. Mommsen, Monum. Germ., in^". Auct. Antiq., t. XI, pars I, p. 158-159).

6. Jornandès, de Rébus Gel., 46 (édit. Mommsen, p. 120). — MarcelUni

La conquête de l'Italie fut promptement achevée. Les villes ouvrirent leurs portes aux barbares. Quelques-unes pourtant résistèrent sans succès. Elles payèrent leur audace parla mort de leurs habitants et le pillage de leurs richesses. Odoacre, maître de Fltalie, ne pouvait opposer aux barbares qui l'avaient aidé à vaincre, le refus par lequel Oreste avait mécontenté ces mercenaires. Le tiers des terres italiennes fut partagé entre eux, pour les récompenser de la victoire et pourvoir à leurs besoins ^ Les Itahens virent ainsi s'accroître leur misère.

Odoacre avait pu, sans peine, s'emparer de l'Italie désarmée ; mais il ne se sentait point de force à braver la colère de l'empereur d'Orient; il devait craindre le sort de Glycérius. II essaya donc de rester en paix avec l'empereur Zenon et de faire, sinon reconnaître, au moins tolérer sa domination.

Il n'imita point ses prédécesseurs. Il ne prit point pour lui-même et ne donna à personne le titre d'empereur-. Préférant une solution plus modeste, mais plus sûre, il eut recours à une combinaison acceptable pour la cour de Byzance. Il eut l'idée de supprimer le trône à Rome. De cette façon, sous le simple titre de Patrice, il deviendrait le vrai maître de rilahe, tandis que le seul empereur romain, qui subsisterait à Constantinople, conserverait, en tout temps, la souveraineté qu'il n'avait, autrefois, que lorsque le trône était vacant à Rome. Odoacre força donc Romulus Augustule à abdiquer et le Sénat à déclarer solennellement le trône vacant en Occident.

Une délégation du Sénat se rendit à Byzance pour y transporter les insignes impériaux et les remettre au souverain légitime. Un seul prince suffisant à gouverner l'Orient et l'Occident, le Sénat suppliait l'empereur de ne plus partager à l'avenir l'autorité souveraine, de renoncer à prolonger plus longtemps la succession impériale en Italie et d'accorder à Odoacre, homme illustre dans les arts de la paix et de la

ComitisChronicon, diï\n. 476 (édil. Mommsen, Moiiiim. Geim., in 4", Auct. Antiq., t. XI, pars I, p. 91).

2. Evagrius, liv. II, ch. xvi (Migne, Patrologie, Pères Grecs, t. LXXXVI).

ETABLISSEMENT DES GOTilS EN ITALIE 5

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