Front matter
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
Avant-propos
La mémoire peut être troublée de deux façons : tantôt elle est diminuée ou abolie, tantôt elle est exaltée. Dans le premier cas, on dit qu'il y a amnésie, et dans le second hypermnésie. Cette dernière est rare à l'état isolé; elle est mal connue dans son mécanisme psychologique, et n'offre sous le rapport clinique que peu d'importance. Aussi l'avons-nous complètement laissée de côté dans cette étude, nous réservant d'y revenir lorsque de nouveaux documents et des recherches personnelles nous permettront d'essayer d'en tracer l'histoire.
Nous ne traiterons donc exclusivement ici que des amnésies, et bien qu'il puisse paraître présomptueux, après le livre si clair et si substantiel de M. Ribot sur les Maladies de la mémoire, d'aborder à nouveau ce sujet, le point de vue auquel nous nous sommes placé légitimera, nous l'espérons, notre travail. Ce n'est pas, en effet, aux
AVANT-PROPOS philosophes ni même aux neuropathologistes seulement que nous nous adressons, mais à tous les médecins en général. Indiquer ce qu'on sait ou croit savoir des amnésies, et plus encore peut-être tout ce qui reste à en connaître, donner un guide aussi pratique que possible aux observateurs dans l'examen des amnésiques, tel a été notre but.
Nous n'avons pas cherché à rassembler à nouveau tous les faits connus, mais à traiter le côté médical de la question, négligé à dessein par M. Ribot. Bien que ce point de vue soit le principal, il va sans dire que le côté psychologique devait forcément tenir une place importante, et que, sans vouloir empiéter sur ce terrain dans un ouvrage de cette sorte, nous avons saisi avec plaisir les occasions qui ont pu s'offrir de présenter quelques idées personnelles et quelques critiques des opinions admises. Nous nous sommes ainsi efforcé de faire une étude inédico-psychologique.
Que MM. les professeurs Charcot et Debovo, qui nous ont fait l'honneur de nous charger de ce travail, veuillent bien en accepter Thommage.
PREMIERE PARTIE
L'AMNESIE
Chapitre Premier Generalitks
\E : Médecins et psychologues. — But de Touvrage. — — Définition de l'amnésie. — Aphasie et amnésie. — et oubli des images. — Amnésies organiques et fonction- 3. — Dysmnésies. — Variétés d'amnésies. — Amnésie le. — Amnésie rétrograde. — Amnésie antérograde. — lisation dans le temps. — Points de repère. — Localisadans l'espace. — Paramnésie : de localisation et de cere. — Amnésie générale. — Amnésie partielle. — Histo- !. — Louyer-Villermay, Galmeil, Brodie, Azam, Ferré, t, Ribot, Legrand du Saulle, Rouillard, Krœpelin, Mesnct, y^. Motet, Pelman, Sander, Fick, Lewes, Sulty, etc.
t aux médecins que revient principalement l'hond*avoir mis en relief et étudié les différents es de la mémoire. Malheureusement, faute de is psychologiques suffisantes, ils n'ont pas su les cas observés tout le parti désirable au double de vue médical et psychologique qu'exigent de xbles questions, et leurs observations sont pour part très incomplètes. Les psychologues, moins le que les médecins d'examiner ces phénomènes des, et longtemps d'ailleurs dédaigneux de tout la méthode introspective ne pouvait leur donner, èrent de s'en occuper; et quand enfin ils s'y rent, ils ne purent se fonder dans leurs spéculajue sur les observations médicales, c'est-à-dire s faits incomplets, qu'ils n'avaient pas vus eux- 5, et qu'ils ne pouvaient contrôler. De cyiiela^^ côté qu*on se tourne, on ne trouve donc guère que des études faites à un point de vue spécial et où tout un côté de la question est plus ou moins négligé. M. Ribot * a jeté le premier un peu de lumière dans ces ténèbres. Mais il reste encore beaucoup à faire. La vulgarisation des notions qu'on a sur la mémoire, des points à rechercher et à élucider dins les troubles de cette faculté, et de la manière de diriger ces investigations à la fois dans le domaine de la médecine et de la psychologie, permettra seule aux observateurs à venir, de faire profiter ces deux sciences des cas qu'ils seront à même d'examiner.
C'est ce but que nous avons cherché à atteindre en donnant aux philosophes les indications nécessaires pour étudier les maladies de la mémoire au point de vue médical, et en donnant aux médecins les notions psychologiques indispensables pour les examiner complètement. Nous nous attacherons donc autant à montrer les nombreuses lacunes qui restent encore à combler dans cette étude, que les points acquis, mais qu'il est toujours bon de contrôler à nouveau.
Après avoir défini et délimité le champ des amnésies au point de vue clinique, nous examinerons immédiatement le mécanisme des amnésies, ce qui nous évitera de nombreuses redites à propos de chacune d'elles lorsque nous les examinerons séparément au point de vue séméiologique. De plus, ce n'est qu'après cette étude que nous pourrons en proposer une classification, et faire l'exposé critique des différentes classifications faites antérieurement. Nous serons ainsi amené natui. RiBOT, Maladies de la mémoire, (Biblioth. de philosophie coniemp.y 1883.)
DK LA MEMOIRE /
rellement à exposer un plan général des amnésies au point de vue séméiologique, dans lequel nous donnerons avec détails la manière de les étudier au point de vue psychologique, de façon à faciliter Tétude des cas qu'on pourra avoir sous les yeux. Alors seulement nous aborderons l'étude des amnésies au point de vue clinique en suivant Tordre du plan proposé, étude où nous laisserons de côté la question de mécanisme, et où nous nous occuperons spécialement des caractères, du diagnostic, du pronostic, du traitement de chacune d'elles, ainsi que des quelques considérations médico-légales auxquelles certaines d'entre elles peuvent donner lieu.
Si l'on s'en tient à l'étymologie seule (a privatif et pLVYjdtç, mémoire), l'amnésie est la privation de la mémoire (Richet*). Certains auteurs restreignent ce sens et la définissent : la diminution notable ou la perte totale de la mémoire (Falret ^). La première définition a l'avantage d'embrasser toutes les formes d'amnésie. On peut, en efi'et, être privé de la mémoire de trois façons : 1» parce qu'on n'en a jamais eu (amnésie congénitale) ; 2^ parce qu'on a perdu tout ou partie de ses souvenirs (amnésie acquise) ; 3*^ parce qu'on n'a plus la possibilité de fixer de nouvelles images. Mais l'amnésie congénitale n'est pas une vraie amnésie. C'est une absence et non une perte de mémoire. Aussi, la laissant de côté, n'aurons-nous à étudier que les amnésies acquises, englobant sous cette dénomination toutes les altérations diminutives, les désagrégations de la mémoire.
i . RiCHET, Amnésie in Grande Encyclopédie,
2. Falret, Amnésie. Dict, Encyclop» des Se. méd.
Mais nous ne saurions nous contenter d'une définition aussi compréhensive, sous peine de voir se continuer la confusion qu'entraînent toujours dans l'étude les termes trop vagues et trop généraux, et, sans vouloir tomber dans l'excès contraire en créant une nomenclature trop compliquée, nous croyons qu'il est indispensable de faire ici des distinctions, ne fût-ce que pour montrer la nécessité qui s'impose aux observateurs d'entrer dans des détails, même minutieux, pour décrire les choses, plutôt que de se contenter de les qualifier d'un mot qui est sujet ensuite à des interprétations multiples et fait ainsi perdre au fait auquel il s'applique presque toute sa valeur. Nous allons donc entrer un peu plus profondément dans le cœur du sujet et essayer de délimiter d'une façon aussi précise que possible le champ de l'amnésie.
Bien qu'on ait l'habitude de considérer l'aphasie comme une amnésie, nous la laisserons de côté. Ses caractères, son importance, sa pathogénie, offrent un ensemble suffisamment vaste pour mériter une description à part, comme c'est du reste l'usage. Nous nous y conformerons d'autant plus volontiers que nous croyons qu'il y a entre les deux plus qu'une distinction artificielle commode, mais une différence fondamentale au point de vue clinique. Les malades eux-mêmes font la distinction entre l'aphasie et l'amnésie. L'aphasique ne fait jamais allusion à la perte de sa mémoire, mais à son incapacité pour exprimer ou comprendre le langage. L'amnésique au contraire n'accuse que sa mémoire. Si on rattachait du reste à l'amnésie l'aphasie motrice, par exemple, en la regardant simplement comme la perte du souvenir des mouvements d'articulation, il n'y aurait pas de raison pour ne pas y rattacher aussi une monoplégie
DE LA MÉMOIRE î>
luelconque en la regardant comme la perte dn souve- 'ïJr des mouvements du membre. A ce compte tous les troubles résultant de la destruction des centres soit moteurs, soit sensitifs du cerveau, doivent être rangés dans h classe des amnésies. En réalité, ce sont là les seules amnésies vraies, car ce sont les seules, comme nous le verrons plus loin, où il y ait perte absolue des images et non simplement affaiblissement des images.
Toute paralysie est au fond une amnésie : mais dans la paralysie organique il y a destruction des images ; dfins Tamnésie il y a oubli des images. Le résultat est le même, mais le mécanisme ne Test pas. On se rend bien compte de cette différence quand ces troubles moteurs se présentent sous forme 'de mutisme hystérique, d'astasie et d'abasie, de paralysies hystériques, etc. Là il n'y a pas perte mais oubli des images. Nous sommes tout de suite frappé de ce qui fait la différence sur laquelle nous insistons ici : c'est que dans un cas nous avons affaire à un trouble organique et dans Tautre à un trouble fonctionnel ou dynamique. Il est évident que lorsqu'un centre est détruit, toutes les images qui y étaient fixées disparaissent en même temps, et que d'autre part aucune image nouvelle ne peut s'y fixer. Si au contraire les éléments nerveux dont le rôle est de conserver et de reproduire les images, cessent pour une cause ou pour une autre de remplir suffisamment une de ces deux fonctions, c'est alors seulement qu'on peut dire qu'il y a cliniquement amnésie. Nous sommes donc amené à distinguer deux sortes d'amnésies : les amnésies organiques et les amnésies fonctionnelles, et à ne conserver en clinique que pour ces dernières la dénomination d'amnésies.
On nous reprochera immédiatement d'éUïuiwQ.^ \^vwfe\ les affaiblissements de la mémoire, qui sont presqi toujours liés à des modifications organiques du cerveai Louyer-Villermay * les avait, avec beaucoup de raiso selon nous, distingués des amnésies sous le nom d dysmnésies. Ce vocable n*a pas fait fortune cependan La principale raison en est, croyons-nous, qu'il a et introduit dans le langage scientifique à une époque o la distinction qu'il indiquait devait passer pour tro subtile. Mais aujourd'hui qu'on cherche, au contraire, pousser l'analyse des phénomènes que nous étudior ici le plus possible, il paraît opportun de le remetti en usagQ. Comme nous l'avons dit plus haut, nous pn posant d'examiner toutes les altératiom diminutives d la mémoire, nous passerons en revue les dysmnésie dont l'importance pratique est, du reste, considérabh Mais il était indispensable d'indiquer qu'il y a lieu, dar les observations, de préciser si on a réellement affaire de l'amnésie ou à de la dysmnésie.
Ce n'est pas tout encore, et lorsqu'on a dit amnési on n'a rien dit, ou peu s'en faut. Pour nous fair bien comprendre prenons un exemple. Un homm fait une chute et perd connaissance. Au réveil il n' aucun souvenir de l'accident qui lui est arrivé. Il eî frappé d'amnésie simple. Au bout de quelque temf vous l'interrogez et vous constatez qu'il a non seuh ment perdu le souvenir de son accident, mais de toi ce qui s'est passé pendant les huit jours précédents En le qualifiant d'amnésique simplement vous ét€ incomplet. Les deux phénomènes qu'il présente sor bien de l'amnésie, mais sont assez différents pou i. Louyer-Villermay, Essai sur les maladies de la mémoire, i Mém. de la Soc, de méd, de Paris, 1847.
J>E LA MÊMOIIÎK 11
nécessiter Tadj onction d'une épithète. Dans le second cas vous dites que le malade présente en outre de Vamnésie rétrograde ou rétroactive. Mais il y a plus. En continuant à observer votre homme vous vous apercevrez au bout d'un certain temps que non seulement une partie des souvenirs antérieurs à son accident sont perdus, mais encore que les actes qu'il a accomplis pendant une certaine période consécutive à cet accident, et alors qu'il paraissait jouir de toutes ses facultés, ne lui ont laissé aucun souvenir. Ici c'est ce que l'on a appelé l'amnésie antérograde. (Charcot.)
Mais il peut exister encore un autre trouble consécutivement à l'accident, et qui consiste en ce que le sujet est incapable de fixer aucune image nouvelle. Ce phénomène est peu connu, et l'on n'a guère attiré l'attention sur lui malgré l'intérêt qu'il présente. Il n'est cependant pas aussi rare qu'on pourrait croire. C'est encore là de l'amnésie antérograde. Mais la différence qu'elle offre avec la précédente nous force d'y adjoindre un qualificatif. Dans le premier cas, c'est la faculté de reproduire qui fait défaut; dans le second, celle de fixer, de conserver les images. Nous dirons donc amnésie antérograde de reproduction, et amnésie antérograde de conservation.
Ces distinctions, subtiles en apparence, ont uneimportance qui n'échappera à personne dès que nous dirons que les troubles en question peuvent se montrer indépendants l'un de l'autre. II sera donc nécessaire, lorsqu'on setrouveraen présence de l'un d'eux isolément, de préciser clairement auquel on a eu affaire.
Mais la mémoire ne consiste pas seulement à conserver et à reproduire. «Le caractère propre de la mémoire psychique, celui qui n'appartient qu'à elle, dit M. Ribot Sc'est la localisation dans le temps, ce qui, dans la langue de l'école, s'appelle la «reconnaissance"». J. Sully' insiste aussi sur ce caractère de localisation consciente dans le passé comme distinguant tout de suite un fait de mémoire d'un fait d'imagination. « Nous ne disons pas, ajoute-t-il, que nous nous souvenons véritablement d'une chose, à moins que nous ne puissions la reporter à une région plus ou moins clairement déterminée du passé, et la localiser dans cette série de perceptions qui constitue notre image mentale du passé. » Cette localisation consciente n'est, du reste, qu'un phénomène surajouté, un perfectionnement de la mémoire, comme dit M. Ribot. Mais il n'en est pas moins vrai que lorsqu'elle fait défaut la mémoire est défectueuse, sans qu'on puisse dire qu'il y ait bien réellement d'amnésie véritable.
Mais si cette défectuosité n'est pas de l'amnésie, à proprement parler, elle peut révéler l'amnésie. Seulement cette dernière, au lieu de porter sur l'objet du souvenir, porte sur toutes les circonstances qui l'ont accompagné, puisque c'est au moyen depoints de repère qu'on arrive à localiser ses souvenirs. Lors donc qu'on ne peut localiser un souvenir, cela peut tenir à ce qu'il y a amnésie de ces points de repère. En sorte que ce trouble, qui paraît n'entamer que partiellement la mémoire, indique au contraire qu'elle est profondément atteinte. Il y a donc là une apparence qui pourrait induire dans certains cas en de grosses erreurs au point de vue du pronostic. Sa constatation prouve en outre que si le malade se contente de souvenirs aussi incomplets,
1. Op. cit.
2. J. Sully, Les Illusions des sens et de Vesprit. {Biblioth. scien' tif. internat., 2« édit., 4889.)
l r>E LA MÉMOIRE Vl
i c'est que non seulement sa mémoire, mais encore son I jugement, sa conscience, son intelligence tout entière ' sont touchés.
L'absence de localisation dans le temps n'est pas le ^eul trouble qui peut atteindre la perfection d'un souvenir. Il y a encore, croyons-nous, Tabsence de localisation dans respace. Ce sont là, du reste, deux choses corrélatives, car, ainsi que le montre ingénieusement Guyau *, « c'est le mouvement dans Tespace qui crée le temps dans la conscience humaine. . . Le temps (objectivement) se ramène à des changements nécessaires dans Tespace, changements que nous figurons tantôt par des lignes sans fin, tantôt par des lignes fermées (périodes). » Sans indiquer explicitement cette localisation du souvenir dans l'espace, J. Sully * parait cependant la reconnaître et la distinguer lorsqu'il dit : « Quand je me rappelle distinctement un événement, je suis immédiatement sûr de trois choses : 1» que quelque chose m'est bien réellement arrivé ; 2« que cela m'est arrivé comme je le pense maintenant; 3^ que c'est arrivé quand cela me paraît être arrivé. » Quand le premier terme manque, c'est l'amnésie de reproduction ; quand le troisième fait défaut, c'est la localisation dans le temps qui est défectueuse. Quand c'est le second qui est altéré, c'est la localisation dans l'espace qui se fait mal. Pour savoir qu'une chose vous est arrivée comme on le pense actuellement, il faut, en effet, se rappeler l'enchaînement des circonstances qui l'ont produite, co qui implique l'idée de mouvement et par conséquent celle d'espace.
1. Guyau, La Genèse de Vidée de temps. (Bibl. de Philosophie eotUemp. 1890.)
2. Op. cit.
Ces défectuosités de localisation du souvenir poui raient sans inconvénient, croyons-nous, recevoir 1 dénomination deparamnésies. Il faut cependant y ajoute une épithète et dire : paramnésies de localisation. Il a en effet un autre ordre de paramnésies qui ressort d ce que j'appellerai le trépied du souvenir parfait, pos par J. Sully. Si nous en relevons les termes nous voyon que la condition fondamentale est la certitude.
Or cette certitude peut être altérée de deux façons ou je suis certain d'un fait qui n'a pas eu lieu réellemenl ou je ne suis pas sûr d'un fait qui s'est réellemer produit.
Les cas les plus typiques du premier de ces .trouble sont ceux de « fausse mémoire » où l'on croit qu'u état présent, nouveau en réalité et se produisant pou la première fois, a été déjà éprouvé antérieurement, i vous donne l'illusion de la répétition du passé. Il y aussi les rêves prolongés dans lesquels on croit qu'u fait accompli pendant le rêve ou le délire est réel, un fois qu'on est sorti de ce rêve ou de ce délire. Enfi certains dégénérés ayant de la folie du doute peuver croire qu'ils ont fait des choses qu'ils n'ont jamai faites.
Dans le second cas, je sais qu'un fait m'est réellemer arrivé, mais je ne puis préciser l'enchaînement de circonstances qui le constituent, comme cela peut s produire lorsque l'attention portée sur l'issue seule d l'événement ne permet pas d'en suivre les phases, o bien lorsqu'elle est détournée par des circonstance coïncidentes. On observe encore ce défaut de certitud chez les malades atteints de folie du doute, qui ne soi jamais sûrs s'ils ont ou non fait ce qu'ils ont réellemei accompli.
DE LA MÉMOIRE lô
On peut donner à ces défauts de momoiro 1(^ nom de paramnésies de certitude, qui comprennent les illusions de la mémoire.
Toutes les divisions que nous venons de faire successivement s'appliquent surtout à la perte de la mémoire en général (amnésie générale). Mais la mémoire n'est plus une faculté, une fonction indépendante ayant un organe ou un siège distinct. Il n'y a pas une mémoire, mais des mémoires dont la localisation est disséminée dans toute Técorce. Le terme de mémoire n'est, dit Lewes, qu'une expression abréviative pour désigner ce qui est commun à tous les faits concrets de souvenir ou à la somme de ces faits. Il ne suffit donc pas h, l'observateur de noter qu'il y a de l'amnésie, de la dysmnésie ou de la paramnésie. Il doit s'enquérir encore de la forme de la mémoire qui est le plus atteinte. En réalité, ces mémoires spéciales, dont l'étude est à peine ébauchée, n'existent pas à l'état indépendant. Tout être doué de mémoire les possède, mais ce qui diffère suivant les individus c'est leur prépondérance. C'est une question de plus ou de moins. C'est ainsi que certains individus ont la mémoire visuelle, ou auditive, ou motrice, etc., prédominante, comme M. Charcot l'a si bien montré pour le langage et aprè& lui Stricker*, Ilibot, etc. Mais on n'analyserait qu'incomplètement une amnésie si l'on se bornait à dire qu'il y a perte de la mémoire visuelle ou auditive. Ces mémoires spéciales sont elles-mêmes constituées par toute une série de souvenirs disséminés. Tel . visuel aura surtout la mémoire des formes, tel autre des couleurs ; tel auditif retiendra bien la musique, tel autre les discours, etc. On pourrait ainsi subdiviser
\. Stricker, Le Langage et la Musique, (BibL de philos, contemp»)
W) TROUBLES
presque à Tinfini les mémoires, sans grand profit du reste : mémoire des noms, des nombres, des physionomies, des lieux, etc., etc. Mais il n'est pas inutile de noter à l'occasion la perte de ces différentes mémoires (amnésie partielle), II est nécessaire de connaître ces faits pour les rechercher, les décrire et savoir en somme jusqu'à quel minimum peut descendre l'amnésie partielle, s'il y a des lois présidant à la dissolution de ces mémoires spéciales et quelle est leur localisation. On comprend dès lors l'utilité qu'il y a à se renseigner aussi exactement que possible sur l'état antérieur de la mémoire chez un amnésique, point sur lequel nous reviendrons d'ailleurs dans la séméiologie.
En somme, le terme d'amnésie est aussi général et aussi vague par conséquent que celui de mémoire. Il n'y a pas une amnésie, il y a des amnésies. Les amnésies constituent une altération purement quantitative de la mémoire. Les paramnésies sont, au contraire, un trouble essentiellement qualitatif, et les dysmnésies sont à la fois les deux.
Je ne saurais terminer ce chapitre préliminaire sans dire quelques mots de l'historique de cette question des amnésies, qui a pris de nos jours une importance beaucoup plus grande qu'on n'aurait pu le prévoir, par suite des liens de plus en plus intimes qui unissent la psychologie avec la neuropathologie et la psychiatrie.
Les documents qu'on possède actuellement sur les troubles de la mémoire sont très nombreux et se sont surtout multipliés dans ces trente dernières années. Ils sont, pour la plupart, dispersés dans des recueils spéciaux, médicaux ou philosophiques, et les signaler ici s.erait faire un index bibliographique et pas autre chose. Je me bornerai donc à rappeler les travaux les plus importants, qui marquent des étapes dans la connaissance de l'affection qui nous occupe actuellement, soit comme observations, soit comme travaux d'ensemble.
La plus ancienne étude est celle de Louyer-Villermay,' qui a pour titre : Essai sur les maladies de la mémoire, publiée en 1817 dans les Mémoires de la Société de médecine de Paris, En 1819, le môme auteur écrit l'article Mémoire dans le Dictionnaire des sciences médicales (t. XXXII) et introduit dans la science le vocable de dysmnésie pour distinguer la diminution de la mémoire de l'amnésie proprement dite, ou perte de la mémoire.
Calmeil, en 1833, écrit l'article Amnésie, du Dictionnaire en 30 volumes.
Brodic, en 1825, dans les Medico-Chirurgical Transactions, signale pour la première fois l'amnésie rétro- ' grade à la suite de traumatismes. Koempfen, en 1835, en rapporte un cas intéressant, consigné dans les Mémoires de V Académie de médecine, sous le titre de : Observation sur un cas de perte de mémoire. Des cas analogues sont rapportés par Toul mouche {Gazette médicale, 1843, p. 339), par Hecker {Med, Jar/ibuc/i. filr Nassau, 1848, p. 246), par Bruns (Die chirurg. Krankheiten, 1864), Henke (Zeitschrift fiir Staatsarneikunde, t. XXXV, p. 47). Azam, en 1881, fait un travail d'ensemble sur Les Troubles intellectuels provoqués par les traumatismes cérébraux (Archives générales de mé,decine), et la même année M. Ferré passe sa thèse sur V Amnésie traumatique isolée.
En 1866, M. Falret écrit l'article Amnésie du Dictionnaire encyclopédique, un des meilleurs à consulter aujourd'hui encore au point de vue clinique.
Comme études d'ensemble, il faut citer encore le livre de M. Ribot sur les Maladies de la mémoire (4883), auquel tous les auteurs se reportent aujourd'hui et qui a mis de Tordre et de la clarté dans cette question si complexe. L'année suivante, Legrand du Saulle, dans la Gazette des hôpitaux, publie une série de leçons sur les Amnésies, où il suit presque pas à pas M. Ribot et n'en diffère que par la classification qu'il propose et que nous verrons plus loin.
En 1885, M. Rouillard passe sa thèse sur les Amnésies principalement au point de vue étiologique, travail très consciencieux où l'on trouvera une bibliographie des plus complètes.
Depuis lors il n'y a guère à signaler, comme travail d'ensemble, que l'étude de Krœpelin Uber Erinerungs falschungen (Arch. f. psych., 1886-1887), qui renferme un assez grand nombre de faits nouveaux, et s'inspire également du travail de M. Ribot.
Certains points ont été étudiés d'une façon spéciale. En 1874, nous trouvons un intéressant travail de M. Mesnet sur V Automatisme de la mémoire et du souvenir. Ce même auteur avait déjà publié, en 1860, une étude sur le Somnambulisme pathologique {Arch, gén. de méd.) qui est restée classique et qu'il est important de consulter pour l'étude de la mémoire dans le somnambulisme.
En 1876, M. Azam d'abord, Dufay ensuite, attirent {Rev. scientifique et Ann. méd, psych.) l'attention sur ces phénomènes si curieux de Dédoublement de la personnalité ou amnésie périodique.
En 1879, M. Motet publie, dans V Union médicale , des faits d'amnésie temporaire un peu trop superficiellement étudiés peut-être.
DE XA MÉMOIRE 10
La question de VÉtat de la mémoire dans la folie a été traitée d'ensemble par Pelraan en 1864 (Arch. f. psychiatrie),
Vamnésie alcoolique a fait l'objet de la thèse de M. Babilée en 1886 et V Amnésie dans la paralysie générale celui de la thèse deM. Bondon (1886). Enlin, en 1887, M. Baret passait également sa thèse sur VÉtat de la mémoire dans les vésanies.
Les Illmions de la mémoire ont donné lieu à des études intéressantes de la part de Sander (Erineriingstattschung in Arch, f. psych., 1873), de Arnold Fick (Arch. f. Psychiatrie, 1876), de Lewes {Problems of life and mind), et de J. Sully (Illusions des sens et de Vesprit).
Les recueils spéciaux renferment, en outre, des observations éparses de cas d'amnésie, dont les plus intéressantes toutefois ont été rassemblées dans les travaux d'ensemble que je viens de citer, où l'on trouvera la bibliographie de tout ce qui touche aux points spéciaux de l'amnésie, en particulier dans la thèse de M. Rouillard, pour tout ce qui est antérieur à 1885.
Depuis cette époque, il faut citer le travail de Krœpelin (1886-87), et un autre de Liégey sur Quelques cas d'amnésie (Journ, de méd. et de pharm. de l'Algérie, 1883), et des cas d'Arnozan (Mém. et Bull, de la Soc. de méd. et chir. de Bordeaux, 1887), de Bullen (Brain, 1888-89), de Backus (Med. Becord, 1890) et de Séglas et Sollier (Archives de neurologie, 1890).
Ajoutons que, dans tous les traités de médecine mentale, on trouve des indications sur ce sujet, de même que dans certains ouvrages sur le sommeil et les rêves, l'hypnotisme, le somnambulisme, et dans toutes les études des affections spéciales où l'amnésie peut se montrer.
Quant à Taphasie dont on publiait les cas encore peu d'années, sous le titre d'amnésie, ell< bibliographie tout à fait spéciale. (]omnie i verrons plus loin, elle ne doit pas être confond l'amnésie vulgaire, et, ne devant pas nous en ( spécialement dans ce travail, nous n'en parler» ici.
DE LA TtfÉMOIKE 21
CHAPITRE II MÉCANISME DE l'AMNÉSIE
^^miAiRE : Éléments de la mémoire. — Mémoire spécifique. — Mémoire organique. — Conditions générales de la mémoire. •^ Conditions de la mémoire consciente. — Loi de régression.
— Réflexes psychiques. — Réflexes organiques. — Mémoire organique. — Souvenirs divergents, convergents. — Amnésie de la marche. — Mémoire psychique. — Sens du réveil des images. — Modes d'association- — Conscience et localisation.
— Report dans le passé. — Localisation du souvenir. — Procédés de localisation : rétrograde et antérograde. — Localisation divergente, convergente. — Paramnésie de certitude.
— Importance de la notion du temps. — Intensité de l'image.
— Association consciente, inconsciente. — Répétition des souvenirs. — Dysmnésie. — Mémoire et personnalité. — Personnalité actuelle. — Personnalité psychique. — Amnésie simple. — Rêve et somnambulisme. — Dédoublement de la personnalité. — Somnambulisme hypnotique. — Somnambulisme hystérique. — Personnalités multiples. — Dédoublement complexe. — Division psychologique des amnésies. — Mécanisme de l'amnésie organique. — Amnésies systématisées et non systématisées.
Pour comprendre les amnésies il est indispensable de posséder des notions psychologiques sur la mémoire normale.
La mémoire complète, parfaite, comprend trois choses : la conservation de certains états, leur reproduction, leur localisation dans le passé. Ces trois éléments sont d'inégale valeur : les deux premiers sont indispensables; le troisième peut manquer. C'est ce dernier élément cependant qui permet de distinguer immédiatement un fait de mémoire d'un fait d'imagination. Mais, par localisation dans le passé, il faut, je crois, entendre, non pas comme M. Ribot la position plus ou moins précise d'un souvenir entre tel et tel autre souvenir, mais seulement le fait qu'on sait, aussitôt que le souvenir se présente, qu*il s*agit d'une image passée, quelle qu'en soit la position entre les images qui lui ont été autrefois contiguës dans le temps. — Ce report dans le passé d'une image implique la conscience. La mémoire complète comprenant les trois éléments que nous avons énoncés plus haut est donc toujours consciente, tandis que la mémoire qui ne comprend que les deux premiers peut être, suivant le cas, consciente ou inconsciente.
Cette mémoire inconsciente est de deux espèces : la mémoire spéciOque ou héréditaire, et la mémoire organique.
Les actes réflexes sont le type de la mémoire spécifique. Il est vraisemblable, en effet, que c'est plutôt grâce à une mémoire héréditaire, que sous l'influence d'une excitation donnée, que les éléments anatomiques réagissent d'une façon déterminée et quelquefois avec une coordination très compliquée (actes instinctifs). Mais laissons de côté ce sujet, si intéressant qu'il soit au point de vue biologique, de même que nous avons mis k l'écart de notre étude l'amnésie congénitale qui correspond à cette variété de mémoire.
Le degré inmiédiatement supérieur de la mémoire est la mémoire organique. Celle-ci se montre dans tous nos actes de la vie quotidienne : marcher, parler, écrire, entendre, coudre, etc. C'est ce qu'on a appelé avec beaucoup de justesse les actions automatiques secondaires ou acquises. A rencontre des mouvements réflexes ou instinctifs produits par la mémoire spécifique et qui n'ont jamais été conscients, en tant que souvenirs, ces actes automatiques secondaires, avant de s'accomplir inconsciemment, ont été plus ou moins longtemps conscients au début. Puis, par leur répétition, il s'est produit des associations assez stables entre eux pour qu'une fois la première excitation produite toute la série se déroule d'une façon coordonnée. Je n'ai pas à démontrer ici que cette mémoire naît, se développe et s'acquiert comme la mémoire complète, consciente, dite encore psychique, — c'est un fait indiscutable aujourd'hui, — ni comment s'établissent ces associations.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Les troubles de la mémoire.
