Préface
Si le nom immortel de la glorieuse libe'ratrice (FOrle'ans ne recommandait le poëme que nous publions à tous ceux qu'inte'- ressent les grands souvenirs de la patrie, nous aurions he'sité peut-être à le tirer de Foubli où il reposait depuis plus de quatre siècles. Il y a des esprits si rétifs quand on entreprend de les conduire ailleurs que dans les beaux chemins bien battus! On craint de leur donner sujet de se cabrer. Il y a des juges si durs pour les travaux de l'e'rudition, et qui lui reprochent si volontiers de blesser leurs yeux de'licats en remuant indiscrètement la poussière du passe'! On y regarde à deuxfois avant de s'exposer à leurs sentences, d'autant plus redoutables qu'elles sont toujours prononcées au nom du goût, dont ils sont, comme chacun sait, les seuls représentants. A moins d'avoir cette fortune de déterrer quelque Vénus de Milo ou de déchilfrer dans un manuscrit inconnu quelque Iliade inédite, il ne faut pas espérer trouver grâce auprès d'eux. Or, il s'en manque bien, hélas! que le Mystère du siège d'Orléans soit une de ces merveilleuses trouvailles qu'on produit avec orgueil, un de ces chefs-d'œuvre qui vont comme d'eux-mêmes prendre une place d'honneur dans les musées de l'art ou de la littérature. Hâtons-nous de le dire : c'est un poëme du xv^ siècle. Par cette seule date n'est-il pas condamné d'avance selon la jurisprudence des critiques qui s'en tiennent encore aux arrêts de Boileau? Et quand ils consentiraient à l'exa-
II PRÉFACE.
miner, cet examen ne les disposerait même pas à l'indulgence dont leur maître a daigne' faire preuve en faveur de Villon.
Plaçons-nous pour un instant à leur point de vue, et essayons de les supple'er. Ce ne sera ni long ni difficile. Voici leur sentiment sur le Mystère du siège d'Orléans. Au fond, rien de plus plat et de moins fortement conçu. G est l'enfance de l'art dramatique, c'est le développement pur et simple, à part quelques scènes, de la donne'e historique connue de tout le monde. En la forme, c'est pis encore : ni style, ni harmonie, ni grammaire, ni orthographe même; et quelle prosodie! celle d'un Gascon, ou, comme on lit plusieurs fois dans le manuscrit, d'un Gassecon.
C'est ainsi que notre poëme court le risque d'être apprécié par ces esprits élégants qui habitent la région des chefs-d'œuvre et ne veulent pas même connaître la géographie des autres contrées. Aussi nous empressons-nous de les avertir qu'ils ne pourraient que perdre à nous suivre. Pourquoi d'ailleurs sortiraient-ils de leur temple, ces pontifes du beau? Qu'auraient-ils affaire de la science, eux qui ont une sorte de prescience, qui savent du beau tout ce qu'on en peut savoir et même au delà, qui en ont pénétré tous les arcanes, qui en connaissent à fond les lois éternelles et immuables, et, par là, ont pu prononcer a priori que les conditions du beau n existaient pas au moyen âge ? Faut-il encore une humble profession de foi pour détourner de nous leurs anathèmes? nous ne la refuserons certes pas; car, nous aussi, nous le déclarons sur l'honneur, en fait de compositions dramatiques, nous préférons de beaucoup Athalie au Mystère du siège d'Orléans.
Est-ce à dire pour cela qu'il faille sans cesse relire Athalie et répéter à jamais tout ce qu'on a répété déjà sur ce chef-d'œuvre? Est-ce à dire que le Mystère du siège d'Orléans, quoique si fort inférieur à Athalie, soit indigne d'occuper, d'intéresser même un lecteur sérieux? On se gardera bien de le croire si l'on estime
PRÉFACE. m
avec nous que l'histoire littéraire n'est pas faite seulement pour fournir à l'admiration des hommes un choix de modèles, mais que ses monuments divers doivent former avant tout un muse'e scientifique. Qu'il y ait dans ce muse'e une tribune comme à Florence, un grand salon comme à Paris, on le comprend de reste; mais que, dans des galeries destinées à l'étude, on puisse suivre historiquement les progrès de l'art depuis son enfance jusqu'aux jours de son développement le plus complet et le plus brillant, voilà ce que réclame aujourd'hui la critique la plus éclairée, celle qui refuse de se confiner dans l'admiration des classiques, et de jeter, des hauteurs de l'esthétique, un regard de mépris sur tout le reste. Pour ceux qui n'affectent pas ces grands airs, ces airs de parvenus honteux de leur origine, nous n'avons besoin ni d'excuse ni de justification. Ceux-là se plaisent surtout à étudier la série des métamorphoses par lesquelles en tout temps et en tout lieu a passé l'esprit humain avant de prendre son essor; ceux-là s'intéressent aux chenille's aussi bien qu'aux papillons. C'est à eux surtout que s'adresse notre publication.
Nous ne sommes pas disposés, on peut le voir, à en exagérer le mérite; nous n'admettons pas cependant que le poëme qui en fait l'objet soit de nulle valeur, ainsi qu'on l'a déjà dit, comme document historique. Nous ne pensons pas davantage, malgré ce que nous venons de dire nous-mêmes, qu'il n'offre aucun intérêt littéraire. Nous allons donc l'examiner à ce double point de vue, après avoir rappelé ce que l'on sait de son histoire, et cherché à deviner ce qu'on en ignore.
ï.
L'unique manuscrit connu du Mystère du siège (F Orléans est conservé à Rome dans la Bibliothèque du Vatican, sous le n° 1022
IV PREFACE.
du fonds dit de la reine de Suède. Il forme un volume grand 'm-U° de 609 feuillets. Il est sur papier, et d'une e'criture ne'gligëe du XV® siècle, comme on en pourra juger par le fac-similé qui accompagne notre publication. Ce manuscrit a appartenu à Alexandre Petau, fils de Paul, et porte sa signature sur le premier feuillet : A. Petavius Sen. Par. i636. Il n'offre aucune particularité' qui vaille la peine d'être remarquée, si ce n'est que les feuillets 178 à 199 ont été visiblement ajoutés après coup. Ce sont ceux qui renferment l'épisode du combat de Gasquet et de Verdille contre deux hommes d'armes anglais. Cet épisode , auquel rien ne prépare et que n'annonce aucune rubrique, vient couper en deux une scène commencée, sans qu'on puisse voir là une inadvertance du relieur, puisqu'on ne trouve nulle part la vraie place des feuillets intercalés.
Montfaucon signalait ce manuscrit sous le n" 781, qui cessa bientôt d'être exact comme tous ceux qu'il indique à côté du titre des manuscrits du Vatican ^
Il en est fait mention, et déjà sous le numéro actuel, dans la Bibliothèque historique de la France, revue et augmentée parFevret de Fontette^.
Mais c'est dans ces derniers temps seulement que le Mystère du siège d'Orléans a attiré l'attention des érudits.
En 1889, M. Paul Lacroix le comprenait dans ses Notices et extraits des manuscrits concernant l'histoire de France et la littérature française, conservés dans les bibliothèques d'Italie^.
En un savant allemand, M. Adelbert Keller, en publiait
' Btbliotheca biblioihecarum manuscriptofum nova, t. I , p. 3o.
^ Paris, 1775, in-fol. t. IV, p. Sgi, n° 17180. trCe mystère, dit Fevret de ffFontette, qui est apparemment une traffgédie antique, est conservé dans la BibHofftlîèque du Vatican, parmi les manuscrits ff de la reine de Suède , n° 1022.5:
^ Dissertations sur quelques points curieux de l'Histoire de France, vu' fascicule, p. 99-
PREFACE. V
quelques extraits et donnait une brève notice sur les personnages qui figurent dans cette composition ^
Peu de temps après, un de nos regrettables confrères, M. Salmon, transcrivit, dans un voyage à Rome, les rubriques qui entrecoupent le poëme, font connaître la marche de l'action et indiquent Tappareil de la mise en scène. C'est surtout d'après les extraits de M. Salmon que M. J. Quicherat a porté, sur la valeur historique de notre mystère, un jugement que nous reproduisons ci-après.
En 18/19, MM. Daremberg et Ernest Renan, chargés dune mission en Italie, recevaient, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, des instructions où on lit:
c M. de Monmerqué verrait avec plaisir que l'on copiât, dans le fonds de la reine de Suède, le Mystère du siège d'Orléans; et il recommande en général aux investigateurs ce fonds acquis en partie d'Alexandre Petau, lils de Paul, et dont plusieurs manuscrits venaient de l'ancienne abbaye de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire-. ■>i
MM. Daremberg et Renan ne purent répondre qu'en partie à ce désir. Dans un rapport sur leur mission, adressé à M. le Ministre de l'instruction publique, le 10 mai i85o, ces deux savants disaient'^ : « Nous rapportons la copie de quelques-unes des scènes qui nous ont paru les plus intéressantes, celles où interviennent le Roi, la Vierge, Dieu, F Inquisiteur de la foi, etc. etc. Ces extraits donneront peut-être une idée plus exacte de ce poëme si curieux, si national, que les morceaux publiés par Keller. Parmi tous les
3o. I^aris, Techener, 1889. — Ces notices et extraits , présentés d'abord à M. Villeniain , sous ia forme d'un rapport , ont été reproduits plus tard, en 18/17, dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France, Mélanges historiques, t. III, p. 272 et 978.
' Romvart, von Adelbert Keller, p. 187- Mannheim, i8i/i, in-8°.
^ Archives des missions scientifiques et littéraires, t. I. i85o, p. 59.
^ Ibidem, p. 2/19. Voir les scènes citées, p. 260 - 266.
B
V, PRÉFACE.
manuscrits du Vatican, il n'en est pas qui me' ri te davantage d'attirer l'attention des savants qui s'occupent de l'ancienne poésie française, et nous ne pouvons nous empêcher de remercier le savant académicien qui nous l'a signalé, du vif plaisir que nous a fait éprouver la lecture de cette naïve et intéressante composition, dont nous aurions voulu rapporter une copie intégrale ou du moins une analyse détaillée. 77
Cette analyse détaillée, l'un de nous la rapportait précisément à la même époque. Jointe aux extraits de M. Keller et à ceux de MM. Daremberg et Renan, elle put donner une idée assez exacte du Mystère du siège d'Orléans pour que les juges les plus compétents, et entre autres le savant doyen de la Faculté des lettres de Paris, M.Victor Le Clerc, fussent d'avis que cette composition méritait de prendre place dans la grande collection des monuments inédits relatifs à notre histoire.
En conséquence, M. H, Fortoul, alors ministre de l'instruction publique, voulut bien nous charger d'aller transcrire le poëme à Rome et de le publier. Mais un peu plus tard le même ministre conçut, et fit approuver par S. M. l'Empereur, le projet d'une collection des Anciens poètes de la France, et, dans le rapport qui précède le décret du 1 2 février i856, il annonça l'intention de placer dans le nouveau recueil « cette composition sur])renante qu'il venait de faire copier d'après les manuscrits du Vatican, et où un contemporain de Jeanne d'Arc a mis en scène le siège d'Orléans et la mission de l'héroïne.??
La mort si prématurée et si regrettable de M. H. Fortoul fit modifier le plan du recueil immense où il voulait donner place au Mystère du siège d'Orléans. Mais, pour ne point retarder indéfiniment une publication d'un caractère patriotique, S. Exc. M. Rouland s'empressa de décider qu'elle aurait lieu dans la collection à laquelle elle ajoute aujourd'hui un nouveau volume.
PRÉFACE.
VII
II
Remontons maintenant le cours du temps pour essayer de résoudre quelques questions qui se pre'sentent tout d'abord à l'esprit. A quelle époque le Mystère du siège d'Orléans a-t-il été composé? A-t-il été représenté soit à Orléans, soit ailleurs? Etait-il destiné à la représentation?
Sur les deux premiers points, le manuscrit du Vatican, qui ne contient ni date ni nom d'auteur, ne nous fournit aucune réponse positive, et les chroniqueurs contemporains, les historiens d'Orléans ne nous éclairent pas davantage. La seule chose assurée, d'après l'écriture, c'est que le poëme est du xv^ siècle. Pour essayer de fixer une date plus précise, on ne peut s'appuyer que sur un petit nombre d'indications, qu'on voudrait moins vagues, mais qui n'en ont pas moins leur importance.
On sait que le jour même de. la délivrance d'Orléans, en 1/199, fut organisée spontanément une procession solennelle dans laquelle figurèrent la Pucelle, le Bâtard d'Orléans, les autres seigneurs ou capitaines qui avaient concouru à la défense de la ville, le clergé, les bourgeois, le peuple. Depuis lors, la fête commémorative de ce grand événement fut ainsi célél)rée chaque année au même anniversaire, c'est-à-dire le huitième jour de mai. Tous les habitants d'Orléans étaient invités à se joindre à la procession et devaient y porter un cierge allumé. Les douze procureurs de la ville y assistaient, et le cierge qu'ils tenaient était garni d'écussons aux armes d'Orléans. On y portait les châsses des saints protecteurs de la cité, etc. Mais bientôt on jugea à propos, pour rendre la fête plus complète, d'ajouter à la cérémonie religieuse un spectacle et des divertissements d'un autre caractère.
On lit dans les comptes de la ville, de i/i35 :
VIII PRÉFACE.
T A Guillaume le charron et Michelet Filleul, pour don à eulx faici pour leur aider à paier leurs eschaffaulx et aultres dépenses par eux faictes le .viij\ jour de mai mil. cccc. xxxv. , que Hz firent certain mistaire ou boloart du pont durant la procession, payé .m. réaux d'or. Pour ce ja sols p.->i
Que représentait le mystère dont il est ici question? Les comptes fie la commune ne donnent pas d'autres renseignements, et les historiens de la ville sont muets à cet égard. Mais n'est-il pas infiniment probable qu'il représentait l'événement dont on célébrait l'anniversaire? Quel spectacle plus intéressant pouvait- on olFrir aux Orléanais que celui d'un fait d'armes dont ils étaient fiers à juste titre et auquel un grand nombre d'entre eux avaient pris une si glorieuse part?
D'ailleurs, pour ik^cj, cette conjecture devient une certitude. On trouve, en effet, dans les comptes de commune de cette année les mentions ci-après :
"■.A Mahiet Gaulchier^ paintre, le xiii' jour du moys d' avril, pour faire les jusannes et haches et une Jleur de Hz et deux godons, par marchié fafit à lui en la chambre de la dicte ville, pour faire la feste du lièvement des Tourelles', la liv. 16 sols p.
i^A Jehan Chanteloup , pour avoir vacqué neuf journées à faire les eschaffaulx de la procession des Tourelles , et pour unze charroiz pour mener et ramener le bois qu'il failloit à faire lesdiz eschaffaulx ; pour ce ââ sols p. v
Enfin on lit dans le registre des comptes de la même année un article sur lequel nous appelons l'attention du lecteur :
t A Jehan Hilaire, pour l'achat d'un estandart et bannière qui furent à Monseigneur de Reys pour faire la manière de l'assault comment ies Tourelles furent prinses sur les Anglois, le vu 1' jour de may ;
' C'est-à-dire de l'abandon du fort des Tourelles par les Anglais.
PRÉFACE. IX
VI] liv. tournois qui vallent à Paris cxii sous parisis : pour ce cm sols p. V
Ajoutons, pour en finir avec les comptes de la ville d'Orle'ans, que, dans les années qui suivent immédiatement, il n'est plus fait mention d'une représentation semblable. Il faut aller jusqu'en iZt46 pour trouver trace d'un divertissement ajouté à la procession le jour de la fête de la ville. C'est encore d'un mystère qu'il s'agit, mais du mystère de saint Etienne:
«y4 Mahiel Gaulchier, paintre , pour don fait aux compaignons qm jouèrent le mistaire de S. Estienne le viif jour de may, pour leur aider à soustenir la despense de leurs chafjaulx et aultres choses; pour ce â liv. 16 sols p. ))
Par ces textes, il nous semble établi qu en i/i35 et ili'dc) mi mystère où étaient reproduits les princi])aux incidents du siège d'Orléans fut joué dans cette ville à la féte du 8 mai.
Est-il permis de croire que ce mystère était celui que nous publions aujourd'hui? C'est notre sentiment.
Il est pour nous démontré, et nous développerons ci-après les motifs de notre conviction, que Fauteur était Orléanais. Ce n est pas seulement le cœur d'un bon Français, famour de l'indépendance nationale, et, par suite, la haine de l'Anglais qui se manifeste dans son œuvre, c'est encore et particulièrement le témoignage de sa fidélité et de son dévouement au duc d'Orléans, méié à l'expression d'un patriotisme tout local, si Ton peut ainsi parler. De plus, il nous semble visible que notre poëte, poëte de circonstance plutôt que de profession, écrivait à une époque encore fort rapprochée des événements, qu'il en avait été le témoin, et qu'entouré d'autres témoins nombreux des faits qu'il mettait en scène . il avait à cœur de ne rien avancer de contraire aux souvenirs encore vivants de ses concitoyens, comme aussi de ne rien omettre de ce qui pouvait flatter leur légitime orgueil.
X PRÉFACE.
Sans doute ce n'est là qu'une impression; mais encore faut-ii, pour en de'truire l'effet, quelque argument sans re'plique, d'où sorte l'impossibilité absolue d'assigner à notre poëme une date aussi ancienne. Nous avons dû rechercher nous-mêmes les objections qui pourraient s'élever contre notre opinion, et nous n'en avons aperçu qu'une, sérieuse il est vrai, mais non insoluble. La voici :
Le Bâtard d'Orléans est plusieurs fois, dans ce mystère, qualifié du titre de comte de Dunois, sire de Dunois, monseigneur de Dtinois. Or les lettres par lesquelles le duc d'Orléans gratifia son frère naturel du comté de Dunois sont datées du i4 juillet 1^89 seulement. N'en faut-il pas conclure que notre poëme est postérieur à cette date, et n'a pu être joué ni le 8 mai 1^189 ni à plus forte raison le 8 mai 1 435? L'argument semble d'autant plus fort, que ce n'est pas seulement en vedette, mais dans des vers mêmes et en rime que Ton peut lire :
Venez çà, sire de Dunois ^
Voicy le comte de Dunois^.
Et vous, monseigneur de Dunois^.
Ainsi, on ne peut pas même croire à une addition de copiste, facile à comprendre dans le premier cas, inadmissible dans le second. Nous aurions donc renoncé à notre hypothèse, si, en y regardant de près, nous n'avions été frappés d'une distinction trop marquée à nos yeux, trop significative pour qu'il fût possible de n'en pas tenir compte. C'est seulement dans le premier tiers de l'ouvrage, et jusqu'à la page 207, que le Bâtard d'Orléans est qualifié comte ou sire de Dunois; après quoi, il est constamment désigné sous le nom de Bâtard d'Orléans et même de Bâtard simplement. Il ne parle ou n'est interpellé que douze fois ' P. 1/19. — ' P. t8i. — ' P. 189 et 206.
•
PRÉFACE. XI
dans la première partie, et chaque fois le titre de sire ou comte de Dunois est employé' seul ou précède la désignation Bâtard d'Orléans. Dans la seconde partie, au contraire, il figure quatre-vingthuit fois, et pas une seule avec le titre qu'il reçut en i/iSg. Ni l'auteur ni les personnages qu'il met en scène, circonstance plus remarquable, ne l'honorent de cette qualification.
Dieu gard le Bastard d'Orléans' !
C'est ainsi qu'on le salue.
Bastard d'Orléans, mon chier aniy, Vous, Bastard d'Orléans, mon chier sire.
C'est en ces termes que s'adresse à lui la Pucelle^ Personne ne l'appelle autrement.
Cette distinction si frappante n'aurait-elle d'autre cause qu un caprice de l'auteur ou du hasard? Nous ne l'avons pas cru. Elle provient, selon nous, de ce que le Mystère du siège d'Orléans ne renfermait, dans l'origine, que le siège d'Orléans proprement dit, et ne commençait qu'avec l'année 1^29, au moment où les Anglais, maîtres des défenses extérieures de la cité, |)ouvaienl dire des Orléanais :
De leur terre nous avons
Jusques aux portes de leur ville.
Pour en faire ce que vouldrons Comme de nostre domicilie.
Ou encore :
Or povons nous pour le présent Bien assiger tout à l'entour
x„ PRÉFACE.
La ville, et les habitants Enfermer comme en une tour.
Y sont pris comme le butour Qui est dedans la sauterelle ; Il n'en sauldront ne nuyt ne jour, Non feroit une torterelle^
Le poème primitif s'ouvrait, à ce qu'il nous semble, par la re'solution qu'exprime John FalstafT d'aller au secours de ses compatriotes (p. 209), et dont il indique les motifs de manière à former une exposition très-suiTisante. C'est plus tard sans doute, après 1/1.39, l'auteur aura jugé à propos d'ajouter à son œuvre un vaste prologue , comprenant tous les événements antérieurs depuis le départ d'Angleterre du comte de Salisbury, comme il y a intercalé après coup l'épisode du combat en champ clos de deux hommes d'armes gascons contre deux Anglais ^. Et ainsi s'expliquerait fort bien la différence que nous venons de signaler et d'où nous tirons une conclusion à laquelle nous arrivons d'ailleurs par d'autres chemins.
Parmi les nombreux personnages de notre mystère, il en est un qui y joue un rôle des plus honorables, mais dont la fin ignominieuse dut vouer le nom à une longue exécration. Nous voulons parler de Gilles de Rais. Déjà riche à la mort de son père, qu'il perdit à l'âge de vingt ans, Gilles de Rais le devint bien plus encore lorsqu'en i/iBs il eut hérité de Jean de Craon, son aïeul maternel. Il semble que sa fortune, prodigieuse pour le temps, lui ait causé une sorte d'éblouissement. Il crut que rien ne pouvait plus mettre de bornes à sa puissance ni faire obstacle à ses désirs. Déjà blasé sur tout ce qui peut être le but d'une noble ambition, sur la gloire militaire, par exemple, il se jeta à corps perdu dans les plaisirs de tout genre, pour arriver enfin à l'abîme
' P. -201. — ^ Voir ci-dessus, p. iv, et plus loin, p. 281.
PREFACE. w
on trouvera ici des lettres exprime'es qui sont supprimées dans nos habitudes actuelles.
Parmi les singularités qu'on serait tenté d'attribuer à notre poëte, et qu'il faut pourtant déduire de son compte, on remarquera la mesure du mot royaume, qui n'entre dans le vers que pour deux syllabes, et, en cas d'élision, se réduit à une. Les exemples abondent; nous en choisirons trois :
Que vostre royaume recouverrez ' .
Et pour ayder, je le croy,
Au Roy à recouvrer son royaume^.
Ne plus puissance n'aront de gouverner
En cestuy royaulme, ainçois gueres de temps ^.
Les deux premiers exemples se trouvent dans des vers de huit syllabes, dont se compose la plus grande partie du poëme; le troisième appartient à un discours qui est écrit presque entièrement en vers de dix syllabes, mesurés comme ceux de nos anciennes chansons de geste. Dans les trois cas, royaume ne fournit au vers qu'une syllabe : raMm[e]. L'e final est muet.
Plus d'un siècle auparavant, dans la chronique métrique de Godefroi de Paris, on trouve le même mot dans les mêmes conditions :
De tout le reaume avoit la cure
Ce fu cil à cui fu commis
Du royaume le gouvernement^.
Dont deshonnor
Avint au royaume et grant meschief ^.
' P. A35. ^ Ms. de la Bibliothèque impériale . fonds
* Ms. de la Bibliothèque impériale , fonds fr. 166, fol. 80 v°. col. 3.
XL VI PREFACE.
Et avec eiz maint soudoier Du royaume et de divers pais'.
L'orthographe du mot, dans le premier de ces exemples, en indique la prononciation, et explique ce que le fait peut avoir d étrange à nos yeux.
Le nom de la ville d'Orléans donne lieu, dans notre poëme, à une observation analogue : il n'y compte que pour deux syllabes, et Ye y paraît ne'gligé comme dans nouveau ou dans beau. On sait que dans des textes plus anciens on trouve déjà Orliens en deux syllabes.
Nous pourrions aisément multiplier ces remarques, comme nous aurions pu multiplier les notes au bas des pages; mais ce serait faire injure au lecteur et nous donner à trop bon marché des airs de science qui enfleraient inutilement ce volume déjà si gros. Terminons cette introduction, comme nous l'avons commencée, en plaçant sous la protection du grand nom de Jeanne d'Arc et le Mystère du siège d'Orléans et le travail de ses éditeurs.
PERSONNAGES.
AU CIEL.
Dieu.
Notre-Dame.
Saint Michel, archange.
Saint Euvertb, évêque d'Orléans, fondateur de l'église Sainte-Croix, vers 35o- 375.
Saint Aignan, évêque d'Orléans, en 653, patron de la ville.
SUR LA TERRE.
GROUPE FRANÇAIS.
La Pucelle.
Charles VII , roi de France.
Le Duc d'Orléans. Charles, duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre depuis la bataille d'Azincourt.
Le Bâtard d'Orléans, .lean, fils naturel de Louis, duc d'Orléans, comte de Dunois, à compter du tù juillet 1^39.
Le Duc d'Alençon. Jean, duc d'Alençon, comte du Perche, lieutenant général du roi.
Le Comte de Clermont. Charles de Bourbon, comte de Clermont, gouverneur du Bourbonnais et de l'Auvergne pendant la captivité de son père en Angleterre.
Le Comte de Vendôme. Louis de Bourbon, comte de Vendôme.
Le Comte de Richemont. Artus de Bretagne, connétable de France, alors en disgrâce près du roi.
Le Maréchal de Sainte-Sévère (nommé dans le manuscrit Sainte-Suaire). Jean de Brosses, maréchal de France, connu sous les deux noms de Sainte-Sévère ou de Boussac.
Le Maréchal de Rais. Gilles de Laval, seigneur de Rais, Ingrande, etc. maréchal
XLVIII PERSONNAGES.
de France, le 2 1 juin 1 ^29 , trop connu depuis par les crimes qui le firent condamner au bûcher, en ikko.
Le Sire de Laval. Gui, xiv" du nom, seigneur de Laval, créé comte au sacre de Charles VII.
Le Sire de Lohéac (Ms. Loheat, Lochat, Loyal). André de Laval, frère du précédent, connu sous le nom de maréchal de Lohéac.
Le Maréchal de la Fayette (Ms. La Saiette). Gilbert Motier de la Fayette, maréchal de France.
L'Amiral de Culan. Messire Louis de Culan, amiral de France. Le Sire de Graville. Louis Mallet, seigneur de Graville, grand maître des arbalétriers.
Regnault de Chartres, chancelier de France, archevêque de Reims, puis cardinal.
La Hire. Etienne de Vignolles, dit La Hire, fameux capitaine gascon, bailli de
Vermandois pour Charles VII.
PoTON de Saintrailles. Pierre de Saintrailles, dit Poton, compatriote du précédent
et non moins célèbre capitaine.
Le Sire de Saintrailles. Jean de Saintrailles, frère aîné de Poton. Le Sire de Gaucourt. Raoul de Gaucourt, gouverneur d'Orléans, grand maître de
l'hôtel du roi, en iZi53.
Le Sire d'Alrret. Guillaume d'Albret, seigneur d'Orval, tué, le 12 février, au
combat de Rouvray-Saint-Denis, autrement dit la Journée des harengs. Le Sire de Reuil. Jean de Reuil, comte de Sancerre.
Le Sire de Charannes (Ms. Chambannes). Jacques de Chabannes, sénéchal de Rourbonnais.
Le Sire de Guitry. Guillaume de Guitry, seigneur de Chaumont-sur-Loire. Le Raron de Coulonces. Jean de la Haye, seigneur de Coulonces, chevalier normand.
Ambroise de Loré, capitaine manceau, depuis prévôt de Paris.
Le Connétable d'Ecosse. Lord John Stuart de Darnley, connétable d'Ecosse, tué,
le 12 février, à la Journée des harengs. SiR William Stuart (Ms. Messire Gilles Estuart), frère du précédent, tué le même
jour.
SiR HuGH Kennedy (Ms. Canède), capitaine des Écossais au service du roi.
Le Sire de Coarraze (Ms. Coras, Couras\ Arnaut de Coarraze, chevalier béarnais.
Jacques de Dinan, seigneur de Reaumanoir, chevalier breton.
Thibaut de Termes. Thibaut d'Armagnac, seigneur de Termes, bailli de Chartres.
(C'est probablement le même personnage qui est appelé Regnault de Termes à
la page 3i5.)
PERSONNAGES.
XLIX
Le Vicomte de Thouars, seigneur d'Amboise. Le Sire de la Tour , baron d'Auvergne.
Messire Mathias, chevalier aragonais.
Le Sire de Cernay, chevalier aragonais, capitaine de Vendôme. Théaulde de Valpergue (Ms. Vallepaigne, Vallepraigne) , capitaine. Thudual de Kermoisan (Ms. Carmoisi, Carmoison), dit le Bourgeois , capitaine de Montécler.
Le Sire de Villars. Archambaut de Villars, capitaine de Montargis. Le Sire de Lesgot. Jean de Lesgot, seigneur de Verduzan.
Messire Fleurant d'Illiers, gentilhomme du pays chartrain, capitaine de Châteaudun.
Jamet du Tillay, capitaine de Blois.
Le Bourg de Bar, capitaine.
Pierre de la Chapelle, chevalier beauceron.
Le Sire de Verdun , capitaine , tué à la Journée des harengs.
Denis de Chailly, chevalier de la Brie.
Alain Giron, capitaine breton.
Guillaume Renaut, gentilhomme, fait chevalier par lord Pôle, sur le champ de bataille.
Le Sire de Baudricourt, écuyer, capitaine de Vaucouleurs; depuis conseiller et chambellan du roi.
Jean de Metz. Jean de Nouillompont, dit de Metz, gentilhomme de Bassigny, chargé
d'amener la Pucelle à Chinon.
Bertrand de Plongy, ou Poulengy, idem.
Berthran de Contes, {sic dans le manuscrit. Est-ce Louis de Contes, dit Imerguet,
page de la Pucelle, ou bien un de ses parents, que l'auteur désigne ainsi?) Le Sire de Chaumigny, chevalier du Berry.
Premier Frère de la Pucelle. Jean d'Arc, anobli depuis sous le nom de du Lys.
Second Frère de la Pucelle. Pierre d'Arc, idem.
Verdille, homme d'armes gascon, de la compagnie de La Hire.
Gasquet ou Gaquet, idem.
Maître Jean des Boillons, célèbre astrologue.
L'EvÉQUE d'Orléans ( Ms. Messire Jehan saint Michel). Jean de Kirkmichaei, Ecossais d'origine.
Le Receveur de la ville d'Orléans. L'un des douze procureurs de la ville, receveur des deniers communs.
Le Procureur de la ville d'Orléans.
Premier Bourgeois d'Orléans, échevin ou procureur de la ville, envoyé vers le roi. Deuxième Bourgeois d'Orléans, idem.
t PERSONNAGES.
Premier Bourgeois, envoyé vers ie duc de Bourgogne. Deuxième Bourgeois, idem.
Autres Bourgeois d'Orléans, chargés de féliciter la Pucelle après la prise des Tourelles et la levée du siège, après la prise de Jargeau et après la victoire de Patay. Premier Conseiller du roi.
Deuxième Conseiller.
Troisième Conseiller.
L'Inquisiteur de la foi.
Premier Président du parlement.
Deuxième Président.
Troisième Président.
Quatrième Président.
Le Prêtre de Sainte-Catherine de Fierdois.
Le Prêtre de Notre-Dame de Cléry.
Le Sénéchal de l'amiral de Culan.
Le Sénéchal du connétable de Richemont.
Quatre Hérauts ou Messagers de la Pucelle.
Trois Messagers du roi.
Trois Messagers du Bâtard d'Orléans.
Un Messager du comte de Clermont.
Un Messager du connétable de Richemont.
Un Messager de La Hire.
Un Messager clerc de la ville d'Orléans.
Le Faiseur de guet d'Orléans.
Le Maître d'hôtel de La Hire.
Un Chasseur de marée.
Un Canonniek.
Trois Compagnons français.
Trompettes.
GROUPE ANGLAIS.
Le Duc de Bourgogne. Philippe HI , dit le Bon , duc de Bourgogne.
Le Duc de Bedford. Jean de Lancastre, oncle de Henri IV, roi d'Angleterre, régent du royaume de France. (Ms. Betefort, Bethefort. )
Le Comte de Salisbury. Thomas de Montague, comte de Salisbury, général de l'armée anglaise, tué par un boulet au commencement du siège. (Ms. Sallebry.)
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The end
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