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Cours d'esthétique

Théodore Jouffroy, Ph. Damiron · 1863 · Scanned text

138,470 words · about 9 h 42 min to read

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About this book

Authors
Théodore Jouffroy, Ph. Damiron
Language
French
Published
1863
Length
138,470 words · about 9 h 42 min
Sections
7 reader sections
Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (7)

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COURS

D'ESTHÉTIQUE

OUVRAGES DU MEME AUTEUR

II Préface De L’éditeur

C’était un devoir qui m’était imposé, mais c’était aussi un droit qui m’était conféré. Ce droit était plein et entier: tel en effet il me vint des mains de madame Jouffroy, qui ne doutait pas en me le donnant qu’elle n’interprétât et ne suivît bien les intentions de son mari ; et, je ne crains pas de l’affirmer, tel je l’eusse reçu de M. Jouffroy lui-même, s’il eût pu en disposer, et s’il est vrai que l’amitié qui régna entre nous fût pour moi un titre certain à sa parfaite confiance, et pour lui un motif de me choisir comme son représentant dans celui de ses intérêts que je pouvais le mieux entendre.

J’ai fait de ce droit l’usage le plus discret et le plus modéré; j’ai usé et non abusé; j’ai tâché de me m’exposer à aucun juste reproche; je crois y être parvenu. Aussi, quand aux cris de scandale dont après quelque temps fut assaillie la publication que je viens de rappeler, un instant troublé de tant de bruit et d’éclat, je me retirai en moi-même, pour me demander dans ma conscience , comme juré et comme ami, si je n’avais pas bien agi selon les vœux les plus vrais et les desseins les plus constants de celui que je représentais, je ne tardai pas à me calmer, et triste encore mais tranquille, je restai avec la certitude de n’avoir été que son sincère et judicieux interprète.

J’ai peine à supposer que personne en ait jugé autrement, pour peu du moins que par ignorance, légèreté ou passion, on n’ait pas méconnu et mal apprécié ma conduite ; et la preuve, c’est que, quand à la suite de l’éclat qui fut fait et qui certes n’était pas destiné à prévenir pour moi les esprits, on vint à comparer le texte publié par moi avec celui qui le fut par d’autres, ceux mêmes qui étaient le moins favorablement disposés reconnurent que ce que j avais modifié dans quelques rares passages n’importait sérieusement ni à la beauté de la forme, ni à la vérité du fond.

Avec moins de prévention on m’eût rendu plus de justice; on eût pensé qu’uni de cœur comme je l’étais avec M. Jouffroy, et chargé de veiller pour lui à la publication de ses écrits, je m’étais, avant d’y toucher, bien pénétré de son es-

PRÉFACE DE L’ÉDITEUR.

III prit, et réglé convenablement sur ses plus intimes sentiments. On a parlé de son amitié et on en a rappelé les marques ; on s’en est même servi comme d une arme ; pour moi je n’ai rien à en dire, si ce n’est que jusqu’à la fin elle m’a constamment placé si près de sa conscience, que je n’hésite pas à affirmer que, sans les avoir reçues explicites et expresses, j’ai connu et compris ses dernières volontés, et que, dans les soins que j’ai pris, je n’ai fait que m’y conformer.

Pourquoi donc, en secret d’abord, et puis publiquement et avec éclat, s’est-on tant réjoui de me voir tomber dans ce qu’on regardait comme une faute de ma part? pourquoi en a-t-on cherché, je dirai presque épié, saisi, communiqué ou accepté avec tant d’empressement les preuves et les indices? Pourquoi, quand on les a tenus, s’est-on tant récrié ,et a-t-on si mal estimé, soit en elle-même, soit dans ses motifs, une action que cependant, avec un peu d’équité, il eût été si facile de mieux apprécier? C’est qu'il y avait là autre chose que de la sagesse et de la justice; c’est qu’il y avait la passion, l’esprit de secte et de système, l’inimitié de parti, tout ce qui d’ordinaire dispose mal à bien juger du vrai. Si je n’eusse eu affaire qu’à des sages, ils eussent vu ce que j’avais fait, pourquoi et comment je l’avais fait; ils eussent reconnu que j’avais agi librement, loyalement, en ami de M. Jouffroy, comme il l’eût fait lui-même, et uniquement par respect pour les personnes et pour les choses ; et au lieu de me blâmer ils m’auraient approuvé, et surtout ils ne m’auraient pas imputé une conduite et des sentiments qui ne furent jamais les miens. Mais j’avais contre moi des adversaires passionnés qui, quelle que fût leur diversité de but e t de tendance, devaient s’accorder pour attaquer la manière dont j’avais publié le Mémoire de M. Jouffroy, et n’épargner à cet égard ni les fausses suppositions, ni les injurieuses accusations.

Ainsi, d’abord, il convenait à un des esprits les moins difficiles en matière de preuve et d’interprétation, de faire de M. Jouffroy, en vue d’une autre personne , qu’il prétendait

IV Préface De L’éditeur

attaquer dans son disciple comme dans sa doctrine, une âme ébranlée sans retour, et n’ayant de philosophie que pour se retirer et finir dans un douloureux scepticisme. Pour cela, il lui fallait voir , dans le Mémoire dont il s’agit , le commencement sans la fin, la préparation sans la conclusion, la partie historique sans la partie dogmatique ; il lui fallait également représenter cet écrit, comme la dernière pensée, et en quelque sorte le testament philosophique de l’auteur, et oublier en même temps ce qui cependant était bien marqué dans Y Avertissement , qu’il avait été composé à plus de dix ans de date1, qu’il n’était pas achevé, et qu’il lui manquait par conséquent cette révision scrupuleuse et cette critique dernière qui seules permettent de dire qu’un livre est fait et prêt pour le public.; enfin, il lui fallait aussi ne pas le considérer dans ses rapports avec les autres productions de M. Jouffroy, ultérieurement publiées, et certainement destinées à en expliquer, et, s’il y avait lieu, à en corriger les idées ; c’était l’intérêt de son hypothèse : il y sacrifia par passion l’exacte connaissance des faits, la juste estime des choses, la modération et la bienveillance. Il convenait ensuite à ceux qui, quoique dans un autre camp, montraient pour le moment tant d’empressement à accueillir ses hasardeuses inductions, de préjuger au lieu d’examiner, d’accuser au lieu de vérifier. Pour eux, que devais-je être? Ils eurent pour le dire plus d’un terme injurieux, mais je les repousse tous

1. J’ai besoin d’insister sur ce point, parce que, malgré la déclaration de l’auteur, malgré ce que j’en ai dit dans ma préface et ce que d’autres en on dit ailleurs après moi, il a été répété, et presque accrédité, que cet ouvrage avait été écrit par M. Jouffroy en dernier lieu et comme à son lit de mort; tandis que , au contraire , il est certain que c’était une composition de plus de dix ans de date, ainsi que je viens de le rappeler, et qui avait été laissée inachevée par l’auteur, et que certainement, s’il l’eût fait paraître, il l’eût modifiée dans le sens des diverses productions qu’il avait ultérieurement publiées. Aussi suis-je convaincu que nul homme sensé, connaissant M. Jouffroy au moment de sa mort, et comparant cet écrit à ceux qui l’ont suivi, ne doute que dans ce que j’ai fait je n’aie été le fidèle interprète de sa pensée.

PRÉFACE DE L’ÉDITEUR.

V hautement, parce que je n’ai rien fait qui les ait mérités, et que, loin d’avoir méconnu, trahi ou altéré les vrais sentiments de M. Jouffroy, j’en ai seulement, en les adoucissant, comme il convenait, mieux ménagé quelques expressions. Telle est du moins la conviction dans laquelle je demeure, et qui ne me laisse aucun doute sur un acte que j’ai fait par devoir et par amitié, selon un droit incontestable, et, je ne crains pas de le dire, dans d’irréprochables intentions.

J’aurais fini ici ce qui m’est personnel, si je n’avais à ajouter encore quelques mots qui se rapportent à certaines autres attaques auxquelles, d’abord avec le petit nombre, puis avec tout le monde indistinctement, j’ai été également en butte. Je n’y ai pas répondu, je désire dire pourquoi, je ne sais si j’en aurais ailleurs une occasion plus favorable.

J’avais à traiter cette année, d’après l’ordre des leçons que depuis plus de cinq ans je consacre dans ma cnaïrS^à l’histoire de la philosophie au xvne siècle, de Malebranche, d’Arnauld, de Boursier, de Bossuet et de Fénelon ; je n’avais pas trop de tout mon temps pour suffire à de si difficiles et de si graves études, et il m’en eût trop coûté d’en distraire même la moindre portion pour des discussions d’un genre tout différent, et qui m’eussent trop détourné de la pure philosophie. Bien sans doute n’eût été plus légitime et plus juste que d’user de représailles et de rendre la guerre pour la guerre à qui ne voulait pas la paix ; mais, je l’avoue, en songeant à quels hommes je devais et j’avais destiné mon temps, je n’ai pu me résigner à les quitter, même un moment, pour ceux qui me provoquaient à de tout autres débats ; où étaient là, en effet, les Malebranche, les Arnauld, les Bossuet et les Fénelon? Je suis donc resté du côté de la grandeur, je me suis renfermé dans l’histoire au lieu de descendre dans le présent, et, pour toute réponse à tant de bruit, pour toute défense et toute attaque, j’ai continué sans trouble mon fidèle commerce avec ces hautes intelligences. Je ne crois pas que j’eusse mieux à faire. Quelle autre épreuve m’eût mieux vjIu? Par la matière de mon sujet, j’avais à

VI Préface De L’éditeur

aborder les plus difficiles problèmes de la métaphysique religieuse ; il y avait là de quoi dire, et de quoi dire très-diversement; il y avait de quoi se tromper, hésiter et douter. Eh bien! cependant, quelles grandes vérités ai-je commises ou négligées? Je n’ai certes pas tout approfondi, tout éclairci, tout assuré ; mais suis-je tombé dans quelque excès, et, soit dans la critique, soit dans la doctrine, ai-je manqué 4e mesure et de discrétion, plus que d’indépendance et de liberté ? Je ne le pense pas, et j’estime que c’est là aussi une manière et une bonne manière de faire face à l’ennemi; c’est au moins lui prouver qu’on peut, sans trouble et avec calme, continuer à travailler et à se fortifier sous son feu. A quoi bon d’ailleurs se mettre en peine de repousser certaines accusations? On m’a adressé, par exemple, au sujet d’une proposition mal comprise et mal interprétée, le reproche d’être favorable au suicide ; or, à côté de cette proposition, on eût pu placer ces lignes que j’écrivais en 1840, et avant que la querelle eût commencé :

oc Je vais Vous parler de l’immortalité, mais je la prouverai principalement par cette considération capitale, que la vie présente est une épreuve dont une autre vie est la conséquence; or il peut y avoir dans cette considération, sérieusement méditée , matière à de sincères et salutaires retours pour certaines âmes malades, qui ne le sont que par oubli ou par ignorance du vrai sens de leur destinée; je voudrais, s’il se pouvait, le leur rappeler ou le leur apprendre ; je voudrais les éclairer, et les guérir en les éclairant.

« Je ne viens point déclamer sur cette fureur du suicide, aujourd’hui si commune; mais il faut bien reconnaître un fait qui est attesté par de trop nombreux exemples. Or, à voir ce fait, à juger tous ces actes d’une si terrible énergie ou d’une si déplorable faiblesse, n’est-il pas évident qu’ils viennent d’une facilité sans mesure et sans règle à décider de sa destinée sans tenir compte de la Providence ? et à défaut de ces actes, les sentiments qui les préparent, alors même qu’ils ne les produisent pas, ces dégoûts accablants, ces dé-

PRÉFACE DE L’ÉDITEUR.

VII sespoirs sans frein , on cette profonde indifférence en face des choses de ce monde, n’attestent-ils pas ce scepticisme de cœur encore plus que d’esprit, qui fait que, faute d’y avoir pensé, on doute, on ne sait que croire ; qu’on ne sait que résoudre de la vie et de la mort, non pas, il est vrai, au sens physique et matériel, mais au sens spirituel , moral et religieux? En ce sens-là on ne les comprend plus, on ne les estime plus ce qu’elles valent, et par suite on ne les accepte plus telles que Dieu les a faites; on n’en a plus la science et par suite la vertu; de sorte que, si on aime encore la vie, c’est comme l’animal, par instinct, et non pas de cet amour raisonnable et pieux qui fait qu’on y est attaché comme à un bienfait de la Providence, toujours doux, alors même qu’il s’y mêle des amertumes. Si on craint encore la mort, c’est également comme la brute, par instinct et non parraison ; on ne la révère plus, on ne la redoute plus comme le mystère à la fois terrible et solennel au sein duquel le Créateur tente sur sa faible créature, au moment de la régénérer, une dernière et suprême épreuve. On n’a plus le respect de la vie et de la mort. Or, quand on en est là, comment encore les bien prendre ? comment être, quand il le faut, ferme et patient pour celle-ci, doux et résigné pour celle-là? comment avoir ces sentiments que peut seule inspirer une foi forte et pleine d’espérance?

« Si donc nous sommes en un temps où trop d’âmes distraites de la considération des choses divines par celle des choses humaines, et une fois, par malheur, réduites à celles-ci, n’y trouvant que désordres, déceptions et misères, s’en irritent et s’en troublent avec déréglement ; si le mal va croissant, et que de jour en jour un plus grand nombre d’entre elles, pour couper court à une destinée qui leur est insupportable parce qu’elle leur est inintelligible, essayent d’en décider par le moyen à la fois le moins raisonnable et le plus violent ; il devient urgent, pour les arracher à la fois à d’aussi tristes préoccupations et à d’aussi coupables résolutions, de faire appel à leur conscience pour y réveiller d’au-

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