Préface
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Nous nous sommes proposé un double but en écrivant ce ouvrage : nous avons voulu contribuer à répandre, à vulgariser la connaissance si attrayante et cependant un peu trop négligée des éléments de l’astronomie, et développer en même temps les sentiments que la contemplation de l’univers doit faire naître dans les âmes.
Pour le mettre à la portée de tous les lecteurs, il fallait expliquer les grandes lois qui régissent les mouvements des astres, à l’aide seulement des notions les plus élémentaires de la géométrie, et décrire les phénomènes célestes avec une grande simplicité de langage et une marche méthodique dans l’enchaînement des faits. Cette tâche nous était facilitée par l’expérience d’une longue carrière d’enseignement.
D’un autre côté, il y avait un écueil à éviter; notre livre ne devait pas avoir l’aridité d’un livre classique, mais offrir au contraire une lecture intéressante. C’est ce que nous avons cherché à réaliser en y mêlant à chaque occasion des notions historiques sur les découvertes successives de la science, sur les hommes qui les ont faites, sur les circonstances au milieu desquelles elles se sont produites, en n’omettant aucun des progrès les plus récents, tout en laissant à l’écart ceux qui ne peuvent intéresser que les astronomes. Pour cela, nous avions à notre disposition les ouvrages des temps passés et les publications contemporaines. Nous
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PRÉFACE avons surtout largement puisé dans les notices aussi intéressantes que savantes, dont un membre éminent de l’Académie des Sciences, M. Faye, enrichit chaque année X Annuaire du Bureau des longitudes.
Nous n’avons rien négligé de ce qui pouvait donner à notre travail toute l’exactitude nécessaire. Un astronome de l’Observatoire de Paris, M. Bigourdan, a bien voulu l’examiner attentivement. Grâce à ses conseils, nous avons pu répandre plus dé clarté en certains passages, mettre plus de précision dans des questions délicates. Nous nous plaisons à lui en exprimer ici toute notre reconnaissance.
Nos lecteurs seront ainsi assurés que nous n’avançons rien qui ne soit appuyé sur l’autorité de la science et que même dans l’exposé des faits les plus extraordinaires, nous n’avons laissé aucune part aux caprices de la fantaisie ou aux écarts de l’imagination. Ajoutons qu’aucune des découvertes astronomiques les plus récentes n’a été omise.
L’autre partie de notre tâche avait, à nos yeux, une si grande importance qu’au lieu d’exprimer seulement nos réflexions personnelles et nos sentiments particuliers, nous avons eu soin de faire parler à notre place, aussi souvent que possible, des hommes qui sont l’honneur de la science et qui savent, avec l’autorité de leur parole, montrer si éloquemment le Créateur au milieu de la Création et affirmer sa présence dans ce merveilleux domaine de l’univers, qu’ils passent leur vie à étudier. Ils y accompagnent en quelque sorte le lecteur ; ils lui répètent à leur tour ce que disait déjà autrefois le Psalmiste : Les deux racontent la gloire de Dieu (Ps. xviii), et ils s’écrient aussi comme lui : Que vos œuvres sont admirables ^ Seigneur ! Vous les avez toutes faites avec sagesse (Ps. cm).
Introduction
Parmi les spectacles si variés que présente la nature, celui qui produit l’impression la plus saisissante et se gravant le plus profondément dans Tâme, c’est sans contredit celui du ciel étoilé, par une belle nuit sans nuages. Loin du bruit des villes, dans le silence de la campagne troublé seulement par quelques sons mélancoliques, soupirs sortant du sein de la terre, on subit le charme d’une certaine harmonie mystérieuse qui semble accompagner la marche lente des astres dans le ciel. On les suit de l’œil, et ce n’est pas sans un vague sentiment de regret qu’on les voit descendre peu à peu pour disparaître sous la surface de la Terre ou se noyer dans les eaux de la mer, pendant que les étoiles radieuses de la Grande Ourse planent fièrement dans les hautes régions du ciel.
Tous ces astres appellent nos regards. Dans les froides soirées de l’hiver aussi bien que dans les tièdes nuits de Tété, les étincelles qu’ils font jaillir à chaque instant sont comme des signes muets par lesquels ils nous invitent à monter jusqu’à eux. Notre pensée s’y transporte ; mais d’autres astres l’attirent plus loin : derrière eux de nouveaux astres inconnus l’entraînent à des distances de plus en plus grandes. Elle court ainsi d’abîme en abîme, et n’entrevoyant plus aucun terme dans ces espaces infinis, elle se trouble et pour échapper au vertige, elle se hâte de revenir sur la terre, où elle tombe sous le poids des impressions qu’elle rapporte.
Ces mondes innombrables, qui sont disséminés dans une étendue sans bornes, ne se sont pas créés tout seuls, ne se sont pas imposé à
INTRODUCTION eux-mêmes l’ordre constant dans lequel ils se meuvent. Ils doivent donc leur existence à une Cause suprême, à un Etre infiniment puissant qui existait avant eux, sans avoir jamais eu lui-même un commencement, à un Dieu infiniment grand que notre esprit borné ne saurait comprendre, mais devant lequel nous sommes forcés de nous prosterner, en proclamant qu’il a tout créé, l’homme comme la Terre qui le porte et les astres qui l’éclairent.
Combien de réflexions naîtraient aussi en notre âme, si nous nous trouvions en face du ciel étoilé sur les hauteurs de l’Observatoire de Paris par exemple. Là les bruits sourds de la ville se perdent comme une rumeur lointaine ; les mille feux que l’industrie humaine y allume chaque nuit apparaissent au-dessous de la voûte étincelante comme des vers-luisants répandant une pâle lueur sur le gazon ; tout devient plus petit sur la Terre à mesure que l’on contemple plus longtemps le ciel. L’homme lui-même semble n’être qu’un atome devant l’immensité de la création. Et cependant n’a-t-il pas le droit de se regarder comme supérieur à tout cet univers, quand il songe qu’il a pu, armé d’ingénieux instruments, sonder l’océan infini des espaces célestes, mesurer les distances des astres qui les peuplent, déterminer leur marche, et même reconnaître dans leur substance, parTexamen de l’image que leur lumière, après avoir traversé un prisme de verre, nous montre nuancée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, quelques-unes des matières qui entrent dans la substance de la Terre et des êtres qu’elle nourrit à sa surface ?
Evidemment, ce n’est pas par son corps de chair qu’il possède cette supériorité ; nous sentons bien que c’est par l’intelligence. L’âme, dont le corps n’est que l’humble serviteur, ne saurait être de même nature que lui, ne peut périr avec lui. Elle est un rayon émané de l’intelligence divine ; c’est à cette intelligence qu’elle retournera, après avoir accompli sa destinée terrestre.
Voilà les nobles jouissances et les grandes leçons que nous donne la seule contemplation du ciel ; elles suffisent pour montrer toute l'importance de la science astronomique, et faire naître le désir d’être initié à quelques-uns de ses secrets. Ecoutons le langage qu’elle inspire à un savant philosophe contemporain.
INTRODUCTION
« Si parmi les sciences, dit M. Barthélemy Saint-IIilaire \ il en est une qui nous montre l’empreinte de la main divine et toutb-puissanté, c’est celle des astres. Les objets qu’elle considère sont d’une grandeur incomparable : le temps et l’espace, les mouvements et les forces y prennent des proportions inouïes ; si quelque part l’homme se sent en présence du divin, c’est bien là, sous les formes les plus palpables et les plus saisissantes. Il aborde ces phénomènes prodigieux avec une sorte de respect et de terreur sainte qu’on ne sent que devant Dieu. Pour trouver un spectacle à la fois plus majestueux et plus touchant, l’homme doit sortir du monde matériel et entrer dans le monde intelligible et moral, où sa raison et sa conscience lui préparent de plus grands étonnements. Mais dans les sciences naturelles, il n’en est pas une qui ose rivaliser avec l’Astronomie et lui disputer le premier rang.
« Pour moi, plein de reconnaissance pour les enseignements qu’elle nous donne, je la remercie de nous en avoir tant appris sur les œuvres de Dieu. Toutefois, je crois qu’à cette première leçon elle peut en ajouter une autre non moins précieuse. Elle apprend à l’homme à se mieux connaître, en même temps qu’il connaît davantage ses rapports avec ce qui est infini et éternel. Ce n’est pas l’Astronomie sans doute qui lui donne le secret de sa destinée ; mais elle lui montre tout ensemble sa petitesse imperceptible, et sa grandeur sans égale parmi les créatures. Elle lui fait sentir, par des mouvements contraires, combien il est loin de Dieu, et combien il est au-dessus de tout ce qui l’environne. Ce sont bien là les deux abîmes qui épouvantaient le génie troublé de Pascal et qui peuvent en effet nous causer le vertige. Mais l’harmonie éternelle des mondes et la stabilité immuable de leurs lois sont faites pour nous rassurer. Celui qui a fait tout cela et qui le maintient, peut d’autant moins abandonner l’homme que l’homme est le seul être à qui il a permis de le comprendre et de l’adorer. L’homme peut s’en remettre à sa puissance, à sa justice et à sa bonté. »
* Préface de la traduction du Livre du Ciel d’Aristote.
L’Observatoire de Paris.
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The end
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