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ALPHONSE GAGKOX
Lumière visible
" J'ai toujours tenu et je tiens pour unique, vraie et infaillible cette sainte religion catholique, remerciant sans cesse le bon Dieu de m'avoir accordé cette foi. Je la reconnais pour un don de Dieu. . .Mais je n'ai pas négligé les moyens humains de m'y affermir et d'écarter toute espèce de doute, en l'étudiant attentivement dans ses fondements, en recherchant dans la lecture des livres apologétiques et des livres opposés les raisons pour et contre d'où naissaient les arguments les plus propres à la rendre croyable et & la présenter telle que nulle Ame bien faite ne puisse se refuser t\ l'embrasser. Puisse cette protestation, que je me permets de montrer à chacun, produire quelques bon» fruits." (Volt a 174Ô-1826.— Ecrit en 181ô, et rapports parCieeri de Corno dans son livre Lr* deux iovrnéet fl'août. Milan, 1830).
Introduction
Le but que je me suis proposé dans les pages qui suivent est de rechercher s'il est possible à tout homme de bonne foi, en usant librement des lumières de sa raison, de parvenir à la vérité religieuse.
Je suppose le cas de quelqu'un qui n'a pas eu l'avantage de recevoir une forte éducation religieuse ou qui, ayant négligé de cultiver sa foi, a vu s'obscurcir en son âme les vérités fondamentales de la religion. Cet homme, qui a cependant conservé la droiture du cœur, qui croit en Dieu, et qui d'ailleurs est instruit, éclairé, à un moment donné de son existence, rentrant en lui-même et se prenant à réfléchir sur sa destinée, se demande si vraiment il existe une religion véritable, si Dieu a réellement parlé aux hommes, a fait connaître comment il veut être servi et si la Révélation peut lui apprendre, en même temps que le pourquoi de son existence, les devoirs qu'il a à remplir ici-bas.
Mais comment parviendra-t-il à s'assurer que Dieu s'est réellement manifesté aux hommes, si ce n'est surtout par l'étude qu'il peut faire de la Révélation elle-même, bien que diverses routes peuvent nous conduire à la connaissance de la vérité et par elle à notre salut. Chercher si la Révélation chrétienne est bien un fait garanti par des faits ou témoignages incontestables, c'est aller droit à la vérité ; c'est la voie la plus courte et la plus sûre pour se convaincre qu'il existe une loi divine en ce monde, et que cette loi n'est autre que le Christianisme. C'est la marche régulière, normale, conforme à la raison, par laquelle un esprit peut parvenir ou revenir à la foi.
Il ne lui sera pas nécessaire de recourir à la voie scientifique, aux controverses de l'érudition, aux abstractions métaphysiques, pour satisfaire son âme sur ces grandes questions ; il lui suffira d'un raisonnement de sens commun et de bonne foi, et de ne pas avoir peur de la vérité, sachant, quand il le faut, lui sacrifier ses opinions personnelles. Un simple examen de sa nature l'obligera bientôt à reconnaître qu'en effet la nature de l'homme appelle une religion surnaturelle, que la vraie religion surnaturelle, c'est le christianisme, et que le vrai christianisme, c'est le catholicisme. La pluralité des religions n'exclut pas la vérité d'une seule et vraie religion, vérité sans laquelle la conscience individuelle aussi bien que la logique ne sauraient être satisfaites. La fausse monnaie est la preuve qu'il y en a une véritable.
Le chrétien cherche la foi sans avoir à la faire, et quand il a constaté, historiquement, le fait de la révélation, il trouve là toutes les vérités en celle-là.
Or, comme la Révélation chrétienne est contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament, il s'assurera si ces livres sont bien authentiques, et s'il doit les accepter comme étant l'expression de la volonté de Dieu, qu'aucune vérité scientifique bien établie n'est en contradiction avec une certitude biblique. Bien que la Bible n'ait nullement besoin du concours de la science pour prouver son origine divine et inspirée, il est toujours satisfaisant de savoir qu'il y a accord parfait entre les découvertes scientifiques et le texte sacré. Il devra également se rendre compte de la valeur de certaines théories soi-disant scientifiques sur l'origine humaine et de ce qu'il doit en penser. Il obtiendra facilement la preuve que la doctrine qui prétend nous enlever notre titre d'enfants de Dieu contre une origine simienne, est aujourd'hui une doctrine ruinée par le bon sens comme elle Test par les faits.
Notre chercheur aura encore à examiner les motifs de crédibilité sur lesquels s'appuie la religion qui lui est proposée ; si cette religion a, dans son organisation, dans son histoire, dans ses effets, une vertu supérieure au pouvoir de l'homme ; si elle repose sur des faits surnaturels, miracles, prophéties ; si ces faits sont prouvés et quelle est leur valeur. En un mot, il lui faut avoir une vue claire de la raison de sa foi, savoir pourquoi il croit. Cette enquête l'amènera au seuil même de l'Eglise.
C'est ce que j'ai essayé d'établir dans les sept premiers chapitres de la présente étude. Cette méthode peut servir non seulement au simple déiste qui veut arriver à la possession complète de la vérité, mais encore au catholique convaincu qui veut se rendre compte de ses croyances, ou à celui dont la foi est à l'état de sommeil. Les trois derniers chapitres de ce travail, bien qu'ils rentrent dans l'esprit du sujet traité, n'ont qu'un rapport indirect avec la proposition principale.
Comme motif d'encouragement à entreprendre le présent ouvrage, je me suis inspiré des paroles de l'illustre et savant cardinal Wiseman, qui a tant contribué à enrichir l'apologétique chrétienne :
" Je ne vois pas pourquoi, dit-il, toute personne douée seulement de talents ordinaires, ne pourrait espérer, à l'aide d un travail persévérant, augmenter quelque peu les témoignages généraux qui militent en faveur de la vérité. Dans cette science comme dans toute autre, il y a des degrés modestes : ce sont des chemins tranquilles et retirés qui ne conduisent pas au-delà des bornes de l'intérieur domestique, chemins que peut parcourir l'esprit timide à l'abri de l'attention publique, et où il peut cueillir d'agréables et humbles plantes dont les parfums seront aussi doux sur l'autel de Dieu que le riche encens composé avec tant d'art par Bazaléel et Oholiab."
Démontrer comment on arrive à trouver la vérité, ajouter quelques témoignages qui militent en sa faveur, voilà quelle a été ici toute mon ambition. Ai-je réussi à rendre là-dessus la lumière vraiment visible, à la faire briller à tous les yeux ? Ce sera au lecteur à décider.
Chapitre Premier
La Bible, — source et fondement de notre foi ; ce qu'elle enseigne ; les difficultés qu'elle présente ; les attaques qu'elle a soutenues ; son authenticité.
La Bible est la base et le fondement de notre foi. Elle contient tout ce qu'il nous importe de savoir touchant notre origine, le but de notre création et notre immortelle destinée. Elle enseigne que l'univers est l'œuvre de Dieu, qui a produit le monde pour une fin déterminée.
"Tout le monde le connaît, ce Livre : la mère endort son enfant au son des cantiques qu'elle lui a empruntés ; et l'enfant, dès qu'il commence à ayoir une intelligence et une parole, en apprend, doucement ravi, les divines histoires. Le savant y étudie les plus intimes merveilles de la nature ; le législateur, le code le plus parfait des lois ; l'historien, les "Gestes" les plus antiques de la race humaine, comme aussi les rayons prophétiques qui éclairent l'obscurité des temps futurs ; le philosophe, les principes les plus nets de la véritable sagesse, la sagesse qui explique et met au grand jour le passé de l'homme, son présent, son avenir, le temps et l'éternité. C'est à ce livre sans pareil que l'affligé va demander une consolation et une espérance, l'homme joyeux un cantique d'allégresse, l'homme religieux une formule d'adoration et de prière, le poète lui-même un chant, une inspiration, la plus sublime des poésies." (Castegens.)
Nul livre ne décrit mieux les merveilles du monde visible, ne dépeint avec des accents plus profonds tous les nobles sentiments de l'âme humaine, la piété, le courage, l'abnégation, la patience, la confiance en la miséricorde de Dieu, l'amour fraternel, filial, conjugal, le respect des lois et l'amour de la patrie. "Le style de la Bible, avec un charme plus grand qu'il ne se peut dire, tantôt rappelle la narration de l'épopée, comme dans l'aventure de Joseph ; tantôt fait entendre de lyriques accords, comme après le passage de la mer Rouge ; ici soupire les élégies du saint Arabe, là chante avec Ruth d'attendrissantes bucoliques. Le style de ce livre est lui-même un continuel miracle, qui porte témoignage de la vérité des miracles dont il perpétue le souvenir." (Chateaubriand.)
La doctrine qu'il contient est des plus pures et des plus élevées ; il nous offre, pour notre sanctification, des règ es de conduite les plus sages et les plus parfaites, des exemples de vertus admirables. A elle seule l'histoire de Ruth est un modèle de toutes les vertus.
LA LUMIÈKE VISIBLE
Jamais livre, chez aucun peuple du monde, n'a réuni autant de caractères intrinsèques de divinité et d'authenticité ; jamais ouvrage littéraire n'a été aussi vénéré et conservé avec autant de soin. C'est que ce livre, en effet, est l'œuvre de Dieu même et non celle de l'homme.
" Un des caractères les plus extraordinaires de l'Ecriture Sainte, c'est son unité. En effet, la Bible n'est pas un unique ouvrage, écrit par un seul auteur, sur un plan conçu et exécuté par lui ; mais une collection de soixante-douze livres différents, composés par plus de quarante écrivains, sans aucune idée préconçue, au hasard, pour ainsi dire, pendant une période qui a duré seize siècles au moins, depuis Moïse jusqu'à la mort de Saint Jean. Néanmoins tout cela se lie, se tient, forme un corps d'une unité profonde et intime que personne n'a contestée, et qu'il est impossible de ne pas sentir. Où donc est le lien commun qui réunit ces ouvrages ? Dans l'unité du principe, d'abord, qui est l'inspiration du Saint-Esprit ; puis dans l'unité de l'objet, Jésus-Christ et son règne sur chaque âme et sur le monde 1."
" L'existence seule de l'Ecriture, dit Mgr Freppel dans son Cours d'éloquence sacrée, n'est-elle pas une démonstration de sa divine origine ? Est-ce une œuvre humaine, je vous le demande, que ce livre qui commence par la Genèse du monde pour finir avec l'Apocalypse de l'éternité ; qui
1. P. Girodon, Exposé de la Doctrine catholique.
renferme toutes nos destinées entre un récit et une vision ; ce livre dont le premier mot est la parole de Dieu qui évoque l'univers du néant, et dont le dernier mot est la parole de Dieu qui rappellera l'humanité dans son sein ; ce livre qui naît un jour au milieu d'une solitude de l'Egypte pour s'achever, à deux mille ans de là, dans une île de la Grèce ; ce livre où vingt auteurs différents se passent la plume de main en main, écrivent sous l'empire d'une seule idée et se rencontrent dans l'unité d'un plan identique ; où vous retrouvez partout, malgré la différence des âges, la même empreinte, le même souffle ; où Moïse ne parle pas autrement que David, où Job tient le même langage que l'Apôtre de Corinthe et d'Ephèse ; ce livre qui a vingt styles et qui n'a qu'un caractère, auquel tant d'hommes ont mis la main et qui ne peut se signer d'aucun nom ; ce livre qui se fait à mesure que le plan de Dieu se déroule, qui se ferme au moment où l'humanité entre en possession de la vérité ; ce livre du milieu duquel la grande figure de Jésus-Christ se détache entre les prophéties, d'un côté, l'accomplissement des choses, de l'autre ; ce livre enfin qui, après avoir opéré dans le monde la plus étonnante des révolutions, est arrivé jusqu'à nous, laissant échapper de ses flancs cette magnifique civilisation chrétienne dont il a été, dont il restera le code immortel."
Aussi, l'Eglise, fidèle à suivre l'exemple des Pères dans la foi, déclare le concile de Trente, embrasse et vénère, avec le même sentiment de piété et le même respect, tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, puisque le même Dieu est l'auteur de l'un et de l'autre.
Le Bible contient deux parties : l'Ancien Testament, antérieur à Jésus-Christ, composé de quarante-cinq livres, et le Nouveau Testament ou l'Evangile, de vingt-sept, écrits après Jésus- Christ. Le mot "testament" appliqué aux Livres saints, signifie l'expression des volontés de Dieu. On donne encore à l'ensemble de ces livres le nom de l'Ecriture Sainte ou simplement l'Ecriture. On les divise d'ordinaire en livres historiques, en livres prophétiques et livres moraux ou sapientiaux. Les livres de l'Ancien Testament ont été écrits en langue hébraïque, ceux du Nouveau Testament, l'Evangile de saint Matthieu excepté, en grec. "C'est Jésus-Christ, dit Pascal, que les deux Testaments regardent : l'Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle, tous deux comme leur centre."
L'Ancien Testament raconte les origines de l'humanité, les traditions primitives des peuples, en particulier l'histoire du peuple hébreu. On y lit les enseignements et la loi que Dieu donna à son peuple ; les diverses périodes de son histoire ; ses guerres, ses infidélités, qu'elle rapporte simplement sans les approuver, les châtiments même que lui attirèrent ses prévarications. On y lit encore l'histoire, les leçons, les prédications des hommes inspirés de Dieu, les patriarches et certains rois, comme David et Salomon. L'Ancien Testament sert de préparation au Christianisme spécialement par les prophéties qu'il contient, et peut être défini en toute vérité une histoire sainte, l'histoire de la rédemption. Aussi, se borne-t-elle presque exclusivement à la famille dépositaire des promesses divines, les autres races n'étant pas même toutes mentionnées.
La Bible renferme le dépôt des vérités révélées promulguées à trois époques différentes : Révélation primitive, Révélation mosaïque et Révélation chrétienne. "Dieu, en effet, dit le grand Apôtre, nous a parlé dans les temps anciens par ses prophètes, et, plus récemment, par son Fils unique, Jésus-Christ."
Ces vérités, Dieu les devait, il est vrai, à sa créature ; elles constituent le flambeau qui sert à guider l'homme à travers les ténèbres de son existence terrestre. Objet de la vénération des fidèles, reconnue divine par les plus grands esprits, la Bible, dans tout le cours des âges, a répandu partout la lumière et la vie. Il semble qu'un tel bienfait aurait dû réunir les hommes de tous les siècles dans un sentiment unanime de soumission, d'amour et de reconnaissance envers leur Créateur et de respect pour le livre qui nous fait connaître sa volonté. Nul livre cependant n'a été l'objet de plus d'attaques et de critiques, depuis les païens et les gnostiques des premiers temps jusqu'aux rationalistes, incroyants et sophistes de nos jours. Mais c'est surtout au 18e siècle, alors que l'impiété s'étant emparé du monde savant et l'ayant fait délirer de la manière la plus extravagante, que les Livres saints furent en butte aux plus rudes attaques dans la guerre impie que la philosophie déclara à la religion. Voltaire surtout se fit remarquer dans ses tristes combats, mais les torrents de fiel qu'il a distillés sur les pages sacrées n'ont servi qu'à prouver son insigne mauvaise foi et une incroyable méchanceté. Si la Bible a eu des ennemis acharnés, elle a eu aussi dans toutes les branches des connaissances humaines des savants et des érudits qui l'ont vaillamment défendue. Il suffit de voir les admissions que les adversaires ont dû faire pour se persuader que la Bible est sortie victorieuse de ces épreuves. En vérité, il n'existe pas aujourd'hui une seule objection contre les Livres saints qui n'ait pas été victorieusement réfutée.
Si le Seigneur devait être un signe de contradiction, suivant la prophétie du saint vieillard Siméon, il n'est pas étonnant que le livre qui annonce sa venue, qui raconte ses miracles et qui atteste sa divinité, devait être contredit et attaqué.
Pour les rationalistes, qui professent ne croire qu'aux faits qu'ils peuvent vérifier, qui ne reconnaissent que le contrôle absolu de la raison indépendamment de toute autorité, il ne peut être question de révélation divine, ni du caractère miraculeux des Ecritures. "La première obligation que nous fait le principe rationaliste, qui est le fondement de toute critique, est, dit M. Vernes, d'écarter le surnaturel V' Les récits de la Genèse, en particulier ceux qui ont trait aux temps primitifs, en conséquence, sont regardés comme de pures légendes sans valeur historique. Tout principe surnaturel est donc, aux yeux des rationalistes, de prime abord et sans examen, déclaré inadmissible. 11 La nouvelle science exclut absolument toute hypothèse et agent surnaturel connus sous les noms de Dieu et de Providence. Elle nous révèle comme suprême existence, l'humanité 2." Ainsi, plutôt que d'admettre que Dieu ait créé le monde, ils trouvent tout naturel et explicable que le monde se soit créé tout seul ; qu'une force aveugle, au lieu d'une force intelligente, ait présidé à l'origine des choses ; que les atômes, tourbillonnant dans l'espace, se soient, comme cela, accrochés et aient réussi à produire l'ordre si admirable de l'univers. Quant aux miracles, ils les rejettent, simplement, parce qu'ils sont des miracles. Ils y croiraient peut-être s'il se trouvait, au moment où un miracle se produirait, une commission de savants pour le constater, comme s'il n'eût pas été possible à l'humanité de se rendre un compte certain des miracles avant la fondation de l'Institut, suivant l'expression d'un contemporain ; comme si le commun des mortels ne pouvait facilement faire la distinction entre un
1. Revue de Vhist. des religions, t. 1, Introd.
2. Comte, dans Littré, Conservation, pages 26 et 31.
Lazare mort depuis plusieurs jours et exhalant l'infection et un simple léthargique ramené à la vie par le contact de l'air dans son tombeau ; entre une multiplication de pains opérée par un thaumaturge devant une grande foule et une simple distribution de provisions faite en plein champ.
Sur tout le reste on consentirait à discuter, on parviendrait même à s'entendre, pourvu toujours qu'il ne s'agisse ni de miracle ni de vie surnaturelle. Ainsi, la religion, qui s'étaye sur les certitudes les plus inconstestables de l'histoire, qui s'appuie sur des raisonnements métaphysiques, est mise hors de science, de même que tout l'ordre surnaturel. Cette façon de trancher de si graves questions peut vous paraître singulière ; mais nos rationalistes n'en admettent pas d'autre. Si la Bible n'avait été qu'une œuvre humaine, il y a longtemps qu'elle serait tombée dans le discrédit où ont sombré tant de systèmes philosophiques ou religieux qui avaient pourtant pour auteurs des hommes qui passaient pour de grands maîtres parmi leurs contemporains. ' 'L'herbe sèche, la fleur tombe, quand souffle le vent de Jéhovah ; les peuples aussi passent comme l'herbe, mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais 1." (Is., XL, 7-8).
1. Le mot rationalisme est susceptible de deux définitions. D y a un rationalisme qui applique la raison à la recherche de matières qui sont de son domaine, celui des certitudes naturelles, des vérités d'ordre moral et métaphysique. Le rationalisme ainsi entendu n'est pas contraire à la doctrine catholique, qui n'a jamais méconnu la grandeur et la beauté de la raison. Le rationalisme
Mais si la Bible est vraiment la parole de Dieu, elle doit être exempte de toute erreur, Dieu ne pouvant se tromper ni ne voulant nous tromper. En vérité, il en est ainsi, et, malgré certaines apparences, il n'existe aucune contradiction entre les faits racontés dans les Livres saints et ceux qui découlent de nos connaissances historiques, physiques et naturelles. D'où proviennent donc toutes les objections que l'on soulève contre l'inspiration des Saintes Ecritures ou contre les faits qu'elles contiennent mis en face de ceux que nous décrit la Science ? Comment, se demande un auteur, le même livre peut-il être divin pour les uns et purement humain pour les autres ? Comment ce qui est la vérité pour Leibniz et Bossuet est-il Terreur pour Strauss et Wellhausen ? Le soleil éclaire tous les yeux ; il semble que la Bible devrait éclairer tous les esprits.
Cet étrange phénomène est dû à plus d'une cause, les unes dépendant de l'esprit, les autres du cœur. La terre n'est pas toute peuplée de cœurs purs et d'esprits bien faits. Il y a des esprits moralement aveugles ou qui voient mal. Il est des hommes qui, bien que doués du sens de la vue, ne peuvent distinguer certaines couleurs; de même, certains esprits semblent être privés dont il est ici question est celui qui supprime tout le surnaturel, tout le fait de la révélation par laquelle Dieu a bien voulu nous faire connaître des vérités qui regardent notre salut et qui sont au-dessus des atteintes de la raison (Trinité, Incarnation, Rédemption, Grâce, Sacrements.) Ce rationalisme est synonyme d'incrédulité religieuse.
du sens surnaturel. Celui-ci, sachant que ses sens Pont trompé dans plus d'une circonstance, ne se fie plus qu'à sa raison ; celui-là, n'attachant à la raison qu'une importance relative, n'en croit que ses sens. Il est des esprits amoureux du paradoxe qui se plaisent à traiter le pour et le contre de toutes choses sans rien affirmer, regardant cette indécision comme une supériorité intellectuelle. Parce que la Bible présente des obscurités, quelques difficultés d'interprétation, des divergences, des altérations même, inévitables avec le temps, les incroyants ne veulent y voir qu'une œuvre humaine. Enfin, il ne manque pas de gens qui ne consentent à se rendre à aucune bonne raison, surtout qui ne veulent pas croire parce que cela les obligerait à pratiquer.
D'abord, les contradictions que certains savants croient parfois remarquer entre la Science et la Bible ne sont et ne peuvent être que des contradictions apparentes, provenant du fait ou que nous lisons mal le livre de la Bible ou celui de la Science, et, malheureusement, ces deux cas se sont présentés trop souvent. Si, par exemple, nous possédions le texte du Pentateuque écrit par Moïse lui-même et le seul qui soit directement inspiré, il n'y aurait pas de cause d'erreurs, sauf celles que pourrait commettre le lecteur dans ses tentatives d'interprétation individuelle ; l'original étant perdu depuis longtemps, nous n'en avons plus que des traductions, faites sans doute avec le plus grand soin, mais non exemptes de fautes d'écriture. Ces livres, tels qu'ils existaient primitivement dans les synagogues, n'avaient ni points, ni accents, pas même de voyelles ; on ne distinguait ni chapitres ni versets, les mots étant séparés les uns des autres d'une manière à peine visible. Si on ajoute à ces difficultés la pauvreté de la langue, on comprend que la lecture des Ecritures devenait très difficile et qu'on ne parvenait à les déchiffrer qu'après un long apprentissage. Toute reproduction ou traduction antérieure à l'invention de l'imprimerie était l'œuvre de copistes. Or ceux-ci, soit par distraction, soit par défaut de pouvoir saisir le sens exact du texte, ont commis des erreurs sur plus d'un point de détail, que l'état peu avancé de la chronologie, de l'astronomie, de la physique ou autres sciences naturelles d'alors ne pouvaient aider à contrôler et à préciser.
Ces erreurs de copistes peuvent être des altérations de dates, des difficultés telles, par exemple, que celle du texte hébreu actuel, qui attribue à Lamech, père de Noé, sept cent soixante-dix-sept ans, tandis que le texte samaritain lui donne six cent cinquante-trois ans, et la version grecque des Septante sept cent cinquante-trois. Elles peuvent encore être des erreurs de noms propres défigurés, de noms de lieux estropiés par des copistes non hébreux qui ne les connaissaient pas, de mots omis, de passages intervertis ou quelque peu dénaturés quelques points d'histoire peu ou mal connus. Mais ces erreurs, étant sans portée dogmatique, n'atteignent jamais dans son essence le dépôt sacré de la révélation, ce que Dieu, d'ailleurs, n'aurait pas permis. Les versions des Septante et de la Vulgate, toute parfaites qu'elles puissent être, diffèrent dans certains passages, bien que sans conséquence en matière de doctrine. On en est encore à préciser la date de la naissance de Notre- Seigneur.
D'ailleurs, la Bible étant un livre divin, elle n'enseigne que la religion. Le but qu'elle se propose n'est pas d'exposer aux hommes des théories scientifiques, de satisfaire notre vaine curiosité en étendant nos connaissances dans l'ordre de la nature, mais de nous faire connaître notre origine et dernière fin, d'éclairer notre foi, de nous apprendre à bien vivre, de purifier et nourrir notre âme par l'amour des vrais biens, en un mot de nous montrer comment on va au ciel et non comment va le ciel, selon une expression de saint Augustin.
L'Ancien Testament n'est pas non plus une histoire complète de l'humanité primitive, ni de la naissance et du progrès de la civilisation matérielle ; il n'est et ne peut être que l'histoire de la Rédemption, et il ne touche aux questions qui sont du ressort des sciences naturelles que si ces dernières ont un rapport avec le dogme. Que la terre tourne autour du soleil ou le soleil autour de la terre, voilà une question d'ordre scientifique parfaitement indifférente à la religion. Que les astres soient habitables et habités, Moïse ne s'en occupe pas et n'a point à s'en occuper ; il n'écrit que 2
Phistoire de la terre. Que l'on considère les jours de la création comme des jours de vingt-quatre heures ou des époques d'une durée plus ou moins longue, que Ton assigne à l'humanité une antiquité de six, dix, vingt mille ans ou plus, cela n'a absolument aucune importance pour le dogme, et il n'y a pas eu de révélation pour ces choses-là dans la Bible, laquelle, répétons-le, n'enseigne pas d'autre science que celle du salut, c'est-à-dire l'amour de Dieu et du prochain. Mais s'il s'agit de savoir si tous les hommes descendent d'un couple unique, comme l'enseigne la Bible, ou s'ils procèdent de plusieurs centres de création, comme le prétendent certains savants, voilà une question qui intéresse la foi aussi bien que la science.
La Bible tantôt se sert du langage poétique, tantôt du langage populaire ; il faut lire en langue poétique ce qui est écrit en langue poétique, et en langue populaire ce qui est écrit en langue populaire. Elle dit, comme le peuple et les astronomes : le soleil se couche, le soleil se lève, et nous entendons tous parfaitement ce que signifie cette expression. De plus, lorsqu'elle parle de questions scientifiques, elle en parle suivant que les choses apparaissent aux yeux et non telles que la science les définit, et cela dans un langage pouvant être parfaitement compris de tous. Elle parlera, comme les poètes, de la voûte azurée, qui paraît surplomber la terre, et si nous croyons découvrir parfois des contradictions plus spécieuses que réelles entre la Bible et la science, c'est que nous lisons mal le livre de la science. Mais celle-ci est toujours réformable, toujours en progrès, et en se développant projette une lumière devant laquelle se dissipent toutes les difficultés soulevées contre la Bible. Au temps de Moïse, le langage n'avait pas encore acquis la forme précise et rigoureusement déterminée des langues modernes. On ne parlait alors le plus souvent qu'en figures, et c'est ainsi que l'on se représentait au moyen des choses sensibles les idées des choses qui ne tombent pas sous les sens. Lorsque la Bible dit que Dieu se reposa le septième jour, qu'il se promenait dans le jardin, à Vair, Vaprès-midi, que le Seigneur disparut dans la fumée du sacrifice offert par Manué, etc., il est clair que ces expressions sont figurées, qu'elles ne doivent pas être prises à la lettre, parce qu'évidemment le sens n'en peut être littéral, ces traits s'appliquant plutôt au phénomène extérieur par lequel Dieu révèle son intervention.
Le Pentateuque a été écrit depuis bien des siècles, dans des temps et des lieux qui ne nous sont qu'imparfaitement connus, et s'i devient difficile de pénétrer l'âme de nos aïeux du Moyen âge, dont la langue, les institutions, les coutumes nous sont déjà familières, comment pouvons-nous espérer nous représenter dans leur milieu ces sociétés antiques, nous former une idée exacte de leurs mœurs, de leurs usages, de leur genre de vie, si différents des nôtres ?
Les mœurs, les langues nouvelles ont aujourd'hui changé la physionomie des mots et des choses. Certaines expressions qui peuvent nous paraître étranges, effaroucher notre pruderie, ne Fêtaient aucunement pour les lecteurs de l'époque où les récits qui les contiennent ont été rédigés. Que de points qui nous paraissent obscurs, inintelligibles, et que nous sommes portés à classer comme incroyables, étaient naturels et de la dernière évidence pour les contemporains de Moïse. Si tel contemporain revenait au milieu de nous, il aurait vite fait de répondre à nos objections, de lever nos doutes, bien mieux que certains commentateurs dont les explications, en dénaturant le sens du texte, n'ont fait qu'ajouter aux difficultés. La Bible ne peut être tenue responsable de ces interprétations fautives, pas plus que des fautes de copistes.
" Ainsi, ignorance des faits et du milieu, imperfection inévitable des traductions, perte du texte original de plusieurs des Livres Saints, caractères propres de la langue hébraïque, impuissance inhérente au langage humain en général pour rendre toutes les nuances de la pensée et pour reproduire la physionomie complète des faits, erreurs des copistes, fruit de leurs fausses lectures, de leur négligence ou de leurs distract ons, enfin erreurs des interprètes et des commentateurs, voilà tout autant de causes qui produisent des difficultés apparentes ou réelles dans l'étude de la Sainte Ecriture, et donnent naissance à de nombreuses objections de la part de ses ennemis V
Je traiterai dans un chapitre spécial des conflits que Ton dit exister entre la Science et la Foi ; il me suffit, pour l'édification du lecteur, de les indiquer ici sommairement.
La lutte qu'on a menée contre la Bible dans le cours des siècles n'a pas toujours eu le même caractère. Celse, Porphyre et autres païens des premiers temps incapables d'en saisir l'esprit et la portée, la regardaient comme une œuvre humaine ; les chrétiens l'acceptaient comme un livre divin, contenant la parole de Dieu, et ils n'en contestaient ni la véracité ni l'authenticité. " Là, disaient-ils, nous apprenons à connaître le Christ, là nous apprenons à connaître l'Eglise ce qu'ils avaient de plus cher au monde (S. Augustin). Au besoin, ils n'hésitaient pas à verser leur sang en témoignage de leur foi et de leur fidélité à l'Evangile. Une mosaïque de l'église de Ste-Croix, à Ravenne, représente le martyr saint Laurent allant au supplice portant une croix sur l'épaule et tenant le livre saint à la main, pour bien faire comprendre la raison de sa mort. Nombre de martyrs moururent portant l'Evangile sur leur poitrine. Partout, dans les catacombes et autres lieux de réunion, es chrétiens veulent voir la Bible ou, à défaut, des
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