Préface
Le volume que nous publions aujourd’hui est le fruit d'observations faites, pendant deux hivers consécutifs, sur l'embryon de la Palée {Coregonus Palæa Cu. ), poisson de la famille des Salmones , habitant le lac de Neuchâtel.
Dans le but de rendre son Æistoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe centrale aussi complète que possible, M. Agassiz s'était décidé à y comprendre l'anatomie et l’embryologie. Il voulut bien m’inviter à l'aider dans cette tâche, et nous commençàmes en commun nos observations sur les espèces de la famille des Salmones, Vers la fin de l’année 1839. Cependant des travaux plus pressans empéchèrent plus tard M. Agassiz d'y consacrer tous ses soins, eL comme ce genre d’étude exigeail
Il PRÉFACE. des observations non interrompues et trop fréquentes pour que l’un ou l’autre eût pu se dispenser d’y vouer tout son temps, je fus chargé d'achever seul ce travail. En me confiant une tâche aussi honorable, mon célèbre ami n’est cependant point resté étranger à mes recherches. Nous avons discuté ensemble les faits capitaux, à mesure que l'observation me les révélait; souvent même nous les avons examinés de nouveau en commun, et lorsque j’eus rédigé mon travail, c’est encore lui qui a bien voulu le revoir. Quelque incomplète qu’elle soit, cette monographie contribuera , je l'espère, à éclaircir quelques points encore obscurs du développement de l’embryon des poissons.
Les quatre premières planches ont été dessinées et gravées pendant l'hiver de 1839 à 1840 ; mais des obstacles imprévus m’empêchèrent de les livrer aussitôt au public ; et je m'en félicite aujourd’hui, parce que de cette manière j'ai été à même de donner plus d'extension à mon travail, en commencant une seconde éducation lhiver suivant. Pendant, le premier hiver, j'avais étudié particulièrement les formes diverses de l’embryon et les modifications successives que subit la circulation ; le second hiver je m’appliquai plus particulièrement à suivre le développement des üssus, et je cherchai à me rendre compte des premiers états de la vie embryonique. Il en est résulté que les quatre premières et les trois dernières planches représentent tout un cycle de développement; car, n'étaient les circonstances que je viens de mentionner, j’eusse sans doute préféré de placer à la suite les unes des autres toutes les figures qui se rapportent à la même époque.
PRÉFACE. il
Dans l’ouvrage mème, j'ai préféré décrire successivement le développement des différens systèmes d'organes, que de poursuivre pas à pas l’ensemble des modifications; ce qui aurait eu le désavantage de trop disséminer des faits relatifs à un seul ordre de choses, et aurait de beaucoup augmenté le volume de ce livre, tout en le rendant plus diffus. D'ailleurs la tâche que nous nous étions imposée était moins d'étudier l’ensemble du développement que la manière dont se forment et se développent les diflérens organes ; et des expériences réitérées m’avaient appris que la durée du développement de l’embryon et même celle des diflérens organes, loin d’être fixe, est au contraire soumise à une foule d’influences qui en retardent ou en activent la marche ; et l’histoire de la cireulation nous en fournit un exemple frappant ; car il est démontré que les globules sanguins sont plus ou moins précoces suivant la quantité de lumière que les embryons recoivent, sans que pour cela le développement des autres organes en souffre d’une manière sensible. J’ai d’ailleurs suppléé à l'inconvénient de la méthode que j'ai suivie, en ajoutant à la fin du livre un abrégé chronologique de l’histoire du développement.
Je me suis surtout appliqué à décrire l’embryologie du poisson en elle-même, sans m’arrêter beaucoup aux théories existantes. Je n’ai pas cru non plus qu’il fût nécessare de comparer tous les points du développement de la Palée avec celui des autres classes d'animaux. L’embryologie, envisagée comme science, n’a guère élé jusqu’à présent que l’histoire du développement de l'œuf de la poule, et l’on s’est généralement borné à indiquer les différences
IV PRÉFACE. qu'on remarquait à l'égard de certains organes dans d’autres animaux, souvent sans avoir fait une étude spéciale de ces dernières; ce qui à donné lieu plus d’une fois à des rapprochemens inexacts._ Pour établir l'embryologie sur des bases solides, 1l n’y a, selon moi, qu’une manière de procéder ; c’est de remonter, comme on l’a fait dans l’anatomie comparée, du simple au composé et de ne déduire des règles générales qu'autant que l’on a acquis une connaissance spéciale des différens types.
Cette méthode, inusitée jusqu’à présent dans l’embryologie, est celle que nous avons suivie dans l’étude du développement de la Palée ; et comme il entre dans les vues de M. Agassiz de traiter en détail toutes les familles de poissons d’eau douce, de la même manière que nous l’avons fait pour la famille des Salmones , nous espérons que les lacunes de cette première monographie embryologique pourront être peu à peu comblées par l’étude anatomique, zoologique et embryologique des poissons d’eau douce en général.
J’ai été sobre de citations, ne voulant pas fatiguer mes lecteurs par une inutile érudition, comme il n’arrive que Lrop souvent dans des ouvrages d’ailleurs fort estimables. J'aime à croire que ceux qui ont fait des études embryologiques suivies, n’en reconnaitront pas moins le soin que j'ai mis à me familiariser, autant qu’il a été en mon pouvoir, avec les matériaux existans, et j’ose espérer qu'aucun de mes prédécesseurs dans la carrière embryologique ne trouvera dans cet ouvrage matière à réclamation ; car si, dans la description de la formation des différens or ganes,
PRÉFACE. V j'ai souvent rapporté des faits connus, sans nommer les auteurs qui ont fait les mêmes observations sur d’autres animaux, ce n’est point dans le but de m’en approprier la découverte, mais uniquement pour ne point entrer dans des détails comparatifs qu’il m'aurait été difficile d’éviter à cause des diflérences plus ou moins grandes qui existent toujours entre les diverses classes du règne animal. Je n’ajoute d’ailleurs aucune importance aux questions de priorité, qui me paraissent aussi indignes de la véritable science qu'elles sont souvent funestes dans leurs effets.
La description anatomique de l'appareil génital et de la manière dont il contribue à la formation des œufs, trouvera sa place dans l’anatomie des Salmones, qui fera le sujet de lune des livraisons prochaines. Dans l’ouvrage que nous offrons maintenant au public, je n’ai eru devoir traiter que du développement du germe. Ce sera également dans la partie anatomique de cet ouvrage que nous traiterons des différences qu’on remarque dans les poissons, suivant leur âge, autant qu’elles sont appréciables avec les matériaux que nous possédons maintenant.
J'ai dessiné d’après nature toutes les figures de cette monographie ; et comme elles ont, pour la plupart, été faites à l’aide d’un microscope composé qui, comme on sait, renverse tous les objets, j'ai fait lithographier mes dessins dans la même position, au lieu de les faire reproduire à l’aide d’un miroir ; de sorte que mes planches représentent la véritable position des organes, telle qu’elle existe dans l'embryon et non point comme le microscope là montre. Ceci est surtout important lorsqu'il s’agit de déterminer
VI PRÉFACE. la position de différens organes, du cœur, par exemple, relativement à la ligne médiane.
Quant à l'exécution lithographique, je me flatte qu’elle pourra rivaliser avec celle de bien des planches en cuivre ; aussi me fais-je un devoir d’en témoigner toute ma reconnaissance à l'artiste habile au burin duquel elles sont dues. M. Sonrel , de la lithographie de M. Nicolet, à Neuchàtel, a su reproduire avec un rare bonheur les détails les plus minutieux de mes dessins, sans nuire à l'effet de l’ensemble.
Les numéros des figures continuent d’une planche à l’autre, et les mêmes signes sont partout employés dans le même sens, pour indiquer les différentes parties du corps. LL en est résulté un grand nombre de lettres et de chiffres qui sont indiqués sur la planche explicative qui accompagne l’'atlas; mais cet inconvénient est compensé par un avantage réel, c’est que l’on ne sera pas obligé d’avoir recours à l'explication des planches pour comprendre chaque figure prise isolément.
Neuchâtel, (juillet 1842)
L'AUTEUR.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of Histoire naturelle des poissons d'eau douce de l'Europe centrale.
