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JOAN OF ARC COLLECTION
Chapitre II. 3
de saint Louis, elle aussi obtint une couronne. Ce ne fut pas une couronne d'or et d'un éclat passager, mais la couronne éterriellement rayonnante du martyre , laquelle appartient à ceux qui ont enduré la mort au service de Dieu et qui ont glorifié son nom dans les flammes du bûcher.
CHAPITRE II.
DU PAYS NATAL DE LA PUCELLE ET DE SES PARENTS.
Dans le temps où Sigismond de la maison de Lïixembourg tenait à la main le glaive de la justice impériale, le glaivede Chai'Iemagne,et ouïe pape Alexandre V était assis sur le siège des apôtres, c'est-à-dire dans les premières années du XV^ siècle, deux pauvres paysans vivaient à D;)mremy, petit village situé sur les frontières de la Champagne, de la Bouigogne et de la Lorraine. Le mari s'appelait Jacques d'Arc; Isabelle Romée était le nom de sa femme. Suivant le rapport unanime de nombreux témoins sous les yeux desquels ils vécurent, c'étaient des gens pieux et honnêtes et d'une réputation intacte. Ils servaient Dieu avec un coeur simple, élevaient leurs enfants dans le travail et dans la crainte du Seigneur, étaient purs dans leurs paroles, justes dans leurs actions et entretenaient avec leurs voisins la concorde chrétienne. La vie était loin de leur être facile, car ce n'était qu'à la
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sueur de leur front qu'ils gagnaient le strict néces* saire en cultivant un petit champ et en élevant quelque bétail; mais ils mangeaient leur pain d'un cœur content et le partageaient encore volontiers avec leurs frères plus nécessiteux, afin d'avoir part, eux aussi, à la miséricorde divine, au grand jour du jugement.
C'est une contrée calme, riante et féconde, que celle qu'ils habitaient, une vallée solitaire et gracieuse, entrecoupée de larges prairies, de champs chargés de moissons, de jardins fruitiers et de vignobles. Les eaux unissantes de la Meuse la traversent joyeuseuient et baignent en passant de charmauts villages, des chapelles paisibles et de vieux châteaux. Sur le sommet des montagnes, on voit encore les restes d'antiques et sombres forets dont les hauts arbres, muets témoins des générations et des jours écoulés, inclinent gravement, vers la vallée en fleurs, leur tête flétrie et ébranlée par les orages, de même que la vieillesse sérieuse et concentrée en elle-même regarde la florissante jeunesse, qui ne sait rien des tempêtes de l'hiver ni des rigueurs de la mort.
Cette contrée, il est vrai, n'est pas grandiose et variée comme les vallées des hautes Alpes, où le berger pait ses troupeaux sur la pente de rochers perdus dans les nuages et couverts de neige, du pied desquels s'échappent les fleuves; elle n'est pas non plus industrieuse et fréquentée comme les vallées que traversent de grandes rivières et des routes animées par la guerre et le commerce, mais elle
CHAPITRE 11. ^
présente l'image du travail béni du ciel et du repos trouvé dans le contentement du cœur.
Le petit village de Domremy lui-même, situé entre Neufchâteau et Vaucouleurs, faisait partie de la paroisse de Greux, bourg voisin, et était un domaine immédiat de la couronne de France. A l'époque qui nous occupe, ce pays entouré, presque de tous cotés, de dominations étrangères et placé aux extrêmes limites du royaume, avait vu sa fidélité et son attachement à l'ancienne maison de ses maîtres grandir et se fortifier au milieu de luttes continuelles. Sous le rapport spirituel, Domremy appartenait à l'Allemagne, il relevait de Tévéché de Toul et de l'archevéclié de Trêves; et, dans ces temps où l'aigle germanique étendait encore ses ailes puissantes en deçà du Rhin, sur les terres de l'ancien royaume des Francs, les grandes bornes de pierre plantées par l'empereur Albert n'en étaient éloignées que de quelques lieues.
On peut encore voir aujourd'hui la jDCtite maison dans laquelle Jacques d'Arc et sa femme Isabelle Roinée vivaient il y a plus de quatre cents ans. On la distingue sans peine, entre toutes les autres, à une ancienne statue de pierre placée au-dessus de la porte , et qui représente une femme armée et agenouillée, les cheveux flottants sur les épaules. La statue même est à demi détruite par le temps; mais au-dessous, à la clef de voûte de la porte, il y a encore trois blasons bien conservés. Olui de droite renferme une épée nue, la pointe tournée en haut et supportant une couronne royale; celui de
8 VIE I>E JEANjVE D arc.
gauche est meublé de trois socs de charrue; mais dans celui du milieu on voit les trois lis, ces antiques armes de la France , surmontés d'un bouquet d'épis et de raisins, avec l'inscription suivante : c< Vive labeur! vive le roi Louis! » et la date de 1/481.
Assurément le bon Jacques d'Arc n'aurait pas osé s'imaginer qu'après tant de centaines d'années, il ne passerait près de Domremy ni prince riche, ni pauvre artisan qui ne voulût s'arrêter quelque temps en silence devant son humble maison , pour regarder ces trois écussons et l'image de la femme agenouillée au-dessus de la porte. Et cependant il en est ainsi, bien que près de cinq siècles se soient déjà écoulés, et que plus d'une illustre et puissante famille soit tombée dont on ne connaît plus ni le nom ni la place. Et il en sera toujours ainsi, îant que la reconnaissance vivra dans le cœur des hommes, parce que la main de Dieu était sur cette maison et que, sous ce toit, naquit Jeanne d'Arc, l'an mil quatre cent onze après la naissance de Jésus-Christ.
C'est elle que représente cette statue de femme agenouillée et revêtue d'une armure de chevalier. Ee blason à l'épée nue et à la couronne royale a été donné à sa famille pour rappeler perpétuellement que ce fut elle qui, après avoir quitté le champ de sou père, comme l'indique l'écusson aux trois socs de charrue, vola au secours de son roi réduit à la dernière extrémité, et reconquit, à la pointe de l'épée, la couronne de France.
Chapitre III. 9
Quant à la devise de sa maison : « "Vive labeur! « vive le roi Louis! » chacun peut y faire honneur, car si l'on ne s'en sert pas pour reconquérir une couronne, comme l'héroïque Pucelle, on peut du moins, en l'appliquant, récolter des épis et des raisins et vivre en repos, comme les pieux parents de Jeanne d'Arc.
CHAPITRE m.
DE LA CONDUITE DE LA PUCELLE DANS SON ENFANCE.
Jeanne avait trois frères et une sœur, mais elle se distingua de bonne heure, entre les autres, par une bonté et une piété toute particulière. Aujourd'hui encore nous avons sur son enfance les rapports de plus de trente témoins oculaires de tout rang, grands et petits, chevaliers et prêtres, officiers du roi et paysans, hommes et femmes. Tous s'accordent à dire que, depuis ses plus tendres années, sa conduite fut pure et irréprochable. Presque chacun d'eux vante en elle une vertu spéciale qu'il lui a vu pratiquer. D'après ces témoignages authentiques, elle était d'un cœur très-doux et compatissant, simple et sans défiance, quoique d'un esprit prudent et éclairé, modeste dans ses paroles et ses actions, laborieuse, humble, éloignée de la colère et de l'impatience, timide et en même temps d'un courage inébranlable dans l'accomplissement de ses devoirs.
lO VIE DE JEANNE D ARC.
Mais surtout les méuies témoins ne se lassent point -de vanter sa piété; car, un amour brûlant pour l'éternel Créateur de tout ce qui est bon et beau et un complet abandon à sa volonté, telle était la chaîne d'or qui unissait toutes ses autres vertus, telle était la soiirce d'où elles coulaient. Au foyer paternel, dans les champs, dans les bois, partout Dieu était présent à sa pensée; il était son étoile conductrice dans le bonheur et dans le malheur. La maison de Dieu était sa demeure de prédilection, et, toutes les fois qu'elle le pouvait, le matin et le soir, elle y assistait au service divin. Elle allait souvent et volontiers confesser ses fautes avec une grande contrition et se nourrir du pain de vie. Quand elle entendait, aux champs, la cloche appeler le peuple, si elle était trop loin de l'église, ou que l'ouvrage fût trop pressé, elle se jetait à genoux en plein air et elle priait. Elle aimait surtout parler de Dieu et de la sainte Vierge. Tandis que d'autres jeunes filles, après leur travail, s'en allaient folâtrant et riant dans les chemins, on la trouvait priant en silence dans quelque coin de l'église, ou à genoux devant une croix, le regard fixé avec une piété profonde sur le Sauveur des hommes ou sur la Mère des douleurs. Cependant elle n'avait pas l'humeur sombre et triste; au contraire, elle était gaie et elle aimait à voir un visage joyeux. On ne lui reprocha jamais de s'être prévalue des grâces qu'elle recevait et de sa piété. Elle écoutait avec patience les plaisanteries de ses compagnes sur sa grande dévotion , la seule chose que celles-
CHAPITRE III. 1 I
ci trouvassent à lui reprocher. Elle-même ne blâmait personne , était bienveillante et affectueuse envers tout le monde et portait, partout où elle pouvait, les secours et les consolations. Un paysan de Greux , nommé Jean Morel, témoignait encore, dans sa soixante-dixième année, que la pieuse enfant était aimée de tous les habitants du village. Un autre paysan, Simonin Musnier, attestait qu'étant malade , il avait été veillé et consolé par elle avec les soins les plus compatissants; un troisième témoin raconte que telle était sa charité pour les •pauvres, qu'elle ne se bornait pas à leur procurer un asile chez ses parents et ses amis, mais que souvent elle leur prêta son propre lit et coucha elle-même à terre. Quelquefois elle se laissait entraîner par la pitié jusqu'à donner ce qui appartenait proprement à ses parents. L'argent qui lui restait de ses aumônes, elle le portait au curé pour qu'il célébrât des messes à son intention. Perrin, le sacristain deDomremy , attesta aussi que Jeanne lui fit plus d'une fois des reproches pour avoir négligé, de temps à autre, de sormer l'Angelus le soir, et qu'elle lui promit de l'argent, s'il voulait être plus exact à l'avenir.
Dès ses plus jeunes années, elle aidait ses frères au travail des champs et conduisait, alternativement avec d'autres enfants, le troupeau de son père et ceux des voisins au pâturage. Plus tard sa mère l'employa davantage à la maison, et elle était fort habile à filer et à coudre.
Parmi les jeunes filles du village, elle avait quelqiies amies intimes; du reste, elle préférait le commerce d'hormétes femmes d'un âge mûr. Mais elle savait aussi s'entretenir avec les petits enfants, et ils étaient volontiers auprès d'elle.
La plus douce récréation de Jeanne était d'aller, chaque semaine, en pèlerinage à une petite chapelleappeléel'ErmitagedeNotre-Damede Vermont. Ce paisible lieu de prière était situé derrière le village, sur une colline, auprès d'une vieille foret de chênes. Actuellement on voit encore, à la même place, les ruines de l'humble maison de Dieu, et le spectacle de la riante vallée qui s'étend à vos pieds est bien propre à élever votre cœur vers celui quia orné les champs et les bois d'une parure si riche, qu'elle surpasse la magnificence de tous les rois. L'Ermitage de Notre-Dame de Vermont était l'objet d'une véfiération particulière dans la contrée. Il paraît avoir été, comme beaucoup de nos célèbres lieux de pèlerinage , un de ces endroits où nos pères, dans les temps les plus reculés, célébraient leur culte païen. Dans la suite, les premiers docteurs et martyrs de l'Évangile y allumèrent d'abord, devant l'autel, la lampe de la vraie foi dont la lumière se répandit successivement sur les églises environnantes. Voilà pourquoi il circulait encore, à ce sujet, parmi le peuple, une foule de récits mystérieux.
Non loin de la chapelle coulait une source salutaire où les fiévreux avaient coutume de boire. Or, on racontait que, dans les vieux temps du paganisme, les fées avaient habité là, qu'elles s'y fai-
CHAPITRE III.
i3 saient encore voir, et qu'on pouvait y trouver des racines d'une merveilleuse vertu. A côté de la fontaine, s'élevait un magnifique vieux hêtre, connu du peuple d'alentour sous le nom de Beau Mai ou de l'arbre des Fées. Avec ses branches larges et touffues qui, en descendant à terre, formaient une tente de verdure, il était le rendez-vous de fête et de plaisir de tous les environs. Chaque printemps, le dimanche où Ton chante à l'introït : Lœtare Jérusalem, le seigneur de Domremy, accompagné de sa famille et suivi de la joyeuse jeunesse du village, se rendait solennellement à l'arbre des Fées. Les enfants dansaient en chaiitant autour du hêtre, allaient à la fontaine, cueillaient des fleurs et tressaient des guirlandes et des couronnes dont ils ornaient le tronc de l'arbre reverdi. Le seigneur du château leur donnait du pain et du vin; et, ce jour-là, qu'on appelait le (^//??«/2c/2e de /a Fontaine ^ on cuisait dans le village de petits pains tout exprès. Cette solennité est probablement aussi une ancienne fête des temps païens que le christianisme a convertie en une joyeuse fête du mois de mai.
Jeanne célébrait ce jour avec les autres enfants; mais, selon le rapport des témoins, elle y chantait plus qu'elle ne dansait, et, si quelquefois elle ornait de fleurs l'arbre majestueux, le plus grand nombre de ses guirlandes étaient néanmoins destinées à l'image de Notre-Dame de Yermont, devant laquelle, tous les samedis, elle allumait des cierges et priait pieusement.
Plus de deux cents ans après la mort de Jeanne, î4 ^I^' I>E JEANNE ]>'aRC.
Edmond Richer, laborieux biographe de la Piicelle, vit encore cet arbre dans toute sa beauté, et l'on célébrait les mêmes jeux sous son feuillage. C'est ainsi qu'autrefois les jours coulaient doucement à à la campagne : chaque année de nouvelles fleurs naissent et une nouvelle génération danse autour de la fontaine, sans savoir que ses ancêtres faisaient ainsi et que ses descendants suivront son exemple.
Dans la suite, quand l'épée de Jeanne d'Arc eut frappé si rudement les ennemis de son roi et qu'ils en furent devenus furieux, leur méchanceté cher^ chaà lui faire une crime de cette fête delà Fontaine et de ses pieux pèlerinages à la chapelle de la forêt. Là, disaient-ils, dans ce lieu maudit, elle avait eu commerce avec les fées, elle avait pratiqué la sorcellerie et c'était à cela et non à la puissante main de Dieu qu'il fallait attribuer ses victoires. Mais Jeanne, qui avait une profonde horreur de tout maléfice et de ce qui n'avait pas Dieu pour appui, répondit de la manière suivante à leurs questions sur les fées et sur les racines magiques :
« J'ai plusieurs fois entendu dire à de vieilles « gens, mais qui n'étaient pas de ma famille, que « les fées conversaient en cet endroit. J'ai même « ouï raconter à une femme nommée Jeanne, épouse a du maire Aubery, de ce village, qui était ma «marraine, qu'elle y avait vu lesdites fées; mais a je ne sais si cela était vrai ou non. Pour moi, je « n'ai jamais, que je sache, vu les fées sous cet arec brej et je ne sais si je les ai vues ailleurs ou non.
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« J'ai vu les jeunes filles suspendre des bouquets f< aux rameaux de cet arbre ; moi-même j'en ai susce pendu quelquefois comme les autres. Quelque- « fois elles les détachaient pour les emporter; quel- « quefois elle les y laissaient.
« Il y a là un bois appelé le Bois-ChesJiu , qu'on « voit du logis de mon père, et qui n'en est pas « éloigné d'une demi-lieue. Je ne sais ni n'ai entendu c< dire que les fées y vinssent; mais j'ai entendu race conter à mon frère qu'on disait dans mon pays « que j'avais pris mon fait sous l'arbre des fées. Or, « cela n'est pas vrai et j'y suis bien contraire.
«Quand je vins vers mon roi, quelques-uns me « demandaient s'il n'y avait pas dans mon pays « un bois appelé le Bois-Chesnu, parce qu'il y avait « des prophéties qui disaient que d'auprès de ce « bois devait venir une certaine fille qui ferait des « choses merveilleuses, mais je n'y ajoutai pas foi. a Je n'ai jamais eu de racines magiques. On m'a « dit qu'il y en avait dans les environs de mon « village; mais je n'en ai jamais vu. On m'a dit en- « core qu'il était dangereux et coupable d'en avoir, « et qu'on pouvait avec cela se procurer de l'argent, « mais je ne le crois pas. Mes voix ne m'ont jamais « rien dit là-dessus. »
Ainsi répondait Jeanne, libre de toute superstition , dans un temps où beaucoup d'hommes instruits croyaient à la vertu des racines enchantées et de la baguette divinatoire. D'ailleurs, d'autres soins que celui de tirer de l'or du sein des rochers par la sorcellerie, remplissaient son âme : c'étaient l6 Vlli DE JEANNE d'aRC.
les malheurs de son roi et de sa patrie, pour lesquels elle envoyait au ciel, non pas des formules magiques, mais d'ardentes prières.
En effet, quelque éloigné que fut Domremy des grandes routes et des villes du royaume, les bruyantes rumeurs de la guerre, à cette époque, retentissaient néanmoins dans sa tranquille vallée. La France entière était divisée en deux partis, celui de la maison d'Orléans, aussi appelé le parti d'Armagnac, et celui de la maison de Bourgogne. Longtemps les deux factions se déchirèrent l'une l'autre avec ime fureur effroyable, jusqu'à ce qu'enfin les Bourguignons, pour venger le meurtre de leur chef, livrèrent traîtreusement le rovaume ensanglante et son malheureureux prince atteint de folie, à l'Angleterre, cette ennemie héréditaire de la France. Tous les habitants de Domremy, un seul excepté, étaient fortement attachés à l'ancienne maison de leurs maîtres. Un villa2:e voisin au contraire, tenait pour le parti de Bourgogne. Et telle était l'exaspération dont cette terrible guerre civile avait rempli les esprits, que les enfants des deux villages suçaient la haine et l'inimitié avec le lait maternel. Le soir, après le travail, ils s'attaquaient mutuellement et guerroyaient entre eux. Jeanne, destinée à conduire un jour les plus braves chevaliers de F'rance sur le champ de bataille, ne se souvenait pas d'avoir jamais pris part à ces combats d'enfants, mais elle se rappelait fort bien avoir vu plus d'une fois ceux de son village revenir tout sanglants et même grièvement blessés. Elle avoua aussi
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qu'elle avait souhaité que l'on coupât la tête à l'homme de Domremy qui seul était Bourguignon mais son cœur pieux, soumis à Dieu en toutes choses, ne se permettait ce vœu « qu'à la condition « qu'il fût d'accord avec la volonté du ciel. « Ainsi Jeanne, compatissante envers toute espèce de douleur, Jeanne, la bonté et la pitié mêmes, subit avec ses contemporains l'influence du sombre esprit qui souffle les haines mortelles et qui rend les guerres civiles horribles entre toutes les guerres. Mais sans aucun doute elle se réconciUa avec cet homme, puisqu'elle tint avec lui un enfant sur les fonts de baptême. Lui-même ne parlait d'elle qu'avec un grand respect. Une autre fois qu'on lui demandait si, dans son enfance, elle avait eu un vif désir de nuire aux Bourguignons, elle répondit avec une noble simplicité : « J'ai dé- « siré du fond de mon cœur que mon roi recou- « vrât son royaume; «et c'est ainsi, en effet, qu'elle se montra toujours, pleurant avec ses ennemis vaincus et essuyant leurs larmes.
Telle était la conduite simple et paisible de Jeanne parmi les pauvres gens de son pays natal , et quiconque la voyait, la prenait en affection. Or, cette jeune fille que tous les témoins de sa vie louaient si hautement, que le curé et les habitants de Domremy regardaient comme l'enfant la plus accomplie de la paroisse, et dont le chevalier Albert des Ursins disait en justice qu'il avait ardemment désiré que le ciel lui eût donné une fille aussi parfaite; cette jeune fille qui, dans la suite, excita l8 VIK DE JEANNE d'aRC,
par ses hauts faits inouis l'admiration de tous les peuples de TOccident, ne savait ni lire ni écrire, et ses pauvres parents n'avaient rien pu lui apprendre autre chose que l'oraison dominicale, la salutation angéliqueet le symbole des apôtres : d'où l'on peut reconnaître combien un cœur simple qui s'est donné tout entier à Dieu et que rempHt la force divine , est plus puissant que toute la science et la sagesse humaines.
Une ancienne chronique nous apprend encore, au sujet de Jeanne d'Arc, une chose que nous lisons dans les légendes d'un grand nombre de saints, à savoir comment la paix de son âme et la puissance de son amour s'étendaient sur les créatures privées déraison. Dans son enfance, dit cette chronique, quand elle gardait ses moutons, les oiseaux des champs et de la foret venaient à elle, dès qu'elle les appelait, comme à une compagne chérie et becquetaient le pain qu'elle leur émiettait dans son giron. Que ceci soit réellement vrai, ou ne soit qu'une belle légende, imaginée par l'amour du peuple pour parer sa pieuse héroïne, toujours est-il que, dans la suite, quand les ennemis acharmés de laPucelle mirent tout en oeuvre pour souiller sa pure renommée et envoyèrent à Domremy prendre des renseignements sur sa conduite, l'homme chargé de cette mission leur rapporta n'avoir rien appris qu'il n'eùtvu volontiers dans sa propre sœur. Tel est, en effet, le témoignage de Jean Moreau, bourgeois de Rouen; et cet hommage, rendu par les ennemis de Jeanne d'Arc, à l'affection et à la vé-
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nération universelle dont elle jouissait, est plus beau et plus élevé que la légende d'après laquelle les oiseaux des champs et de la foret venaient becqueter le pain émielté dans son giron.
CHAPITRE IV.
DES DIVINES VISIONS DE LA PUCELLE.
Tandis que Jeanne marchait ainsi dans les voies de l'amour divin , le temps arriva où la main de Dieu intervint merveilleusement dans sa vie cachée pour la conduire au but sublime qui lui était destiné sur la terre. Mais comme aucun autre mortel ne reçut la grâce de voir les saints messagers par lesquels le ciel lui manifesta sa volonté, nous la laisserons parler ici elle-même, nous bornant à réunir ce qu elle dit plus tard à ce sujet devant ses juges. « Tout ce que j'ai fait de bien pour « la France, dit-elle, je l'ai fait par la grâce et d'a- « près l'ordre de Dieu, le roi du ciel, comme il « me l'a révélé par ses anges et ses saints; et tout « ce que je sais, je le sais uniquement par les révé- « lations divines.
« C'est sur l'ordre de Dieu que je me suis rendue « auprès du roi Charles YII, fils du roi Charles VI. « J'aurais mieux aimé être écartelée par les che- « vaux, que d'aller le trouver sans la permission « de Dieu, dans la main duquel sont toutes mes
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« actions. Sur lui et sur nul autre reposait tout « mon espoir ; tout ce que ses voix m'ont ordonné , « je Tai fait de mon mieux, selon mes forces et mon a intelligence. Ces voix ne m'ont rien ordonné a qu'avec la permission et le bon plaisir de Dieu , (( et tout ce que j'ai fait en leur obéissant, je crois « l'avoir bien fait.
«Si je voulais dire tout ce que Dieu m'a ordonné, « huit jours ne suffiraient pas. Il y a maintenant « sept ans que les saints m'apparurent pour la prête mière fois. C'était un jour d'été vers l'heure de mi- « di. J'avais à peu près treize ans et j'étais dans le jar- « din de mon père; j'entendis la voix adroite, du cô- « té de l'église: je vis en même temps une apparition « entourée d'une grande clarté. Elle avait l'extérieur «d'un homme très-bon et très-vertueux; elle por- « tait des ailes, et était environnée de tous côtés de « beaucoup de lumières et accompagnée des anges « du ciel. Car les anges viennent souvent vers les « chrétiens, sans que ceux-ci les remarquent : moirt même je les ai vus souvent parmi eux. C'était « l'archange Michel. Il me parut avoir une voix « très-respectable, mais j'étais encore une jeune « enfant et j'eus grand' peur de cette apparition, et « je doutai fort que ce fût un ange. Ce fut seule- « ment après avoir entendu cette voix trois fois, «que je la reconnus pour la sienne. Il m'enseigna « et me montra tant de choses, qu'enfin, je crus « fermement que c'était lui. Je l'ai vu, lui et les « anges, de mes propres yeux aussi clairement que «je vous vois, vous, mes juges; et je crois d'une
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« foi aussi ferme ce qu'il a dit et fait, que je crois « à la Passion et à la mort de Jésus-Christ notre « Sauveur; et ce qui me porte à le croire, ce sont «les bonnes doctrines, les bons avis, les secours « avec lesquels il m'a toujours assistée.
« L'ange me disait : qu'avant tout je devais être « une bonne enfant, me bien conduire et aller sou- « vent à l'église, et que Dieu me soutiendrait. Il me « racontait la grande pitié qui était au royaume « de France, et comment je devais me hâter d'al- (( 1er secourir mon roi. Il me disait aussi que sainte « Catherine et sainte Marguerite viendraient vers « moi, et que je devais faire tout ce qu'elles m'or- « donneraient, parce qu'elles étaient envoyées de « Dieu pour me conduire et m'aider de leurs conte seils dans tout ce que j'avais à exécuter.
« Sainte Catherine et sainte Marguerite m'appa- « rurent ensuite comme l'ange me l'avait prédit. « Elles m'ordonnèrent d'aller trouver le sire de Bau- « dricourt, capitaine du roi à Vaucouleurs, lequel, « à la vérité, me repousserait plusieurs fois, mais « finirait par me donner des gens pour me conduire « dans l'intérieur de la France auprès de Charles VII; « après quoi je ferais lever le siège d'Orléans. Je « leur répondis que je n'étais qu'une pauvre fille « qui ne savait ni chevaucher ni conduire la « guerre. Elles répliquèrent que je devais porter « hardiment ma bannière, que Dieu m'assisterait, et « que j'aiderais mon roi à recouvrer, malgré ses « ennemis, tout son royaume. Va en toute con- « fiance, ajoutèrent-elles, et quand tu seras devant
« ton roi, il se fera un beau signe pour qu'il croie « à ta mission et te fasse bon accueil. Elles m'ont « dirigée pendant sept ans et m'ont prêté leur appui « dans tous mes embarras et mes travaux , et main- « tenant il ne se passe pas de jour qu'elles ne me « visitent. Je ne leur ai rien demandé, si ce n'est « pour mon expédition, et que Dieu voulut bien « assister les Français et protéger leurs villes; pour « moi , je ne leur ai pas demandé d'autre récom- « pense que le salut de mon âme. Dès la première « fois que j'entendis leurs voix, je promis librement « à Dieu de rester une vierge pure de corps et « d'âme, si cela lui était agréable, et elles me pro- « mirent en retour de me conduire dans le parace dis, comme je les en ai priées.
« Les saintes ne m'ont point ordonné de garder « le silence sur leurs apparitions, mais je craignais « beaucoup d'en parler, de peur que les Bourgui- « gnons n'empêchassent mon voyage vers le roi, « et surtout de peur que mon père n'y mît obsta- « de. Du reste, les voix me laissaient libre de le a dire ou de le cacher à mes parents; mais pour rien « au monde je n'eusse voulu le leur découvrir. « Dans toutes les autres choses, j'ai fidèlement obéi a à mon père et à ma mère, et je ne crois point « avoir péché en partant sans les avertir, car je a m'en allais sur l'ordre de Dieu, et je serais éga- « lement partie, quand même j'aurais eu cent pè- « res et cent mères, quand même j'aurais été la « fille d'un roi.
« Je ne sais pas si j'ai entendu les saintes sous
CHAPITRE IV. 10
« l'arbre des Fées, mais je sais bien que je les ai « vues près de la fontaine. Je les vois rarement « sans qu'elles soient entourées de lumière; je vois « leur visage, mais je ne saurais dire si elles ont a des vêtements, des cheveux, des bras et en géa néral un corps sensible. Je les vois toujours sous « la même forme, et jamais je n'ai remarqué une (c seule contradiction dans leurs discours; je sais « bien les distinguer l'une de l'autre, je les recon- (c nais au son de leur voix et à leur salut , car elles « se nomment elles-mêmes quand elles commence cent à me parler. Quand je suis dans le forêt, je (c les entends venir à moi. Sainte Catherine et « sainte Marguerite portent de riches couroncc nés, comme il est juste; je comprends très-bien « ce qu'elles disent; elles ont une voix douce, mort deste et agréable, et elles parlent d'une manière « très-digne en bonne langue française. Je voudrais <( que tout le inonde les entendît aussi distincte- « ment que moi. Avant et après la prise d'Orléans, « elles m'ont appelée plusieurs fois : Jeanne la Pu- « celle et Fille de Dieu. De temps en temps, sainte « Catherine et sainte Marguerite me disent aussi « d'aller à confesse.
a Elles viennent souvent sans que je les appelle, « et quand elles tardent à paraître, je prie notre « Seigneur de me les envoyer. Je n'ai jamais eu « besoin d'elles sans qu'elles soient venues. Quand <c saint Michel et les anges et les deux saintes vien- « nent à moi, j'ai une grande joie de n'être pas en « péché mortel, car si j'y étais, je pense qu'elles me
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The end
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