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HISTOIRE
DE
L'ORDRE LOTIFORME
CHAPITRE II <sTiTrm s m-: la colo.nnk i
L'architecture en pierre est née de l'archilecture en bois. — Le 1 hase. — Le tenon, le double cAnc et l'abaque. — L'entablement.
CHAPITRE NI
Origine du chapiteau en bois. -- Théories diverses. — Le chapiteau en bois. — Les boulons et les liens. — Critique du chapiteau.
Les Ramessides 2'tl
L'art des Ramsès. — Gouruah. — Karnak. — L'œuvre de Ramsès IL — Medinet-Abou. — Le temple de Khonsou.
CHAPITRE XI La Fin de l'ordre lotiforme et la Renaissance 271
De la XXIe à la XXXe Dynastie. — La Renaissance.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
HISTOIRE
L'ORDRE LOTIFORME
ÉTUDE D'ARCHÉOLOGIE ÉGYPTIENNE
En 1785, l'Académie des inscriptions et belles-lettres proposait, pour le prix à décerner à la Saint-Martin Y « étude de L'architecture égyptienne, son origine, ses principes, ses rapports avec l'architecture grecque ». Le Mémoire couronné fut celui de Oualremère de Quinc) '.
Il se faisait remarquer, en effet, par la nouveauté des idées el la rigueur de la méthode. Les principes 5 étaient posés avec fermeté, el successivement développés d'une façon claire et rationnelle. Les erreurs, les imperfections — il j en a — tenaient à des causes que L'auteui soupçonnait lui-même : « cet écrit, nous apprend-il. ne se tonde que sur les récits et les dessins des anciens voyageurs"' ». Itécits trop souvent infidèles; dessins où le crayon dénaturait parfois étrangement le st\le égyptien pour le travestir au goût du jour. Il y avait un mérite, qu'on ne saurait trop reconnaître, à tirer aussi bon parti que le fit Quat remère «les documents des Bruce, des Norden, des Pocoke, des Maillet; à signaler avec une singulière clairvoyance ce qu'aucun de ces voyageurs n'avait entrevu : l'intérêt d'un travail sur l'histoire des ordres égyptiens ; à se rendre compte, en même temps, que l'entreprise n'était pas encore possible. A une époque où l'Égypte, encore
1. De l'architecture éyptienne considérée dans son origine, se* principes, son ijoùt, et comparée sous les mêmes rapports à l'architecture grecque, par Quatrehère de Qoimcy. L'ouvrage ne fut imprimé que beaucoup plus tard, en l'an XI (1803
2. ibid., Avertissement, p. tu
INTRODUCTION.
lointaine el mystérieuse, montrait comme autant d'énigmes ses textes indéchiffrables, ces vues sur l'archéologie égyptienne et son avenir font grandement honneur au savant français. Quatremère de Quincy était le premier à les exposer, comme l'Académie avait été la première à signaler l'intérêt de pareilles recherches.
Trop de raisons, néanmoins, s'opposaient encore à l'élude historique de l'architecture égyptienne; et l'Expédition française ne songea pas à l'entreprendre. Elle se borna à mettre en lumière la merveilleuse ancienneté de cet art et son caractère profondément national. Quarante ans plus tard, Lepsius montrait derechef tout l'intérêt qu'il y aurait à grouper les colonnes des différentes époques et à faire « leur histoire raisonnée ». Mais l'illustre égyptologue ne faisait encore qu'indiquer en quelques pages la théorie des origines et qu'esquisser les grandes lignes de cette histoire1.
Plus d'un demi-siècle a passé depuis. Les dates des dynasties de l'Egypte sont mieux fixées. Du sable des déserts ou de la terre noire de la vallée du Nil, leurs œuvres sont sorties chaque année plus nombreuses. Le moment n'est-il pas venu de reprendre le travail indiqué par le Mémoire de 1785?
Si attachantes en tout pays, les recherches sur l'histoire artistique offrent en Egypte un attrait particulier. Cet attrait ne réside pas seulement dam la nouveauté de la matière, dans la richesse el la variété des documents. L'ancienneté, unique au monde, de tant de monuments, leur caractère exclusivement national font de cette contrée une terre privilégiée entre toutes. L'esprit peut y saisir le travail de l'homme en ses développements successifs. Il peut en atteindre presque les premières ébauches; il peut les suivre jusqu'au terme de leur évolution, sans que, durant tout ce temps, aucun emprunt, aucun élément étranger vienne troubler le progrès logique du génie national. Ses aptitudes seules sont en jeu, et les éléments dont il s'inspire, comme les matériaux et les procédés qu'il emploie, sont tous empruntés à la terre d'Egypte. C'est pourquoi « l'histoire de l'art égyptien comporte des remarques et des conclusions qui présentent ici plus de certitude ou tout au moins plus de vraisemblance que nulle part ailleurs2 >>.
Cet art si ancien est-il immobile? Ne peut-on en appeler du sommaire et dédaigneux jugement répété si souvent, non pas seulement par le xvne et le xvme siècle, mais encore depuis cent ans dans plus
). Lepsius, Annal, de l'Inslit. archéol., 1837, t. IX, 2° cahier, p. 63. 2. Perrot el Chipiez, Histoire de l'Art, t. I, p. 853.
INTRODUCTION.
de vingt ouvrages d'archéologie? Ceux qui ont pénétré au fond du génie égyptien ont protesté déjà contre cette thèse1. Elle continue cependant à figurer dans plusieurs des ouvrages de vulgarisation les plus récents. Sur un point tout au moins de l'histoire de l'architecture, nous voudrions faire justice de semblahles théories; nous voudrions montrer que c'est bien, au contraire, un art souple et vivace; que sa fécondité, sans s'épuiser, a pu fournir des éléments originaux à des formes nouvelles, et suffire à une renaissance nationale comme le fut celle des Ptolémées.
Ce n'est pas assez pour l'archéologie de constater des faits, ni môme de les relier et d'en établir l'enchaînement. Une étude de ce genre a le droit et le devoir d'aller plus loin, d'indiquer, tout au moins, cl par quels points elle se rattache aux grandes lois qui régissent l'histoire morale et matérielle d'un pays, et dans quelle mesure elle peut contribuer à les mettre en lumière. C'est ce qu'elle fera en recherchant les causes générales dont les faits qu'elle étudie ne sont qu'une manifestation extérieure.
L'architecture, encore plus que les autres arts, n'est-elle pas liée aux destinées de la nation? Le rapport partout si étroit de la fortune d'un peuple et de son art n'est-il pas plus visible en Egypte qu'en aucune autre contrée? Si l'on ne se pénétrait pas de cette vérité, les alternatives d'activité et de langueur qu'a subies le travail des constructions et l'évolution des ordres, demeureraient inexplicables. El réciproquement, l'explication de ces alternatives pourra jeter quelque lumière sur des parties encore obscures de L'histoire égyptienne.
En reprenant ici la question jadis traitée par Quatremère, nous ne voulons pas embrasser un programme aussi étendu. Ce n'est pas l'histoire de l'architecture égyptienne que nous entreprendrons, mais seulement celle d'un de ses ordres.
Les différents ordres dont l'Egypte a fait usage ont des parties communes, telles que l'entablement, qui ne varient pas de l'un à L'autre ei qui sont demeurées à peu près sans changement au cours des siècles. Aussi est-ce surtout par la colonne qu'ils se distinguent. « Née avec l'architecture même » \ au jour où la construction de l'homme devient digne de ce titre, la colonne n'est pas seulement un des trois éléments essentiels de tout édifice; elle en est l'élément caractéristique par excel-
1. Mariette, Hautc-Ëgypte, p. 55. — Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art, t. I, p. 70-89.
2. Dictionnaire de l'Académie des Beaux-Arts, t. III, au mot Colonsk.
A
INTRODUCTION.
lence. Cette colonne, « expression rationnelle du système du soutien isolé1 », l'Egypte classique l'a conçue sous les formes les plus diverses. Elle a eu les piliers polygonaux avec toutes les variétés qu'ils comportent ; depuis le pilier simplement équarri jusqu'aux fins et élégants péristyles deDeir-el-Bahari2 (fig. 1); tantôt nus comme à Beni-Hassan ou à Karnak, tantôt ornés de bandes plates, avec inscriptions tombant le long du fût de l'abaque à la base, comme à Kalabsheh3, tantôt enfin garnis à leur sommet de ces masques symboliques d'Hathor, qui
Fig. 1. — Piliers à huit et à seize pans. {Histoire de l'Art, fig. 327 et 328.)
offrent un aspect d'une originalité si étrange4 (fig. 2). L'histoire de ces piliers est encore à faire. Elle soulèvera les questions les plus intéressantes, telles que celle qui a trait à l'ordre protodorique et aux emprunts que les Grecs ont pu lui faire : à l'heure actuelle, cependant, les
\. Dictionnaire de l'Académie des Beaux- Arts, t. III, au mot Colonne.
2. Ce sont les colonnades récemment mises au jour par les fouilles de M. Naville (Egypt Exploration Fund : Deïr-el-Bahari).
3. Pebrot et Chipiez, t. I, fig. 344.
4. Je laisse ici de côté toutes les variétés secondaires qu'a pu engendrer à son tour l'ordre hathorique, tels que les piliers isiaques que l'on pourra voir dans l'Atlas de Prisse (tome I) ou les colonnes hathoriques combinées avec des symboles divers, comme celle qui est citée dans l'Histoire dé l'Art, t. I, fig. 3't3. Ce ne sont là, à bien prendre, que des applications diverses d'un même procédé décoratif.
INTRODUCTION.
documents ne sont peut-être ni assez nombreux ni le catalogue n'en est assez bien dressé pour que le temps soit venu de traiter le sujet.
C'est pour la même raison que, parmi les colonnes proprement dites, nous avons écarté celles dont le chapiteau est une gerbe de palmes ou une campane. Peu connues il y a quelques années encore, les premières étaient communément tenues pour une simple variété des secondes. Des fouilles récentes ont permis d'établir qu'elles formaient un ordre distinct; mais leur histoire, faute de documents bien établis, ne peut encore remonter avec certitude au delà du Moyen Empire (fig. 3).
ce
Fio. 2. — Pilier hathorique. Eilithya. {Histoire de Fio. 3. — Chapiteau à palmes do l'Art, fig. 342.) Sesebi. {Histoire de l'Art, fi g. 348.)
Les colonnes campaniformes sont peut-être celles qui ont le plus vivement frappé les voyageurs (fig. 4). Mais les seul- spécimens que nous en connaissions aujourd'hui appartiennent tous au Nouvel Empire, et si imposants, si majestueux qu'ils puissent être, ils représentent un type arrivé à son complet développement, sinon déjà en décadence. Entre ces supports et les monuments figurés de l'Ancien Empire, qui pourraient représenter les types primitifs de l'ordre, tous les anneaux intermédiaires manquent encore et il serait presque impossible d'édifier un système raisonné de développement.
11 n'en va pas de même pour l'ordre communément appelé lotiforme. On peut, croyons-nous, en suivre l'évolution depuis l'Ancien Empire jusqu'aux temps ptolémaïques sur un nombre fort considérable de
INTRODUCTION.
monuments figurés ou réels. C'est encore, selon nous, l'ordre le plus caractéristique de l'Egypte; le plus rationnel peut-être; à coup sûr le plus ancien. « Cette espèce, dit Quatremère, est la plus curieuse de celles qu'on trouve en Egypte1. » N'est-ce pas enfin la plus gracieuse?
Ww-"'?/'/'' '^M'/A/yw^/JM'MM^ Nous laisserons au lecteur le soin d'en juger.
Nous ne nous sommes pas interdit néanmoins de consulter parfois l'histoire des autres ordres. Souvent les causes générales, dont l'influence se manifeste dans toute l'architecture à la fois, s'y sont révélées plus clairement; ce sera le moyen de mieux saisir, par analogie, les vicissitudes des colonnes lotiformes. Souvent encore, ainsi groupés, tous ces ordres réunis font mieux ressortir la richesse d'une époque ou l'extrême antiquité du style national.
Notre étude est archéologique et non pas technique. Aussi ne comporte-t-clle ni men- |[ - , I surations, hors celles qui sont strictement
| ] ! 11 nécessaires pour donner idée des monu-
ments, ni calculs sur les courhes, ellipses, foyers, etc., ni études des différents problèmes mécaniques de la construction.
Après un inventaire des documents actuellement connus et l'examen de leur valeur respective, nous chercherons d'abord à expliquer la formation des divers éléments de l'ordre, à déterminer leur degré probable d'ancienneté et à définir leur rôle originaire. La richesse si particulière de l'Égypte en architecture figurée nous sera ici d'un grand secours; grâce à elle, nous pourrons pénétrer en des temps en apparence inaccessibles.
Dans une seconde partie, nous traiterons de l'histoire de la colonne ainsi expliquée et nous la suivrons à travers les longues et incessantes transformations qui font d'une colonne de la Ve Dynastie un soutien
Fig. 4. — Colonne du R,amesseum. l'Art, fig. 336.)
■ampanii'orme (Histoire
1. Quatremère, mémoire cité, p. 110.
INTRODUCTION.
de style ptolémaïque. C'est tout d'abord dans la conception du support môme et dans la nature de ses éléments constitutifs que nous chercherons les raisons de son évolution. Mais on en méconnaîtrait la portée si l'on ne demandait pas aussi à l'histoire du pays les causes qui l'ont tour à tour ralentie ou précipitée. Il y aura lieu de chercher pourquoi, à plusieurs reprises, on rencontre dans l'histoire de l'art égyptien ce que Mariette appelle « un vide monumental » ; si l'on peut accepter la théorie courante qu'il n'y a pas de lien entre l'art de l'Ancien et celui du Mon en Empire; s'il est possible que les puissantes dynasties du Premier Empire thébain aient produit une architecture aussi pauvre qu'il est communément admis ; si l'architecture grecque, enfin, a exercé quelque influence sur celle des Plolémées. Pour cette seconde partie surtout, nous ferons usage des renseignements et des observations que trois années de voyage en Egypte et en Nubie nous ont permis de recueillir.
Une partie des figures insérées dans ce travail sont empruntées au tome premier de ['Histoire de l'Art de MM. Perrot et Chipiez, et à V Histoire ancienne despeuples de l'Orient classique, de M. Maspero. Nous devons beaucoup à ces deux ouvrages que la maison Hachette a publiés avec tant de soin et de luxe. Nous prions les auteurs el les éditeurs d'agréer ici nos très sincères remerciements.
Les autres figures sont reproduites d'après des photographies pour la plupart inédiles, ou d'après les dessins de M. Louis Libonis.
PREMIÈRE PARTIE
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The end
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