Front matter
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
Avant-propos
Voici un nouvel ouvrage que nous publions, pour propager les principes et les idées enseignés par la science sociale (1).
Réussirons-nous mieux à atteindre ce but que par les publications qui ont précédé celle-ci? Aurons-nous le bonheur d'attirer quelque peu l'attention sur les questions sociales et leurs solutions?
Non.
(1) Le travail que nous présentons aujourd'hui au public a été soumis à Texamen de rAcadémie royale de Belgique. Il y a eu à cette occasion quelques changements de fort peu d'importance dans la rédaction. Depuis cette époque, nous avons ajouté plusieurs articles qui ont été joints à la seconde partie.
Le lecteur trouvera dans Vappendice les rapports de l'Académie avec les réponses que nous y avons faites.
O
H-
V ïi il
DE
L'INSTRUCTION OBLIGATOIRE
Préface
On commence à parler beaucoup de Tiostruction obligatoire, comme remède aux embarras dans lesquels la société se trouve engagée. Nous nous proposons d'examiner ce qu'il y a de fondé dans cette prétention.
La première question à établir^ à propos de l'instruction obligatoire, est celle-ci :
La société, telle qu'elle est organisée actuelle" ment, peut-elle continuer à exister?
Le second problème à résoudre est le suivant :
L'instruction obligatoiret telle qu'on l'entend ordinairement, est-elle capable de remédier aux maux sociaux de notre époque?
Enfin, une troisième question que Ton ne s'est pas généralement posée est celle de savoir :
En quoi doit œnsister Vinstruction obligatoire?
Nous allons discuter ces trois problèmes qui, au fond, n'en constituent qu'un seul, et rechercher en même temps les solutions qu'ils réclament.
Dans la première partie de ce travail, nous prendrons le problème dans toute sa généralité, en rétendant à ressemble de l'organisation sociale. Dans la seconde partie, nous le restreindrons aux points les plus importants de celte organisation, et nous examinerons ainsi quelques-unes des principales impossibilités sociales actuelles.
Dans chacune de ces discussions^ nous jetterons d'abord un coup d'œil sur le point à examiner; puis, nous écouterons ce qu'en disent les écrivains les plus dignes d'attention; ensuite^ nous en conclurons que, sous ce point de vue particulier, la société ne peut plus durer dans sa forme actuelle. Enfin, nous indiquerons le remède à apporter au mal.
Pour le dire dès l'abord, nous prétendons et nous prouverons quece remède, au moral, c'est l'éducation et l'instruction, complètes, données à tous, par la société, avec ud égal soin. En un mot, nous démontrerons que l'instruction obligatoire, telle que nous Tentendons, est devenue, de nos jours, une nécessité sociale.
Nous prouverons, en même temps, qu'une autre nécessité sociale de l'époque, corollaire de la première, et relative au côté matériel de la question, c'est l'entrée du sol à la propriété collective.
PREMIÈRE PARTIE
DÉMONSTRATION GÉNÉRALK
Chapitre Premier
En quoi oomîfte rorganÎMitHm tooSale au matériel, •u toiu le rapport de la propriété.
Toute production , tout résultat de travail , autre que celui du travail individuel, de la pensée non manifestée, ou manifestée seulement à Taide du verbe , a pour source : le sol, comme patient; le travail, comme agent.
Toute organisation de propriété consiste donc, essentiellement, dans l'organisation de la propriété foncière.
Or, celle-ci ne peut avoir lieu que selon les deux types suivants :
Le sol , la propriété foncière , appartient à tous, avec la plus grande partie de la richesse mobilière ; ou bien le sol est la propriété des individus, ainsi que la presque totalité de la richesse mobilière. C'est-à-dire que la propriété foncière est collective ou individuelle.
Il n'y a, évidemment, pasd'autres modes possibles d'appropriation du sol.
Il est essentiel de remarquer que la richesse mobilière suit, eu grande partie, les conditions d'appropriation du sol, comme nous le verrons plus loin. Ainsi, quand le sol est propriété privée, la richesse collective, tant foncière que mobilière , est au minimum , et la richesse individuelle au maximum. Tandis que, quand le sol est commun, la richesse collective, sous ses deux formes , est au maximum , et la richesse individuelle, mobilière seulement, est au minimum.
Jusqu'aujourd'hui, la propriétédu sol, quelles que fussent d'ailleurs les apparences contraires, aloujours été individuelle, soit qu'elle ait été attribuée à tels individus déterminés , soit qu'elle ait été le privilège de certaines castes. Dans l'avenir, comme nous le verrons plus loin, cette propriété sera réellement collective.
Chapitre II
En quoi oomute rorganîtatîoii tooiole au moral, ^ou leiM le rapport de TînteUigenoe.
Llnstruction, dans son rapport avec la règle des actions , avec Tordre , n'a que denx bases possibles : la foi ou la science. On croit, ou on sait. Quand on doute, il y a anarchie.
L'instruction basée sur la foi est toujours contestable et finit toujours par être contestée, du moment que l'intérêt individuel porte à examiner. A dire vrai , ce n'est même qu'une instruction figurément dite. L'instruction basée sur la science est seule et nécessairement une, et immuable.
Toute règle d'action est donc contestable ou incontestable. Et comme aucune société ne peut subsister sans être soumise à une règle qui fasse la distinction entre le bien et le mal, il y a des règles d'action dont la société doit défendre l'examen, et une règle dont il est inutile d'empêcher la discussion.
Disons, avant d'aller plus loin, quelques mots sur les règles d'action basées sur la foi«
— « L'homme étant primitivement ignorant, avons-nous écrit ailleurs, il ne sait si la règle et sa sanction existent réellement ; et comme cependant cette existence est nécessaire à la société, le législateur la suppose, et fait admettre cette hypothèse comme vérité.
« A cet effet, le législateur, qui ne serait pas obéi pendant longtemps s'il prescrivait une règle en son propre nom, affirme :
« 1* Qu'il existe un être personnel ou anthropomorphe, tout-puissant, nommé Dieu ;
• 2* Que cet être a révélé une règle des actions et Ta nommé, lui législateur, interprète infaillible de cette règle ;
« 3* Que ce Dieu a créé l'âme immortelle;
« 4* Enfin, que l'homme sera récompensé ou puni dans une vie future, suivant qu'il aura ou non conformé ses actes à la règle révélée (1). •
— L'éducation et rinsiruction sont donc, primitivement, religieuses.
Revenons maintenant à la distinction que nous avons établie entre les règles d'action.
II y a ainsi , dans l'histoire de toute humanité y deux périodes bien tranchées , l'une d'ignorance, ou de paupérisme moral, dans laquelle la règle est contestable, l'autre de connaissance, dans laquelle cette règle est basée sur rinsiruction proprement dite.
Nous iarrivons, par conséquent, à constater deux types d'organisation de l'instruction , comme nous avons reconnu deux types d'organisation de la propriété. Mais nous pouvons aller plus loin, et faire voir que, sous le rapport de l'extension plus ou moins grande don-
(1) La Science sociale d'après Colins et De Potier , Revue trimestrielle, t. XXIX, pag. 184.
née à la diffusion de Tinstruction , il y a analogie parfaite entre l'organisation de la richesse matérielle, et Torganisation de la richesse in* tellectuelle, ou des connaissances. Nous citons ce que nous avons écrit ailleurs.
— « L*ensembledes connaissances acquises par quelqu'un, ou qu'ii s'est procurées lui-même, constitue son instruction individuelle. Quand cette instruction individuelle est manifestée, elle tombe dans le domaine public, en faisant désormais partie du fonds intellectuel commun, ou de Tinstruction générale.
« Le fonds Intellectuel n'est pas, avons-nous dit, susceptible d'appropriation réelle...; mais il existe, relativement à ce fonds, des dispositions qui donnent lieu à une apparence d'appropriation.
« 11 est vrai qu'il est possible de tirer toutes les connaissances de l'idée fondamentale de la perception de l'existence. Il faut même admettre qu'il en a été ainsi, du moment que l'on rejette rbypothèse d'une révélation surnaturelle. Mais, d'autre part, il est évident que tel individu, prenant Jour point de départ l'ensemble des connaissances existant à son époque, arrivera bien plus aisément à acquérir de nouvelles connaissances, que tel autre obligé de partir du fonds primitif de toute pensée. 11 y a entre ces deux travailleurs, à l'intellectuel, une différence analogue à celle qui se trouve, au matériel, entre l'homme civilisé qui exploite la matière avec l'aide des machines les plus perfectionnées, et le sauvage qui est forcé, dans ce but, de se servir de ses dix doigts.
« Ne pas développer l'intelligence de certains hommes, c'est donc les placer dans un état d'infériorité relative, en leur enlevant les moyens qui leur faciliteraient l'exploitation du domaine intellectuel. C'est donc approprier individuellement, pour ainsi dire, le fonds commun d'instruction à leur détriment (1). »
— Ajoutons à cela qu'il est d'intérêt social pendant l'époque d'igaorance, dans le but de
(1) Delà PropriétéintétteclueUe, pag. 60.
la conseryatioD de Tordre, de restreindre le plus possible le nombre de ceux qui ont Tinlelligence développée.
En résumé, Tinstruction relative à la distinction du bien et du mal est réelle, incontestable, et alors Tintelligence de tous est développée, sous tous les rapports, avec le mémo soin ; ou bien celte instruction est fausse, illusoire, contestable, et le développement de l'intelligence n'est que le privilège du petit nombre.
Jusqu'aujourd'hui, l'instruction a toujours été illusoire, et de plus, les connaissances ont été le monopole de la richesse, de la force. Dans l'avenir, comme nous le verrons plus loin, l'instruction sera réelle, et les développements de l'intelligence seroat le partage de tous.
Chapitre III
Nous avons exposé ces conséquences dans un travail aui a été publié, il y a quelques années, par la Revm trimestrielle. Nous en extrayons le passage suivant.
— a Primitivement, à la naissance de l'humanité sur le globe, 11 n'y a, sous le rapport de la production, que deux choses à considérer : le sol ou le globe terrestre, et Vhomme. Nous prions nos lecteurs d'admettre avec nous comme démontré, que l'homme setd travaille, que l'homme sévi produit, dans le sens propre de ces mots. Les machines ne travaillent pas, ne produisent pas, elles fonctionnent,
« Ceci posé, toute action de l'homme sur le sol donne lieu à ce que nous appellerons un capital ou une propriété mobilière , quand le résultat de cette action est mobile, ne reste pas attaché, incorporé au sol. Dans ce dernier cas (1), il y a ce qu'on nomme une propriété fon^ cière.
a Avant d'aller plus loin, remarquons que tout, absolument tout, provient de l'action de l'homme sur le sol.
« Il résulte de là que le propriétaire du sol peut seul avoir ce qui est obtenu au moyen du sol, notamment les
(1) Celui d'incorporation du travail au sol.
subsistances, et qae celui qui n'a pas de sol n'a rien que ce que veut bien lui donner le propriétaire foncier.
« La terre, a dit J. B. Say, est un vaste atelier divisé « en une foule de compartiments, propres à diverses « productions. La nature a fait présent à l'homme de ce « vaste atelier; mais certains hommes entre tous s'en sont • emparés, et ont dit : A moi ce compartiment, à moi cet « autre; ce qui en sortira sera ma propriété exclusive. »
« Or, comme tout provient, en dernière analyse, de Taction de Thomme sur le sol, les propriétaires des com^ partiments sont propriétaires de tout.
a Ainsi, en supposant que la terre ne fût habitée que par deux hommes, et que l'un des deux fût propriétaire de la totalité du globe, il est évident que l'autre serait obligé de mourir de faim ou de louer ses services au premier, pour le prix que celui-ci voudrait bien en donner ; et, naturellement, il lui en donnerait toujours de moindre prix possible.
c Dans cette hypothèse, celui qui n'est pas propriétaire foncier est nécessairement esclave de l'autre.
A Aussitôt que la terre devient une propriété privée, « c'est Adam Smith qui parle, le propriétaire demande « pour sa part presque tout le produit que le travailleur « peut y faire croître ou y recueillir. »
« C'est naturel. Dès que le sol est approprié individuellement, la part du propriétaire dans le produit devient aussi grande que possible, et le salaire descend au minimum; il en résulte ainsi que le riche devient de jour en jour plus riche, et le pauvre, de jour en jour plus pauvre, ou bien enfin, que le paupérisme et la richesse croissent sur deux lignes parallèles.
« Quand, pour des raisons qu'il est inutile d'exposer ici, la domination du capital a remplacé celle des détenteurs du sol, c'est-à-dire quand le système bourgeois s'est substitué au système féodal, nobiliaire, — ce qui existe dans une grande partie de l'Europe, — alors ce n'est plus le propriétaire du sol qui est le maître, c'est le capitaliste; et tous ceux qui n'ont rien, ouïes prolétaires, sont ses esclaves, »
— Il résulte donc de cet exposé que la coaséquence de TappropriatioD individuelle du sol esty d'abord; la division de f humanité en ma!-
TRES et en esclaves; ensuite, Vaccumulation graduelle de la richesse dans les mains des riches, en même temps que l'augmentation continue de misère chez les prolétaires.
Chapitre IV
Gîtationi extraites de quelques auteurs au sujet de l'aug« mentation graduelle du paupérisme matériel.
Presque tous les écrivains de valeur, qui se sontoccupés d'organisation sociale, ontreconnu que, dans les sociétés actuelles, le paupérisme croit sur une ligne parallèle au développement des richesses.
Voici les preuves de ce que nous avançons. Nous commencerons par citer les économistes.
En décrivant ce qui se passe dans les pays où la prospérité croit, et dans ceux où elle décline, et en comparant lé sort des travailleurs dans les deux circonstances , Adam Smith fait les remarques suivantes.
— « On y éprouve rarement (dans les pays très riches) une disette de bras, et les maîtres ne seront pas obligés de mettre à renchère les uns sur les autres. Au contraire dans ce cas, les bras se multiplieront au delà de la demande. 11 y aura disette constante d'emploi pour les ouvriers, et ceux-ci seront obligés, pour en obtenir, d'enchérir au rabais les uns sur les autres. »
C'est-à-dire que le salaire ira toujours en diminuant, pendant que les maîtres auront des profits de plus en plus considérables.
— « Si dans un tel pays les salaires venaient jamais à monter au delà du taux suffisant pour faire subsister les ouvriers et les mettre en état d'élever une famille, la concurrence des ouvriers et l'intérêt des maîtres réduiraient bientôt ce salaire au taux le plus bas que puisse permettre la simple humanité. »
— On sait que ce taux le plus bas est ce que les économistes ont appelé le minimum de subsistance, ou, ce qui est précisément suffisant pour ne pas mourir immédiatement de faim.
Ainsi, dans les pays riches, les salaires vont en décroissant dans l'immense majorité des cas, et les travailleurs meurent de misère. Mais que se passe-t-il quand ces pays diminuent de prospérité? Exactement la même chose, comme Adam Smith va nous Texpliquer.
— f II s'y établirait une si grande concurrence pour le travail, que les salaires seraient bornés à la plus chétive et à la plus misérable subsistance de l'ouvrier. Beaucoup d'ouvriers, même à de si dures conditions, ne pourraient pas trouver d'occupation ; ils seraient réduits à périr de faim, ou bien à chercher leur subsistance en mendiant ou en s'abandonnant au crime. La misère, la famine et la mortalité désoleraient bientôt cette classe, et de là s'étendraient aux classes supérieures, jusqu'à ce que le nombre des habitants du pays se trouvât réduit à ce qui pourrait aisément subsister par la quantité de revenus et de capitaux qui y seraient restés et qui auraient échappé à la tyrannie ou à la calamité universelle. »
— En résumé, et d'après Adam Smith, quel que soit Tétat d*un pays, les salaires y vont en diminuant, ou, ce qui revient au même, le paupérisme matériel s'y développe graduellement. Blanqui, dans une note sur un passage d'Adam Smitb, est du même avis que cet économiste. •
~ « Le progrès général de toutes les industries, dit-il, est dû aux applications nombreuses de la division du travail. Partout elle se substitue aux anciennes méthodes, et transforme le travail individuel en travail d'association : mais chaque ouvrier n'est plus qu'un rouage, au lieu d'être un appareil complet; il devient plus habile, et encore pas toujours, mais plus dépendant. »
— Par conséquent plus exploité, recevant un salaire toujours moindre. C'est du reste ce que Blanqui a été forcé de reconnaître expli* citement ailleurs.
— « La misère publique, a-t-il dit dans son Histoire de V^onomie politique, est un grand fait social, particulier aux temps modernes, et qui se manifeste de plus en plus à mesure que la civilisation se répand.. »
— Passons à l'appréciation de la question qui nous occupe, par un autre écrivain, nommé depuis membre de l'Académie des sciences morales et politiques, et plus récemment membre du conseil d'Etat en France, M. Michel Chevalier.
— « La concurrence illimitée, qui est Tunique loi de l'industrie, et qui rend les maîtres ennemis les uns des autres, les oblige sous peine de banqueroute, c'est-à-dire de mort industrielle , à augmenter sans cesse la tâche de l'ouvrier , en réduisant d'autant la rétribution de
Vunité de travail; ce qa'en langage induslriel on appelle le prix de la pièce. »
— Gomme on le voit, c'est toujours la même afQrmatioD : diminution successive du salaire ; et comme, par suite des développements de l'intelligence, les besoins augmentent et sont mieux sentis, ce fait se traduit forcément par celui-ci : augmentation du paupérisme matériel.
Nous demandons la permission de donner, en faveur de son origine, une dernière citation économiste. Le passage qui suit est, en effet, extrait d'un ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques de France.
— < La combinaison qui se pratique actueUemeni par toutela terre, avec des variantes plus ou moins grandes, dit M. Pecqueur, est celle qui fait des maîtres et des ouvriers, des capitalistes et des travailleurs. Ce mode qui a pour lui Timposanle autorité du temps et d'une tradition presque universelle^n'en est pas moins étrangement imparfait; et à vrai dire, loin d'être un semblant d'association,; il est bien plutôt la négation de toute espèce d'association.
« ici, le capital est un seigneur qui engloutit tous les bénéfices; et le travail, un esclave qu'on forcée soulever des montagnes. Ici, Vinégalité des biens et des jouissances est forcée, imminente, et toujours à son maximum. Pour tous ceux qui n'ont pas tiérité une terre, un capital mobilier de leur famille, il n'y a que le salaire ; et le salaire est une somme incertaine, souvent flottante, que l'offre et la demande, que les transactions des forts et des faibles font grosse, insuffisante ou nulle.
« Au contraire, il suffît d'avoir la propriété d'un instrument de travail, la disposition ou la possession d'un capital, pour s'approprier de plus en plus les instruments du bien-être et de la liberté positive. Le maître peut s'enricbir, faire la plus brillante fortune, c'est-à-dire ^'approi
À wrier chaque jour de nouoeaux instruments de production^ à Vaide et par Tintermédiaire forcé des bras du non-capitaliste, grâce au travail du salarié, au moment même où celui-ci croupira peut-être dans la plus profonde misère ; témoins les gros manufacturiers anglais et la plôbe déshéritée de leurs établissements.
<c Dans ce mode d'association, il est d'ailleurs infail* lible qu'un petit nombre s'approprie, sHnféode presque tous les revenus, presque tous les instruments ou les conditions de ces revenus ; le jsol, les manufactures, les emplois publics, les fonctions politiques, etc., en un mot la liberté, car le capital a par lui-même une vertu reprodmtive, la vertu d'attirer à soi la grosse part du lion, dans les bénéfices delà production générale; car il sufBt de le louer, ou de le prêter, moyennant un intérêt qui est toujours en disproportion énorme avec celui qu'on accorde au salarié, lequel loue et prête ses bras, sa force et sa vie. »
— Il semblerait donc, puisque l'ouvrage de M. Pecqueur a été couronné par l'Institut, que l'accroissement du paupérisme sur une ligne parallèle aux développements de la richesse est admis comme vrai, même par la science officielle. Il ne faudra donc pas s'étonner si les socialistes reconnaissent et avouent le même progrès vers le mal. Aussi nous bornerons-nous à deux auteurs.
— - d Le fait dominant de la civilisation moderne, dit M. Vidal, c'est qu'en agriculture comme en industrie, le capital tend partout à asservir le travail, à soumettre l'homme à la toute-puissance des écus ; c'est que partout les grands capitaux tendent à écraser les petits, les grandes manufactures à ruiner les petits ateliers, les grands magasins à supplanter les boutiques. Tous les progrès des sciences et des arts aboutissent à rendre le travail inutile, à faire accomplir la production par des moteurs inanimés, à assurer enfin au capital la prépon-> dérance exclusive, à rendre les riches toujours phts riches, à rendre le reste de la population de plus en plus mis^àble, »
— Le fait que M. Vidal paraît croire particulier à la civilisation moderne, est inhérent, au contraire, à l'époque d'ignorance tout entière. Seulement, il devient de plus en plus visible, parce que l'exploitation des masses, ou le paupérisme, augmente avec une vitesse continuellement accélérée.
— « Gomme l'avouait naguère, devant le parlement
anglais, un illustre ministre, a dit Proudhon, et comme nous le démontrerons bientôt, dans la société actuelle, le progrès de la misère est parallèle et adéquat au progrès de la richesse. »
— Voici une des preuves données par Proudhon de la coexistence de ces deux progrès; elle est tirée d'un de ses derniers ouvrages.
— « Il y a, dit-on, augmentation de traflc, augmentation de recettes, augmentation de richesse, partant augmentation de la somme moyenne du bien-être.
« Faux calcul et fausse conclusion.
« 11 y a déplacement de trafic, déplacement de recettes, déplacement de richesse, le tout au détriment de la multitude des petites industries qui composaient la démocratie industrielle, et au profit de la grande Industrie, qui forme à cette heure la nouvelle féodalité. En admettant que ce déplacement général soit accompagné d'une certaine augmentation dans le trafic, par suite de Téconomie de frais, celte augmentation est compensée par la subalternisation des producteurs, qui jadis étaient indé-
gendants et sont aujourd'hui salariés, tombés de petite ourgeoisie en prolétariat. Un homme, travaillant dix heures par jour, gagnait trois francs ; on trouve moyen de le faire travailler douze heures pour le même prix , ou bien , en ne changeant ni la durée du travail ni le chiffre dfu salaire, on augmente de 20 pour cent les objets de consommation, ce qui revient au même : progrès pour Tentrepreneur, le capilaliste, le commissionnaire, qui profltent de la différence ; recul pour Touvrier, qui la perd. »
— Il y a donc, comme le dit fort bien ProudhoD y eu même temps accroissement de richesse chez les riches, et accroissement d'exploitation, de misère, chez les travailleurs.
Chapitre V
Fait! hîftorîques prouvant rabaîmement graduel du salaire, ou Vaugmentation du paupérisme matériel.
Nous avoDs démontré plus haut que, pendant l'époque d'ignorance, c'est-à-dire, au matériel, tant que le sol est aliéné aux individus, le paupérisme doit croître sur une ligne parallèle aux développements de la richesse générale. Nous avons montré ensuite, par des extraits d'auteurs recommandables , que ce phénomène a été observé, et en partie expliqué. Il nous reste à apporter quelques faits historiques à l'appui de ce que nous avons avancé.
— « Un jeune auteur, doué de plus de sagacité et d'une raison plus mûre que n'en comporte ordinairement son âge, dit Bouvier Dumolard , a publié les résultats intéressants de ses savantes recherches sûr les taux des salaires, comparés aux prix des objets de consommation, de 1802 à 1830. Il y déduit de faits qui paraissent suffisamment justifiés que , sans remonter au delà de la période de 1790 à 1830, les prix de consommation se sont élevés dans cet intervalle de 111 pour cent, tandis que les salaires ne se sont accrus que de 37 pour cent. De 1800 à 1830, les prix de consommation ont augmenté de 60 pour cent, tandis que les salaires, au contraire, ont baissé de 22 pour cent. Enfin, si Ton prend un terme de comparaison encore plus rapproché , par exemple de 1810 à 1830, on reconnaît que dans cet espace de temps les prix de consommation ne se sont élevés que de 12 pour cent , mais aussi que les salaires ont fiéchi de 6 pour cent.
« Le résumé de son travail prouve que, pour le dixneuvième siècle, comme pour les précédents, lorsque les prix généraux de consommation s*élèvent, les salaires ne les suivent que de loin eineles atteignent jamais, et que, quand ils restent stationnaireSi les salaires sont aus* sitôt en baisse, »
— Nul ne peut nier que, de 1800 à 1850, la richesse générale, en France, ne se soit fortement accrue; aussi les salaires ont-ils baissé pendant cette période, de 22 pour cent, conformément à la théorie rationnelle.
— c Ainsi, continue Bouvier Dumolard, chaque jour, rouvrier employé aux arts industriels ne peut payer avec son salaire qu'une qrmntité moindre d'objets de consommation, et il est encore obligé de les acheter d'une qualité inférieure et moins saine. Le pain et la viande ne sont plus aujourd'hui des bases alimentaires; la pomme de terre est sa principale ressource. Ce fait est positif, même pour Paris ; il résulte de documents officiels et de recherches consciencieusement faites par nos savants les plus distingués.
« D'après les registres du Châtelet , la consommation annuelle de la viande à Paris, en 1668, était par tête d'habitant de. . . . 140 liv.
c En 1789, d'après Lavoisier, de 105 »
« En 1817, suivant M. Beuoiston de Chateauneuf et d'après les registres de l'octroi de dix années, cette quantité est réduite à. . . . 88 »
« En généralisant la question pour toute la France, la consommation de la viande par an et par personne a
été : « En 1789, suivant Lavolsier, de. ... 40 livres. « En 1806, d'après Sauvegrain, de. . . 14 3/4 » «En 1812, selon Ghaptal qui, ayant été ministre de l'intérieur, doit avoir établi ses calculs sur des données officielles, elle n'était plus que de 11 1/3 »
— Ainsi , abaissement graduel du salaire , par conséquent augmentation successive de la part qui revient à la richesse, puisque ces deux éléments marchent toujours en sens inverse; diminution du bien-être chez la grande majorité ; en résumé, accroissement du paupérisme : tels sont les faits signalés par Bouvier Dumolard. Ils sont, comme on voit, positifs, et concordent parfaitement avec ce qu'enseigne la science sociale.
Voici une nouvelle confirmation de la théorie, donnée par M. Henri Hallam,dans son Europe du moyen âge,
— « C'est une remarque pénible que feront tous ceux qui s'occupent de l'examen des variations dans les prix, que les
classes ouvrières , surtout celles qui sont employées aux travaux de l'agriculture, ont aujourd'hui moins de moyens de subsistance qu'elles n'en avaient sous le règne d'Edouard III ou de Henri VL Au quatorzième siècle,... un moissonneur recevait quatre pences par jour, ce qui le mettait en état d'acheter en une semaine un comb de blé; tandis qu'il lui faut maintenant (1784) pour acheter un comb de blé dix à douze journées de travail. Ainsi, sous Henri YI, si la viande valait un farthing et demi la livre (c'était, je crois, à peu près le prix), un ouvrier gagnant trois pences par jour ou dix^huit pences par semaine pouvait acheter pour sa famille un boisseau de blé à six scheliings le quarter, et vingt-quatre livres de viande. A présent, un ouvrier qui gagne douze scheliings par semaine ne peut acheter qu*un demi-boisseau de b)é, à quatre-vingt schellings le quartery et douze livres de viande , à sept pences la livre... Il me parait difficile de ne pas arriver à cette conclusion que, bien que le bon marché des objets de fabrique et le grand nombre des inventions d'utilité commune aient été une source d*avantages pour le journalier, il est pourtant bien moins en état d'entretenir une famiUe que ses ancêtres ne Vêtaient il y a trois ou quatre siècles. Je ne sais pourquoi certains écrivains ont supposé que la viande était un obj^t de luxe au dessus de ses moyens ordinaires. Sans doute il ne pouvait s'Sh procurer autant qu'il en aurait voulu. Mais, comme le bétail était à proportion moins cher que le blé, il est naturel de craire qu'il consommait pour sa nourriture ordinaire plus de viande qu'à présent. »
— On pourrait soutenir que cette diminution du salaire ne s'est pas étendue jusqu'à nos jours. Voici Textraitd'un document qui contredit cette opinion.
Dans son rapport au conseil communal de Bruxelles y présenté le 13 janvier 1855 , le bourgmestre De Brouckere s'exprimait ainsi qu'il suit.
— « Depuis un temps dont il serait difficile d'assigner l'origine, les maçons, les charpentiers, les menuisiers,
les couvreurs, les tapissiers, les plombiers, etc., reçoivent un salaire invariable , salaire insuffisant et qui les force à recourir à la charité publique. Si nos craintes se réalisaient, si la vie de l'ouvrier continuait à exiger plus de monnaie, il serait désirable que les salaires augmentassent et fussent en harmonie avec les prix des denrées.
« Pour tenir un pareil langage dans un document public, mes collègues et moi nous devions avoir une conviction profonde, nous devions éprouver un vif besoin d'arriver à une situation roçilleure pour tous. Nous ne pouvons nous dissimuler que les privations deviennent chaque jour plus dures, que le nombre de ceux qui doivent recourir à l'assistance publique augmente avec une rapidité inouïe, qae les économies des plus rangés s'épuisent, que les monts>de-piété regorgent de petits gages, en un mot que les ouvriers se trouvent dans une position déplorable. Les habitudes paisibles, le caractère patient, la soumission aux lois peuvent faire supporter beaucoup de privations, mais il y a un terme à tout. Les privations ont aussi leurs limites, et d'ailleurs elles épuisent les forces physiques et morales; elles rabaissent le niveau de la société. »
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of De l'instruction obligatoire comme remède aux maux sociaux: mémoire soumis à l'examen de l ....
