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TOME SECOND HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEl'R
10, RUE GARANCIKRE 1866
Tous droits réservés
GoogI
INÉDITE
SUR LOUIS XVI, MARIE-ANTOINETTE
LA COOR ET LA VILLE
LETTRE PREMIÈRE.
Parmi les personnes impliquées dans l’affaire étrange du cardinal, l’une des plus coupables, au premier coup d’œil, est la demoiselle Oliva. On excuse cependant l’inexpérience de cette personne. Elle ignoroit, dit-on, quel rôle on lui faisoit jouer, et à qui elle devoit parler. Ses instructions portoient seulement qu’il falloit dire à un homme au désespoir : a J’oublie tout le passé; j’approuve votre conduite; comptez sur mes bontés. » Elle est enceinte, et la crainte d’ètre pendue lui cause des frayeurs mortelles.
On continue, au Châtelet, les interrogatoires de M. le Maître. H prétend que, lors de l’exil du Parlement, les magistrats lui permirent d’avoir une imprimerie chez lui: il s’en est servi dans le temps pour la requête de la noblesse de Normandie, qui fit beaucoup de bruit à cette époque. Lorsqu’on lui a demandé ses complices, il a répondu qu’il n’étoit point un scélérat, qu’il n’avoit point de complices, mais des collaborateurs, à la tête desquels étoit une des têtes les plus respectables dans la hiérarchie de la magistrature du royaume. Il a déclaré qu’il n’étoit
CORRESPONDANCE SECRÈTE.
point fauteur des pamphlets qu'on lui attribuoit, mais seulement Péditeur et Pimprimeur. 11 a ajouté que l'auteur étoit d'un rang supérieur à tous ses juges, quels qu’ils fussent.
On a osé dire que Monsieur, frère du Roi, avoit pris le sieur le Maître pour l'instrument de quelques plaisanteries. Son Altesse Royale a été trouver le Roi, et l’a supplié de faire punir ses calomniateurs. On -recherche avec la plus grande sévérité tous ceux qui peuvent avoir eu quelque part à cette affaire. Les écrivains un peu hardis sont dans les transes, et les nouvellistes d’un certain genre n’osent rien écrire en ce moment. M. de Calonne, l’un des personnages les plus maltraités dans les libelles en question, se montre le plus généreux. Il sollicite lui-même le garde des sceaux en faveur des coupables.
Parmi les personnes- récemment décrétées d y assigne pour être ouï dans cette même affaire, on nomme XI. de Alontholon, premier président du Parlement de Rouen; AI. de Uretignières, conseiller de grand’chambre; AI. Albert, ancien lieutenant de police; AIM. Chaumont de la Alillère et Duret de Brûlerie, maîtres des requêtes, et Al. Elie de Beaumont, célèbre avocat au Parlement.
Le nouvel emprunt étoit indispensable et très-pressé. Quelque temps avant qu’il fut publié, le trésor royal se trouvoit entièrement à sec, et l’on fut obligé d’enlever six millions au Atont~do* piété. Cette opération n’a pu se faire assez secrètement pour que plusieurs capitalistes, qui s’étoient empressés de placer des fonds dans cet établissement, n’en fussent instruits* L’alarme s’est répandue parmi eux. La restitution; de cette somme doit les tranr quilliscr, mais l’impression reste.
La manie des calembours s’étend sur tout. On a dit de l’accident arrivé à M. de Caionne, qui a été trèsi-blessé par le ciel de son lit, que c’ étoit u un coup du ciel ».
P . S. On assure que Af. le Alaitre et AL Augeard ont interjeté appel au Parlement des décrets lancés contre eux. Le public va jouir, sur le grand théâtre de Thémis, du spectacle d’une de ces affaires que l’autorité avoit toujours pris soin de dérober à ses regards et à ceux des véritables juges des citoyens.
On prétend que madame de Alarsan a ému la clémence du
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ANNEE 178E.
monarque au sujet du cardinal. Mais il se joint un nouvel incident à son affaire. C'est le mariage qu'il vouloit faire d'une de ses inaitresses, et non dune de ses filles, comme ou l'avoit dit, à un garde du corps de Monsieur, qui a» pris la fuite. U y aura encore, dit-on, des décrets lancés à ce sujet.
Le nouvel emprunt prend faveur. Avant-hier, le trésor royal avoit déjà reçu vingt-six millions.
LETTRE DEUXIÈME.
I)c Versailles, le 0 janvier 1786.
L'affaire du cardinal de Rohan est suspendue par une attaque violente de goutte qui a retenu dans la chambre M. Titon de Villotran, qui en est le rapporteur. Les lettres patentes qui ordonnent que la Bastille serve de prison, aux accusés ne sont pas même encore enregistrées. On croit que ce sera pour cette semaine.
Le 7 de ce mois, la Tournelle, s'étant lait apporter Ica pièces du procès commencé par le lieutenant criminel contre M. le Maitrc et ses coaccusés, a ordonné que la cause seroit plaid ce mercredi prochain à l'audience. Sur l'événement de la plaidoirie, il sera jugé si elle sera évoquée ou continuée au Châtelet. Le public, sachant que de grands personnages sont compromis directement ou indi recteme nt dans cette affaire, lui donne toute son attention. On croit qu'elle n'a été abandonnée aux tribunaux que pour détruire d'une manière très-publique les idées calomnieuses auxquelles elle a donné lieu, et pour faire connoitre au Roi les vrais coupables par une instruction authentique.
L'emprunt de quatre-vingts millions s’est rempli avec beaucoup plus de facilité qu’on ne l’avoit pensé d’abord. On n'a reçu de soumissions et de fonds en papier que des maisons Haller, Vandenyver, Lecouteux et Choppin : le reste a été fourni en argent comptant par le public.
Le cardinal de Rohan se livre de plus en plus à la tristesse et au découragement. L'archevêque de Paris a obtenu la permission d'aller verser quelques consolations dans son sein. On assure
i.
que madame de Brionne est exilée pour avoir resté cinq heures avec l’illustre prisonnier au lieu de deux, qui lui avoient été permises. D’autres parlent de propos indiscrets qu’un zèle maf entendu pour le cardinal lui a fait tenir à la Reine même. Vendredi dernier, on a conduit au Châtelet un prisonnier chargé de chaînes au point qu’il ne pouvoit marcher, et que l’on fut obligé de le porter. Quelques personnes prétendent que c’est M. de la Mothe, que les Anglois ont livré, et qui a voulu employer la violence pour se délivrer en route. Voici une épigramuie calquée sur un passage du mémoire de madame de la Mothe :
Cagliostro , homme savant ,
Enseigne au Prince la magie.
Ils n'étoient que deux seulement v Mais par tour de sorcellerie ,
Les voilà trois : Qui l'eût prédit?
De surprise ôtant sa calotte ,
Le bon cardinal vit la Mothe ,
Et la Mothe le vit.
Il est évident que le cardinal sera obligé de payer le collier; mais ses ennemis publient qu’il sera blâmé : ceci paroi! plus difficile à croire. Une telle punition peut-elle être infligée à un homme de sa naissance, et de tels coupables, s’il l’est en effet, connoissent-ils un milieu entre le pardon et la mort ?
M. de Calonne, qui met de la grandeur et de la magnificence dans toutes ses actions, a donné des étrennes à madame le Brun. Il lui offrit d’abord une poignée de pistaches en papillotes, et tandis qu’elle s’amusoit à les développer, il lui dit en riant r « Prenez garde de déchirer les devises. » Quel fut l’étonnement de madame le Brun! Chaque bonbon étoit enveloppé d’un billet de Caisse d’escompte de 300 livres. Après avoir plaisanté sur des papillottes d’un genre aussi agréable, M. de Calonne tire de s a poche une superbe boite d’or, qu’il présente à cette aimable artiste en lui disant : « Voici qui vous servira de bonbonnière. » Madame le Brun voulut y mettre les papillotes, elle la trouva remplie de louis neufs enveloppés chacun d’un billet de Caisse de la même valeur que les précédents
t 1 ) Madame Lebrun nie le fait dans ses Souvenirs. Tout mauvais cas est niable.
AXXÉE 178G.
La veille du premier jour de Tan, le Roi, visitant les superbes ouvrages de la manufacture de Sèvres, qu'on est dans l’usage de présenter. à Sa Majesté, en choisit quelques-uns, lit donner mille louis vieux, et ajouta en riant : u Je veux qu’on me tienne compte de mes douze sols par chaque louis. »
L’affaire de M. le Maître reste au Parlement. M. Martineau, son défenseur, montre beaucoup d’énergie. Il a observé qu’il ne pouvoit remplir les fonctions dont il étoit chargé tant que son client étoit au secret, et se prépare à parler vigoureusement contre la partialité que le lieutenant criminel a mise dans cette affaire. On a été étonné, en effet, que M. Bacchois, dont on louoit la droiture et l’humanité, ait fait sentir tant de dureté à M. le Maître. Il lui a fait subir des interrogatoires de neuf heures consécutives. On prétend qu’il a voulu faire sa cour aux personnes intéressées à poursuivre ce coupable.
L’émeute à laquelle le petit roulage a donné lieu dans Paris n’est pas encore terminée. Les crocheteurs, rassemblés au nombre dé quinze cents, étoient en marche pour venir présenter une requête au Roi. On est parvenu à les dissiper. Les employés de cette nouvelle régie sont habillés de vert. Quelqu’un, en les voyant passer, a dit : a Voilà les perroquets de M. de Breteuil ! » Le plaisant a été conduit en prison. Cette punition a appris au public que l’entreprise du petit roulage est une spéculation de finance du ministre de Paris, qui en a, dit-on, fourni les fonds. Tels sont les objets dont notre curiosité s’alimente dans un moment où les affaires politiques languissent ou sont recouvertes d’un voile impénétrable.
LETTRE TROISIÈME.
Deux événements naturels pourroient fort bien troubler la paix de l’Europe, qui ne l’a été jusqu’ici qu’en projets, en menaces et en conjectures. On dit que le Roi de Pologne a eu une attaque d’apoplexie. Quoique ce monarque, âgé seulement de cinquante-quatre ans, puisse survivre à cet accident, on sait que ce mal ne pardonne guère, et toutes les puissances vont spécu-
CORRESPONDANCE SECRÈTE.
1er sur ce pauvre royaume. On dit toujours aussi, malgré les démentis des gazettes, cjue la santé du grand Frédéric est très-chancelante; on assure que ses forces sont épuisées, qu’il est plusieurs heures du jour dans une espèce d’anéantissement. II est vrai que souvent il lui est arrivé de s’enfermer à Potsdam, de se faire passer pour mourant, et, au bout d’un certain temps, de faire éclore quelque grand projet, qu’il avoit médité et mûri dans le silence et la retraite, ainsi qu’à la faveur de ces bruits.
Les nouveaux projets que feroit éclater la mort de quelqu’un des principaux souverains de l’Europe nous rendent attentifs sur ces événements. La France laissera-t-elle encore la Pologne à la merci des prétentions de ses voisins, et quel que soit le mérite que l’on reconnoit à l’héritier du trône prussien, n’y auroit-il pas une grande différence entre la pondérance du Salomon du Nord et celle de son successeur? Le grand Frédéric a encore dernièrement rendu à son illustre héritier un témoignage qui doit rassurer à cet égard. Lorsque le comte de Reuss, ministre de l’Empereur, le félicita du mieux qu’il trouvoit dans sa santé, en l’assurant de l’intérêt que tout l’Empire y prenoit, le monarque, assure-t-on, lui répondit : « Si vous revoyez l’Empereur, vous pouvez lui dire que je suis touché de la part qu’il prend à ma situation, et le consoler sur ma fin, parce que j’ai un neveu qui me recommencera. « Ce mot énergique est si digne du grand prince auquel on l'attribue et de celui qui en est l’objet, qu’il est permis de croire à cette anecdote.
Les mouvements parlementaires se termineront par des députations, auxquelles le Roi dira avec énergie sa façon de penser. Le bruit a couru que l’abbé Tendeau avoit refusé d’être rapporteur de la cour. Le fait est qu’il l’est en ce moment, et une abbaye de 25,000 livres de rente, que l’on vient de donner à ce magistrat, étoil bien propre à vaincre sa répugnance vraie ou prétendue. On a dit à ce sujet : « Fallait-il tant d'eau pour laver M. de Calonne ? »
AI. Titon a déjà fait subir plusieurs interrogatoires au cardinal de Rohan. On dit que, dans la première séance, l'illustre prisonnier a montré beaucoup de constance et de sang-froid , et
Go
ANNÉE 1T86.
qu’il a lu au rapporteur une longue déclaration relative aux circonstances de cette affaire. Les lettres patentes qui donnent aux accusés ta Bastille pour prison, permettent qu’ils soient transportés à la Conciergerie si le cas le requiert.
Le Parlement a prononcé sur l’affaire de M. le Maître d’une manière à confirmer le public dans ses soupçons. Il a été relâché avec injonction d’étre plus circonspect à l’avenir. Tous les autres accusés, M. Augeard à la tête, ont été absous. La cause a été plaidée publiquement au milieu d’une affluence incroyable. L’avocat de M. le Maître a fort adroitement capté la bienveillance des juges, en disant que la forme d’imprimerie qu’on produisoit aujourd’hui comme pièce de délit contre son client, étoit la même qui avoit servi pour plusieurs écrits en faveur de la magistrature opprimée lors des derniers troubles. Enfin, il a établi qu’il ne pouvoit y avoir de véritablement répréhensible dans les productions littéraires , que ce qui atteignoit directement le Hoi, la Heine, la religion et l’État. Or, M. le Maître a constamment respecté ces objets sacrés. Bref, il n’y a plus de coupables, dans une cause où tant de personnes senibloient compromises. Lorsque l’huissier du Parlement alla notifier l’arrêt au geôlier du Châtelet, pour qu’il mit ses prisonniers en liberté, celui-ci exhiba une copie faite sur son registre de l’ordre du Roi en vertu duquel M. le Maître avoit été arrêté. On en référa à M. le lieutenant de police, qui ordonna l’exécution de l’arrêt.
Quelques gazetiers ont dit une fausseté et une absurdité, en prétendant que le Hoi avoit reçu la requête des portefaix de Paris contre le petit roulage, et leur avoit promis une réponse qu’ils auroient attendue en vain. Cette requête a été prise par la maréchaussée de Sèvres , qui a rencontré la députation des mécontents sur le chemin de Versailles, et qui ne leur a promis rien de plus que de la mettre sous les yeux du gouvernement.
Da 19 janvier.
On a répandu sur le compte de l’archevêque de Cambrai des bruits qui n’ont aucun fondement. Ce prince, dont les mœurs et les principes diffèrent extrêmement de ceux du cardinal de Rohan, n’avoit aucune connois9ance de l’affaire du collier. An reste, quoique le résultat des interrogatoires ne soit point connu, on voit l'esprit du public revenir encore en faveur du cardinal, et le plaindre de s’étre aussi cruellement laissé abuser par des imposteurs et des fripons qui le travaillaient depuis longtemps.
LETTRE QUATRIÈME.
Le cardinal de Rohan a protesté entre les mains de M. Titon contre la procédure faite et à faire à son sujet. On prétend que c'étoit pour le déterminer à cette démarche que Mgr l’archevêque de Paris sollicitoit si chaudement la permission de le voir. Depuis ce moment, on a répandu avec abondance dans le public un Précis manuscrit , attribué à M. Target , et dans lequel on prouve que le cardinal n'est coupable que d'imprudence et de crédulité. Le sieur la Mothe, qu'on attcndoit de Londres, n'est point arrivé. On dit que la famille de Rohan a trouvé le moyen de le faire échapper, et qu'il a passé en Russie. Voici la vérité sur un incident joint à l'affaire du collier, et dont o » a déjà parlé vaguement II y a dix-sept à dix-huit ans que le prince Louis s’avisa de faire un enfant à une chanoinesse. Ce fut une fille, à qui l'on donna une éducation convenable à sa naissance. Dans le temps même oü se fit l'acquisition du collier, la chanoinesse sollicitoit l’Éminence d'assurer l’état de sa fille. Le cardinal vouloit la marier, u Cela ne suffiroit pas, objecta la chanoinesse, il vaudroit mieux me marier moi-même et qu'on la reconnût par contrat. » On trouva un jeune garde du corps de Monsieur qui voulut bien se prêter à tout. Le cardinal fit une obligation de 300,000 livres, que l'on déposa cachetée chez un ancien prieur de Saint-Victor. Le futur époux, bâtissant là-dessus de grandes espérances de fortune, fit des dettes, et ses créanciers s'étant informés de l'existence du dépôt, lui donnèrent toute confiance. La chanoinesse ayant appris la détention du cardinal, a repris le dépôt, a, dit-on, brûlé l'obligation , pour ne pas compromettre son ancien amant , et s'est sauvée à Bruxelles. Le prétendu a cherché au Temple
(0 Voir sur l'affaire du Collier rexcellent ouvrage de M. Campardou : Marie - Antoinette et le Procès du Collier. — Paris, Henri Pion.
Digitized by LiOOQle — un asile contre ses créanciers. Un chevalier de Malte qui avoit négocié le mariage est en prison, et le moine dépositaire assigné pour être ouï. l'n homme d’État dit en entendant le récit de cette aventure : « II faut avouer que le jeune homme avoit un bon estomac pour digérer une fille de dix-huit ans. » La réflexion est d'autant plus plaisante dans la bouche de ce ministre, que la chronique veut qu'il ait été dans le même cas.
Le parti est pris, assure-t-on, d’exiler le cardinal à l'abbaye de la Chaise-Dieu. On dit même que l'on en prépare les bâtiments pour le recevoir.
Les amis de M. le Maître le voyant échappé à la sévérité des tribunaux, lui conseilloient de se soustraire, par un voyage en pays étranger, au ressentiment de la cour : il a rejeté cet avis, et l'on assure qu'il vient d'être arrêté de nouveau et renfermé à la Bastille. On motive sa détention sur un mémoire apologétique très-hardi, qu’il a répandu après son élargissement. 11 s’y justifie d'avoir en quelque sorte chargé M. Augeard, disant qu'au moment de son interrogatoire il avoit l’esprit troublé et une forte attaque de rétention d’urine. M. le garde des sceaux avoit demandé au Parlement, de la part du Roi, communication des pièces de la procédure : on lui a répondu qu’elles avoient été brûlées par ordre de la Chambre.
On parle d’une aventure fort scandaleuse arrivée dernièrement ici. Il est d’usage que les nouveautés de la manufacture de porcelaine de Sèvres soient exposées dans une salle du château au commencement de l’année. Un marquis de *** s’est épris d’un charmant petit vase qui faisoit l'admiration de tous les curieux : il s’en est emparé furtivement. Par une fatalité désespérante, le Roi, dit-on, lui a dit de ne point s’alarmer, qu’il connoissoit le voleur.
Il y a eu la semaine dernière trois cojnbats singuliers. Le marquis de Coigny contre le prince Joseph de Monaco : le premier a été grièvement blessé. Le comte de Broglie contre le comte Roger de Damas : le premier a été également blessé. Le chevalier de Belsunce contre le comte Etienne de Durfort, qui a remboursé un coup d’épée.
CORRESPONDANCE SECRÈTE.
LETTRE CINQUIÈME.
De VerstiHes , le 29 janvier 1786.
La promotion militaire qui a été annoncée sera déclarée sous deux mois. Il y aura beaucoup de régiments à donner. On prétend qu’il sera créé des colonels en second pour les régiments provinciaux. Le comte de BufTon, officier aux gardes, a été nommé colonel en second du régiment de Chartres infanterie.
Le marquis de Chabrillant, gendre du duc d’Aiguillon, et premier écuyer de madame la comtesse d’Artois, a été exilé. Les uns attribuent cette punition à l’énormité et à la nature de ses dettes; les autres, à l’aventure du vase de porcelaine dont je vous ai parlé.
La galerie retentit des plaintes du marquis de Conflans, qui s’attendoit à être au nombre des nouveaux chevaliers des ordres du Koi. Ses espérances étoient fondées sur ce qu’en le regardant un jour, le Roi lui avoit dit : « Il faut convenir, Conflans, que le cordon bleu te seroit nécessaire, car tu ressembles à un serrurier! v La figure et le costume de ce général de hussards sont en effet très-peu distingués. Il porte un frac simple et des cheveux coupés à la jockey, sans poudre ni pommade.
Les duels dont je vous ai rendu compte, Monsieur, ont eu des causes singulières. Un singe qui a plumé une perruche , donnés tous deux à la duchesse de Valentinois, a mis le marquis de Coigny aux prises avec le prince de Monaco. Une rose est l’origine du second combat : la marquise de Coigny avoit laissé tomber cette fleur; le comte Roger de Damas la ramassa et s’amusa à l’effeuiller sur une table où l’on jouoit au creps. Le jeune comte de Broglie pria son ami de cesser celte plaisanterie, qui gênoit les dés. L’autre continua. M. de Broglie lui dit que arien n’étoit plus bête que ce qu’il faisoit. » M. de Damas répliqua que a rien n’étoit plus bête que ce qu’il disoit. » Tout paroissoit fini; mais les réflexions des spectateurs, les bavardages des femmes et les commentaires des méchants, conduisirent les deux comtes sur l’arène. Là, on s’expliqua, on s’embrassa, on se sépara; mais, bon gré, mal gré , il fallut se battre dix jours après.
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The end
You’ve reached the end of Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la Cour et la Ville de 1777 à 1792 : publiée d'après les manuscrits de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg.
