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HISTOIRE
Chapitre Premier
Introduction historique. — Triomphe et grandeur de la France impériale. — Coup d'oeil rétrospectif sur l'expédition de Grimée. — La campagne d'Italie. — Intervention française en Syrie. — Expédition de Chine. — Conquête de la Cochinchine. — Agrandissement progressif de la France en Algérie, étendant son action civilisatrice jusqu'au Sénégal. — Conquête définitive de l'Afrique. — Influence prépondérante de la France en Europe et dans le monde entier, sous le règne glorieux de Napoléon III :
CHAPITRE DEUXIÈME
Le Mexique. — Précis historique de la nationalité mexicaine» — Les limites anciennes et actuelles. — Etendue de son territoire. — Voies de communication. — Routes stratégiques de la Vera Cruz à Mexico. — Climat. — La population du Mexique. — Notice historique sur les principales villes, ports maritimes, places de guerre. — Personnages célèbres. — Mœurs. — Coutumes. — Les diverses religions. — Le gouvernement. — Désordre. — Anarchie. — Rivalités ambitieuses des partis. — Misère des populations. — Régénération de la race latine qui menaçait d'être absorbée et anéantie par les descendants des Anglo-Saxons. — L'armée. — La marine. — L'administration ,
CHAPITRE TROISIÈME
Déclaration de guerre. — Rupture des relations internationales et diplomatiques. — Les griefs de la France, de l'Espagne et de l'Angleterre contre le gouvernement de Juarez. — Convention de Londres. — Document officiel. — Arrivée des escadres et des forces alliées. — L'armée mexicaine. — Dissentiment entre les plénipotentiaires. — Les conférences d'Orizaba. — La convention de Soledau. — Les prétentions du général Prim. — Retraite des Espagnols et des Anglais. — Attitude énergique de la France. Des renforts sont expédiés au Mexique
CHAPITRE QUATRIÈME
Pages.
Campagne du Mexique sous le commandement du général de Lorencez.
— Les débuts de la campagne. — Situation des affaires du Mexique au moment où le général de Lorencez prend le commandement des troupes. — Proclamation du général. — Combat des Combrès. — Le corps expéditionnaire marche sur Puebla. — Efforts infructueux contre les positions fortifiées de Guadalupe et de San Loretto. — La revanche de Tehuacan. — Retour à Orizaba.-- Rapport du maréchal Randon, ministre de la guerre, sur le séjour de l'armée française à Orizaba. — Dévouement et abnégation héroïque de nos soldats . 61
CHAPITRE CINQUIÈME
La campagne du Mexique sous le commandement du général Forey. — Composition du corps expéditionnaire. — Arrivée à la Vera Cruz du général Forey. — Proclamations aux Mexicains et à l'armée. — Organisation des transports et des services. — Juarez se fortifie dans Mexico. — Départ du général Forey pour Orizaba. — Les adieux du général de Lorencez à ses soldats. — Députations envoyées au général Forey. — Le brillant fait d'armes de Plou del Rîo. — La France au Mexique 101
Documents diplomatiques et pièces justificatives . . 121
Notices biographiques sur les principaux personnages de la guerre du Mexique , , ... 145
CHAPITRE SIXIÈME
(Supplément.) — Marche du corps expéditionnaire sur Puebla. — Occupation du plateau d'Anahuac. — Approvisionnement de l'armée. — Briilant fait d'armes de Chapulco. — Tampico délivré des bandes de guérilleros. — Combat de San José. — Héroïsme du capitaine de Foucauld. -— Départ d'Orizaba du général Forey. — Proclamation du général commandant en chef. — Un soldat poète. — Itinéraire d'Orizaba à Quécholac. — Conseil de guerre. — Marche sur Puebla. — Rapport du général Forey sur l'attaque de Puebla. — Traits de bravoure. — Prise de Mexico. , 177
FÎN DE LA TABLE
HISTOIRE DE
LA GUERRE DU MEXIQUE
Chapitre Premier Introduction Historique
Triomphe et grandeur de la France impériale. — Coup d'oeil rétrospectif sur l'expédition de Grimée. — La campagne d'Italie. — Intervention française en Syrie. — Expédition de Chine. — Conquête de la Cochinchine. — Agrandissement progressif de la France en Algérie, étendant son action civilisatrice jusqu'au Sénégal. — Conquête définitive de l'Afrique. — Influence prépondérante de la France en Europe et dans le monde entier, sous le règne glorieux de Napoléon III.
I
Les regards de la France se tournent toujours du côté où flotte le drapeau national, et l'on peut dire que le cœur du pays marche avec l'armée. Il battait d'un légitime orgueil en décembre 1854, en apprenant que les Français, conduits par le maréchal Saint-Arnaud, avaient enlevé à la baïonnette les hauteurs de l'Aima 7 défendues par quarante mille hommes et cent vingt-quatre pièces de canon ; il battait à la nouvelle de la victoire du pont de Tratkir, glorieux pendant du beau fait d'armes du pont d'Arcole ; il battait au récit de la valeur de nos soldats sous les remparts de Malakoff, et le 13 septembre 1855, une année après le débarquement des armées alliées à Eupatoria, le canon des Invalides annonçait à la capitale le triomphe de nos armes, et le soir, Paris et la France entière illuminaient pour célébrer la prise de Sébastopol.
Que de fois depuis le rétablissement de la dynastie napoléonienne sur le trône de Charlemagne et d'Henri IV, le cœur de la France a été ému dans ses aspirations patriotiques ! Que d'étapes glorieuses entre la campagne de Crimée, dont nous venons de rappeler le souvenir, et l'expédition du Mexique, dont nous nous proposons de retracer ici les émouvantes péripéties ! L'Italie, affranchie par la valeur de nos soldats, nous rappelle Montebello, Magenta, Solferino et Villafranca, où l'Empereur des Français couronne par le triomphe de la modération dans la victoire une suite non interrompue d'éclatants faits d'armes. Les traits d'héroïsme, si nombreux dans la campagne d'Italie, sont encore présents à la mémoire de tous, et l'on sait quelle ovation populaire accueillit, à son retour d'Italie, Napoléon III rentrant dans la capitale environné du double prestige de la bravoure sur le champ de bataille et de la sagesse dans les conseils.
Mais cette prudence si rare qui arrêtait l'armée française triomphante au moment où nous étions exposés à dépasser le but de l'expédition, cette prudence, disons-nous, faisait place à une énergique et généreuse résolution lorsque les gémissements des chrétiens de Syrie vinrent émouvoir l'Europe entière. Suivant une parole auguste, l'épée de la France doit être partout où il y a une cause juste à soutenir, et le fanatisme des égorgeurs musulmans recula effrayé devant le drapeau tricolore qui abrite sous ses plis glorieux la tolérance religieuse, le progrès civilisateur, mais sur lequel on lit aussi : Respect à la France !
Il
Ce sentiment de la dignité nationale , aussi éloigné de l'esprit de conquête que d'une faiblesse indigne d'un grand peuple, appela nos soldats sur les rives lointaines du fleuve Jaune, dans ce mystérieux empire chinois presque à lui seul aussi grand que l'Europe ; mais la France ne compte pas ses adversaires, et le 19 novembre 1859, le général commandant en chef Cousin de Montauban, s'adressant aux officiers et aux soldats du corps expéditionnaire, leur annonçait que, pour l'honneur de la France et de la civilisation, ils allaient porter le drapeau national dans des contrées où la Rome immortelle, au temps de sa grandeur, n'avait jamais songé à faire pénétrer ses légions. Cette expédition hardie, si l'on songe aux difficultés d'exécution, n'est pas une des moindres gloires du grand règne de Napoléon III, et depuis le jour où le corps expéditionnaire remportait sa première victoire sur les rives du Peï-ho(21 août 1859) jusqu'à la prise dePékin et la signaturedu traité français, que d'actions d'éclat accompliespar cettepetite armée se frayant un chemin au milieu d'une population de quatre cents millions d'habitants et bravant les dangers d'une navigation longue et pénible et les influences malsaines du climat ! Grâce à cette valeur belliqueuse qui ne fait jamais défaut au soldat français, le cabinet des Tuileries a ouvert de nouveaux horizons à la civilisation et au commerce du monde, en même temps qu'il faisait cesser les persécutions dirigées en Chine contre les missionnaires. Grâce à l'initiative de la France, comme le constatait l'exposé de la situation de l'Empire présenté au Sénat et au Corps législatif en janvier 1862, il est facile d'entrevoir dès à présent les résultats qu'a préparés pour l'avenir la glorieuse expédition qui a conduit notre drapeau jusque dans la capitale de la Chine, ce Les instigateurs des perfidies qui avaient provoqué la guerre étrangère ont vainement essayé de réagir contre l'impression salutaire laissée par nos victoires. Ils avaient supposé que le moment où s'achevait notre évacuation du territoire chinois et où un changement de règne plaçait sur le trône un souverain mineur leur offrait une occasion favorable de faire passer entre leurs mains un pouvoir dont ils se seraient servis pour ramener la politique de la Chine à ses anciens sentiments de haine et de résistance contre les nations européennes. L'énergie et l'intelligence des hommes avec lesquels notre traité de paix avait été signé ont paralysé ces tentatives, et en présence des événements qui se sont accomplis à Pékin, il est permis de penser que le gouvernement chinois a désormais franchement rompu avec les traditions du passé, et que les intérêts européens trouveront maintenant dans ces contrées lointaines les garanties dont ils sentaient si vivement le besoin. »
Mais dans cet extrême Orient ce n'était pas seulement en Chine que nos missionnaires étaient torturés et nos nationaux maltraités. La Cochinchine, malgré des traités d'alliance avec la France qui remontaient au règne de
Louis XVI, tenait peu de compte de notre influence dans le monde, et les énergiques réclamations adressées au gouvernement annamite en faveur des chrétiens étaientim puissantes à calmer la fureur des idolâtres. Il fallait en finir avec ces ennemis du christianisme et de la civilisation. L'Empereur décida qu'une expédition serait dirigée contre la Cochinchine, et le 25 novembre 1857 une dépêche conçue en ces termes fut adressée au contre-amiral Rigault de Genouilly :
« Monsieur le contre-amiral, la volonté de l'Empereur est de mettre un terme aux persécutions qui se renouvellent sans cesse contre les chrétiens de la Gochinchine et d'assurer à ces derniers la protection efficace de la France. Sa Majesté a décidé, en conséquence, que les forces placées sous votre commandement seraient augmentées de trois navires et de cinq cents hommes de troupe . Ces renforts partiront de France dans le plus bref délai possible. Ils seront dirigés sur Singapour. La démonstration contre la Gochinchine demande à être exécutée sans aucune perte de temps. Vous vous en chargerez vous-même si votre présence n'est pas indispensable sur les côtes de la Chine. Dans le cas contraire, vous désignerez pour le faire celui de vos officiers supérieurs placés sous vos ordres qui vous inspirera le plus de confiance. Pour renoncer à agir immédiatement, il faudrait qu'il fût véritablement nécessaire de maintenir la totalité de vos forces dans les eaux du Céleste-Empire. »
Nous avons cité textuellement cette dépêche officielle, parce qu'elle renferme l'explication du motif de la campagne et révèle la promptitude d'action que déploie la politique française lorsqu'il s'agit de la cause du christianisme et delà civilisation.
IV
Des raisons impérieuses ne permirent pas au contre-amiral Rigault de Genouilly d'exécuter immédiatement les ordres de l'Empereur, ni de remettre à aucun officier le soin de l'honneur des armes françaises. Mais de nouvelles persécutions contre les chrétiens et le supplice de deux évêques catholiques démontrèrent l'urgence de faire flotter le drapeau tricolore dans le royaume annamite. Le 31 août 1858 une escadre française et espagnole était mouillée à l'entrée de la baie de Touranne. Bientôt les forts sont bombardés et tombent en notre puissance. Mais il s'agissait de frapper l'ennemi au cœur et d'atteindre Hué, la capitale du royaume. M. Rigault de Genouilly, qui venait d'être élevé au grade de vice-amiral, en récompense des services distingués qui avaient marqué sa carrière, ne se dissimulait pas les difficultés de l'entreprise. Il se décida à porter son action sur Saigon, qui lui paraissait le seul point attaquable avec les ressources dont il disposait. Le 17 février, la place de Saigon, une des citadelles les plus importantes de la Cochinchine, tombait au pouvoir des forces alliées de la France et de l'Espagne. « La prise de Saïgon, écrivait le vice-amiral Rigault de Genouilly à S. Exc. le ministre de la marine, nous a rendus maîtres d'un matériel considérable. Deux cents bouches à feu environ, enfer ou en bronze, sont tombées en notre pouvoir ; nous avons pris en outre une corvette et sept ou huit jonques de guerre encore sur les chantiers. — La citadelle renfermait un arsenal complet. En comptant ce qui se trouvait dans les forts, on peut estimer les armes de main à vingt mille gingalls, fusils, pistolets, lances, piques et sabres. Nous avons trouvé partout d'énormes quantités de poudre. La citadelle seule en renfermait quatre-vingt-cinq tonneaux, en caisses ou en barils, sans compter les poudres en gargousses et une quantité énorme de cartouches et de fusées. Les projectiles et les balles étaient en proportion. Les magasins contenaient en outre du salpêtre et du soufre , du plomb et des équipements militaires de toute nature, du riz pour nourrir six à huit mille hommes pendant une année, et une caisse militaire renfermant des sapèques pour une somme de 130,000 francs. — En valeurs enlevées ou détruites, en comprenant dans ces dernières celles de la citadelle et des vastes établissements qu'elle renferme et que je compte raser de fond en comble, on peut estimer que le gouvernement annamite subira une perte d'une vingtaine de millions. C'est là le côté matériel ; mais, pour apprécier l'ensemble des résultats de l'expédition, il faut y joindre la perte de l'influence morale sur les royaumes voisins, et ce coup n'est pas moins sensible que le premier. »
Ainsi le corps expéditionnaire établi à Touranne et à Saigon n'attendait que le moment favorable et les forces suffisantes pour marcher sur Hué. Mais la campagne d'Italie, qui survint sur ces entrefaites, en concentrant sur les plaines de la Lombardie les ressources militaires de la France, ralentit la marche des opérations en Chine et en Cochinchine. On sait qu'elles furent reprises ensuite et couronnées de succès.
V
Ainsi en Crimée, en Italie, en Syrie, en Chine, en Cochin- •chine, partout, nous avons vu l'aigle napoléonien planer en vainqueur pour la défense des intérêts de l'humanité, de la paix du monde ou de l'honneur national. Cette politique, qui sait être guerrière sans se laisser entraîner par l'ambition des conquêtes, étend son action civilisatrice jusqu'au Sénégal, et les ambassadeurs du Japon et du roi de Siam sont venus dans la capitale du monde civilisé rendre hommage à la sagesse de Napoléon III.
En présence de cette haute raison qui s'identifie si admirablement avec les nobles aspirations du pays, combien paraissent mesquins et étroits les calculs égoïstes de quelques esprits chagrins que rien ne peut satisfaire, ni le calme au dedans, ni la grandeur au dehors, ni surtout cette popularité du souverain qui se manifestait avec une si touchante spontanéité dans la mémorable journée du 7 août!
VI
Après ce coup d'œil rapide jeté sur les campagnes qui ont ramené sur le drapeau de la France l'éclat qu'il avait sous le règne du chef de la dynastie napoléonienne, abordons le véritable sujet de ce travail ; nous voulons parler de l'expédition du Mexique, cette autre campagne non moins populaire que les précédentes et dont les divers épisodes excitent en France le plus vif et le plus patriotique intérêt. Nous esquisserons d'abord le plan géographique de cette contrée si peu ou si mal connue. Nous étudierons son climat, les mœurs de ses habitants, ses richesses en mines d'or et d'argent, son commerce; et, après avoir rappelé l'origine des révolutions qui depuis trois siècles n'ont cessé de déchirer le Mexique, nous arriverons à rechercher les causes de la guerre actuelle et à raconter les débuts de l'expédition, la marche des opérations militaires sous le commandement du général Lorencez, d'après le rapport officiel du maréchal Randon, ministre de la guerre ; enfin l'arrivée au Mexique du général Forey avec de nouveaux renforts, destinés à imprimer une activité nouvelle à la campagne. On verra par le récit impartial des faits que jamais guerre ne fut plus légitime, et que le drapeau autour duquel se serrent les enfants de la France marchant sur Mexico n'a jamais cessé, comme le disait si éloquemment M. Billault à la tribune du Corps législatif, d'être le drapeau du droit, de la justice, de la civilisation et de la liberté.
CHAPITRE DEUXIÈME
LE MEXIQUE
Précis historique de la nationalité mexicaine. — Les limites anciennes et actuelles. — Étendue de son territoire. — Voies de communication.
— Routes stratégiques de la Yera-Cruz à Mexico. — Climat. — La population du Mexique. — Notice historique sur les principales villes, ports maritimes, places de guerre. — Personnages célèbres. — Mœurs. —Coutumes. — Les diverses religions. — Le gouvernement. — Désordre.
— Anarchie. — Rivalités ambitieuses des partis. — Misère des populations. — Régénération de la race latine qui menaçait d'être absorbée et anéantie par les descendants des Anglo-Saxons. — L'armée. — La marine. — L'administration.
I
Sans vouloir remonter au déluge pour chercher la trace dans l'histoire des peuplades dont l'agglomération a formé l'empire mexicain, on sait que vers 1325 une famille puissante, appartenant à la race des Aztèques, vint se fixer dans la partie occidentale du lac de Texcuco, sur une île qu'ils baptisèrent du nom de Mexicalzingo, en l'honneur du dieu de la Guerre. On voit que le Mexique est resté fidèle à son origine guerrière. Cette tribu conquérante ne tarda pas à i étendre son pouvoir sur les pays environnants. Un de ses chefs s'arrogea le pouvoir suprême, et peu à peu, grâce à l'humeur belliqueuse du souverain et des sujets, le Mexique devint le centre d'une nationalité prospère. En l'an 1519, le chef de l'empire s'appelait Montezuma IL Son nom appartient à l'histoire et rappelle la conquête du Mexique par Fernand Gortez. On connaît l'audacieuse expédition de Paventurier espagnol. C'est un récit dramatique et presque légendaire, il est vrai autant qu'invraisemblable.
Don Fernand Cortez, se sentant un violent penchant pour les armes, passa en Amérique en 1 504 et suivit Velasquez à la conquête de Cuba. Ce dernier le choisit pour envahir le Mexique. Qu'on ne suppose pas que, pour pénétrer au milieu de ces tribus sauvages, l'audacieux aventurier. va se mettre à la tête d'une flotte considérable. Cortez, parti de Santiago le 28 novembre 1518, débarque avec onze petits navires, cinq cent huit fantassins, seize cavaliers, trentequatre mousquets et quelques pièces d'artillerie, s'avance le long du golfe du Mexique, et entre dans la ville de Mexico le 8 novembre 1519, sans éprouver presque aucune résistance. L'aventurier et ses compagnons, que rien n'étonne, ne peuvent cependant s'empêcher d'admirer la richesse du pays qu'ils viennent conquérir; et dans une lettre adressée à l'empereur Charles V, Fernand Cortez trace une description curieuse à plus d'un titre de Mexico (Temixtitam) et de la vaste plaine qui l'environne. On nous saura gré de reproduire ce document, qui porte la date du 30 octobre 1520 :
« La province dans laquelle est située la résidence de ce grand seigneur Moctezuma, dit Cortez, est circulairement entourée de montagnes élevées et entrecoupée de précipices. La plaine contient près de soixante-dix lieues de circonférence, et dans cette plaine se trouvent deux lacs qui remplissent presque toute la vallée, car, à plus de cinquante lieues alentour, les habitants naviguent en canots. De ces deux grands lacs, l'un est d'eau douce et l'autre d'eau salée. Ils sont séparés l'un de l'autre par une petite rangée de montagnes qui s'élèvent au milieu de la plaine. Les eaux du lac se mêlent ensemble dans un détroit qui existe entre les collines et la haute Cordillière. Les villes et les villages nombreux construits sur les bords de ces lacs commercent entre eux par des canots, sans passer par la terre ferme. La grande ville de Témixtitan est fondée au milieu du lac salé, qui a ses marées comme la mer. Depuis cette ville jusqu'à la terre ferme, il y a deux lieues, de quelque côté qu'on veuille y entrer; quatre digues y mènent ; elles sont faites de main d'homme et ont la largeur de deux lances (vingt pieds environ). Témixtitan est grand comme Séville ou Cordoue ; les rues, je ne parle que des principales, sont droites et larges. Mexico renferme plusieurs grandes places qui servent de marchés : un d'eux, entouré de portiques, est plus grand que la ville de Salamanque. Soixante mille acheteurs ou vendeurs s'y trouvent réunis ; il y a des rues uniquement occupées par des herboristes, par des orfèvres, par des joailliers, par des charpentiers, par des peintres, etc. On remarque aux différentes entrées de la ville des barrières près desquelles se tiennent plusieurs commis chargés de percevoir les droits imposés sur les marchandises et les objets de consommation. Le peuple y est mieux et plus élégamment habillé que dans les autres villes de l'empire, parce que le séjour du monarque et des grands seigneurs y a introduit des modes particulières et des habitudes plus recherchées. La noblesse surtout y déploie un grand faste : elle se fait porter en litière et suivre dans les rues par des esclaves. Les mœurs y ont beaucoup de rapports avec celles d'Espagne; on y remarque à peu près le même ordre et le même ensemble. La police de cette grande capitale frappe d'étonnement ; elle semble merveilleuse chez une nation barbare séparée de tous les peuples policés et si loin de la connaissance du vrai Dieu. »
Mais l'orage gronde autour des conquérants. Le danger ne vient pas seulement des Indiens, il vient aussi de Velasquez, jaloux des succès de Cortez. Vainqueur des soldats envoyés contre lui par ses compatriotes, celui-ci, attaqué par les Mexicains, est forcé de quitter la capitale. Mais il reprend bientôt l'offensive, et, après des alternatives diverses, il s'empare de Mexico, malgré l'héroïque défense dirigée par le nouvel empereur Guatemotzin. C'est ce dernier qui, attaché à un arbre et pendu par les pieds sur des charbons ardents, répond aux cris de douleur d'un de ses officiers qui partageait le même supplice que lui, cette parole devenue historique :
« — Et moi, suis-je donc sur des roses? »
Dès ce moment l'empire du Mexique venait de passer sous la domination espagnole.
II
La Nouvelle-Espagne, c'est le nom que porta le Mexique après la conquête et sous la domination des soixantedeux vice-rois qui se succèdent dans l'autorité suprême et absolue. Mais cette domination despotique enchaîna le peuple mexicain sans le soumettre, et ne fît que développer sa haine contre la nation conquérante. Les grandes idées de rénovation sociale qui firent explosion en France en 1789 eurent un écho dans le monde entier et malgré les cruautés de l'inquisition mexicaine, le cri d'indépendance circula comme une menace dans la colonie espagnole. Bientôt, en 1808, le renversement du trône des Bourbons d'Espagne par Napoléon Ier donna le signal du mouvement qui devait aboutir à une rupture entre les opprimés et les oppresseurs. Un vieillard, un prêtre, don Miguel Hidalgo se met à la tête de la révolte. Des bandes d'Indiens, de créoles, avides de vengeance et de pillage, accourent se ranger sous son drapeau. Les villes lui ouvrent leurs portes. La place de Guanaxuato renferme de grands trésors. L'armée de l'indépendance s'en empare et souille sa victoire par des attentats sauvages. Hidalgo se dirige sur Mexico, mais il est arrêté par l'armée royaliste, revenue de sa première terreur, et battu dans deux rencontres, à Aculco et à Guadalaxara. Le chef de l'indépendance est pris quelques mois après, et fusillé le 21 mars 1811. 11 ne démentit pas en mourant sa réputation de courage, et la veille de l'exécution Hidalgo composa deux pièces devers, pour remercier ses geôliers des attentions qu'ils lui avaient montrées.
11 ne peut entrer dans le cadre de cette histoire popu - laire de l'expédition française au Mexique, de raconter les péripéties de cette longue guerre de l'indépendance, dont le drapeau passa successivement dans les mains du prêtre Morelos, successeur d'Hidalgo, et dans celles de l'intrépide Mina. On sait qu'il était réservé à un traître, Iturbide, ancien général de l'armée royaliste , d'achever l'œuvre commencée par Hidalgo; on sait aussi que la république sortie du mouvement national, de guerres civiles en guerres civiles, de désordres en désordres, tomba, comme le fait remarquer un écrivain d'un grand sens politique, M. Michel Chevalier, dans une remarquable étude sur l'expédition du Mexique publié par la Revue des Deux-Mondes, dans une anarchie déplorable, avec tout ce qui en forme le triste accompagnement : l'absence de sécurité pour les propriétés et pour les personnes, les engagements de l'État violés, l'industrie languissante ou anéantie, les routes régulièrement exploitées par les brigands, le moral de la nation affaissé, ses connaissances obscurcies, et les rares établissements d'instruction publique désorganisés, une corruption hideuse dans l'administration et dans la justice. Le nombre des personnes qui tour à tour ont occupé la présidence est infini, surtout dans les six dernières années. Le doute et le désespoir dévorent l'âme des bons citoyens.
« L'entreprise, ajoute l'honorable sénateur, de donner un gouvernement régulier et stable au Mexique, et, par un
Je suis un général français, mais...
gouvernement bien assis, éclairé, libéral, d'y favoriser le développement d'une société avancée et d y préparer pour les temps à venir un grand État comptant dans la balance du monde, est faite pour plaire à des cœurs généreux et pour gagner la sympathie d'hommes d'État soucieux des intérêts les plus élevés de la politique française. »
Abordons maintenant la partie géographique de notre travail.
IV
Si nous jetons les yeux sur le planisphère Babinet, qui permet d'embrasser exactement l'étendue relative des diverses parties du globe, le Mexique nous apparaît entre le quinzième et le trente-deuxième degré de latitude. Il est borné au nord par les États-Unis, au sud par le Guatemala, à l'est par Y Atlantique, à l'ouest par la mer Pacifique. Il embrasse une étendue de 120,000 lieues carrées, malgré les envahissements des Américains du Nord.
La grande masse du territoire mexicain constitue un plateau fort exhaussé que, sur chacun de ses flancs, un plan incliné à pente rapide rattache au rivage de l'Océan, ici l'Atlantique, là le Pacifique. « Ce n'est pas, dit M. Michel Chevalier, le moindre privilège du plateau mexicain de se tenir dans les hauteurs qui sont le plus favorables pour que la race européenne y prospère, s'y entoure des cultures qu'elle aime et des industries où elle excelle et y vive dans les conditions les meilleures pour la santé et pour l'exercice de ses facultés en tout genre. » En un mot, il n'existe probablement pas sur la terre entière un autre pays dont la configuration soit aussi particulière et aussi avantageuse.
Malheureusement le côté faible du Mexique, ce sont les cours d'eau. Les géographies disent qu'il est traversé dans toute sa longueur par le rio Bravo -del-Norte, qui va se jeter dans le golfe du Mexique; mais il faut ajouter que ce fleuve se trouve sur la frontière depuis que les Etats-Unis se sont emparés du Texas, et le Guasocoalco, au midi, est également éloigné des centres de population. Les autres cours d'eau, entre lesquels ils faut citer les rivières Colorado, de las Nuces, Guadalupe, Guadabal, Hioqui, Zacalulo- Toloto flan, sont des torrents pendant l'hiver et sont à sec pendant le reste de l'année. Pour remédier autant que possible à cet inconvénient, les habitants creusent des bassins qui s'emplissent pendant la saison des pluies, saison qui ne dure pas moins de quatre mois. Comme montagne, il faut citer la chaîne des Andes ou Cordillières, qui se prolongent du nord au sud du Mexique et atteignent des proportions immenses.
Nous ne quitterons pas le chapitre de la géographie du Mexique sans parler des richesses minérales de cette contrée. On sait que les mines d'argent y abondent et on y retire aussi un peu d'or et surtout du mercure. On peut même dire que si depuis 1848 le Mexique s'est laissé dépasser dans la production des métaux précieux par la Californie et l'Australie, c'est par suite des agitations civiles et des désordres que notre expédition a pour but de faire cesser. L'État de Guanajuato, qui se compose de chaînes de montagnes, est le plus riche en minéraux précieux. C'est là que se trouve la plus belle mine d'argent vierge. Voici, d'après une correspondance du Monde illustré, comment se pratique l'industrie des mines au Mexique :
« Le premier mineur s'appelle colerro. C'est lui qui indique les veines métallurgiques et leur direction. Ce colerro n'a reçu aucune instruction ; il ne doit qu'à sa longue pratique la certitude de ses indications ; mais elle est telle que le meilleur élève sortant de l'école des mines ne serait, à côté de lui, qu'un guide très-incertain.
« Après le colerro vient le barettero. C'est le mineur proprement dit, qui, avec sa barre de fer, suit la veine et extrait le minerai.
« Un grand corral (enceinte) est consacré à classer par tas le minerai de chaque mineur, et chaque tas porte le nom de celui qui l'a extrait.
« Le minerai est vendu tous les quinze jours aux enchères ; il est acheté par les habitants de Guanajuato, qui sont munis des instruments nécessaires à sa manipulation. Les tas de minerai d'une trop pauvre apparence pour trouver des acheteurs restent à la compagnie, qui les travaille elle-même dans l'hacienda de Dolores, par le procédé que nous allons faire connaître.
«. Dans un immense moulin, cinquante paires de meules travaillent nuit et jour et réduisent le minerai en poussière.
« Après la trituration, cette poudre du minerai est transportée dans une vaste cour où, après l'avoir imbibée d'eau, on y mêle du mercure : c'est alors qutm la livre au piétinement d'une trentaine de mulets qui la réduisent en pâte, afin de réunir l'argent et le mercure en globules : après plusieurs heures de ce travail, on procède au lavage. Par la chaleur, on fait évaporer le mercure. L'argent alors se trouve dégagé de tout corps étranger et passe à la monnaie de Guanajuato, qui le transforme en piastres mexicaines.
« Le mineur n'est pas payé à la journée ni au mois, mais il a droit à la moitié du produit de son travail et doit, d'après les explications que nous avons données plus haut, vivement s'intéresser à l'adjudication du minerai qu'il a extrait. 11 n'est pas rare que des ouvriers mineurs gagnent , de sept à huit cents piastres par semaine.
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The end
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